Trois ans après son premier album « Dream Jobim », la saxophoniste Virginie Daïdé poursuit son voyage musical avec « Moods ». Malgré sa pochette en noir et blanc, l’album ne manque de couleurs, celles des émotions qu’elle célèbre en quartet. Neuf tableaux, neuf ambiances, neuf humeurs, la vie en quelque sorte.
Poésie et énergie avec Youpi Quartet & « Mozaïc »
Une alchimie musicale éclatante
Rarement groupe n’a aussi bien porté son nom que le Youpi Quartet. En effet, ce groupe fusionnel offre une musique à la fois énergique et enchanteresse. Sans instrument harmonique, le quartet complice réunit les souffles de la flutiste Émilie Calmé et de l’harmoniciste Laurent Maur et la performante paire rythmique composée du bassiste Ouriel Ellert et du batteur Curtis Efoua. L’oreille savoure l’éclatante alchimie musicale de « Mozaïc » et après l’écoute de l’album, un seul mot échappe … Youpi !
Après « No man’s Land », un premier album sorti en 2018, le Youpi Quartet revient le 20 mars 2020 avec « Mozaîc » (LBmusic/UVM Distribution), un opus réjouissant parcouru d’ondes musicales positives. Portées par un groove profond et nuancé, les mélodies poétiques évoquent les univers de contrées plus ou moins lointaines.
Inscrits dans un équilibre parfait, le duo de soufflants et celui des rythmiciens évoluent en parfaite complémentarité ce qui n’est pas sans évoquer le Yin et le Yang. D’ailleurs, lorsque le groupe se réclame du « Youpisme », ne s’agirait-il pas là d’une philosophie vivifiante qui concilie à la perfection poésie et énergie, force et élégance ?
Youpi Quartet
Duo de soufflants & Paire de rythmiciens
Pendant 8 ans, l’harmoniciste Laurent Maur et la flûtiste Émilie Calmé parcourent le monde pour et par la musique. Si le premier est considéré comme un digne héritier de Toots Thielemans, la seconde a été l’élève au bansuri du flûtiste indien Hariprasaad Chaurasia.
En 2015, ce duo mélodique très original croise la route d’un autre duo singulier, celui qui réunit le batteur percussionniste Curtis Efoua au solide bassiste Ouriel Ellert. Une rythmique efficace de deux instrumentistes qui performent dans une extrême connivence sur le mode de la délicatesse autant que sur celui de la furie.
Un quartet fusionnel

Youpi Quartet@Anais Oudart
La paire de rythmiciens déroule un tapis groovy au-dessus duquel s’élèvent les phrases élégantes du duo des soufflants complices. Les premiers adaptent leur jeu aux seconds. Mélodies et harmonies singulières issues des flûtes (traversière, alto ou bansouri) et des harmonicas (harmonica chromatique et harmonica MIDI) se chargent de l’énergie profonde que dispensent batterie et basse électrique.
Le quartet se nourrit des influences propres à chaque musicien et produit une musique fusionnelle qui invite au voyage à travers des univers ethniques ou imaginaires. On oublie l’absence d’instrument harmonique et on savoure l’espace musical où les lignes mélodiques naviguent au travers de trames harmoniques impalpables portés par un soutien rythmique nuancé et sans faille.
« Mozaïc »
Le répertoire de « Mozaïc » propose onze titres originaux composés pour six d’entre eux et à part égale par la flûtiste et l’harmoniciste, pour quatre autres, à part égale aussi, par le bassiste et le batteur et une composition issue de l’écriture conjointe de la flûtiste et du batteur. Ainsi l’ensemble des morceaux témoigne des influences de chacun des quatre musiciens et de la manière dont la fusion opère naturellement entre eux. On perçoit leur écoute mutuelle, leur réactivité complice, leurs interactions fusionnelles, la fluidité et la nature positive des propos échangés.
D’emblée, Wind in The Trees permet de percevoir l’osmose et la complicité qui règnent entre flûte et harmonica. Le duo harmonieux est porté par une force rythmique vigoureuse et efficace. Du magma sonore qui ouvre Lolita BB se détache ensuite un motif répétitif joué à l’unisson par les deux soufflants puis une atmosphère musicale psychédélique s’installe à partir de la ligne de basse groovy et des tambours volcaniques qui soutiennent le chorus enflammé de l’harmonica.
Après En miroir, virgule méditative envoutante qu’instaure la flûte, le groupe revient avec Bouture, pour un trip de tendresse. Sur motif de basse, le duo flûte-harmonica conte une mélopée bucolique d’une légèreté angélique auquel fait écho le solo de la basse. Toujours aussi agile et véloce mais jamais démonstrative, elle n’en oublie pas pour autant d’être mélodieuse. Plus loin 7suite inscrit son propos dans une dynamique pleine de vivacité. A partir d’un tempo acid funk jazz qu’impulse la paire rythmique, le duo fusionnel des soufflants déroule le thème. Le chorus acrobatique de l’harmonica déclenche l’allégresse.
L’harmonica tisse ensuite, sur Ombre et Lumière, une mélodie au climat sonore étrange et poétique avec le seul support de la basse en contrepoint. Au mitan de l’album, ce moment empreint d’une délicate mélancolie contribue à une respiration ressourçante.

