Le concert solaire de Camille Bertault à Ecully

Le concert solaire de Camille Bertault à Ecully

Loin de tous les codes, un chant passionné

Le 12 avril 2019 marque la première venue de la chanteuse Camille Bertault sur une scène de la métropole lyonnaise. Elle présente son projet « Pas de Géant » au Centre Culturel d’Ecully. Au regard du succès hexagonal et international de l’artiste, l’évènement est de taille, pourtant point de rush du public. Conquis par une artiste passionnée qui ne manque pas d’air et se joue de tous les codes, les spectateurs présents se sont loués d’être venus et sont repartis enchantés.

On ne cesse au fil des ans de se questionner quant à la volatilité du public de jazz à Lyon (d’ailleurs, on se demande s’il existe vraiment) et à son suivisme peu raisonné qui les entraîne vers ce qui est déjà vu, connu et porté par la vague. Souvent mobilisés par des artistes surexposés qui font le buzz, les amateurs de jazz ont pourtant la mémoire courte car ils ont vite oublié le flot d’intérêt fort justifié qu’ont provoqué en 2015 les exploits de Camille Bertault partagés sur les réseaux sociaux lorsqu’elle reprenait le chorus de John Coltrane sur Giant Steps et enthousiasmait par ses scats ébouriffants.

Une affluence relative au premier concert de Camille Bertault dans la région lyonnaise est sans doute à relier avec le début des congés scolaires mais cela procède peut-être aussi d’un réel manque de curiosité. A moins que cela ne témoigne d’une faible inclinaison du public à quitter les scènes en vue, les sentiers fléchés et des routes balisées du jazz or ce sont sur ces terrains non formatés que la chanteuse Camille Bertault et son quartet s’aventurent  avec brio.

Camille Bertault à Ecully

Camille Bertault Quartet à Ecully le 12 avril 2019Le 12 avril 2019 sur la scène du Centre Culturel d’Ecully, la chanteuse Camille Bertault est entourée d’un trio qui réagit à la moindre de ses incartades vocales. En effet, le pianiste Fady Farah, le contrebassiste Christophe Minck et le batteur Donald Kontomanou pratiquent un accompagnement sur-mesure qu’on pourrait même qualifier d’accompagnement haute-couture.

Les trois musiciens pratiquent une écoute et une réactivité de chaque instant lesquelles alliées à leur virtuosité et leur sens aigu du tempo leur permettent de suivre les déambulations acrobates de la chanteuse. Cette dernière leur accorde un très large espace d’expression tout au long du set ce qui permet au public de prendre la mesure de leurs talents. Le pianiste virtuose et lyrique diversifie les nuances de son jeu au fil des morceaux. Le contrebassiste (et bassiste électrique sur un titre) assure un soutien solide que renforce le tempo infaillible d’un batteur rôdé à toutes les rythmiques.

Le répertoire

En une heure, le quartet enchaîne onze titres et un rappel. Un répertoire éclectique qui mêle avec bonheur et fantaisie chanson française, reprises de jazz et compositions de la chanteuse. Avec humour Camille Bertault présente chaque titre et permet ainsi au public de saisir la multiplicité de ses inspirations. Solaire elle s’investit dans sa musique qu’elle habite avec conviction et conserve ce brin de spontanéité qui rend les artistes si humains.

La chanteuse Camille Bertault à Ecully, photo de Didier MartinezAprès Nouvelle York, Camille Bertault interprète un medley en référence aux compositeurs qui l’ont inspirée. Goldberg-Arbre Ravéologique-Satièsque, un exercice périlleux qui mêle scats vertigineux et textes inspirés. Suit une révérence à Georges Brassens avec une version coquine de Je me suis fait tout petit puis le quartet propose sa version de Comment te dire adieu, qui a valu le succès à Françoise Hardy dans les années 60. L’interprétation de la Camille Bertault met autant en valeur la partie musicale de Goland que les paroles de Gainsbourg avec des parenthèses parler-chanter tout à fait dans l’esprit de l’auteur. Après Certes qui évoque les grandes vérités de la vue ordinaire, vient le moment désaltérant et enivrant du concert.

Le trio et la chanteuse entament une version peu conventionnelle du fameux Je Bois. La composition d’Alain Goraguer inspire à la chanteuse une explosion vocale susceptible de faire éclater le cristal des verres préalablement vidés. Quant aux paroles de Boris Vian, elles suscitent chez Camille Bertault une chorégraphie élégante qui la voit déambuler et tituber sur scène. Le public enivré par sa prestation l’accompagne d’une totale empathie lorsqu’elle tombe à terre et retient même ses applaudissements comme sidéré par sa chute. « Une première » confesse la chanteuse habituée à se relever plus vite, car en général la chute et l’arrêt de la musique donnent le signal des vivats… mais à Ecully, le public reste coi devant cette simulation réaliste de l’ivresse. Un p’tit verre n’aurait d’ailleurs pas été de refus pour trinquer avec elle !

La chanteuse Camille Bertault à Ecully, photo de Didier MartinezCamille Bertault a posé des paroles en Portugais sur House of Jade de Wayne Shorter dont le titre devient Casa de Jade. Elle rend ainsi hommage au compositeur et au Brésil. Accompagnée par le batteur devenu percussionniste délicat, la voix souple et caressante esquisse un climat éthéré. Seule au piano, la chanteuse enchaîne avec Tantôt qui évoque toutes les personnalités susceptibles d’habiter tout un chacun. Une délicieuse escapade comme un clin d’œil espiègle de la chanteuse aux différents états d’âme qui peuvent l’assaillir.

