Clin d’œil à Jacob Karlzon et « Open Waters »

Clin d’œil à Jacob Karlzon et « Open Waters »

Voyage musical aquatique sur les « Open Waters »

En trio, le pianiste Jacob Karlzon signe « Open Waters », un album dont les neuf titres Ă©voquent les sons de la mer. Un voyage musical comme une immersion dans un univers aquatique multiforme. La musique gĂ©nère images et sensations… douceur des flots apaisĂ©s, vigueur des mers agitĂ©es. Il reste juste Ă  se laisser flotter au fil des eaux.

couverture de l'album Open Waters de Jacob KarlzonSorti le 27 septembre 2019, l’album « Open Waters » (Warner Music) du pianiste et compositeur Jacob Karlzon entraĂ®ne la musique au fil de neuf titres de sa composition. Chaque morceau se fait l’Ă©cho de territoires aquatiques aux profils variĂ©s. Le rĂ©pertoire dĂ©roule en effet des paysages sonores diversifiĂ©s qui stimulent l’imagination.

Le pianiste a enregistrĂ© « Open Waters » au Nilento Studio de Göteborg. Hormis sur le dernier titre de l’album oĂą Jacok Karlzon s’exprime solo, le leader est accompagnĂ© de Morten Ramsbøl Ă  la basse et de Rasmus Kihlberg Ă  la batterie.

L’album « Open Waters » donne Ă  dĂ©couvrir des Ă©tendues d’eau Ă  perte d’oreille. Au fil des plages on cabote sur des flots limpides, on devine le ressac Ă©nergique de l’ocĂ©an, on pose le regard sur une mer d’huile et l’on ressent mĂŞme la fraĂ®cheur d’impĂ©tueuses cataractes.

Jakob Karlzon

Le pianiste a accompagné Silje Nergaard, Nils Landgren et Viktoria Tolstoy. Il a aussi partagé la scène avec Kenny Wheeler, Norma Winstone ou Billy Cobham. Il a abordé l’univers du heavy metal avec son album “More” (ACT) en 2012. Dans le récent “Now” (Warner Music) sorti en 2016, il a intégré des éléments électroniques à sa palette. Il se décrit lui-même comme un musicien alternatif.

De formation classique, le pianiste et compositeur suĂ©dois Jacob Karlzon fusionne toutes ses influences (pop, folk, Ă©lectro, rock et heavy metal) et propose un jazz ouvert oĂą l’improvisation est fondamentale. Sur « Open Waters » l’approche mĂ©lodique prĂ©vaut mais la dimension rythmique est essentielle, qu’il s’agisse de la douce respiration de la batterie de Rasmus Kihlberg ou de la force pulsatile de la basse de Morten Ramsbøl.

Les deux membres de la paire rythmique ont collaborĂ© avec le pianiste dans de nombreux projets au fil des ans, dans des groupes parmi lesquels on peut citer celui de Viktoria TolstoĂŻ et Human Factor. La cohĂ©sion que le trio donne Ă  entendre sur « Open Waters » rĂ©sulte Ă  n’en pas douter d’un rĂ©elle comprĂ©hension et d’une palpable complicitĂ© musicale.

A l’issue de l’enregistrement, Jacob Karlzon a manifestĂ© son contentement après le travail accompli avec ses compagnons : “Je suis heureux lorsqu’on interprète ma musique de cette manière. J’ai vraiment envie d’emmener mes auditeurs au bord de la mer, avant de les laisser dĂ©cider dans quelle direction ils voudraient nager.”

Au fil des eaux

L’Ă©coute des neuf plages de l’opus « Open Waters » dĂ©clenche images et sensations variĂ©es.

Dès l’ouverture de l’album, on embarque en toute sĂ©rĂ©nitĂ© sur les calmes Ă©tendues d’Open Waters.

StimulĂ©e par la musique, l’imagination navigue ensuite sur les flots rageurs de Look what you made me do. Elle plonge ensuite dans les grottes sous-marines de Secret Rooms, se laisse asperger par les cascades rythmiques de Motion Picture, admire les vagues d’Ă©cume de Slave to Grace puis, sur Ever changing, se laisser capter par la douceur immobile d’une mer apaisĂ©e.

Vient alors le moment de palmer en douceur dans les fonds sous-marins transparents de How It Ends.

Après cette immersion bienfaisante, on remonte Ă  la surface des eaux limpides de Panorama avant de se laisser dĂ©river jusqu’au lagon accueillant de Note to Self qui marque la fin du voyage aquatique.

Faute d’un rĂ©el voyage sur les mers du monde, l’Ă©coute de l’album « Open Waters » du pianiste Jacob Karlzon propose une bande-son pourvoyeuse d’un dĂ©paysement aquatique. Il fait bon naviguer au fil des eaux musicales avec le trio qui fait alterner calme et Ă©nergie, douceur et force.

2022… Ultimes « Coups de cœur » #2

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2022… Ultimes « Coups de cœur » #1

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« Blue in Green », Paul Lay rend hommage à Bill Evans

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Jacky Terrason en mode tendresse sur « 53 »

Jacky Terrason en mode tendresse sur « 53 »

53 ans, 15ème album en leader, 3 trios

Jacky Terrasson revient en trio sur un album intitulĂ© « 53 », en rĂ©fĂ©rence Ă  son âge. Avec trois rythmiques diffĂ©rentes, le pianiste livre plusieurs facettes de son talent. Outre son Ă©blouissante virtuositĂ©, il pratique avec rĂ©ussite l’art de la retenue et de la douceur. Sensible, la musique respire mais n’oublie pas de groover. De quoi combler d’aise les oreilles Ă©prises de nuances.

Après « Mother » sorti en 2016 en duo avec Stéphane Belmondo, Jacky Terrasson fait le choix du trio sur « 53 » (Blue Note/Universal) à sortir le 27 septembre 2019.

Pour ce quinzième album en leader qui marque la cinquante troisième annĂ©e du pianiste, ce dernier fait appel Ă  trois rythmiques diffĂ©rentes pour l’accompagner.

“Pourquoi 53 ? Tout simplement parce que j’aurai conçu et enregistré cette musique au cours de ma 53e année et qu’à cette occasion j’ai voulu faire un disque qui me ressemble vraiment. C’est un âge pour un homme où l’on se sent dans une forme de maturité, en pleine possession de ses moyens, avec en plus un léger recul sur la vie qui permet une certaine lucidité. Avec ce disque j’ai eu envie de me livrer totalement, de prendre des risques, tout en assumant mon parcours, mes choix artistiques, ma vie… et mon âge !” Jacky Terrasson

« 53 » rĂ©vèle l’Ă©tendue de l’art du pianiste

A l’occasion de ses trente ans de carrière, le pianiste Jacky Terrasson distille plusieurs climats sur les seize plages de « 53 ». Cet opus cultive plus la sensibilitĂ©, la tendresse, la douceur et la subtilitĂ© que l’Ă©nergie et la virtuositĂ©, sans pour autant les oublier. En effet, si le pianiste invite le silence au cĹ“ur des mĂ©lodies, pratique l’Ă©pure et la concision, il n’oublie pas pour autant de libĂ©rer sa fougue et son Ă©nergie jubilatoire.

Des compositions personnelles

A part un arrangement du Lacrimosa du Requiem de Mozart, les quinze autres titres du rĂ©pertoire de « 53 » sont des compositions originales de Jacky Terrasson, ce qui constitue une première discographique pour le pianiste. Il a en effet toujours excellĂ© dans les reprises de standards qu’il transforme, après les avoir dĂ©construits puis reconstruits.

Arrangements précis et formats ramassés

Arrangés avec précision, les quatorze titres originaux construisent un univers aux ambiances variés mais aux formats ramassés. Ainsi alternent pièces intimistes au climat sentimental (My Lys), nostalgique (Alma), romantique (Nausica) ou empreint de sérénité (Resilience), morceaux explosifs à tendance bop (Jump!) ou funky (Babyplum et This is mine), fantaisie bluesy (Blues en femmes majeures), brillant exercice de style (Palindrome), ballade au tempo suspendu (La part des Anges) en version instrumentale ou avec le poème de Baudelaire, « Enivrez-vous » (Le Spleen de Paris) que dit Stéphane Menut.

Retour au trio piano-basse-batterie

Jacky Terrasson©Marc Obin

Jacky Terrasson©Marc Obin

Hormis, son arrangement de Lacrimosa que le pianiste interprète seul et le titre RĂ©silience qui conclut l’album avec un hommage Ă©mouvant Ă  sa mère disparue, oĂą Jacky Terrasson s’exprime en duo avec la contrebasse de GĂ©raud Portal, le leader joue en trio sur les quatorze autres titres.

Pour qui a Ă©coutĂ© Jacky Terrasson dans les annĂ©es 90, avec son trio d’alors qui rĂ©unissait Leon Parker Ă  la batterie et Ugonna Okegwo Ă  la basse, le retrouver de nouveau en trio est un grand plaisir. En fait le bonheur est triple car le leader ne craint pas le risque. En effet, il ne se contente d’un seul trio mais diversifie les approches avec trois rythmiques diffĂ©rentes.

Le bassiste Géraud Portal rejoint le batteur Ali Jackson sur quatre titres tout en légèreté The Call, Alma, Kiss Jannett for me, La part des anges instrumental, sur un cinquième morceau bluesy, Blues en femmes majeures et un sixième plus groovy avec la basse électrique, This is mine.

Le bassiste Sylvain Romano et le batteur Gregory Hutchinson sont rĂ©unis sur des morceaux habitĂ©s par l’Ă©nergie, les survoltĂ©s Mirror et Jump!, les plus toniques Babyplum et What happens au 6ème et aussi le tendre Nausica.

La paire rythmique composée du contrebassiste Thomas Bramerie et du batteur Lukmil Perez intervient sur My Lys pris sur un tempo de bossa rapide et sur le savant et ludique Palindrome. Les deux rythmiciens accompagnent aussi le pianiste sur la reprise de la Part des Anges sur laquelle Stéphane Menut dit « Enivrez-vous » de Baudelaire.

