Faute de pouvoir vivre le jazz en concert en cette période de confinement, pourquoi ne pas profiter de quelques vidéos enregistrées par des musiciens d’ici et d’ailleurs. Dans cette rubrique « Jazz Confiné #1 », place à des solos, des duos et un trio.
« E.S.T. Symphony », hommage à Esbjörn Svensson
Vision symphonique de la musique du trio E.S.T.
Le label ACT célèbre la musique du mythique Esbjörn Svensson Trio, huit ans après la disparition de son leader. Enregistré avec les deux musiciens du trio, l’album « E.S.T. Symphony » est arrangé par Hans Ek qui dirige le Royal Stockholm Philharmonic Orchestra. Hommage lumineux et inspiré.
En fait, dès 2003, le pianiste Esbjörn Svensson, disparu dans un accident de plongée en 2008, avait commencé à arranger l’un de ses thèmes, Dodge The Dodo, pour orchestre de chambre. L’album s’enracine donc sur l’idée du pianiste qui souhaitait créer une fresque musicale à partir de quelques uns de ses thèmes.
« E.S.T. Symphony » (ACT/PIAS) fait suite à cette initiative d‘Esbjörn Svensson.
Le canevas de l’album « E.S.T. Symphony » reprend une sélection de dix compositions du pianiste arrangées par le chef d’orchestre suédois Hans Ek qui dirige le Royal Stockholm Philharmonic Orchestra. Les deux membres du trio, le bassiste Dan Berglund et le batteur Magnus Oström participent à l’enregistrement rejoints par d’autres musiciens de l’écurie ACT.
Qui a vécu au moins un concert du Esbjörn Svensson Trio a été pénétré par la musique du trio et été transporté dans un ailleurs musical vigoureux aux couleurs contrastées. Il est vrai que le trio plus communément nommé par ses initiales EST. a gravé treize albums qui ont marqué de leur sceau le début du siècle.
De prime écoute « E.S.T. Symphony » surprend un peu par la densité de la trame orchestrale et la nouvelle coloration que les arrangements de Hans Ek donne aux morceaux. Pourtant très vite on retrouve l’esprit de la musique du trio EST, ses secousses énergiques et ses nuances lumineuses. Cette impression résulte sans doute de la densité cuivrée de l’orchestre qui amplifie les effets électrifiés du bassiste Dan Berglund. On retrouve les accents reconnaissables et la puissance de la frappe du batteur Magnus Oström très présent sur toutes les plages. Les deux compères contribuent pour beaucoup à restituer l’ambiance originelle d’EST.
Le choix des titres participe pour beaucoup à cette réactivation des sensations originellement ressenties à l’écoute du trio EST. Après le prélude résonnent les emblématiques From Gagarin’s Point of View et When God Created the Coffeebreack où le pianiste Iro Rantala a la lourde charge de tenir le clavier. Lui-même compositeur d’un concerto pour cordes et piano s’en tire d’ailleurs plutôt bien.
Le saxophoniste Marius Neset prend ensuite la main sur Seven Days of Falling qui s’élève avec puissance et majesté. Sur Wonderland Suite, c’est le trompettiste Verneri Pohjola qui se saisit du gouvernail qu’il laisse ensuite au pianiste jusqu’à un ébouriffant solo du batteur Magnus Oström.
De titre en titre on apprécie la musicalité qui se dégage de l’album. Les ambiances planantes alternent avec des titres à l’orhestration plus subtile. « E.S.T. Symphony » se termine avec une interprétation tonique de Behind the Yashmak qui fait suite à une sublime version de Viaticum Suite.
Les brillants arrangements orchestraux engendrent souvent une atmosphère à la résonance plutôt classique mais la tonalité jazz reprend vigueur grâce aux interventions solides du bassiste Dan Berglund soutenu par son actuel complice Johan Lindström à la pedal steel guitare.
« E.S.T. Symphony » témoigne de la vitalité toujours actuelle de la musique du trio EST dont les mélodies et la rythmique demeurent uniques et inoubliables.
Une bonne idée serait aussi d’écouter ou ré-écouter quelques-uns des albums phares du Esbjörn Svensson Trio pour s’immerger dans l’univers que le pianiste avait créé avec ses deux compagnons.
Ce pourrait être « From Gagarin’s Point Of View » (1999), « Strange Place For Snow » (2002), « Good Morning Susie Soho » (2002), « Seven Days Of Falling » (2003), Viaticum (2005) ou « Tuesday Wonderland » (2006) tous réalisés sous le label ACT.
Pour se mettre dans l’ambiance du disque, le making of de l’album …
… et pour finir une visite sur le site du label ACTmusic pour accéder à l’exhaustivité des albums du Esbjörn Svensson Trio et écouter des extraits de l’album « E.S.T. Symphony ».
