Label ECM-Focus8-Mai 2017 – Avishai Cohen

Label ECM-Focus8-Mai 2017 – Avishai Cohen

« Cross My Palm With Silver », méditation entre silence et gravité

« Label ECM-Focus8 » continue l’exploration du label ECM et de son identité singulière. Le 05 mai 2017 ECM propose « Cross My Palm With Silver » du trompettiste Avishai Cohen. Le quartet magnifie les nouvelles compositions.

« Label ECM-Focus8 » se penche sur « Cross My Palm With Silver », le deuxième opus du trompettiste Avishai Cohen paru le 05 mai 2017 chez ECM après « Into the Silence » paru sous le même label en 2016. Des cinq nouvelles compositions du trompettiste gravées sur cet opus se dégage un climat émotionnel poignant.

L’émotion ressentie à l’écoute de cet album tient autant au propos musical qu’au contexte qui a motivé l’écriture de l’album chez le trompettiste. Si l’album « Into the Silence » faisait suite à un deuil personnel du trompettiste (la perte de son père), cette fois Avishai Cohen se penche sur la situation politique et humaine qui affecte la scène internationale, les guerres qui touchent le Moyen-Orient mais aussi la violence qui affecte le monde.

Impuissant devant le climat politique qui règne au Moyen-Orient, Avishai Cohen, comme l’ont fait d’autres jazzmen avant lui (Mingus, Max Roach), utilise les titres de ses compositions pour pointer les injustices. Sans doute le titre de l’album qui signifie « graisser la patte », constitue-t-il une adresse vis à vis d’un destinataire que l’on n’identifie pas clairement. A travers « Cross My Palm With Silver », le compositeur exprime la volonté de participer à son humble mesure à apaiser le monde. De facto la musique parle pour le compositeur et l’on peut affirmer que les quatre interprètes portent haut sa parole.

De son album précédent, Avishai Cohen a conservé deux de ses partenaires, le batteur Nasheet Waits avec qui il travaille depuis plus de dix ans et le pianiste Yonathan Avishai, « son frère musical » avec qui il a joué la musique d’Ornette Coleman mais aussi les standards de Gershwin et d’Ellington. A la contrebasse, Eric Revis est remplacé par Barak Mori qu’il connaît depuis l’école secondaire et que l’on a récemment écouté aux côtés de Madeleine Peyroux (en 2016 sur « Secular Hymns »). Le trompettiste déclare que « l’association de tous ces musiciens constitue vraiment (s)a dream team ». Il est vrai qu’à l’écoute de l’album, on perçoit chez eux un sens naturel pour l’improvisation et une aptitude pour entrer en synergie avec le trompettiste.

« Cross My Palm With Silver ». La musique frappe par sa fluidité, par sa gravité et par le lyrisme du trompettiste. La dynamique musicale est faite de contrastes et les climats alternent. Moments méditatifs porteurs d’intense gravité où le silence prend sa part à l’expression et la densifie. Instants musicalement plus denses où s’élèvent les spirales ascensionnelles de la trompette. La connivence des interprètes est perceptible à travers la légèreté et la subtilité des échanges. La section rythmique prodigue au trompettiste un soutien dont la texture à la fois souple et fine favorise ses envolées lyriques ou ses réflexions méditatives.

En cinq titres tout est joué, tout est dit. L’album ouvre avec Will I Die, Miss? Will I Die? Le titre de la composition reprend la question posée par un jeune garçon syrien angoissé au personnel qui l’a secouru après une attaque au gaz toxique en Syrie. Sur des accords lancinants et réitératifs posés doucement par le piano, Avishai Cohen embouche la trompette bouchée pendant que le batteur caresse ses cymbales et que le son boisé de la contrebasse les soutient. Le tempo s’accélère, les échanges se densifient. De la trompette s’élève ensuite une improvisation magistrale où Avisahi Cohen se fait plus mélodique et plus lyrique encore.

D’une manière hésitante, le pianiste et le trompettiste ouvrent le Theme for Jimmy Greene. Sur cette ode apaisée, la trompette fait monter le niveau d’intensité dramatique pour terminer en un apaisement réflexif. Ce thème dédiée au saxophoniste Jimmy Greene fait écho au très bel album « Beautiful Life » que le saxophoniste a gravé en 2014 en hommage à sa fille Ana Grace tuée à 6 ans lors de la tuerie perpétrée en 2012 à l’école Sandy Hook.

340 down témoigne de la complicité extrême qui existe entre le trompettiste et le batteur. Des phrases de trompette obsédante soutenue par des frappes discrètes du batteur. Brève intervention du bassiste qui laisse se densifier le dialogue entre le trompettiste et le batteur qui croisent leurs phrases et dessinent un tissu musical à la trame d’une légèreté étonnante.

Shoot Me in The Leg commence par une litanie interrogative du pianiste vite rejoint par le reste du groupe. Les quatre musiciens déroulent un fil musical qui se densifie au fil des douze minutes de sa durée jusqu’à un superbe solo envoutant dont le classicisme surprend. Le silence s’inscrit dans le discours du trompettiste qui étire et pose ses notes comme un poète peaufine ses rimes.

50 Years and Counting  clôt l’album avec un thème plus libéré de la tension dramatique qui règne tout au long des quatre autres compoitions. La forme est plus classique et le pianiste plus présent. L’expression du trompettiste se fait quant à elle encore plus libre comme portée par un optimisme certain.

« Cross My Palm With Silver » a été enregistré en trois jours, du 14 au 16 septembre 2016, aux studios La Buissonne de Pernes les Fontaines par Gérard de Haro et Nicolas Baillard et produit par Manfred Eicher. Le son de l’album contribue pour beaucoup à la force de la musique. Chaque note de chaque instrument est mise en valeur. Les graves boisés de la contrebasse accentuent à bon escient le caractère dramatique, les notes du piano se détachent avec précision comme des perles égrenées, les aigus de la trompette se détachent du tissu musical et s’élèvent en spirales ascendantes d’une légèreté précieuse, le son des cymbales est rutilant. Avec quelquefois un soupçon d’écho, mais juste à bon escient.

Cet album s’inscrit tout à fait dans l’esthétique ECM si chère à Manfred Eicher. Encore une fois elle doit autant à la teneur des compositions qu’à l’interprétation des musiciens et au travail d’enregistrement et de mixage des ingénieurs du son.

Le trompettiste Avishai Cohen confirme sur « Cross My Palm With Silver » la force de son discours tressé à la fois d’une virtuosité tout en retenue et d’un lyrisme plein de grâce. Le son pur de la trompette ménage toujours de grands espaces au silence lors de ses improvisations. Son articulation demeure très précise avec ou sans sourdine. Capable de nuances le trompettiste continue à peaufiner son expression tout en conservant cette capacité extrême à maîtriser à la fois la puissance et la légèreté, à exprimer beaucoup en peu de notes.

La sortie de « Cross My Palm With Silver » est suivie d’une tournée européenne avec des concerts donnés en France. Pour écouter Avishai Cohen en quartet sur scène, rendez-vous le 13 mai à la Chapelle du Méjan, à Arles, le 18 mai à la Maison de la Culture d’Amiens, le 19 mai à Paris dans le cadre du festival Jazz à Saint-Germain-des-Prés à la Maison des Océans ou encore le 20 mai à Tours au Petit Faucheux. Plus de dates et de précisions sur le site du trompettiste Avishai Cohen.

A très bientôt dans une future chronique « Label ECM-Focus9 » avec d’autres enregistrements du Label ECM.

