Label ECM-Focus1-Septembre 2016

Label ECM-Focus1-Septembre 2016

Trois Album ECM, « Atmospheres », « Ida Lupino », « Rumi Songs »

Pour explorer l’identité ECM, « Label ECM-Focus1 » présente trois albums ECM parus le 02 septembre 2016. « Atmospheres », « Ida Lupino » et « Rumi Songs ». Magie. Interaction. Voyage.

300-couv_Tigraan-etc_AtmospheresPremier album de ce « Label ECM-Focus1 », le double CD « Atmosphères » réunit Tigran Hamasyan (piano), Arve Henriksen (trompette), Eivind Aarset (guitare) et Jan Bang (samples live et samples). L’idée de ce disque remonte à 2013 lorsque Manfred Eicher a entendu à la radio un extrait d’un duo qui réunissait Tigran Hamasyan et le musicien électro Jan Bang. Le potentiel de cette association l’a conduit à proposer aux deux musiciens de se réunir avec Eivind Aarset et Arve Henriksen.

Un enregistrement d’une grande intensité créatrice s’est déroulé en juin 2014 dans l’Auditorio Stelio Molo RSI de Lugano. Enregistrement et mixage du double album se sont déroulés en trois jours, dans un seul et même mouvement, dans la tradition des enregistrements ECM dédiés à l’improvisation.

300_atmospheres-les-musiciensTous les musiciens impliqués dans « Atmospheres » ont déjà enregistré chez ECM dans des configurations variées. La présence du pianiste entraîne les musiciens norvégiens vers d’autres territoires que les leurs. A l’époque de l’enregistrement Tigran Hamasyan travaillait sur « Lyis i Luso » ce qui explique que l’on retrouve sur le disque du quartet des thèmes du compositeur arménien Komitas Vardapet (1968-1935). Ils émergent comme des îlots dans les vagues musicales d’improvisation de l’album.

Ainsi les orientations mélodiques de Tsirani tsar, Garun a, Hoy Nazan se réfèrent à l’univers arménien. Le trompettiste Arve Henriksen transforme ces ambiances en les incorporant dans son propre univers. Sa sonorité dont la douceur est proche de celle du duduk crée des territoires brumeux et flottants. Dès le titre d’ouverture, Traces I, le guitariste Eivind Aarset choisit ses notes avec soin et met en place des environnements musicaux subtils et oniriques.

Jan Bang traite le son en temps réel et capte des boucle de sons qu’il traite en les réinjectant dans le son d’ensemble qui épaissit. Les samples donnent un reflet déformant aux sonorités émises par les musiciens et cela concourt à créer une atmosphère mystérieuse. C’est troublant, un peu comme si le son retournait chaque fois à son origine. La pochette de l’album évoque avec justesse les ambiances atmosphériques nuageuses de l’album.

« Atmosphere » est un peu comme une œuvre expérimentale à l’esthétique fluctuante et magique. Tous les détails sonores ont leur importance et participent à l’ambiance quasi flottante de la musique.

300-couv_ida-lupino-Sclavis - PetrellaDeuxième album de ce « Label ECM-Focus1 », le CD « Ida Lupino » où se retrouvent Giovani Guidi (piano), Gianluca Petrella (trombone), Louis Sclavis (clarinette) et Gerald Cleaver (batterie). Pour cet enregistrement Manfred Eicher a associé le batteur américain et l clarinettiste français au duo déjà constitué par le pianiste et le tromboniste italiens. Les deux derniers avaient déjà joué avec Cleaver mais Sclavis n’avaient jamais croisé la route de ces trois artistes.

Enregistré et mixé en trois jours en février 2015 dans l’Auditorio Stelio Molo RSI de Lugano, l’album est encore réalisé dans la pure tradition ECM. Le CD « est une photographie exacte de l’endroit où nos quatre voyages individuels nous ont mené et ce que nous avons été capables de faire ensemble. Ceci n’aurait pas pu se réaliser de la sorte sans Manfred qui d’une certaine manière est le cinquième musicien du groupe, à l’écoute de chaque note, de chaque son, de chaque détail… » affirme Giovanni Guidi.

300_Giovanni-Guidi-photo-Caterina-Di-Perri Au centre de l’album on retrouve la complicité des deux grands improvisateurs italiens que sont Giovani Guidi et Gianluca Petrella300_Gianluca-Petrella. Leur l’entente remonte à l’époque où tous deux jouaient dans l’orchestre du trompettiste Enrico Rava. Depuis, leur relation musicale n’a fait que s’étoffer. La musique de l’album « Ida Lupino » est donc fondée sur le duo que les deux autres musiciens surprennent et stimulent.

L’accent est mis dans ce disque sur l’improvisation collective mais aussi sur l’émergence d’airs résolument lyriques créés en temps réel ou précédemment écrits. Pourtant dans l’opus il y a deux exceptions à ce principe du « tout improvisé ». Ida Lupino, le célèbre thème de Carla Bley qui donne son titre à l’album. C’est un peu comme un hommage rendu à cette pianiste qui fête ses 80 ans en 2016 et avec qui le tromboniste a eu l’occasion de jouer. On peut aussi y voir un clin d’oeil à Paul Bley qui a popularisé cette mélodie et inspire beaucoup le jeu de Guidi. Per i morti di reggio Emilio est par ailleurs une sorte de « protest song » écrit par Fausto Amodei.

Sur « Ida Lupino », les interactions entre les musiciens, la finesse du batteur, les qualités d’improvisateur mélodique et véloce du clarinettiste jointes à la complicité et la capacité d’adaptation du duo piano-trombone influent sur l’ambiance de cet album plein de créativité et de fraîcheur.

300-couv_Rumi-song_SeimDernier album de ce « Label ECM-Focus1 », l’opus « Rumi Songs » qui réunit le saxophoniste norvégien Trygve Sein, la chanteuse mezzo-soprano Tora Augestad, l’accordéoniste Frode Haltli et le violoncelliste Svante Henryson. Si les trois instrumentistes ont déjà enregistré chez ECM, c’est par contre la première apparition de la chanteuse sur un disque ECM.

L’enregistrement a été réalisé après que le saxophoniste ait affiné sur scène le répertoire des Rumi Songs, entre 2013 et 2015. Hormis une piste, le disque a été enregistré en trois jours en février 2015 au Rainbox Studio d’Oslo et produit par Manfred Eicher. Sacha Kleis a réalisé la pochette de « Rumi Songs » à partir d’une photo de Knut Bry.

C’est la poésie du persan Jelaluddin Rumi (1207-1273) qui inspire le cycle de chansons des Rumi Songs de Trygve Sein. Le poète né dans l’actuel Afghanistan a vécu au Tadjikistan et a fini sa vie en Anatolie comme maître soufi et poète. Trygve Seim décrit son œuvre comme « de la poésie très humaine, transcendant les religions, les pays et les races ». Les textes de Jelaluddin Rumi sont traduits en anglais par Coleman Barks ainsi que Kabir et Camille Helminsky pour le titre Seing Double.

300_Trygve-Seim-photo-Colin-EickTrygve Seim a commencé à écrire la musique de ses premiers Rumi songs en 2003 sur l’impulsion de la regrettée chanteuse Anne-Lise Berstsen. Après avoir essayé de multiples orchestrations, le saxophoniste s’est arrêté à la formule instrumentale actuelle saxophone/voix/accordéon/violoncelle qui valorise les textes. Les dix titres font alterner écriture et séquences d’improvisations. Le saxophoniste est entré chez ECM en 2001 avec « Different Rivers » qui a obtenu un immense succès. Il a depuis participé à une vingtaine d’enregistrements chez ECM invité par d’autres interprètes. « Rumi Songs » est son second album en tant que leader. Pour mettre la poésie arabe en musique, le saxophoniste s’est imprégné de musique arabe en étudiant au Caire. Il a aussi travaillé avec le musicien égyptien Fathy Salama. Ainsi, cet improvisateur reconnu qu’est Trygve Seim a élargi sa palette qu’il a mise au service de la poésie300-72_Trygve_Seim_Rumi_Songs_photo_Knut_Bry.

Chanteuse et actrice, Tora Augestadt s’est d’abord spécialisé dans le répertoire allemand de la première moitié du 20ème siècle (Brecht, Weill) et a participé à la création de nombreuses œuvres théâtrales (Cage, Schoenberg). Elle dirige son propre orchestre « Music for a While » qui mêle jazz et musique ancienne.

Très créatif, l’accordéoniste Frode Haltli inscrit son travail dans la musique nouvelle, la musique folk et l’improvisation. Le violoncelliste Svante Henryson travaille dans le contexte de la musique de chambre et se produit aussi en solo.