Clins d’œil à quelques titres

  • The Call ouvre l’album sur un tempo lĂ©ger, tout en suspension et riche en ruptures. Le titre rend un hommage au style d’Ahmad Jamal. Jacky Terasson est accompagnĂ© subtilement par GĂ©rauld Portal (contrebasse) et Ali Jackson (batterie).
  • Avec la mĂŞme rythmique, le pianiste tire aussi une rĂ©vĂ©rence Ă  un autre de ses maĂ®tres, Keith Jarrett, sur le bien-nommĂ© Kiss jannett for me. Une douce mĂ©lancolie imprègne cette mĂ©lodie raffinĂ©e et dĂ©licate.
  • ComposĂ©e pour le film « La sincĂ©rité » de Charles GuĂ©rin Survielle (2017), Alma sonne comme une confession musicale intime empreinte de mĂ©lancolie. Jacky Terrason fait preuve d’une grande maitrise dans son expression avec des notes jouĂ©es avec retenue mais avec un grand naturel. Le contrebassiste GĂ©rauld Portal et le batteur Ali Jackson sont en totale symbiose avec le maitre de cĂ©rĂ©monie.
  • Jacky Terrasson reprend Babyplum, une de ses compositions sur l’album « What it is » enregistrĂ© en 1999. Le pianiste Ă©tait alors au Fender Rhodes accompagnĂ© par Michael Brecker (saxophone tĂ©nor), Richard Bona (basse electrique) et Mino Cinelu (batterie et percussions). Sur « 53 », le pianiste propose une version acoustique du mĂŞme thème, avec de riches arrangements harmoniques. Il est accompagnĂ© par Gregory Hutchinson Ă  la batterie et Sylvain Romano dont le chorus ciselĂ© enchante.
  • On a aussi vibrĂ© Ă  l’Ă©coute de la somptueuse ballade Nausica dont les notes choisies avec prĂ©cision par le pianiste font respirer la mĂ©lodie. Par leur soutien rythmique dĂ©licat, Sylvain Romano et Gregory Hutchinson contribuent au climat Ă©vanescent du thème.

Entre confession et libĂ©ration, l’album « 53 » rĂ©vèle toute l’Ă©tendue du talent de Jacky Terrasson. L’Ă©nergique pianiste se double d’un tendre poète. Sa musique navigue entre intimitĂ©, tendresse, mĂ©lancolie et vitalitĂ©, dynamisme et ardeur. Difficile de ne pas succomber au charme subtil de cet opus sensible.

Pour baigner dans les splendides climats de l’album « 53 », quelques rendez-vous Ă  venir prochainement avec Jacky Terrasson en trio. Il se produira le 04 octobre 2019 dans le cadre de Jazz entre les deux Tours Ă  La Rochelle (avec Sylvain Romano et Ali Jackson), le 31 novembre 2019 Ă  Ermont dans le cadre de Jazz au Fil de l’Oise avec (avec Sylvain Romano et Ali Jackson), le 07 dĂ©embre 2019 Ă  l’Auditorium de l’OpĂ©ra de Bordeaux dans le cadre du Festival l’Esprit du Piano Ă  Bordeaux (avec Sylvain Romano et Ali Jackson), le 12 dĂ©cembre 2019 Ă  Paris au New Morning (avec GĂ©raud Portal et Lukmil Perez) et Ă  Paris les 27, 28, et 29 dĂ©cembre 2019 au Sunside (avec GĂ©raud Portal ou Thomas Bramerie et Lukmil Perez).

2022… Ultimes « Coups de cœur » #2

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« Blue in Green », Paul Lay rend hommage à Bill Evans

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« Mirror », reflet de l’art de Felipe Cabrera

« Mirror », reflet de l’art de Felipe Cabrera

Entre musique classique, jazz et tradition cubaine

Après plus de trente-cinq ans de carrière, le contrebassiste Felipe Cabrera se penche sur le chemin parcouru entre les deux rives de l’Atlantique. « Mirror », son quatrième album, reflète ses multiples facettes musicales. Si les racines classiques constituent le fondement de son Ă©criture, le jazz et la musique cubaine irriguent son inspiration. Douze plages Ă  Ă©couter en boucle.

cuverture de l'album Mirror du contrebassiste felipe CabreraAprès « Made In Animas », « Evidence from El Cayo » et « Night Poems », Felipe Cabrera sort « Mirror » (3D Family/MDC/PIAS) Ă  sortir le  27 septembre 2019. Sur ce quatrième album, le contrebassiste croise les fils de sa vie. Sur la pochette de l’album, le leader se mire sur trois miroirs tout comme l’album vibre entre musique classique, jazz et musique cubaine.

Sur cet enregistrement, Felipe Cabrera retrouve ses compagnons de route de longue date, Leonardo Montana au piano, Irving Acao au saxophone tĂ©nor et Lukmil Perez Ă  la batterie. Avec eux, il conte sa propre vision du monde via une suite dont les douze titres rĂ©vèlent les faces multiples de ce musicien singulier Ă  l’Ă©criture inspirĂ©e.

AncrĂ© dans son passĂ© et ouvert sur l’avenir, abreuvĂ© de culture populaire mais forgĂ© par la musique classique, Felipe Cabrera se nourrit de cette dualitĂ© pour mieux projeter sa musique. Les mĂ©lodies irriguent son Ă©criture savante dont les riches harmonies laissent pourtant la libertĂ© creuser son sillon et s’Ă©panouir.

« Mirror », comme le miroir d’une vie

« Cet album reflète les étapes de ma vie, depuis mon enfance à Cuba jusqu’à ma vie d’adulte entre Paris et la Havane. Il est le miroir des changements politiques et sociaux qu’ont connu mes deux Pays et des bouleversements que j’ai moi-même vécu durant ces années. Il représente ma famille, mon héritage, aussi bien caribéen que classique. Il est mon Cuba, mon Amérique et mon Europe. » Felipe Cabrera

Comme une autobiographie singulière, les douze plages musicales de « Mirror » dĂ©roulent ​le fil de la vie de Felipe Cabrera, de son enfance Ă  aujourd’hui, de la musique classique au jazz en passant par les musiques dans lesquelles il a baignĂ©.

De CayĂł Hueso Ă  l’Instituto Superior de Arte

NĂ© Ă  La Havane, aux premières heures de la RĂ©volution, le 15 aoĂ»t 1961, le jeune Felipe vit Ă  CayĂł Hueso, quartier historique de La Havane, dans une famille de mĂ©lomanes. Son père est bassiste, sa mère aime chanter et danser. Son père lui a appris Ă  lire la musique avant mĂŞme de jouer d’un instrument et sa mère a soutenu son projet de devenir musicien, ce qui lui a permis de sortir de son quartier populaire.

Le 11 septembre 1973 il intègre l’Ă©cole Amadeo Roldan oĂą il n’a pu Ă©tudier la guitare (comme il le souhaitait) mais a dĂ» choisir entre le basson, le cor et le hautbois. Il continue ensuite ses Ă©tudes de bassoniste Ă  l’Instituto Superior de Arte de 1980 Ă  1986.

Comment un bassoniste concertiste devient contrebassiste de jazz

Felipe Cabrera a commencĂ© Ă  s’intĂ©resser et Ă  jouer de la basse en mĂŞme temps qu’il pratiquait le basson dans l’orchestre symphonique national et dans un quintet Ă  vent. Il a cĂ´toyĂ© le totĂ©mique Israel Cachao Lopez et a pris des cours avec Carlos Del Puerto de Irakere. Le 30 juin 1984, a commencĂ© Ă  jouer avec le pianiste Gonzalo Rubalcaba. Alors qu’il devait juste faire un remplacement d’un an, il est restĂ© quatorze ans aux cĂ´tĂ©s du pianiste au sein du Grupo Proyecto devenu ensuite le Cuartet Cubano. Il impose sa carrure comme sideman aux cĂ´tĂ©s de Rubalcaba, de Julio Barreto et d’Horacio “El Negro” Hernández.

Sur les scènes, il a joué avec Tata Güines, Frank Emilio Flynn, Roberto Fonseca mais aussi avec Herbie Hancock, Wayne Gorbea, Ron Carter, Jack de Johnette, Wallace Ronnie, Wynton Marsalis, Michael Brecker, George Benson, entre autres. Il a aussi mis sa contrebasse au service d’autres projets dont le premier disque du groupe Orishas, Patato Valdés, Jimmy Sabater, José Mangual Jr., Eddy Palmieri, Chico Freeman, Chano Domínguez, le pianiste allemand Sebastian Schunke ou le groupe de salsa africain Africando.

De La Havane Ă  Paris

Après quatorze annĂ©es passĂ©es auprès de Gonzalo Rubalcaba et huit albums enregistrĂ©s, en 1999, alors qu’il vient d’enregistrer son premier album solo « Made in Animas », Felipe Cabrera plonge dans l’inconnu et traverse l ’Atlantique pour rejoindre Paris oĂą il s’installe. Il intègre le milieu latino de Paris et les jams sessions. Il travaille avec Raul Paz puis avec Orlando Poleo et Miguel Anga Diaz et Alfredo Rodriguez.

En 2001 il crée le Felipe Cabrera Quintet avec Orlando Poleo aux percussions, Irving Acao au saxophone, Lukmil Perez à la batterie, Leonardo Montana au piano, En presque vingt ans il multiplie avec succès les collaborations, et impose son nom et sa sonorité dans les milieux les plus divers, dont celui du jazz.

« Mirror, l’album

le contrebassiste Felipe Cabrera

Felipe Cabrera©Karen Paulina Biswell

Felipe Cabrera enregistre « Mirror » en 2018 avec le pianiste Leonardo Montana, le saxophoniste tĂ©nor Irving Acao et le batteur Lukmil Perez, Le disque accueille aussi la voix de Javier Campos, le cor d’harmonie d’Antoine Philippe et le chant de Charlotte Wassy,

A l’Ă©coute du monde, le leader reste connectĂ© avec ses racines originelles et affirme son identitĂ© de compositeur dans ce quatrième album qui reflète le chemin parcouru depuis ses origines Ă  aujourd’hui. Loin de lui la dĂ©marche qui prĂ©side Ă  celle de la belle-mère de Blanche-Neige. Point de complaisance pour affirmer qu’il est le meilleur, seulement un regard qu’il porte sur sa propre trajectoire. Après Ă©coute de l’album, il saute aux oreilles, que Felipe Cabrera fait partie des meilleurs, contrebassistes, ceux sur lesquels peuvent s’appuyer les musiciens mais aussi de ces compositeurs qui possèdent une identitĂ©.