Fonnesbæk & Kauflin – « Standards » (Storyville Records)

Fonnesbæk & Kauflin – « Standards » (Storyville Records)

Le label Storyville Records annonce pour octobre 2020, la sortie de l’album « Standards » enregistré par Fonnesbæk & Kauflin. Le contrebassiste et le pianiste s’expriment dans un langage qui leur est commun et dialoguent de manière fusionnelle. Le répertoire compte neuf standards issus de l’héritage des grands compositeurs de jazz du XXème siècle. De l’album se dégage un swing irrésistible, une virtuosité absolue et une musicalité inouïe.

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Storyville Records

Storyville Records

Nommé d’après le quartier notoire de la Nouvelle-Orléans où le jazz est né, Storyville Records est un label de jazz européen indépendant créé en 1952 à Copenhague. Le label développe une dynamique éditoriale qui préserve son identité. Dans cette perspective sont publiés des inédits de grands jazzmen du XXème siècle et des enregistrements d’artistes contemporains. Ainsi, sont annoncées les sorties des albums « Montmartre 1964 » de Dexter Gordon et « Standards » de Fonnesbæk & Kauflin. Se souvenir du jazz d’hier et s’immerger dans le jazz d’aujourd’hui, une belle manière de relier tradition et actualité.

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Stracho Temelkovski signe « The Sound Braka »

Stracho Temelkovski signe « The Sound Braka »

Le multi-instrumentiste, improvisateur et beatboxer, Stracho Temelkovski signe son premier album « The Sound Braka ». Aux confluences du jazz, des musiques improvisées et des musiques du monde, l’album réunit autour du leader ses « frères de son ». Des formations à géométrie variable proposent des musiques issues des cultures populaires orales et des musiques savantes. Entre ambiances festives et hypnotiques se crée une alchimie naturelle. Un univers musical aux accents universels où les rythmes frénétiques des Balkans croisent des poésies jazzy. Un album singulier chargé d’humanité.

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David Enhco présente « Horizons », son 3ème album en quartet

David Enhco présente « Horizons », son 3ème album en quartet

La liberté atout majeur d’un album sans concession

Sur son troisième album, « Horizons », le compositeur et trompettiste David Enhco présente son nouveau projet musical. En quartet il explore des horizons ouverts où la liberté est reine. On est à la fois captivé et étonné par cette alchimie étrange où liberté coexiste avec solennité et spontanéité avec élégance.

On ne rappelle pas ici l’inlassable engagement musical de David Enhco né dans une famille de musiciens, devenu trompettiste et très vite impliqué sur les scènes auprès de Thomas, son frère pianiste. On n’évoque pas non plus sa participation aux aventures de l’Amazing Keystone Big-Band dont il assure la co-direction avec Bastien Ballaz, Jon Boutellier et Fred Nardin, ni même son compagnonnage musical auprès de la chanteuse Cecil McLorin Salvant mais on se penche sur « Horizons » le troisième épisode discographique de l’aventure engagée avec son quartet, un album où les surprises se suivent et ne se ressemblent pas

Après « La Horde » paru en 2013 chez Cristal Records puis « Layers » sorti en 2015 sous le label Nome (fondé par les musiciens du quartet et les frères Maxime et Adrien Sanchez), David Enhco présente « Horizons » (Nome/L’Autre Distribution) enregistré en décembre 2016 aux studios La Buissonne et sorti le 28 avril 2017. Sur cet opus le trompettiste s’exprime en quartet avec ses fidèles amis, le pianiste Roberto Negro, le contrebassiste Florent Nisse et le batteur Gautier Garrigue.

Sur « Horizons », David Enhco et son groupe dessinent plus précisément encore les contours de leur identité musicale qui doit beaucoup à ce continuum fidèle que le trompettiste entretient avec ses partenaires. Cela constitue sans doute un atout essentiel qui participe à l’évolution de la musique du quartet. En effet, s’exprimer librement est d’autant plus aisé que règnent au sein du groupe confiance et respect mutuels. Ainsi les musiciens peuvent mieux dialoguer, avancer, s’aventurer, innover et créer. C’est bien sur ce collectif que se fonde cet album qui intrigue autant qu’il séduit.

Les onze titres de l’album « Horizons » dessinent un monde musical empreint de nuances qui sont autant de surprises. Couleurs et ambiances alternent au gré de l’expression des musiciens qui savent renouveler leur discours. De plage en plage, les atmosphères varient, surprennent et captivent l’attention de l’auditeur. Soutenu par le collectif très soudé, le souffle de la trompette tempête ou murmure, son chant s’élève du groupe, se brise pour mieux s’élancer et tenter une nouvelle envolée. Les horizons ouverts par cet album font vibrer les amateurs de jazz improvisé.

Les deux improvisations collectives intitulées Interludes I et II témoignent vraiment du climat de liberté qui règne sur cet album tourné clairement du côté de ce qu’il est coutumier de nommer la musique improvisée européenne. La sonorité presque davisienne de la trompette sur L’éclat disparu composé par Gauthier Garrigue n’est pas sans rappeler les inflexions d’un certain Miles sur Blue in Green de l’album « Kind of Blue ».

Sur les compositions de Roberto Negro le climat est changeant. Comme suspendu et évanescent sur le nocturne Likasi, il n’est pas sans évoquer les dissonances du monde de Kenny Wheeler ou de celui de Jon Hassel. Sur Félix B. se dessine la trajectoire aventureuse et incertaine d’une trompette funambule qui hésite sur le fil tendu entre deux horizons. Le tempo se précipite sur L’inconnu et le couple d’amoureux. La musique devient alors une toile sur laquelle la trompette projette de fulgurantes interrogations.

La plume de Florent Nisse dessine les contours d’un univers musical que Nino Rota n’aurait pas dénié. Alors qu’Interspiratio déclenche chez David Enhco une profonde mélancolie, Questions come next entraîne le trompettiste dans un monde empreint de lyrisme et l’orchestre dans un tourbillon crescendo et résolutoire qui termine l’album en beauté.

On retrouve une relative continuité formelle entre les trois compositions du trompettiste. Touches délicates des lignes brisées de Sentinelle écrit par David Enhco « en pensant à une sorte de rempart mental contre la morosité. Un rappel pour rester joyeux même dans les moments difficiles ». Rythme ralenti comme étiré sur From the Horizon qui laisse entrevoir la lumière heureuse de Silver Lining.

On regarde avec bonheur vers les « Horizons » matures ouverts par le David Enhco Quartet et on se laisse porter par la musique pleine d’espoir de Sentinelle avec le superbe solo de contrebasse de Florent Nisse…

… et pour finir on conseille la consultation du site de David Enhco.

Le David Enhco Quartet présente le répertoire de l’album « Horizons » sur scène le mercredi 31 mai à 20h au Café de la Danse à Paris. En première partie, « Flux » avec Federico Cassagrande & Florent Nisse.
Fonnesbæk & Kauflin – « Standards » (Storyville Records)

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Le label Storyville Records annonce pour octobre 2020, la sortie de l’album « Standards » enregistré par Fonnesbæk & Kauflin. Le contrebassiste et le pianiste s’expriment dans un langage qui leur est commun et dialoguent de manière fusionnelle. Le répertoire compte neuf standards issus de l’héritage des grands compositeurs de jazz du XXème siècle. De l’album se dégage un swing irrésistible, une virtuosité absolue et une musicalité inouïe.

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Storyville Records

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Nommé d’après le quartier notoire de la Nouvelle-Orléans où le jazz est né, Storyville Records est un label de jazz européen indépendant créé en 1952 à Copenhague. Le label développe une dynamique éditoriale qui préserve son identité. Dans cette perspective sont publiés des inédits de grands jazzmen du XXème siècle et des enregistrements d’artistes contemporains. Ainsi, sont annoncées les sorties des albums « Montmartre 1964 » de Dexter Gordon et « Standards » de Fonnesbæk & Kauflin. Se souvenir du jazz d’hier et s’immerger dans le jazz d’aujourd’hui, une belle manière de relier tradition et actualité.