Par ses paroles, Entre les deux immeubles convoque le phénomène de la création à partir de la vue que perçoit la chanteuse assise au quinzième étage derrière le clavier de son piano. Affres fascinantes de l’inspiration que dessinent les quatre artistes, entre nuages obscurs et soleil inspirant. Sur Winter in Aspremont le piano lyrique et très expressif dialogue avec la voix dans un chorus sensible où il enjambe les intervalles et les caresse. La voix lui répond, glisse, se rattrape, remonte et se suspend entre les portées où elle étire le fil d’une intense mélancolie. Un superbe moment d’émotion que cette berceuse écrite par la chanteuse pour les adolescents.

Pour terminer le concert, le quartet propose sa version de Giant Steps renommé par la chanteuse Là où tu vas. Les paroles qu’elle a écrites retracent les évènements des deux dernières années qui lui ont fait franchir ce fameux « Pas de Géant », titre de son deuxième album et du projet qui tourne depuis deux ans sur les scènes du monde entier. Une interprétation éblouissante et totalement maîtrisée. En rappel, Camille propose une courte version échevelée de Forró brasil que son auteur Hermeto Pascoal ne renierait pas.

La chanteuse s’amuse et se joue des codes

Dire de Camille Bertault qu’elle est chanteuse ne peut suffire à la définir. Certes elle pratique la musique via ses cordes vocales et sa respiration mais surtout la chanteuse joue avec la musique. Non contente de cela, telle une actrice, elle met en scène les textes des chansons qu’elle interprète, avec son visage, son sourire, ses bras et son corps tout entier. Ainsi théâtralisée, la scène devient vraiment son terrain de jeu, dans le sens ludique du terme, car à n’en pas douter, queue de cheval en bataille, la chanteuse muse et s’amuse avec la musique, jubile et prend un plaisir visible à se jouer de tous les codes, au risque de surprendre les tenants d’un jazz conventionnel.

Avec la légèreté d’un papillon la voix de Camille Bertault échappe à la gravitation, s’élève dans les hautes sphères et redescend, se pose puis semblable à une abeille butine les notes dont elle extrait la substantifique sève pour la transformer en des scats fulgurants. Avec aisance, elle change de tempo sans transition, pratique des écarts vertigineux avec une agilité peu commune. Sa diction précise permet de savourer la teneur des textes. Dans son chant se télescopent syncopes, glissandos, murmures, décalages et breaks abrupts.

Avec une grande conviction Camille Bertault a offert à Ecully un concert dont la teneur maîtrisée a convaincu un public venu la découvrir. Solaire et sans esbroufe, la chanteuse très bien accompagnée développe un art qui emprunte sa liberté au jazz mais puise dans la force de la poésie et la fantaisie d’une théâtralité charmante. Loin de tous les formats, Camille Bertault pratique un chant passionné et passionnant.

Un grand merci à Didier Martinez et Jazz-Rhone-Alpes.com pour les clichés de Camille Bertault.
Tropical Jazz Trio… du jazz caliente !

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Jeremy Pelt triomphe au Hot Club de Lyon

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Un jazz moderne pétri dans le groove

Le dimanche 07 avril 2019, le public se presse dans la cave pleine à craquer du Hot Club de Lyon pour la dernière soirée du « Hot Club Jazz Festival ». En quintet, trompettiste Jeremy Pelt a déclenché l’enthousiasme nourri des spectateurs conquis par son univers moderne pétri dans le groove. Un jazz post bop sans concession et sans cliché mais non sans références.

S’il fait partie de l’élite du jazz new-yorkais, le trompettiste américain Jeremy Pelt n’en néglige pas moins l’Europe où il tourne régulièrement. Il a visiblement craqué sur la cave du Hot-Club de Lyon où il revient le dimanche 07 avril 2019 pour la clôture « Hot Club Jazz Festival ».Quintet de Jeremy Pelt au Hot Club de Lyon le 07 avril 2019

La cave est pleine à craquer quand Jeremy Pelt monte sur scène accompagné par Chien Chien Lu (vibraphone) dont il s’agit de la première venue en Europe, Victor Gould (piano), Richie Goods (contrebasse) et Allan Mednard (batterie). D’un bout à l’autre de la soirée, le leader a posé sur ses compagnons et sur le public son regard attentif et bienveillant.

Deux sets, deux facettes

Avant de débuter le premier set, le leader apporte des précisions quant au projet présenté. Le quintet va exposer les cinq parties de la « Suite Rodin », une suite musicale gravée sur l’album « The Artist » sorti en 2018 et inspirée à Jeremy Pelt par le travail du sculpteur français Auguste Rodin.

Tels des plasticiens dynamiques, le quintet façonne les cinq pièces jouées en hommage à Rodin et propose un jazz contemporain très riche qui sculpte la matière sonore avec exubérance ou délicatesse selon les pièces, Appel aux armes, Dignity and Despair (Bourgeois de Calais), Sol Tace (La Porte de l’Enfer), Camille Claudel (L’éternel printemps) et Epilogue en point d’orgue.

Un univers musical contemporain aux climats contrastés dont la richesse enchante le public.

Le second set permet d’apprécier une facette artistique différente du quintet avec d’autres titres de l’album, Water Colors, Feito, dédié au peintre espagnol Luis Feito, As of Now mais aussi While You Are Gone, composé par le saxophoniste Lucky Thompson. C’est l’occasion pour les spectateurs d’accéder à un autre  aspect de l’expression du quintet.

Un jazz post bop à l’expression conventionnelle où se côtoient groove urbain et ballade délicate, climat survolté et mélancolie bleutée.

Impressions de concert

Entre énergie et délicatesse, la musique développe un savant alliage de puissance et de souplesse. Une écoute constante règne parmi les musiciens en interaction permanente.

Ardente et nuancée, la section rythmique fait preuve d’une réactivité de chaque instant. Les solides lignes de basse de la contrebasse s’allient avec le drumming féroce de la batterie pour stimuler les solistes et propulser leurs chorus. La frappe précise et légère des mailloches sur les lames du vibraphone font alterner sonorités éthérées, perles réverbérées et notes cristallines lumineuses qui rivalisent de force avec celles du piano qui enjambe les harmonies avec fluidité.

