Ambronay 2018 – Estrellas Argentinas

Ambronay 2018 – Estrellas Argentinas

Un duo harmonieux, sensible et fusionnel

Le 06 octobre 2018, le Chapiteau du festival d’Ambronay accueille Mariana Flores et Quito Gato. Le duo présente un répertoire éloigné de l’idiome de la Cappella Mediterranea qui les réunit aux côtés de Leonardo García Alarcón. Avec « Estrellas Argentinas », des chansons populaires argentines dédiées aux femmes d’Amérique latine, les deux artistes enchantent le public.

Pour l’édition « Vibrations : Cosmos » du festival d’Ambronay,  la « Journée Cosmique » du 06 octobre 2018 se profile comme  un point d’orgue. Quatre concerts entre abbatiale et chapiteau et une conférence d’Hubert Reeves, parrain de cette journée. Le public a manifesté attention et intérêt pour cette nouvelle expérience et la constellation d’activités proposées.

Conférence d’Hubert Reeves

A 17h, l’affluence est grande sous le Chapiteau pour assister à la conférence d’Hubert Reeves. L’astrophysicien engage l’assemblée à réfléchir à la crise contemporaine et à réagir pour éviter le saccage de la planète avec à la clé, le risque d’une possible sixième extinction. Il évoque la nécessité de combattre la force de détérioration mise en route par l’intelligence de l’homme en mobilisant les forces de restauration pour éviter ainsi la disparition de l’art et de la culture, de la science et de la compassion.

Réceptif, le public plébiscite avec chaleur les propos du scientifique.

« Estrellas Argentinas »

Estrellas Argentinas à Ambronay, Mariana Flores & Quito GatoA 21h, Mariana Flores et Quito Gato succèdent à Hubert Reeves sous le Chapiteau du festival d’Ambronay où les spectateurs sont venus nombreux écouter ces deux artistes s’exprimer dans un répertoire tout autre que celui qu’ils pratiquent habituellement avec la Cappella Mediterranea à l’Abbatiale et sur les scènes internationales de musique baroque.

La chanteuse le confie d’ailleurs en fin de soirée, « Estrellas Argentinas » c’est « la musique [qu’elle] chante à la maison » et c’est un plaisir pour elle d’« accueillir le public chez elle ».

Après une brève pièce d’introduction interprétée solo par le pianiste, la chanteuse entre en scène. Sa tenue sobre et élégante s’accorde au répertoire de la soirée. Trois tableaux dont les riches nuanciers proposent des couleurs et des climats contrastés.

Tout au  long du concert l’attention du public est captivée par le chant expressif de Mariana Flores, l’accompagnement fluide et les superbes harmonies que Quito Gato prodigue sur le piano ou la guitare.

Premier tableau

Il est consacré à des chansons populaires de la province de Mendoza d’où la chanteuse est originaire.

De tonada en cueca les ambiances varient. La chanteuse expressive offre ses chants au public comme des confidences. A la douce tendresse du premier morceau pris sur un tempo médium succède l’allégresse d’une cueca festive dont la guitare soutient le rythme enlevé. D’une voix chargée d’émotion, Mariana Flores partage avec le public un morceau qu’elle chante depuis ses huit ans. Elle projette un miroir d’images, de couleurs, de sensations que la guitare accompagne avec délicatesse et beaucoup de sensibilité. La belle complicité qui règne entre les deux interprètes est palpable.

Sur le morceau suivant, la chanteuse mutine colore sa voix d’une énergie qui contraste avec la douceur du morceau précédent où la voix évoquait solitude et nostalgie. Le premier tableau se termine avec une valse lente que le guitariste exécute avec précision, nuance et légèreté

Deuxième tableau

Le duo conduit ensuite le répertoire au nord de l’Argentine.

Le set ouvre avec une zamba mélancolique où la douce voix pose une lumière caressante sur le fil des lamentations de la guitare. Le duo interprète ensuite trois pièces du compositeur Ariel Ramírez sur des paroles de Felix Luna.

Dorotea la Cautiva s’élève telle une supplication poignante que la voix porte avec puissance alors que le piano égrène un chapelet de larmes. Le duo complice propose ensuite une version superbe du morceau Alfonsina y el mar dédié à la poétesse Alfonsina Storniu. Avec délicatesse la guitare soutient le chant émouvant de tristesse. Sur Juana Azurduy le rythme se fait presque martial et la voix donne toute sa puissance pour évoquer l’âme de la révolutionnaire et porter le flambeau de sa résistance sous le chapiteau.