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Stracho Temelkovski signe « The Sound Braka »

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Le multi-instrumentiste, improvisateur et beatboxer, Stracho Temelkovski signe son premier album « The Sound Braka ». Aux confluences du jazz, des musiques improvisées et des musiques du monde, l’album réunit autour du leader ses « frères de son ». Des formations à géométrie variable proposent des musiques issues des cultures populaires orales et des musiques savantes. Entre ambiances festives et hypnotiques se crée une alchimie naturelle. Un univers musical aux accents universels où les rythmes frénétiques des Balkans croisent des poésies jazzy. Un album singulier chargé d’humanité.

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Shahin Novrasli présente Emanation

Shahin Novrasli présente Emanation

A la croisée de l’Orient et de l’Occident

Shahin Novrasli présente Emanation, un album singulier. Originaire d’Azerbaïdjan, le pianiste puise son inspiration dans les musiques du Caucase, le jazz et la musique classique. Un jazz épicé, savant et élégant qui repousse les frontières musicales.

Après le disque « Bayati » gravé en 2014 avec Ari Hoenig et Nathan Peck, Shahin Novrasli présente à quarante ans son deuxième album, « Emanation » (Jazz Village/[Pias]), sorti le 07 avril 2017. On découvre une musique riche et inspirée, imprégnée de la rigueur du classique tout autant que de la tradition azérie et ponctuée d’improvisations étourdissantes.

Après avoir suivi un cursus typique de pianiste classique en Azerbaïdjan, il maîtrise les partitions de Bach, Mozart et  Rachmaninoff et se produit dès ses onze ans avec l’orchestre philharmonique d’Azerbaïdjan. Shahin Novrasli s’initie ensuite au jazz sous l’influence de Vagif Mustafa Zadeh, le père de la merveilleuse pianiste Aziza Mustafah Zadeh, plus guère présente sur les scènes jazz actuelles. Avec lui il apprend l’art qui consiste à mêler le jazz au mugham, cette musique azérie de forme modale où l’improvisation tient une place majeure.

A sa sortie du conservatoire national en 2000, Shahin Novrasli se tourne vers le jazz et les œuvres de Bill Evans et Keith Jarrett. Il commence à écrire ses premières compositions et se produit ensuite dans de nombreux festivals internationaux de jazz  comme Montreux en 2007. Installé à New-York, il rencontre un de ses héros, Ahmad Jamal qui lui apporte son soutien, ses conseils et coproduit aussi son album.

C’est d’ailleurs avec le contrebassiste James Cammack qui a longtemps joué avec Ahmad Jamal que Shahin Novrasli entre en studio à Paris en avril 2016 pour enregistrer « Emanation ». La batterie est tenue par l’incontournable André Ceccarelli. Sur quelques plages, intervient le percussionniste Erekle Kolava qui collabore régulièrement avec le pianiste. On note aussi la participation du violoniste Didier Lockwood sur Ancient Parallel où il soutient les psalmodies vocales du pianiste et sur le superbe Saga.

Sur les neuf plages de l’album « Emanation », Shahin Novrasli donne libre cours à son inspiration. Dans son univers musical se mélangent avec élégance, la musique classique, le mugham azerbaïdjanais et le jazz. Le pianiste fait dialoguer orient et occident. Il brode des mélodies dépaysantes sur des rythmes orientaux et utilise des harmonies puissantes portées par une énergie puisée dans les racines du jazz. Étourdissant et lyrique.

Sans doute le titre Tittle Tattle laisse augurer de l’esthétique rythmique qui pourrait présager de l’évolution musicale de Shahin Novrasli de même que le morceau Ancient Parallel où les origines orientales de la musique du pianiste dominent mais on demeure sous le charme du titre Emanation empreint de liberté, d’élégance et d’un lyrisme maîtrisé. De cette composition qui ouvre l’album émane une impression de fragilité et de nostalgie inspirée.

Pour Shahin Novrasli, « le plus important c’est la musique. Quand je joue ou que j’écris, je ne pense pas au jazz ou au mugham, je ne pense à aucun style en particulier. La musique doit être beauté, amour. »  Construit sur le principe de la spontanéité maximale, l’album laisse une grande part à l’improvisation chère au pianiste.

 

Pour s’immerger dans la musique étourdissante et lyrique de Shahin Novrasli, rendez-vous le le samedi 20 mai 2017 à 20h30 à la Maison des Océans, dans le cadre du festival Jazz à Saint-Germain-des-Prés à Paris.
Le pianiste de produit aussi en première partie des concerts des 05 et 06 juillet 2017 à 20h à l’OdéonThéâtre de l’Europe à Paris dans le cadre de « The Week Celebration of Ahmad Jamal ».
Fonnesbæk & Kauflin – « Standards » (Storyville Records)

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Storyville Records

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Stracho Temelkovski signe « The Sound Braka »

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Paolo Fresu explore les musiques d’hier et d’aujourd’hui

Paolo Fresu explore les musiques d’hier et d’aujourd’hui

Entre chant sacré et effets électroniques

Du 04 au 06 mai 2017, le musée des Confluences accueille Paolo Fresu pour une Carte Blanche. Le trompettiste de jazz propose trois concerts. Entre trompette, bugle et effets électroniques, Paolo Fresu explore musiques de Sardaigne, chants sacrés et jazz.

Pour cette Carte Blanche, Paolo Fresu endosse en quelque sorte le rôle d’un directeur artistique ayant en charge de rapprocher les musiques polyphoniques sardes, les chants sacrés et le jazz. Il dit avec enthousiasme combien il apprécie de pouvoir voyager au sein des univers qu’il aime et qu’il souhaite partager avec le public de Lyon.

Faute d’avoir vu et écouté le concert du 05 mai, on évoque ici seulement les soirées des 04 et 06 mai. Au cours de ces deux spectacles le trompettiste tente de rapprocher, comme le ferait un couturier pour un patchwork, les différents idiomes qu’il connaît et affectionne, le jazz, les chants polyphoniques sacrés et profanes sardes, la musique chambriste et les effets électroniques, les musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Le jeudi 04 mai, Paolo Fresu se produit avec son complice de longue date, le pianiste Diederik Wissels. Le répertoire de la soirée permet au public d’apprécier les talents des deux musiciens qui présentent une alternance d’anciens morceaux et de nouvelles propositions que découvre le pianiste à cette occasion. Si le concert débute par deux thèmes plutôt teintés jazz, il se poursuit avec Ave donna sanctissima et Laude novella, deux titres proposés par le trompettiste et tirés du répertoire que chantaient les pèlerins d’Italie aux alentours des années 1200 sur le chemin de Compostelle.

Le public est prévenu, c’est une première pour le pianiste qui s’en tire plutôt bien, même si l’on perçoit chez lui une concentration extrême. Pourtant, malgré cela le dialogue entre les deux musiciens est convainquant. Entre trompette bouchée, bugle et effets électroniques délicats, Paolo Fresu fait le choix de la sobriété.

Les deux musiciens retrouvent sans hésitation leur complicité musicale autour des compositions du pianiste. Une grande connivence les unit et du bugle de Paolo Fresu s’élèvent d’élégantes mélodies que le clavier met en valeur. Leur dialogue fructueux se poursuit avec une ballade bretonne qui termine le concert et soulève l’enthousiasme du public. Avec générosité le duo revient pour trois rappels.

D’abord Fellini, un thème de 16 mesures composé dans le train de Bologne à Florence par Paolo Fresu en l’hommage au grand cinéaste. Il en profite pour faire l’éloge de « la lentesse », de cette époque (années 90) où le trajet entre les deux villes durait 1h25 et non 25 minutes comme aujourd’hui. Il loue les bienfaits de cette lenteur qui permet réflexion et création. A la toute fin du morceau, le micro de la trompette posée dans le corps du piano réverbère les harmoniques des cordes durant le superbe chorus du pianiste. Le troisième rappel reprend une chanson italienne de 1962 que chantait Mina, Le tue mani. Accompagné par un pianiste très sobre, le trompettiste gratifie la salle d’une interprétation acoustique très appréciée. Entre jazz, humour et musique sacrée la soirée a tenu toutes ses promesses.

