Marc Ribot’ s Ceramic Dog « YRU Still Here ? »

Marc Ribot’ s Ceramic Dog « YRU Still Here ? »

Un paroxyjazz convulsif et enragé

La sortie de l’album « YRU Still Here ? » marque la fin d’un silence discographique de cinq ans de Marc Ribot et son trio Ceramic Dog. L’esthétique vigoureuse des musiques s’accorde avec la colère des textes contestataires. Un brûlot enragé qui captive par sa flamme et ses convulsions fulgurantes.

Couverture de l'album "YRU Stil Here?" de Marc Ribot's Ceramic DogAttendu depuis « Your Turn », le précédent disque de Ceramic Dog sorti en 2013, l’album « YRU Still Here ? » (Enja Yellow Bird/L’autre Distribution) de Marc Ribot’s Ceramic Dog comble d’aise depuis le 25 mai 2018 les amateurs des musiques de ce trio singulier.

Créé en 2007, Ceramic Dog réunit le guitariste Marc Ribot, le bassiste Shahzad Ismaily (Will Oldham, Chefs Secrets 3…) et le batteur Ches Smith (Xiu Xiu,Chefs Secrets).

Par bonheur depuis 2013 les concerts du groupe ont permis de patienter et en découvrant le nouvel album, reviennent en mémoire les échos de titres, déjà écoutés lors de la venue de Ceramic Dog avec Marc Ribot dans le cadre du festival A Vaulx Jazz un certain 17 mars 2017.

Sur l’album comme alors sur la scène, le groupe emprunte tout à la fois les codes du jazz, du rock, du punk, du blues, du rap, du funk, compactés en une musique paroxystique enragée et convulsive qu’on qualifiait alors de « paroxyjazz enrocké ».

D’emblée, le groupe interpelle par le titre de son pamphlet brûlant de rage, « YRU Still Here ? » et ce n’est que le début. Textes et musiques des onze titres sont au diapason. Ils dénoncent avec mordant les folles dérives du monde, racisme, capitalisme, intolérance…

Si les textes affichent délibérément rage et colère, la musique vibre certes à l’unisson mais n’en est pas moins construite avec précision en référence aux styles des différentes musiques auxquelles elle emprunte. Rythmes effrénés de la batterie et breaks ajustés mettent en valeur les improvisations de la guitare et des voix qui crient leur désespérance. De facto textes et musiques sont au diapason.

Personal Nancy ouvre l’album et d’emblée adopte le ton d’une colère extrême… « I got right to say fuck you ! ». Les voix vocifèrent avec rage, la guitare pleure, la batterie matraque le tempo et la basse déclenche le tir. La révolte colérique plante le décor. Marc Ribot au festival A Vaulx Jazz le 17 mars 2017Muslim Jewish resistance procède de la même veine. Voix, guitare, batterie, basse et claviers exhortent à suivre le sentier de la guerre contre l’intolérance, le racisme et la haine de l’autre.

Un découpage élaboré préside à la destinée de l’instrumental Oral Sidney with a U. La basse slappe funk, le Moog déblatère comme un fou sur les riffs de la guitare entêtante, la batterie fracasse le tempo. YRU Still here ? questionne sur le climat d’un folk planant qui aurait perdu la boussole. La rage d’Agnes s’exprime via un rock qui groove grave.

Rudoyé par un rock puissant Shut That Kid Up tutoie le blues et fait monter la sauce avant de s’adoucir à sa toute fin. Orthodoxy fait entendre des échos croisés de blues et de rock teintés de sonorités de sitar venues du Pakistan. Freak freak freak on the peripherique se la joue funk à fond. Ceramic Dog s’en prend à la police des frontières de Trump dans un Fuck La Migra au son saturé qui emprunte au hip hop autant qu’au rock.

