À Cluny, en Bourgogne du sud, du 19 au 26 août 2023, le festival « Jazz Campus en Clunisois » donne rendez-vous à un large public pour vivre au rythme du jazz et des musiques improvisées. Fidèle aux valeurs de ses origines, il propose un large panorama de cette « musique en état perpétuel de création ». L’occasion de retrouver près de quarante artistes, six ateliers musique et chant, deux ateliers jeune public, des bœufs jusqu’au bout de la nuit. Des musicien.ne.s de renommée internationale, des artistes créatifs au long cours et aussi de nouveaux venus qui sont les enchanteurs de demain.
Thomas Delor revient avec « Silence the 13th »
Pulsations contrastées et couleurs captivantes
Après le somptueux et singulier « The Swaggerer », le batteur et compositeur Thomas Delor récidive avec « Silence the 13th », un deuxième album tout aussi convaincant que le premier. Entouré des compagnons déjà présents sur son premier opus, le leader confirme ses qualités de compositeur et d’instrumentiste. L’album cultive l’art de la nuance et séduit par ses pulsations contrastées, ses couleurs captivantes et ses silences… véritables notes de musique.
Presque deux ans après « The Swaggerer » (Fresh Sound New Talent/Socadisc), un premier album fort réussi, Thomas Delor revient en trio le 30 mai 2020 avec « Silence The 13th » (Fresh Sound New Talent/Socadisc).
A travers le titre de son deuxième opus, le leader annonce de manière explicite la place essentielle que le silence occupe dans son art. D’ailleurs pour clarifier son message, le batteur remplace avec astuce sur la pochette le « S » de Silence par une figure de silence, celle du soupir et à l’intérieur du livret, il livre un second clin d’œil en utilisant le demi soupir en guise de première lettre de son prénom.
Captivant de bout en bout, « Silence The 13th » révèle un répertoire de neuf titres aux climats riches et contrastés. Les échanges des trois instrumentistes laissent percevoir leur complicité, leur écoute mutuelle et la richesse de leur expression.
Trio complice
Toujours à la tête du trio qui réunit autour de lui, le guitariste Simon Martineau et le contrebassiste Georges Correia, le batteur Thomas Delor confirme sur son instrument ses talents de mélodiste avéré. Il ne se départit pas pour autant de ses singulières qualités de rythmicien qui à la fois propulse la musique, la souligne, la dynamise, la prolonge et la suspend tour à tour.
Subtil mélodiste, Thomas Delor développe sur sa batterie une palette expressive dont les nuances varient entre impétueuses fulgurances et délicats effleurements. C’est un bonheur absolu de l’écouter égrener note par note les thèmes sur les peaux de ses tambours ou de vibrer au gré de ses explosives envolées. La contrebasse de Georges Correia pulse efficacement et se fait lyrique lors d’improvisations inspirées. De la guitare de Simon Martineau s’échappent des accords lumineux et de splendides lignes mélodiques dont toute note superflue est bannie.
Sur les pistes du Silence
Thomas Delor propose un répertoire où alternent six compositions personnelles et trois reprises. Au fil des titres, les ambiances varient et permettent aux solistes de donner le meilleur d’eux-mêmes dans des contextes diversifiés. Il est plaisant de suivre les foulées musicales des trois musiciens sur les pistes du Silence.
Adepte de la logique et mathématicien dans l’âme, Thomas Delor intitule Syllogism le premier titre de l’album. Une mélodie troublante aux inflexions mystérieuses émerge d’une introduction au climat ondoyant où la guitare suspend ses accords avant de passer le relai à la contrebasse. Le batteur réactif et très inspiré stimule la guitare au son saturé dont le propos se fait réjouissant avant que n’advienne une conclusion groovy qui fédère les protagonistes autour de l’énergique batterie.
Silence the 13th qui donne son nom à l’album, ouvre avec une mélodie jouée en suspension par la contrebasse puis par la guitare. La guitare magicienne métamorphose ensuite le climat et l’espace semble se dilater jusqu’à atteindre l’infini où la musique atteint la sérénité.
Seul face à lui-même, sur Peaux pourries, le batteur fait ensuite délicatement chanter les peaux de ses fûts avec une allusion à La cucaracha. Le répertoire se poursuit avec My Little Suede Shoes que la batterie fredonne subtilement de manière ludique. Sur un tempo chaloupé, la composition de Charlie Parker prend un sacré coup de jeune. La guitare dialogue avec la batterie et reprend le thème truffé de citations parmi lesquelles se faufile Au Clair de la Lune. Cette superbe version du thème de Parker permet au batteur de montrer toute l’étendue de son talent à travers une véritable orchestration rythmique.
Plus loin, Providence Incitation ouvre un espace sonore que les musiciens explorent en totale interaction. Souple improvisation de la contrebasse, lumineux chorus de guitare et libre expression des baguettes. Sur Minefield, le trio invite ensuite l’oreille dans une déambulation contrastée sur les pentes du feeling et du blues. La guitare irradie d’un swing éclatant qui rappelle celui d’un certain Philip Catherine. La section rythmique pulse à merveille et l’on perçoit la joie que partagent les trois musiciens.
Confronté au défi d’interpréter Que reste -t-il de nos amours ?, le trio y parvient tout à fait et revitalise à merveille cette chanson de Charles Trenet. Les somptueux accords de la guitare sont mis en valeur par le jeu mélodiste de la batterie. Contrebasse, guitare et batterie offrent ensuite une version peu orthodoxe du Prélude Po.28, N°20 de Chopin. Après un début doté d’une grâce aux accents baroques, le trio opte pour une effervescence décapante et enrockée.
Sur le dernier titre de l’album, Une soupe, et au lit, le trio surfe avec souplesse sur la vague du swing et incarne à merveille cette alternance tension/détente propre au jazz.
Sur son deuxième album, « Silence The 13th », le trio de Thomas Delor convie le silence en guise de treizième note de la gamme, ce qui en dit long sur sa conception de la musique dont le spectre explore une palette de nuances dont les variations s’étendent du murmure le plus délicat à l’explosion la plus vive.
Jazz Campus en Clunisois 2023 – La Programmation
Laurent Cugny Tentet présente « Zeitgeist »
Avec « Zeitgeist » Laurent Cugny livre sa définition du jazz : un langage musical universel qui traverse les époques et transcende les mélodies. Le pianiste dirige ici la fine fleur des musiciens hexagonaux réunis dans un tentet où chaque instrumentiste s’exprime avec une grande liberté. Électricité et mélodie font bon ménage. Un album jubilatoire.
« Healing rituals » de Naïssam Jalal
Loin des colères et de la frénésie du monde, la flutiste et compositrice Naïssam Jalal met le cap sur la profondeur et la douceur avec « Healing rituals ». Elle a imaginé et créé huit rituels de guérison qui résonnent comme huit rituels de sérénité où se mêlent harmonies du Moyen Orient et lyrisme modal. Une musique acoustique et vibrante aux atmosphères apaisantes, intenses et lumineuses.

Composé par
Sideman apprécié, il a enregistré aux côtés de Faiz Lamouri, Gustave Reichert, Le collectif King Of Panda, Sam Tessier. Il a joué avec Saul Rubin, Julien Alour, Rick Margitza, Baptiste Herbin, Sylvain Beuf, Didier Lockwood, Denise King sur de nombreuses scènes prestigieuses de l’hexagone.

Guidé par une curiosité insatiable et uni par une connivence qui ne se dément pas, le duo a enregistré « Abrazo ». L’album, regarde du côté du tango et de la culture qui s’y rattache et son titre évoque les étreintes passionnées des danseurs.