La soirée du 06 mai propose « Il Rito e la Memoria ». Ce rite de la mémoire réunit trois entités, le duo Fresu/Wissels, le quatuor Albodora et le chœur de polyphonies sardes Cuncordu e Tenore de Orosei. Paolo Fresu annonce qu’ils vont jouer « ce qu’ils vivent, ce qu’ils aiment, ce qu’ils connaissent », une musique qui venue du passé peut « mener vers le monde de demain ».

Après quelques effets scénographiques, le trompettiste et les chanteurs entrent en scène après avoir descendu les escaliers de l’auditorium pour gagner la scène tout en jouant et en chantant un miserere. Le concert débute avec le quatuor et le duo. Clavier électrique pour le pianiste et nappes de son du bugle, le son des cordes enfle. Après le premier morceau, les chanteurs vêtus de costumes de velours noir quittent leurs chaises et se rejoignent en rond autour du micro, le bugle souffle et donne le départ au chant des cinq hommes. L’effet de ces cinq voix qui n’ont font qu’une est saisissant. Fragilité et simplicité d’un miserere qui restitue pourtant la puissance et la cohésion du chœur.

La soirée se poursuit et l’on entend de nouveau les deux chants de 1200, Ave donna sanctissima et Laude novella. Les interventions des chanteurs apportent des respirations qui tranchent avec l’énergie presque désordonnée que dégagent les sons appuyés des cordes mêlés aux effets électroniques que le trompettiste utilise avec moins de parcimonie que de coutume. Le contraste est vraiment saisissant entre ces voix issues de la tradition et l’ensemble musical aux sonorités qui hésitent entre modernité et divertissement italien.

De facto on demeure un peu réservé quant à la prestation de cet ensemble qui ne restitue pas vraiment une musique groupale mais met plutôt en évidence la distance qui demeure, malgré les tentatives du trompettiste, entre la musique du passé et celle d’aujourd’hui. Les interventions des cordes auraient gagné à être moins appuyées et l’on aurait volontiers privé Paolo Fresu durant quelques moments de son jouet électronique pour qu’il offre au public ce qu’il fait avec tant de brio et de sensibilité… laisser son souffle chanter la mélodie avec sensibilité et sobriété.

La Carte Blanche offerte par le Musée des Confluences à Paolo Fresu a permis au public de découvrir ou de retrouver ce trompettiste de jazz lyrique et créatif. Les concerts ont mis en évidence l’intérêt qu’il porte à la musique, le souci qu’il a de relier les époques et sa volonté de participer à l’écriture de la musique de demain.

Fonnesbæk & Kauflin – « Standards » (Storyville Records)

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« Think Bach Op.2 », Édouard Ferlet renoue avec Bach

Ferlet re-pense Bach

Après « Think Bach » paru il y a cinq ans, Édouard Ferlet renoue avec Bach sur « Think Bach Op.2 ». Une récidive de bon aloi où Ferlet, en piano solo, compose et improvise autour des œuvres de Jean-Sébastien Bach. Entre hommage introspectif et conversation passionnée.

La musique de Jean-Sébastien Bach constitue un réservoir infini d’inspiration pour le pianiste Édouard Ferlet qui entretient une relation suivie et plus qu’intime avec sa musique. En effet, après « Think Bach » paru en 2011 puis « Bach Plucked Unplucked » enregistré en 2015 avec la claveciniste Violaine Cochard, le pianiste de jazz récidive et renoue avec Bach. Il continue son exploration des partitions de Bach sur « Think Bach Op.2 » (Mélisse/Outhere) sorti le 28 avril 2017. Sur l’album, neuf compositions du pianiste et une interprétation du largo du Concerto pour clavecin n°5 en Fa mineur BWV 1056.

La première écoute de l’album suscite d’abord un moment d’incrédulité, « …comment, il approche de nouveau la musique de Bach ! » mais sitôt après survient l’étonnement, « surprenant, il est vraiment parvenu à renouveler son propos » et enfin, avec l’immersion totale, advient le plaisir inconditionnel que procure cet opus absolument addictif.

Avec « Think Bach Op.2 », Édouard Ferlet, déjà imprégné de l’œuvre de Bach, pénètre encore plus avant au cœur de l’écriture du Maître de Chapelle. Il se glisse dans la trame des partitions qu’il explore comme un chercheur en quête de compréhension. Pour cet album le pianiste dissèque les lignes musicales, pose, dépose et repose autrement les notes, dérange et change les rythmes, bouscule la structure de la musique de Bach. On se demande s’il s’agit d’une communion ou d’un jeu espiègle entre Ferlet et l’âme de la musique de Bach. Peut-être les deux à la fois d’aileurs.

La lettre introductive que le pianiste adresse à J.S. Bach dans le livret dit beaucoup de son rapport avec le compositeur baroque. Il le tutoie, c’est dire sa familiarité avec lui. A travers les termes de la missive on perçoit  la relation passionnée voire même physique entretenue avec la musique de celui qu’il admire. « … je te joue et joue avec toi. Mes doigts en folie courent et s’essoufflent dans l’ivresse et la rigueur de tes lignes, mes muscles se figent et se relâchent pour exprimer ma rage et ma passion ». Si Édouard Ferlet fait état de ses « anciennes blessures » ce n’est point pour s’en plaindre mais pour les évoquer comme un point de départ de sa renaissance.

Sur « Think Bach Op.2 », Édouard Ferlet communie avec la musique de Bach, ausculte sa respiration profonde et entre en relation intime avec les partitions dont il s’abreuve. Il communique avec le compositeur dont il explore l’écriture. Il la comprend et déjoue les difficultés. Il joue à déplacer les phrases, à modifier les intervalles, à décaler les rythmes et les cadences, à bousculer les lignes de construction. On ne parle pas de transgression mais plutôt d’une exploration de la substance musicale. Cette recherche en quête de compréhension nourrit son inspiration. En effet de cette démarche naît une nouvelle musique comme une filiation innovante et respectueuse.

A partir de techniques compositionnelles variées évoquées dans le livret, le pianiste apporte des touches contemporaines et se réapproprie la musique de Bach. Ferlet se projette dans le monde de Bach. Il pénètre dans le rythme, le son, la charpente de la musique et les accueille dans l’univers du jazz. Il explore même les mélodies comme sur les quatre minutes de la seule piste de l’album qu’il n’a pas composée. C’est en effet uniquement la mélodie qu’il restitue du largo du Concerto pour clavecin n°5 en fa mineur BWV 1056.  Moment surprenant et émouvant.

Crazy B est sans doute la pièce où l’on perçoit le plus la manière dont le pianiste compose un morceau à partir d’une phrase citée puis cernée contournée, reprise autrement, remise sur le métier, travaillée encore et encore, transformée jusqu’à devenir un leitmotiv rythmique étourdissant où une mélodie trouve place. Le pianiste propose ainsi à l’auditeur « plusieurs sas de décompression » comme des paliers qui familiarisent l’oreille à l’évolution progressive de la phrase originale.

Encore une fois Édouard Ferlet inscrit Bach dans l’espace de sa propre musique et lui ouvre la porte du jazz via ses compositions et ses improvisations. On est  touché par la sensibilité qui se dégage de Miss Magdalena (inspiré du prélude en ut majeur BWV 846) où le pianiste siffle à l’unisson un thème écrit dans la tessiture de son sifflet.