When I see your face est coloré d’ambiances orientales ainsi que le titre Whirling Rhythms qui reflète le voyage du saxophoniste parti honorer la tombe du poète lors de la célébration annuelle qui lui est consacrée. On s’immerge dans l’atmosphère sereine et lumineuse du chant There is something Kiss we want qui termine l’album.

« Rumi Songs » reflète la lumière et la sérénité du silence. Il en résulte un paysage sonore riche en couleurs et en sensations. Un voyage contemplatif irradiant de la force de la vie et de la foi.

On explore prochainement d’autres enregistrements du Label ECM dans un futur billet « Label ECM-Focus2 ».

Baptiste Herbin présente « Vista Chinesa »

Baptiste Herbin présente « Vista Chinesa »

Le saxophoniste Baptiste Herbin vient enchanter ces temps de confinement avec la sortie de « Vista Chinesa ». Son quatrième album offre un concentré musical imprégné de rythmes brésiliens. A la tête d’un quartet, l’altiste accueille des invités brésiliens de marque et introduit des chansons dans son répertoire. Son jeu volubile ne manque ni de nuance ni de sensibilité. Du jazz ensoleillé et flamboyant.

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Jazz Confiné #4

Pour cette rubrique « Jazz Confiné #4 », voix et instruments sont de la partie. Guitare et saxophone se donnent à écouter en solo puis la voix s’invite au sein d’un duo et de formations instrumentales élargies. Des versions musicales confinées qui donnent de plus en plus envie de retrouver les artistes sur scène mais il va falloir patienter encore en peu. En attendant, les albums enregistrés en studio avant la crise sanitaire et à sortir bientôt sont les bienvenus.

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Jazz Confiné #3

C’est du côté des Big Bands que regarde la rubrique « Jazz Confiné #3 ». Malgré le confinement, point de répit pour les grands orchestres de par le monde. Ils ne manquent ni de puissance, ni d’inspiration et encore moins d’inventivité. Du Jazz haut en couleurs sonores !

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Label ECM-Focus1-Septembre 2016

Label ECM – Edition of Contemporary Music

Le Label ECM ou l’exigence comme garant d’esthétique

Le label allemand « Edition of Contemporary Music », identifié sous le sigle ECM est connu pour son exigence et la qualité apportée à la réalisation de ses albums. Incontournable dans le paysage discographique du jazz, ECM possède une esthétique unique.

manfred-eicher

Manfred Eicher

Fondé par le contrebassiste Manfred Eicher en 1969 à Munich, le label ECM a publié plus de 1500 albums qui explorent des idiomes très différents. En effet le catalogue ECM propose à la fois du jazz, de la musique classique, de la musique contemporaine et des musiques du monde. Il est reconnu pour la qualité de son travail et son exigence à tous les niveaux de la chaîne. Cela concerne tant les musiciens invités, que la prise de son et la production toutes deux minutieuses ainsi que les choix graphiques.

Les qualificatifs associés à ECM sont nombreux. Label exigeant, label original, label d’avant-garde. Il s’agit surtout d’un label qui a su conserver son indépendance éditoriale.

free at last_couv ecmLa réputation du label ECM n’est plus à faire dans le domaine du Jazz. Le premier album du label paru le 1er janvier 1970 a été « Free at Last » avec le trio du pianiste américain Mal Waldron. De nombreux artistes du monde du jazz ont contribué à sa renommée comme Keith Jarrett (avec plus de 50 références), Jan Garbareck,  Charles Lloyd, John Abercrombie, Terje Rypdal, Paul Bley, Marilyn Crispell, Carla Bley, Michael Mantler et Egberto Gismonti pour n’en citer que quelques-uns. Pat Metheny a commencé chez ECM avant d’être connu. En fait, la réputation du label s’est imposée après l’enregistrement le 24 janvier 1975 d’un solo de Keith Jarrett qui est devenu un double album, Koln concertle « Köln Concert ». Quasiment incontournable. Ont ensuite suivi le premier « Return to Forever de Corea et le « Offramp » de Pat Metheny puis les albums de nombreux artistes européens ou américains incontournables dont (pour en citer quelques uns) Lee Konitz, Charlie Haden, John Surman, Eberhard Weber, Miroslav Vitous, Eivind Aarset, Nik Bärtsch, Mark Turner, Andy Sheppard, Enrico Rava, Paolo Fresu, Anouar Brahem, Susan Abuehl, Louis Sclavis, François Couturier… pour plus d’exhaustivité, le site du label propose la liste des artistes de son catalogue.

Les musiciens apprécient l’attention que Manfred Eicher porte aux enregistrements mais aussi le fait que chez ECM les artistes signent pour un album sans contrat d’exclusivité. Les séances d’enregistrement en studio sont courtes et le mixage de la même veine.

Dans le domaine de la musique « classique contemporaine », la collection « New Series » a immortalisé quelques enregistrements de Steve Reich, John Adams et Meredith Monk dans le champ de la musique minimaliste. Depuis 1984, la collection explore le chant médiéval et la musique contemporaine. Ainsi on retrouve la musique du compositeur couv arvo part lamentateArvo Pärt, celles d’Andras Schiff, du Hilliard Ensemble, du Trio Mediaeval avec des œuvres de Pérotin et Guillaume de Machautet. La liste est loin d’être exhaustive.

Dans les années 90, ECM a proposé l’écoute de films de Jean-Luc Godard aveccouv album nouvelle vague_ecm l’album « Nouvelle Vague » qui présente musique, dialogues et sons du long métrage éponyme présenté en 1990 à Cannes. A la fin des années 90, ECM se lance dans « Histoire(s) du cinéma »  avec cinq CD et cinq livres de textes, accompagnant la série télé réalisée par Godard.

Avant tout, ECM soigne son identité sonore. Ne parle t’on pas de « son ECM » ? En effet dans les années 70 un journaliste avait qualifié le « son ECM » comme « le plus beau son après le silence ». On retrouve souvent de la réverbération dans les sons, qui évoquent ainsi les grands espaces vierges et minimalistes de pays nordiques, d’où sont issus de nombreux musiciens qui enregistrent pour ECM. En fait, Eicher veille à ce que chaque musique conserve un son pur qui soit le sien propre. Rien n’est rajouté par la technique à ce que les musiciens produisent.

On doit aussi considérer le soin apporté par ECM aux pochettes des albums. Là encore il s’agit d’une réelle identité. Le graphisme des pochettes est rigoureux, épuré, austère parfois, esthétique toujours. Des traces, des photographies floues, des aplats de couleurs pastel, vifs ou sombres.

Enfin il convient aussi de noter l’implication constante de Manfred Eicher dans le soin qu’il apporte au choix des musiciens contactés pour les enregistrements. Il suscite même quelquefois les rencontres entre musiciens et quelques formations demeurent historiques comme le « duo Chick Corea - Gary Burton », le quartet « Belonging » avec Keith Jarrett, Jan Garbarek, Palle Danielsson et Jon Christensen, ou encore le trio « Magico » de Charlie Haden avec Jan Garbarek et Egberto Gismonti. Manfred Eicher se mobilise lors des séances d’enregistrements.

Manfred Eicher et ECM ont beaucoup contribué à la diffusion des musiques Improvisées, de ce que d’aucun nomment le « Jazz européen ».

Pour explorer ce label et son esthétique, on se propose de consacrer régulièrement des « Focus ECM » autour de quelques albums écoutés et appréciés.

 

Baptiste Herbin présente « Vista Chinesa »

Baptiste Herbin présente « Vista Chinesa »

Le saxophoniste Baptiste Herbin vient enchanter ces temps de confinement avec la sortie de « Vista Chinesa ». Son quatrième album offre un concentré musical imprégné de rythmes brésiliens. A la tête d’un quartet, l’altiste accueille des invités brésiliens de marque et introduit des chansons dans son répertoire. Son jeu volubile ne manque ni de nuance ni de sensibilité. Du jazz ensoleillé et flamboyant.

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Jazz Confiné #4

Pour cette rubrique « Jazz Confiné #4 », voix et instruments sont de la partie. Guitare et saxophone se donnent à écouter en solo puis la voix s’invite au sein d’un duo et de formations instrumentales élargies. Des versions musicales confinées qui donnent de plus en plus envie de retrouver les artistes sur scène mais il va falloir patienter encore en peu. En attendant, les albums enregistrés en studio avant la crise sanitaire et à sortir bientôt sont les bienvenus.

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Jazz Confiné #3

C’est du côté des Big Bands que regarde la rubrique « Jazz Confiné #3 ». Malgré le confinement, point de répit pour les grands orchestres de par le monde. Ils ne manquent ni de puissance, ni d’inspiration et encore moins d’inventivité. Du Jazz haut en couleurs sonores !