Le trio stigmatise l’intolérance de la population vis à vis des différences dans Pennsylvania 6 6666 qui restitue les souvenirs de Shahzad Ismaily et de son enfance d’enfant musulman aux origines pakistanaises grandi en Pennsylvanie, où « tous les enfants sont fous » en reprenant à la guitare un style à la Wes Montgomery sur un tempo cool latinisé avec humour… jusqu’à la superbe fin du titre.

L’album se termine avec Rawhide où la voix de Marc Ribot trafiquée par le vocoder entonne les refrains de ce folk-rock-psyché-bluesy endiablé.

« YRU Still Here ? » témoigne de la maîtrise de Ceramic Dog et Marc Ribot à transformer leur musique en un pamphlet politique vigoureux. L’art mobilisé pour combattre contre les excès et débordements des puissants, les intolérances et le non-respect des différences… c’est plutôt rassurant même si la forme peut déranger quelques bien-pensants.

 

Un rendez-vous se profile avec bonheur pour écouter le trio Ceramic Dog. Le guitariste Marc Ribot, Shazhad Ismaily à la guitare et à la basse et Ches Smith à la batterie sont annoncés à l’affiche de l’Opera Underground. Le trio va faire monter la température de l’Amphi de l’Opéra de Lyon le 01 décembre 2018. Une date à noter impérativement.
Carmen Souza célèbre Horace Silver – « The Silver Messengers »

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Retour de Gregory Porter avec « Revival »

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Le 17 janvier 2020 marque le retour de Gregory Porter avec « Revival », son nouveau single paru chez Decca/Blue Note. Cette bonne nouvelle en cache une autre et pas des moindres, puisque ce single annonce la sortie du sixième album studio du chanteur, « All Rise », attendu pour le 17 avril 2020.

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Grégory Privat revient avec « Soley »

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Trois ans après « Family Tree », le pianiste Grégory Privat revient en trio avec Chris Jennings et Tilo Bertholo. Son album « Soley » est comme irradié de la lumière de l’étoile solaire. Chargé d’énergie, l’album navigue sans frontières entre jazz, musiques caribéennes, électroniques et chant. La musique invite à l’optimisme et à l’espérance.

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Enrico Zanisi présente « Blend Pages »

Enrico Zanisi présente « Blend Pages »

Musique de chambre aux péripéties imprévisibles

Après « Piano Tales » enregistré en piano solo, Enrico Zanisi présente l’album « Blend Pages » qui combine musique de chambre et improvisation. Autour du pianiste sont réunis Michele Rabbia, Gabriele Mirabassi et le Quatuor IXI. Le propos musical plutôt chambresque réserve des péripéties qui surprennent tout autant qu’elles ravissent.

« Blend Pages », le dernier album du pianiste Enrico Zanisi est annoncé pour le 15 juin 2018 chez Cam Jazz. Le leader réunit autour de lui le clarinettiste Gabriele Mirabassi, le percusionniste Michele Rabbia et le quatuor à cordes français Quatuor IXI, avec Régis Huby et Clément Janinet au violon, Guillaume Roy à l’alto et Atsushi Sakaï au violoncelle.

Un pianiste explorateur et lyrique, un percussionniste évanescent et bruitiste, un clarinettiste voltigeur et magicien, un quatuor souple et subtil.

Enrico Zanisi, pianiste prometteur

Le pianiste Enrico Zanessi présente l'album "Blend Pages"

Enrico Zanisi©Elisa-Caldana

Né dans une famille de musiciens, Enrico Zanisi a commencé à se produire au piano au sein d’orchestres de chambre dès l’âge de 8 ans. En 2009 il est admis à la Manhattan School de New-York et est ensuite désigné meilleur Nouveau Talent du Top Jazz 2012 par un jury de journalistes du magazine  » Musica Jazz ».

Après trois disques gravés en trio, « Quasi Troppo Serio » (2010), « Life Variations » (2012) et « Keywords » (2014) puis « Piano Tales » (2016) où Enrico Zanisi s’exprime en solo, « Blend Pages » est le cinquième album enregistré en leader par ce jeune pianiste italien de 26 ans. Il a participé par ailleurs à de nombreux autres opus comme co-leader, sideman ou invité.