Troisième tableau

Ce dernier temps de la soirée est consacré au tango dont Quito Gato dit qu’il « fut un cadeau pour l’Argentine ». Le duo évoque la richesse du style et ses mélanges de rythmes.

Après Malena joué solo à la guitare, le duo présente une version très expressive du Chiquilín de Bachín d’Astor Piazzola. Avec une maîtrise inouïe, la voix toujours très claire passe d’une douce tristesse à une puissante colère pour évoquer l’histoire tragique de ce gosse qui hante un restaurant de Bachin et lutte pour survivre. Le piano développe de superbes harmonies et accompagne le récit poignant que conte la chanteuse de sa diction précise.

Le registre se fait plus confidentiel sur Et dia que me quieras que chantait Carlos Gardel. La voix se pare d’une tendre sensualité pour évoquer l’amour. L’accompagnement subtil et sobre de Quito Gato contribue à teinter de mystère ce moment sensible et nostalgique. Le set se termine avec un superbe Yo Soy Maria tiré de l’opéra tango de Piazzola, Maria de Buenos Aires. Campée sur scène avec aplomb, la chanteuse incarne la passion avec brio.

Ovationnés par un public enthousiaste, Mariana Flores et Quito Gato reviennent généreusement pour deux rappels. Une valse tendre et mutine puis Zamba Para No Morir. La soirée se termine sur le fil de l’émotion. Le public repart les yeux remplis d’étoiles après une soirée enchanteresse.

Andrea Motis signe « Do outro lado do azul »

Andrea Motis signe « Do outro lado do azul »

Après “Emotional Dance” sorti en 2017, Andrea Motis revient avec “Do Outro Lado Do Azul”. La jeune trompettiste, chanteuse et compositrice catalane fait une escapade fort réussie du côté de la musique brésilienne avec laquelle elle manifeste de fort belles affinités. Un album chatoyant, des teintes fraîches, des accents délicats, une musicalité infinie.

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Hot Club Jazz Festival #2019

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Après avoir fêté ses 70 ans en 2018, le Hot Club de Lyon repart de plus belle avec le Hot Club Jazz Festival #2019. Du 04 au 07 avril 2019 sont programmés Romain Pilon Trio, Hot Club Generations Big Band, Manu Guerrero Quintet et Jeremy Pelt Quintet. De quoi faire battre plus fort le cœur de la presqu’île !

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Mars 2019 à l’Auditorium de Lyon

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En mars 2019 à l’Auditorium de Lyon, le jazz hisse haut ses couleurs avec deux grands noms à l’affiche. Le lundi 18 mars 2019 à 20h, Anouar Brahem présente son projet « Blue Maqams ». Le mardi 26 mars 2019 à 20h, Brad Mehldau propose une soirée partagée entre solo et concerto. Des mondes différents, échos de la variété et de la richesse des paysages musicaux du jazz.

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Jazz Campus en Clunisois 2018 – Sylvain Rifflet et Refocus

Jazz Campus en Clunisois 2018 – Sylvain Rifflet et Refocus

Concerto pour saxophone, cordes et percussions

Samedi 25 août 2018, pour son dernier jour, Jazz Campus présente le projet « Refocus » de Sylvain Rifflet. Sur la scène du théâtre les Arts de Cluny, tel un funambule inspiré et lyrique, le saxophoniste offre un concert à la mise en place rodée et à l’esthétique peaufinée.

Didier Levallet présente le projet « Refocus » de Sylvain Rifflet comme un moment qui lui « tient à cœur ». Le saxophoniste français a travaillé sur le même format et dans le même esprit que Stan Getz en 1961 lorsqu’il a enregistré l’album « Focus », sa « plus aboutie des tentatives de travail musical avec un ensemble à cordes ».

C’est d’ailleurs sous le même label Verve que Sylvain Rifflet a gravé « Refocus » sorti le 15 septembre 2017 comme « Un hommage singulier au « Focus » de Stan Getz ».

« Refocus » sur scène

Sur scène la géométrie de l’orchestre est réduite et le projet « Refocus » est recentré. En effet, de vingt sur l’album, l’effectif des musiciens sur scène se restreint à sept. Ainsi le saxophone ténor de Sylvain Rifflet est entouré d’un quatuor à cordes, le quatuor Appasionato, de la contrebasse de Florent Nisse, du vibraphone et de la batterie tenus par Guillaume Lantonnet.

