Après une carrière de plus de soixante ans, le saxophoniste et compositeur Manu Dibango a succombé au Covid-19 le 24 mars 2020 à l’âge de 86 ans. Le plus français des Camerounais laisse son public orphelin mais son héritage survivra aux années comme une réussite absolue de métissage des musiques africaines avec la soul et le jazz.
Sélection « Label Stunt#1 » pour belle fin année 2016
Quelques pépites 2016 du Label Stunt
Avec la sélection « Label Stunt#1 », on découvre en cette fin d’année 2016 quelques albums essentiels de ce label scandinave. Un jazz diversifié et de qualité pour surprendre et contenter tout amateur curieux.
Stunt Records, relai de la société musicale scandinave basée à Copenhague, Sundance Music, privilégie une grande exigence artistique, un design graphique exclusif et une qualité de son haut de gamme. En 25 ans, il s’est forgé une solide réputation. Le profil musical des artistes signés est tourné vers le jazz même s’il outrepasse souvent les genres, avec un métissage de différents styles musicaux.
L’album « Flashbacks & Dedications » sorti le 21 octobre propose onze compositions du pianiste Ole Matthiessen. Empreint de musique modale mais aussi ancré dans la chanson traditionnelle danoise, cet album met à l’honneur les vertus fondamentales du jazz. Le pianiste s’est entouré de la crème de la scène danoise. Tous ont d’ailleurs été récompensés par le prestigieux prix Ben Webster. Le trompettiste Henrik Bolberg, le saxophoniste ténor américain Bob Rockwell, basé au Danemark depuis 30 ans, le contrebassiste Jesper Lundgaard et le batteur Ole Streenberg.
« Flashbacks & Dedications », les amateurs de jazz moderne vont y trouver leur compte car l’improvisation y tient une grande part.
Paru le 21 octobre, l’album « Sinti du Monde » de Dorado et Amati Schmitt convient aux passionnés de musique manouche. En effet le guitariste Dorado Schmitt fait partie de ceux qui déclenchent l’enthousiasme des passionnés de la musique héritée de Django Rheinhardt. Entouré de Xavier Nikq à la contrebasse, Franco Rehstein et Essen Strandvig à la guitare, Dorado Schmitt est rejoint par son fils Amati Schmitt. Déjà virtuose, le jeune guitariste fait preuve d’un talent certain. L’enregistrement a eu lieu au décours de l’édition 2015 du festival danois Vinterjazz et s’est fait sans aucun artifice, après le départ du public.
« Sinti du Monde », l’acoustique et l’atmosphère ont inspiré les musiciens. L’esprit de la fête est présent et la musique célèbre le jazz manouche.
Les amateurs de titres inédits sont comblés par la réédition d’un album publié le 21 octobre. Il s’agit de l’opus « In Denmark 1959-1960 » qui réunit Oscar Pettiford & Jan Johansson avec Stan Getz en invité. Oscar Pettiford est présent sur les dix-sept plages de l’album et le pianiste Jan Johansson le rejoint après les cinq premières plages où l’instrument est tenu par le pianiste Bent Axen.
Il est vrai qu’à la fin des années cinquante, le contrebassiste Oscar Pettiford s’est installé dans la capitale danoise en pleine transformation culturelle avec le début du club « Jazzhus Montmartre ». Le jazz déferle alors sur la ville et le saxophoniste ténor américain Stan Getz est invité par le trio constitué de Jan Johansson, Oscar Pettiford et Joe Harris à la batterie. Trois titres résultent d’un enregistrement live réalisé en 1959 à l’occasion d’un concert au Tivoli Gardens. L’interprétation de la composition de Benny Golson, I remember Clifford, constitue un moment phare de l’album où l’on retrouve l’inspiration sensible du grand Getz dont le lyrisme émeut encore.
La second partie de l’album est focalisée sur le travail du duo Pettiford/Johansson avec le vibraphoniste Louis Hjulmand. Trois thèmes suédois traditionnels sont interprétés par Johansson en solo.
« In Denmark 1959-1960 », un album historique à savourer avec gourmandise.
Avec « US4 My Scandivinian Blues - A Tribute to Horace Parlan » sorti le 14 novembre, on a entre les oreilles une pure pépite. Sur le CD, onze compositions originales du répertoire d’Horace Parlan interprétés par Adam Nussbaum à la batterie, Tomas Franck au saxophone ténor, Thomas Clausen au piano et Roger Pedersen à la contrebasse, avec la voix de Sinne Eeg sur deux morceaux. Sur le DVD on peut visionner six enregistrements du projet.
La sortie de cet album est donc l’occasion de se pencher sur la vie de ce pianiste qui a développé un style très personnel après avoir été frappé par la polio qui a paralysé sa main droite. Horace Parlan a enregistré avec Mingus dans les années 50 et a signé quelques albums sous son nom chez « Blue Note ». Il s’est ensuite produit aux côtés de Dexter Gordon, Archie Shepp, Sonny Rollins, Chet Baker et bien d’autres. Il quitte ensuite les USA pour échapper à la ségrégation raciale et trouve refuge au Danemark qui devient son pays d’adoption.