Au fil des plages

Une mélodie parcourt tous les titres et revient comme un leitmotiv qui relie tous les titres et lui donne une cohérence inouïe.

L’Intro et le Final de l’album restituent l’ancrage de Felipe Cabrera dans la culture de Cuba par un dialogue profane que la voix mystique de Javier Campos tisse avec les ancĂŞtres, une Ă©lĂ©gie offerte Ă  Elegua. Comme une invocation. Le sphĂ©rique Circle Ă©voque le cycle de la connaissance. Sur un motif rĂ©itĂ©ratif martelĂ© par le trio piano-contrebasse-batterie, le saxophone tĂ©nor volubile et musclĂ© dessine une atmosphère Ă©trange.

Le titre Hoy con Adobo livre la version que l’auteur a de la musique cubaine actuelle avec ses motifs incisifs, ses suspensions et la sonoritĂ© tantĂ´t moelleuse tantĂ´t vĂ©hĂ©mente du saxophone. Le riff jouĂ© en boucle par la contrebasse contribue au climat envoĂ»tant du titre. Ballade Ă©levĂ©e comme une prière mĂ©lancolique, Hilos invite au recueillement. Thème en deux parties, La Congo fait rĂ©fĂ©rence Ă  la religion bantoue et Ă  la congo, musique traditionnelle jouĂ©e dans les carnavals. Instrumentale La Congo 1, partie instrumentale puis La Congo 2, partie chantĂ©e oĂą le saxophone tĂ©nor jaillit comme un cri au-dessus du chĹ“ur des amis du contrebassiste.

Mirror, comme le reflet de la formation classique de l’auteur. Les envolĂ©es lyriques du tĂ©nor sax et la voix de Charlotte Wassy apportent une respiration sereine soutenue par la contrebasse au son tellurique et par le piano enchanteur.

Guajira Loca invoque le rythme de la guajira qui incite Ă  la danse. Le piano vif et colorĂ© ensoleille le titre. Dans 211109 (date tragique de la vie du leader), rĂ©sonne une relative violence. Après un solo introspectif de la contrebasse, la tonalitĂ© se fait coltranienne sur un tempo musclĂ©. Les voix et le tĂ©nor crĂ©ent un climat jubilatoire Ă©vocateur des ambiances qu’affectionnait Sun Ra. Le chorus du saxophone tĂ©nor et le solo de batterie contribuent pour beaucoup Ă  la force du morceau.

Le climat change avec Lament qui rend hommage aux Africains dĂ©cĂ©dĂ©s en mer après l’abolition de l’esclavage.Sur un tempo de ballade, la contrebasse enlace les accords Ă©vanescents du piano. La mĂ©lodie langoureuse du tĂ©nor Ă©tire ensuite ses pleurs jusqu’au bout du titre. Thème en plusieurs mouvements, Horns and Horses vit entre tension et dĂ©tente, entre la frĂ©nĂ©sie du saxophone, le climat apaisant de la contrebasse, les accords baroques du piano et la voix incantatoire. Avec tambours et cor, le morceau Ă©voque la guerre d’indĂ©pendance qui permit Ă  Cuba de s’échapper de la tutelle de la couronne d’Espagne.

Certes « Mirror » met en Ă©vidence les qualitĂ©s d’instrumentiste de Felipe Cabrera mais rĂ©vèle aussi son talent de compositeur. Sa plume prĂ©cise sculpte une musique sophistiquĂ©e empreinte de libertĂ© et d’expressivitĂ©. Au fil des plages, l’Ă©motion affleure sans dĂ©bordement et sous-tend la ligne narrative de l’album qui relie petite et grande histoire, Ă©pisodes de vie personnelle et vision globale du monde d’hier et d’aujourd’hui.

Pour s’immerger dans la musique de « Mirror », rendez-vous Ă  Paris le 19 novembre 2019 Ă  21h au New Morning. Felipe Cabrera, Irving Acao, Leonardo Montana et Lukmil Perez seront aussi le 21 novembre 2019 Ă  20h30 au Jazz Club de Tourcoing, Maison Folie Hospice d’HavrĂ©.

2022… Ultimes « Coups de cœur » #2

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2022… Ultimes « Coups de cœur » #1

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« Blue in Green », Paul Lay rend hommage à Bill Evans

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Ibrahim Maalouf & « S3NS » – Album & TournĂ©e

Ibrahim Maalouf & « S3NS » – Album & TournĂ©e

Hommage à la culture latino-américaine

Ibrahim Maalouf donne une coloration latine Ă  son onzième album, « S3NS », dont la sortie est annoncĂ©e pour le 27 septembre 2019 chez Mister Ibe. Dans la foulĂ©e, le trompettiste va sillonner les scènes de l’hexagone et mĂŞme franchir les frontières. « S3NS », du mĂ©tissage musical garanti avec Maalouf en mode latino !

couverture de l'album S3NS du trompetiste Ibrahim MaaloufOn se souvient de Missin’ Ya, une reprise de Night in Tunisia de Dizzy Gillespie gravĂ© dans « Diasporas », le tout premier album du trompettiste Ibrahim Maalouf en 2007. Par ailleurs, de Lhasa, Ă  Raul Paz, en passant par Tito Puentes ou Omar Sosa, le trompettiste a collaborĂ© avec de nombreux artistes latins. NĂ© au Liban, Ibrahim Maalouf a grandi en France. Pourtant, il revendique des influences latino-amĂ©ricaines qui font partie intĂ©grante de sa culture familiale et musicale.

Ainsi, aujourd’hui, Ibrahim Maalouf pare de couleurs latines son onzième album, « S3NS », attendu le 27 septembre 2019 chez Mister Ibe.

Avec Ibrahim Maalouf & « S3NS » (à prononcer sens), place à un métissage musical rythmé par des sonorités cuivrées et des syncopes énergiques.

« S3NS », un album métissé

Trip latino avec cinq invités

Sur cinq des neuf plages, Ibrahim Maalouf accueille des invités parmi les plus prestigieux des grands noms actuels de la musique latine

Una Rossa Blanca ouvre l’album avec le trompettiste et le pianiste cubain Harold LĂłpez-Nussa. Sur ce titre, on peut Ă©couter la voix de Barack Obama lors de son discours du 22 mars 2016 Ă  la Havane, un discours qui a marquĂ© l’histoire pour toujours. « Cette musique est un hommage Ă  ceux qui savent faire la paix en tendant la main Ă  leurs ennemis d’hier, mais aussi une preuve par la musique que les cultures du monde sont toutes reliĂ©es par les 3 mĂŞmes gènes : la mĂ©lodie, le rythme et les Ă©motions. » Ibrahim Maalouf

On écoute avec bonheur le tonique et virtuose saxophoniste Irving Acao sur Harlem, la violoniste Yilian Cañizares sur Na Na Na, le pianiste cubain Alfredo Rodriguez révélé par Quincy Jones sur N.E.G.U.

De son phrasĂ© unique, le pianiste Roberto Fonseca insuffle de superbes accents cubains Ă  Gebrayel. Sur ce morceau on retrouve l’identitĂ© musicale du pianiste cubain qui exprime avec talent ses racines et son amour du rythme. Ibrahim Maalouf en oublie presque ses quarts de tons et cela ne manque guère.

Du Maalouf pur et dur sans invité

Sur les quatre plages sans invitĂ©s, le « trip Maalouf » pur et dur reprend le dessus. Ainsi  All I can’t say, Radio Magallanes, S3NS et Happy Face (qui manque peut-ĂŞtre un peu de nuances) restituent l’idiome propre au trompettiste. Son Ă©nergie, sa nostalgie, ses breaks, ses riffs rĂ©pĂ©tĂ©s Ă  l’envi par la trompette et la rythmique toujours efficace.

Ni jazz, ni pop, ni rock, la musique d’Ibrahim Maalouf demeure certes toujours inclassable mais tout Ă  fait identifiable.

Tournée S3NS dans toute la France

Paris, Marseille, Lyon

Pour dĂ©couvrir le nouveau trip latino du trompettiste Ibrahim Maalouf, les rendez-vous sont nombreux dans l’hexagone. La tournĂ©e commence avec trois dates Ă  Paris, Ă  l’Olympia, les 23, 24, et 25 septembre 2019. Marseille accueille ensuite le projet le 01 dĂ©cembre 2019 au DĂ´me. La tournĂ©e passe plus tard Ă  la Halle Tony Garnier de Lyon, le 27 octobre 2019 avec un concert qui s’inscrit dans saison 2019/20 programmĂ©e par « Jazz Ă  Vienne » oĂą Ibrahim Maalouf a toujours fait un tabac.

Partout dans l’hexagone

Ibrahim Maalouf & « S3NS » poursuivent ensuite leur tournĂ©e en direction de la Bretagne, Ă  Brest le 28 septembre 2019 (Brest Arena), Nantes le 29 septembre 2019 (ZĂ©nith Nantes MĂ©tropole) et Rennes le 06 octobre 2019 (Le LibertĂ©). Crochet ensuite dans le Sud-Ouest Ă  Toulouse le 12 octobre 2019 (Toulouse MĂ©tropole) et Ă  Bordeaux le 13 octobre 2019 (ArkĂ©a Arena). Puis les rendez-vous se poursuivent de Lille Ă  Montpellier en passant par Dijon, La Rochelle, Nancy, Monte-Carlo… et plus encore. ICI pour tout savoir de la tournĂ©e « S3NS » du trompettiste Ibrahim Maalouf.