Loin de la prouesse gravée sur l’album, « Refocus live » ne possède ni la magie, ni la poésie du disque. Néanmoins on a écouté une superbe prestation orchestrale concertante où, sur le devant de la scène, le saxophoniste dialogue brillamment avec l’orchestre au fil d’une partition précise et ouvragée.

Impressions de concert

Le concert débute avec les deux premiers titres de « Refocus » comme deux clins d’œil aux deux premiers morceaux de « Focus » enregistré par Stan Getz. En ouverture, sur Rue Breguet le vibraphone commence avec délicatesse avant l’entrée du saxophone dont le souffle précède le son. Il est rejoint par les cordes du quatuor et de la contrebasse.

Sur Night Run, Guillaume Lantonnet glisse à la batterie et le climat se tend. Le public réagit avec intérêt à l’esthétique peaufinée de la musique.

Après les trois premiers morceaux l’effet de surprise disparaît et l’écoute se fait plus attentive. L’oreille a tout loisir de se concentrer sur la sonorité soignée du saxophone, ses mélodies et ses contrechants, ses phrasés fluides et souples, son expression lyrique et véloce, son souffle délicat et puissant et sa parfaite maîtrise des aigus, sur-aigus et harmoniques.

Sur le vibraphone, la frappe précise, déliée et légère de Guillaume Lantonnet ouvre Echoplex avec de subtils effets de reverb. Après l’entrée des cordes, Florent Nisse réajuste le micro de son instrument pour le plus grand bonheur du public qui peut enfin capter le travail essentiel de la contrebasse. En effet, tout au long du concert, situé à la charnière entre le quatuor et le trio, le contrebassiste assume avec autorité et talent son rôle de soutien rythmique et harmonique.

Le concert se poursuit et Sylvain Rifflet introduit des slaps qui contrastent avec ses phrasés soignés. Sur Une de perdue, une de perdue, le tempo s’accélère les archets frappent puis frottent les cordes, le saxophone prend son envol et explore avec lyrisme toutes les possibilités techniques de son instrument. C’est ensuite un clin d’oeil tout en souplesse à Henry Threadgill.

Après un bref incident technique d’amplification, les musiciens, comme ceux des orchestres classiques, reprennent à la mesure 85 et le concert se poursuit sans accroc. Le saxophone surfe ensuite avec aisance sur une trame rythmique complexe. Les torrents impétueux et maîtrisés des cordes se marient avec les riches textures coloristes du vibraphone et le son large et boisé de la contrebasse.

Sylvain Riflet-Refocus le 25 aout 2018 à Jazz Campus en ClunisoisHarlequin on the string conclut le concert et constitue sans doute un des moments les plus réussis du concert. Tel un funambule inspiré, Sylvain Rifflet semble jouer sans filet sur le fil musical, glisse, rebondit, prend ses aises, flotte et retombe toujours sur la corde.

Le public manifeste son enthousiasme et le saxophoniste revient seul pour un rappel. Sylvain Rifflet offre une version singulière du thème The Peacocks de Jimmy Rowles que Stan Getz avait gravé en duo avec le pianiste. Accompagné d’une shruti box à trois octaves, le leader démontre sa parfaite maîtrise du son mais nul n’avait attendu la fin du set pour en être convaincu.

Avec « Refocus » et Sylvain Rifflet, le dernier concert 2018 de Jazz Campus a offert aux festivaliers un moment musical placé sous le signe de la Beauté. Une écriture et des arrangements léchés, une mise en place précise servie par les qualités techniques indubitables des instrumentistes. On regrette un peu la relative froideur de cette esthétique peu habitée par les émotions.

Andrea Motis signe « Do outro lado do azul »

Andrea Motis signe « Do outro lado do azul »

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Hot Club Jazz Festival #2019

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Mars 2019 à l’Auditorium de Lyon

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Jazz Campus en Clunisois 2018 – Dadada

Jazz Campus en Clunisois 2018 – Dadada

Une escapade entre apesanteur et vibrations

Le 24 août 2018, le public se presse au Théâtre Les Arts de Cluny pour écouter « Dadada ». Autour du pianiste Roberto Negro sont réunis le saxophoniste Émile Parisien et le batteur Michele Rabbia. Les paysages musicaux proposés par ces trois improvisateurs émérites déclenchent l’enthousiasme du public.

Avec un intérêt non dissimulé, Didier Levallet présente « Dadada » comme un espace de « circulation entre les paroles » des musiciens inventifs réunis par le pianiste Roberto Negro, un des acteurs les plus actifs et les plus créatifs de la scène jazz européenne.

