L’édition des Nuits de Fourvière 2020 propose un programme ambitieux. 60 jours, 6 créations, 4 coproductions, 6 premières françaises. Ainsi du 02 juin au 31 juillet 2020, le festival fait encore une fois vibrer la culture au cœur de la Métropole lyonnaise avec 59 spectacles de théâtre, danse, musique, opéra, cirque et 149 représentations. De quoi combler tous les publics !
« Gershwin » par J.M. Foltz & S. Oliva
Jean-Marc Foltz & Stéphan Oliva brodent « Gershwin »
Avec l’album minimaliste « Gershwin », le clarinettiste Jean-Marc Foltz et le pianiste Stefan Oliva revisitent en duo le monde du compositeur américain G. Gershwin. Le silence teinté de bleu dessine une musique de nuit intimiste.
Le clarinettiste Jean-Marc Foltz est issu du monde classique et contemporain alors que Stefan Oliva s’inscrit dans la famille du jazz où son élégance musicale a de tout temps fait l’unanimité. Les deux musiciens ont déjà croisé les notes à de multiples occasions. Ensemble ils avaient déjà parcouru et tissé à leur manière le répertoire classique pour piano et clarinette en 2011
dans leur précédent opus, « Visions Fugitives » (Vision Fugitive/Harmonia Mundi).
Ce nouvel album « Gershwin » (Vision Fugitive/Harmonia Mundi) à paraître le 27 mai 2016 prolonge donc leur rencontre autour de neuf titres de George Gershwin, de deux compositions originales, une du pianiste et une du clarinettiste et de la célèbre composition de Vernon Duke et Ira Gershwin, « I Can’t get Started » que l’on écoute.
Les œuvres de Gershwin ont autant été interprétées par des musiciens issus de la sphère classique que par les jazzmen. Dans « Gershwin », le propos musical de Jean-Marc Foltz et Stephan Oliva émarge dans un univers dont l’esthétique se situe à l’interface du jazz et de la musique classique. Au premier, les musiciens empruntent la liberté, au second ils capturent l’esprit de Ravel. Avec ces deux interprètes, oublié le cliché du glissando de la clarinette introductif de la « Rhapsodie in Blue » qui retrouve les « fondamentaux » de la musique classique.
Les musiciens étirent le temps et le distendent avec une sobriété qui confine au dénuement, avec une élégance dont la sérénité n’a d’égale que la poésie qui s’en dégage. Et l’incroyable advient … du dépouillement jaillit l’émotion, une émotion qui nous habite encore longtemps après l’écoute de cet album empreint de bleu et de silence.
Leur version de « Summertime » est comme alanguie par la chaleur écrasante d’un soir d’été. Dans « ‘S Wonderful (morning) », les deux musiciens nous content la beauté de la fin de la nuit quand l’aube blanchit le ciel. Plus tard, ils nous proposent une version tout aussi éthérée de « ‘S Wonderful (evening) » pour dessiner l’esthétique du crépuscule qui efface le jour. Deux véritables poèmes que nous recevons comme des merveilles. Le « Prélude N° 2 Blue Lullabye » advient comme une introduction du thème « I love you Porgy » dont la mélodie exhale l’essence même de l’amour.
C’est un amour attendu et souhaité qui se dessine en délicatesse dans la version de « The man I love ». « Fascinating Rythm/Some one to watch over me » est dédié à Woody Allen dont on connaît le goût pour le jazz et la clarinette. De titre en titre, les notes sont soufflées et caressées. C’est sans doute le titre qui emprunte le plus à l’esthétique rythmique du jazz.
Même après qu’il ait regagné sa pochette, le disque tourne en boucle dans nos têtes et la magie opère. D’ailleurs la pochette dessinée par Emmanuel Guibert restitue tout à fait l’atmosphère ourlée de bleu et de silence qui caractérise cet album. Il est essentiel par ailleurs de préciser que la qualité du son doit aussi beaucoup au talent de l’ingénieur du son, Gérard de Haro, puisque l’opus a été enregistré dans son studio de la Buissonne en novembre 2015.
Pour s’immerger dans le clair-obscur de la musique de l’album « Gershwin », plusieurs options se profilent. Attendre le 27 mai, date de la sortie annoncée pour le disque sous le label « Vision Fugitive » ou… prévoir une escapade musicale pour écouter le duo Foltz/Oliva, soit le 17 mai à 21h à Paris au Sunside soit le 18 mai à la chapelle du Méjan dans le cadre de « Jazz in Arles ».