Youpi Quartet©Anais Oudart
Avec Café turc, le climat musical évoque un voyage sur les rivages du Bosphore avec une mélodie aux parfums orientaux. Le chant modal enivrant de l’harmonica électronique évoque parfois les sonorités du douduk. Après ce morceau fort dépaysant, on chavire à l’écoute de la mélodie lumineuse que soufflent flûte et harmonica à l’unisson. L’enthousiasme s’installe petit à petit ponctué par les interventions des rythmiciens, délicats puis pulsatiles, qui poussent la flûte enchanteresse à s’envoler et l’harmonica à exprimer une tendre mélancolie. Ce morceau permet là encore de percevoir l’étonnante alchimie qui règne entre les membres du quartet.
Le répertoire fait une incursion dans une sphère à la fois groovy et funky avec Fresh. Sur un motif de basse continu, s’installe un thème que tissent flûte et harmonica. D’une efficacité sidérante, la duo basse-batterie dialogue et inspire à la flûte un solo inspiré qui survole le tapis rythmique lumineux. Le morceau se termine avec un chorus organique de la batterie.
Avec son titre qui évoque les deux instruments impliqués, Bansanza termine l’album. Cette poésie musicale hypnotique instaure un climat serein. Un duo magique et minimaliste entre bansuri et sanza.
Avec Youpi Quartet on échappe à la gravité et aux contraintes de l’espace et du temps. Une musique à l’identité vibrante et colorée. « Mozaïc », un album à partager sans modération pour positiver et rêver.
En ces temps de confinement le concert qui devait marquer la sortie de l’album au Studio de l’Ermitage a été annulé et reporté à une date ultérieure dont on espère qu’elle puisse advenir en automne. En tous cas, pas question de se priver de l’écoute de l’album « Mozaïc » dont les titres sont disponibles sur toutes les plateformes.
« Moods », les émotions de Virginie Daïdé
Adrien Chicot revient en quintet avec « Sound of Eymet »
Pour son cinquième album, « Sound of Eymet » le pianiste Adrien Chicot est de retour en quintet. Avec Julien Alour à la trompette, Ricardo Izquierdo au saxophone, Sylvain Romano à la contrebasse et Antoine Paganotti à la batterie déjà présents à ses côtés sur « Babyland », il présente un répertoire de titres inédits. A la fois énergique et tranquille, l’opus propose un hard bop sensible et inventif qui ne manque pas de poésie.
Mars 2023… Coups de cœur !
« Mars 2023… Coups de cœur ! » présente quatre nouveaux projets d’artistes et de groupes qui ne cessent de se renouveler, Omer Klein, Pierrick Pédron et Gonzalo Rubalcaba, Baptiste Herbin et Nicolas Gardel, Papanosh. De quoi se régaler… bien au-delà de mars 2023 !
« The Women who raised me » permet d’oublier « Indigo » (2018), ce mélange de pop et de R&B bien éloigné de la superbe ambiance de « Soul Eyes » (2016) qui se promenait entre une soul très cool et un chant jazzy nocturne. Ainsi, sur ce troisième album produit par Larry Klein, la chanteuse et pianiste Kandace Springs revient sur les terres du jazz où elle excelle.

Plus loin, sur la composition originale Night Owl, soutenue par le piano volubile, la voix navigue entre joie et mélancolie alors qu’elle se fait plus soul sur Save Your Love For Me. Même si le chant se pose avec justesse sur le texte, une improvisation vocale aurait apporté ce grain de folie et cette prise de risque qui font un peu défaut.
Au cours des cinq dernières années, le saxophoniste et compositeur Shabaka Hutchings s’est imposé comme une figure centrale de la scène jazz londonienne. Doté d’un esprit créatif et innovant, il est impliqué dans de nombreux projets au sein desquels il joue. Le quartet « Sons of Kemet », le trio « The Comet Is Coming » et le sextet « Shabaka & the Ancestors », une formation au propos spirituel et dynamique.
Dans le cadre historique du