Il participe plus tard avec sa femme à l’éclosion d’un label qui a fait les beaux jours du jazz, SteepleChase. Malgré cela il est aujourd’hui confronté à une vie difficile qui le conduit à sacrifier ses dernières économies pour la réalisation de cet album et de cette vidéo.
Sur ce second extrait du DVD on aperçoit Horace Parlan et on devine son bonheur à l’écoute des titres. Quelques images d’archives constituent aussi de très beaux moments à partager.
« US4 My Scandivinian blues - A tribute to Horace Parlan », un album vibrant de l’âme du jazz. Du pur bonheur de bout en bout des deux supports audio et vidéo. A partager largement.
Stunt Records a une vision élargie sur le jazz et propose aussi des musiques inédites. C’est le cas de l’album « The Voyage » sorti le 15 novembre et enregistré par Thomas Clausen et Francesco Cali. Un duo Piano/Accordéon qui fonctionne plutôt bien.
Le premier, Thomas Clausen est un pianiste jazz qui a suivi une formation classique. Italien naissance, le second, Francesco Cali, est un accordéoniste lui aussi au cursus plutôt classique.
Les deux solistes proposent un voyage dans des univers aux atmosphères variées. Ils puisent leur inspiration dans la musique européenne, traditionnelle et classique, le choro brésilien, le tango et le jazz. La continuité du répertoire est séduisante et le propos plutôt minimaliste. On se laisse porter par les ballades mélancoliques et on vibre aux accents passionnés de certaines plages. La musique déroule des climats où Satie aurait laissé son empreinte et le voyage nous entraîne dans des contrées lointaines où résonne un tango tempéré.
« The Voyage », pour illuminer des fins de soirée et voguer vers la sérénité. Une musique chaleureuse et tranquille à la beauté intemporelle.
Mort du saxophoniste Manu Dibango
Joel Hierrezuelo revient avec « Así de simple »
Deux ans après « Zapateo Suite », le guitariste, chanteur et percussionniste Joel Hierrezuelo revient avec « Así de simple ». A la tête d’un quartet d’exception qui réunit Pierre de Bethman, Felipe Cabrera et Lukmil Perez, il dessine les contours d’un univers élaboré et très personnel. Entre mélopées envoutantes et chant spirituel mélancolique, le projet embarque l’oreille dans des suites musicales colorées. A l’en croire…. C’est aussi simple que ça !
On se mobilise autour des albums à sortir…
Dans les circonstances exceptionnelles actuelles et au regard des décisions sanitaires prises par le gouvernement en raison de la pandémie du Covid-19… confinement obligé. Toutes les activités du spectacle vivant sont donc suspendues pour un délai dont on ignore encore la (réelle) durée.
Pas question d’en discuter la nécessité mais impossible de ne pas se poser des questions quant au devenir des artistes et de ceux qui les entourent et contribuent à soutenir leur travail. On se mobilise donc autour de ces projets discographiques dont la sortie coïncide avec cette période. Sur « Latins de Jazz », on en parle, on les écoute pour les rendre visibles et audibles en attendant de retrouver les artistes live sur scène après la tempête Covid-19.

Sur les onze plages de l’album « Koya » (Mix et Métisse/L’Autre Distribution), sorti le 10 novembre, Abou Diarra chante et s’accompagne du kamale n’goni, sorte de harpe/luth africaine utilisée à l’origine par les chasseurs de sa région natale. L’album rend hommage à sa mère dont il porte le nom. On écoute d’ailleurs sa voix voilée sur le titre Koya Blues.
Sorti le 23 octobre, « Lulu’s Back in Town » (B Stream/L’Autre Distribution) est vraiment un album dont l’écoute est stimulante. En rupture avec la morosité atmosphérique ambiante de ce début d’hiver, les quinze titres donnent la pêche. C’est en effet un grand plaisir que de se laisser booster par le swing que Lucy Dixon impulse aux standards des années 30/40 interprètés avec tonus et légèreté, tout en respectant la tradition, sans pour autant manquer d’originalité.
On a récemment pu apprécier les performances de Kurt Elling sur l’album
Ce double album est le résultat du travail mené par Gilles Peterson depuis 2008, en collaboration étroite avec son Havana Cultura Band, qui réunit le meilleur des musiciens et chanteur(se)s cubains invité(e)s : Danay Suarez, Daymé Arocena, Telmary et Elain Morales, Mayra Carirad Valdes, Dreiser Sexto Sendido. Dans la galaxie du producteur on trouve les brillants re-mixeurs que sont Mala, Motor City Drum Ensemble, Owiny Sigoma, Poirier ou Michel Cleis.
Après recours à un financement participatif sur la plateforme numérique Proarti, « Serpientes » a pu finaliser les huit titres de l’album « Le bruit de tes talons » sorti le 29 novembre avec une magnifique pochette créée après 3 semaines de travail avec les typographes de « La fin du monde ». les morceaux sont principalement de compositions de Laurent Gehant ainsi que quelques morceaux prêtés par des compositeurs argentins contemporains. Sans oublier quelques standards de tango comme la version renouvelée de Volver que propose le groupe avec une ambiance surréaliste qui regarde du côté du western.