Le teaser de « Gershwin » permet mieux capter l’essence mystérieuse de cette musique.
Nuits de Fourvière 2020 – La programmation
Aimée Allen en tournée en France et Suisse
La tournée en France et en Suisse de la chanteuse et auteure-compositrice Aimée Allen constitue une belle occasion pour découvrir cette artiste américaine. Son album « Wings Uncaged » annoncé en France pour le 20 mars 2020 permet d’apprécier sa voix chaleureuse et chargée de groove.
Le retour de « Shabaka & The Ancestors »
« Shabaka & The Ancestors » annoncent la sortie de « We Are Sent Here By History ». Enregistré sur 2 ans, entre Cape Town et Johannesburg, ce deuxième album du groupe réunit le saxophoniste londonien Shabaka Hutchings et ses musiciens de jazz sud-africains. L’opus résonne comme une réflexion musicale sur la condition humaine en pleine agonie. Un poème sonore comme une méditation plutôt sombre sur l’avenir de l’homme. Une mise en garde… sauve qui peut & espère qui veut !
Ce jeune pianiste et compositeur franco-israélien, Jeremy Hababou, revendique comme influences majeures les pianistes de jazz, Art Tatum, Bud Powel et Thelonious Monk et la musique classique (Bach, Ravel, Debussy). Il a étudié le jazz au centre d’Étude de Jazz à Tel Aviv, parrainé par le contrebassiste Avishai Cohen et en coopération avec la New School of Jazz de New-York. Il a suivi des masters classes avec Mulgrew Miller et Pat Metheny. Dans les clubs de Tel Aviv, il a rencontré de nombreux musiciens israéliens.
C’est parce que nous percevons cette soirée comme un évènement que nous nous sommes penchés sur la musique de ce créateur pour mieux nous préparer aux moments musicaux de cette soirée à venir. Pour cela nous avons lu l’excellent ouvrage « Moondog » écrit par Amaury Cornut et publié en 2014 aux éditions « le Mot et le Reste ». Le livre est passionnant de bout en bout. Le
La première partie de spectacle du 11 juin réunit quelques uns de ceux qui furent les compagnons de la vie européenne de Moondog. Ils viennent honorer de la plus belle manière la mémoire du compositeur. Stephan Eicher a rencontré Moondog aux Transmusicales de 1988, collaboré avec lui sur l’album « My Place » et lui a offert une « Carte blanche » au Montreux Jazz Festival en 1996. À partir de 1995, la pianiste Dominique Ponty était sur les scènes aux côtés de Moondog. Le percussionniste suédois Stefan Lakatos a découvert Moondog au cours d’un programme animé par Frank Zappa. Il a noué avec le compositeur une amitié qui les a unis de 1980 à la mort de Moondog. La présence sur la scène du Grand Théâtre de Stefan Lakatos adoubé par Moondog de son vivant, constitue un garant de l’authenticité de l’hommage rendu le 11 juin à Louis Thomas Harding a.k.a. Moondog. La dimension orchestrale de la musique du compositeur est restituée dans cette même première partie de spectacle par la participation de l’Orchestre de l’Opéra de Lyon sous la Direction de Stefano Montanari.
Le saxophoniste Raphaël Imbert rejoindra les artistes déjà cités sur « Bird’s Lament » (originellement nommé la « Symphonique No. 9 ») que Moondog avait composé suite au décès du saxophoniste de jazz Charlie Parker disparu le 12 mars 1955. Dans cette même première partie de soirée,
l’Ensemble Minisym créé en 2013 sur l’initiative d’Amaury Cornut incarne ce que Moondog appréciait, les liens pouvant exister entre le baroque, le classique et la modernité. Cet ensemble emprunte le nom que Moondog avait donné à une de ses symphonies, Minisym en guise de Symphonie Miniature. C’est Amaury Cornut qui assure la Direction Artistique de la première partie de la soirée du 11 juin et tiendra à cette occasion les percussions sur la scène du Grand Théâtre.
