Après une carrière de plus de soixante ans, le saxophoniste et compositeur Manu Dibango a succombé au Covid-19 le 24 mars 2020 à l’âge de 86 ans. Le plus français des Camerounais laisse son public orphelin mais son héritage survivra aux années comme une réussite absolue de métissage des musiques africaines avec la soul et le jazz.
La voix de Mari Boine accueille l’hiver
Mélopées envoutantes pour frimas hivernaux
En ce 21 décembre 2016, Mari Boine accueille l’hiver dans le ciel des « Latins de Jazz… & Cie ». Sa voix unique convoque des ambiances ancrées dans la tradition saami. Dépaysement cochléaire garanti.
Certes, dès que l’hiver, les frimas et les brumes s’installent, l’on ressent souvent l’envie de se réchauffer en écoutant des musiques venues de contrées où règnent soleil et chaleur. Si par contre on se tourne vers les pays du Nord souvent immergés dans les froidures, on découvre des traditions musicales singulières voire même dépaysantes… comme la musique de Mari Boine que l’on a apprécié en 2002 après l’écoute de l’album « Gâvcci Jahkejuogu - Eight Seasons » (Universal Music) sur lequel s’exprimaient Bugge Wesseltoft (claviers, programmation) et Jan Garbarek (saxophone ténor).
Mari Boine est née en 1956 en Laponie, au nord de la péninsule scandinave et de la Norvège. Élevée dans la pure tradition chrétienne, cette jeune-femme a été alors tenue à l’écart de la culture et la tradition saami dont la musique et le chant étaient liés à la pratique du chamanisme réprouvé par la religion chrétienne.
C’est seulement à l’âge de 20 ans que Mari Boine revendique ses racines saami. Elle se met alors à écrire, chanter, et défendre sa terre et la tradition pour laquelle elle milite. Dans le sillage du groupe « Daednugadde Nuorat » et du chanteur Ailohas, la jeune femme s’engage dans l’exploration des musiques traditionnelles des animistes Saamis, refoulées et censurées par les institutions et le pouvoir en place. Son engagement profond pour la défense et la préservation de l’identité culturelle de son peuple s’exprimera à travers un style musical très personnel, que Mari Boine va développer et enrichir.
Son premier album, « After the silence » sort en 1986 sous forme vinyl et ne comporte que des chansons folk assez conventionnelles. Ce n’est qu’en 1989 qu’elle forge son style et son identité avec l’album « Hør stammødrenes stemme - Gula Gula » chez RealWorld. Il sera réédité en 2006 par Universal Music. Distribué sur la scène internationale par un label reconnu, cet album confère à Mari Boine le statut d’ambassadrice artistique du peuple Saami. Elle s’inscrit ainsi dans le courant de la world music.
On écoute le titre Gula Gula enregistré live lors d’un concert de 1987 en Norvègre avec Mari Boine (voix et percussions), Jan Garbarek (saxophone soprano), Rainer Brüninghaus (piano), Eberhard Weber (basse électrique) et Marilyn Mazur (batterie et percussions). (vidéo issue d’un documentaire réalisé sur Marilyn Mazur)
Parmi les musiciens dont elle s’entoure, la chanteuse conserve durant longtemps à ses côtés le guitariste Roger Ludvigsen. Les réussites artistiques s’enchainent ensuite de « Goaskinviellja - Eagle Brother » (Verve) en 1993 à « Bálvvoslatjna - Room of Worship » (1998), en passant par « Leahkastin - Unfolding » (Lean/Verve) en 1994.
En 2002, sort l’album « Gâvcci Jahkejuogu – Eight seasons » (Emarcy/Universal) où la musique de Mari Boine se laisse pénétrer par l’électro sous l’influence du claviériste de jazz Bugge Wesseltoft qui produit l’album. Les pulsations tribales acoustiques du disque font corps avec les programmations rythmiques des synthés mais le propos musical de la chanteuse demeure. On peut alors qualifier la musique de Mari Boine d’ethno-électrique (d’aucuns diront électro-ethnique).
En 2006, Mari Boine utilise encore les sonorités électros mais les intègre mieux dans son univers musical acoustique sur l’album « Idjagiedas – In the hand of night » (Universal) où son langage s’affirme. La voix tout en nuances de Mari Boine évolue. Murmure, douceur, mélancolie, puissance déchaînée. Elle dialogue avec la guitare du Norvégien Terje Rypdal. Les percussions pulsent tels des rituels tribaux. Les flûtes de la cordillère des Andes croisent leurs lignes avec le berimbau, le violon ou le bouzouki. Ambiances planantes, textures stratosphériques. L’univers de Mari Boine explose. Dépaysement absolu.
En 2009 sort « Sterna paradisea » (Lean /Universal). Un album à la poésie incomparable. Onze titres, toujours inspirés de la mythologie du peuple saami où la chanteuse double son propos d’une réflexion politique et écologique sur le monde contemporain et la société de consommation. En 2011 paraît « Áiggi Askkis - An Introduction To Mari Boine » (Universal) un best-of qui compile les meilleurs titres de la chanteuse. En 2012 Mari Boine enregistre « Gilvve Gollát - Sow Your Gold » (Universal) avec le Norwegian Radio Orchestra.
- « Gula Gula » (1989/2006)
- « Idjagieas » (2006)
- Sterna Paradisea » (2009)
Dans l’art de Mari Boine coexistent la tradition ancestrale Saami, le « joik » ou chant de gorge, les tambours chamaniques, les sonorités électro-acoustiques modernes des claviers, guitares et basse. On repère aussi au gré des albums des influences traditionnelles venues des musiques andines et africaines et des empreintes issues de la pop musique et du jazz.