On se laisse emporter par la rythmique et les oasis mélodiques dépaysants de Es ist Vollbracht fort distancié de l’air de la Passion selon saint Jean BWV 245. On écoute Oves, pièce façonnée « autour de l’intervalle de seconde et de l’ostinato rythmique empruntés au Prélude en sol dièse majeur BWV 884 ». Édouard Ferlet la présente comme une « ouverture… généreuse, qui a le sourire solaire, comme la musique de Bach »

 

Édouard Ferlet sera en concert pour la sortie de son album au Café de la Danse à Paris le samedi 13 mai 2017 à 20h. Avec en invités Naïssam Jalal et Sonny Troupé.
Fonnesbæk & Kauflin – « Standards » (Storyville Records)

Fonnesbæk & Kauflin – « Standards » (Storyville Records)

Le label Storyville Records annonce pour octobre 2020, la sortie de l’album « Standards » enregistré par Fonnesbæk & Kauflin. Le contrebassiste et le pianiste s’expriment dans un langage qui leur est commun et dialoguent de manière fusionnelle. Le répertoire compte neuf standards issus de l’héritage des grands compositeurs de jazz du XXème siècle. De l’album se dégage un swing irrésistible, une virtuosité absolue et une musicalité inouïe.

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Storyville Records

Storyville Records

Nommé d’après le quartier notoire de la Nouvelle-Orléans où le jazz est né, Storyville Records est un label de jazz européen indépendant créé en 1952 à Copenhague. Le label développe une dynamique éditoriale qui préserve son identité. Dans cette perspective sont publiés des inédits de grands jazzmen du XXème siècle et des enregistrements d’artistes contemporains. Ainsi, sont annoncées les sorties des albums « Montmartre 1964 » de Dexter Gordon et « Standards » de Fonnesbæk & Kauflin. Se souvenir du jazz d’hier et s’immerger dans le jazz d’aujourd’hui, une belle manière de relier tradition et actualité.

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Stracho Temelkovski signe « The Sound Braka »

Stracho Temelkovski signe « The Sound Braka »

Le multi-instrumentiste, improvisateur et beatboxer, Stracho Temelkovski signe son premier album « The Sound Braka ». Aux confluences du jazz, des musiques improvisées et des musiques du monde, l’album réunit autour du leader ses « frères de son ». Des formations à géométrie variable proposent des musiques issues des cultures populaires orales et des musiques savantes. Entre ambiances festives et hypnotiques se crée une alchimie naturelle. Un univers musical aux accents universels où les rythmes frénétiques des Balkans croisent des poésies jazzy. Un album singulier chargé d’humanité.

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Jazz Day 2017 par-ci, par-là… Jazz Day au Sirius

Jazz Day 2017 par-ci, par-là… Jazz Day au Sirius

La fougue de Gaël Horellou enflamme le Sirius

Faute de posséder le don d’ubiquité, impossible de profiter de la totalité des évènements du Jazz Day 2017 à Lyon même si tous sont attractifs. Le Jazz Day au Sirius enflamme la péniche et enchante son public. Gaël Horellou porte le message d’un jazz multiculturel et ouvert.

Comme annoncé, le Jazz Day 2017 à Lyon, Saint-Étienne et Vienne, augurait des réjouissances prometteuses pour le 30 avril. 24h de jazz à vivre un dimanche laissait envisager la possible participation de familles à cet évènement. Ce fut le cas et l’on a observé de nombreux jeunes enfants aux côtés de leurs parents durant les évènements diurnes de ce Jazz Day 2017 à Lyon.

Faute de pouvoir se transporter dans l’espace et le temps pour profiter de tous les spectacles proposés pour cette Journée Internationale du Jazz, on choisit d’entreprendre une déambulation le long des fleuves de la métropole des Gaules.

On se dirige du côté du Bémol5, 01 rue de la Baleine sur les quais de Saône, dans ce lieu qui a ouvert ses portes le 21 avril avec la venue de David Linx et de « InLab 4tet ». Ce 30 avril 2017, Yves Dorn et son équipe propose un Brunch au Bémol5 à partir de 13h30 avec la promesse d’une double programmation.

Lorsqu’on arrive, la salle affiche « complet ». Le concert de Magnetic Orchestra a commencé depuis 13h30. Il s’agit en fait du Magnetic Orchestra « augmenté ». En effet, le trio est devenu quartet avec la participation du saxophoniste ténor Stephan Moutot qui a rejoint le contrebassiste François Gallix, le pianiste Benoît Thévenot et le batteur Nicolas Serret. On découvre à l’occasion que l’orchestre présente son nouvel album « June ». Le public applaudit à tout rompre et visiblement le plaisir est de mise tant sur la scène que dans la salle. Après la courte mais énergique prestation du Magnetic Orchestra s’installent les 17 musiciens du Limonest Swing Band dirigés par Stéphane Rivero.

Le Bémol5 ne désemplit pas et la fête du jazz continue mais on le quitte pour se diriger vers le Jazz Club Saint Georges du même côté de la Saône. Dans cette cave sympathique est programmé le Georges V Quintet et là encore la salle affiche « complet »… même les escaliers sont occupés. On écoute les derniers morceaux du groupe sur l’écran situé dans l’entrée alors qu’affluent les nouveaux spectateurs venus pour écouter le Jazz Club Quarte. Décidément, du côté de la Saône, le jazz attire le public. 

On poursuit le parcours du Jazz Day péri-fluvial en direction de la confluence du Rhône pour rejoindre le Musée des Confluences qui consacre le Jazz Day aux Racines du Jazz et on prend le parti de s’y rendre en avance pour pouvoir accéder au grand Auditorium du musée et à sa double programmation, conférence de Florent Mazzoleni puis concert de Lionel Martin & Mario Stanchev autour du répertoire de l’album « Jazz Before Jazz ». mais que nenni !  Impossible d’accéder aux gradins de la salle, là encore le lieu affiche complet pour les deux spectacles.

Déçus, on se réjouit malgré tout du succès que rencontre le Jazz Day tout au long des fleuves lyonnais. On en profite pour deviser avec d’autres spectateurs déçus que l’on engage à se rendre au Sirius.

On remonte le Rhône en direction de la péniche amarrée en face 04 quai Augagneur, le Sirius qui, pour ce jazz Day accueille le saxophoniste Gaël Horellou qui vient présenter son nouveau projet et  son album « Identité ». A 17h, il y a déjà foule pour un concert qui doit commencer à 18h et qui débute à 18h30 son premier set. Les rayons du soleil dardent leur lumière à travers les vitres de la péniche dont la température va très vite monter. Outre l’astre solaire, c’est aussi et surtout la musique de Gaël Horellou et de son groupe qui réchauffe l’ambiance.

C’est en effet la verve habituelle du saxophoniste alto qui déclenche l’enthousiasme du public massé dans tous les recoins du pont. Il y a certes des fidèles qui suivent le saxophoniste mais aussi des spectateurs venus profiter de ce moment festif proposé dans le cadre du Jazz Day. Ils font coup double et découvrent en même temps le lieu et les musiciens. D’emblée, ils adhèrent à cette musique chaleureuse et énergique que le groupe offre avec grande générosité.

 Sur scène le saxophoniste Gaël Horellou est entouré de Florent Gac (orgue) et du guitariste réunionnais Nicolas Beaulieu. Si les percussionnistes de l’album ne sont pas présents, Vincent Alyberil, Fredo Ilata, Zelito et David Dorisa assurent leur partie avec brio et l’on met bien au défi quiconque de faire la différence tant sont grands leur enthousiasme et leur talent.

La musique demeure live ce qu’elle est sur l’album. Elle oscille entre les caractéristiques du Jazz et ceux du Maloya, entre chaleur des percussions et improvisations du jazz. L’altiste navigue très bien entre les deux mondes dont il possède les codes. Avec lui coexistent modernité du jazz et tradition du maloya.