Dadada

En octobre 2017, le pianiste Roberto Negro a sorti l’album « Saison 3 » (Label Bleu/L’Autre Distribution) avec le saxophoniste Émile Parisien et le batteur-percussionniste Michele Rabbia. Les spectateurs brûlent d’écouter sur scène la musique de ce trio dont le premier disque a obtenu un franc succès.

Drôle d’équipage que celui de ce trio… un poète pianiste, un saxophoniste stellaire et un batteur-sculpteur.

Les trois artistes font plus que jouer de la musique. Ils s’amusent et jouent vraiment avec la musique qu’ils élaborent et façonnent avec un plaisir affiché. Leurs facéties sérieuses oscillent entre arabesques oniriques, abstractions dansantes et furie aérienne.

Impressions de concert

Dadada à Jazz Campus en Clunisois, le 24 aout 201Roberto Negro, Émile Parisien et Michele Rabbia naviguent librement dans un univers qui leur appartient en propre, une sorte de cosmo-musique dans laquelle ils invitent le public à les rejoindre..

Concentré, le batteur caresse la caisse claire, les sons électroniques affleurent, le piano se fait entendre, les percussions s’en mêlent à leur tour vite rejointes par le saxophone. Les interactions s’instaurent entre les trois partenaires… le concert commence.

Entre apesanteur et tumulte, la libre parole des trois musiciens évolue sans obstacle et génère des moments musicaux irrigués de mille nuances. Entre frémissement et frénésie la musique se transforme. Elle se fait passion ou colère, devient murmure ou frisson… même le silence s’insinue sans crier gare.

Roberto Negro et son projet Dadada à Jazz Campus en Clunisois, le 24 aout 2018Le pianiste a composé l’ensemble des titres du répertoire hormis Cantabile de Ligeti qu’il invoque sur son clavier. On écoute Nano, Shampoo, Brimorion et d’autres titres encore dont Roberto Negro dit qu’ils « changent de nom » au fil des semaines mais peu importe le titre pourvu qu’on ait l’ivresse !

Les dynamiques compères font vibrer les ondes sonores. Ils pratiquent une musique physique nimbée d’une euphorie perceptible qu’ils partagent. En totale interaction, ils échafaudent un univers semblable à un arc en ciel de sensations. Calme et tonnerre, douceur et exaspération, caresse et extase, volupté et fureur.

Sur scène les trois virtuoses développent une véritable dramaturgie musicale où se télescopent drôlerie, sérieux, interrogation, autorité, doute et lyrisme. Trois paroles musicales au service d’une musique collective où chacun conserve son identité.

En fin de concert, le piano installe une ambiance crépusculaire que le souffle du soprano teinte de bleu avant de bondir et d’exulter poussé dans ses retranchements par l’arsenal électronique et la batterie volcanique qui délire. Le piano conclut le set qui se termine en douceur dans le bruissement de sacs plastiques froissés et le souffle chuchoté du saxophone.

Euphorique le public ovationne sans retenue le trio qui revient interpréter une dernière « chanson d’amour sicilienne » avant de regagner les coulisses. On se quitte avec regrets mais ressourcé par l’énergie de ce grandiose concert qui fera date dans les archives du festival.

Andrea Motis signe « Do outro lado do azul »

Andrea Motis signe « Do outro lado do azul »

Après “Emotional Dance” sorti en 2017, Andrea Motis revient avec “Do Outro Lado Do Azul”. La jeune trompettiste, chanteuse et compositrice catalane fait une escapade fort réussie du côté de la musique brésilienne avec laquelle elle manifeste de fort belles affinités. Un album chatoyant, des teintes fraîches, des accents délicats, une musicalité infinie.

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Hot Club Jazz Festival #2019

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Mars 2019 à l’Auditorium de Lyon

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Jazz Campus en Clunisois 2018 – Concert Pique-nique

Jazz Campus en Clunisois 2018 – Concert Pique-nique

Christophe Monniot - Didier Ithursarry

Le duo d’un Sax’oiseau et d’un Arbr’accordéon

Pour les festivaliers de Jazz Campus, le 24 août 2018 débute avec le rituel incontournable du « concert pique-nique » dans le parc du Haras de Cluny. Cette année, Christophe Monniot et Didier Ithursarry assurent la nourriture spirituelle du déjeuner sur l’herbe. Le public tombe sous le charme du duo. Un des meilleurs souvenirs de l’édition 2018 du festival.

