Kurt Elling … « The Beautiful Day »

Kurt Elling … « The Beautiful Day »

Kurt Elling (en)chante Noël

« Kurt Elling sings Christmas ». Le chanteur célèbre Noël avec « The Beautiful Day ». Un disque qui tranche avec la platitude des ritournelles habituelles. Quatorze plages d’un jazz lumineux.

A l’occasion de Noël, loin du tumulte superficiel et sans effets de paillettes, Kurt Elling grave « The Beautiful Day », un véritable album de jazz. Un enchantement éloigné de tous les poncifs habituels en la matière. Pour sa première réalisation chez Okeh/Sony, le baryton de Chicago a le bon goût de réaliser un disque à l’atmosphère accueillante.

« The Beautiful Day », une chaleureuse bulle musicale où l’on s’immerge. On se sent entouré par la voix du chanteur comme par une écharpe de tendresse. On baigne dans des ambiances mystérieuses, dans des climats contemplatifs et reposants.

ke-sings-christmas-the-beautiful-day_couvOn a récemment pu apprécier les performances de Kurt Elling sur l’album « Upward Spiral » où il est l’invité du Brandford Marsalis Quartet. Sur « The Beautiful Day », le chanteur restitue l’essence d’un jazz dont il est un maître incontesté.

Kurt Elling sert l’idiome du jazz de belle manière entouré de son groupe régulier un peu augmenté. John McLean aux guitares, Stuart Mindeman aux claviers, Clark Sommers à la contrebasse, Jill Kaeding au violoncelle, Jim Gailloreto au saxophone soprano, Tito Carillo à la trompette, Kendrick Scott à la batterie et Kalyan Elling aux percussions. Sa fille Luiza joint sa voix à la sienne sur The Beautiful Day qui  termine l’album.

Avec un tel équipage, la magie du jazz opère, à moins que ce ne soit aussi celle de Noël. En effet, l’esprit de Noël préside tout au long de l’album qui ménage autant de surprises que de titres. On peut écouter des chants de Noël traditionnels interprétés comme on souhaiterait qu’ils le soient toujours. Same Old Lan Syne pris sur un tempo mâtiné de folk-rock de bon aloi. We Three Kings échappe à l’ambiance liturgique habituelle grâce au chant de la guitare et aux paroles de Tori Amos.

Little Drummer Boy s’impose comme un des titres phares de l’album. Voix, contrebasse et une batterie qui résonne comme une caisse claire des rues de la Nouvelle-Orléans.

L’album propose aussi des chants de Noël plus contemporains comme Star of Wonder et sa lumière paradisiaque, ainsi que The Snow is Deep on the Ground/ Snowfall ou Some Children See Him qui restitue tout l’esprit de Noël.

Insérées comme des enluminures précieuses, trois images intitulées Wenceslaus, en mémoire du chant de Noël « Good King Wenceslaus », écrit en 1853 par l’Anglais John Mason Neal. Kurt Elling fait le choix de découper le morceau en trois « images », trois respirations récurrentes sans paroles qui irradient l’album. 

The Michigan Farm constitue un autre repère essentiel de l’album. Une courte mélodie du compositeur norvégien Edvard Grieg pour laquelle Kurt Elling a écrit des paroles. Trois minutes durant lequel le temps est suspendu. Accompagnée par le piano, la voix du chanteur donne à entendre toute sa plénitude sur cette poésie mystérieuse.

En ouverture de l’album, on aime le délicieux Sing a Christmas Carol écrit par Leslie Bricusse pour le film musical « Scroodge » (1970) et arrangé par le bassiste Clark Sommers. Le thème s’illumine des lignes mélodiques que brode le saxophone soprano de Jim Gailloreto. Le swing tout en délicatesse de Christmas Children scintille comme une pépite discrète.

Bien que Noël figure en filigrane tout au long de l’album, « The Beautiful Day » ne célèbre pas la fête chrétienne. Il chante les louanges d’un moment où tendresse et souci de l’autre permettent à tout un chacun de se retrouver dans la douceur et une certaine mélancolie bienveillante. « The Beautiful Day »,  un album précieux à partager avec générosité tout autour de soi.