La mise en place de la musique est parfaite, l’altiste possède une présence scénique inouïe. L’orchestre tout entier s’investit et avec Saint Leu et Identité la pression monte à son paroxysme. Le premier set ébouriffant se termine par une romance poétique (dixit Gaël lui-même) issue du répertoire de Broadway, Nature boy gravé sur l’album « Identité ». Le saxophoniste change de registre sans effort et son discours se pare d’accents sensibles presque poétiques.

L’orchestre attaque le second set avec Grand Brillé ou d’emblée Gaël Horellou introduit une dimension quasi mystique au cœur de la musique. Les tambouyé tendent le rythme alors que Nicolas Beaulieu déclenche l’enthousiasme du public. La transe n’est pas loin lorsque l’altiste totalement libéré enflamme presque le pont de ses improvisations hypnotiques. Malgré l’effort, le saxophoniste ne se départ pas de son sourire. La musique coule et sa chaleur se répand dans l’assemblée qui reçoit avec un bonheur palpable cette musique où se marient la culture de la Réunion et celle du jazz. Après l’interprétation de Lonely Woman composition d’Ornette Coleman où l’émotion et la sensibilité sont perceptibles, le concert se termine avec des vibrations tout droit venues de la Réunion.

La Journée Internationale du Jazz prône le dialogue interculturel. On termine ce Jazz Day péri-fluvial 2017 en adéquation avec cette philosophie. En effet, c’est bien ce qu’a offert la chaleureuse et solide musique jouée par Gaël Horellou et les musiciens qui l’accompagnent autour de son projet « Identité », un exemple absolu de musique multiculturelle et ouverte.

Fonnesbæk & Kauflin – « Standards » (Storyville Records)

Fonnesbæk & Kauflin – « Standards » (Storyville Records)

Le label Storyville Records annonce pour octobre 2020, la sortie de l’album « Standards » enregistré par Fonnesbæk & Kauflin. Le contrebassiste et le pianiste s’expriment dans un langage qui leur est commun et dialoguent de manière fusionnelle. Le répertoire compte neuf standards issus de l’héritage des grands compositeurs de jazz du XXème siècle. De l’album se dégage un swing irrésistible, une virtuosité absolue et une musicalité inouïe.

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Storyville Records

Storyville Records

Nommé d’après le quartier notoire de la Nouvelle-Orléans où le jazz est né, Storyville Records est un label de jazz européen indépendant créé en 1952 à Copenhague. Le label développe une dynamique éditoriale qui préserve son identité. Dans cette perspective sont publiés des inédits de grands jazzmen du XXème siècle et des enregistrements d’artistes contemporains. Ainsi, sont annoncées les sorties des albums « Montmartre 1964 » de Dexter Gordon et « Standards » de Fonnesbæk & Kauflin. Se souvenir du jazz d’hier et s’immerger dans le jazz d’aujourd’hui, une belle manière de relier tradition et actualité.

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Stracho Temelkovski signe « The Sound Braka »

Stracho Temelkovski signe « The Sound Braka »

Le multi-instrumentiste, improvisateur et beatboxer, Stracho Temelkovski signe son premier album « The Sound Braka ». Aux confluences du jazz, des musiques improvisées et des musiques du monde, l’album réunit autour du leader ses « frères de son ». Des formations à géométrie variable proposent des musiques issues des cultures populaires orales et des musiques savantes. Entre ambiances festives et hypnotiques se crée une alchimie naturelle. Un univers musical aux accents universels où les rythmes frénétiques des Balkans croisent des poésies jazzy. Un album singulier chargé d’humanité.

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Jean-Philippe Viret revient avec « Les idées heureuses »

Jean-Philippe Viret revient avec « Les idées heureuses »

Élégance poétique autour de François Couperin

Jean-Philippe Viret revient avec l’album « Les idées heureuses » cinq ans après le premier opus « Supplément d’âme » où il avait enregistré « Les barricades mystérieuses » de Couperin. Une élégante promenade musicale entre poésie et introspection.

Sur ce nouvel album « Les idées heureuses » (Mélisse/Outhere Music France) sorti le 14 avril 2017, le contrebassiste Jean-Philippe Viret poursuit sa quête autour de François Couperin. Le disque emprunte d’ailleurs son titre à une pièce de l’auteur, issue du premier livre de pièces de clavecin paru en 1713.

Le contrebassiste revient avec son quatuor « Supplément d’âme ». Ce quartet à cordes est dissident dans la forme du quatuor classique dont la composition requiert deux violons, un alto et un violoncelle, En effet dans le quartet à cordes tel que l’a voulu Jean-Philippe Viret, la contrebasse remplace le second violon du quatuor. Ainsi dans son quatuor à cordes, le contrebassiste de jazz réunit autour de lui l’altiste David Gaillard, le violoniste Sébastien Surel et le violoncelliste Eric-Maria Couturier.

Avec élégance, liberté et poésie, Jean-Philippe Viret célèbre la musique de François Couperin dont le quatuor « Supplément d’âme » reprend d’ailleurs une pièce, « La muse plantine ». Les autres morceaux du répertoire sont tous des compositions originales du contrebassiste. Trois thèmes s’inspirent librement de trois pièces de Couperin. L’Idée qu’on s’en fait d’après « Les idées heureuses » de Couperin, L’an tendre, d’après « Le dodo ou l’amour au berceau » de Couperin, Tocs et tics et chocs d’après le « Le tic-toc-choc ou Les maillotins » de Couperin.

Musicien et compositeur, Jean-Philippe Viret prouve par son parcours musical son art à gérer l’éclectisme et à y réussir. On le connait pour avoir joué depuis plus de 30 ans dans l’Orchestre de contrebasses. Jean-Philippe Viret travaille aussi la matière musicale avec le groupe « 60% de matière grave » où il réunit trois instruments « graves » de 3 familles différentes, un saxophone basse avec Eric Seva, un tuba avec Michel Godard et lui-même à la contrebasse. On sait qu’il a aussi travaillé comme sideman aux côtés d’autres musiciens de jazz comme Marc Ducret, Simon Goubert ou Emmanuel Bex et bien d’autres solistes internationaux comme Dave Liebmann.

Après avoir été membre du trio de Stéphane Grappelli de 1989 à 1997, Jean-Philippe Viret a créé en 1998 son propre son trio avec lequel il a depuis enregistré des albums tous aussi passionnants les uns que les autres. Dans ce trio il se produit avec Fabrice Moreau à la batterie et Edouard Ferlet au piano. C’est d’ailleurs ce dernier qui a assuré la direction artistique de l’album « Les idées heureuses » enregistré à la Courroie à Entraigues-sur-la-Sorgue en octobre 2016.

Sur « Les idées heureuses », Jean-Philippe Viret livre en toute liberté sa propre vision du monde musical de François Couperin. La musique dessine un univers poétique qui accueille dans son intimité toute oreille qui veut bien écouter avec attention et sans a priori de genre.

La liberté que donne l’improvisation appartient à toutes les musiques et à tous les musiciens qui souhaitent la mettre au cœur de leur pratique. C’est pourquoi on ne s’inscrit pas ici dans un débat qui souhaiterait déterminer si ce disque inscrit ou non son propos dans le monde du jazz, ou une autre controverse qui prétendrait que l’album ne respecte pas à la lettre l’univers de la musique baroque de François Couperin.

En fait, considérant que l’improvisation, indissociable de la pratique du jazz, était aussi inscrite en son temps d’une autre manière dans la pratique de la musique baroque, on en conclut que cette écriture instantanée qu’est l’improvisation relie le jazz et la musique baroque. Les neuf plages de l’album « Les idées heureuses » se donnent à écouter avec limpidité pour quiconque accepte de lâcher ses repères pour rencontrer ceux qui balisent le monde de Jean-Philippe Viret.

