« Solo(s) » de Lionel Martin, un projet sonore organique et hypnotique. Une bande son nomade captée par Bertrand Larrieu au fil de déambulations urbaines. Cinq morceaux où alternent vibrations aériennes et telluriques. Créditée à Robert Combas, la pochette restitue la douce folie de ce « Mad Sax » qui ne cesse de renouveler son inspiration. Du 07 au 17 octobre 2020, le saxophoniste vit et joue dans un container devenu squat artistique où il propose ses « Variations musicales » durant le « Grand Barouf » du « Rhino Jazz(s) ». Lionel Martin, toujours énergique et libre !
Coup de cœur pour… « Avec Le Temps » de Giovanni Guidi
Exploration poétique et lyrisme brûlant
« Avec Le Temps »… la chanson de Léo Ferré inspire le pianiste italien Giovanni Guidi qui intitule ainsi son troisième opus en leader chez ECM. L’album ouvre d’ailleurs avec le titre dont il propose une version sensible et poétique interprétée en trio avec le contrebassiste Thomas Morgan et le batteur João Lobo. En trio ou en quintet, Giovanni Guidi captive par ses mélodies épurées, ses explorations sonores et ses propos enflammés.
Giovanni Guidi fait partie de cette nouvelle garde des pianistes-compositeurs du jazz italien et depuis 2007 où son talent a été repéré, le musicien creuse son sillon et explore un univers très personnel qui accueille tour à tour une poésie musicale épurée, un lyrisme brûlant et de superbes explorations sonores.
Après « City of Broken Dreams » (2013) et « This is the Day » (2015) parus en trio chez ECM, le 22 mars 2019, le pianiste Giovanni Guidi sort
« Avec le Temps », son troisième album en leader sous le label allemand. Avec deux titres interprétés avec le contrebassiste Thomas Morgan et le batteur João Lobo, il continue à développer sa conception du trio piano-contrebasse-batterie mais élargit son expression en quintet en accueillant le saxophoniste Francesco Bearzatti et le guitariste Roberto Cecchetto.
Au fil de l’album l’approche mélodique captive tout autant que les échappées libres que proposent le pianiste et ses compagnons dans des compositions collectives aux improvisations très libres. Prétextes à des excursions d’un monde sonore très personnel, ces digressions sont autant de pirouettes exploratrices qui élaborent une trame musicale imprévisible d’une richesse et d’une force inouïes. La musique alterne entre poésie épurée et brûlot passionné.
Giovanni Guidi
Né en Italie à Foligno, près de Pérouse, en 1985, Giovanni Guidi a commencé le piano à l’âge de 12 ans et a été d’abord remarqué et encouragé dans ses orientations musicales par Enrico Rava, lors de master classes d’été organisées à Sienne. En 2007, il remporte le Prix des Critiques du magazine Musica Jazz dans la catégorie Jeune Talent.
Après avoir commencé sous l’aile du trompettiste italien Enrico Rava, Giovanni Guidi a ensuite enregistré avec lui en 2011 sur “Tribe“ (ECM) au sein du Rava Quintet et un an plus tard sur “On The dance Floor“ (ECM), en compagnie du groupe Parco della Musica Jazz Lab. Outre ces expériences enrichissantes il creuse parallèlement son propre sillon.
Ainsi, après avoir enregistré sous le label japonais Venus, il grave quatre albums sous son nom pour Cam Jazz. « Indian Summer » (2007), « The House Behind This One » (2008) et « The Unknown » Rebel Band » (2009) où le batteur João Lobo est déjà à ses côtés. Il enregistre ensuite « We Don’t Live Here Anymore » en 2011 où joue le contrebassiste Thomas Morgan.
Repéré par Manfreid Eicher, il sort en 2013 « City of Broken Dreams », un premier album en trio en tant que leader chez ECM. Il continue avec le même trio constitué de Thomas Morgan (contrebasse) et João Lobo (batterie) et en 2015 publie « This is the Day » (ECM). On l’a aussi remarqué en 2016 sur Ida Lupino aux côtés de Gianluca Petrella, Gerald Cleaver et Louis Sclavis, opus qui a été nommé album jazz de l’année dans Musica Jazz.
Sur scène il a aussi participé à la tournée 2017 du quintet d’Enrico Rava &Tomasz Stanko. Les années passent et le jeune pianiste confirme ses qualités et son talent et continue à mener sa carrière avec brio. En témoigne son troisième album, « Avec Le Temps » (ECM/Universal), enregistré aux Studios La Buissonne à Pernes-les-Fontaines en novembre 2017 et produit par Manfred Eicher.