On accueille l’hiver avec l’envoutante alchimie de la musique de Mari Boine et une vidéo enregistrée live à l’Oslo Opera House, en octobre. Avec Georg Buljo (guitar(), Ole Jørn Myklebust (trompette), Svein Schultz(basse), Gunnar Augland (batterie et percussions) et Herman Rundberg (world stick).
Mort du saxophoniste Manu Dibango
Joel Hierrezuelo revient avec « Así de simple »
Deux ans après « Zapateo Suite », le guitariste, chanteur et percussionniste Joel Hierrezuelo revient avec « Así de simple ». A la tête d’un quartet d’exception qui réunit Pierre de Bethman, Felipe Cabrera et Lukmil Perez, il dessine les contours d’un univers élaboré et très personnel. Entre mélopées envoutantes et chant spirituel mélancolique, le projet embarque l’oreille dans des suites musicales colorées. A l’en croire…. C’est aussi simple que ça !
On se mobilise autour des albums à sortir…
Dans les circonstances exceptionnelles actuelles et au regard des décisions sanitaires prises par le gouvernement en raison de la pandémie du Covid-19… confinement obligé. Toutes les activités du spectacle vivant sont donc suspendues pour un délai dont on ignore encore la (réelle) durée.
Pas question d’en discuter la nécessité mais impossible de ne pas se poser des questions quant au devenir des artistes et de ceux qui les entourent et contribuent à soutenir leur travail. On se mobilise donc autour de ces projets discographiques dont la sortie coïncide avec cette période. Sur « Latins de Jazz », on en parle, on les écoute pour les rendre visibles et audibles en attendant de retrouver les artistes live sur scène après la tempête Covid-19.


Ainsi sur le disque on peut écouter quatre titres enregistrés le 25 juin 1958 avec un onztet où l’on retrouve entre autres musiciens aux côtés de Miles Davis, l’altiste Phil Woods, le pianiste Bill Evans et le contrebassiste Paul Chambers. Du beau monde qui interprète Jitterburg Waltz, Round Midnight, Wild Man Blues et Django sur des arrangement et sous la direction de Michel Legrand.

Stunt Records, relai de la société musicale scandinave basée à Copenhague, Sundance Music, privilégie une grande exigence artistique, un design graphique exclusif et une qualité de son haut de gamme. En 25 ans, il s’est forgé une solide réputation. Le profil musical des artistes signés est tourné vers le jazz même s’il outrepasse souvent les genres, avec un métissage de différents styles musicaux.
L’album « Flashbacks & Dedications » sorti le 21 octobre propose onze compositions du pianiste Ole Matthiessen. Empreint de musique modale mais aussi ancré dans la chanson traditionnelle danoise, cet album met à l’honneur les vertus fondamentales du jazz. Le pianiste s’est entouré de la crème de la scène danoise. Tous ont d’ailleurs été récompensés par le prestigieux prix Ben Webster. Le trompettiste Henrik Bolberg, le saxophoniste ténor américain Bob Rockwell, basé au Danemark depuis 30 ans, le contrebassiste Jesper Lundgaard et le batteur Ole Streenberg.
Paru le 21 octobre, l’album « Sinti du Monde » de Dorado et Amati Schmitt convient aux passionnés de musique manouche. En effet le guitariste Dorado Schmitt fait partie de ceux qui déclenchent l’enthousiasme des passionnés de la musique héritée de Django Rheinhardt. Entouré de Xavier Nikq à la contrebasse, Franco Rehstein et Essen Strandvig à la guitare, Dorado Schmitt est rejoint par son fils Amati Schmitt. Déjà virtuose, le jeune guitariste fait preuve d’un talent certain. L’enregistrement a eu lieu au décours de l’édition 2015 du festival danois Vinterjazz et s’est fait sans aucun artifice, après le départ du public.
Les amateurs de titres inédits sont comblés par la réédition d’un album publié le 21 octobre. Il s’agit de l’opus « In Denmark 1959-1960 » qui réunit Oscar Pettiford & Jan Johansson avec Stan Getz en invité. Oscar Pettiford est présent sur les dix-sept plages de l’album et le pianiste Jan Johansson le rejoint après les cinq premières plages où l’instrument est tenu par le pianiste Bent Axen.
Stunt Records a une vision élargie sur le jazz et propose aussi des musiques inédites. C’est le cas de l’album « The Voyage » sorti le 15 novembre et enregistré par Thomas Clausen et Francesco Cali. Un duo Piano/Accordéon qui fonctionne plutôt bien.
Sur les onze plages de l’album « Koya » (Mix et Métisse/L’Autre Distribution), sorti le 10 novembre, Abou Diarra chante et s’accompagne du kamale n’goni, sorte de harpe/luth africaine utilisée à l’origine par les chasseurs de sa région natale. L’album rend hommage à sa mère dont il porte le nom. On écoute d’ailleurs sa voix voilée sur le titre Koya Blues.
Sorti le 23 octobre, « Lulu’s Back in Town » (B Stream/L’Autre Distribution) est vraiment un album dont l’écoute est stimulante. En rupture avec la morosité atmosphérique ambiante de ce début d’hiver, les quinze titres donnent la pêche. C’est en effet un grand plaisir que de se laisser booster par le swing que Lucy Dixon impulse aux standards des années 30/40 interprètés avec tonus et légèreté, tout en respectant la tradition, sans pour autant manquer d’originalité.