La seconde partie de spectacle met en évidence la dimension du mouvement qui habite l’œuvre de Moondog avec des chorégraphies et au piano. Il faut au moins tout cela pour faire connaître plus largement l’art universel de Moondog, ce solitaire qui a croisé Philip Glass, Charlie Parker mais aussi Leonard Bernstein et qui comptait Stravinsky, Toscanini, Frank Zappa, Janis Joplin, John Zorn et Jarvis Cocker parmi ses admirateurs mais aussi aujourd’hui Sophie Calle et Philippe Starck ou Riad Sattouf.
La sortie de « Mare Nostrum II » (ACT/Harmonia Mundi) le 04 avril a comblé tous ceux qui avaient goûté au premier opus. Le plaisir de retrouver l’inspiration des trois protagonistes du projet est proportionnel à la durée de cette attente. Il nous aura en effet fallu attendre neuf longues années depuis la parution du premier album « Mare Nostrum » (ACT/Harmonia Mundi). Cette durée s’explique par la notoriété et l’agenda chargé des trois musiciens impliqués dans le projet. En effet, le trompettiste Paolo Fresu, l’accordéoniste Richard Galliano et le pianiste Jan Lundgren sont très demandés et sont impliqués dans de nombreux projets.
Il n’y a pas grand décalage entre la sortie du disque « Headbug » (One Drop/Rue Stendhal), le 22 avril et le concert de sortie de l’album, le 26 mai à 20h30, à paris, à la maison des Cultures du Monde. Ce double évènement va ravir les amateurs de Ray Lema dont le groove est fort apprécié. Ce pianiste, guitariste et compositeur congolais est un des pères de la musique centrafricaine congolaise et un grand pourvoyeur de groove. A son actif, plus d’une vingtaine d’albums et un parcours musical très personnel.
L’énergie habite « Headbug », cet album au titre trompeur car à son écoute point de « prise de tête », loin de là. Les plages se succèdent et procurent un même plaisir d’écoute. En fait, il y a bien eu prise de tête, mais seulement pour Ray Lema lors de l’écriture du titre éponyme qui ouvre le disque. Le pianiste Ray Lema s’est appliqué à trouver une structure harmonique qui mette en valeur ce morceau au groove renversant. Après ce premier thème, huit autres titres qui montrent (si cela est encore à prouver) la pluralité des styles que Ray Lema est capable d’embrasser avec réussite pour concocter un jazz multiculturel groovy et mélodique.
Ils ont donné le meilleur d’eux-même et contribuent grandement à la qualité de l’album.
Le Festival « Jazz à Saint-Germain-des-Prés » accueille Ray Lema et son quintet qui se produiront à Paris le 26 mai à 20h30, au théâtre de la Maison des Cultures du Monde. Le concert est soutenu par le Mois des Cultures d’Afrique. Le groupe lyonnais « EYM trio » assure la première partie de la soirée.
Cette double occurrence a en effet de quoi ravir les amateurs de la musique acoustique du pianiste et compositeur suisse. La personnalité singulière de Nik Bärtsch a émergé sur la scène jazz ces dix dernières années et a conquis un public très large. Entre la précision de l’horloger suisse et le détachement du maître zen, sa musique, héritière de Steve Reich, excelle à transmettre « une énergie intense et calme », un groove hypnotique renforcé par la puissance de cohésion qui émane du groupe.
Après trois albums studio (Stoa, 2006, Holon, 2008, et Lyria, 2010) et un double album live (2012) avec son groupe amplifié « Ronin », c’est en effet avec sa formation d’origine « Mobile » que le claviériste et compositeur suisse Nik Bärtsch a enregistré en mars 2015 son nouvel album « Continuum » (ECM/Universal) sous la direction artistique de Manfred Eicher. Pour précision, l’effectif de « Mobile » se recoupe avec le line-up actuel de « Ronin ».
A la base, le quartet acoustique « Mobile », fondé en 1997, est la source de l’esthétique de Nik Bärtsch et de son attitude musicale. Une attitude façonnée par son approche conceptuelle de la réduction et de la répétition, mais aussi par sa fascination pour la culture japonaise. Le pianiste conçoit l’art musical comme une sorte de rituel. Nik Bärtsch et ses comparses, Kaspar Rast (batterie), Sha (clarinette) et Nicolas Stocker (percussions) travaillent à la confection d’un son de groupe global fondé sur l’énergie sans se complaire dans de vains exercices de virtuosité. « Cette musique puise son énergie dans la tension entre la précision des compositions et de l’auto-contournement de l’improvisation. De cette restriction auto-imposée découle la liberté. L’extase par l’ascétisme », dit l’artiste.