Chaque morceau est pour le trompettiste l’occasion de démontrer l’étendue de son talent. Avec aisance, Jeremy Pelt joue sans démonstration et son discours évite les clichés. Redevable autant à Woody Shaw qu’à Freddie Hubbard ou Wynton Marsalis, il inscrit son jazz dans la mouvance post bop. Glissandos subtils, notes choisies et posées avec soin, accentuations toniques, souffle puissant. Avec ou sans sourdine, la trompette densifie le climat jusqu’au paroxysme ou tempère ses ardeurs et allège l’ambiance. Jeremy Pelt s’exprime entre ombre et lumière, entre mélodies évanescentes et propos ardents.

Au final, le jazz vitaminé et moderne du quintet de Jeremy Pelt a captivé et stimulé l’imagination du public de la même manière que les sculptures de Rodin ont fasciné le trompettiste compositeur et les musiciens. Les spectateurs visiblement comblés ont manifesté leur enthousiasme pour un concert dont les oscillations rythmiques, les riches trames harmoniques et les chorus inspirés ont permis d’apprécier un jazz enflammé où groove et délicatesse coexistent avec bonheur.

Tropical Jazz Trio… du jazz caliente !

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Coup de cœur… pour Magic Malik & Jazz Association

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Echo#5-A Vaulx Jazz 2019

Echo#5-A Vaulx Jazz 2019

Soirée de clôture

Tous les bons moments ont une fin… et le 30 mars 2019 marque le dernier jour du 31ème festival A Vaulx Jazz qu’il a été si bon de retrouver. Fidèle à sa philosophie, le festival propose au public de découvrir deux nouvelles esthétiques pour compléter l’éventail des formes musicales déjà présentées. En ouverture, le superbe concert de Nik Bärtsch’s Ronin dont la venue dans la région a mobilisé de nombreux spectateurs. La dernière prestation permet ensuite au public de découvrir l’univers singulier de la chanteuse et flutiste belge Mélanie De Biasio.

Echo#5-A Vaulx Jazz 2019 salue la « Soirée de Clôture » du 30 mars 2019 au Centre Culturel Communal Charlie Chaplin de Vaulx-en-Velin. Le festival se termine avec un double plateau qui ne joue pas la carte d’un mode festif. Devant un public attentif et curieux Nik Bartsch’s Ronin a offert une prestation à la hauteur de la renommée du groupe. La chanteuse et flutiste belge Mélanie De Biasio a surjoué un minimalisme scénique et musical qui a partagé la salle.

Pour terminer dans l’esprit de la fête, l’After a été confié au Grigri qui a fait régner dans l’Espace Bar la une bonne heure communicative jusqu’à une heure avancée. Il fallait bien que les corps exultent !

Nik Bärtsch’s Ronin

Echo#5-A Vaulx Jazz 2019-Nik BartschFondé en 2001 par le pianiste Nik Bärtsch, le groupe acoustique Nik Bärtsch’s Ronin présente son nouveau spectacle qui restitue le projet « Awase » sorti en mai 2018 chez ECM où le pianiste a enregistré tous ses albums. Au fil des ans sont demeurés Sha (Stefan Haslebacher) à la clarinette basse et au saxophone alto ainsi que Kasper Rat à la batterie. On a le plaisir de découvrir la mouture actuelle de la formation qui a intégré un nouveau bassiste, Thomy Jord. Ainsi devenu quartet après avoir été quintet Nik Bärtsch’s Ronin délivre une musique encore plus performante et plus groovy que dans sa forme précédente. 

Le terme Ronin fait référence au samouraï sans maître. La musique présentée est sous-tendue par cet awase propre à l’art martial du samouraï qui préconise d’utiliser la fusion avec l’adversaire pour mieux en triompher. En l’occurrence, sur scène, la fusion est mise au profit d’une musique héritée du minimalisme de Steve Reich. Elle fusionne les rythmes pairs et impairs, utilise des motifs répétitifs, des boucles rythmiques et mélodiques qui se décalent et se superposent. Pourtant point de chaos et de nombreuses nuances. Les musiciens ne se perdent jamais et si l’on est attiré dans leur monde, on en ressort toujours bienheureux.

Du piano le leader dirige le groupe avec une attention constante et un sourire bienveillant. Les lignes de basse alternent entre clarinette basse et basse électrique, alto, clarinette et basse se partagent les interventions alors que batterie et piano font varier le rythme avec rigueur et souplesse. Si les instrumentistes s’expriment à tout de rôle, ils demeurent toujours au service de la dimension collective de la musique.

Echo#5-A Vaulx Jazz 2019-Nik Bartsch'RoninLes éclairages varient en accord avec la musique dont elle valorise les nuances, de la délicatesse au paroxysme. La pénombre et les jeux de lumières favorisent l’écoute sans pour autant cacher les musiciens, ce qui serait fort dommage car on perçoit dans leurs regards et leurs sourires, une entente quasi fusionnelle.

Dès son entrée sur scène, le groupe installe l’ambiance et développe le processus très bien rôdé qui caractérise l’art de Ronin. Du premier au dernier des six modules présentés durant le set, l’harmonie règne sur scène entre les quatre musiciens. Répétitive et minimalisme la musique  n’en délivre pas moins un groove rythmique tendu dont la pulsation associée à la force hypnotique des boucles crée un climat fascinant que certains spectateurs ont résumé en fin de concert sous le vocable « planant ». Certes réducteur, l’adjectif se réfère à cette impression ascensionnelle que l’on ressent à écouter ces tectoniques musicales qui se transforment sans cesse et donnent une impression de mouvement captivant.