Pour se mettre en oreilles, on écoute Happy Face

2022… Ultimes « Coups de cœur » #2

2022… Ultimes « Coups de cœur » #2

En cette fin d’année 2022, quelques albums de jazz interpellent tant par la qualité de leur propos que par leur identité singulière. Impossible de passer sous silence ces quatre Ultimes « Coups de cœur » #2, des musiques à écouter sans tarder pour découvrir de superbes paysages musicaux et bien terminer l’année.

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2022… Ultimes « Coups de cœur » #1

2022… Ultimes « Coups de cœur » #1

Riche en surprises, 2022 a permis de découvrir de nouveaux talents et de se régaler de la musique d’artistes confirmés qui ne cessent de renouveler leurs projets. Pour terminer l’année, quoi de mieux que ces quatre ultimes « Coups de cœur » #1 pour apprécier de véritables pépites de jazz français interprété en duo, trio, quartet et en grande formation.

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« Blue in Green », Paul Lay rend hommage à Bill Evans

« Blue in Green », Paul Lay rend hommage à Bill Evans

Avec le superbe « Blue in Green », Paul Lay rend hommage à Bill Evans. Sur ce premier opus de la série Jazz de Scala Music, le pianiste revisite certaines compositions de Bill Evans et de grands standards de jazz. Enregistré live en trio avec le contrebassiste Clemens Van der Feen et la batteur Dré Pallemaerts, l’album s’inscrit dans la grande tradition du trio jazz piano-contrebasse-batterie.

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Eric Legnini présente « Six Strings Under »

Eric Legnini présente « Six Strings Under »

Un opus réjouissant et lumineux

Avec « Six Strings Under » sorti le 06 septembre 2019, le pianiste Eric Legnini revient aux formats acoustique et instrumental. Pour cette aventure il embarque de nouveau Ă  ses cĂ´tĂ©s le contrebassiste Thomas Bramerie et convie deux guitaristes, Hugo Lippi et Rocky Gresset. En toute libertĂ© les cordes sonnent et s’en donnent Ă  cĹ“ur joie.

Visuel de l'album Six Strings Under du pianiste Eric LegniniAprès une trilogie consacrée à la voix, le pianiste Eric Legnini fait un retour à la formule acoustique et instrumentale. Avec son complice contrebassiste Thomas Bramerie et les guitaristes Hugo Lippi et Rocky Gresset, le pianiste dévoile son nouvel opus « Six Strings Under » (Anteprima/Bendo Music) sorti le 06 septembre 2019.

Producteur, directeur musical et arrangeur, le pianiste belge Eric Legnini a fait sa place dans l’univers du jazz europĂ©en. Après le tryptique « Miss Soul » (Label Bleu) sorti en 2006, « Big Boogaloo » en 2007 et « Trippin » en 2009, il a consacrĂ© une trilogie oĂą la voix Ă©tait au centre propos. L’album « The Vox » (Discograph) sorti en 2011 et laurĂ©at de la Victoire du Jazz 2011 du « Meilleur album instrumental de l’annĂ©e » fait entendre le chant de Krystle Warren. Il a Ă©tĂ© suivi du CD « Sing Twice! » (Discograph) paru en 2013 avec les voix de Hugh Coltman Mamani Keita et Emy Meyer. Pour finir, le groovy « Waxx Up » (Anteprima/Musicast) sorti en 2017 oĂą s’expriment les voix de Michelle Willis, Hugh Coltman, Yael NaĂŻm, Charles X, Mathieu Boogaerts, Natalie Williams ou encore AnaĂ«lle Potdevi.

Retour aux formats acoustique et instrumental

La guitare a bercĂ© la vie d’Eric Legnini. En effet, son père Ă©tait fan de Django Reinhardt et le pianiste a ferraillĂ© avec d’autres artistes du Plat Pays qui pratiquaient aussi la six-cordes, comme Philip Catherine ou le lĂ©gendaire Toots Thielemans, harmoniciste certes, mais aussi savant manieur des six-cordes. Du coup, pour Eric Legnini, pas question de perpĂ©tuer l’idĂ©e que « les pianistes et guitaristes ne font pas toujours bon mĂ©nage ».

En effet Eric Legnini cĂ©lèbre la guitare sous toutes ses formes sur son nouvel opus, « Six Strings Under », dont le titre fait un clin d’oeil Ă  la fameuse sĂ©rie « Six Feet Under » dont le pianiste est fan, « Six Strings Under » marque par ailleurs le retour du pianiste aux formats acoustique et instrumental qu’il avait un peu dĂ©laissĂ©s.

Deux guitares, une contrebasse et un piano

Dans la continuitĂ© des albums prĂ©cĂ©dents oĂą la voix avait toute sa part, Eric Legnini continue Ă  converser le contrebassiste Thomas Bramerie prĂ©sent Ă  ses cĂ´tĂ©s sur ‘The Vox » et « Sing Twice! ».

Par contre il s’agit pour lui d’un premier enregistrement avec deux guitaristes qu’il apprĂ©cie. Il connait le premier, Hugo Lippi, depuis le milieu des annĂ©es 90, Ă  l’Ă©poque des lĂ©gendaires Nuits Blanches du Petit Opportun. « DĂ©jĂ  Ă  l’époque de Big Boogaloo (2006), je l’avais invitĂ© Ă  des concerts avec Julien Lourau et StĂ©phane Belmondo. C’est un musicien fantastique, j’adore sa sensibilitĂ© et sa connaissance incroyable des standards. » Le second virtuose de la six-cordes, Eric Legnini l’a rencontrĂ© il y a une quinzaine d’annĂ©es. Il s’agit de Rocky Gresset, reconnu pour sa virtuositĂ© dans le milieu des guitaristes manouches.

Paysages

Sans batterie le quartet évolue dans un cadre qui confère une grande liberté aux solistes.

Avec Thomas Bramerie et Hugo Lippi, Eric Legnini regarde du cĂ´tĂ© des standards avec le classique Stomping at the Savoy des annĂ©es 30. Il honore l’esprit manouche avec Rocky Gresset, maĂ®tre en la matière et invite des guitares pop Ă  la Radiohead sur Daydreaming. DĂ©diĂ©e Ă  son amie et complice brĂ©silienne Marcia Maria disparue en 2018, La Mangueira sonne bossa et fait comme un clin d’Ĺ“il Ă  Jobim.

Eric Legnini convoque aussi les guitares afrobeat Ă  la Fela sur Boda Boda, un titre tonique et plein d’entrain, qui donne envie d’en Ă©couter plus encore.

Au centre de l’album le pianiste cĂ©lèbre sans guitare une messe miniature dĂ©diĂ©e aux guitares du rock anglais en reprenant le fameux titre dde David Bowie Space Oddity, qu’il joue avec la contrebasse.

Un superbe moment de jazz avec onze titres Ă  savourer avec gourmandise.

Les propos chaleureux de « Six Strings Under » coulent avec musicalitĂ© dans un climat enjouĂ©. Une belle alchimie règne entre les cordes du piano, des guitares et de la contrebasse. Un album ensoleillĂ© comme un Ă©tĂ© indien qui illuminerait les sorties discographiques de l’automne 2019. Du grand Legnini !

2022… Ultimes « Coups de cœur » #2

2022… Ultimes « Coups de cœur » #2

En cette fin d’année 2022, quelques albums de jazz interpellent tant par la qualité de leur propos que par leur identité singulière. Impossible de passer sous silence ces quatre Ultimes « Coups de cœur » #2, des musiques à écouter sans tarder pour découvrir de superbes paysages musicaux et bien terminer l’année.

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2022… Ultimes « Coups de cœur » #1

2022… Ultimes « Coups de cœur » #1

Riche en surprises, 2022 a permis de découvrir de nouveaux talents et de se régaler de la musique d’artistes confirmés qui ne cessent de renouveler leurs projets. Pour terminer l’année, quoi de mieux que ces quatre ultimes « Coups de cœur » #1 pour apprécier de véritables pépites de jazz français interprété en duo, trio, quartet et en grande formation.

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« Blue in Green », Paul Lay rend hommage à Bill Evans

« Blue in Green », Paul Lay rend hommage à Bill Evans

Avec le superbe « Blue in Green », Paul Lay rend hommage à Bill Evans. Sur ce premier opus de la série Jazz de Scala Music, le pianiste revisite certaines compositions de Bill Evans et de grands standards de jazz. Enregistré live en trio avec le contrebassiste Clemens Van der Feen et la batteur Dré Pallemaerts, l’album s’inscrit dans la grande tradition du trio jazz piano-contrebasse-batterie.

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« Blue World », un  nouvel album inédit de John Coltrane

« Blue World », un nouvel album inédit de John Coltrane

Huit titres enregistrés en 1964

Le 27 septembre 2019, Impulse, le label historique de John Coltrane, sort de ses archives huit titres gravĂ©s par le saxophoniste en 1964. Sur cet album inĂ©dit, intitulĂ© « Blue World », Coltrane est entourĂ© de McCoy Tyner, Jimmy Garrison et Elvin Jones. On ne boude pas son plaisir Ă  l’Ă©coute de ces titres courts mais radieux et empreints de sĂ©rĂ©nitĂ©.

Couverture de l'album Blue World de John ColtraneUn an après la sortie en 2018 du superbe “Both Directions At Once : The Lost Album”, le label Impulse sort de ses archives 37 minutes d’enregistrement encore jamais publiĂ©es du lĂ©gendaire saxophoniste John Coltrane disparu en 1967. AnnoncĂ© pour le 27 septembre 2019, l’album « Blue World » rĂ©unit huit morceaux inĂ©dits enregistrĂ©s le 24 juin 1964 dans les studios Rudy Van Gelder pour le film « Un chat dans le sac », du rĂ©alisateur quĂ©bĂ©cois Gilles Groulx.

Outre la musique du saxophoniste dont il n’a gardĂ© que dix des trente-sept minutes enregistrĂ©es, le rĂ©alisateur a aussi utilisĂ© celles de Vivaldi, Couperin et Mozart.