La production discographique déjà étoffée du pianiste reflète le début d’une carrière plus que prometteuse.

L’album « Blend Pages »

Enrico Zanisi présente l'album "Blend Pages"A l’origine Enrico Zanisi envisage un projet pour piano et quartet à cordes. Le canevas original évolue et au final, le leader envisage un autre propos. Il fait dialoguer musique de chambre et improvisation et enregistre l’album « Blend Pages » en France les 03, 04 et 05 avril 2017 au Studio Sextan La Fonderie à Malakoff.

Le titre de l’album, témoigne d’ailleurs de cette recombinaison adoptée par le compositeur Enrico Zanisi. Un peu comme si un coup de vent espiègle avait mélangé les pages du livret d’origine et reformaté l’organisation de l’album qui adopte à la suite de cette péripétie un nouveau format.

Au fil des plages de « Blend Pages », les intervenants varient, les climats évoluent et s’enchaînent sans pause. Le compositeur explore et élargit le spectre musical de son piano. Il propose une musique très personnelle centrée autour du piano qui pilote le scénario musical.

Impressions musicales

Uno ouvre l’album sur une ambiance chambresque à souhait. Le piano dialogue avec les cordes qui malaxent subtilement la matière sonore. Après Chevaliers où piano et quatuor explorent une superbe mélodie sur une structure assez conventionnelle, advient le lumineux Chiari. Avec majesté la clarinette s’envole et illumine le morceau débuté avec délicatesse par le piano.

Après les trois premières pièces où règne une relative tranquillité, le quatrième morceau fait basculer le roman musical dans un climat intranquille puis suivent des péripéties qui se résolvent dans la dernière composition.

Fighting for change ouvre par un accord martelé au piano. Avec ardeur les percussions et les cordes entrent en lutte puis laissent respirer et planer les sons du piano qui revient à l’accord inaugural. Sur Prelude le piano prend la main et réorganise le discours (à dessein) désordonné des cordes.

Advient ensuite la superbe Danse des Arbres où la clarinette espiègle et aérienne se lance dans un solo de haute-voltige au-dessus du tapis des cordes. L’émotion survient au détour de Resonare où le duo piano-clarinette tisse jusqu’au firmament une romantique mélodie. Percussions, quatuor, piano et clarinette se retrouvent sur Modulus aux dissonances étranges.

On est comblé par l’intensité du dernier thème, Few things Left. L’écrin orchestral sensible des cordes et la souplesse délicate des cymbales mettent en valeur le jeu pianistique sobre et bucolique et la clarinette à la sonorité azuréenne.

L’album « Blend Pages » adopte une architecture aux lignes très libres. Maître d’oeuvre du projet, Enrico Zanisi conçoit le disque comme une extension de sa pensée dont le piano est l’architecte. Le Quatuor IXI représente le substrat essentiel qui fonde l’édifice musical. Les percussions et l’électronique de Michele Rabbia constituent les éléments de liaison qui délivrent l’indispensable énergie vibratoire alors que la clarinette de Gabriele Mirabassi apporte lumière et légèreté dans l’ouvrage.

Carmen Souza célèbre Horace Silver – « The Silver Messengers »

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Dans son neuvième album « The Silver Messengers », Carmen Souza célèbre le pianiste Horace Silver disparu il y a cinq ans. Avec son indéfectible complice, le bassiste Theo Pascal, la chanteuse aux origines cap-verdiennes rend hommage au pionner du hard-bop. Elle reprend des titres du répertoire de son aîné auxquels s’ajoutent deux morceaux originaux. Le jazz pimenté de résonances créoles du Cap-Vert envoûte et séduit. Une belle réussite !