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Nels  Cline publie « Lovers » sous le Label Blue Note

Nels Cline publie « Lovers » sous le Label Blue Note

« Lovers », une musique à savourer sans modération

Entouré d’un écrin orchestral, le guitariste Nels Cline livre une création peaufinée avec un double album de jazz instrumental intitulé « Lovers ». Cet opus mélodique et raffiné au romantisme émouvant est à partager avec tous les amoureux de musique.

Nel-Cline_couv_LoversOn a portant craint le pire en voyant la couverture de l’album qui émarge aux frontières d’un monde féérique où sévirait un cupidon de pacotille. On a dépassé le packaging, écouté le contenu musical choisi par Nels Cline et découvert une réalisation originale dont la qualité s’est imposée d’emblée. Le guitariste donne à son album un tempo bien éloigné de celui que nous impose le « vivre vite » quotidien. C’est un bonheur sans pareil de savourer la musique de « Lovers », comme on le fait avec un carreau de chocolat qu’on laisse fondre doucement pour mieux en apprécier la saveur.

Même s’il dispose des atouts pour être accessible à un large public, « Lovers » n’en demeure pas moins un vrai disque de jazz (si tant est qu’il y en ait des faux !?) et ne peut en aucun cas être étiqueté musique d’ambiance. En effet Nels Cline n’a pas joué la facilité et d’ailleurs, après plusieurs écoutes attentives on découvre encore de nouvelles nuances et on capte des détails passés inaperçus.  

« Lovers ». Une musique subtile et sensuelle. Un cocktail dont  la dominante orchestrale apparentée à un jazz  presque « cool » serait relevé d’un trait pétillant et acidulé de subtiles dissonances électriques. « Lovers » se déguste en long drink sans modération !

300-72_Nels Cline_nb_guitAvec de nombreux enregistrements à son actif, le guitariste et compositeur Nels Cline a exploré une panoplie de nombreux styles musicaux, musique alternative et expérimentale, musique punk et jazz. Aujourd’hui on le connaît surtout pour sa participation au groupe de rock « Wilco » mené par Jeff Tweedy. Le guitariste conduit par ailleurs de nombreux autres projets personnels dont cet album fait partie. En effet Nels Cline avoue que « Cela fait bien 25 ans que je rêve de ce disque … qui devait depuis toujours s’appeler « Lovers ».

Au sein du groupe « Wilco » Nels Cline adopte jeu plutôt dissonant et affectionne les larsens. C’est donc d’autant plus surprenant de l’écouter caresser les cordes de ses guitares entouré d’un écrin orchestral de vingt-trois musiciens dirigés par Michael Leonhart, un autre multi-instrumentiste de talent.

Instruments à cordes, vents, harpe, vibraphone, instruments de jazz et de rock comme la guitare tenue par l’excellent Julian Lage, célesta et synthétiseurs joués par Yuka C. Honda, compagne du leader et signée chez Tzadik (label de John Zorn). La sonorité cristalline de la guitare est servie et mise en évidence par une remarquable réalisation qui propulse en avant le chant limpide des cordes de la guitare et conserve les arrangements de l’orchestre en arrière-plan.

Tout concourt à valoriser les interventions du guitariste, dont le chant concis s’apparente à celui d’un chanteur servi par la matière orchestrale.

De bout en bout des 18 titres, l’album présente une grande cohérence. En effet, Nels Cline a très bien organisé les thèmes de son double album où cohabitent cinq compositions originales et treize reprises dont certaines très connues et d’autres plus obscures. Quelques titres sont redevables au monde du jazz : Jimmy Giuffre, Anette Peacock, Arto Lindsay, Gabor Szabo et Michel Portal. D’autres thèmes émergent du grand répertoire de la chanson américaine : The search for Cat d’Henry Mancini, Why was I born ? de Jerome Kern, et Glad to be unhappy de Richard Rodgers. On écoute I have dreamed de ce même Richard Rodgers.

Parmi tous les morceaux, on apprécie l’habillage décalé de Lady Gabor et les intermèdes bruitistes voire dissonants qui  émaillent le titre The Nighy Porter de Daniele Paris juxtaposé à Max Mon amour de Michel Portal. Une atmosphère de fin du monde dont on aime à croire que l’amour nous protège. On se délecte aussi de l’habillage bluesy donné à Cry Want, titre écrit par le saxophoniste et clarinettiste Jimmy Giuffre. On tangue comme dans un rêve à la sensualité exotique et torride à l’écoute de Snare, Girls de Sony Youth.

Nels-Cline_guit Nels Cline reprend It Only Has to happen once d’Arto Lindsay. Il se démarque un peu de l’ambiance bossa-post funk que le créateur avait choisi lors de l’enregistrement de l’album « Greed » en 1988 avec « Ambitious lovers » (Airto Lindsay, Peter Scherer et Paulinho da Viola). Pourtant la version du titre enregistré par Nels Cline n’en demeure pas moins en étroite filiation avec la version d’origine à travers les bidouillages saturés des cordes de guitares.

On reste suspendu à l’écoute de Glad to be unhappy dont les arrangements évoquent ceux de Gil Evans. Drumming allégé des balais d’Alex Cline (le frère de Nels), cordes qui valorisent la délicate ligne mélodique de la guitare et s’enroulent autour des sons de la trompette bouchée. Parmi les compositions originales du guitariste de Nels Cline on a aussi aimé l’élégance de ses deux titres Hairpin & Hatbox, The Bond et The bed we made

Certes les 90 minutes de l’album peuvent paraître longues à ceux qui sont consomment plus la musique qu’ils ne l’écoutent. En effet une telle durée de musique requiert de l’auditeur une réelle disponibilité mais la récompense est à l’aulne de la durée d’enregistrement. Et on peut partager ce temps en bonne compagnie, ce qui ne peut qu’augmenter le plaisir !

Baptiste Herbin présente « Vista Chinesa »

Baptiste Herbin présente « Vista Chinesa »

Le saxophoniste Baptiste Herbin vient enchanter ces temps de confinement avec la sortie de « Vista Chinesa ». Son quatrième album offre un concentré musical imprégné de rythmes brésiliens. A la tête d’un quartet, l’altiste accueille des invités brésiliens de marque et introduit des chansons dans son répertoire. Son jeu volubile ne manque ni de nuance ni de sensibilité. Du jazz ensoleillé et flamboyant.

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Jazz Confiné #4

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Jazz Confiné #3

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Bientôt John Scofield avec « Country for Old Men »

Bientôt John Scofield avec « Country for Old Men »

L’escapade de John Scofield au royaume de la country

Le 30 septembre 2016, le guitariste John Scofield sort un nouvel album en quartet, « Country for Old Men » (Impulse!/Universal). Il propose une approche très personnelle de la musique country avec l’organiste et pianiste Larry Goldings, le bassiste Steve Swallow et le batteur Bill Stewart. On n’est pas loin de l’univers des frères Cohen.

En 40 ans de carrière, John Scofield s’est imposé comme un guitariste majeur parmi les plus influents dans le domaine du jazz que sont Bill Frisell, John McLaughlin ou Pat Metheny. En 2016 il a reçu le Grammy Award du meilleur album Jazz Instrumental avec « Past Present » (Impulse!/Universal) sorti en septembre 2015. Aujourd’hui il se tourne vers la musique country mais cela n’est pas surprenant pour cet artiste qui n’a cesse d’explorer la musique dans toutes ses dimensions.

John Scofield a en effet imposé sa voix unique dans le jazz moderne en jouant dans les configurations et les styles les plus variés. Blues, bebop, funk, jazz modal post coltranien, jazz swing dans la pure veine de Wes Montgomery, jazz-fusion avec Miles Davis puis sous son nom, jazz soul, jazz moderne et bien d’autres sensibilités musicales. Il incarne donc une synthèse très personnelle de l’étendue des styles qui peuvent être abordés à la guitare.

En s’associant avec Brad Mehldau et Mark Guiliana, John Scofield en a même a surpris plus d’un cet été sur la scène du Théâtre Antique de « Jazz à Vienne », en proposant une « musique électrique moderne entre rudesse et douceur ». Comme personne il maîtrise les distorsions et les effets chromatiques. Il a certes contribué à régénérer l’approche de cet instrument en utilisant les innovations techniques les plus modernes mais John Scofield n’a jamais caché ses racines country et folk. Elles l’ont naturellement mené de George Jones, Hank WiIlliams, Merle Haggard, Bob Wills, Patti Page et même Shania Twain à qui le guitariste rend hommage dans 330_72_John-Scofield-Country-for-the-old-man_couvson nouvel album « Country For Old Men » (Impulse!/Universal) qui sortira le 30 septembre 2016.