Nuits de Fourvière 2020 – La programmation

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L’édition des Nuits de Fourvière 2020 propose un programme ambitieux. 60 jours, 6 créations, 4 coproductions, 6 premières françaises. Ainsi du 02 juin au 31 juillet 2020, le festival fait encore une fois vibrer la culture au cœur de la Métropole lyonnaise avec 59 spectacles de théâtre, danse, musique, opéra, cirque et 149 représentations. De quoi combler tous les publics !

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Aimée Allen en tournée en France et Suisse

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La tournée en France et en Suisse de la chanteuse et auteure-compositrice Aimée Allen constitue une belle occasion pour découvrir cette artiste américaine. Son album « Wings Uncaged » annoncé en France pour le 20 mars 2020 permet d’apprécier sa voix chaleureuse et chargée de groove.

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Le retour de « Shabaka & The Ancestors »

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« Shabaka & The Ancestors » annoncent la sortie de « We Are Sent Here By History ». Enregistré sur 2 ans, entre Cape Town et Johannesburg, ce deuxième album du groupe réunit le saxophoniste londonien Shabaka Hutchings et ses musiciens de jazz sud-africains. L’opus résonne comme une réflexion musicale sur la condition humaine en pleine agonie. Un poème sonore comme une méditation plutôt sombre sur l’avenir de l’homme. Une mise en garde… sauve qui peut & espère qui veut !

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Gilles Peterson présente « Havana Cultura Anthology »

Gilles Peterson présente « Havana Cultura Anthology »

La musique cubaine plus créative que jamais

Les vingt-trois titres de « Havana Cultura Anthology » célèbrent les huit années de recherches et d’expérimentations musicales que Gilles Peterson a menées sur l’avant garde musicale de Cuba. La sortie de ce double CD dresse le portrait d’une culture musicale à la vitalité incontestable.

Il n’est plus utile de présenter la réputation de Gilles Peterson programmateur sur la radio 1 de la  BBC. Il passe ensuite en 2012 sur BBC radio 6 Music où il anime trois heures d’émission tous les samedis. Ce DJ est aussi producteur et responsable de label. C’est d’ailleurs sous cette casquette qu’il a réalisé des compilations thématiques autour des musiques brésiliennes, africaines et bien d’autre styles muscicaux où se mêlent l’électro, le hip-hop, le funk, le R&B, le jazz, des musiques teintée de world ou d’underground. Clairement, le père de l’Acid-Jazz est un vrai défricheur de talents et de musiques.

Invité en 2009 à Cuba par Havana Cultura, Gilles Peterson a alors enregistré avec la fine fleur de l’île, un double album, « Havana Cultura : The New Cuba Sound ». En 2010 il produit « Havana Cultura Sessions EP » avec Danay Suárez et aussi « Havana Cultura Remixed ». En 2011 la série continue avec « Havana Cultura : The Search continues » et il faut ensuite attendre 2014 pour que sorte « Havana Cultura MIx - The Soundclash! ». En 2015 Gilles Peterson travaille avec la chanteuse Daymé Arocena avec qui il réalise « Havana Cultura Sessions EP ». Cette initiative se poursuit jusqu’à 2016 où est publié « Havana Rumba Sessions ». L’ensemble de ce travail mené par Gilles Peterson avec Havana Cultura constitue une référence incontournable qui présente l’éventail des musiques cubaines actuelles..

Après huit années de ce travail acharné à explorer la musique cubaine sous toutes ses formes actuelles, Gilles Peterson livre le 18 novembre 2016 « Havana Cultura Anthology », un double album produit sous son label Brownswood Recording. Les vingt-trois titres témoignent de la créativité cubaine contemporaine et de la diversité des expressions.

gilles-peterson-presents-havana-cultura-anthologyCe double album est le résultat du travail mené par Gilles Peterson depuis 2008, en collaboration étroite avec son Havana Cultura Band, qui réunit le meilleur des musiciens et chanteur(se)s cubains invité(e)s : Danay Suarez, Daymé Arocena, Telmary et Elain Morales, Mayra Carirad Valdes, Dreiser Sexto Sendido. Dans la galaxie du producteur on trouve les brillants re-mixeurs que sont Mala, Motor City Drum Ensemble, Owiny Sigoma, Poirier ou Michel Cleis.