Malgré un temps incertain, le concert « pique-nique » se tient dans le Parc du haras de Cluny. Avec le duo Christophe Monniot & Didier IthursarryChristophe Monniot et Didier Ithursarry au Concert Pique-nique de Jazz Campus le 24 aout 2018 c’est un « retour aux racines des musiques populaires » que promet Didier Levallet au public rassemblé sous les larges branchages du grand tilleul. Des musiciens au public en passant par les organisateurs, toutes les mines affichent leur sourire en guise de soleil.

Les couvertures et les nappes s’étalent sur la pelouse, les chaises se déplient, les verres se remplissent, les corps se détendent, les oreilles se font attentives, le concert peut advenir… les instruments prennent la parole pour le grand bonheur de tous.

Le duo

Christophe Monniot (saxophones sopranino et alto) et Didier Ithursarry (accordéon) n’en sont pas à leur première collaboration. Leur art en duo relève d’un véritable dialogue. Un même souffle inspiré traverse les anches des saxophones et habite les lames de l’accordéon.

Tous deux ont enraciné leur pratique dans les musiques populaires des bals musette et sont par ailleurs d’ardents improvisateurs. Brillants techniciens, ils n’en sont pas moins de sensibles créateurs. De leur complicité résultent des échanges porteurs tour à tour d’énergie, de sensibilité, de précision ou de folie.

Impressions musicales

Au fil du concert, les deux instruments se croisent, s’unissent ou cheminent côte à côte. Sax’oiseau et arbr’accordéon s’entendent à merveille. Le discours musical du duo respire la liberté, pulse l’énergie du jazz et s’enracine dans un monde qui allie tradition des arts populaires et précision des musiques contemporaines.

Large et chaleureux l’accordéon ouvre des fenêtres de liberté au saxophone alto qui se promène du paroxysme au murmure. Lyrique et virtuose le sopranino élève son chant qu’accompagne la plainte grave et sensible de l’accordéon. Le saxophone pose des points d’interrogation auquel répondent les soupirs de l’accordéon.

Le concert

Après le joyeux et enlevé Biguine pour Sushi le duo sopranino-accordéon se fait plus poétique avec un morceau inspiré par un air de l’Opéra de Bizet, Les Pêcheurs de Perles. C’est ensuite au tour de l’alto d’intervenir aux côtés du piano à bretelles sur le superbe Passion que l’accordéoniste Tony Murena a dédié à sa femme.Christophe Monniot au Concert Pique-nique de Jazz Campus le 24 aout 2018

Avec son humour habituel Christophe Monniot confie avoir fait le choix de l’amour et préféré jouer Passion plutôt que le non moins célèbre thème Indifférence que le même Tony la Murène a aussi dédicacé à sa compagne ! A l’occasion le saxophoniste précise que que le duo a gravé un album intitulé « Hymnes à l’amour » à sortir prochainement.

Le duo évoque ensuite l’univers des Forçats, ceux qui sont en détention… mais pas seulement (dixit Christophe Monniot). L’atmosphère change et regarde ensuite vers les Balkans avec un morceau présenté comme un Song for my mother. L’accordéon se fait ambianceur durant l’improvisation poignante du saxophone alto.Partitions de Christophe Monniot au Concert Pique-nique de Jazz Campus le 24 aout 2018

Un troisième souffle s’invite au concert… celui du vent qui taquine micros et les partitions. Quelques pinces à linge et d’habiles réglages des techniciens, et le tour est joué. Rien ne perturbe le concert qui se poursuit de belle manière.

L’ambiance évolue de nouveau lorsque le duo empoigne España Cañi, un morceau phare du répertoire des bals musette que Christophe Monniot et Didier Ithursarry ont pratiqué. Sur ce thème-roi du paso doble, l’interprétation des deux complices s’éloigne des versions habituelles sans pour autant se couper de sa dimension traditionnelle. Ils y rajoutent un soupçon d’amour supplémentaire via des langueurs nostalgiques saisissantes.

Didier Ithursarry au Concert Pique-nique de Jazz Campus le 24 aout 2018Le dernier morceau du set porte le nom de celle qui l’inspire, Soso (chère au cœur du saxophoniste). Porté par l’accordéon dont le son large évoque la profondeur de l’attachement, le saxophone élève avec délicatesse une ode amoureuse zébrée de fulgurances éperdues auxquelles succèdent de tendres motifs apaisés. Une déclaration d’amour vigoureuse et apaisée qui sied au cadre champêtre du concert.