Certes John Scofield aurait pu aller à Nashville pour enregistrer avec les professionnels patentés de ce style musical mais il a préféré adopter une approche plus jazz. Soutenu par ces grandes pointures du jazz que sont Larry Goldings, Steve Swallow et Bill Stewart, il a tenté l’aventure. Il a en effet déjà collaboré avec les uns et les autres et a pu apprécier leurs qualités et leurs talents. Sa première association en quartet avec Steve Swallow remonte à 1979. Par ailleurs c’est dans les années 90 qu’il a enregistré en trio avec Bill Stewart. Leur complicité les a conduits à tourner ensemble en trio et à enregistrer l’album « EnRoute » en 2003. Sa collaboration avec Larry Goldings remonte aux années 80 et 90, période durant laquelle ils pratiquent ensemble du soul jazz. C’est donc aujourd’hui avec ses trois complices que John Scofield propose une vision renouvelée de la musique country sur « Country For Old Men ».

L’album fera l’objet d’une prochaine chronique lors de sa sortie mais savourer un avant-goût du titre Jolene est un plaisir dont il serait dommage de se priver.

Pour mieux connaître John Scofield… rien de mieux qu’une visite sur le site du guitariste.

Baptiste Herbin présente « Vista Chinesa »

Baptiste Herbin présente « Vista Chinesa »

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Jazz Confiné #4

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Jazz Confiné #3

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« Mother » par Jacky Terrasson et Stéphane Belmondo

« Mother » par Jacky Terrasson et Stéphane Belmondo

« Mother », états d’âme et rêverie intime de deux complices

L’album « Mother » résulte de la collaboration du pianiste Jacky Terrasson et du trompettiste Stéphane Belmondo. Des quatorze titres se dégage une atmosphère intimiste à la musicalité impressionniste. Le dialogue inspiré de ces deux instrumentistes complices apporte une respiration apaisée propice à la quiétude.

300-couv_terrasson_belmondo_motherLa collaboration de Jacky Terrasson et de Stéphane Belmondo remonte à leurs débuts dans le monde du jazz, il y a près de trente ans. Une époque où ils entretenaient déjà une relation musicale privilégiée. Ils se sont retrouvés il y a six ans pour un concert donné en duo dans le sud-ouest de la France au Festival de Saint-Emilion. Depuis ils ont eu l’occasion de cultiver leur complicité et de donner naissance à un univers qui leur appartient en propre. « Mother » (Impulse!/Universal) dont la sortie est annoncée pour le 02 septembre, est l’aboutissement logique de leurs retrouvailles.

A l’origine, Jacky Terrasson et Stéphane Belmondo ont enregistré une trentaine de titres au Recall Studios. Après écoute, ils « se sont rendus compte que les ballades sonnaient superbement » explique le pianiste. Ils ont donc pris le parti de conserver les « morceaux les plus lents » pour « Mother ».

« Mother », un album de ballades comme une rêverie nostalgique reflet des états d’âme des deux artistes. Dans cet opus Jacky Terrasson et Stéphane Belmondo explorent le registre d’une intimité mélancolique. Non dénuée de lyrisme et d’humour, l’atmosphère du disque est teintée d’un romantisme sobre et raffiné.

Le répertoire de « Mother » comprend des compositions originales, Souvenirs de Belmondo et Hand in Hand de Terrasson, des standards du jazz américain, des classiques de la chanson française, une reprise de Stevie Wonder et des interludes.

Au moment de l’enregistrement l’album devait s’intituler « Twin Spirit ». De fait, après que la production de l’album ait été achevé et à la suite de la disparation de la mère de Jacky Terrasson, le disque a été rebaptisé « Mother » d’après le titre de la composition du pianiste figurant au cœur du CD. Ainsi, comme le dit le pianiste, l’album devient un hommage à dédié à sa mère mais aussi « plus largement à toutes les mères et les femmes qui ne peuvent l’être ». L’interprétation du titre éponyme est particulièrement sensible et intense.

300-03--j-terrasson-s-belmondo-2016-copyright-philippe-levy-stabL’album ouvre avec First Song, le morceau poignant de Charlie Haden dont les deux musiciens font ressortir la beauté mélancolique. Il se referme avec une interprétation splendide du célèbre Que reste-t-il de nos amours ? de Chauliac et Trenet sorti en 1943.

Du côté de la chanson française on aime une version remarquable de La chanson d’Hélène composée pour le film de Claude Sautet « Les Choses de la vie ». Le thème exposé très sobrement par les deux instrumentistes est harmonisé de belle manière par le pianiste dont le toucher délicat sied à cette interprétation raffinée.

Par son équilibre, le dialogue entre les instrumentistes contribue à la réussite de l’interprétation de Lover man où les deux musiciens croisent et entrecroisent leurs lignes musicales. Sobre mais lyrique. Sans esbroufe, juste la musicalité comme cheval de bataille. Le tissage de You don’t know what love is est de la même veine sensible. On écoute avec bonheur les échanges parfaitement maîtrisés. On se plaît à savourer le toucher minimaliste du pianiste qui n’est pas sans rappeler l’influence 300_-j-terrasson-s-belmondo-2016-copyright-philippe-levy-stabdes musiques de Debussy, Poulenc, Ravel et Fauré.

On apprécie aussi les « interludes » posés comme des virgules sonores décalées parmi les autres titres. La fantaisie de Pic Saint Loup, nom d’un vin de la région où se trouve le studio d’enregistrement Recall. Les propos interrogatifs de Pompignan, en clin d’oeil à la ville qui a accueilli les musiciens pour l’enregistrement. L’atmosphère désuète mais malicieuse du titre de Stéphane Grappelli, Les Valseuses. La rupture rythmique de Fun Keys où l’on retrouve la frappe percussive et explosive du pianiste, ancien lauréat du prix Thelonious Monk (1993).

La reprise du grand succès de Stevie Wonder, You are the sunshine of my life est une surprise savoureuse. En effet, le morceau est presque méconnaissable. Déconstruit et malaxé, il est reconstruit avec des modifications harmoniques et un parti-pris rythmique qui transfigurent le morceau. On dira à juste titre que les deux interprètes se sont réellement réapproprié la composition pour la faire leur.

Tout au long des plages de l’album, l’accompagnement subtil du pianiste Jacky Terrasson procure une trame de musicalité propice à l’expression des lignes mélodiques très dépouillées que dessine le trompettiste Stéphane Belmondo. La simplicité et la subtilité de leur expression contribuent à créer l’atmosphère feutrée et raffinée qui caractérise l’album « Mother ».

On peut retrouver Jacky Terrasson et Stéphane Belmondo le 07 septembre 2016 au Festival « Jazz à la Villette » à la Philharmonie de Paris.

Baptiste Herbin présente « Vista Chinesa »

Baptiste Herbin présente « Vista Chinesa »

Le saxophoniste Baptiste Herbin vient enchanter ces temps de confinement avec la sortie de « Vista Chinesa ». Son quatrième album offre un concentré musical imprégné de rythmes brésiliens. A la tête d’un quartet, l’altiste accueille des invités brésiliens de marque et introduit des chansons dans son répertoire. Son jeu volubile ne manque ni de nuance ni de sensibilité. Du jazz ensoleillé et flamboyant.

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Jazz Confiné #4

Pour cette rubrique « Jazz Confiné #4 », voix et instruments sont de la partie. Guitare et saxophone se donnent à écouter en solo puis la voix s’invite au sein d’un duo et de formations instrumentales élargies. Des versions musicales confinées qui donnent de plus en plus envie de retrouver les artistes sur scène mais il va falloir patienter encore en peu. En attendant, les albums enregistrés en studio avant la crise sanitaire et à sortir bientôt sont les bienvenus.

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Jazz Confiné #3

C’est du côté des Big Bands que regarde la rubrique « Jazz Confiné #3 ». Malgré le confinement, point de répit pour les grands orchestres de par le monde. Ils ne manquent ni de puissance, ni d’inspiration et encore moins d’inventivité. Du Jazz haut en couleurs sonores !

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Bobby Hutcherson – « Mini Mémo »

Bobby Hutcherson – « Mini Mémo »

Bobby Hutcherson, maître du vibraphone

Robert « Bobby » Hutcherson

Né le 27/01/1941 à Los Angeles - Décédé le 15/08/2016 à Montara

Virtuose du vibraphone et du marimba, Bobby Hutcherson a concilié la dimension mélodique à celle de la percussion sur ces instruments dont il est devenu un maître incontesté. Il a joué aux côtés des plus grands jazzmen et a enregistré de nombreux albums chez Blue Note.

Né à Los Angeles, il découvre le jazz grâce à son frère Teddy et sa sœur chanteuse dans l’orchestre de Gerald Wilson. Il est formé au piano par Teddy Trotter mais abandonne l’instrument pour le vibraphone après avoir écouté Milt Jackson. Il se met à jouer dans les soirées de son école avec le bassiste Herbie Lewis et travaille d’arrache-pied pour améliorer sa technique. Dans les années 50 il a l’occasion de jouer avec le saxophoniste et flutiste Charles Lloyd.