Coltrane Ă  la tĂŞte de son quartet historique

Sur « Blue World », on retrouve le saxophoniste Ă  la tĂŞte de son quartet historique, celui avec lequel il va graver la mĂŞme annĂ©e, deux sommets,, « Crescent » et « A Love Supreme ». C’est en effet en juin 1964, entre les sessions d’enregistrement de ces deux albums lĂ©gendaires que John Coltrane invite McCoy Tyner (piano), Jimmy Garrison (contrebasse) et Elvin Jones (batterie) Ă  enregistrer Ă  ses cĂ´tĂ©s dans les Studios Van Gelder.

Blue World et autres titres revisités

Hormis Blue World qui peut s’entendre comme un titre original, les autres morceaux sont des thèmes dĂ©jĂ  gravĂ©s par le saxophoniste qui les revisite avec son quartet. Ainsi trois thèmes sont puisĂ©s parmi « Coltrane Jazz » et « John Coltrane With the Red Garland Trio », des albums antĂ©rieurs du leader. Il en va ainsi pour Village Blues (trois prises proposĂ©es), Like Sonny et Traneing In. On retrouve aussi avec bonheur, un des thèmes fĂ©tiche de Coltrane, le superbe Naima qui ouvre et ferme l’album.

Concernant Coltrane, on est quelque peu surpris par la durĂ©e des morceaux largement infĂ©rieure Ă  celle des titres habituellement enregistrĂ©s par Coltrane. En fait, le quartet a rĂ©duit ses interprĂ©tations Ă  une durĂ©e rĂ©duite qui puisse ĂŞtre utilisĂ©e sur une BO. Il n’empĂŞche que mĂŞme sous un tel format, le quartet demeure toujours en Ă©troite cohĂ©sion et les interventions des solistes Ă©tonnent, sĂ©duisent par leur richesse et leur sĂ©rĂ©nitĂ© radieuse.

« Blue World », trente sept minutes de rĂ©gal pour les oreilles et l’envie irrĂ©pressible d’Ă©couter Coltrane encore et encore !!!

2022… Ultimes « Coups de cœur » #2

2022… Ultimes « Coups de cœur » #2

En cette fin d’année 2022, quelques albums de jazz interpellent tant par la qualité de leur propos que par leur identité singulière. Impossible de passer sous silence ces quatre Ultimes « Coups de cœur » #2, des musiques à écouter sans tarder pour découvrir de superbes paysages musicaux et bien terminer l’année.

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2022… Ultimes « Coups de cœur » #1

2022… Ultimes « Coups de cœur » #1

Riche en surprises, 2022 a permis de découvrir de nouveaux talents et de se régaler de la musique d’artistes confirmés qui ne cessent de renouveler leurs projets. Pour terminer l’année, quoi de mieux que ces quatre ultimes « Coups de cœur » #1 pour apprécier de véritables pépites de jazz français interprété en duo, trio, quartet et en grande formation.

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« Blue in Green », Paul Lay rend hommage à Bill Evans

« Blue in Green », Paul Lay rend hommage à Bill Evans

Avec le superbe « Blue in Green », Paul Lay rend hommage à Bill Evans. Sur ce premier opus de la série Jazz de Scala Music, le pianiste revisite certaines compositions de Bill Evans et de grands standards de jazz. Enregistré live en trio avec le contrebassiste Clemens Van der Feen et la batteur Dré Pallemaerts, l’album s’inscrit dans la grande tradition du trio jazz piano-contrebasse-batterie.

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Andy Emler & A Filetta au Musée des Confluences

Andy Emler & A Filetta au Musée des Confluences

Rencontre entre jazz et polyphonies corses

Dans le cadre des spectacles Vibrations du Monde, le Musée des Confluences offre une Carte blanche à Andy Emler et A Filetta. Échanges, conférence et concerts à vivre du 26 au 28 septembre 2019. Quatre jours pour découvrir les univers du pianiste de jazz et du chœur polyphonique corse.

Vibrations du Monde au MusĂ©e des Confluences, carte Blanche Ă  Andy emlet et A FilettaLes spectacles Vibrations du Monde du MusĂ©e des Confluences invitent chaque annĂ©e le public Ă  faire escale au croisement des Ĺ“uvres traditionnelles et de la scène contemporaine. Autant d’occasions pour vibrer au rythme des crĂ©ations et dĂ©couvrir la richesse artistique d’un monde en mouvement.

La saison 2019/20 des Vibrations du Monde ouvre avec une Carte Blanche Ă  Andy Emler et A Filetta.

Ainsi, du 26 au 28 septembre 2019, deux univers de tradition orale vont de rencontrer. Celui du jazz incarnĂ© pour l’occasion par le pianiste Andy Emler et quelques-uns de ses compagnons d’aventure et celui des polyphonies corses que reprĂ©sente le chĹ“ur A Filetta.

Andy Emler

Compositeur, pianiste et arrangeur, Andy Emler se passionne depuis toujours pour le jazz et l’improvisation. Inventeur et innovateur il dirige depuis 1989 le MegaOctet, orchestre Ă  nul autre pareil qui demeure une rĂ©fĂ©rence unique dans le monde de la musique improvisĂ©e. Virtuose et festif, le MegaOctet a vĂ©cu des mues successives mais demeure au fil de ses trente ans de vie, un laboratoire oĂą toutes les audaces sont permises aux improvisateurs qui le constituent.

Andy Emler s’exprime aussi au sein du trio Emler - Tchamitchian  -Echampard et par ailleurs se produit en sol

A Filetta

ComposĂ© des voix de cinq chanteurs, Jean-Claude Acquaviva, François Aragni, Petr’Antò Casta, Paul Giansily et Maxime Vuillamier, le ChĹ“ur A Filetta perpĂ©tue depuis près de 40 ans la tradition orale insulaire tout en explorant des crĂ©ations d’œuvres plus contemporaines.

Quatre jours entre jazz et polyphonies corses

« A’core datu » : A Filetta

A Filetta, Carte Blanche à Andy Emler et A Filetta au Musée des Confluences

A Filetta©Armand Luciani

Jeudi 26 septembre Ă  12h30 dans le Grand Auditorium, le ChĹ“ur A Filetta se propose de livrer les 40 ans de son histoire musicale au public au cours d’un Ă©change, vĂ©ritable exposĂ© illustrĂ© vivant et chantant.

L’occasion de dĂ©couvrir les diffĂ©rentes phases de l’évolution du groupe, les traditions qui ont influencĂ© son parcours atypique.

« Le Cantu in Paghjella » : de l’héritage à l’apprentissage

Vendredi 27 septembre à 12h30 dans le Petit Auditorium (entrée libre), Philippe Salort, chercheur, chargé de l’inventaire du Patrimoine Culturel Immatériel - Direction du Patrimoine, Collectivité de Corse propose une conférence en français autour de la Paghjella.Inscrite sur la liste UNESCO du patrimoine culturel immatériel menacé, la Paghjella se transmet par imprégnation et immersion.

Cette tradition polyphonique corse fait l’objet de nouvelles réflexions pédagogiques sur son apprentissage oral.

“Nobody Knows…” : Andy Emler, piano solo

Andy Emler, Carte Blanche à Andy Emler et A Filetta au Musée des Confluences

Andy Emler©Marion Duhamel

Vendredi 27 septembre à 20h dans le Grand Auditorium, le pianiste Andy Emler invite le public à le rejoindre dans un voyage improvisé aux saveurs épicées et aux teintes chamarrées.

Seul avec son piano, il va promener son inspiration inouĂŻe aux croisĂ©es des musiques du monde et du jazz avec des incursions dans les univers de Ravel, Stravinsky, les Beatles et bien d’autres portĂ©es habitĂ©es.

Polyphonies corses

Dans le cadre de la carte blanche à Andy Emler & A Filetta, les stagiaires du CFMI, dir. Association corse Citàdell’Anima proposent des concerts impromptus au niveau 1 du musée le samedi 28 septembre à 14h30, 15h30 et 16h30.

“The Wake Up call” : Quartet Andy Emler & A Filetta

Rendez-vous le samedi 28 septembre à 20h dans le Grand Auditorium avec une création hors-norme d’Andy Emler pour Quartet et A Filetta. Quatre improvisateurs de jazz au service de la polyphonie vocale. De grands chanteurs au service d’instrumentistes virtuoses.

Autour du piano d’Andy Emler qui a composĂ© musique et textes, se retrouvent le contrebassiste Claude Tchamitchian, le saxophoniste et clarinettiste Laurent Dehors et le percussionniste François Verly. Les instrumentistes de jazz vont Ă©changer avec Jean-Claude Acquaviva, François Aragni, Petr’Antò Casta et Maxime Vuillamier, chanteurs du ChĹ“ur A Filetta.

Des promesses de moments musicaux inédits.

2022… Ultimes « Coups de cœur » #2

2022… Ultimes « Coups de cœur » #2

En cette fin d’année 2022, quelques albums de jazz interpellent tant par la qualité de leur propos que par leur identité singulière. Impossible de passer sous silence ces quatre Ultimes « Coups de cœur » #2, des musiques à écouter sans tarder pour découvrir de superbes paysages musicaux et bien terminer l’année.

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2022… Ultimes « Coups de cœur » #1

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Riche en surprises, 2022 a permis de découvrir de nouveaux talents et de se régaler de la musique d’artistes confirmés qui ne cessent de renouveler leurs projets. Pour terminer l’année, quoi de mieux que ces quatre ultimes « Coups de cœur » #1 pour apprécier de véritables pépites de jazz français interprété en duo, trio, quartet et en grande formation.

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« Blue in Green », Paul Lay rend hommage à Bill Evans

« Blue in Green », Paul Lay rend hommage à Bill Evans

Avec le superbe « Blue in Green », Paul Lay rend hommage à Bill Evans. Sur ce premier opus de la série Jazz de Scala Music, le pianiste revisite certaines compositions de Bill Evans et de grands standards de jazz. Enregistré live en trio avec le contrebassiste Clemens Van der Feen et la batteur Dré Pallemaerts, l’album s’inscrit dans la grande tradition du trio jazz piano-contrebasse-batterie.