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Retour de Gregory Porter avec « Revival »

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Grégory Privat revient avec « Soley »

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Harold Lopez-Nussa sort « Un Día Cualquiera »

Harold Lopez-Nussa sort « Un Día Cualquiera »

Le retour aux sources du pianiste cubain

Le 15 juin 2018, Harold López-Nussa publie « Un Día Cualquiera », son deuxième album chez Mack Avenue Records. Avec son trio original, le pianiste cubain propose un répertoire ancré dans la culture de son île. Un retour aux sources qui combine à la fois musiques populaire, classique et jazz.

Harold Lopez Nussa sort l'album "Un Dia Cualquiera"Avec « Un Día Cualquiera » (Mack Avenue Records/Pias) annoncé pour le 15 juin 2018 et enregistré aux États-Unis au studio de radio WGBH de Boston, le pianiste Harold Lopez-Nussa sort un album enraciné dans la culture et les traditions cubaines.

Ce retour aux sources advient après des escapades musicales que le pianiste a entreprises au-delà de ses racines insulaires. En effet sur les albums « Havana-Paris-Dakar » (2015) et « El Viaje » (2016) enregistrés avec le contrebassiste sénégalais Alune Wade, Harold López-Nussa s’est ouvert à des influences musicales venues d’Afrique et des Caraïbes même si ses fondamentaux demeuraient ancrés dans la culture de son île.

« Une journée ordinaire »

Harold López-Nussa intitule son nouveau projet « Un Día Cualquiera », « une journée ordinaire », car le pianiste a souhaité que l’enregistrement studio restitue ce que serait la musique si elle était jouée « tout simplement, comme on peut le faire n’importe quel jour à la maison, dans le salon ».

Le pianiste grave son nouveau projet avec le trio qu’il a fondé il y a dix ans à Cuba avec son jeune frère Ruy Adrián López-Nussa à la batterie et aux percussions et le contrebassiste Gastón Joya. Il élabore un répertoire de onze titres qui compte de nouvelles compositions originales et revisite des plus anciennes mais explore aussi le legs musical hérité de célèbres Cubains, en l’occurrence le compositeur Ernest Lecuona, le chanteur César Portillo de la Luz.

L’héritage cubain revisité

Avec Danza de Los Ñañigos et Y la Negra Bailaba on plonge dans le répertoire de Ernest Lecuona, le grand compositeur cubain qui a à introduit dans le répertoire classique des formes issues des musiques populaires cubaines.

Danza de Los Ñañigos se réfère aux rituels religieux afro-cubains. En osmose avec la section rythmique, le piano joue le titre avec légèreté et sobriété. Y la Negra Bailaba intègre les influences du son et du danzón cubains. Le trio transfigure le thème d’Ernesto Lecuona et introduit des contrastes rythmiques singuliers. Le jeu du piano fascine par son aisance à passer d’une nuance à une autre.

Le trio reprend aussi un boléro écrit par le chanteur cubain César Portillo de la Luz en 1946, Contigo en la Distancia. Le thème devient une ballade que les musiciens interprètent avec sensualité sur un tempo très lent. Sur ce chant d’amour, la contrebasse langoureuse dialogue avec le piano romantique. Harold López-Nussa restitue l’expérience acquise auprès d’Omara Portuondo avec qui il a tourné durant trois ans. Elle lui a montré « comment mettre toute sa passion, toute son existence dans une seule chanson ». Visiblement la leçon a été profitable au pianiste qui enchante par ses nuances et le raffinement de son expression.

Les compositions originales

L’album ouvre avec Cimarron,  une ancienne composition du pianiste. Le trio la réinvente et propose un voyage rythmique et mélodique à travers un jazz époustouflant. Après avoir exposé la mélodie, le piano part dans une improvisation de haute voltige suivi par la contrebasse qui ne s’en laisse pas conter. De Preludio (to Jose Juan) se dégage une grande une force émotionnelle. Sur cette ode romantique, l’archet fait pleurer la contrebasse que le piano console par son jeu lumineux.