En 1961 il est appelé à New York par le saxophoniste Jacky McLean avec qui il enregistre en 1963 l’album « One Step Beyond » gravé sous le Label Blue Note. McLean lui présente le clarinettiste, flutiste et saxophoniste Eric Dolphy avec qui il aura l’occasion d’enregistrer le disque « Out To Lunch ». Chauffeur de taxi à mi-temps, il compose pour son fils Barry un titre devenu un de ses morceaux les plus connus Little B’s Poem.

Il enregistre ensuite en leader l’album « Dialogue » en 1965 avec le trompettiste Freddie Hubbard puis « Stick up » en 1966 avec le saxophoniste Joe Henderson et le pianiste McCoy Tiner avec qui il entame une collaboration fructueuse. La même année il grave sous son nom chez Blue Note l’album « Happenings » avec le pianiste Herbie Hancock. De retour en Californie, il s’associe avec le saxophoniste Harold Land avec qui il enregistre en 1970 le titre Ummh sur l’album « SBobbyHutcherson_1983_Nice_NV -an Francisco » qui s’inscrit alors dans une mouvance jazz soul-funk. Après de nombreux enregistrements chez Blue Note il travaille pour Columbia mais renoue en 2014 avec le label mythique pour un dernier album, « Enjoy the View ».

Ainsi tout au long de sa carrière, le vibraphoniste a côtoyé et s’est adapté à la plupart des courants musicaux, du be-bop, hard-bop, free jazz, soul-funk sans oublier les rythmes latins et le jazz-rock avec lesquels il a aussi flirté dans les années 70.

Son jeu brillant développe des phrases très rapides héritées du be-bop alors qu’il pratique des improvisations modales venues en droite ligne de l’épopée post-bop. Son accompagnement aux séquences peu accentuées ont été très appréciées  des solistes. Même si on a pu lui reprocher une sonorité un  peu froide, il a su gommer cette caractéristique en intégrant à sa manière la chaleur des rythmes africains. Il a inspiré des générations de vibraphonistes et son héritage continuera au-delà de sa disparition.

On ne ne se lasse pas de regarder et écouter la vidéo enregistrée en 2002 au festival Jazz Baltica où McCoy Tyner et Bobby Hutcherson interprètent  Moment’s Notice de John Coltrane avec Charnett Moffett à la contrebasse et Eric Harland à la batterie.

Une sélection de nos disques préférés

  • En leader

    • « Dialogue » (1965) Blue Note - aux côtés de Bobby Hutcherson : Andrew Hill (piano), Sam Rivers (sax ténor, sax soprane, clarinete basse, flûte), Freddie Hubbard (trompette), Richard Davis (contrebasse) et Joe Chambers (batterie)
    • « Stick up » (1967) Blue Note - aux côtés de Bobby Hutcherson : McCoy Tiner (piano), Joe Henderson (saxophone ténor), Herbie Lewis (contrebasse) et Billy Higgins (batterie)
  • En sideman
    • « Out to lunch ! » (1964) Blue Note - Eric Dolphy (saxophone, flûte, clarinette basse),  Freddie Hubbard (trompette), Richard Davis (contrebasse), Bobby Hutcherson (vibraphone) et Tony Williams (batterie)… Disque effervescent
    • « Reflections » (1989) Contemporary Records - Frank Morgan All Stars : Frank Morgan (sax alto), Joe Henderson (saxophone ténor), Mulgrew Miller (piano), Bobby Hutcherson (vibraphone), Ron Carter (contrebasse) et Al Foster (batterie)… Six grands maîtres réunis
    • « Wholly Earth » (1998) Verve Records - Abbey Lincoln (chant, arrangements), Marc Cary (piano), James Hurt (piano), Bobby Hutcherson (vibraphone, marimba), Nicolas Payton (trompette, flugelhorn), John Ormond (contrebasse), Michael Bowie (contrebasse), Maggie Brown (chant), Daniel Moreno (percussion), Alvester Garnett (batterie)… Émotion et profondeur

Films

Bobby Hutcherson a fait quelques apparitions au cinéma :

  • en 1969 dans le film de Sydney Pollack « On achève bien les chevaux »
  • en 1985 dans le film de Bertrand Tavernier « Autour de Minuit »
Baptiste Herbin présente « Vista Chinesa »

Baptiste Herbin présente « Vista Chinesa »

Le saxophoniste Baptiste Herbin vient enchanter ces temps de confinement avec la sortie de « Vista Chinesa ». Son quatrième album offre un concentré musical imprégné de rythmes brésiliens. A la tête d’un quartet, l’altiste accueille des invités brésiliens de marque et introduit des chansons dans son répertoire. Son jeu volubile ne manque ni de nuance ni de sensibilité. Du jazz ensoleillé et flamboyant.

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Jazz Confiné #4

Pour cette rubrique « Jazz Confiné #4 », voix et instruments sont de la partie. Guitare et saxophone se donnent à écouter en solo puis la voix s’invite au sein d’un duo et de formations instrumentales élargies. Des versions musicales confinées qui donnent de plus en plus envie de retrouver les artistes sur scène mais il va falloir patienter encore en peu. En attendant, les albums enregistrés en studio avant la crise sanitaire et à sortir bientôt sont les bienvenus.

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Jazz Confiné #3

C’est du côté des Big Bands que regarde la rubrique « Jazz Confiné #3 ». Malgré le confinement, point de répit pour les grands orchestres de par le monde. Ils ne manquent ni de puissance, ni d’inspiration et encore moins d’inventivité. Du Jazz haut en couleurs sonores !

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Samy Thiébault revient avec « Rebirth »

Samy Thiébault revient avec « Rebirth »

« Rebirth », la seconde naissance de Samy Thiébault

Le retour du saxophoniste Samy Thiébault promet d’être un temps fort de la rentrée musicale 2016. En effet, la sortie de son sixième album « Rebirth » est annoncée pour le 30 septembre chez Gaya Records. On note avec intérêt la participation du trompettiste Avishai Cohen et celle d’Eric Légnini à la prise de son et au mixage.

300-Samy Thiebault_Rebirth_couvFort d’un quartet à l’énergie infinie, soudé par une forte amitié, après six albums et dix années de jeu collectif intense et aventureux, le saxophoniste et flutiste Samy Thiébault présente le 30 septembre prochain sa nouvelle aventure musicale et son nouvel opus, « Rebirth »

A ses côtés on retrouve Adrien Chicot au piano, Sylvain Romano à la contrebasse et  Philippe Soirat à la batterie. 300-Samy Thiebault et Avishai Cohen 1Le quartet s’étoffe avec la venue du saxophoniste Jean-Philippe Scali et le percussionniste Meta. L’intervention du trompettiste Avishai Cohen en « Guest Star » fait plus que prêter son nom. En effet il inscrit pleinement son discours dans les couleurs de l’album et dans la direction musicale de Samy Thiébault.

Comme le titre de l’album le laisse entendre, « Rebirth » signe une renaissance artistique pour Samy Thiébault, l’affirmation d’un nouveau cycle de vie et de musique avec des lignes mélodiques inspirées au saxophoniste par ses racines marocaines, l’Afrique de l’Ouest où il a grandi.

L’influence classique n’est pas en reste tout au long de « Rebirth » avec des adaptations brûlantes et mystiques des Tableaux d’une exposition de Moussorgski, et également de Ravel avec deux versions adaptées de Laideronnette, impératrice des pagodes repris de M Mère l’Oye. Au centre de l’album, Samy Thiébault propose aussi une Enlightments Suite en trois partie dont chaque segment est développé à partir dune séquence mélodique empruntée à une pièce d’Erik Satie intitulée « le Fils de l’Etoile ».

Visiblement le saxophoniste suit sa bonne étoile qui continue à éclairer son chemin musical. On a hâte de suivre la trace de Samy Thiébault dans les nouveaux territoires lumineux qu’il explore avec » Rebirth »

Pour découvrir « Rebirth », le nouvel album de Samy Thiébault rien de mieux qu’un premier clip, Rebirth ! avant d’aller écouter l’artiste en concert à Paris du 10 au 12 Novembre 2016 au Duc des Lombards.

Baptiste Herbin présente « Vista Chinesa »

Baptiste Herbin présente « Vista Chinesa »

Le saxophoniste Baptiste Herbin vient enchanter ces temps de confinement avec la sortie de « Vista Chinesa ». Son quatrième album offre un concentré musical imprégné de rythmes brésiliens. A la tête d’un quartet, l’altiste accueille des invités brésiliens de marque et introduit des chansons dans son répertoire. Son jeu volubile ne manque ni de nuance ni de sensibilité. Du jazz ensoleillé et flamboyant.