Jazz Confiné #1
Les précieuses « Happy Hours » de Christophe Marguet
Rien de mieux en ces temps « confinés » que d’écouter « Happy Hours », un opus réjouissant dont le titre tient toutes ses promesses. Ce sont en effet de « joyeuses heures » musicales que célèbre en quartet, le batteur et compositeur Christophe Marguet. Autour de lui, sont réunis le trompettiste Yoann Loustalot, le pianiste Julien Touéry et la contrebassiste Hélène Labarrière. Un jazz festif où explosent les couleurs de la vie.
International Jazz Day 2020
En raison de la pandémie du Covid-19, il en va pour le Jazz Day 2020 comme pour les autres évènements culturels… on reste chez soi ! Point de concerts live, ni à Lyon, ni ailleurs. Pour autant pas question cette année que le 30 avril ne sombre dans les oubliettes. D’ailleurs pour cette Journée Internationale du Jazz 2020, l’Unesco et Herbie Hancock proposent des Conférences Interactives et un Global Concert en ligne avec des artistes du monde entier. Place à un International Jazz Day 2020… At Home !
Stunt Records, relai de la société musicale scandinave basée à Copenhague, Sundance Music, privilégie une grande exigence artistique, un design graphique exclusif et une qualité de son haut de gamme. En 25 ans, il s’est forgé une solide réputation. Le profil musical des artistes signés est tourné vers le jazz même s’il outrepasse souvent les genres, avec un métissage de différents styles musicaux.
L’album « Flashbacks & Dedications » sorti le 21 octobre propose onze compositions du pianiste Ole Matthiessen. Empreint de musique modale mais aussi ancré dans la chanson traditionnelle danoise, cet album met à l’honneur les vertus fondamentales du jazz. Le pianiste s’est entouré de la crème de la scène danoise. Tous ont d’ailleurs été récompensés par le prestigieux prix Ben Webster. Le trompettiste Henrik Bolberg, le saxophoniste ténor américain Bob Rockwell, basé au Danemark depuis 30 ans, le contrebassiste Jesper Lundgaard et le batteur Ole Streenberg.
Paru le 21 octobre, l’album « Sinti du Monde » de Dorado et Amati Schmitt convient aux passionnés de musique manouche. En effet le guitariste Dorado Schmitt fait partie de ceux qui déclenchent l’enthousiasme des passionnés de la musique héritée de Django Rheinhardt. Entouré de Xavier Nikq à la contrebasse, Franco Rehstein et Essen Strandvig à la guitare, Dorado Schmitt est rejoint par son fils Amati Schmitt. Déjà virtuose, le jeune guitariste fait preuve d’un talent certain. L’enregistrement a eu lieu au décours de l’édition 2015 du festival danois Vinterjazz et s’est fait sans aucun artifice, après le départ du public.
Les amateurs de titres inédits sont comblés par la réédition d’un album publié le 21 octobre. Il s’agit de l’opus « In Denmark 1959-1960 » qui réunit Oscar Pettiford & Jan Johansson avec Stan Getz en invité. Oscar Pettiford est présent sur les dix-sept plages de l’album et le pianiste Jan Johansson le rejoint après les cinq premières plages où l’instrument est tenu par le pianiste Bent Axen.
Stunt Records a une vision élargie sur le jazz et propose aussi des musiques inédites. C’est le cas de l’album « The Voyage » sorti le 15 novembre et enregistré par Thomas Clausen et Francesco Cali. Un duo Piano/Accordéon qui fonctionne plutôt bien.
Sur les onze plages de l’album « Koya » (Mix et Métisse/L’Autre Distribution), sorti le 10 novembre, Abou Diarra chante et s’accompagne du kamale n’goni, sorte de harpe/luth africaine utilisée à l’origine par les chasseurs de sa région natale. L’album rend hommage à sa mère dont il porte le nom. On écoute d’ailleurs sa voix voilée sur le titre Koya Blues.
Sorti le 23 octobre, « Lulu’s Back in Town » (B Stream/L’Autre Distribution) est vraiment un album dont l’écoute est stimulante. En rupture avec la morosité atmosphérique ambiante de ce début d’hiver, les quinze titres donnent la pêche. C’est en effet un grand plaisir que de se laisser booster par le swing que Lucy Dixon impulse aux standards des années 30/40 interprètés avec tonus et légèreté, tout en respectant la tradition, sans pour autant manquer d’originalité.
On a récemment pu apprécier les performances de Kurt Elling sur l’album
Ce double album est le résultat du travail mené par Gilles Peterson depuis 2008, en collaboration étroite avec son Havana Cultura Band, qui réunit le meilleur des musiciens et chanteur(se)s cubains invité(e)s : Danay Suarez, Daymé Arocena, Telmary et Elain Morales, Mayra Carirad Valdes, Dreiser Sexto Sendido. Dans la galaxie du producteur on trouve les brillants re-mixeurs que sont Mala, Motor City Drum Ensemble, Owiny Sigoma, Poirier ou Michel Cleis.