La composition Una Tarde Cualquiera en Paris rend hommage à Bebo Valdés. Le trio adopte un tempo qui donne le vertige. La virtuosité des trois protagonistes est mise en valeur avec une musicalité gorgée de groove qui dégage une joie communicative. Hialeah fait la part belle à la rythmique et transforme ce danzon en une fiesta caliente propice à la danse.

Après un début élégiaque, la composition Elegua déborde très vite d’énergie et de vibrations chaleureuses. Les brisures syncopées restituent les rythmes et les chants offerts par le trio jazz à une divinité Yoruba. Ce titre est sans doute un des plus marquants de l’album.

Tel un concertiste classique le pianiste se fait plaisir en solo sur Ma petite dans la Boulangerie. Certes il démontre sa virtuosité mais était-il vraiment nécessaire de le prouver ainsi ?

L’album se termine avec Mi Son Cerra’o, une autre composition originale d’Harold López-Nussa qui évoque le son et l’esprit des premiers enregistrements de descargas (jam sessions) sur lequel Bebo Valdès a joué.

L’incandescence de Conga Total/El Cumbanchero

En trois minutes et trente-neuf secondes, le trio embrase l’album avec Conga Total/El Cumbanchero où l’on retrouve le thème du portoricain Rafael Hernandez porté à l’incandescence par une conga effrénée. La pulsion énergique de la batterie alliée à la contrebasse entretient la flamme du piano virtuose qui joue sans concession et sans relâche.

Une vidéo enregistrée live au studio WGBH de Boston restitue l’esprit de Conga Total/El Cumbanchero. On plonge sans retenue dans cette performance !

« Un Día Cualquiera » explore la diversité et la richesse de la musique cubaine. En trio Harold López-Nussa transcende la tradition et propose un latin-Jazz où coexistent tonalités romantiques et pulsations énergiques. Entre tradition et innovation, le pianiste démontre l’étendue de ses talents d’improvisateur. Son jeu révèle de nombreuses nuances rythmiques et harmoniques. Ses improvisations mêlent avec bonheur souplesse, vélocité, invention, énergie et raffinement.

Carmen Souza célèbre Horace Silver – « The Silver Messengers »

Carmen Souza célèbre Horace Silver – « The Silver Messengers »

Dans son neuvième album « The Silver Messengers », Carmen Souza célèbre le pianiste Horace Silver disparu il y a cinq ans. Avec son indéfectible complice, le bassiste Theo Pascal, la chanteuse aux origines cap-verdiennes rend hommage au pionner du hard-bop. Elle reprend des titres du répertoire de son aîné auxquels s’ajoutent deux morceaux originaux. Le jazz pimenté de résonances créoles du Cap-Vert envoûte et séduit. Une belle réussite !

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Grégory Privat revient avec « Soley »

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Clin d’œil à Ichiro Onoe & « Miyabi »

Clin d’œil à Ichiro Onoe & « Miyabi »

Couleurs rythmiques raffinées

Sur l’album « Miyabi », le batteur Ichiro Onoe est entouré des trois musiciens déjà présents sur son premier opus « Wind Child ». Le quartet présente un répertoire tout en subtilité et en élégance. Il ouvre les portes d’un univers ancré dans la tradition du jazz et irradié de couleurs raffinées.

Couverture de l'album "Miyabi" de Ichiro OnoeSur son deuxième album « Miyabi » (Promise Land/Socadisc) sorti le 07 juin 2018, le batteur Ichiro Onoe se produit en quartet avec les trois musiciens déjà présents à ses côtés sur « Wind Child » sorti en 2014.

Avec le saxophoniste Geoffrey Secco, le pianiste Ludovic Allainmat et le contrebassiste Matyas Szandai, le leader présente un répertoire de sept titres de son cru dont certains ont été composés à l’origine pour des instruments traditionnels japonais (Shö, Hichiriki, tambour).

