En ouverture de saison, l’Opéra de Lyon propose « L’Heure Espagnole » de Maurice Ravel, une œuvre aux allures de fantaisie musicale, une facétie licencieuse. Ce premier opéra du compositeur français écrit sur un livret de Franc-Nohain brille d’audacieuses orchestrations. Conçues par Gregoire Pont, les images d’animation s’intègrent dans la mise en scène de James Bonas. Un cartoon coquin qui risque de cartonner !
Toufic Farroukh, architecte des « Villes Invisibles »
Une utopie musicale sensible et raffinée
Toufic Farroukh signe compositions et arrangements de son sixième album, « Villes Invisibles », sorti le 03 mars 2017. Le saxophoniste se fait l’architecte de villes imaginaires au climat harmonieux et pacifié. La musique esquisse un avenir radieux et porteur d’espoir pour les femmes et hommes du monde.
« Villes Invisibles » (Hot8 Music/L’Autre Distribution), le nouvel album de Toufic Farroukh emprunte le nom du roman homonyme de l’écrivain Italo Calvino. Une utopie où l’auteur italien évoque une multitude de citées imaginées. Tout comme l’homme de lettres, Toufic Farroukh transpose sur les portées la vision des villes dont il a rêvé, des villes où « les différences se perdent » mais qui conservent leur identité et la partagent.
Onirique et dansant, l’album cultive avec souplesse et efficacité le dialogue entre les musiciens, les instruments et les cultures. Si le jazz de cet album conserve des accents orientaux, il se promène plus largement dans les cultures du monde. Les influences culturelles occidentales et orientales croisent des effervescences latino-américaines. A l’écoute de la musique apaisante, on se prend à rêver d’un monde en répit où l’on a envie de vivre.
Sur « Villes invisibles », Toufic Farroukh s’éloigne de Beyrouth, sa cité natale à laquelle il a consacré l’album « Cinéma Beyrouth » en 2012. Déjà présents sur le précédent opus, le pianiste Leandro Aconcha et le batteur Luc Isenmann demeurent aux côtés de saxophoniste rejoints par le contrebassiste Marc Buronfosse. Autour de cette section rythmique on retrouve l’accordéoniste Didier Ithursarry, le joueur de oud Ahmad Al Khatib, le guitariste Frédéric Favarel et le percussionniste Bachar Khalifé.
Installé en France depuis plus de trente ans, Toufic Farroukh est un saxophoniste, percussionniste franco-libanais, également compositeur, de musiques de films et producteur. Dans ses musiques dialoguent les cultures. On se rappelle de « Drab Zeen » (2002) puis de « Tootya » (2007) où le jazz se mêle déjà à la musique traditionnelle arabe.
Aujourd’hui sur « Villes Invisibles », Toufic Farroukh libère le oud de sa place d’instrument traditionnel pour l’inviter à dialoguer avec la guitare et l’accordéon. Il construit un répertoire de treize titres qui conservent des accents orientaux mais intègrent des influences balkaniques et des rythmes latino-américains.
Certes le leader laisse ses saxophones chanter et échange avec les autres solistes pourtanton aurait volontiers savouré des interventions plus prégnantes de sa part… mais seul le créateur connait l’équilibre qui sied à l’architecture de son œuvre et on respecte son choix.
Sur « Villes Invisibles » on aime les accents brésiliens et orientaux du seul titre vocal, Rio de Cairo. Plus encore que les autres, Rio de Cairo est la synthèse réussie du mélange des musiques que prône le saxophoniste. Il représente la fusion réussie entre la culture égyptienne et celle du Brésil en réunissant avec succès le chant Ana WilAzab Wihawak de Mohammad Abdel Wahab et la samba de Zequinto Abreu (1931) sur laquelle la chanteuse libano-brésilienne Naima Yazbek a écrit des paroles. Elle chante dans sa langue natale. Native de São Paolo , la chanteuse vit au Liban depuis 2009 où elle lutte pour la cause des femmes. On aime les accents brésiliens et orientaux de Rio de Cairo.
Il fait bon intégrer la caravane qui traverse les Villes invisibles. Le mouvement lancinant du titre éponyme de l’album suggère un climat de sérénité apaisante bienvenue en ces temps agités. A l’écoute de VSA, on rêve de rejoindre la bande des musiciens à Ville-Sur-Auzon, cette ville du Vaucluse qui respire la tranquillité. Le saxophone soprano suggère le chant des oiseaux au-dessus des cerisiers. Sur Kantari Dreams, oud et guitare enchantent leurs cordes et unissent leur chant à celui du saxophone pour esquisser un survol au-dessus du quartier de Beyrouth apaisé.