Nik Bärtsch’s Ronin a produit une musique collective dont la force a convaincu le public qui a joué le jeu et a lâché prise pour entrer dans l’univers du groupe. Pour une grande partie des spectateurs et spectatrices, ce fut une découverte. Les autres déjà acquis à l’art de la formation se sont réjouis d’avoir écouté une fois de plus cette musique unique qui transforme un concert en voyage euphorisant.

Mélanie De Biasio

Pour le second set, la pénombre est de règle sur scène. A peine perceptible même des premiers rangs, les trois accompagnateurs de la chanteuse disposés en triangle occupent la totalité de la scène et sont très distants les uns des autres. Ils disparaissent derrière leurs instruments mais le service musical sera inversement proportionnel à la masse instrumentale.

On aurait pu s’attendre à ce que Matthieu Van (piano, synthé, chant)  Aarich Jespers (batterie, percussions) et Axel Gilain (contrebasse, basse, guitare, chœur) et  s’installent à proximité de la chanteuse pour créer le climat intimiste à laquelle prétend la musique de Mélanie De Biasio. Que nenni !

Echo#5-A Vaulx Jazz 2019-Melanie De BiasioLa chanteuse occupe tout l’espace laissé entre les musiciens pour déambuler tout au long du concert. Elle s’éloigne dans la pénombre assez loin du public avec lequel elle communique fort peu. Pas de salut à l’arrivée ni de présentation après quelques morceaux.  Mélanie De Biasio ne se donne pas à voir, tout juste laisse-t-elle percevoir sa silhouette à contre-jour, de dos, penchée, accroupie. Sans jamais lâcher sa flûte électrifiée, elle adopte une gestuelle certes gracieuse mais si peu naturelle quelle semble dénuée de toute spontanéité. Tout est étudié, le claquement de doigt, la main qui se tend, se pose sur le front….

Le chant se résume à des mélopées susurrées, à un souffle désincarné qui reprend des leitmotivs répétés à l’envi. Les lignes jouées à la flute procèdent de la même logique. Certes on reconnaît Gold Junkies ou Afro Blue mais il n’est guère possible d’évoquer un climat d’intimité que tentent pourtant de suggérer les murmures introspectifs chuchotés dans une atmosphère embrumée. Sans doute d’aucuns évoqueraient une musique de l’épure mais d’autres y verraient une pauvreté créative cachée derrière des artifices et des effets.

Une voix qui n’est guère qu’un souffle, un murmure qui tente d’envouter, une flûte plus argument qu’instrument, un mystère instauré via une distance peu propice à générer des émotions, des gestuelles qui manquent de naturel, une communication minimale avec le public. On a cherché la musicalité et la créativité mais sans doute cette dernière réside-t-elle dans le concept que l’on perçoit de facto mieux sur disque que sur scène.

Avec trop d’effet accumulés, trop de contrôle, guère d’intimité, Mélanie de Biasio présente un jazz singulier dont les codes empruntent au blues, au jazz, au hip-hop et à la soul et pour finir s’apparente à un hip-pop pop, minimaliste et embrumé qui se veut mystérieux mais ne parvient pas vraiment à convaincre.

Les artifices de séduction déployés conquièrent malgré tout pour une partie du public qui sollicite la chanteuse pour un rappel.

Pour terminer sa 31ème édition, le festival A Vaulx Jazz instaure l’esprit de la fête après les deux concerts et invite les spectateurs à devenir acteurs et danseurs dans l’Espace Bar durant un « after » chaleureux animé par les platines du « Grigri ». Tout est bien qui finit bien ! Rendez-vous sans faute dans deux ans pour vivre la 32ème édition du festival A Vaulx Jazz que l’on plébiscite par avance avec chaleur.

Tropical Jazz Trio… du jazz caliente !

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Or Bareket présente « 33 », son deuxième album

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Coup de cœur… pour Magic Malik & Jazz Association

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Echo#4-A Vaulx Jazz 2019

Echo#4-A Vaulx Jazz 2019

Soirée Saxologie

Par son intitulé « Saxologie », la soirée du 27 mars 2019 met l’accent sur le troisième set que propose Chris Potter, un des saxophonistes les plus en vue du moment. En ouverture, une courte prestation du lauréat du Tremplin RéZZo Focal Jazz à Vienne 2018, Obradovic-Tixier Duo. Place ensuite à Louis Sclavis qui vient en quartet présenter son nouveau programme « Characters On A Wall ». Le public s’est pressé pour découvrir ces trois esthétiques musicales auxquelles il a réservé un accueil enthousiaste.

Echo#4-A Vaulx Jazz 2019 se souvient de la « Soirée Saxologie » du 22 mars 2019 au Centre Culturel Communal Charlie Chaplin de Vaulx-en-Velin. Trois idiomes différents sont proposés au public. C’est une fois encore l’occasion de découvrir la multiplicité des expressions dont le jazz est pourvoyeur. La qualité est au-rendez et nul ne s’en plaint.

Obradovic-Tixier Duo

En ouverture de soirée se produit Obradovic-Tixier Duo, lauréat du Tremplin RéZZo Focal Jazz à Vienne 2018. Le duo franco-croate réunit le pianiste David Tixier et la batteuse Lada Obradovic. Le premier ne se contente pas du clavier du piano, il diversifie son expression sur son Rhodes et enrichit ses propos par un clavier de basse. La seconde ajoute à ses toms, cymbales et grosse caisse, un glockenspiel dont elle use à merveille et donne aussi de la voix.