A l’écoute des 23 titres du double album on découvre une musique aux visages multiples et à l’inventivité bouillonnante. Certes de nombreux morceaux, comme Arroz con Pollo ou Ipacuba, restituent la tradition afro-caribéenne teintée influencée quelquefois par la culture yoruba. D’autres titres restituent l’influence des musiques urbaines comme Check La Rima ou La Mulata Abusadora enregistré en 2011 sur « Havana Cultura : The Search continues ». On aime les couleurs jazz de Orisa et de Rezando qui tranchent avec les atmosphères plutôt house du Rezando remix par Michel Cleis ou de celui de La Plaza par Poirier. On vibre aux échos de La Rumba Experimental, un remix de Motor City Drum Ensemble gravé en 2016 sur « Havana Rumba Sessions ».

En comparant le double album « Havana Cultura Anthology » au Buena Vista Social Club du XXIème siècle, le producteur anglais Gilles Peterson affirme une vérité criante. En effet, cette anthologie témoigne de la vitalité de la musique cubaine toujours plus brillante et inventive que jamais.

Et pour se faire plaisir on survole en 8’59 le double album « Havana Cultura Anthology ». Que du bonheur ….!!!

Nuits de Fourvière 2020 – La programmation

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« Serpientes » sort son premier album, « Le Bruit de tes talons »

« Serpientes » sort son premier album, « Le Bruit de tes talons »

« Le bruit de tes talons », du post-tango insolent et passionné

Après le Tango Nuevo de Piazzola, le Tango Blues de Melingo, les huit musiciens du groupe Serpientes se revendiquent du « Post Tango ». Cet octet inventif sort un premier album déchaîné, « Le bruit de tes talons ». Un opus insolent et libre. Un tango mutant aux accents rock poignants.

« Serpientes » construit un tango transgenre où tragique et solennel se côtoient. Si le groupe transgresse les codes en s’abreuvant au rock et aux musiques improvisées, il ancre son discours dans la tradition.  Son premier album, « Le bruit de tes talons », offre un tango qui danse entre passion et modernité.


De fait, « Serpientes » est le prolongement du quartet « Tangoleon ». Ce quartet de tango crée par le pianiste Laurent Gehant et l’accordéoniste Sophie Azambre le Roy compte aussi le contrebassiste Mathieu Barbances et l’harmoniciste Emmanuel Bosser qui joue aussi d’un tas d’autres instruments étonnants. Pour créer un tango encore plus actuel tout en s’appuyant sur la tradition, le quartet s’est adjoint quatre autres instrumentistes. Ainsi, avec le batteur Jean-Pascal Molina, le guitariste électrique et chanteur Claude Whipple, la violoniste Caroline Pearsall et la violoncelliste Sabine Balasse, est né l’octet « Serpientes ».

couvserpientes-2Après recours à un financement participatif sur la plateforme numérique Proarti, « Serpientes » a pu finaliser les huit titres de l’album « Le bruit de tes talons » sorti le 29 novembre avec une magnifique pochette créée après 3 semaines de travail avec les typographes de « La fin du monde ». les morceaux sont principalement de compositions de Laurent Gehant ainsi que quelques morceaux prêtés par des compositeurs argentins contemporains. Sans oublier quelques standards de tango comme la version renouvelée de Volver que propose le groupe avec une ambiance surréaliste qui regarde du côté du western.

Les influences revendiquées par le groupe donne une idée de la pluralité des esthétiques qui se croisent au sein de l’expression de Serpientes. Astor Piazzola, Ennio Morricone, Nino Rota, Charlie Mingus, Carla Bley, John Zorn, Altertango, Vinicius Capossela, Surnatural Orchestra, Jerez Le Cam, Mr Bungle. Issu d’un tel creuset, pas étonnant que le discours musical de « Serpientes » soit riche, atypique et renouvelle le style du tango.