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Echo#3-Jazz Ă  Vienne 2019

Echo#3-Jazz Ă  Vienne 2019

« Bagatelles Marathon », un Ă©vènement d’exception

Echo#3-Jazz Ă  Vienne 2019 propose un retour sur la soirĂ©e du 10 juillet 2019 sur la scène du Théâtre Antique du festival Jazz Ă  Vienne. Loin des formats habituels, « Bagatelles Marathon » a  permis au public de dĂ©couvrir la conception que son crĂ©ateur John Zorn a du jazz. L’occasion de pĂ©nĂ©trer dans un univers musical ouvert sur de nombreux idiomes sans discrimination de genres. Une proposition hors norme, un Ă©vènement d’exception.

Si le terme bagatelle est devenu dans l’acception courante synonyme de futilitĂ©, d’anecdote, de petit rien, après l’Ă©coute des « Bagatelles Marathon » de John Zorn, le mot est associĂ© Ă  raretĂ©, Ă  exception.

En effet, la soirĂ©e a permis au public de dĂ©couvrir la conception que le compositeur a de la musique, un Ă©ventail de genres qui va du jazz le plus libre au punk le plus dur avec des escapades du cĂ´tĂ© du classique, de la musique rĂ©pĂ©titive, du bruitisme, du rock, de l’Ă©lectronique sans omettre des emprunts aux musiques du monde et Ă  d’autres d’ailleurs qui n’appartiennent qu’Ă  lui.

« Bagatelles Marathon » de John Zorn

Le compositeur, saxophoniste alto, clarinettiste, organiste et producteur new-yorkais John Zorn vient prĂ©senter ses « Bagatelles Marathon » sur la scène du Théâtre Antique de Vienne. Si en musique classique, une bagatelle est une courte composition sans prĂ©tention conçue dans un style lĂ©ger, les Bagatelles de John Zorn se prĂ©sentent comme un cycle de compositions atonales dont John Zorn confie l’interprĂ©tation Ă  une trentaine de musiciens, parmi lesquels nombre de ses fidèles collaborateurs pour la plupart new-yorkais.

Ainsi 14 groupes vont se succéder le 10 juillet 2019 en 2 sets sur la scène du Théâtre Antique pour interpréter quelques 50 compositions de « The Bagatelles » composées par John Zorn depuis 2015.

De bout en bout du concert, le maĂ®tre de soirĂ©e, John Zorn, demeure sur scène pour jouer, prĂ©senter ou diriger sur le plateau ou hors scène pour veiller, soutenir, Ă©couter. VĂŞtu de son habituel pantalon de treillis, il ouvre la soirĂ©e en tee-shirt rouge avec son alto Ă  la tĂŞte de son quartet Masada et terminera encapuchonnĂ© dans un sweat noir pour diriger la prestation d’Asmodeu, le dernier groupe de la soirĂ©e. Dans l’intervalle on le verra applaudir, sourire, se lever, approuver, encourager, vibrer et prĂ©senter chaque groupe lors des changements de plateau. A ce propos, il convient de saluer la performance de l’Ă©quipe technique qui a assurĂ© des enchainements parfaits et une restitution sonore idĂ©ale.

Le déroulement de la soirée

Pour cet Echo#3-Jazz Ă  Vienne 2019, on fait le choix d’associer chaque prestation Ă  des qualificatifs. Certes, ces termes sont porteurs de subjectivitĂ© mais ils restituent les impressions d’une Ă©coute instantanĂ©e et attentive.

L’entrĂ©e en matière est combative et volcanique avec Masada qui ouvre la soirĂ©e. John Zorn (saxophone alto), Dave Douglas (trompette), Greg Cohen (contrebasse) et Joey Baron (batterie) rivalisent d’Ă©nergie et font gronder la musique. On perçoit des Ă©chos venus d’Eric Dolphy. Après 3 morceaux, place au duo Sylvie Courvoisier & Mark Feldman. La pianiste et le violoniste proposent une fantaisie moderne très fusionnelle. Aux confins de la musique rĂ©pĂ©titive, avec quelques Ă©vocations du monde de Bartok, les deux morceaux prĂ©sentĂ©s possèdent une intense dimension dramatique et interrogative.

Avec Mary Halvorson Quartet, on pĂ©nètre dans un monde plus Ă©ruptif. Les quatre surdouĂ©s tricotent une musique dense. En effet Mary Halvorson (guitare), Miles Okazaki (guitare), Drew Gress (contrebasse) et Tomas Fujiwara (batterie) font alterner des vagues puissantes qui donnent l’impression d’ĂŞtre immergĂ© dans des coulĂ©es de lave qui aurait traversĂ© des contrĂ©es rock. Place ensuite au duo Erik Friedlander-Mike Nicolas. Leurs violoncelles dessinent une Ă©vocation poĂ©tique oĂą coexistent introspection et furie. Entre mĂ©ditation et rythme, les deux schizo-cellos jouent Ă  l’unisson ou assurent tour Ă  tour mĂ©lodie et accompagnement.

Avec la venue du trio Trigger, le contraste est intense. Will Greene (guitare), Simon Hanes (basse) et Aaron Edgcomb (batterie) exĂ©cutent une musique punk-rock, dĂ©capante et explosive, organique et physique. Tempo infernal, puissance maximale (qui justifie l’usage de protections auditives) et exubĂ©rance scĂ©nique. On redoute presque un tremblement de terre. C’est alors au tour du pianiste Criag Taborn de se produire en solo. Ses mains zombies très indĂ©pendantes pratiquent des explorations percussives du clavier. Grands Ă©carts et impulsions rythmiques. Elles incarnent le concept de rupture, conversent, combattent et dĂ©lirent jusqu’au paroxysme.

On quitte cet univers Ă©vocateur des ambiances de Cecil Taylor ou de la musique contemporaine pour retrouver John Medeski Trio. John Medeski (orgue), Dave Fuczynski (guitare) et Calvin Weston (batterie) produisent de l’Ă©nergie pure. Une musique tellurique et charpentĂ©e oĂą orgue et guitare dialoguent sur le flot grondant que dĂ©verse la batterie. Entre jazz et rock, les impulsions exacerbĂ©es de la guitare stimulent l’orgue dont le fluide vital alimente l’Ă©nergie de la batterie.

Après une courte pause, le concert reprend avec Nova Quartet qui rĂ©unit John Medeski, cette fois au piano, Kenny Wollesen (vibraphone), Trevor Dunn (contrebasse) et Joey Baron (batterie). Retour aux fondamentaux avec un soul groovy Ă  moins que ce ne soit du groove fusionnel. Sans atermoiement les quatre complices malmènent pourtant les repères habituels (mĂ©lodie, harmonie, rythmique) et pratiquent un combat pulsatile qui libère un jazz solide. Arès trois morceaux, le quartet cède la place au duo de guitaristes Gyan Rilzy & Julian Lage. En très grande proximitĂ©, presque les yeux dans les yeux les deux virtuoses au service de la poĂ©sie entreprennent un dialogue encordĂ© entre guitare folk et guitare classique et proposent une bagatelle flamenco (c’est ainsi que la prĂ©sente John Zorn).

Le set continue avec Brian Marsella Trio. Contrebasse solide, piano très libre avec une main gauche pulsatile et une main droite vĂ©loce, batterie mĂ©tronomique. Brian Marsella (piano), Trevor Dunn (contrebasse) et Kenny Wollesen (batterie) enchaĂ®nent les breaks et font monter la tension lors du premier morceau. Ils pratiquent ensuite une poĂ©sie triangulaire oĂą les lignes ravelisantes du piano libèrent des couleurs irisĂ©es et orientales sur le tempo ralenti menĂ© par les mailloches du batteur. Le dernier moment rĂ©vèle de nouveaux contrastes. Rythme et tension reviennent, les humeurs des instruments s’affrontent, dans les coulisses John Zorn se lève, interpelĂ© sans doute par ce moment phĂ©nomĂ©nal. Il vient d’ailleurs saluer avec le trio avant de prĂ©senter Ikue Mori. Seule sur scène avec son ordinateur et ses dispositifs Ă©lectroniques programmĂ©s, elle fait dialoguer ses computers avec les Ă©toiles. Une libre escapade aux frontières de l’Ă©trange.

La formation menĂ©e par Kris Davis poursuit la soirĂ©e. EntourĂ©e de Mary Halvorson (guitare), Drew Gress (contrebasse) et Kenny Wollesen (batterie), la pianiste explore librement la partition et l’espace. S’ensuivent des schĂ©mas rĂ©pĂ©titifs pulsatifs aux multiples contrastes rythmiques. Une musique singulière oĂą les instruments dialoguent au grĂ© des rythmes. Advient ensuite le solo peu banal du trompettiste Peter Evans. Il tutoie le toit du monde, le soutient ou le fait s’effondrer, comme s’il dĂ©clenchait les Ă©lĂ©ments naturels sur scène. La phĂ©nomĂ©nale trompette dĂ©clenche la tornade et rend possible l’impossible (dixit John Zorn). ÉtonnĂ© et/ou sĂ©duit, le public applaudit Ă  tout rompre.

« Bagatelles Marathon » se termine avec Asmodeux. John Zorn quitte les coulisses et rejoint Marc Ribot (guitare), Trevor Dunn (basse) et Kenny Grohowski (batterie) pour le dernier mais non le moindre des sets de la soirĂ©e. C’est le maĂ®tre qui dirige la tempĂŞte paroxistique que dĂ©livre le trio. C’est foudroyant, la guitare saturĂ©e se dĂ©chaĂ®ne, la basse exaspĂ©rĂ©e dĂ©lire, la batterie fait trembler la scène. Un sommet qui comble l’ensemble du public et clĂ´t la soirĂ©e en beautĂ©.

Après ce dernier moment extatique, les 29 musiciens reviennent sur scène autour de John Zorn et saluent en ligne le public qui leur réserve une ovation plus que méritée. Le public quitte doucement le Théâtre Antique le sourire aux lèvres, comblé par cette soirée unique dont le souvenir restera longtemps dans la mémoire collective des amateurs de jazz. La soirée a tenu ses promesses.