Malgré la durée réduite du set, (30 minutes), Obradovic-Tixier Duo propose un répertoire tout à fait représentatif de son art. Leur musique ménage en effet dans ses propos un heureux équilibre d’énergie et de délicatesse. Sur des rythmes variés les deux musiciens entrelacent des mélodies élégantes. Echo#4-A Vaulx Jazz 2019, Obradovic-Tixier DuoAprès la composition de Lada Obradovic, Thoughtless Gift où coexistent légèreté et densité, le duo muse, joue et déjoue le tempo au rythme impair de Broken Watch écrit par David Tixier. Les deux musiciens font tourner les aiguilles d’une montre qui bat à 11 temps. Tic-tac et coucou se répondent. Le duo reprend ensuite Last Flight Over Horizon. Leur interprétation possède toujours la même force d’évocation en souvenir des attentats survenus à Istanbul. Sans s’appesantir sur le moment fatal, les musiciens convoquent leurs émotions et élèvent un hymne à la pulsion de vie. Après un dernier morceau au rythme entêtant et à la mise en place précise, David Tixier passe le clavier du piano à Benjamin Moussay qui fut son professeur.

A venir bientôt, la sortie d’un vinyle deux titres produit Cristal Records & Jazz Au Phare Revelations 2018, « Professor Seek & Mister Hide » et celle d’un album huit titres produit par RéZZo Focal et Jazz A Vienne. Le duo se produira le 13 juillet 2019 en ouverture de la « All Night Jazz » de Jazz à Vienne et dans de nombreux autres salles et festivals.

Le 27 mars 2019 au festival A Vaulx Jazz, Obradovic-Tixier Duo a fait battre le cœur d’un public amusé et heureux de découvrir l’inventivité de leur art qui s’il est créatif n’en demeure pas moins d’une extrême musicalité. Nul doute qu’un avenir prometteur s’ouvre pour ce duo qui émeut autant qu’il étonne.

Louis Sclavis Quartet - Characters On A Wall

Après l’avoir joué à l’Opéra Underground de Lyon en décembre 2018, Louis Sclavis vient à Vaulx-en-Velin « pour présenter son nouveau programme dans ce festival auquel il est très attaché ». En référence à la durée de cette manifestation trentenaire, il précise que « les choses qui durent peuvent rester compétitives ». Il représente d’ailleurs lui-même un exemple avéré d’une longévité artistique qui, au fil des ans, demeure compétitive et créative.

Après « Napoli’s Walls » créé en 2002 à partir des dessins réalisés à Naples par Ernest Pignon-Ernest de 1987 à 1995, le projet « Characters On A Wall » est inspiré par le travail du même artiste très engagé politiquement avec qui Louis Sclavis travaille depuis 40 ans. Père fondateur du street-art, Ernest Pignon-Ernest dessine des personnages dans des lieux où ils prennent sens, des lieux qui deviennent ainsi des espaces de mémoire.

Ce sont quelques-unes de ces affiches pochoirs d’Ernest Pignon-Ernest qui sont présentées A Vaulx Jazz. Elles ont inspiré Louis Sclavis et ses musiciens mais pour le leader pas question de projeter les images. Le concert se charge de proposer une lecture musicale des dessins qui saisit et restitue les émotions captées par les musiciens. Co-écrite par Louis Sclavis et son groupe, la musique devient ainsi à son tour une œuvre créative proposée au public venu l’écouter.

Ainsi, entouré de Sarah Murcia à la contrebasse, Benjamin Moussay au pianoEcho#4-A Vaulx Jazz 2019, Louis Sclavis 4tet et Christophe Lavergne à la batterie, Louis Sclavis aux clarinettes (basse et si♭) interprètent successivement les morceaux inspirés par Jean Genet dessiné à Brest, Mahmoud Darwich collé en Palestine à Ramallah, La dame de Martigues d’après les figures figurant sur les cuves et les cheminées de la ville, Shadows & Lines inspiré par les pochoirs où se projette l’ombre de l’explosion nucléaire d’Hiroshima, Pasolini à partir des portraits du cinéaste dessinés de pied portant son cadavre sur les murs de Rome où il a vécu, Prison inspiré par les collages réalisés dans la friche de l’ancienne prison Saint-Paul de Lyon.

Très ramassé autour du leader, le quartet acoustique embarque le public au fil d’un voyage imaginaire alimenté par les improvisations créatives pourvoyeuses de nombreuses émotions.

Le discours toujours très fluide des clarinettes fait varier ses couleurs expressives au fil des échanges avec les autres musiciens. Louis Sclavis explore l’entièreté du registre de ses instruments et selon les moments ses improvisations deviennent féroces et déchirantes, subtiles et nostalgiques, stridentes et pulsatiles, volubiles et furieuses, douces et tendres. Toujours renouvelé, son propos musical incarne autant la voix de la révolte que celle de l’espoir.

Tel un explorateur libéré des claviers électriques, Benjamin Moussay fait preuve sur le piano de nombreuses nuances et d’une audace inventive peu commune. Enfiévré il renforce les interrogations, tempéré il dessine des propos pacifiés, délicat il incarne la légèreté.

Echo#4-A Vaulx Jazz 2019, Louis Sclavis Quartet, Characters on a WallLe jeu solide et précis de la contrebassiste Sarah Murcia participe aux moments de paroxysme par des lignes violentes et tempétueuses qui râlent et grondent. Les harmoniques ponctuent des chorus graves et mordants. D’autres improvisations laissent apprécier la profondeur, la justesse et la souplesse du jeu de contrebasse.

Sur les toms tendus, la frappe sèche de Christophe Lavergne martèle le rythme avec frénésie et instaure le chaos par des propos explosifs. Certes la batterie combative et vitaminée contribue à faire monter l’intensité dramatique mais elle sait aussi instaurer le calme et la poésie par de subtils battements et de légères caresses des balais sur les cymbales.

Le public attentif est comblé. Il a vibré tout au long d’un concert où la musique s’est faite tour à tour poétique ou dramatique, lyrique ou insurrectionnelle, calme ou explosive, pacifiée ou tendue. Mais malgré les applaudissements nourris, point de rappel car la soirée n’est pas terminée.