Ainsi, les huit conquistadors se lancent à l’assaut du tango et créent un post-tango qui prolonge en quelque sorte le tango originel de Gardel et le nuevo tango de Piazzola. Une musique qui prend des libertés avec celle des origines. Un tango qui aurait cannibalisé le rock et le jazz et détourné la puissance du premier et la liberté du second pour accentuer la dimension tragique d’un post-tango.

On aime Torpe et son ambiance tragique de fin du monde où la plainte du saxophone de Julien Loureau accentue et prolonge la dimension poignante du chant de Claude Whipple. Une ambiance sombre caractérise le titre 100m où l’harmonica ouvre le bal pour donner ensuite la parole à l’accordéon et aux cordes. Une sorte d’intrigue policière qui hésite entre nostalgie et humour où la silhouette d’une panthère rose chercherait le coupable d’un larcin commis au coin de sombres ruelles.

Le morceau Maïs transgénique est tout à fait représentatif de l’ADN de « Serpientes ». Il restitue l’essence même de ce post-tango imaginatif et progressif où la guitare électrique tranchante pilote l’orchestre loin des sentiers de randonnée du tango pour mieux y revenir.

 « Serpientes » parvient à élargir les frontières du tango sans le trahir. Ainsi irradié par un rock déchaîné, le tango conserve son ADN originel mais peut se projeter dans l’avenir. Étonnant et détonnant à la fois, « Le bruit de tes talons » invente une musique qui peut rallier les amateurs de jazz et de rocks même s’il peut questionner les puristes du tango.

Nuits de Fourvière 2020 – La programmation

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Aimée Allen en tournée en France et Suisse

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Le retour de « Shabaka & The Ancestors »

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Label ECM-Focus2-Octobre-Novembre 2016

Label ECM-Focus2-Octobre-Novembre 2016

Deux albums ECM, « Rising Grace », « A multitude of Angels »

Afin de continuer à explorer l’identité ECM, ce « Label ECM-Focus2 » présente deux albums ECM parus en octobre et novembre 2016. Grâce aérienne pour l’un. Libre énergie pour l’autre.

wolfgang-muthspiel_rising-grace_couvPremier album de ce « Label ECM-Focus2 », l’opus « Rising Grace » enregistré en quintet par le guitariste autrichien Wolfgang Muthspiel. Il a fait ses débuts chez ECM en 2013 sur « Travel Guide », dans un trio qui réunissait Ralph Towner et Slava Grigoryan. Il a ensuite gravé son premier CD en leader en 2014 avec l’album « Driftwood » où le contrebassiste Larry Grenadier et le batteur Brian Blade se tenaient à ses côtés. Le guitariste avait déjà travaillé avec le contrebassiste dans l’orchestre de Gary Burton, dans les années 90. Durant ces mêmes années il avait aussi joué en trio avec Brian Blade et le contrebassiste Marc Johnson.

Pour son deuxième album en leader chez ECM, Wolfgang Muthspiel choisit de s’exprimer au sein d’un quintet. Il conserve la même section rythmique et joue alternativement de la guitare électrique et d’une guitare classique acoustique. Il est soutenu par le jeu intense de Larry Grenadier et les vibrations subtiles et flottantes de Brian Blade. C’est avec deux solistes de premier plan que le guitariste étoffe son équipe. Le trompettiste Ambrose Akinmusire et le pianiste Brad Mehldau. Le jeu maîtrisé du pianiste diffuse une luminosité qui valorise la sonorité délicate du trompettiste et ses envolées lyriques. La sonorité ronde de la guitare électrique contraste avec celle la guitare acoustique plus sculpturale.

Les solistes conversent et la musique se déroule avec une fluidité sans pourtant manquer de passion. Les ambiances varient avec bonheur, les dynamiques alternent. Le climat élégant de Triad song contraste avec les ambiances davisiennes de Boogaloo. L’hommage à Kenny Wheeler, Den Wheeler, Den Kenny se joue du tempo alternativement étiré puis contracté. Ce titre fait référence à « Gnu High », le premier album que Kenny Wheeler a gravé chez ECM dans les années 70 avec Keith Jarrett, Dave Holland et Jack DeJohnette. A l’écoute de Father and Sun on peut deviner combien la naissance de sa fille a pu illuminer l’écriture du guitariste qui signe neuf des dix titres de l’album. On a aussi aimé, la souplesse de Wolfgang »s Waltz que Brad Mehldau a dédié au guitariste.

