Quatre musiciens en séjour à New York se regroupent sous le vocable Le Deal. Dans le mythique studio de Rudy Van Gelder, Florian Pellissier, Yoann Loustalot, Théo Girard et Malick Koly enregistrent les sept plages de « Jazz Traficantes ». Du trafic musical des quatre contrebandiers émerge une musique au climat nocturne où poésie et énergie croisent le fer. Attention… musique addictive !
« Run Away » de Jeremy Hababou
« Run Away », le premier album de Jeremy Hababou
Sensible et énergique, l’album « Run Away » du pianiste Jeremy Hababou donne à entendre onze titres dont six compositions originales, deux improvisations du groupe et trois reprises.
Ce jeune pianiste et compositeur franco-israélien, Jeremy Hababou, revendique comme influences majeures les pianistes de jazz, Art Tatum, Bud Powel et Thelonious Monk et la musique classique (Bach, Ravel, Debussy). Il a étudié le jazz au centre d’Étude de Jazz à Tel Aviv, parrainé par le contrebassiste Avishai Cohen et en coopération avec la New School of Jazz de New-York. Il a suivi des masters classes avec Mulgrew Miller et Pat Metheny. Dans les clubs de Tel Aviv, il a rencontré de nombreux musiciens israéliens.
Sa rencontre avec Anne Ducros lui permet de se produire en première partie des concerts de la chanteuse, en septembre 2012 au Festival de Jazz de Saint-Rémy de Provence et en novembre 2013 au Théâtre de Bobino. En 2014 il participe au concours international de Piano Solo Jazz de Montreux dont il est finaliste. Cette même année 2014 il joue au Festival Éclats d’Émail de Limoges dont la programmation est concoctée par J.M. Leygonie. En Août 2013 il a enregistré à Tel Aviv « Run Away » son premier album en tant que leader avec autour de lui le batteur Ziv Ravitz et le contrebassiste Haggai Cohen Milo. Le trio invite le saxophoniste Gilad Ronen qui est aussi le directeur artistique du projet. Depuis peu Jeremy Hababou vit en France et commence à écumer les clubs de la capitale
En France la sortie de l’album « Run Away » (Gaya Music/Socadisc) est prévue le 20 mai 2016 chez Gaya Music/Socadisc. Les mélodies enivrantes sont servies par des interprètes sensibles et talentueux qui parviennent à créer une pluralité de climats. L’énergie génère des tensions mises au service d’une richesse harmonique toujours sous-jacente.

Sur la pochette de l’album figure un tableau du célèbre peintre Yoël Benhrrouche. Sur l’album, onze titres dont six compositions originales du pianiste.
Le titre d’ouverture « Runaway », propose une musique dense et tendue avec des interventions lumineuses du saxophone soprano. Escapade ou fuite ? à suivre… Avec « Paradox » interprété en trio, la nuance advient, le climat change, le calme serein et rêveur alterne avec des cassures rythmiques toniques et interrogatives. Sur « Rea » le trio prouve sa cohésion et le pianiste entraîne ses compagnons dans une spirale où les influences orientales affleurent avec nuance. La parole circule librement et équitablement entre les trois musiciens dont on perçoit l’écoute réciproque. Sur « Turbulences » les lignes mélodiques du saxophone soprano ne sont pas sans évoquer la notion de fuite même si la fin du morceau suggère le répit. La structure du morceau « The Lick » met en évidence la virtuosité de Gilad Ronen littéralement porté par la section rythmique. Lyrisme et romantisme affleurent dans l’interprétation de « Richard & Mussorgsky », une composition de Jeremy Hababou inspirée par Moussorgsky.
Sur les deux titres « A la Mode » et « Conflict » l’orchestre improvise et les musiciens occupent l’espace musical renouvelé avec liberté et créativité. L’absence de saxophone nous surprend sur la reprise de la composition de Joe Henderson « Inner Urge » qui met en évidence les talents d’improvisateur du contrebassiste et la capacité du trio à faire circuler l’énergie. Jeremy Hababou rend hommage à Léo Ferré avec une interprétation singulière du titre « Avec le temps » pris sur tempo étiré et déstructuré. La bouleversante lamentation du saxophone ténor fait suite à la voix murmurée du pianiste. Même le texte, le poème affleure, l’émotion nous gagne. Une telle interprétation témoigne d’une grande maturité musicale. L’album se termine avec bonheur par une version éthérée, poétique et impressionniste de « Someday », la composition de Frank Churchil.
Après l’écoute d’un tel l’album, vient l’envie d’une immersion « live » pour mieux goûter à ces climats aux multiples couleurs. Le concert du 09 juin au Duc des Lombards à Paris est une opportunité pour écouter Jeremy Hababou sur une scène.