Mis en appétit, le public en redemande et le duo interprète un dernier morceau dédié cette fois au père du saxophoniste. On peut alors goûter une dernière fois à la vélocité allègre du sopranino et à la chaleureuse vibration des lames de l’accordéon.

On aurait bien repris un supplément musical après ce pique- nique savoureux qui laisse à la bouche un sacré goût de revenez-y.

Bientôt… « Hymnes à l’amour »

On quitte malgré tout le concert rassuré à l’idée de pouvoir bientôt goûter de nouveau à la musique de Christophe Monniot et Didier Ithursarry lors de sortie de l’album « Hymnes à l’amour » (ONJ/L’Autre Distribution) annoncé pour le 16 novembre 2018.

Plusieurs rendez-vous se profilent.pour retrouver la musique de Christophe Monniot et Didier Ithursarry, A l’automne dans une prochaine chronique Chorus des « Latins de Jazz ». Sur scène, le 30 novembre 2018 au Petit Duc d’Aix-en-Provence et le 07 décembre 2018 à La Dynamo de Banlieue Bleue de Pantin.

Andrea Motis signe « Do outro lado do azul »

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Jazz Campus en Clunisois 2018 – 23 août 2018

Jazz Campus en Clunisois 2018 – 23 août 2018

Entre écriture et improvisation … tout un programme

Le 23 août 2018, Jazz Campus en Clunisois propose un menu musical étoffé. En ouverture le duo de Jean-Marc Larché/Yves Rousseau au Farinier des Moines puis un double plateau au Théâtre Les Arts avec le duo Benjamin Moussay/Claudia Solal suivi du trio « Un Poco Loco ». Le triomphe de l’improvisation.

Depuis 41 ans, Didier Levallet soutient et valorise avec opiniâtreté les musiques improvisées et les valeurs qui lui sont associées, liberté, créativité, remise en question et renouvellement des formes et des idées musicales.

Cet art de l’improvisation permet aux musiciens de concevoir une sorte d’écriture spontanée qui s’opère en temps réel. Ces moments musicaux improvisés s’appuient quelquefois sur les œuvres préexistantes de grands auteurs baroques, classiques ou contemporains à moins qu’elles ne s’inscrivent dans le corps des compositions originales écrites par les musiciens eux-mêmes. Il advient aussi que les artistes s’expriment dans des espaces de libre improvisation.

Au Farinier des Moines

« Continuum » - Jean-Marc Larché et Yves Rousseau

Le 23 août 2018 à 19h, le saxophoniste Jean-Marc Larché et le contrebassiste Yves Rousseau présentent leur programme « Continum » dans le Farinier des Moines de l’Abbaye de Cluny. Ce lieu se prête tout à fait à à la musique de ce duo, tant par la qualité de son acoustique que par la sérénité que dégage cet espace propice au recueillement et à l’écoute.  Jean-Marc Larcher et Yves Rousseau, le 23 aout 2018 à Jazz Campus en Clunisois

Au répertoire du programme de « Continuum », alternent les compositions de ces deux artistes qui collaborent depuis plus de vingt ans. Adeptes tout autant de l’écriture que de l’improvisation, Jean-Marc Larché et Yves Rousseau sont des (ra)conteurs. Inspirés par des œuvres baroques ou contemporaines. Les deux complices proposent une musique sereine où les fulgurances côtoient les murmures.

Sous le berceau de châtaignier, tel un oiseau éperdu, le saxophone chanteur lance son libre-chant soutenu par la force chaleureuse de la contrebasse. Le public recueilli et attentif a apprécié les confidences que les deux musiciens ont délivré en grande connivence.

Au Théâtre les Arts

« Butter in my Brain » –  Benjamin Mousay et Claudia Solal

Benjamin Moussay, le 23 aout 2018 à Jazz Campus en Clunisois Claudia Solal, le 23 aout 2018 à Jazz Campus en ClunisoisEn ouverture de la première partie de la soirée du 23 août 2018,, Didier Levallet évoque les chansons « offshore » que proposent le pianiste Benjamin Moussay et la chanteuse Claudia Solal. A posteriori, le concert a tout à fait répondu à cette promesse.

Les deux artistes devisent sans filet. Les échanges entre le piano, les claviers et la voix sont explosifs et réservent de belles surprises. Loin des traditionnels duos piano-voix, Claudia Solal et Benjamin Moussay se promènent tels des funambules entre poèmes improvisés, improvisations libres et compositions.