Chris Potter Quartet - Circuits

L’intitulé de la Soirée Saxologie prend tout son sens avec son troisième set où Chris Potter se produit en quartet. Sa réputation le précède partout où il est programmé et le public se presse A Vaulx Jazz pour l’écouter.

Talentueux et virtuose, le saxophoniste voit en effet depuis fort longtemps les qualitatifs les plus élogieux associés à son nom et à son jeu. Aujourd’hui, il figure d’ailleurs au sommet de la hiérarchie des saxophonistes. Il n’en ira pas autrement le 27 mars 2019 à Vaulx Jazz. Par contre s’il a confirmé sa stature de technicien hors norme, pas sûr que tous les membres du public venu l’écouter à Vaulx-en-Velin s’attendaient à l’aventure que le quartet de Chris Potter leur a proposée.

 En effet le saxophoniste et flutiste s’est engagé le 27 mars 2019 loin de l’idiome acoustique dans lequel il s’exprimait chez ECM en 2017 sur « The Dreamer Is The Dream ». Echo#4-A Vaulx Jazz 2019, Chris PotterAvec ses nouveaux partenaires, il présente en effet un répertoire qui regarde du côté de son album « Circuits » (Edition Records) sorti en 2019 et emprunte une syntaxe dont les maître-mots sont le groove et l’énergie. Pas loin du rock incarné par la présence du bassiste Tim Lefevre qui a participé au dernier enregistrement de David Bowie (Black Star) aux côtés de Donny McCaslin. Proche du groove du hip-hop et du funk qu’affectionne le batteur Justin Brown qui joue autant avec Ambrose Akinmusire qu’avec Thundercat. Craig Taborn quant à lui appartient à tous ces mondes entre lesquels il navigue avec une aisance inouïe sans jamais perdre son âme.

On est frappé d’emblée par l’ardente alchimie qui fonctionne entre le ténor furieux de Chris Potter, le piano, le rhodes et les claviers de Craig Taborn et la rythmique détonante menée avec fermeté par la batterie de Justin Brown et la basse électrique de Tim Lefebvre. Le collectif tout entier est soudé autour du leader au service d’une musique nerveuse que fait groover une rythmique détonante. On est ensuite interpelé par l’engagement total du leader dont les propos échevelés contribuent à l’exaltation musicale. Sa technique totalement maîtrisée lui permet de développer sans effort apparent des phrasés réitératifs qui participent par leur énergie à alimenter le groove.

Tel un match de boxe au climat survolté, le troisième set propose une musique qui doit autant à l’énergie et à la virtuosité maîtrisée des musiciens qu’à l’électricité et à l’électronique.

D’un bout à l’autre du concert règne sur scène un groove incandescent auquel le piano apporte quelques respirations en dehors desquelles il alimente l’énergie collective par un propos vigoureux et dense mais sans cesse renouvelé. Dans un flux incessant, la batterie brasse furieusement les rythmes. Elle dégage une impression de puissance et étourdit par la polyrythmie et les cadences qu’elle développe dans un continuum rythmique inépuisable. Sur son saxophone le leader parcourt l’étendue de tous les possibles. Ses phrasés saccadés et ses éructations nerveuses alimentent la machine à groove à laquelle la basse ronflante contribue plus qu’à son tour, sans vraiment beaucoup de nuances.

Après une ouverture de soirée marquée la fraîcheur créative proposée par Obradovic-Tixier Duo, l’art subtil et fluide du quartet de Louis Sclavis a séduit par le raffinement de son expression au demeurant fort nuancée. La pulsation vibrante et fougueuse du quartet de Chris Potter a propulsé sur scène une énergie peu commune. Le public a ainsi pu apprécier des facettes différentes mais représentatives du jazz contemporain. Pas sûr qu’entre le versus européen et le versus américain il faille choisir. On peut apprécier plus ou moins l’une ou l’autre des esthétiques sans omettre de reconnaître les qualités des musiques.

Tropical Jazz Trio… du jazz caliente !

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Le contrebassiste Patrice Caratini, le pianiste Alain Jean-Marie et le percussionniste Roger Raspail présentent « Tropical Jazz Trio », l’album dont le titre est aussi celui de leur groupe. Après quarante ans de compagnonnage musical sur les scènes jazz, les trois complices se sont décidés à entrer en studio. Il en résulte un jazz pulsatile et chaleureux qui regarde vers ses racines africaines, caribéennes et européennes aussi.

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Or Bareket présente « 33 », son deuxième album

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Coup de cœur… pour Magic Malik & Jazz Association

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Echo#3-A Vaulx Jazz 2019

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Soirée Orange Sonic

Intitulée « Orange Sonic », la soirée du 22 mars 2019 présente un double plateau. Après la musique brute du groupe « Festen », le public savoure la rencontre musicale et chorégraphique proposée par Thomas de Pourquery et ses acolytes de « Supersonic » qui rencontrent leurs amis du Congo. Pour ce RV transcontinental, le soleil a irradié la nuit du Festival A Vaulx Jazz.

Echo#3-A Vaulx Jazz 2019 fait un clin d’oeil sur la soirée « Orange Sonic » du 22 mars 2019 au Centre Culturel Communal Charlie Chaplin de Vaulx-en-Velin. A la tension rythmique saturée de « Festen » succède la lumière cosmique pulsatile et joyeuse de la bande de musiciens et danseurs réunis autour de Thomas de Pourquery.

« Festen »

Depuis 2007, les frères Fleau, Maxime (batterie) et Damien (saxophone), Jean Kapsa (piano) et Oliver Degabriele (basse) sévissent sous le nom de « Festen », groupe à l’énergie brute qui porte le nom du film de Thomas Vinterberg.

