Avec « Constellation », le pianiste et compositeur David Bressat signe son troisième album live. Enregistré en février 2022 dans six clubs emblématiques, entre région Auvergne-Rhône-Alpes et région Bourgogne-Franche-Comté, l’opus présente neuf compositions originales. Une musique colorée, un album énergique et vivifiant !
Echo#5-A Vaulx Jazz 2019
Soirée de clôture
Tous les bons moments ont une fin… et le 30 mars 2019 marque le dernier jour du 31ème festival A Vaulx Jazz qu’il a été si bon de retrouver. Fidèle à sa philosophie, le festival propose au public de découvrir deux nouvelles esthétiques pour compléter l’éventail des formes musicales déjà présentées. En ouverture, le superbe concert de Nik Bärtsch’s Ronin dont la venue dans la région a mobilisé de nombreux spectateurs. La dernière prestation permet ensuite au public de découvrir l’univers singulier de la chanteuse et flutiste belge Mélanie De Biasio.
Echo#5-A Vaulx Jazz 2019 salue la « Soirée de Clôture » du 30 mars 2019 au Centre Culturel Communal Charlie Chaplin de Vaulx-en-Velin. Le festival se termine avec un double plateau qui ne joue pas la carte d’un mode festif. Devant un public attentif et curieux Nik Bartsch’s Ronin a offert une prestation à la hauteur de la renommée du groupe. La chanteuse et flutiste belge Mélanie De Biasio a surjoué un minimalisme scénique et musical qui a partagé la salle.
Pour terminer dans l’esprit de la fête, l’After a été confié au Grigri qui a fait régner dans l’Espace Bar la une bonne heure communicative jusqu’à une heure avancée. Il fallait bien que les corps exultent !
Nik Bärtsch’s Ronin
Fondé en 2001 par le pianiste Nik Bärtsch, le groupe acoustique Nik Bärtsch’s Ronin présente son nouveau spectacle qui restitue le projet « Awase » sorti en mai 2018 chez ECM où le pianiste a enregistré tous ses albums. Au fil des ans sont demeurés Sha (Stefan Haslebacher) à la clarinette basse et au saxophone alto ainsi que Kasper Rat à la batterie. On a le plaisir de découvrir la mouture actuelle de la formation qui a intégré un nouveau bassiste, Thomy Jord. Ainsi devenu quartet après avoir été quintet Nik Bärtsch’s Ronin délivre une musique encore plus performante et plus groovy que dans sa forme précédente.
Le terme Ronin fait référence au samouraï sans maître. La musique présentée est sous-tendue par cet awase propre à l’art martial du samouraï qui préconise d’utiliser la fusion avec l’adversaire pour mieux en triompher. En l’occurrence, sur scène, la fusion est mise au profit d’une musique héritée du minimalisme de Steve Reich. Elle fusionne les rythmes pairs et impairs, utilise des motifs répétitifs, des boucles rythmiques et mélodiques qui se décalent et se superposent. Pourtant point de chaos et de nombreuses nuances. Les musiciens ne se perdent jamais et si l’on est attiré dans leur monde, on en ressort toujours bienheureux.
Du piano le leader dirige le groupe avec une attention constante et un sourire bienveillant. Les lignes de basse alternent entre clarinette basse et basse électrique, alto, clarinette et basse se partagent les interventions alors que batterie et piano font varier le rythme avec rigueur et souplesse. Si les instrumentistes s’expriment à tout de rôle, ils demeurent toujours au service de la dimension collective de la musique.
Les éclairages varient en accord avec la musique dont elle valorise les nuances, de la délicatesse au paroxysme. La pénombre et les jeux de lumières favorisent l’écoute sans pour autant cacher les musiciens, ce qui serait fort dommage car on perçoit dans leurs regards et leurs sourires, une entente quasi fusionnelle.