« Avec Le Temps »
Pointilliste et mélancolique, poétique et aérienne la musique introspective de Giovanni Guidi engage à la méditation mais n’hésite pas pour autant à emprunter des détours enflammés dont les soubresauts explorent librement l’espace sonore. Ainsi l’album propose huit titres qui s’inscrivent entre méditation crépusculaire et soubresauts dynamiques.
Deux titres en trio
L’album ouvre en trio avec une version touchante de la chanson de Léo Ferré (1916-1993), qui donne son titre à l’album. L’hommage à Ferré qui a longtemps vécu en Toscane, propose une atmosphère recueillie et sensible qui suspend le temps. Les instruments chantent littéralement, la contrebasse étire les notes, le piano cisèle les notes, la batterie fait pleurer les cymbales.
L’opus se termine avec Tomasz, un hommage rendu à Tomasz Stanko (1942-2018). La mélodie nostalgique est au trompettiste récemment décédé à l’âge de 76 ans. Les notes perlées du piano, l’expression subtile de la contrebasse et le jeu feuilleté des balais sur la batterie restituent un climat d’une sensibilité rare qui n’est pas sans rappeler celle du trompettiste qu’elle honore.
Six pièces en quintet
Compositions collectives
Commencé sur un tempo rubato PostLudium And A Kiss fait naître une tension explosive insufflée par les divagations sonores du saxophone explorateur du son qui mène la transe jusqu’à un feu d’artifice final auquel les cinq instrumentistes apportent leur flamme. No Taxi évoque l’univers d’Ornette Coleman et permet d’écouter un piano libéré de toute contrainte.
Compositions de Giovanni Guidi
Le jeu symbiotique de la guitare et du saxophone contribuent à insuffler une forme de spiritualité à 15th of August qui prend la forme d’une imploration musicale bluesy. La sonorité embrumée du ténor crée un climat onirique sur Caino, ballade où le piano délivre des arpèges dont les dissonances croisent les voluptueuses lignes de la contrebasse. La trame musicale se tisse et se détend dans un bain sonore soigné. Minimaliste, Johnny The Liar génère une atmosphère lunaire où guitare et piano échangent des impressions fugitives.
Sur une rythmique très souple, guitare et piano chantent tour à tour la mélodie angélique de Ti Stimo. Dans un troisième mouvement, le ténor rejoint la guitare et tous deux croisent leurs envolées lyriques portées par la batterie au jeu très libre. La douce berceuse se termine en une déclaration admirative imprégnée d’une subtile tendresse.
« Avec Le Temps » fascine par sa variation coloriste et la densité des paysages proposés. Empreinte d’une conviction profonde, l’expression musicale fait alterner une poétique aérienne aux entrelacs d’une légèreté impalpable et des climats brûlants de liberté et de lyrisme. Un album inspiré où la mélodie prend quelquefois la tangente pour distendre les rythmes et engendrer des tensions palpables. L’univers de Giovanni Guidi n’en finit pas de surprendre et de convaincre.
« Solo(s) » de Lionel Martin
Victoires du Jazz 2020
Comme l’année précédente, le palmarès des Victoires du jazz 2020 a été dévoilé sur la page Facebook des Victoires du Jazz… 6 catégories, 11 lauréats avec nombreux ex æquo et une Victoire d’Honneur pour L’Orchestre National de Jazz dirigé par Frédéric Maurin. Cette année, en raison de l’épidémie de Covid, pas de cérémonie mais un documentaire de présentation des lauréats à venir le 24 octobre 2020 dans Passage des Arts, sur France 5 à 22h30.
Diana Krall revient avec « This Dream of You »
C’est un morceau de Bob Dylan qui donne son titre à cet album où Diana Krall revisite avec élégance onze grands standards du jazz. Trois ans après « Turn up the quiet », la diva revient avec « This Dream of You » (Verve Records/Universal). Un album pastel riche d’un swing intime que la pianiste et chanteuse canadienne offre en hommage à son producteur Tommy Lipuma, disparu en 2017. Un opus enchanteur qui fait rêver et oublier la sinistrose ambiante.
Elle flirte par ailleurs avec la « Nouvelle Vague » via une des musiques que Michel Legrand a écrite pour le film de Jacques Demy, « Les Demoiselles de Rochefort ».