Encore une fois ECM et Manfred Eicher soutiennent l’émergence d’un talent en permettant à Wolfgang Muthspiel de réaliser un nouveau projet. L’enregistrement du quintet s’est déroulé dans les studios « La Buissonne » en seulement trois jours et témoigne encore une fois de l’esthétique musicale élégante propre à ECM.

« Rising Grace », un album enchanteur aux couleurs sonores sensibles. Les compositions de Wolfgang Muthspiel sont servies par la dynamique aérienne de la section rythmique. La fluidité des échanges des solistes concourt à magnifier les mélodies. Ambiances éthérées et sonorités romantiques tissent une trame musicale impressionniste pleine de grâce.

2500-03 X« A Multitude of Angels » est un coffret de quatre disques regroupant les enregistrements de quatre concerts solo donnés en Italie en octobre 1996, à Modène, Ferrare, Turin et Gênes par un des artistes phares du label ECM, le pianiste Keith Jarrett.

Ces disques s’inscrivent dans la chronologie des nombreux enregistrements live de Keith Jarrett en solo, juste après l’album La Scala paru en 1995. « A Multitude of Angels » marque en ce sens la fin de la première période des grands concerts solo du pianiste, documentée par ECM dans les coffrets Bremen-Lausanne et Sun Bear Concerts. Durant cette période la musique spontanée de Keith Jarrett donnait l’impression d’une totale liberté.

Dans ces concerts de 1996 le pianiste jouait encore des sets « sans pause ». Après ces concerts, il fallut attendre ensuite deux ans pour que Keith Jarrett enregistre chez lui l’album solo « The Melody At Night With You », sorte de méditation poétique autour de la mélodie. Revenu sur les scènes en 1998 avec son « Standards » trio (avec Gary Peacock et Jack DeJohnette), le pianiste a réintroduit dans ses tournées des concerts en solo dont témoigne l’album « Radiance » (2002) où chaque set se composait de « pièces » improvisées.

Écouter ces anciens concerts solo de Keith Jarrett  démontre encore une fois que le pianiste était lui-même sans être toujours le même, se renouvelait sans se répéter. On se laisse encore surprendre par les fulgurances de cet improvisateur solitaire qui a si bien su varier ses approches pendant les 25 ans où il a pratiqué le dur exercice du concert solo. Si l’on entend avec certitude la proximité que Keith Jarrett a entretenue avec la musique classique, on perçoit aussi l’influence du free-jazz et surtout on discerne la totale liberté que le pianiste s’accordait lors de ces concerts solo du début de sa carrière. « De la pure musique improvisée ».

A partir des enregistrements immortalisés par Keith Jarrett lui-même sur un DAT, ECM permet avec ce coffret de redécouvrir la musique d’un artiste phare du catalogue de ce si prestigieux label.

« A Multitude of Angels », des concerts marqués du sceau de la spontanéité et de la liberté. Jarrett communie avec lui-même. De la pure énergie.

On explore prochainement d’autres enregistrements du Label ECM dans un futur billet « Label ECM-Focus3 ».

Nuits de Fourvière 2020 – La programmation

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« Jazz Loves Disney »… on aime aussi!

« Jazz Loves Disney »… on aime aussi!

Des voix et un jazz délicieux évoquent la magie Disney

« Jazz Loves Disney » … ce sont les mélodies du monde merveilleux de Disney revisitées par des artistes de la scène française et internationale du jazz. Cet album annoncé pour le 18 novembre 2016 reprend en mode jazz quelques titres emblématiques des dessins animés de Walt Disney.

jazz_loves_disney_cover Qui n’a pas fredonné un jour une mélodie issue d’un dessin animé de Walt Disney ? Dans chaque génération, on a le souvenir d’un film qu’on a partagé avec enfants, grands-parents, parents ou petits-enfants. En fait, les airs du monde merveilleux de Disney sont comme autant de Madeleines de Proust. Même si le cinéma propose aujourd’hui d’autres esthétiques, les dessins animés et films de Walt Disney demeurent magiques et les enfants (…les adultes aussi) visionnent ou revoient avec autant de plaisir, ces films témoins d’une autre époque.