Le titre de l’album « Border Lines » de Stéphane Tsapis génère plusieurs réflexions en ces temps où les frontières sont au cœur des préoccupations de notre monde.
Ce projet très original évoque différentes époques et régions du pays. Les musiques stimulent l’écoute et entraînent l’auditeur aux confins d’un monde aux frontières mouvantes. Stéphane Tsapis a confié la direction artistique de son projet au compositeur Arthur Simonini et a construit le monde musical de son album avec la complicité de Marc Buronfosse à la contrebasse et d’Arnaud Biscay à la batterie.
Cette église fut construite en souvenir de N.F.S Grundtvig (1783 – 1872), prêtre danois et homme des Lumières. La première pierre fut posée en 1921 et l’édifice fut inauguré en 1940. Son architecture s’inspire des façades crénelées des églises traditionnelles des villages danois mais sa taille avoisine celle d’une cathédrale. Dans l’église pas d’icône. Juste la lumière. L’opus de Hans Ulrik « Suite of Time » célèbre l’édifice autant que la philosophie lumineuse de Grundtvig
Le saxophoniste Hans Ulrik a été invité à composer la musique des célébrations de l’anniversaire de l’église. Il a écrit la partition de « Suite of Time » construite comme une sorte de « Messe Jazz ». Avec un prélude, une suite de quatre mouvements, un sacrement et un post lude inspirés par un texte de l’historien Henrik JENSEN retraçant les différentes périodes historiques que l’église a traversées. La Suite évoque les années 1945, 1967, 1989 et 2001 et après. Autour de Hans Ulrik se retrouvent Peter Rosendal (trombone à piston & Wurlizer), Henrik Gunde (piano), Kaspar Vadsholt (basse), Anders Modensen (batterie) et Marylin MAZUR (percussions sur les titres 1, 6 & 7).
Dans l’opus « Dreamers », le rêve existe comme un lien, un fil qui relie les nouvelles compositions. Dans notre monde contemporain, il est difficile de rêver, de s’évader… et Sébastien Texier (saxophone alto, clarinettes) a voulu réunir autour de lui des compagnons qui sont à la fois des musiciens et des rêveurs, de vrais « dreamers », Olivier Caudron à l’orgue Hammond B3, Pierre Durand à la guitare électrique et Guillaume Dommartin à la batterie.
Baigné dans le jazz depuis son enfance, Benjamin Tanguy écoutait beaucoup de vinyles. Il fréquentait assidûment les médiathèques et lisait avec grand intérêt la presse spécialisée jazz. C’est à l’âge de 10 ans qu’il « a eu le déclic pour le jazz » lors de l’écoute d’un concert du batteur Elvin Jones en Suisse. Cet icône charismatique de la batterie a imprimé son influence sur le monde du jazz et même celui du rock par sa maîtrise de la polyrythmie. Sans doute a-t-il aussi marqué la perception de Benjamin pour la dimension rythmique de la musique.
couter des musiciens dans la perspective de programmations éventuelles, nous ne le questionnons pas quant à l’artiste qui le ferait parcourir de longues distances. Par contre il nous confie qu’il aurait volontiers traversé l’océan pour écouter Jimmy Scott et il aurait apprécié d’assister à un concert de John Coltrane. Aujourd’hui, il écoute rarement du « jazz improvisé trop libre », autrement dit du « free jazz » qui met en scène des performances avant tout techniques et dont le propos n’est plus en adéquation avec le contexte sociétal actuel.
rogrammateur, il ne répondra pas à la question de l’affiche idéale d’un concert hypothétique, ce qui est tout à fait compréhensible. Par contre Benjamin répondra sans hésitations quant aux tryptique des albums fétiches dont il ne se séparerait pas. Il évoque d’abord un album représentatif du jazz modal post-bop, un opus icônique, le disque « Love Supreme » du saxophoniste John Coltrane, album sorti en 1965 chez «
Impulse ». Il cite ensuite le disque « Köln Concert » du pianiste Keth Jarrett enregistré en direct en 1975 chez ECM. Il s’agit d’un concert en piano solo totalement improvisé. Enfin Benjamin fait référence à un album de hard-bop, « Moanin' » enregistré par le batteur Art Blakey avec les Jazz Messengers en 1958 sous le label Blue Note. Funky en diable !