Dès son entrée sur scène, le groupe installe l’ambiance et développe le processus très bien rôdé qui caractérise l’art de Ronin. Du premier au dernier des six modules présentés durant le set, l’harmonie règne sur scène entre les quatre musiciens. Répétitive et minimalisme la musique n’en délivre pas moins un groove rythmique tendu dont la pulsation associée à la force hypnotique des boucles crée un climat fascinant que certains spectateurs ont résumé en fin de concert sous le vocable « planant ». Certes réducteur, l’adjectif se réfère à cette impression ascensionnelle que l’on ressent à écouter ces tectoniques musicales qui se transforment sans cesse et donnent une impression de mouvement captivant.
Nik Bärtsch’s Ronin a produit une musique collective dont la force a convaincu le public qui a joué le jeu et a lâché prise pour entrer dans l’univers du groupe. Pour une grande partie des spectateurs et spectatrices, ce fut une découverte. Les autres déjà acquis à l’art de la formation se sont réjouis d’avoir écouté une fois de plus cette musique unique qui transforme un concert en voyage euphorisant.
Mélanie De Biasio
Pour le second set, la pénombre est de règle sur scène. A peine perceptible même des premiers rangs, les trois accompagnateurs de la chanteuse disposés en triangle occupent la totalité de la scène et sont très distants les uns des autres. Ils disparaissent derrière leurs instruments mais le service musical sera inversement proportionnel à la masse instrumentale.
On aurait pu s’attendre à ce que Matthieu Van (piano, synthé, chant) Aarich Jespers (batterie, percussions) et Axel Gilain (contrebasse, basse, guitare, chœur) et s’installent à proximité de la chanteuse pour créer le climat intimiste à laquelle prétend la musique de Mélanie De Biasio. Que nenni !
La chanteuse occupe tout l’espace laissé entre les musiciens pour déambuler tout au long du concert. Elle s’éloigne dans la pénombre assez loin du public avec lequel elle communique fort peu. Pas de salut à l’arrivée ni de présentation après quelques morceaux. Mélanie De Biasio ne se donne pas à voir, tout juste laisse-t-elle percevoir sa silhouette à contre-jour, de dos, penchée, accroupie. Sans jamais lâcher sa flûte électrifiée, elle adopte une gestuelle certes gracieuse mais si peu naturelle quelle semble dénuée de toute spontanéité. Tout est étudié, le claquement de doigt, la main qui se tend, se pose sur le front….
Le chant se résume à des mélopées susurrées, à un souffle désincarné qui reprend des leitmotivs répétés à l’envi. Les lignes jouées à la flute procèdent de la même logique. Certes on reconnaît Gold Junkies ou Afro Blue mais il n’est guère possible d’évoquer un climat d’intimité que tentent pourtant de suggérer les murmures introspectifs chuchotés dans une atmosphère embrumée. Sans doute d’aucuns évoqueraient une musique de l’épure mais d’autres y verraient une pauvreté créative cachée derrière des artifices et des effets.
Une voix qui n’est guère qu’un souffle, un murmure qui tente d’envouter, une flûte plus argument qu’instrument, un mystère instauré via une distance peu propice à générer des émotions, des gestuelles qui manquent de naturel, une communication minimale avec le public. On a cherché la musicalité et la créativité mais sans doute cette dernière réside-t-elle dans le concept que l’on perçoit de facto mieux sur disque que sur scène.
Avec trop d’effet accumulés, trop de contrôle, guère d’intimité, Mélanie de Biasio présente un jazz singulier dont les codes empruntent au blues, au jazz, au hip-hop et à la soul et pour finir s’apparente à un hip-pop pop, minimaliste et embrumé qui se veut mystérieux mais ne parvient pas vraiment à convaincre.
Les artifices de séduction déployés conquièrent malgré tout pour une partie du public qui sollicite la chanteuse pour un rappel.
Pour terminer sa 31ème édition, le festival A Vaulx Jazz instaure l’esprit de la fête après les deux concerts et invite les spectateurs à devenir acteurs et danseurs dans l’Espace Bar durant un « after » chaleureux animé par les platines du « Grigri ». Tout est bien qui finit bien ! Rendez-vous sans faute dans deux ans pour vivre la 32ème édition du festival A Vaulx Jazz que l’on plébiscite par avance avec chaleur.