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Jazz Confiné #4

Pour cette rubrique « Jazz Confiné #4 », voix et instruments sont de la partie. Guitare et saxophone se donnent à écouter en solo puis la voix s’invite au sein d’un duo et de formations instrumentales élargies. Des versions musicales confinées qui donnent de plus en plus envie de retrouver les artistes sur scène mais il va falloir patienter encore en peu. En attendant, les albums enregistrés en studio avant la crise sanitaire et à sortir bientôt sont les bienvenus.

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Jazz Confiné #3

C’est du côté des Big Bands que regarde la rubrique « Jazz Confiné #3 ». Malgré le confinement, point de répit pour les grands orchestres de par le monde. Ils ne manquent ni de puissance, ni d’inspiration et encore moins d’inventivité. Du Jazz haut en couleurs sonores !

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Disparition de Toots Thielemans

Hommage à Toots Thielemans

Le 22 août Jean « Toots » Thielemans s’en est définitivement allé. Il laisse orphelins tous les amoureux de la mélodie. Depuis 2014 il avait quitté les scènes qui pleuraient déjà son absence. Aujourd’hui, il laisse un grande vide dans le monde du jazz où il avait imposé avec talent l’harmonica chromatique.

On a été bercé et même ému par celui qui se sentait bien « entre un sourire et une larme ». C’est en effet la petite phrase qui figure sur son site et par laquelle il se définissait lui-même : « I feel best in that little space between a smile and a tear ». C’est par le talent de ses prestations, sa virtuosité et ses improvisations brillantes et sensibles que Toots Thielemans a sorti l’harmonica de la catégorie des instruments hétéroclites, « miscellaneous instruments » comme disent les américains, pour le hisser au rang des instruments respectables. C’est d’ailleurs Clifford Brown lui-même qui lui avait fait ce compliment.

Avec « Toots » la musique respire, sourit et pleure tour à tour. On est enchanté par les mille nuances de son expression qui balaye tous les spectres des émotions, de la joie à la tristesse sans oublier l’espoir et la tendresse. « Toots » on aime ton harmonica gros comme un cœur ! 

Décédé à 94 ans, l’harmoniciste belge avait d’abord adopté l’accordéon avant de se pencher vers la guitare puis de choisir enfin l’harmonica chromatique. C’est sur cet instrument que Toots Thielemans a acquis le respect des plus grands musiciens de la sphère du jazz dans laquelle il a évolué depuis les années 50. Il a aussi été honoré par de nombreuses récompenses. Le roi Albert II de Belgique l’a nommé « Baron » en 2001. La même année, il est honoré du titre de « Professeur Honoris Causa » par les 2 universités de Bruxelles. En 2009 il reçoit le Jazz Master Award de la NEA (National Endowment for the Arts), une des plus hautes distinctions remise aux musiciens américains Le titre de « Commandeur des ordres de Rio Branco » lui est remis par Gilberto Gil en 2006.

Installé très tôt aux États-Unis, il joue dans le Charlie Parker’s All Stars. Il est appelé par Benny Goodman puis est engagé par George Shearing avec lequel il tourne comme guitariste pendant 6 années. Dans les années 60 il vit quelques temps en Suède où il  côtoie Svend Asmussen et Niels Henning Orsted-Pedersen (NHOP) et commence à siffler en s’accompagnant à la guitare. C’est d’ailleurs avec cette instrumentation (guitare/sifflet) qu’il grave en 1962 une de ses compositions, Bluesette, sorte de valse-blues devenue depuis un standard. On peut l’écouter sur le disque « The Whistler & His Guitar » où « Toots » tient la guitare et double les lignes de thème et de chorus en sifflant.

Il a bien sûr aussi interprété Bluesette à l’harmonica tout au long de ses concerts, en se renouvelant sans cesse tant il savait nuancer son expression et varier les climats de ses improvisations. La version enregistrée en 2009 à Rotterdam restitue à merveille la délicatesse de l’interprétation de cet harmoniciste poète.

Bluesette sonne encore autrement lorsque « Toots » croise Stevie Wonder qui joute avec le Belge  à l’harmonica. Le duo est saisissant … même si l’image laisse à désirer.

De retour aux États-Unis « Toots » rencontre Quincy Jones (1965) avec lequel il collabore comme soliste. C’est aussi à cette époque qu’il commence à composer des musiques de films (Midnight Cowboy en 1969 puis suivront Salut l’Artiste, Jean de Florette), ..). Sa vie musicale va ensuite naviguer en les États-Unis, la Belgique et l’Europe. Tout au long de ses longues années il a joué avec quelques-uns des plus grands musiciens du jazz, Ella Fitzgerald, Dizzy Gillespie, Oscar Peterson, Quincy Jones, Bill  Evans, Jaco Pastorius, Natalie Cole, Pat Metheny … et bien d’autres.

Parmi les nombreux enregistrements de « Toots » Thielemans, on peut retenir une sélection de quelques albums qu’on ne se lasse pas d’écouter.

  • C’est en 1979 qu’est enregistré « Affinity » (Columbia/Warner Bross). Sur ce joyau musical « Toots » a rejoint le pianiste Bill Evans, le saxophoniste Larry Schneider, le contrebassiste Marc Johnson et le batteur Eliot Zigmund. On écoute Body and Soul joué en trio (« Toots », Bill Evans et Marc Johnson).

  • L’album « Live in the Netherlands » (Pablo/Carrère) enregistré en 1982 avec Joe Pass (guitare) et NHOP (contrebasse) où l’harmoniciste siffle aussi.
  • On apprécie aussi l’écoute de « Footprints » (Emarcy/Universal) enregistré en 1989 avec le regretté Mulgrew Miller au piano, Rufus Reid à la basse et Louis Nash à la batterie. D’entrée de jeu, c’est à la guitare et en sifflant que « Toots » expose le thème de Wayne Shorter. Il répond ensuite au pianiste par un chorus à l’harmonica. Absolument renversant ! L’interprétation de la Gymnopédie N°1 de Satie vaut aussi son pesant d’or. Les autres titres sont à l’avenant.
  • A recommander aux amateurs de Musique et Jazz brésiliens, les 2 volumes « The Brazil project » enregistrés en 1992 et 1993 chez Private Music avec une flopée de musiciens brésiliens. Autour de « Toots » sont réunis Luiz Bonfá, Lee Ritenour, Gilberto Gil, Oscar Castro-Neves, Milton Nascimento, Dori Caymmi, Djavan, Chico Buarque, João Bosco, Luis Bonfá, Edu Lobo, Paulinho Da Costa, Ivan Lins, Eliane Elias, Dave Grusin, Mark Isham, Brian Bromberg, Marc Johnson et d’autres encore. Obrigado, « Toots » !

  • En 2001, l’album « Toots Thielemans - Kenny Werner » (Emarcy/Universal) réunit l’harmoniciste et le trompettiste pour 71’31 ».  Même si de facto l’album est un régal de bout en bout, on aime particulièrement les versions de Smile et de What a wonderful world.

On espère qu’Olivier Ker Ourio et Grégoire Maret, devenus aujourd’hui les dignes filleuls de « Toot » sauront perpétuer la mémoire et l’art de ce grand harmoniciste dont ils déjà intégré une partie de l’héritage musical.

Il y aura sans doute aussi un grand moment d’émotion lors de la deuxième édition du Festival Toots Jazz La Hulpe parrainé par Toots Thielemans. Du 09 au 11 septembre, à la Hulpe (à quelques kms de Bruxelles), trois jours de jazz en l’honneur de Toots Thielemans. On retrouve entre autres Philip Katerine, Richard Galliano et Didier Lockwood, dans le répertoire qu’ils ont présenté à « Jazz à Vienne » en 2015 et Michel Jonasz accompagné par Jérôme Regard, Manu Katché et Jean-Yves D’Angelo.

Pour terminer ce clin d’oeil en hommage à Toots Thielemans, une vidéo « coup de cœur » où l’on retrouve « Toots » avec le bassiste Jaco Pastorius dont il a été très proche. Dans cette vidéo, Jaco est …au piano. Les deux musiciens interprètent un thème cher au bassiste, Three Views of a secret.

Baptiste Herbin présente « Vista Chinesa »

Baptiste Herbin présente « Vista Chinesa »

Le saxophoniste Baptiste Herbin vient enchanter ces temps de confinement avec la sortie de « Vista Chinesa ». Son quatrième album offre un concentré musical imprégné de rythmes brésiliens. A la tête d’un quartet, l’altiste accueille des invités brésiliens de marque et introduit des chansons dans son répertoire. Son jeu volubile ne manque ni de nuance ni de sensibilité. Du jazz ensoleillé et flamboyant.