Natif de Tolyo, Ichiro Onoe a étudié la batterie au Berklee College de Boston et vit depuis de nombreuses années à Paris où il s’est produit aux côtés de Bruno Angelini, Ricky Ford, Chris Cheek, Manola Badrena, Andy Narell et bien d’autres.

Le batteur continue sa carrière de leader après celle de sideman qu’il a menée durant de nombreuses années auprès de personnalités du jazz comme Ron Carter ou de chanteuses/chanteurs tels que Yasuko Agawa (au Japon) ou Mina Agoss, Joe Lee Wilson ou Jane Birkin.

Les musiques de John Coltrane, Charles Mingus, Wheather Report ou Bob Mintzer constituent les références musicales revendiquées par Ichiro Onoe et perceptibles dans « Miyabi ». Le batteur propose néanmoins une musique très actuelle irisée de douces couleurs sans doute à porter au crédit de ses racines japonaises. Sur certaines plages, ses traits de baguette rapellent l’esthétique simple et de élégante des calligraphies asiatiques.

 Ichiro Onoe émaille les plages de brisures rythmiques. Son toucher très personnel s’apparente ainsi autant à des zébrures qu’à des caresses mais son jeu peut aussi évoquer la pulsation du rock comme sur le titre Life Pulse traversé d’une puissance certes domptée mais très efficace.

La composition Miyaby réserve des surprises et de beaux moments de lyrisme. Saxophone et piano évoquent le fantôme de Coltrane puis dessinent avec l’archet de la contrebasse des gravures japonaises nuancées avant d’explorer des univers très libres et repartir en contrepoint. Sur chaque paysage le batteur adapte son jeu et prodigue de nouvelles couleurs. Tout au long des douze minutes et treize secondes du morceau on demeure suspendu à l’écoute de cette musique qui se renouvelle sans cesse tout en conservant un subtil équilibre rythmique et mélodique.

On demeure sous le charme de Despite All empreint de mystère et de douce mélancolie. La sonorité à tour de rôle grave ou écorchée du saxophone ténor est exacerbée par les roulements des tambours, les caresses des cymbales ou les martèlements des fûts qui dialoguent avec le silence. Cette ballade d’une facture peu commune met en évidence le talent du batteur autant que celle de ses trois comparses.

Imprégnée de sérieuses influences bop ou hard bop la musique du batteur Ichiro Onoe sait aussi se parer de douceur et de retenue. L’album est habité par un swing indéniable impulsé par ce rythmicien dont le lyrisme élégant se pare de délicates nuances perceptibles de bout en bout des sept plages de « Miyabi ».

Carmen Souza célèbre Horace Silver – « The Silver Messengers »

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Jeremy Hababou revient avec « Nuances »

Jeremy Hababou revient avec « Nuances »

Une élégante poésie musicale

Le deuxième album de Jeremy Hababou porte vraiment bien son nom, « Nuances ». D’une facture épurée, mélodies et atmosphères explorent le registre des émotions. Élégantes et raffinées, les compositions du pianiste s’accordent avec la sobriété de son jeu. Une musique poétique, sensible et élégante.

Jereny Hababou revient avec "Nuances"Dans la continuité de son premier album « Run Away », Jeremy Hababou revient avec « Nuances » (Outnote/Outhere) sorti le 08 juin 2018. On retrouve l’élégance, la sensibilité et la sobriété déjà perceptibles dans sa musique de 2016.

Sur « Nuances » enregistré en mai 2017 par Gérard de Haro assisté d’Anaëlle Marsollier dans les studios de La Buissonne à Pernes-les-Fontaines, Jeremy Hababou se présente en trio avec Lukmil Perez à la batterie et Chris Jennings à la basse. Le pianiste invite aussi Stéphane Chausse (clarinette et clarinette basse) sur quatre titres et Jeremy Bruyère (contrebasse) sur trois morceaux.