En attendant la sortie de l’album et le concert … rien de mieux qu’une vidéo pour patienter. Elle a été tournée au Sunside où Jeremy Hababou s’est produit en décembre 2015. Yoni Zelnik était à la contrebasse et Fred Pasqua à la batterie.
Le Deal présente « Jazz Traficantes »
Saison 2020/21 pour l’Auditorium de Lyon & Jazz à Vienne
Pour l’Auditorium de Lyon & Jazz à Vienne, la Saison 2020/21 s’annonce riche en promesses. Avec d’immenses stars du jazz et des musiques du monde à l’affiche, se profilent d’intenses moments en perspective. Hommage à Michel Petrucciani, Fatoumata Diawara, Chucho Valdés et Gregory Porter sans oublier Alice au pays des merveilles par The Amazing Keystone Jazz Big Band. De quoi réjouir le public !
Opéra Underground – RV d’octobre à décembre 2020
A l’automne 2020, avec son nouveau directeur Richard Robert, l’Opéra Underground de Lyon reprend ses concerts, à l’Amphi et sur la Grande Scène de l’Opéra. Après la reine du fado, Katia Guerreiro, se profilent le flamenco hétérodoxe de Niño de Elche, la chanson folk de Dick Annegarn, le jazz de chambre de Vincent Courtois, la rencontre entre Aquaserge et Jeanne Added bien d’autres propositions, toutes plus attractives les unes que les autres. Les RV d’octobre à décembre 2020 de l’Opéra Underground s’affichent comme autant de promesses artistiques diversifiées à découvrir
C’est parce que nous percevons cette soirée comme un évènement que nous nous sommes penchés sur la musique de ce créateur pour mieux nous préparer aux moments musicaux de cette soirée à venir. Pour cela nous avons lu l’excellent ouvrage « Moondog » écrit par Amaury Cornut et publié en 2014 aux éditions « le Mot et le Reste ». Le livre est passionnant de bout en bout. Le
La première partie de spectacle du 11 juin réunit quelques uns de ceux qui furent les compagnons de la vie européenne de Moondog. Ils viennent honorer de la plus belle manière la mémoire du compositeur. Stephan Eicher a rencontré Moondog aux Transmusicales de 1988, collaboré avec lui sur l’album « My Place » et lui a offert une « Carte blanche » au Montreux Jazz Festival en 1996. À partir de 1995, la pianiste Dominique Ponty était sur les scènes aux côtés de Moondog. Le percussionniste suédois Stefan Lakatos a découvert Moondog au cours d’un programme animé par Frank Zappa. Il a noué avec le compositeur une amitié qui les a unis de 1980 à la mort de Moondog. La présence sur la scène du Grand Théâtre de Stefan Lakatos adoubé par Moondog de son vivant, constitue un garant de l’authenticité de l’hommage rendu le 11 juin à Louis Thomas Harding a.k.a. Moondog. La dimension orchestrale de la musique du compositeur est restituée dans cette même première partie de spectacle par la participation de l’Orchestre de l’Opéra de Lyon sous la Direction de Stefano Montanari.
Le saxophoniste Raphaël Imbert rejoindra les artistes déjà cités sur « Bird’s Lament » (originellement nommé la « Symphonique No. 9 ») que Moondog avait composé suite au décès du saxophoniste de jazz Charlie Parker disparu le 12 mars 1955. Dans cette même première partie de soirée,
l’Ensemble Minisym créé en 2013 sur l’initiative d’Amaury Cornut incarne ce que Moondog appréciait, les liens pouvant exister entre le baroque, le classique et la modernité. Cet ensemble emprunte le nom que Moondog avait donné à une de ses symphonies, Minisym en guise de Symphonie Miniature. C’est Amaury Cornut qui assure la Direction Artistique de la première partie de la soirée du 11 juin et tiendra à cette occasion les percussions sur la scène du Grand Théâtre.
La seconde partie de spectacle met en évidence la dimension du mouvement qui habite l’œuvre de Moondog avec des chorégraphies et au piano. Il faut au moins tout cela pour faire connaître plus largement l’art universel de Moondog, ce solitaire qui a croisé Philip Glass, Charlie Parker mais aussi Leonard Bernstein et qui comptait Stravinsky, Toscanini, Frank Zappa, Janis Joplin, John Zorn et Jarvis Cocker parmi ses admirateurs mais aussi aujourd’hui Sophie Calle et Philippe Starck ou Riad Sattouf.