Le 22 mars 2019 en ouverture de soirée, les musiciens de « Festen » présentent le répertoire de leur sixième album « Inside Stanley Kubrick » sorti en septembre 2018 chez Laborie Jazz. Les quatre protagonistes invitent le public à pénétrer dans leur musique qui explore l’univers de Stanley Kubrick. Derrière le groupe sont projetées des images ou quelques extraits de films de ce géant du cinéma. Ainsi la musique puise des idées clefs de quelques films. La violence du fameux « Orange mécanique », le côté brut et solide du monolithe de « 2001 Odyssée de l’Espace »,  » le climat guerrier et explosif de « Docteur Folamour », l’ambiance inquiétante et sanglante du fameux Overlook Hotel de « Shining », pour ne citer que ceux-là.

D’un bout à l’autre du set, rythmique tendue, sono à fond, pulsation souvent binaire qui n’a rien à envier au rock. Les solistes s’effacent au profit du collectif et les éclairages ne restituent que la silhouette des musiciens. Toute expressivité individuelle est gommée, la pulsation rythmique écrase le propos, le piano sature, la basse ronfle, la batterie groove, le saxophone éructe. Ça ne groove point, ça tonne.

Dans la salle des têtes oscillent rythmiquement, certains protègent leurs tympans, d’autres encore attendent en vain que quelque nuance ménage une place au silence et aux contrastes… mais que nenni. C’est Fast and Furious !

Thomas de Pourquery & Friends from Congo

La seconde partie de soirée voit revenir Thomas de Pourquery qui avait enchanté A Vaulx Jazz le 21 mars 2015 avec son projet « Supersonic plays Sun Ra » en ouverture de la dernière soirée de la 28ème édition du festival « A Vaulx Jazz ». Le public s’en souvient encore. Depuis le compositeur, saxophoniste et chanteur a triomphé avec son superbe projet « Sons of Love » sorti en 2017 avec Supersonic.

Lors d’un séjour en République du Congo, Thomas de Pourquery et Supersonic ont joué et rencontré le chorégraphe Delavalett Bidiefono et les danseurs de sa compagnie ainsi que des musiciens congolais. Cet épisode se poursuit avec trois rencontres en France entre le sextet Supersonic de Thomas de Pourquery et trois danseurs parmi lesquels Delavalett Bidiefono, une chanteuse et deux percussionnistes congolais. Le 22 mars 2019, A Vaulx Jazz accueille la première date de cette rencontre transcontinentale entre les musiciens français et les danseurs et musiciens congolais. Le festival Détours de Babel (La Source Fontaine) et le festival Banlieues Bleues en sont les deux autres étapes.

Après l’entrée en scène de Delavalett Bidiefono qui danse sur les notes du saxophone de Thomas de Pourquery, le reste des douze musiciens et danseurs les rejoignent sur scène et la rencontre commence.  D’emblée l’alchimie fonctionne entre les musiciens français d’une part les danseurs et musiciens congolais d’autre part. En effet les deux groupes fusionnent en bloc uni.

Conduite avec énergie par le batteur Edward Perraud et le bassiste Frederick Galiay,Echo#3-A Vaulx Jazz 2019_Thomas de Pourquery, Fabrice Martinez, Berlea Dieuveille Bilemboloe la rythmique tellurique accueille les percussions africaines de Fabe Beauriel Bambi et Mohamed Sylla. Les quatre musiciens stimulent les interactions des solistes. Le pianiste Arnaud Roulin est en perpétuelle interaction avec le trio de soufflants qui donnent aussi de la voix. Flanqué du volubile et inventif Laurent Bardainne (saxophone ténor) et du lumineux Fabrice Martinez (trompette, buggle), Thomas de Pourquery (saxophone alto) accueille la chanteuse Berléa Dieuveille Bilembolo qui les rejoint sur les arrangements conçus à partir du répertoire du groupe.

Sur le devant de la scène, en avant des musiciens, les deux danseurs Delavalett Bidiefono et Fiston Bidiefono croisent leur danse souple et athlétique avec celle de Cognès Mayoukou qui se meut comme une liane élastique. Ils font alterner mouvements expressifs et coulés avec des enchainements toniques où bras et jambes fouettent l’air comme le font ceux des boxeurs. Comme un combat ritualisé, la danse devient une extension de la musique. Une énergie communicative circule entre la musique et les danseurs et les deux arts croisent leurs ardeurs.

Les vibrations africaines essaiment et la syntaxe de la musique s’en trouve enrichie. Le jazz dense et combatif de Supersonic accueille le battement pulsatile des percussions et la voix de Berlea Dieuveille Bilembolo développe un chant qui évolue entre sensibilité et puissance. Les tubes supersoniques se succèdent, Give the Money Back, Slow Down, Simple Forces, ….

Après avoir accueilli, pop, blues, funk, soul, rock, boogaloo, la musique de Supersonic se teinte d’accents africains et prend des allures d’une célébration gospel groovy.

Si Thomas de Pourquery confie au public le bonheur que cette « rencontre » représente pour lui, il assortit aussi son discours de petits signes de la main et de bisous mais ne se prive pas de stimuler le public pour qu’il participe à la liesse et chante avec plus de cœur pour tenter d’atteindre le Graal. Echo#3-A Vaulx Jazz 2019_Thomas de Pourquery & Friends from CongoAu final, tout le monde se sent concerné et joue le jeu sans trop se forcer et l’énergie communicative qui se dégage de la scène gagne la salle qui en redemande.

Le groupe franco-congolais revient sans trop se faire prier pour le plus grand plaisir du public et interprète un morceau de Caetano Veloso, O Estrangeiro que Thomas de Pourquery a réarrangé pour l’occasion, comme pour faire le lien entre l’Afrique et le Brésil, clin d’oeil à l’histoire coloniale de la musique qui a cheminé d’Afrique au Brésil et a fait le chemin inverse pour irriguer la rumba congolaise.