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Jazz Confiné #4

Pour cette rubrique « Jazz Confiné #4 », voix et instruments sont de la partie. Guitare et saxophone se donnent à écouter en solo puis la voix s’invite au sein d’un duo et de formations instrumentales élargies. Des versions musicales confinées qui donnent de plus en plus envie de retrouver les artistes sur scène mais il va falloir patienter encore en peu. En attendant, les albums enregistrés en studio avant la crise sanitaire et à sortir bientôt sont les bienvenus.

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Jazz Confiné #3

C’est du côté des Big Bands que regarde la rubrique « Jazz Confiné #3 ». Malgré le confinement, point de répit pour les grands orchestres de par le monde. Ils ne manquent ni de puissance, ni d’inspiration et encore moins d’inventivité. Du Jazz haut en couleurs sonores !

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Jazz Campus en Clunisois fidèle à ses valeurs

Jazz Campus en Clunisois fidèle à ses valeurs

  A la clef de Jazz Campus en Clunisois : Liberté & Création

La quarantième édition de Jazz Campus en Clunisois est restée fidèle à sa ligne directrice. Grâce à la ténacité remarquable de Didier Levallet, le festival a proposé un jazz créatif et évolutif. Pour lui donner raison, le public n’a pas boudé son plaisir et les musiciens généreux se sont éclatés.

300_affiche-festival-jazz-campus-clunisois-2016Centrée sur un jazz en mouvement, la programmation de Didier Levallet a fait se côtoyer des musiciens de renommée internationale et de nouveaux venus inventifs. Du 13 au 20 août, lors du festival Jazz Campus en Clunisois, un jazz ouvert et inventif s’est exprimé sur les différentes scènes du festival et a proposé un très large éventail d’expressions et d’orchestres (du big-bang au duo).

On a apprécié la diversité des styles et des groupes écoutés les 18 et 19 août. Trois concerts très différents, trois moments de plaisir partagé avec un public conquis et des musiciens heureux de jouer.

La soirée du 18 août au Théâtre les Arts de Cluny présente le trio du guitariste 300_Marc-Ducret_JCeC_18082016_NVMarc Ducret associé au trio « Métatonal ». Virtuose de la guitare, Marc Ducret  est associé depuis vingt ans avec le batteur Eric Echampard et le contrebassiste Bruno Chevillon. Avec eux il pratique un jazz créatif et sans cesse renouvelé. « Métatonal » regroupe le saxophoniste alto Christophe Monniot, le trompettiste Fabrice Martinez et le tromboniste Samuel Blaser.

Le sextet installe une atmosphère détonante et énergique. Le toucher nerveux, précis et claquant de Ducret stimule le groupe. Entre rock et blues, il déchire le son et mène le bal. Les solistes croisent le fer et au fil d’un même morceau l’ambiance se tend, s’épaissit  et se déchire sans omettre de ménager des trouées éthérées.

Au trombone, Samuel Blaser alterne entre puissance cuivrée et fluidité. De la trompette de Fabrice-Martinez_JCeC_18082016_NVFabrice Martinez jaillissent de lumineux chorus. Christophe Monniot construit avec puissance et  précision des improvisations qui sont de réels moments de grâce. La frappe orageuse d’Eric Echampard se transforme en un toucher coloriste aux dégradés raffinés lorsque ses balais caressent les cymbales. Bruno Chevillon chemine de bout en bout avec précision et justesse, attentif et réactif aux climats.

Dans cette foisonnante forêt de sons, les musiciens habitent l’espace de liberté que prodigue la musique et génèrent des climats rageurs électriques voire même sulfureux sans omettre de ménager des espaces de poésie salvatrice. Les titres se succèdent, Influence, Dialecte, Kumiho. On retient son souffle pour mieux savourer la musique intense puissante mais chaleureuseMarc-Ducret-harmonica_JCeC_18082016_NV. Le plaisir que prennent les musiciens à jouer exsude de leurs instruments et transparait sur leurs visages.

MarcDucretTrio-et-Metatonal_JCeC_18082016_NVEn fin de concert, Marc Ducret dédie le morceau 64 au saxophoniste Guillaume Orti présent dans la salle (il anime les ateliers d’orchestre des stages). Le thème rend hommage à Bob Dylan, celui qui a déclenché chez Ducret l’envie de jouer. 64 reprend deux titres de Dylan, The Time they are a changin’ et Wigwam reliés par une courte boucle musicale écrite par Ducret. Entre guitare et harmonica, Marc Ducret fait  monter la pression avec souplesse et puissance. Félin et reptilien à la fois, le guitariste déroule l’étendue de son savoir-faire et fait montre d’un plaisir extrême à partager ce concert avec ses comparses.

On garde du concert de Marc Ducret trio + « Métatonal », le souvenir d’un concert jubilatoire et incandescent dont on aurait aimé qu’il n’ait pas de fin. Un plaidoyer pour la musique vivante.

tilleul-haras-pique-nique_JCeC_19082016_NVLe 19 août, un pique-nique est proposé à midi dans la cour du haras national de Cluny. En guise de menu musical, un concert du « Possible(S) Quartet ». Assis dans l’herbe, le public a répondu présent pour écouter les quatre musiciens installés sous l’ombre bienveillante des branches d’un majestueux tilleul centenaire. Possibles(S)quartet_JCeC_19082016_NVDeux trompettistes, Rémi Gaudillat et Fred Roudet, un tromboniste Loïc Bachevillier et un clarinettiste, Laurent Vichard réunis pour livrer un jazz de tous les possible(S).

Quatre soufflants pour un voyage imaginaire. Entre fanfare et orchestre « chambriste », les compères content des histoires musicales aux éclats cuivrés et aux titres évocateurs. Chassez le naturel, il revient au Tango, La tendresse de la sauterelle, Les poilus, Nuit et Entre-danse, Se faire appeler Arthur, L’armée des poètes. L’imagination des spectateurs vogue de tableau en tableau, au gré des ambiances nuancées. On apprécie l’équilibre qui existe entre l’espace de liberté propice à l’improvisation et les mouvements orchestraux où la mélodie repose sur une rythmique solide assurée par les autres instrumentistes.

Les musiciens du « Possible(s) Quartet » mettent leurs qualités techniques au service de la narration orchestrale. Le cadre bucolique et la musique poétique et élégante ont comblé un auditoire attentif où se côtoyaient toutes les générations.

Brotherhood-cop-Maurice-Salaun-300x300Le soir du 19 août, le Théâtre les Arts de Cluny accueille le « Brotherhood Heritage » qui rend hommage à l’esprit de la musique du « Brotherhood of Breath » (Confrérie du Souffle), big-band issu d’un orchestre Sud-Africain réfugié en Europe pour cause d’apartheid dans les années soixante. Ce « Brotherhood of Breath » a influencé la scène européenne du jazz sous la houlette de Chris McGregor jusque dans les années 90. Le contrebassiste Didier Levallet a fait partie des dernières moutures de cet orchestre historique. Il co-pilote avec le pianiste François Raulin le projet du « Brotherhood Heritage »  qui reprend en partie le répertoire de l’orchestre d’origine et mêle des compositions originales écrites dans le même esprit, comme Hymne to Breath, de François Raulin.Brotherwood-Heritage-SAX6CB6P6DRt_JCeC_19082016_NV

Sur scène sont réunis des musiciens aguerris à la musique improvisée et ouverts aux expériencesBrotherwood-Heritage-tpt-tb_JCeC_19082016_NV. Comme le dit François Raulin tous ces musiciens ont en commun la « capacité de s’exprimer en trois accord et de groover ». On retrouve le saxophoniste et clarinettiste anglais Chris Biscoe qui a lui aussi fait partie des dernières moutures du « Brotherhood of Breath ». Raphaël Imbert (saxophone), François Corneloup (saxophone baryton), Michel Marre et Alain Vankenhove (trompette), Simon Goubert (batterie), Jean-Louis Pommier et Mathias Mahler (trombone). Le spectacle a été créé à Jazz sous les Pommiers où il a reçu un accueil enthousiaste.

Au court du concert vibre l’esprit de la fête. Brotherwood-Heritage-salut_JCeC_19082016_NVLes instrumentistes saisissent tous les espaces de liberté et les mettent à profit pour s’exprimer. La masse sonore rutile. L’orchestre propose une musique ensoleillée et chaleureuse, une sorte de musique du bonheur profondément enracinée dans les rythmes africains. Les corps des musiciens sont habités de cette joie et les visages irradient de lumière. La texture sonore change de couleur au gré des improvisations et des orchestrations. Des arrangements aux échos ellingtonniens succèdent aux extravagances des solistes qui rivalisent de créativité et de fantaisie.