Le 10 juillet 2019, sur la scène du Théâtre Antique, les musiciens ont transformĂ© les propositions musicales Ă©crites conçues par John Zorn en des moments musicaux qui ont dĂ©jouĂ© et combinĂ© autrement les fondamentales mĂ©lodies, harmonies et rythmiques constitutives de cette musique dĂ©nommĂ©e jazz. « Bagatelles Marathon » a Ă©tĂ© l’occasion pour le public de dĂ©couvrir avec Ă©tonnement, plaisir ou grincement de dents, une autre vison du jazz. Un format bien Ă©loignĂ© des marketings habituels trop souvent vendus pour plaire ou pire, complaire. Une bouffĂ©e musicale essentielle et nourrissante. On ne peut que remercier Benjamin Tanguy et les organisateurs de Jazz Ă  Vienne pour cette soirĂ©e qui s’inscrit tout Ă  fait dans cet idiome dont le festival se prĂ©vaut.

2022… Ultimes « Coups de cœur » #2

2022… Ultimes « Coups de cœur » #2

En cette fin d’année 2022, quelques albums de jazz interpellent tant par la qualité de leur propos que par leur identité singulière. Impossible de passer sous silence ces quatre Ultimes « Coups de cœur » #2, des musiques à écouter sans tarder pour découvrir de superbes paysages musicaux et bien terminer l’année.

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2022… Ultimes « Coups de cœur » #1

2022… Ultimes « Coups de cœur » #1

Riche en surprises, 2022 a permis de découvrir de nouveaux talents et de se régaler de la musique d’artistes confirmés qui ne cessent de renouveler leurs projets. Pour terminer l’année, quoi de mieux que ces quatre ultimes « Coups de cœur » #1 pour apprécier de véritables pépites de jazz français interprété en duo, trio, quartet et en grande formation.

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« Blue in Green », Paul Lay rend hommage à Bill Evans

« Blue in Green », Paul Lay rend hommage à Bill Evans

Avec le superbe « Blue in Green », Paul Lay rend hommage à Bill Evans. Sur ce premier opus de la série Jazz de Scala Music, le pianiste revisite certaines compositions de Bill Evans et de grands standards de jazz. Enregistré live en trio avec le contrebassiste Clemens Van der Feen et la batteur Dré Pallemaerts, l’album s’inscrit dans la grande tradition du trio jazz piano-contrebasse-batterie.

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Echo#3-Jazz Ă  Vienne 2019

Echo#2-Jazz Ă  Vienne 2019

« Ghosts Songs » - Diana Krall invite Joe Lovano

Echo#2-Jazz à Vienne 2019 revient sur les musiques écoutées le 09 juillet 2019 au festival Jazz à Vienne. Cette soirée propose deux sets aux styles contrastés. Après avoir réservé un bon accueil à la musique innovante de « Ghosts Songs » proposée par Paul Jarret & Jim Black, le public a ovationné avec chaleur le set de Diana Krall venue en trio avec Joe Lovano en invité spécial.

Le 08 juillet 2019, le public se voit d’abord proposer le projet « Ghosts Songs » de Paul Jarret & Jim Black qui Ă©volue aux confins du jazz et du post-rock avant de pouvoir Ă©couter la musique pour laquelle il s’est mobilisĂ©, celle de Diana Krall, star incontestĂ©e du jazz vocal actuel. MalgrĂ© le grand Ă©cart thĂ©matique qui sĂ©pare les deux sets de la soirĂ©e, les 5000 spectateurs ont manifestĂ© une Ă©coute attentive et bienveillante au premier set avant d’ovationner la diva et son invitĂ© Joe Lovano plĂ©biscitĂ© avec ferveur par nombre d’amateurs de jazz.

Paul Jarret / Jim Black - « Ghosts Songs »

SĂ©lectionnĂ© par le jury des Talents Adami Jazz, le jeune guitariste parisien Paul Jarret a pu rĂ©aliser le projet dont il rĂŞvait, jouer avec le batteur Jim Black qui l’inspire depuis toujours et dont le jeu fait rĂ©fĂ©rence dans le monde du jazz underground. Le premier est nĂ© l’annĂ©e oĂą le second entre Ă  la Berklee Scool de Boston… Ainsi deux gĂ©nĂ©rations sont rĂ©unies pour donner vie au projet « Ghosts Songs » auquel le pianiste-claviĂ©riste Josef Dumoulin et le saxophoniste Julien Pontvianne sont conviĂ©s.

Il s’agit de la grande première de « Ghosts Songs » qui va se produire ensuite sur quatre autres festivals de jazz. L’enjeu est grand pour le guitariste qui a beaucoup investi dans ce projet. Il remerciera d’ailleurs, en fin de concert, le public qu’il a trouvĂ© « drĂ´lement sage et attentif ».

LibĂ©rĂ© de toute contrainte de style, le groupe prĂ©sente une musique très personnelle dont les climats varient. De bout en bout du set, Jim Black fait preuve d’une inventivitĂ© sans cesse renouvelĂ©e. Tel un vulcain dĂ©chaĂ®nĂ©, le maĂ®tre des peaux et cymbales forge Ă  chaque instant un climat propice Ă  libĂ©rer l’expressivitĂ© des solistes et mĂ©nage mĂŞme des moments de silence qui permettent au public de recentrer son attention.

Ainsi, après un premier morceau Ă  la construction contrapuntique d’une modernitĂ© sidĂ©rante advient un autre titre plus organique oĂą la frappe du batteur relie les nappes Ă©lectriques et Ă©lectroniques au souffle du saxophone pourvoyeur de mĂ©lodie. Se succèdent ensuite des moments planants et d’autres plus Ă©thĂ©rĂ©s oĂą l’expression des musiciens frise le minimalisme. PortĂ© par la frappe colossale de Jim Black, le guitariste Paul Jarret libère enfin son discours et s’envole lors du dernier morceau. Ce premier set n’aurait pas dĂ©tonnĂ© dans le paysage du marathon des bagatelles de John Zorn programmĂ© le 10 juillet 2019 par le festival Jazz Ă  Vienne.

Diane Krall Trio invite Joe Lovano

Après la musique de « Ghosts Songs » situĂ©e aux confins d’un jazz expĂ©rimental et d’un post rock minimaliste, le public va accueillir avec enthousiasme la star pour laquelle ils sont venus. Comble de bonheur, Diane Krall a invitĂ© le saxophoniste Joe Lovano, dont la participation a mobilisĂ© la venue de nombreux d’amateurs.

VĂŞtue d’une tunique assortie Ă  la blondeur de sa chevelure, de bottines et d’un jean, Diana Krall gagne une scène dont les projecteurs rappellent ceux des studios de photographes, mais ce soir-lĂ , aucun clichĂ© de la star n’est autorisĂ©… ce qui n’empĂŞche pas l’ensemble des spectateurs de la fosse de filmer et photographier via leurs smartphones. Les rĂ©seaux sociaux seront riches de photos et vidĂ©os de la vedette, mais cette chronique et bien d’autres aussi, en sont privĂ©s.

Joe Lovano, Echo2-Jazz Ă  Vienne 2019

Joe Lovano

Par contre, on ne rĂ©siste pas Ă  insĂ©rer un clichĂ© de Joe Lovano autorisĂ© et captĂ© l’après-midi au Théâtre de Vienne lors d’une confĂ©rence publique.

Diana Krall se prĂ©sente avec le contrebassiste Robert Hurst et le batteur Karriem Riggins rejoints par l’invitĂ© de la soirĂ©e, le saxophoniste tĂ©nor Joe Lovano. Sa prĂ©sence, son talent, son jeu inventif et facĂ©tieux contribuent Ă  apporter un souffle de modernitĂ© Ă  la prestation de la chanteuse-pianiste certes toujours Ă©lĂ©gante voire prĂ©cieuse mais un brin acadĂ©mique. Cerise sur le gâteau, le saxophoniste intervient sur la totalitĂ© des morceaux du set (hormis un solo piano), ce qui comble de bonheur les spectateurs venus l’Ă©couter.

Le set propose nombre de standards du Real Book parmi lesquels, L.O.V.E., I’ve Got You Under My Skin, Devil may care de Bob Dorough, P.S. I Love You, East of the sun (and West of the moon), Cry me a river, Corcovado.

Au fil du rĂ©pertoire, le chant voilĂ© de Diana Krall dĂ©construit les mĂ©lodies, les Ă©tire pour mieux se les approprier. La voix se fait caressante, se teinte d’accents bluesy, devient murmure sur les ballades qu’elle affectionne mais toujours elle demeure habitĂ©e par un swing perceptible. C’est sans doute au piano que la star donne le meilleur d’elle-mĂŞme. Son jeu dĂ©sinvolte et fluide est truffĂ© de citations. Avec dĂ©licatesse et lĂ©gèretĂ©, il flirte avec le silence et se joue du tempo. De bout en bout du set, les interventions de Diana Krall et de Joe Lovano se font Ă©cho, le saxophoniste stimulant la pianiste et l’incitant Ă  se risquer quelquefois hors de sa zone de confort.

Pourtant Ă©loignĂ© de son contexte musical habituel, Joe Lovano contribue pour beaucoup Ă  la qualitĂ© du set par son jeu Ă©tincelant, inventif et sans cesse renouvelĂ©. Il fait alterner fulgurances saccadĂ©es et phrases Ă©lĂ©gantes, sonoritĂ© dĂ©timbrĂ©e et dĂ©licates circonvolutions, jeu libre aux accents Ă©corchĂ©s et phrasĂ© suave. Joe Lovano danse littĂ©ralement avec son tĂ©nor et insuffle une vraie vie Ă  la musique qu’il dynamise.

A la batterie, le jeu de Karriem Riggins alterne entre puissance et finesse alors que les chorus du contrebassiste font l’admiration de la patronne qui n’hĂ©site d’ailleurs pas tourner le dos Ă  son public pour mieux apprĂ©cier la prĂ©cision et la justesse du jeu de Robert Hurst.