On est touché par la dimension onirique de l’album « Les idées heureuses » qui sonne comme une musique de film. Une bande-son qui accompagnerait la rêverie d’un promeneur confronté à un monde qui l’étonne et le comble à la fois. Empreint de nostalgie et d’introspection, le propos explore la carte des sentiments de ce rêveur qui évolue entre étonnement, ravissement, questionnement et incertitude. Les quatre musiciens du quatuor à cordes réuni par Jean-Philippe Viret mettent leur maîtrise technique au service de la sensibilité et déclenchent des émotions sensibles chez l’auditeur.

Pour écouter sur scène le quatuor « Supplément d’âme » dans le répertoire de l’album « Les idées heureuses », rendez-vous le 2 mai à Jazz à Eaubonne (95600), le 30 juillet au Parc Floral de Paris dans le cadre du Paris Jazz Festival ou le 02 août à Jazz in Marciac… et pour en savoir plus sur tous les concerts à venir du contrebassiste, il suffit de consulter le site de Jean-Philippe Viret.
Fonnesbæk & Kauflin – « Standards » (Storyville Records)

Fonnesbæk & Kauflin – « Standards » (Storyville Records)

Le label Storyville Records annonce pour octobre 2020, la sortie de l’album « Standards » enregistré par Fonnesbæk & Kauflin. Le contrebassiste et le pianiste s’expriment dans un langage qui leur est commun et dialoguent de manière fusionnelle. Le répertoire compte neuf standards issus de l’héritage des grands compositeurs de jazz du XXème siècle. De l’album se dégage un swing irrésistible, une virtuosité absolue et une musicalité inouïe.

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Storyville Records

Storyville Records

Nommé d’après le quartier notoire de la Nouvelle-Orléans où le jazz est né, Storyville Records est un label de jazz européen indépendant créé en 1952 à Copenhague. Le label développe une dynamique éditoriale qui préserve son identité. Dans cette perspective sont publiés des inédits de grands jazzmen du XXème siècle et des enregistrements d’artistes contemporains. Ainsi, sont annoncées les sorties des albums « Montmartre 1964 » de Dexter Gordon et « Standards » de Fonnesbæk & Kauflin. Se souvenir du jazz d’hier et s’immerger dans le jazz d’aujourd’hui, une belle manière de relier tradition et actualité.

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Stracho Temelkovski signe « The Sound Braka »

Stracho Temelkovski signe « The Sound Braka »

Le multi-instrumentiste, improvisateur et beatboxer, Stracho Temelkovski signe son premier album « The Sound Braka ». Aux confluences du jazz, des musiques improvisées et des musiques du monde, l’album réunit autour du leader ses « frères de son ». Des formations à géométrie variable proposent des musiques issues des cultures populaires orales et des musiques savantes. Entre ambiances festives et hypnotiques se crée une alchimie naturelle. Un univers musical aux accents universels où les rythmes frénétiques des Balkans croisent des poésies jazzy. Un album singulier chargé d’humanité.

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¡Caramba!… Bigre au Périscope le 27 avril 2017

¡Caramba!… Bigre au Périscope le 27 avril 2017

Quelle histoire… c’est un Vrai Voyage à Cuba

Après avoir sorti le remarquable album « ¡Caramba! », le big band Bigre! obtient un franc succès pour son concert du 27 avril 2017 au Périscope. Feu d’artifice sur la scène, ambiance effervescente dans la salle.

Il est des concerts pour lesquels on ne regrette pas de s’être déplacés, celui de Bigre! au Périscope le 27 avril 2017 fait partie de ceux-là.

Le 27 avril 2017, c’est complet pour le concert de Bigre! au Périscope à l’occasion du lancement de l’album « ¡Caramba! ». Cela laisse déjà augurer d’un franc succès pour le big band Bigre! groupe fort prisé du  public lyonnais. Durant les deux sets les ¡Caramba ! fusent de partout. Dans la salle, nombreux sont celles et ceux dont le corps suit rythme de la musique. On voit même des couples danser dans le plus pur style « école de danse ». En fin de concert, l’ambiance de la salle est chauffée à blanc par un public dont l’enthousiasme est à la hauteur de la prestation de l’orchestre. Si on a été enthousiasmé par le dernier album du groupe, on a tout autant apprécié la prestation scénique de Bigre! qui a été de la meilleure facture.

Félicien Bouchot peut se louer de diriger Bigre!. Sur scène, les arrangements sont somptueux et précis et la mise en place du répertoire parfaite. Les improvisations des solistes démontrent, s’il est encore besoin que cela soit prouvé, la valeur de chacun des musiciens. Soutenue par l’ensemble orchestral, la chanteuse Célia Kameni, offre une prestation généreuse et fort soignée. Sa présence scénique fait montre d’un grand professionnalisme. Sa voix parvient à surmonter sans forcer la puissance du big-band qui joue à toute vapeur. Du jazz vivifiant et rutilant qui fait monter la température de la salle et déchaîne l’enthousiasme du public.

Sans doute les rythmes et les mélodies déclenchent l’adhésion des spectateurs car ils résonnent dans la conscience collective populaire qui n’a pas oublié les grands standards de la tradition cubaine des années 50. Par contre la musique de Bigre! n’oublie pas pour autant de s’inscrire dans la modernité du jazz orchestral contemporain.

Bigre! a depuis longtemps fait ses preuves dans des répertoires dont l’idiome est d’ordinaire fort loin de l’esthétique cubaine. On connaissait déjà la précision des arrangements, la puissance de de ce big band dont a coutume de dire « qu’il envoie » et sa capacité à faire preuve de nuances sans oublier la qualité individuelle des solistes.

En quittant le territoire musical habituel où il n’avait plus rien à prouver, le big band s’est lancé un défi. Sur l’album et aussi sur scène, Bigre! prouve qu’il maîtrise parfaitement la métrique compliquée des rythmiques cubaines. Les soufflants conservent leur puissance orchestrale et adaptent leur vocabulaire d’improvisateur à cette esthétique latine avec laquelle ils se sont tout à fait familiarisés. A vrai dire Félicien Bouchot peut se vanter d’avoir réussi son pari avec brio. Bigre! restitue tout à fait l’esprit des orchestres cubains d’antan.

De bout en bout du concert, ce 27 avril, Bigre! joue avec énergie. Au saxophone baryton Fred Gardette ouvre le bal des soufflants qui tous ont donné le meilleur d’eux-même sur le devant de la scène stimulés par le public, la puissance de la section rythmique et le soutien des cuivres. Vers la fin du second set, le guitariste ne boude pas son plaisir et rivalise sans rougir avec les cuivres lors d’un solo très bien construit qui déclenche un enthousiasme plus que débridé dans la salle.

On ne tarit point d’éloges non plus sur la puissance de feu de la section rythmique qui assure de bout en bout sans faillir. La présence efficace de Nicolas Frache à la basse contribue aussi à la solidité de cette rythmique qui sait pourtant adapter sa puissance lors des interventions de la chanteuse. Les trois trombones, quatre trompettes et cinq saxophones n’ont pas épargné leur souffle. Lors des tuttis, une lave rutilante sort de leurs pavillons et embrase la salle.

L’orchestre ne se pas contente de présenter les titres gravés sur l’album « ¡Caramba! », il ajoute aussi des morceaux des répertoires précédents. L’alternance entre les titres instrumentaux et les titres chantés est parfaite. Le public manifeste beaucoup d’enthousiasme vis à vis de Voyage à Cuba et de Quelle histoire mais sait écouter avec attention la Chanson des Vieux Amants.

Bigre a gardé Mea Culpa pour le rappel. ¡Caramba ! … le morceau déclenche un regain supplémentaire d’embrasement dans la salle où tous et toutes ont depuis longtemps tombé les pulls. Même après le concert on continue à répéter les paroles en boucle !  Édith Piaf ne se doutait sûrement pas que l’arrangement de cette chanson sur un tempo cubain déclencherait un tel accueil auprès du public le 27 avril 2017 au Périscope à la fin du concert de Bigre !

