Le pianiste McCoy Tyner est décédé le 06 mars 2020 à l’âge de 81 ans. Avec lui s’éteint le dernier membre du quartet de Coltrane dans lequel il a joué de 1960 à 1965. Son héritage a révolutionné l’art du piano jazz moderne. Après une riche carrière de leader, il laisse le souvenir d’un musicien lumineux et discret dont le jeu unique et reconnaissable demeure une référence essentielle du jazz moderne.
« Almot Wala Almazala », deuxième album de Naïssam Jalal
« Almot Wala Almazala », une ode poignante à la résistance
“Almot Wala Almazala” le deuxième album de « Naïssam Jalal & Rhythms of Resistance » rend hommage au courage et à la résistance du peuple syrien. Entre révolte et espoir esquissé, un album coup de poing.
Après “Osloob Hayati” sorti en mars 2015, la flutiste Naïssam Jalal et son groupe « Rythms of Resistance » poursuit sa route musicale. Annoncé pour le 10 novembre, « Almot Wala Almazala » (Les Couleurs du Son//L’Autre Distribution), le deuxième album du quintet, s’inscrit dans la continuité du premier.
Le titre de l’album « Almot Wala Almazala » reprend le slogan « la mort plutôt que l’humiliation » scandé par les Syriens au printemps 2011 lorsqu’ils ont investi la rue et crié leur soif de liberté au péril de leur vie, le cœur plein d’espoir et les mains chargées de fleurs. On connaît la suite et le martyr de ce peuple qui aspire juste à vivre libre.
« C’est pour rendre hommage à leur courage, et aux centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants morts sous les balles ou la torture, morts de faim, assiégés par le régime et l’indifférence du monde » que la flutiste Naïssam Jalal a donné ce titre à l’album et « composé le morceau qui raconte l’histoire de cette révolution qui vit encore malgré tout ».
Ancrée dans les traditions orientales, la musique de l’album « Almot Wala Almazala » se projette librement vers un ailleurs que l’orchestre esquisse au gré des des modes empruntés à la musique orientale et des improvisations. Les envolées furieuses de la flutiste sont soutenues par une rythmique enivrante qui délivre un groove aux effluves éthiopiens.
La jeune flutiste d’origine syrienne est née à Paris où elle a étudié la flute traversière classique au conservatoire. À 17 ans Naïssam Jalal découvre l’improvisation et deux ans après elle quitte la France en quête de ses racines. Elle étudie le nay au Grand Institut de musique arabe de Damas en Syrie puis rejoint le Caire où elle étudie le violon. De retour en France en 2006 elle se défie déjà des frontières musicales et partage son activité entre de nombreux styles, rap, musiques orientales, afrobeat et même musiques latines comme le tango avec Melingo. Elle côtoie le milieu du jazz et on l’a écouté récemment sur « Golan/Al Joulan Vol.1 », le dernier disque du contrebassiste Hubert Dupont.
Elle crée son duo Noun Ya avec le guitariste et oudiste Yann Pittard et enregistre « Aux Résistances » en 2009. En 2011 elle fonde son quintet « Naïssam Jalal & Rhythms of Resistance » avec lequel elle se produit ensuite en France et en Europe. Attachée au milieu hip-hop, elle continue à explorer cet univers avec le rappeur Osloob dans leur formation Al Akhareen.
A l’image de leur musique métisse, « Rythms of Resistance » est un ensemble cosmopolite. Le saxophoniste franco-marocain Mehdi Chaib, le guitariste et violoncelliste allemand Karsten Hochapfelt, le contrebassiste hongrois Matyas Szandai. Sur cet album, le batteur guadeloupéen Arnaud Dolmen partage les plages avec l’Italien Francesco Pastacaldi
Les neuf plages de l’album restituent les couleurs de la révolte, de la rage et de la violence mais ne sont pas sans évoquer des ambiances qui suggèrent le courage, l’espoir et l’amour. Les tensions sont créées par la pulsion lancinante et incessante d’une solide section rythmique et les riffs réitératifs que souffle la flute. Les improvisations très fluides du saxophone insufflent le feu ou une douce complainte. La parole circule librement entre les musiciens
Avec hauteur Alep et la flute égrènent le temps qui passe au-dessus de la ville qui espère et résiste. Sur le titre Dar Beida, irradié de lumière, le violoncelle de Larsten Hochapfel sonne comme un gembré et le nay de Naïssam Jalal élève des spirales véhémentes comme pour solliciter la clémence. La pluie laisse entendre un répit salvateur.
Ainsi nommée en hommage à Daniel Bensaïd, à qui le morceau est dédié La lente impatience dit la nécessité de résister pour que demain advienne. Le saxophone infatigable élève une longue plainte comme un appel plein de désespérance qui rappelle par sa puissance les cris du mouvement de libération des afro-américains.
Conçu comme une courte suite, le titre éponyme de l’album dédié aux martyrs de la révolution syrienne porte en lui la plainte absolue de la désespérance, la force nécessaire de la révolte, la lumière fragile de l’espoir et le possible ténu d’un renouveau attendu.
Entre l’Orient et l’Occident, entre jazz, musique traditionnelle orientale et musiques africaines, « Almot Wala Almazala », un opus hypnotique empreint de gravité. Une musique personnelle, métissée et engagée qui résiste au formatage et remet en cause les cadres traditionnels.