Les femmes ont droit de cité dans « Villes Invisibles ». Leurs voix traversent l’album. Celle d’Angela résonne sur une adaptation d’une danse folklorique Roumaine. Soprano et oud dansent soutenus par une rythmique sautillante. Avec ce titre, les Balkans entonnent une paix retrouvée. Miss Understood lève les malentendus culturels en mêlant les instruments des musiques populaires que sont l’oud et l’accordéon avec le piano plus associé aux musiques européennes. Dans ces villes utopiques le chant des femmes s’élève la nuit comme semble le dire une certaine Lady Moon qui n’oublie pas d’onduler au rythme de la samba.
Pourtant le chant des hommes résonne aussi, preuve en est ce Mr Tib où la guitare muscle le discours d’un thème déroulé comme une promenade écervelée. Le saxophone soprano saute au-dessus des obstacles rythmiques dressés par la batterie.
Sur « Villes invisibles » Toufic Farroukh construit la cité qu’il appelle de ses vœux, celle où hommes et femmes peuvent vivre dans un climat serein, dont témoigne l’album. En effet, le compositeur ne projette pas uniquement la vision d’un architecte constructeur. Il se double d’un poète qui dessine treize titres de musique comme treize strophes d’un poème issu de son imagination.
« Ce qui commande aux récits, ce n’est pas la voix : c’est l’oreille ». Pour faire écho aux propos d’Italo Calvino et écouter en live la partition raffinée de cet album « Villes Invisibles », un rendez-vous s’impose. Prendre la route du Studio de l’Ermitage le 27 avril 2017 pour assister à 21h au voyage du Toufic Farroukh sextet sur les routes pacifiées de son monde utopique où règne l’harmonie. Aux côtés du saxophoniste, Leandro Aconcha, Marc Buronfosse, Luc Isenmann, Ahmad Alkhatib et Didier Ithursarry.
« L’Heure espagnole » à l’Opéra de Lyon
Clin d’œil à Yves Rousseau Septet & « Fragments »
Pour son nouvel album, « Fragments », le contrebassiste Yves Rousseau réunit autour de lui un groupe transgénérationnel de musiciens talentueux. Ancrée dans les souvenirs de son écoute des groupes pop rock entre 1976 et 1979, la musique laisse une grande place aux solistes. L’écriture inventive et exaltante du leader inspire aux instrumentistes des improvisations décapantes.
David Linx signe « Skin in The Game »
Avec « Skin In The Game », le chanteur, auteur, compositeur et producteur David Linx signe un album à la fois énergique et sensible. Celui qui est devenu une référence en matière de jazz vocal, propose un opus poétique où il se met à nu. Autour de lui, il réunit une équipe de premier plan avec Gregory Privat au piano, Chris Jennings à la contrebasse, Arnaud Dolmen à la batterie et en invités, le guitariste Manu Codjia et le slameur Marlon Moore. Entre force et délicatesse, un opus à fleur de peau qui témoigne de ses convictions, de son implication dans le monde actuel et rend hommage à des figures qui lui sont chères. Au sommet de son art, David Linx performe plus que jamais au-dessus de la mêlée.
Aujourd’hui avec son deuxième album chez Blue Note,
Enfin, Yaron Herman « trouve que cette lettre ressemble à un arbre ». On peut donc aussi percevoir l’album comme l’alliage de trois segments soudés, trois musiciens associés, trois racines unies pour former un tronc solide. Un tronc qui ne demande qu’à générer des boutures, des bourgeons, des expansions vers une musique projetée vers l’avenir à partir du terreau des origines. On perçoit alors Y comme un symbole porteur d’unité et de devenir.
Trois titres captivent par leurs climats dynamiques et étranges, par l’énergie qui les traversent, par le mouvement omniprésent qu’ils suggèrent, par les échappées lyriques qui fusent de leur trame répétitive et rythmique. First Dance, Legs to run et Side jump. Énergie, rythme, riffs mélodiques réitératifs créent des climats dynamiques et étranges.
Sur leur nouvel album, « Sons of Love » (Label Bleu/L’Autre Distribution) sorti le 03 mars 2017, les chevaliers supersoniques content l’héroïque histoire de Titan qui rencontre des Sirènes. Une Fantasy où ensemble ils voyagent dans les Spaces Ways et dans une explosion d’amour de planète en planète jusqu’à l’extase, se posent enfin pour retenir le temps. Ils prennent alors conscience qu’ils sont les fils de l’amour, tissés et transcendés par les Simples Forces, et partent à la reconquête du butin pour faire la Révolution, la seule, la grande, la vraie : autour du soleil. Et tout recommencer.
Avec « Play Sun Ra », Thomas de Pourquery et « Supersonic » ont rencontré un franc succès auprès du public et des critiques. Le disque a même été désigné « Album de l’année » aux Victoires du jazz 2014. Les concerts qui ont suivi la sortie de l’opus ont eux-aussi déclenché l’enthousiasme des publics. On se rappelle encore leur superbe prestation pour la soirée de clôture de la 28ème édition du festival « A Vaulx Jazz » le 21 mars 2015 en ouverture de la soirée consacrée à Sun Ra avec le saxophoniste Thomas de Pourquery et son « Supersonic plays Sun Ra » suivi du « Sun Ra Arkestra » sous la direction du saxophoniste alto Marshall Allen.