David Bressat signe « Constellation »
Leïla Olivesi signe « Astral »
Avec « Astral », la pianiste et compositrice Leïla Olivesi signe son sixième album. Entourée des meilleurs musiciens de sa génération, elle propose un jazz acoustique, lumineux et poétique. Entre tradition et modernité, cet opus regarde vers les étoiles et projette la musique loin de la gravité terrestre.
Jazz à Vienne 2023 – Affiche & Premiers noms
Le 16 novembre 2022, les organisateurs du Festival « Jazz à Vienne » ont dévoilé l’affiche de l’édition 2023 proposée par la dessinatrice Pénélope Bagieu. Ils ont aussi annoncé la Création Jeune Public qui se déroulera les 26 et 27 juin 2023 avec Marion Rampal. En attendant le 16 mars 2023, date d’annonce officielle de la programmation de « Jazz à Vienne 2023 », les concerts de cinq soirées sont déjà annoncés. De sérieuses promesses de réjouissances musicales en perspective !
Après la composition de Lada Obradovic, Thoughtless Gift où coexistent légèreté et densité, le duo muse, joue et déjoue le tempo au rythme impair de Broken Watch écrit par David Tixier. Les deux musiciens font tourner les aiguilles d’une montre qui bat à 11 temps. Tic-tac et coucou se répondent. Le duo reprend ensuite Last Flight Over Horizon. Leur interprétation possède toujours la même force d’évocation en souvenir des attentats survenus à Istanbul. Sans s’appesantir sur le moment fatal, les musiciens convoquent leurs émotions et élèvent un hymne à la pulsion de vie. Après un dernier morceau au rythme entêtant et à la mise en place précise, David Tixier passe le clavier du piano à Benjamin Moussay qui fut son professeur.
et Christophe Lavergne à la batterie, Louis Sclavis aux clarinettes (basse et si♭) interprètent successivement les morceaux inspirés par Jean Genet dessiné à Brest, Mahmoud Darwich collé en Palestine à Ramallah, La dame de Martigues d’après les figures figurant sur les cuves et les cheminées de la ville, Shadows & Lines inspiré par les pochoirs où se projette l’ombre de l’explosion nucléaire d’Hiroshima, Pasolini à partir des portraits du cinéaste dessinés de pied portant son cadavre sur les murs de Rome où il a vécu, Prison inspiré par les collages réalisés dans la friche de l’ancienne prison Saint-Paul de Lyon.
Le jeu solide et précis de la contrebassiste Sarah Murcia participe aux moments de paroxysme par des lignes violentes et tempétueuses qui râlent et grondent. Les harmoniques ponctuent des chorus graves et mordants. D’autres improvisations laissent apprécier la profondeur, la justesse et la souplesse du jeu de contrebasse.
Avec ses nouveaux partenaires, il présente en effet un répertoire qui regarde du côté de son album « Circuits » (Edition Records) sorti en 2019 et emprunte une syntaxe dont les maître-mots sont le groove et l’énergie. Pas loin du rock incarné par la présence du bassiste Tim Lefevre qui a participé au dernier enregistrement de David Bowie (Black Star) aux côtés de Donny McCaslin. Proche du groove du hip-hop et du funk qu’affectionne le batteur Justin Brown qui joue autant avec Ambrose Akinmusire qu’avec Thundercat. Craig Taborn quant à lui appartient à tous ces mondes entre lesquels il navigue avec une aisance inouïe sans jamais perdre son âme.
