Echo#2-Jazz à Vienne 2019

Echo#2-Jazz à Vienne 2019

« Ghosts Songs » - Diana Krall invite Joe Lovano

Echo#2-Jazz à Vienne 2019 revient sur les musiques écoutées le 09 juillet 2019 au festival Jazz à Vienne. Cette soirée propose deux sets aux styles contrastés. Après avoir réservé un bon accueil à la musique innovante de « Ghosts Songs » proposée par Paul Jarret & Jim Black, le public a ovationné avec chaleur le set de Diana Krall venue en trio avec Joe Lovano en invité spécial.

Le 08 juillet 2019, le public se voit d’abord proposer le projet « Ghosts Songs » de Paul Jarret & Jim Black qui évolue aux confins du jazz et du post-rock avant de pouvoir écouter la musique pour laquelle il s’est mobilisé, celle de Diana Krall, star incontestée du jazz vocal actuel. Malgré le grand écart thématique qui sépare les deux sets de la soirée, les 5000 spectateurs ont manifesté une écoute attentive et bienveillante au premier set avant d’ovationner la diva et son invité Joe Lovano plébiscité avec ferveur par nombre d’amateurs de jazz.

Paul Jarret / Jim Black - « Ghosts Songs »

Sélectionné par le jury des Talents Adami Jazz, le jeune guitariste parisien Paul Jarret a pu réaliser le projet dont il rêvait, jouer avec le batteur Jim Black qui l’inspire depuis toujours et dont le jeu fait référence dans le monde du jazz underground. Le premier est né l’année où le second entre à la Berklee Scool de Boston… Ainsi deux générations sont réunies pour donner vie au projet « Ghosts Songs » auquel le pianiste-claviériste Josef Dumoulin et le saxophoniste Julien Pontvianne sont conviés.

Il s’agit de la grande première de « Ghosts Songs » qui va se produire ensuite sur quatre autres festivals de jazz. L’enjeu est grand pour le guitariste qui a beaucoup investi dans ce projet. Il remerciera d’ailleurs, en fin de concert, le public qu’il a trouvé « drôlement sage et attentif ».

Libéré de toute contrainte de style, le groupe présente une musique très personnelle dont les climats varient. De bout en bout du set, Jim Black fait preuve d’une inventivité sans cesse renouvelée. Tel un vulcain déchaîné, le maître des peaux et cymbales forge à chaque instant un climat propice à libérer l’expressivité des solistes et ménage même des moments de silence qui permettent au public de recentrer son attention.

Ainsi, après un premier morceau à la construction contrapuntique d’une modernité sidérante advient un autre titre plus organique où la frappe du batteur relie les nappes électriques et électroniques au souffle du saxophone pourvoyeur de mélodie. Se succèdent ensuite des moments planants et d’autres plus éthérés où l’expression des musiciens frise le minimalisme. Porté par la frappe colossale de Jim Black, le guitariste Paul Jarret libère enfin son discours et s’envole lors du dernier morceau. Ce premier set n’aurait pas détonné dans le paysage du marathon des bagatelles de John Zorn programmé le 10 juillet 2019 par le festival Jazz à Vienne.

Diane Krall Trio invite Joe Lovano

Après la musique de « Ghosts Songs » située aux confins d’un jazz expérimental et d’un post rock minimaliste, le public va accueillir avec enthousiasme la star pour laquelle ils sont venus. Comble de bonheur, Diane Krall a invité le saxophoniste Joe Lovano, dont la participation a mobilisé la venue de nombreux d’amateurs.

Vêtue d’une tunique assortie à la blondeur de sa chevelure, de bottines et d’un jean, Diana Krall gagne une scène dont les projecteurs rappellent ceux des studios de photographes, mais ce soir-là, aucun cliché de la star n’est autorisé… ce qui n’empêche pas l’ensemble des spectateurs de la fosse de filmer et photographier via leurs smartphones. Les réseaux sociaux seront riches de photos et vidéos de la vedette, mais cette chronique et bien d’autres aussi, en sont privés.

Joe Lovano, Echo2-Jazz à Vienne 2019

Joe Lovano

Par contre, on ne résiste pas à insérer un cliché de Joe Lovano autorisé et capté l’après-midi au Théâtre de Vienne lors d’une conférence publique.

Diana Krall se présente avec le contrebassiste Robert Hurst et le batteur Karriem Riggins rejoints par l’invité de la soirée, le saxophoniste ténor Joe Lovano. Sa présence, son talent, son jeu inventif et facétieux contribuent à apporter un souffle de modernité à la prestation de la chanteuse-pianiste certes toujours élégante voire précieuse mais un brin académique. Cerise sur le gâteau, le saxophoniste intervient sur la totalité des morceaux du set (hormis un solo piano), ce qui comble de bonheur les spectateurs venus l’écouter.

Le set propose nombre de standards du Real Book parmi lesquels, L.O.V.E., I’ve Got You Under My Skin, Devil may care de Bob Dorough, P.S. I Love You, East of the sun (and West of the moon), Cry me a river, Corcovado.

Au fil du répertoire, le chant voilé de Diana Krall déconstruit les mélodies, les étire pour mieux se les approprier. La voix se fait caressante, se teinte d’accents bluesy, devient murmure sur les ballades qu’elle affectionne mais toujours elle demeure habitée par un swing perceptible. C’est sans doute au piano que la star donne le meilleur d’elle-même. Son jeu désinvolte et fluide est truffé de citations. Avec délicatesse et légèreté, il flirte avec le silence et se joue du tempo. De bout en bout du set, les interventions de Diana Krall et de Joe Lovano se font écho, le saxophoniste stimulant la pianiste et l’incitant à se risquer quelquefois hors de sa zone de confort.

Pourtant éloigné de son contexte musical habituel, Joe Lovano contribue pour beaucoup à la qualité du set par son jeu étincelant, inventif et sans cesse renouvelé. Il fait alterner fulgurances saccadées et phrases élégantes, sonorité détimbrée et délicates circonvolutions, jeu libre aux accents écorchés et phrasé suave. Joe Lovano danse littéralement avec son ténor et insuffle une vraie vie à la musique qu’il dynamise.

A la batterie, le jeu de Karriem Riggins alterne entre puissance et finesse alors que les chorus du contrebassiste font l’admiration de la patronne qui n’hésite d’ailleurs pas tourner le dos à son public pour mieux apprécier la précision et la justesse du jeu de Robert Hurst.

On a pu noter une légère charge émotionnelle durant le solo de Diana Krall sur Almost Blue de son époux Elvis Costello et sur le superbe Corcovado que la musicienne a dédié à celui qui fut un des pères de la bossa nova, le mythique João Gilberto disparu le 06 juillet 2019. La chanteuse n’a pourtant pas poussé l’hommage à interpréter le titre en brésilien mais a chanté Quiet Nights and Quiet Stars, la version anglo-saxonne de la composition d’Antonio Carlos Jobim.

Comme cela est le cas lors de la plupart de ses concerts, la chanteuse-pianiste a offert une prestation léchée qui a permis au public d’apprécier son chant souple et tout en retenue et ses solides improvisations pianistiques. Les spectateurs ne semblent pas affectés par le manque de chaleur, de générosité et d’émotion de la star. Ils ont par contre apprécié la présence de Joe Lovano qui a constitué un atout majeur de ce concert.

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