Le pianiste McCoy Tyner est mort
Visuel 2020 de Jazz Campus en Clunisois
Cette année encore, c’est un volatile haut en couleurs qui se pavane sur le visuel 2020 de Jazz Campus en Clunisois. L’oiseau hausse le col et ouvre le bec pour donner rendez-vous au public du 15 au 22 août 2020. Il siffle aussi l’ouverture des inscriptions pour les stages 2020. Plumes lissées et œil vif, il attend avril pour annoncer la programmation.
Chick Corea Trilogy rime avec Magie à l’Auditorium de Lyon
Le 29 février 2020, après la prestation de Chick Corea Trilogy, le public de l’Auditorium de Lyon a encore des étoiles dans les yeux. Il se félicité d’avoir assisté au concert éblouissant du pianiste entouré de ses complices, le contrebassiste Christian McBride et le batteur Brian Blade. Ce soir-là Chick Corea Trilogy rime avec Magie. Trois virtuoses inspirés en conversation musicale… un pur moment de bonheur.
Le pianiste Gerardo Jerez Le Cam transcende les styles et mélange les musiques traditionnelles et contemporaines argentines avec leurs cousines roumaines et moldaves. Cet artiste franco-argentin natif de Buenos Aires a en effet inventé le « tango balkanique » et il revient en 2016 avec « Reflejos Migrantes » (Label Ouest/l’Autre Distribution) à paraître le 10 novembre. L’enregistrement a été réalisé en juillet 2016 à La Soufflerie de Rezé près de Nantes. Cet album vraiment ébouriffant présente un riche mélange de trames mélodiques et d’envolées tourbillonnantes.
« For Paco » (Label Bleu/L’Autre Distribution) n’est pas un album destiné aux puristes de flamenco ni même aux inconditionnels de jazz traditionnel. Cet album convient par contre à ceux et celles qui ont apprécié la démarche de Paco de Lucia, ce guitariste légendaire qui a modernisé le flamenco dans les années 70 en explorant la musique classique et le jazz. Son art construit à partir d’une technicité éblouissante a conservé une dimension sensible et une inventivité sans pareille.
C’est dans une telle logique que Louis Winsberg a créé JALEO à la fin des années 90. En recherche d’un monde qui lui appartienne en propre, le guitariste a exploré librement les univers musicaux qu’il connaissait. Il les a mêlés, invitant à ses côtés des musiciens prêts à s’engager dans cette quête, celle d’un ailleurs qui bouscule les frontières et les identités jusqu’à en définir une nouvelle histoire, celle de JALEO.
Pour enregistrer cet album lumineux, Louis Winsberg a réuni le quintet de base constitué de lui-même aux guitares, oud, saz, mandoline, bouzouki et percussions, Sabrina Romero (chant, danse, cajon), Jean-Christophe Maillard (saz, guitares, choeurs), Cédric Baud (guitare, saz, mandoline) et Stéphane Edouard (percussions, tablas). La couleur prédominante est donnée par les guitares, les voix et les percussions?
paru en 2013. Aux côtés de Frédéric Viale demeure l’équipe chaleureuse et complice des trois Brésiliens déjà présents sur l’album précédent. Les interventions innovantes du guitariste Nelson Veras apportent une touche précieuse à la palette du quartet. Le bassiste Natallino Neto assure un soutien rythmique et harmonique sans faille. La souplesse sans pareille de Zaza Desiderio confirme décidément la place qu’occupe le batteur dans l’hexagone. Une telle section rythmique basse-batterie permet aux deux solistes de s’élancer sans risque dans des improvisations vertigineuses.
En fait le titre de l’album « les Racines du Ciel », celui de la composition éponyme et l’illustration de la pochette se réfèrent au tableau de Véronique Denoyel, une amie peintre de Frédéric Viale. L’accordéoniste dit puiser sa sensibilité et son inspiration dans cette image et les couleurs de la nature. C’est d’ailleurs elle qui a inspiré Le Printemps et Ballade Automnale, deux ballades nostalgiques qui évoquent les couleurs de ces saisons changeantes. On aime le duo poétique accordéon/guitare de cette Ballade Automnale dédiée au contrebassiste Eric Fassio. Sur Le Printemps, on valse dans les langueurs que dessine l’accordina de Frédéric Viale.

Le silence est palpable et la sobriété sensible des deux interprètes renouvelle ce titre tant de fois interprété.
Originaire de São Paulo au Brésil, Fernando DelPapa joue du cavaquinho dès l’âge de 13 ans. Il gagne Paris en 2000 où il s’engage dans des études d’ethnomusicologie. Parallèlement il s’engage dans les aventures musicales de différents groupes :Orquestra do Fubá, Roda do Cavaco et Terça Feira Trio où il se fait connaître sous le nom de Fernando Cavaco.
Pour précision, l’album « Eu Tambèm » (Helico Music/L’autre Distribution) sorti le 23 septembre 2016 a pu être réalisé grâce à un financement participatif.
Le rythme de la samba pagode plane sur tout le disque. O Mar où chante la trompette de Robinho Antunes, résonne comme un clin d’oeil au grand compositeur du genre, Paulinho da Viola. Les lignes de basses insistantes et les saveurs nordestines du titre Olho Magico exercent un attrait infini. On bouge sur les sonorités africaines de Meu Barraco. On voyage du désert du Nordeste à celui du Texas à l’écoute de Couro Cru. La nostalgie de Quebra Cabeça n’est pas sans évoquer l’univers de de Chico Buarque. Palafitas fleure bon le romantisme d’une ancienne modinha où accordéon, guitare et violoncelle aspirent à des escapades mexicaines.