La rencontre dynamique proposée par le toujours bienveillant Thomas de Pourquery a donné lieu à d’intenses moments d’échanges scéniques. Animés d’une énergie vitale irradiante, les enfants de Sun Ra, les danseurs et le musiciens congolais ont orchestré une transe ardente et sans frontière qui a conquis le public de Vaulx-en-Velin.

Tropical Jazz Trio… du jazz caliente !

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Echo#2-A Vaulx Jazz 2019

Echo#2-A Vaulx Jazz 2019

Ukandanz - Freaks… énergie à revendre

Pour la « Soirée Transe » du 21 mars 2019, le festival A Vaulx Jazz propose un double plateau étoffé avec Ukandanz et Freaks. Deux groupes habités par l’énergie et animés d’une liberté créative incontestable. Après les vibrations d’un éthiojazz groovy le public goûte au délices d’un voyage sensoriel excentrique.

Echo#2-A Vaulx Jazz 2019 revient sur la « Soirée Transe » du 21 mars 2019 au Centre Culturel Communal Charlie Chaplin de Vaulx-en-Velin. uKanDanz et Freaks, deux esthétiques qui croisent le jazz avec d’autres genres musicaux. Deux idiomes singuliers dont l’énergie fait mouche.

Ukandanz… c’est reparti

Après une pause de deux ans, uKanDanz revient sur les scènes après la sortie de leur nouvel album, « Yeketelale » dont le nom annonce la bonne nouvelle en amharique… ça continue . Après la scène de l’Opera Underground où le groupe s’est produit en décembre 2018 uKanDanz fait entendre la nouvelle mouture de sa musique au public du festival A Vaulx Jazz.

Echo#2-A Vaulx Jazz 2019 - Le groupe UkandanzSur scène, trois blocs. Au centre en pleine lumière, le chanteur Asnake Guebreyes. Les éclairages n’auront cesse de mettre en lumière sa veste blanche aux décorations multicolores. Sur le devant de la scène mais dans une ombre quasi permanente, le guitariste Damien Cluzel et le saxophoniste Lionel Martin. En arrière la section rythmique réunit Adrien Spirli au synthé basse et Yann Lemeunier à la batterie, deux nouvelles recrues issues de Mazalda.

Si l’on reconnait avec peine les solistes de l’avant-scène, l’ombre et le brouillard ne permettent guère de distinguer les silhouettes des deux rythmiciens. Certes un concert vaut essentiellement pour la musique qu’il propose mais si le public est sensible aux jeux de lumière il apprécie tout de même de percevoir les musiciens autrement que comme des ectoplasmes.

Echo#2-A Vaulx Jazz 2019 - Le chanteur Asnaké GuebreyesMoins éruptif qu’à l’ordinaire, le saxophone fait entendre des barrissements désespérés avant de se lâcher pour donner le meilleur de lui-même dans les derniers morceaux. Point cette fois de guitare qui arpente la scène. Moins acérée qu’à l’ordinaire elle demeure pourtant un rouage essentiel de la machine uKanDanz qu’elle stimule par ses fulgurances. Porté par la force pulsatile énergique de la section rythmique, le concert met surtout en valeur le chant virtuose. Quand il ne chante pas, Asnake Guebreyes sautille et fait tressauter ses pectoraux.

Recentrée autour du chant, la musique se prête plus à l’écoute qu’à la danse mais lorsque le groupe reprend un de ses anciens hits, le public répond enfin à l’appel du chanteur et vient bouger devant la scène.

Avec moins de rage, uKanDanz a installé sa transe. Rythmes impairs complexes et dissonances sont maîtrisés. Porté par de denses lignes de basse, un groove puissant sous-tend les mélodies lancinantes de la voix. uKanDanz confime la richesse de ses couleurs musicales.

Théo Ceccaldi et Freaks

Echo#2-A Vaulx Jazz 2019 - Le groupe FreaksEn seconde partie de soirée la meute de Freaks débarque sur scène. Plus qu’un groupe il s’agit d’un collectif soudé autour de son leader Théo Ceccaldi dont le violon déborde de sensibilité et de lyrisme. Il est encadré par l’énergique Quentin Biardeau au saxophone ténor et claviers et le saxophoniste Matthieu Metzger dont le souffle puissant et profond alterne entre alto et baryton. En arrière le guitariste virtuose Giani Caserotto, le très réactif violoncelliste Valentin Ceccaldi et le redoutable batteur Etienne Ziemniak.

Une écriture subtile se cache derrière la furie du rock et la complexité des mesures impaires. Freaks délivre une musique insaisissable faite de sensations, une musique contrastée à la fois déjantée et virtuose construite autour de la liberté. La tension portée par le rouleau compresseur rythmique et les larsens alterne avec des moments de détente et de calme. Les motifs répétitifs tricotent la trame sur laquelle sont brodées de subtiles mélodies.

Echo#2-A Vaulx Jazz 2019 - Théo CeccaldiEntre Amanda Dakota, le morceau présenté par le leader comme la seule chanson d’amour de la soirée et Henry m’a tuer (hommage à Henry Threadgill) joué en rappel, le répertoire de Freaks navigue entre apocalypse et poésie, rêves romantiques et cauchemars furieux, tonnerre et brise délicate, vociférations et murmures, souffle volcanique et caresse éthérée.

Excentrique et décapante, brute et peaufinée, tonitruante et délicate la musique déroule ses nuances schizoïdes. Tour à tour allumés ou lyriques, les solistes font exploser les sons et les codes. Une rythmique d’enfer balise la chevauchée épique que conduit le violon magique. Les séquences imprévisibles surprennent et ravissent le public qui se laisse gagner par la frénésie musicale.

Freaks, ça mord, ça décape, ça inquiète mais ça caresse et ça cajole. Paroxysme et décibels coexistent avec détente et calme. Une musique savamment déjantée qui zappe entre free jazz, punk et new wave. Les membres du Tricollectif d’Orléans ont gagné le public à leur cause.

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