D’un bout à l’autre du concert règne sur scène un groove incandescent auquel le piano apporte quelques respirations en dehors desquelles il alimente l’énergie collective par un propos vigoureux et dense mais sans cesse renouvelé. Dans un flux incessant, la batterie brasse furieusement les rythmes. Elle dégage une impression de puissance et étourdit par la polyrythmie et les cadences qu’elle développe dans un continuum rythmique inépuisable. Sur son saxophone le leader parcourt l’étendue de tous les possibles. Ses phrasés saccadés et ses éructations nerveuses alimentent la machine à groove à laquelle la basse ronflante contribue plus qu’à son tour, sans vraiment beaucoup de nuances.


Plus tard, la voix chaude pose des couleurs déchirantes sur The Wind Cries Mary. Sur cette version que le duo donne du titre de Jimi Hendricks, le son grave et ronflant de la basse accentue encore le côté soul du morceau.
la rythmique tellurique accueille les percussions africaines de Fabe Beauriel Bambi et Mohamed Sylla. Les quatre musiciens stimulent les interactions des solistes. Le pianiste Arnaud Roulin est en perpétuelle interaction avec le trio de soufflants qui donnent aussi de la voix. Flanqué du volubile et inventif Laurent Bardainne (saxophone ténor) et du lumineux Fabrice Martinez (trompette, buggle), Thomas de Pourquery (saxophone alto) accueille la chanteuse Berléa Dieuveille Bilembolo qui les rejoint sur les arrangements conçus à partir du répertoire du groupe.


Au final, tout le monde se sent concerné et joue le jeu sans trop se forcer et l’énergie communicative qui se dégage de la scène gagne la salle qui en redemande.
Sur scène, trois blocs. Au centre en pleine lumière, le chanteur Asnake Guebreyes. Les éclairages n’auront cesse de mettre en lumière sa veste blanche aux décorations multicolores. Sur le devant de la scène mais dans une ombre quasi permanente, le guitariste Damien Cluzel et le saxophoniste Lionel Martin. En arrière la section rythmique réunit Adrien Spirli au synthé basse et Yann Lemeunier à la batterie, deux nouvelles recrues issues de Mazalda.
Moins éruptif qu’à l’ordinaire, le saxophone fait entendre des barrissements désespérés avant de se lâcher pour donner le meilleur de lui-même dans les derniers morceaux. Point cette fois de guitare qui arpente la scène. Moins acérée qu’à l’ordinaire elle demeure pourtant un rouage essentiel de la machine uKanDanz qu’elle stimule par ses fulgurances. Porté par la force pulsatile énergique de la section rythmique, le concert met surtout en valeur le chant virtuose. Quand il ne chante pas, Asnake Guebreyes sautille et fait tressauter ses pectoraux.
En seconde partie de soirée la meute de Freaks débarque sur scène. Plus qu’un groupe il s’agit d’un collectif soudé autour de son leader Théo Ceccaldi dont le violon déborde de sensibilité et de lyrisme. Il est encadré par l’énergique Quentin Biardeau au saxophone ténor et claviers et le saxophoniste Matthieu Metzger dont le souffle puissant et profond alterne entre alto et baryton. En arrière le guitariste virtuose Giani Caserotto, le très réactif violoncelliste Valentin Ceccaldi et le redoutable batteur Etienne Ziemniak.
Entre Amanda Dakota, le morceau présenté par le leader comme la seule chanson d’amour de la soirée et Henry m’a tuer (hommage à Henry Threadgill) joué en rappel, le répertoire de Freaks navigue entre apocalypse et poésie, rêves romantiques et cauchemars furieux, tonnerre et brise délicate, vociférations et murmures, souffle volcanique et caresse éthérée.
Les vives couleurs des costumes africains trouvent écho dans celles des musiciens du Red Orchestra. Lorsque les danseuses viennent sur le devant de la scène, la musique se pare elle aussi du jaune qui ensoleille les tenues. Les climats varient. Tonitruant et sombre pour évoquer la guerre quand l’alto exaspéré répond aux percussions déchaînées. Festif et léger pour évoquer la vie quotidienne.
Avec “Do Outro Lado Do Azul” (Verve/Universal) sorti le 01 mars 2019, la chanteuse et trompettiste espagnole