Certes un certain nombre de titre des bandes originales de Disney on déjà été repris par des chanteurs de variété. D’autres le furent aussi par des artistes de jazz. Par exemple, Louis Armstrong a enregistré en 1968, peu de temps avant son décès, un album de reprises de chansons intitulé  « Disney Songs - The Satchmo Way ». Peggy Lee a chanté en 1942 chez Benny Goodman, le titre Why don’t you do right ? que Disney a ensuite repris sur la bande originale du dessin animé « Qui veut la peau de Roger Rabbit ? ». C’est aussi elle qui compose en 1945 les musiques du dessin animé de Disney « La Belle et le Clochard » et double vocalement le personnage de la Belle et les chats siamois.

Sur « Jazz Loves Disney » (Verve/Universal), les chansons qui ont accompagné les héros de Disney sont interprétées par un casting étoilé. En effet, des stars de l’art vocal jazz ont participé tels Jamie Cullum, Melody Gardot, Stacey Kent, Gregory Porter ainsi que bien d’autres artistes actuels de premier plan, Hugh Coltman, Raphael Gualazzi, Laika, China Moses, Anne Sila et Nikki Yanofsky.

Enregistré à Paris, Londres et Los Angeles « Jazz Loves Disney » présente une grande cohérence musicale puisque sur neuf des douze titres enregistrés en octobre 2014, les chanteurs et chanteuses sont soutenus par une formation de jazz avec ou sans ajout d’une section de cordes. C’est Rob Mounsey qui dirige le grand orchestre où l’on retrouve avec bonheur plusieurs solos du trompettiste Lew Soloff qui nous a quittés le 08 mars 2015. The Rob Mounsey Orchestra interprète A dream is a wish your heart makes, un des thèmes de « Cendrillon ». Deux autres titres ont ensuite été gravés en petite formation.

Bien sûr on peut arguer qu’un tel album tombe à pic au moment des fêtes de fin d’année et que des thèmes de dessins animés repris par des chanteurs et chanteuses starisées n’a rien de créatif et s’inscrit dans un processus consumériste. Par contre en poussant ce raisonnement, nul besoin de parer les arbres et les rues de de guirlandes pour leur donner un air de fête, nul besoin non plus de sourire en écoutant un air qui rappelle un bon souvenir. On ne peut demander à l’art de toujours innover et de se faire le porte-parole de causes essentielles à défendre.

Il est avéré que la musique est faite aussi pour divertir et créer du plaisir. C’est tout à fait ce que réussit l’album « Jazz Loves Disney » dont certaines plages vont d’ailleurs bien au-delà grâce au talent des artistes qui ont vraiment su habiter les thèmes interprétés.

Jamie Cullum apporte son punch au titre des » Aristochats », Everybody Wants to be a cat qui explose tel un feu d’artifice. Sur He’s a tramp, Melody Gardot incarne la Belle et vante le charme du Clochard vagabond. Le solo du saxophoniste Andy Snitzer lui répond en écho avec un charme fou. On aime la voix tendrement acidulée de Stacey Kent qui reprend le thème de « Cendrillon », Bibbidi Bobbodo Boo en version française. Le tout sur un air de bossa tendrement chaloupée avec bien sûr un solo de ténor de son saxophoniste de mari Jim Tomlinson. Même la baguette de la fée, la magie opère.

La voix chaleureuse de Gregory Porter sied tout à fait au message que transmet Jiminy Cricket à Pinocchio. On a envie de croire que tout peut être possible. Roger Rabbit ne peut que succomber aux reproches de Jessica Rabbit qu’incarne la voix bluesy de China Moses sur un tempo étiré et sensuel. Le thème d’ouverture du dessin animé des studios Pixar, « Toy story », You’ve got a Friend in Me est porté avec justesse par la souple voix de Hugh Coltman et l’on écoute avec émotion le long solo de Lew Soloff.