Rutilant, le « Brotherhood Heritage » groove en toute liberté. La musique rayonne et le concert est une réussite incontestable. Dommage qu’il y ait une fin à cette parenthèse d’allégresse.

Il faudra attendre encore douze longs mois pour retrouver Jazz Campus en Clunisois et s’immerger de nouveau dans un jazz libre et créatif.

Baptiste Herbin présente « Vista Chinesa »

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Le saxophoniste Baptiste Herbin vient enchanter ces temps de confinement avec la sortie de « Vista Chinesa ». Son quatrième album offre un concentré musical imprégné de rythmes brésiliens. A la tête d’un quartet, l’altiste accueille des invités brésiliens de marque et introduit des chansons dans son répertoire. Son jeu volubile ne manque ni de nuance ni de sensibilité. Du jazz ensoleillé et flamboyant.

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Duo Desiderio-Oliveira au Péristyle

Duo Desiderio-Oliveira au Péristyle

Le Jazz brésilien du Duo Desiderio-Oliveira

Après le concert de sortie de l’album « Rencontre » sur la scène de Cybèle du festival de Vienne, le Duo Desiderio-Oliveira revient au Péristyle. Avec 3 sets par soirée, c’est l’occasion rêvée pour écouter et savourer en direct le répertoire du disque. Mélodies chatoyantes et rythmes brésiliens tressent une musique colorée.

300-300_Zaza-Desideiro_CoulOriginaire300-300_Ewerton-Oliveira-coul de Rio de Janeiro, le batteur-percussionniste Zaza Desiderio, a grandi en vrai carioca avec le Choro et la Samba. Dans le Nordeste, à Recife, c’est le Frevo et le Macaratú qui ont bercé le pianiste Ewerton Oliveira. Ces deux Brésiliens ont donc baigné dans la tradition musicale de deux villes différentes et éloignées. De la même génération, les deux artistes ont pourtant en commun d’avoir grandi en écoutant les musiques traditionnelles de leurs régions respectives, les musiques instrumentales brésiliennes, les classiques de la Bossa-Nova, la Música Popular Brasileira (Musique Populaire Brésilienne) et aussi le jazz. Rien ne favorisait la rencontre de Zaza Desideiro et Ewerton Oliveira sur le territoire de ce vaste Brésil.

La vie les a conduits séparément en France en 2010 et le hasard a fait se rejoindre leurs routes à Lyon, ville où ils se sont installés et qu’ils ont adoptée. Pratiquer et écouter la musique à Lyon les a conduit à se côtoyer lors de soirées musicales puis à croiser leurs notes. Au fil du temps, les deux musiciens devenus plus proches envisagent de jouer ensemble et de composer quelques thèmes. Au gré des rencontres humaines, de belles personnes les encouragent à persévérer et à aller plus loin.

300-300_Couv_CD-RencontreAinsi, né en France du hasard de leur rencontre et de leur culture respective, le Duo Desiderio-Oliveira murit un projet musical dont l’album « Rencontre »… « encontro » est le résultat.

Les deux compères engagent une démarche de financement participatif et la collecte de fonds leur permet d’enregistrer l’album au TooTee Studio les 03, 04, 05 et 06 mars 2016. Mixage et mastering ont été réalisés par Pierre Baudinat. « Rencontre » sort chez Diapason et est distribué par Socadisc (distributeur de musique indépendant).

« Rencontre », l’album porte bien son nom. Il a pu voir le jour grâce à la force des relations nouées par ces deux musiciens depuis leur arrivée à Lyon. Si les deux complices savent nouer les relations humaines, leur créativité leur permet aussi de tisser une musique alimentée par les nombreuses influences musicales qui ont nourri leur inspiration. Entre joie et nostalgie l’opus palpite au rythme du jazz et des musiques du Brésil. Un disque coloré qui fait écho aux harmonies chatoyantes des chemises des deux complices.

Rythmes variées et mélodies ciselées irriguent un répertoire de 19 titres dont 17 compositions originales écrites à part quasi égale par les deux musiciens ou résultant d’une co-écriture. Les deux Lyonnais d’adoption reprennent aussi avec bonheur le thème Capivara d’Hermeto Pascoal, compositeur si cher à Ewerton et le duo interprète aussi le populaire Eu Vi Mamãe Oxum na Cachoeira um.

Certes réussir un album n’est pas chose aisée et l’avoir fait est déjà un challenge mais parvenir à transformer un répertoire léché en une musique de concert est encore un pari plus risqué. Ce d’autant plus que l’exercice du duo est exigeant et requiert en temps réel une maîtrise technique infaillible sur les instruments mais aussi une connivence sans faille entre les deux protagonistes. 

320-72_ZazaDesiderio-EwertonOliveira_02-16082016_Peristyle_nvLe Duo Desiderio-Oliveira a gagné aussi sur ce tableau de la musique live. En effet, chaque set de la soirée du 16 août au Péristyle apporte sa part de surprises et se teinte d’une couleur différente. Les climats se suivent et les textures ne se ressemblent pas. Un set pugnace et tendu précède un autre plus introverti et ciselé. Pour finir, l’ambiance se fait plus ludique et la prise de confiance aidant, l’espace de liberté augmente et les improvisations s’étoffent avec réussite. De bout en bout la musique vibre de sincérité et de complicité, de précision et de folie à la fois, de maîtrise et de d’imagination. Les regards des deux musiciens ne se quittent pas, les sourires irradient leur visage, leur attention demeure de bout en bout. La salle du Péristyle témoigne d’une écoute attentive et d’une réactivité extrême. Toutes les chaises sont tournées vers la scène.400-72_ZazaDesiderio-1_16082016_Peristyle_NV

Le « batteriste »- percussionniste Zaza Desideiro démultiplie son talent. Son énergie est tout entière consacrée aux rythmes complexes qui se succèdent et balaient quasiment l’entièreté des musiques du Brésil. Sa frappe précise et musicale alterne entre pandeiro, triangle et batterie. Entre les claviers du piano et ceux des synthétiseurs « Korg » et « Yamaha », le pianiste Ewerton Oliveira jongle de belle manière au gré des climats et sait utiliser à bon escient les sonorités du « Moog » aux ambiances un peu cosmiques.EwertonOliveira_16082016_Peristyle_NV

Lors de la soirée du 16 août, on a aimé l’atmosphère des rues avec Passeanda Nas Ruas et l’immersion dans le climat plus tragique de Caminho Mysterioso. La belle se peigne joue d’insolence. Au gré des rythmes variés, les mélodies brodent de nouveaux univers, la pression monte, la belle nous provoque et pour terminer est applaudie à tout rompre. Acorda e Vai fait un clin d’oeil à la génération funky des Brésiliens et les spectateurs balancent en rythme. Raiz de Mandeioca déclenche son lot d’applaudissements et Zaki no Frevo nous transporte dans les rythmes du Nordeste. Rencontre_mainsZazaEwertonAvec délice on découvre la saudade sautillante et bleue de Tereza no blues. Sur Aline si belle, les deux musiciens se partagent le piano pour interpréter ce titre qui est un lando, rythme afro-péruvien pour lequel le percussionniste utilise coquillages et bois du piano pour remplacer le cajon.

On a particulièrement apprécié l’interprétation nuancée du thème Capivara d’Hermeto Pascoal aux ruptures rythmiques foisonnantes et on retient aussi l’interprétation du titre Estrada de São Saru320_EwertonOliveira-OlivierTruchot_16082016_Peristyle_NVê qui évoque un lieu imaginaire, véritable paradis où coule le miel et les fruits à foison. « Moog » et triangle y font monter la tension musicale qui éclate en un feu d’artifice. La suave comptine Linda Flor de Manhã est interprétée en hommage à la fille d’un ami pour laquelle elle a été composée. Les musiciens ont aussi fait un clin d’oeil à Antonio Carlos Jobim à deux reprises. D’abord, Samba da Una Nota So prise sur un rythme rapide et se termine par un 4/4 piano-batterie. Ensuite, O morro não tem vez interprété en rappel du dernier set avec un invité surprise, le pianiste Olivier Truchot qui a partagé les claviers avec Ewerton et s’en est donné à cœur joie.

Les concerts donnés au Péristyle par le Duo Desiderio-Oliveira prouvent l’équilibre symbiotique qui existe entre les deux instrumentistes. Face au public, le répertoire gagne en épaisseur, les morceaux sont densifiées et magnifiés. La mise en place est soignée et rigoureuse. Les dimensions rythmique, mélodique et harmonique sont explorées sous toutes leurs facettes et la grande place laissée à l’expression personnelle via l’improvisation comble d’aise le public venu écouter les deux musiciens.

On reste immergé dans la dynamique colorée des musiques du Duo Desiderio-Oliveira avec une écoutedu titre Estrada De São Saruê  issu de l’album « Rencontre ».

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