Paul Lay en trio avec le contrebassiste Clemens van der Feen et le batteur Dré Pallemaerts, C’est aussi un trio que propose l’opus « Alcazar Memories » où Paul Lay se produit avec la chanteuse Isabel Sörling et le contrebassiste Simon Tallieu.
« The Party » & « Alcazar Memories ». Deux albums, deux trios, deux concepts différents mais sur les deux albums demeure un invariable. Le talent de Paul Lay à renouveler son inspiration dans l’écriture et l’interprétation, à fédérer l’énergie de ses partenaires et à générer le rêve et l’émotion chez les auditeurs. Le pianiste développe une expression très personnelle d’où est absente toute reproduction. Virtuose, il prend de la distance avec la technique pour développer une identité singulière mobilisée au service de la création.
Pour l’album « The Party », Paul Lay élabore un nouveau répertoire avec le batteur Dré Pallemaerts et le contrebassiste Clemens Van Der Feen. Comme une illustration sonore de scènes cinématographiques qui se déroulent lors d’une fête. Chaque morceau caractérise un personnage, une situation, ou encore un échange de regards, une danse, et bien d’autres mouvements. Une fête mystérieuse aux frontières du réel où l’on observe à masque caché et où se confrontent les egos.
L’album « Alcazar Memories » fait suite à une rencontre avec Isabel Sörling et au travail qui s’est poursuivi entre le pianiste, la chanteuse et le contrebassiste Simon Tailleu et a donné lieu en 2013 à la création « Alcazar Memories », en hommage au Music-Hall marseillais, au Théâtre de la Criée quand Marseille était « Capitale Européenne de la Culture ».
Du 01 juin au 05 août 2017, les « Nuits de Fourvière » vont faire vibrer la colline de Fourvière, le Grand Théâtre, l’Odéon, son Esplanade et de nombreux autres lieux. Avant de lever le voile sur sa programmation, le festival dévoile le visuel 2017 des Nuits de Fourvière aux spectateurs toujours curieux des évènements proposés par son directeur Dominique Delorme.
Cirque Plume présente « La dernière saison » du 30 juin au 05 août au Parc de Parilly en soirée. Un spectacle qui traverse les saisons, comme on traverse les âges. Que l’on soit humain ou humanité ou planète terre ou galaxie ou univers. Humains ou divins.
Le Big Band « Bigre ! » sort un sixième album, « ¡Caramba ! »(Grolektif Productions/L’Autre Distribution) dont la sortie est annoncée pour le 31 mars 2017. Après s’être frotté à l’afrobeat de Lagos et à l’éthio-jazz d’Addis Abbeba, après avoir accordé les mélopées balkaniques aux polyrythmies contemporaines, après avoir enjazzé la dub et le RnB, « Bigre ! » persiste et signe dans ses pérégrinations rythmiques métissées en réunissant aujourd’hui sous une même bannière la riche culture musicale cubaine et le verbe ciselé de la grande chanson française.

C’est après une campagne de financement participatif frutueux sur KissKissBankBank que « jazz&people », premier label de jazz participatif français, annonce pour le 10 mars 2017 la sortie de “Spoonful” en numérique et en double CD avec pochette cartonnée et des textes rédigés par Laurent Cugny. Un bel objet à l’image de la musique.
On se rappelle encore du splendide concert du 06 juillet 2015 où le Gil Evans Paris Workshop et Laurent Cugny jouent sur la scène du Festival « Jazz à Vienne ». L’écoute de l’album a ravivé le souvenir de ce moment éblouissant où l’orchestre a tenu en haleine les spectateurs du Théâtre Antique de Vienne. Une véritable musique à suspense.
Sous son nom Horace Parlan a enregistré sept albums sous le mythique label Blue Note avec des musiciens prestigieux comme Grant Green (guitare) et les saxophonistes Booker Ervin et Stanley Turrentine. On retient surtout « Up & Down » et “Speakin’ My Piece”.
Pour l’enregistrement de « Short Trip » (Fresh Sound Record /Socadisc) au Studio de Meudon en mai 2016, Vincent Bourgeyx a réuni une section rythmique purement américaine. Le contrebassiste Matt Penman qu’il a connu au Berklee College de Boston. Collaborateur habituel du saxophoniste Joshua Redman, le rythmicien est l’un des plus demandés aux États-Unis. Il est aussi membre du SFJAZZ Collective, un all-star constitué de la fine fleur des jazzmen USA auquel participe aussi le batteur Obed Calvaire rencontré récemment par Vincent Bourgeyx. Entouré de cette section rythmique contrebasse/batterie hors pair le pianiste est comme porté et s’autorise toutes les libertés sur son clavier.