I Wanna Be like You, tiré du « Livre de la Jungle » est sans doute un des meilleurs moments de l’album. 300-300_raphael-gualazzi_-franck-bohbotLa reprise de Raphael Gualazzi restitue vraiment l‘esprit de la scène du dessin animé, on le voit presque danser au rythme des orchestrations rutilantes et sur le solo du trompettiste Tony Kadleck. Le chanteur doit vraiment être attaché au « Livre de la Jungle » puisqu’il interprète aussi The Bare necessities avec Melody Gardot. A vrai dire, il en faut vraiment peu pour être heureux, juste écouter ce duo soutenu par une petite formation. Le titre respire la légèreté et on se remémore sans peine les images du dessin animé au fur et à mesure du déroulement de la chanson.

On émet par contre quelques réserves quant à l’interprétation sirupeuse que Nikki Yanofsky (la jeune chanteuse découverte par Quincy Jones) donne du titre Un jour mon Prince viendra. De même on trouve Let it go, thème tiré de la « Reine des Neiges » sonne à la manière des comédies musicales destinées aux adolescents et perd toute sa magie dans la bouche d’Anne Sila. Enfin, le thème Once upon a dream tiré de « Blanche-Neige et les Sept nains » aurait gagné à être un peu moins orchestré par la section de cordes et la harpe qui masquent la voix de Laika pas suffisamment mise en valeur.

Il demeure malgré tout que « Jazz Loves Disney » se profile comme un album de Jazz pourvoyeur de rêverie pour cette fin d’année.

Nuits de Fourvière 2020 – La programmation

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Roberto Fonseca sort « ABUC » chez Impulse!

Roberto Fonseca sort « ABUC » chez Impulse!

Un voyage coloré à travers la musique cubaine

Roberto Fonseca publie « ABUC », son huitième album chez Impulse! Véritable kaléidoscope de couleurs dansantes, « ABUC » raconte la riche histoire de la musique cubaine. Le pianiste croise les sons d’hier et ceux d’aujourd’hui. Les époques se télescopent, les rythmes éclaboussent de couleurs et d’énergie.

300_cover_robertofonseca_abuc_simple_hd1Dès le titre de l’album, « ABUC », Roberto Fonseca annonce la couleur. Tout comme il inverse les lettre du nom de « CUBA » pour nommer son album, il mélange dans un voyage musical chatoyant toutes les musiques cubaines au long des quatorze plages. En effet le pianiste mêle les rythmes et les sons. Il inscrit de la modernité au sein de la tradition musicale cubaine.

L’album « ABUC » (Impulse!/Universal) sorti le 11 novembre est vraiment un concentré énergique de la tradition cubaine que stimule la modernité.

pics4_robertofonseca_abucAvant cet album, on connaissait déjà quelques détails de la vie du pianiste cubain Roberto Fonseca. Apparu sur scène à l’âge de 15 ans au Festival International de la Havane, celui qui a étudié au Havana’s Superior Institut of Art a sorti son premier album « Tiene que ver » en 1999. On sait qu’il a assuré le remplacement de Ruben Gonzalez au sein du Buena Vista Social Club avant d’accompagner Ibrahim Ferrer lors d’une grande tournée mondiale.

Par la suite il a mis son talent au service de la chanteuse Omara Portuando. En 2014, sur les scènes de l’hexagone, on a pu écouter le pianiste jeter un pont entre Cuba et l’Afrique aux côtés de la chanteuse malienne Fatoumata Diawara. Un album est d’ailleurs né de cet échange, « At Home » (Montuno/Jazz Village), enregistré live au Festival de Jazz de Marciac. 

 Aujourd’hui, sur « ABUC »Roberto Fonseca fait le choix délibéré de raconter l’histoire de la musique cubaine à sa manière. Il propose sa propre vision et incorpore des allusions au passé à une musique délibérément contemporaine.