Le pianiste plante les décors, la chanteuse dessine les costumes et ensemble ils scénarisent leur répertoire « Continuum ». Le duo enchaîne les titres avec une réelle théâtralité et présente l’univers singulier de leurs confidences où l’improvisation règne en maître.Benjamin Moussay et Claudia Solal, le 23 aout 2018 à Jazz Campus en Clunisois

The grass is greener, Nightcap for Sparrows, Butter in my Brain, The house that Jack Built, Smokehouse on the Ocean dédié à Martial Solal, Trees Are Green, I Confess se succèdent et comblent le public qui soutient chaleureusement les performances du duo.

On aurait volontiers repris une tartine de Butter in my Brain.!

« Feelin’ pretty » - Un Poco Loco

En seconde partie de la soirée du 23 août 2018 Didier Levallet a programmé le trio « Un Poco Loco » qui porte le nom d’une composition de Bud Powel et incarne pour lui « la vitalité de la musique improvisée ».

Atypique dans son instrumentation, le groupe réunit le tromboniste Fidel Fourneyron, le saxophoniste et clarinettiste Geoffroy Gesser et le contrebassiste Sébastien Beliah. Le dernier projet des trois artistes, « Feelin’ Pretty », consiste en une relecture inventive de « West  Side Story » de Leonard Bernstein. Inspirés du chef d’œuvre du compositeur américain, les jeunes artistes ont pris leurs distances vis à vis de ce monument musical qu’ils ont décortiqué et dont ils proposent une version impertinente et drôle.

Au fil du concert, les thèmes de Bernstein se révèlent aux détours des morceaux travestis, découpés puis ré-assemblés avec insolence et humour. S’y ajoutent trois compositions originales « inspirées de loin… », dixit Fidel Fourneyron.

Explorée tour à tour par les trois musiciens, la dimension rythmique prédomine dans l’expression du trio mais la musique explore largement les champs harmonique et mélodique. Les timbres des instruments se complètent,  les improvisations s’imbriquent, les lignes mélodiques se croisent dans de denses climats harmoniques. Un véritable travail d’orfèvrerie.

"Un Poco Loco", le 23 aout 2018 à Jazz Campus en ClunisoisLa folie affleure à chaque instant pourtant la mise en place demeure précise. En effet chaque membre du trio maîtrise techniquement son instrument ce qui permet à chacun de jouer avec aisance et de laisser libre-court à sa créativité et à son imagination pour improviser et échanger en totale interaction.

Porté par l’accueil enthousiaste du public, le trio revient jouer América dont il propose une version lumineuse et contrastée. Avec générosité « Un Poco Loco » répond une seconde fois aux rappels du public et interprètent une superbe et surprenante mouture minimaliste du thème de Dizzy Gillespie, Tin Tin Deo.

Tels trois solistes échappés d’un big band, Fidel Fourneyron, Geoffroy Gesser et Sébastien Beliah réalisent la performance absolue de restituer à trois une dimension orchestrale porteuse d’un dynamisme explosif et d’une riche texture harmonique. Les festivaliers ne s’y sont pas trompés et ont réservé une véritable ovation au vigoureux et savoureux travail de ce trio un peu fou.

Andrea Motis signe « Do outro lado do azul »

Andrea Motis signe « Do outro lado do azul »

Après “Emotional Dance” sorti en 2017, Andrea Motis revient avec “Do Outro Lado Do Azul”. La jeune trompettiste, chanteuse et compositrice catalane fait une escapade fort réussie du côté de la musique brésilienne avec laquelle elle manifeste de fort belles affinités. Un album chatoyant, des teintes fraîches, des accents délicats, une musicalité infinie.

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Hot Club Jazz Festival #2019

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Après avoir fêté ses 70 ans en 2018, le Hot Club de Lyon repart de plus belle avec le Hot Club Jazz Festival #2019. Du 04 au 07 avril 2019 sont programmés Romain Pilon Trio, Hot Club Generations Big Band, Manu Guerrero Quintet et Jeremy Pelt Quintet. De quoi faire battre plus fort le cœur de la presqu’île !

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Mars 2019 à l’Auditorium de Lyon

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Jazz Campus en Clunisois 2018 – Letters to Marlene

Jazz Campus en Clunisois 2018 – Letters to Marlene

Une poésie musicale sensible et puissante

La venue à Jazz Campus en Clunisois le 22 août 2018 de Guillaume de Chassy, Christophe Marguet et Andy Sheppard permet au public du festival d’écouter leur nouveau projet « Letters to Marlene ». Traversé par une force émotionnelle bouleversante, le public a accueilli avec chaleur ce projet ambitieux et réussi.