Il n’y a pas grand décalage entre la sortie du disque « Headbug » (One Drop/Rue Stendhal), le 22 avril et le concert de sortie de l’album, le 26 mai à 20h30, à paris, à la maison des Cultures du Monde. Ce double évènement va ravir les amateurs de Ray Lema dont le groove est fort apprécié. Ce pianiste, guitariste et compositeur congolais est un des pères de la musique centrafricaine congolaise et un grand pourvoyeur de groove. A son actif, plus d’une vingtaine d’albums et un parcours musical très personnel.
L’énergie habite « Headbug », cet album au titre trompeur car à son écoute point de « prise de tête », loin de là. Les plages se succèdent et procurent un même plaisir d’écoute. En fait, il y a bien eu prise de tête, mais seulement pour Ray Lema lors de l’écriture du titre éponyme qui ouvre le disque. Le pianiste Ray Lema s’est appliqué à trouver une structure harmonique qui mette en valeur ce morceau au groove renversant. Après ce premier thème, huit autres titres qui montrent (si cela est encore à prouver) la pluralité des styles que Ray Lema est capable d’embrasser avec réussite pour concocter un jazz multiculturel groovy et mélodique.
Ils ont donné le meilleur d’eux-même et contribuent grandement à la qualité de l’album.
Le Festival « Jazz à Saint-Germain-des-Prés » accueille Ray Lema et son quintet qui se produiront à Paris le 26 mai à 20h30, au théâtre de la Maison des Cultures du Monde. Le concert est soutenu par le Mois des Cultures d’Afrique. Le groupe lyonnais « EYM trio » assure la première partie de la soirée.
Cette double occurrence a en effet de quoi ravir les amateurs de la musique acoustique du pianiste et compositeur suisse. La personnalité singulière de Nik Bärtsch a émergé sur la scène jazz ces dix dernières années et a conquis un public très large. Entre la précision de l’horloger suisse et le détachement du maître zen, sa musique, héritière de Steve Reich, excelle à transmettre « une énergie intense et calme », un groove hypnotique renforcé par la puissance de cohésion qui émane du groupe.
Après trois albums studio (Stoa, 2006, Holon, 2008, et Lyria, 2010) et un double album live (2012) avec son groupe amplifié « Ronin », c’est en effet avec sa formation d’origine « Mobile » que le claviériste et compositeur suisse Nik Bärtsch a enregistré en mars 2015 son nouvel album « Continuum » (ECM/Universal) sous la direction artistique de Manfred Eicher. Pour précision, l’effectif de « Mobile » se recoupe avec le line-up actuel de « Ronin ».
A la base, le quartet acoustique « Mobile », fondé en 1997, est la source de l’esthétique de Nik Bärtsch et de son attitude musicale. Une attitude façonnée par son approche conceptuelle de la réduction et de la répétition, mais aussi par sa fascination pour la culture japonaise. Le pianiste conçoit l’art musical comme une sorte de rituel. Nik Bärtsch et ses comparses, Kaspar Rast (batterie), Sha (clarinette) et Nicolas Stocker (percussions) travaillent à la confection d’un son de groupe global fondé sur l’énergie sans se complaire dans de vains exercices de virtuosité. « Cette musique puise son énergie dans la tension entre la précision des compositions et de l’auto-contournement de l’improvisation. De cette restriction auto-imposée découle la liberté. L’extase par l’ascétisme », dit l’artiste.
Dans cet opus « Inspiration Baroque » par l’Ensemble Amarillis et Louis Sclavis, deux trios coexistent. Le trio baroque Amaryllis, Héloïse Gaillard (flûtes à bec et hautbois baroque), Annabelle Luis (violoncelle baroque) et Violaine Cochard (clavecin). Le trio jazz, Louis Sclavis (clarinettes), Matthieu Metger (saxophones) et Jean-Philippe Feiss (violoncelle). Les deux formations mettent en résonance des œuvres de l’époque baroque et des compositions de Jazz européen de Louis Sclavis et Matthieu Metzger.
L’enchaînement des morceaux concourt à mettre en évidence les points communs qui existent entre les syntaxes de cesdeux musiques. Lors du passage d’un morceau à un autre, point vraiment de démarcation mais plutôt des ponts, des similitudes, des liens même. Les musiciens en toute liberté inventent et croisent sons et partitions, alternent rythmes et fantaisies, inventent des mots nouveaux.
Le public cautionne les choix de programmation de cette grande maison incontournable dans le paysage lyonnais. C’est ainsi que huit concerts « Jazz & Musiques du Monde » sont programmés en 16/17 à l’AOL, soit deux de plus que durant la saison 15/16. La nouvelle est réjouissante et la teneur des concerts proposés est plus qu’alléchante.