Des origines à aujourd’hui, « ABUC » conte la grande histoire de la musique cubaine. Avec cet album pêchu et coloré, Roberto Fonseca donne à entendre contradanzamambo, cha-cha-cha, danzon et boléro. Comme lors d’une sauvage escarga, ces jams cubaines où les musiques se mélangent, le passé se mêle au présent. Les musiques du passé se teintent d’ambiances contemporaines. Les rythmes cuivrés coexistent avec le hip-hop.

pics5_robertofonseca_abucRoberto Fonseca s’affranchit de toute chronologie et navigue en zigzag à travers le temps dans un voyage qui n’a vraiment rien de linéaire. Au gré des titres il mélange les époques et les styles et fait même coexister des musiques de différentes périodes au sein d’un même morceau.

Quatorze plages dont huit compositions originales et quatre autres thèmes co-composés avec certains des interprètes de l’album. Une composition de Ray Briant ouvre et termine « ABUC ». Il s’agit de Cubano Chant. Cette composition du pianiste Ray Briant (1931–2011 est un des premiers morceaux de jazz que Roberto Fonseca a écouté. Il dit l’apprécier à double titre, d’abord pour son appartenance au jazz dont le pianiste se revendique et aussi parce que Ray Briant l’a conçu comme un hommage à Cuba et sa musique.

pics3_robertofonseca_abucEn ouverture de l’album, on écoute une riche version orchestrale de Cubano Chant. Le piano présente le thème. Il est vite rejoint par des percussions foisonnantes et de chatoyants riffs cuivrés . Le trombone virtuose de Trombone Shorty vient dialoguer avec l’orchestre et le piano. L’énergie est au rendez-vous. Pour terminer l’album, Roberto Fonseca reprend le thème en piano solo. Une très courte improvisation virtuose et syncopée prise sur un rythme plus rapide que le titre d’ouverture.

Aux côtés du pianiste, les intervenants sont nombreux. Outre la chanteuse Daymé Arocena et le chanteur Carlos Calinga, on a le plaisir de retrouver Rafael Lay, Roberto Espinosa Rodriguez et les chanteurs de l’Orquesta Aragon. La participation du trompettiste Manuel « Guajiro Mirabal » apporte une touche nostalgique au titre Despues.

On a vibré sur Tumbao de la Unitad, une guajira où les sonorités de la guitare électrique se mêlent à de l’électro et aux percussions du Brésilien Zé Luis Nascimento. Le bonheur est complet lorsque résonnent la voix et la guitare d’Eliades Ochoa. Il appelle à l’amour, à la paix et à l’unité dans le monde. Au moins la musique permet-elle d’espérer que ce rêve devienne un jour réalité.pics2_robertofonseca_abuc

Sur Contradanza Del Espiritu, le vieux rythme cubain de la contredanse est pris très lentement. La masse orchestrale de cuivres et percussions rejoignent le piano. Roberta Fonseca accentue l’aspect classique de ce titre. On est aussi séduit par la modernité de Tierrra Santa ainsi que par Sagrado Corazon où, avec l’Orquesta Aragon, le rythme hésite entre bolero, danzón et cha-cha-cha.

Family résonne comme un boogaloo immergé dans la musique cubaine. Orgue électrique, riff des cuivres, voix teintées années 60, tout se télescope et enchante. La fin du morceau n’est pas sans rappeler les orchestrations de Lalo Shifrin ou Les Cornichons de Nino Ferrer.

Tous les titres rivalisent d’inventivité et de chaleur mais sans nul doute, Afro Mambo devrait rallier tous les suffrages. On se laisse porter par les couleurs typiques de ce mambo où voix, percussions et riffs cuivrés stimulent le jeu du piano. Si le titre audio est splendide, la vidéo Afro Mambo est absolument renversante.

 Sur « ABUC », le son d’aujourd’hui croise celui d’hier. A l’écoute de l’album, on chavire et on se retrouve la tête à l’envers mais on reprend très vite l’équilibre pour entrer dans la danse et laisser tourner en boucle les 14 titres de l’album. Un concentré d’énergie irrésistible.

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