Après l’album « Letters to Marlene » paru le 09 mai 2018 sous le label NoMadMusic, le pianiste Guillaume de Chassy, le batteur Christophe Marguet et le saxophoniste Andy Sheppard sont invités le 22 août 2018 sur la scène du Théâtre les Arts de Cluny. Avec un plaisir affiché, Didier Levallet annonce les trois musiciens venus présenter la version « live » de leur projet.

Lors de la sortie du disque, on a déjà apprécié « Letters to Marlene », cette « arme musicale porteuse d’espoir » qui allie puissance et sensibilité. Après le concert du trio, on est convaincu par la version scénique de la musique qui a aussi emporté l’adhésion du public.

« Letters to Marlene » sur scène

Des archives sonores intégrées à la trame musicale

Sur scène, le projet « Letters to Marlene » intègre de belle manière des archives sonores qui font plus encore résonner le sens du projet.

Elles enrichissent la trame musicale où se reflètent plus encore l’engagement de Marlene Dietrich, son refus du nazisme, son soutien vis à vis des forces alliées et la dimension humaine de cette artiste. En effet, la force et les émotions générées par les témoignages vocaux renforcent la perception de la lumière, de l’espoir et de l’énergie contenus dans la musique. Les voix d’Hitler, Churchill et de Gaulle glacent ou stimulent. Celles de Marlene Dietrich et de Jean Gabin contribuent à l’humaniser.

Un trio complice

D’emblée on est frappé par la proximité scénique des musiciens, reflet de leur extrême complicité musicale. De fait, ce sont bien trois musiciens qui interprètent les compositions de Christophe Marguet et Guillaume de Chassy mais chez eux point d’ego parasite, point de démonstration.

Tout au long du concert, leur écoute mutuelle génère de superbes interactions. Les expressions individuelles fusionnent et c’est bien de l’expression d’un trio dont il s’agit. Un trio où chacun est au service de l’autre, où le trait de l’un inspire la parole de l’autre et oriente son expression. Il en résulte une musique somptueuse et cohérente.

Un concert vibrant de nuances

Déroulé en trois époques, le répertoire capte l’attention du public qui vibre de bout en bout.

Au fil des thèmes, la soirée propose des moments chargés de joie, d’énergie, de rêve, de recueillement, d’espoir et de force. Entre fragilité et force la musique déroule des climats oniriques où vivent solitude et nostalgie. Elle développe aussi des moments furieux qui évoquent le combat et l’engagement. Elle fait affleurer le drame mais privilégie l’espoir.

Après la prière délicate élevée tout en souplesse à Lili Marleen le propos de la musique s’épaissit. Martiales, les troupes américaines débarquent sur America au découpage rythmique complexe.

Et in Terra Pax Hominibus Bonae Voluntatis ouvre sur le chant recueilli du saxophone puis les trois musiciens unissent leur voix pour tisser une sérénade lyrique. Sur Les Ardennes le saxophone se faufile parmi les tirs croisés de la batterie et du piano. Le climat d’abord intimiste du thème The Dress gagne ensuite en intensité.Letters to Marlene - G. de Chassy-C. Marguet-A. Sheppard_300 à Jazz Campus en Clunisois le 22 aout 2018

A Dinner at Marlene’s Place développe un climat alerte et dense. La superbe composition de Christophe Marguet, Ein Koffer in Berlin, apparait comme un des moments-clés du concert. Dans la musique en expansion l’énergie croise la poésie, le lyrisme s’unit au silence qui convoque une poésie poignante. Sur Falling in Love Again les musiciens invitent sur scène le fantôme de Marlene à travers sa voix qu’ils accompagnent. Un moment bouleversant.

En rappel, Guillaume de Chassy, Christophe Marguet et Andy Sheppard offrent au public le climat sépia d’un Last Dance poignant de mélancolie.

Après un tel concert, le retour à la réalité est difficile mais demeurent de superbes souvenirs de « Letters to Marlene ». Le souffle poétique du saxophone ténor, le chant inspiré du soprano lyrique. Sur les cymbales et la batterie, la frappe puissante des baguettes, la rondeur des mailloches, la souplesse des mains, les tendres caresses des balais. Le « colorisme » joyeux, l’expression dramatique du piano et ses délicates envolées.

Andrea Motis signe « Do outro lado do azul »

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