Les RV d’avril 2019 à l’
Fondé en 2001 par le pianiste Nik Bärtsch, le groupe acoustique Nik Bärtsch’s Ronin présente son nouveau spectacle qui restitue le projet
Les éclairages varient en accord avec la musique dont elle valorise les nuances, de la délicatesse au paroxysme. La pénombre et les jeux de lumières favorisent l’écoute sans pour autant cacher les musiciens, ce qui serait fort dommage car on perçoit dans leurs regards et leurs sourires, une entente quasi fusionnelle.
La chanteuse occupe tout l’espace laissé entre les musiciens pour déambuler tout au long du concert. Elle s’éloigne dans la pénombre assez loin du public avec lequel elle communique fort peu. Pas de salut à l’arrivée ni de présentation après quelques morceaux. Mélanie De Biasio ne se donne pas à voir, tout juste laisse-t-elle percevoir sa silhouette à contre-jour, de dos, penchée, accroupie. Sans jamais lâcher sa flûte électrifiée, elle adopte une gestuelle certes gracieuse mais si peu naturelle quelle semble dénuée de toute spontanéité. Tout est étudié, le claquement de doigt, la main qui se tend, se pose sur le front….
Après la composition de Lada Obradovic, Thoughtless Gift où coexistent légèreté et densité, le duo muse, joue et déjoue le tempo au rythme impair de Broken Watch écrit par David Tixier. Les deux musiciens font tourner les aiguilles d’une montre qui bat à 11 temps. Tic-tac et coucou se répondent. Le duo reprend ensuite Last Flight Over Horizon. Leur interprétation possède toujours la même force d’évocation en souvenir des attentats survenus à Istanbul. Sans s’appesantir sur le moment fatal, les musiciens convoquent leurs émotions et élèvent un hymne à la pulsion de vie. Après un dernier morceau au rythme entêtant et à la mise en place précise, David Tixier passe le clavier du piano à Benjamin Moussay qui fut son professeur.
et Christophe Lavergne à la batterie, Louis Sclavis aux clarinettes (basse et si♭) interprètent successivement les morceaux inspirés par Jean Genet dessiné à Brest, Mahmoud Darwich collé en Palestine à Ramallah, La dame de Martigues d’après les figures figurant sur les cuves et les cheminées de la ville, Shadows & Lines inspiré par les pochoirs où se projette l’ombre de l’explosion nucléaire d’Hiroshima, Pasolini à partir des portraits du cinéaste dessinés de pied portant son cadavre sur les murs de Rome où il a vécu, Prison inspiré par les collages réalisés dans la friche de l’ancienne prison Saint-Paul de Lyon.
Le jeu solide et précis de la contrebassiste Sarah Murcia participe aux moments de paroxysme par des lignes violentes et tempétueuses qui râlent et grondent. Les harmoniques ponctuent des chorus graves et mordants. D’autres improvisations laissent apprécier la profondeur, la justesse et la souplesse du jeu de contrebasse.
Avec ses nouveaux partenaires, il présente en effet un répertoire qui regarde du côté de son album « Circuits » (Edition Records) sorti en 2019 et emprunte une syntaxe dont les maître-mots sont le groove et l’énergie. Pas loin du rock incarné par la présence du bassiste Tim Lefevre qui a participé au dernier enregistrement de David Bowie (Black Star) aux côtés de Donny McCaslin. Proche du groove du hip-hop et du funk qu’affectionne le batteur Justin Brown qui joue autant avec Ambrose Akinmusire qu’avec Thundercat. Craig Taborn quant à lui appartient à tous ces mondes entre lesquels il navigue avec une aisance inouïe sans jamais perdre son âme.
D’un bout à l’autre du concert règne sur scène un groove incandescent auquel le piano apporte quelques respirations en dehors desquelles il alimente l’énergie collective par un propos vigoureux et dense mais sans cesse renouvelé. Dans un flux incessant, la batterie brasse furieusement les rythmes. Elle dégage une impression de puissance et étourdit par la polyrythmie et les cadences qu’elle développe dans un continuum rythmique inépuisable. Sur son saxophone le leader parcourt l’étendue de tous les possibles. Ses phrasés saccadés et ses éructations nerveuses alimentent la machine à groove à laquelle la basse ronflante contribue plus qu’à son tour, sans vraiment beaucoup de nuances.