On a pu noter une lĂ©gère charge Ă©motionnelle durant le solo de Diana Krall sur Almost Blue de son Ă©poux Elvis Costello et sur le superbe Corcovado que la musicienne a dĂ©diĂ© Ă  celui qui fut un des pères de la bossa nova, le mythique JoĂŁo Gilberto disparu le 06 juillet 2019. La chanteuse n’a pourtant pas poussĂ© l’hommage Ă  interprĂ©ter le titre en brĂ©silien mais a chantĂ© Quiet Nights and Quiet Stars, la version anglo-saxonne de la composition d’Antonio Carlos Jobim.

Comme cela est le cas lors de la plupart de ses concerts, la chanteuse-pianiste a offert une prestation lĂ©chĂ©e qui a permis au public d’apprĂ©cier son chant souple et tout en retenue et ses solides improvisations pianistiques. Les spectateurs ne semblent pas affectĂ©s par le manque de chaleur, de gĂ©nĂ©rositĂ© et d’Ă©motion de la star. Ils ont par contre apprĂ©ciĂ© la prĂ©sence de Joe Lovano qui a constituĂ© un atout majeur de ce concert.

2022… Ultimes « Coups de cœur » #2

2022… Ultimes « Coups de cœur » #2

En cette fin d’année 2022, quelques albums de jazz interpellent tant par la qualité de leur propos que par leur identité singulière. Impossible de passer sous silence ces quatre Ultimes « Coups de cœur » #2, des musiques à écouter sans tarder pour découvrir de superbes paysages musicaux et bien terminer l’année.

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2022… Ultimes « Coups de cœur » #1

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« Blue in Green », Paul Lay rend hommage à Bill Evans

« Blue in Green », Paul Lay rend hommage à Bill Evans

Avec le superbe « Blue in Green », Paul Lay rend hommage à Bill Evans. Sur ce premier opus de la série Jazz de Scala Music, le pianiste revisite certaines compositions de Bill Evans et de grands standards de jazz. Enregistré live en trio avec le contrebassiste Clemens Van der Feen et la batteur Dré Pallemaerts, l’album s’inscrit dans la grande tradition du trio jazz piano-contrebasse-batterie.

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Echo#3-Jazz Ă  Vienne 2019

Echo#1-Jazz Ă  Vienne 2019

Nostalgie délicate et flamboyante polyrythmie

Dans cet Echo#1-Jazz Ă  Vienne 2019, Cuba est Ă  l’honneur. La soirĂ©e  du 08 juillet 2019 de Jazz Ă  Vienne avec Omar Sosa et Yilian Canizares puis Chucho Valdès Quintet a tenu toutes ses promesses. Le public est reparti comblĂ© par cette soirĂ©e qui a fait alterner avec bonheur, poĂ©sie et nostalgie avec flamboyance et polyrythmie.

Omar Sosa et Yilian Canizares ont ouvert la soirée que Chucho Valdès a cterminée en quintet. Le pianiste a offert un court hommage à Roy Hargrove en invitant le trompettiste louisianais Terence Blanchard.

Omar Sosa et Yilian Canizares

Omar Sosa le 08 juillet 2019, Echo#1-Jazz Ă  Vienne 2019

Omar Sosa

Le pianiste Omar Sosa et la chanteuse/violoniste Yilian Canizares se produisent ensemble pour la première fois sur la scène du Théâtre Antique. Ils sont accompagnĂ©s par le percussionniste Gustavo Ovalles. Ils interprètent le rĂ©pertoire de l’album « Aguas » (MDC/PIAS) sorti en octobre 2018. La musique qu’ils proposent est dĂ©diĂ©e Ă  l’eau, ce que rappelle le filet d’eau qui se dĂ©verse sur scène dans un seau rouge.

Yilian Canizares le 08 juillet 2019, Echo#1-Jazz Ă  Vienne 2019

Yilian Canizares

Empreinte de poĂ©sie et de spiritualitĂ© (la chanteuse Ă©voque Ă  plusieurs reprises Oshun, la dĂ©esse de l’Amour et MaĂ®tresse des Rivières dans la santerĂ­a), la prestation du trio n’en oublie pas pour autant la dimension rythmique. En effet, Ă  plusieurs reprises, Omar Sosa et Yilian Canizares partagent de festifs pas de danse sous le regard amusĂ© et bienveillant de Gustavo Ovalles dont les prestations Ă©blouissantes dĂ©clenchent des applaudissements fournis de la part du public.

Durant le premier set de la soirĂ©e, le piano poĂ©tique d’Omar Sosa, le violon et la voix nostalgique d’Yilian Canizares et les percussions magiques de Gustavo Ovalles ont offert une musique sensible situĂ©e aux confluences du jazz et des musiques afro-cubaines. Un moment ressourçant dĂ©licat oĂą les trois musiciens ont Ă©voquĂ© avec nostalgie leur amour pour leur pays. Une musique gĂ©nĂ©reuse dont les atmosphères sereines dĂ©gagent de douces Ă©motions et un sentiment de paix et de fraternitĂ©.

Chucho Valdès Quintet et Terence Blanchard

Chucho Valdès, Echo#1-Jazz à Vienne 2019

Chucho Valdès

C’est dans une forme Ă©blouissante et en quintet que le pianiste cubain Chucho Valdès est de retour sur la scène du Théâtre Antique. Sa nouvelle venue mobilise toujours un public fort attachĂ© Ă  cette figure essentielle du jazz cubain.

Au programme, sont annoncĂ©s, un rĂ©pertoire qui reprend « Jazz Batá 2 » (Mack Avenue/PIAS), le dernier album du pianiste sorti en novembre 2018 et un hommage au trompettiste Roy Hargrove disparu en novembre 2018 et avec lequel Chucho Valdès avait enregistrĂ© l’album « Habana » (1997) dans le cadre du projet Crisol portĂ© par le trompettiste.

Un autre hommage surprise est offert au public de Jazz Vienne. En effet en cours de soirée, Chucho Valdès développe en solo un superbe hommage au pianiste Michel Legrand disparu le 26 janvier 2019. Entre puissance et délicatesse le maître propose un moment de jazz où poésie et nostalgie se côtoient.

Dreiser Durruthy Bombalé, Echo#1-Jazz à Vienne 2019

Dreiser Durruthy Bombalé

Percussif et lyrique, volubile et effervescent, Chucho Valdès dirige avec son habituelle autorité bienveillante le déroulement du set placé sous le signe de la polyrythmie. A ses côtés on retrouve le joueur de tambour batá Dreiser Durruthy Bombalé qui pose sa voix si singulière sur la musique. Avec lui, le contrebassiste Yelsy Heredia et les percussionnistes Yaroldy Abreu Robles (avec qui le leader joue depuis vingt ans) et Abraham Mansfarroll constituent une section rythmique puissante. Tous quatre servent le rythme et permettent au pianiste de mettre en avant plus encore la dimension percussive de son piano.

En effet les trois percussionnistes croisent leurs rythmes au service des mĂ©lodies que le pianiste inscrit sur les harmonies soutenues par la contrebasse. OmniprĂ©sente, cette dernière s’implique avec ferveur aux climats polyrythmiques effervescents que tissent les percussionnistes. Ces musiciens Ă©mĂ©rites donnent aux diffĂ©rentes percussions, y compris les plus petites, un rĂ©el statut d’instrument et permettent au public de saisir leur importance dans la structure de la musique de Chucho Valdès.

Le public rĂ©agit avec chaleur Ă  la musique charpentĂ©e et moderne qui s’appuie sur les fondamentaux rythmiques cubains. Sur scène et dans les gradins, la fièvre monte alors que sur le clavier, les doigts du maĂ®tre virevoltent de touche en touche. Ébouriffant d’Ă©nergie et d’inventivitĂ©, Chucho Valdès fait dĂ©coller le vaisseau Steinway que le maĂ®tre fait sonner comme jamais. Le groupe rĂ©serve mĂŞme au public une surprise au public avec un tango plus conquĂ©rant que nostalgique que le pianiste truffe de citations. Le morceau permet d’apprĂ©cier la complicitĂ© du leader avec son contrebassiste. Sur Ochum (en hommage Ă  l’orisha OchĂşn), la contrebasse exĂ©cute un chorus renversant de puissance qui transforme ce gospel au climat bluesy en un merengue dansant.

Après le superbe hommage que le maĂ®tre cubain a rendu Ă  Michel Legrand le groupe rejoint son leader qui engage le quintet dans un morceau complexe et syncopĂ© qui hĂ©site entre habanera, salsa, rumba et son. Le pianiste pilote et stimule ses rythmiciens dans des imbroglios rythmiques exaltĂ©s et syncopĂ©s oĂą la basse Ă©lectrique a remplacĂ© la contrebasse. Tous s’en donnent Ă  cĹ“ur joie au sein d’une polyrythmie volubile qui comble le public, l’Ă©tourdit et l’immerge dans une descarga (jam cubaine) enivrante oĂą tous les musiciens enchaĂ®nent leurs improvisations sans discontinuer.

Terence Blanchard, Echo#1-Jazz Ă  Vienne 2019

Terence Blanchard

Le trompettiste louisianais Terence Blanchard rejoint le quintet en fin de set pour rendre hommage Ă  Roy Hargrove qui s’Ă©tait produit une dernière fois Ă  Jazz Ă  Vienne, le 12 juillet 2018 lors d’un superbe prestation. Après un mambo très lent en guise de mise en lèvres, Terence Blanchard dĂ©livre l’essence de son art entre retenue, souplesse et vĂ©locitĂ©. Après un très lent cha cha cha il donne toute sa puissance sur un troisième morceau. Le set se termine après ce trop court hommage Ă  Roy Hargrove dont Terence Blanchard a su Ă©voquer la sensibilitĂ©.

Le piano de Chucho Valdès et la contrebasse de Yelsy Heredia ont assumé avec force la dimension percussive de leur instrument et participé au climat polyrythmique flamboyant impulsé par les percussionnistes Yaroldy Abreu, Dreiser Durruthy et Abraham Mansfarroll. Encore une fois la musique de Chucho Valdès a conquis les spectateurs enthousiastes de Jazz à Vienne comblés par un rappel généreux du groupe.

2022… Ultimes « Coups de cœur » #2

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