Depuis « Run Away »…

Depuis ses débuts discographiques et après les rencontres musicales et humaines déjà évoquées dans la chronique « Run Away », le premier album de Jeremy Hababou, le pianiste a participé à la bande son du film « Tamara » réalisé par Alexandre Castagnetti, à celle de « Django » réalisé par Etienne Comar ainsi que celle de « La promesse de l’aube » réalisé par Eric Barbier.

Jeremy Hababou a cheminé aux côtés d’André Manoukian en qui il a trouvé un « coach » et aussi un partenaire complice puisqu’il leur arrive de se produire en concert en duo. Il convient aussi d’évoquer dans son entourage la présence d’un autre pianiste, Eric Legnini qui assure la direction musicale de son nouvel album « Nuances ».

Le monde sensible de « Nuances »

Des paysages musicaux de « Nuances » se dégage une dimension cinématographique indéniable. En effet, les atmosphères des neuf pistes possèdent une forte puissance suggestive. Chaque titre déclenche des impressions voire même des émotions qui évoluent plutôt dans le registre d’un romantisme bien tempéré avec des incursions dans le monde de la mélancolie et d’un univers aux teintes sépia.

Dans la plupart des climats musicaux règne une épure qui confine quelquefois au minimalisme. Malgré une esthétique dépouillée, le pianiste compositeur fait advenir des ambiances harmoniques et rythmiques plus coloristes qui demeurent malgré tout ancrées dans le monde sensible de cet artiste dont la maturité musicale se confirme.

Impressions musicales

La mélodie mélancolique de Tristesse incarne tout à fait le sentiment qu’évoque son titre. Une ballade épurée et sensible où l’archet de la contrebasse étire les notes en une lamentation que Satie n’aurait pas déniée.

Dans la même gamme de nuances, s’inscrivent les deux versions de Chanson d’Hiver. Dans le premier morceau la mélodie est chantée par la clarinette basse dont la sonorité très pure sied à cette romance délicate. L’accompagnement dépouillé et sobre du piano et de l’archet de la contrebasse accentue plus encore le climat hivernal du morceau. Le leader reprend le thème en piano solo et ses harmonisations accentuent le climat romantique du morceau.

Le piano ouvre en solo Le Penseur par une mélodie qui peut évoquer un songe calme débuté durant une nuit printanière sereine. La section rythmique presse ensuite le tempo et le vent se lève, l’intensité gagne le discours du piano qui laisse deviner la survenue d’une pensée plus dense et agitée. Le Désir qui ouvre l’album fait lui aussi coexister deux ambiances musicales qui s’enchaînent et adoptent un tempo différent. Le motif réitératif développé par le piano tranche avec celui plus pondéré que joue l’archet. A la toute fin ils s’entremêlent en bonne entente.

Au centre de l’album, Éclaircie donne à entendre une superbe embellie musicale. Ce titre permet au batteur de prendre un solo long et énergique sur un motif répétitif du piano qui se développe en expansion. Sur une ligne de contrebasse tendue le thème de Pantin est décliné à l’unisson par la clarinette et le piano puis survient un déséquilibre (très étudié) qui permet à la clarinette de se lancer dans un chorus voltigeur et de retrouver son équilibre sur les accords sécurisants d’un piano ludique.

Sur Chanson pour Anne, les envolées lyriques et aériennes de la clarinette illuminent la musique du trio comme un clin d’oeil ému fait à Anne Ducros. Le Chant Du Chameau est sans doute la composition qui se démarque le plus des autres par le style oriental de sa mélodie. La clarinette décolle en impro sur le tapis volant déroulé par le piano et la contrebasse mais la batterie a le dernier mot et marque la fin de la promenade à chameau.

Avec « Nuances » Jeremy Hababou confirme sa place parmi les plus talentueux musiciens de la scène jazz française. La sobriété de son jeu porte le sceau indéniable de la musique classique ce qui sied tout à fait à son écriture et aux climats qu’il instaure. Aucun bavardage n’entache cet album qui brille par ses climats nuancés et un art maîtrisé de l’épure.

Carmen Souza célèbre Horace Silver – « The Silver Messengers »

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