Fonnesbæk & Kauflin – « Standards » (Storyville Records)

Fonnesbæk & Kauflin – « Standards » (Storyville Records)

Le label Storyville Records annonce pour octobre 2020, la sortie de l’album « Standards » enregistré par Fonnesbæk & Kauflin. Le contrebassiste et le pianiste s’expriment dans un langage qui leur est commun et dialoguent de manière fusionnelle. Le répertoire compte neuf standards issus de l’héritage des grands compositeurs de jazz du XXème siècle. De l’album se dégage un swing irrésistible, une virtuosité absolue et une musicalité inouïe.

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Stracho Temelkovski signe « The Sound Braka »

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Sonny Troupé Quartet Add2 présentent « Reflets denses »

Sonny Troupé Quartet Add2 présentent « Reflets denses »

Une double réalité, tantôt jazz, tantôt créole

Sur son nouvel album « Reflets Denses », Sonny Troupé explore des mélodies gwo ka qu’il arrange. La matière première prend des reflets différents, tantôt jazz, tantôt créole. Un quartet, un trio, deux saxophones pour diffracter le même sujet musical. Une musique chaleureuse loin des formats standards.

Héritier de la tradition gwo ka, le batteur et percussionniste guadeloupéen Sonny Troupé fait partie de cette nouvelle scène jazz dynamique et créative venue des Antilles. Son univers gravite aux frontières de plusieurs mondes. Après « Voyages et Rêves » (2013) puis « Luminescence » (2015) en duo avec Grégory Privat, Sonny Troupé récidive avec un nouvel album « Reflets denses » sorti le 05 avril 2017. 

Sonny Troupé a travaillé durant trois ans pour préparer cet album. Il a étudié, écouté, analysé la musique gwo ka, sa tradition et sa modernité. Le disque restitue l’authenticité de cette musique. Il s’est amusé à exploiter de manière différente une même base de mélodie pour qu’à la fin les musiques restituent des reflets différents, tantôt plus axé sur le gwo ka moderne, tantôt plus orienté vers le jazz. Bien sûr à cela, Sonny Troupe rajoute des métriques issues du métal qu’il a aussi étudié sans oublier quelques pincées d’électro pour pimenter le tout.

Le tambour ka, la percussion traditionnelle de la Guadeloupe, demeure au cœur de la musique de Sonny Troupé mais son ouverture aux mondes musicaux le conduit à confronter ses racines caribéennes avec les autres influences. Sur l’album  « Reflets Denses », il interroge l’identité créole de sa musique au travers du prisme de ses autres influences, jazz, fusion, metal. Il navigue entre passé et présent pour envisager l’avenir. Il reconfigure la tradition pour transfigurer le présent et nous invite en quelque sorte à un voyage à travers le temps. L’expérience est très plaisante.

Pour « Reflets Denses », Sonny Troupé ne lésine pas sur les moyens et réunit plusieurs formations et musiciens. Bien sûr le Sonny Troupé Quartet avec le pianiste Grégory Privat, le bassiste Mike Armoogum, le tambouyé Olivier Juste, et lui-même, à la batterie et au tambour maké.

Le groupe Reflets Denses avec le pianiste Jonathan Jurion, le bassiste Michel Alibo et le tambouyé Arnaud Dolmen. L’entité « Add 2 » composée de Thomas Koenig au saxophone ténor et à la flûte et Raphaël Philibert au saxophone alto. Sans oublie des invités. Christian Laviso qui intervient à la guitare sur Twa Jou San Manjé. Lucie Kancel et Patrice Hulman pour les chœurs, le jeune Djokaèl Méri au tambour maké sur l’introduction du thème Equation.

Un maître de musique derrière ses tambours. Trois binômes où chaque instrumentiste est le reflet de l’autre, piano, basse et gwo ka. Un duo de saxophones pluriels, avec le ténor qui penche vers le jazz et la fusion alors que l’alto est plus baigné dans le gwo ka et la musique antillaise. Un guitariste expert des rythmiques et harmoniques ka. Le résultat est à la mesure de l’effectif. Outre les prestations des musiciens, l’album intègre au fil des plages des samples sous des formes variées. Chant du coq qui ouvre le disque et évoque le début du jour, ambiances de rue, vie de marché et aussi chanteurs traditionnels et musiciens (Lin Canfrin, Kristen Aigle, Sergius Geoffroy, Robert Oumaou…).

Titre après titre, d’un reflet à un autre, les ambiances alternent. Pianistes et bassistes se croisent. Jonathan Junion se rapproche de Mike Armoogum sur la ballade intitulée Une fin ? D’une facture plus contemplative que les autres morceaux du disque, ce thème pourrait autant annoncer un début qu’une fin mais avec le temps, qui sait ?

Sur Evocation, flûte, saxophone et piano fusionnent très contenus par une section rythmique plutôt ronde. Grégory Privat chemine avec Michel Alibo. Ça sonne très jazz au niveau des expositions de thèmes et des improvisations.

Sur Twa Jou San Manjié du compositeur Guy Kontèt la contribution du guitariste Christian Laviso accentue le climat tendu du morceau. Rythmiques complexes des percussions que les saxophones poussent dans leurs retranchements. La basse se joint à la mêlée musicale jusqu’à la résolution finale éclatée et salvatrice.

L’écoute du quatrième titre, Le Temps, est un régal. Les percussions scandent avec violence l’infinie force du temps, la basse ronfle, le piano évoque la ronde des heures qui filent, les saxophones crient jusqu’au paroxysme l’avancée inexorable du temps qui passe alors qu’on demeure suspendu à la voix du « diseur de texte » (dixit Sony Troupé) Toma Roche qui a mis en mot la fuite du temps et le rapport que l’homme entretient avec lui… « Le temps nous aime comme des enfants, nous berce à sa pendule, nous fait devenir grand, nous fait devenir grand, nous donne du recul, nous pousse vers l’avant…  pour nous les enfants de peur le temps est relatif… avant que l’on renonce pour ne pas avoir peur de l’avenir en attendant la réponse, on passe son temps à regarder son heure venir… comprendre que tout y passera… le temps nous serre entre ses bras de pierre… se joue de nous et nous laisse infinis, infinis… dans la tempête du temps je tente d’attraper le temps par les deux bouts… « 

« Reflets Denses ». Onze titres à la fois différents et ressemblants. Une matière sonore chaude et flamboyante à la fois. On embarque avec le coq mais impossible de débarquer. On laisse l’album tourner en boucle pour mieux s’immerger dans le caraïb’jazz de Sonny Troupé et ses amis musiciens.

Et pour vivre en concert la musique de « Reflets Denses », rendez-vous le le 10 mai 2017 à 20h au Centre culturel Barbara, 1 rue Fleury à Paris.
Fonnesbæk & Kauflin – « Standards » (Storyville Records)

Fonnesbæk & Kauflin – « Standards » (Storyville Records)

Le label Storyville Records annonce pour octobre 2020, la sortie de l’album « Standards » enregistré par Fonnesbæk & Kauflin. Le contrebassiste et le pianiste s’expriment dans un langage qui leur est commun et dialoguent de manière fusionnelle. Le répertoire compte neuf standards issus de l’héritage des grands compositeurs de jazz du XXème siècle. De l’album se dégage un swing irrésistible, une virtuosité absolue et une musicalité inouïe.

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Storyville Records

Storyville Records

Nommé d’après le quartier notoire de la Nouvelle-Orléans où le jazz est né, Storyville Records est un label de jazz européen indépendant créé en 1952 à Copenhague. Le label développe une dynamique éditoriale qui préserve son identité. Dans cette perspective sont publiés des inédits de grands jazzmen du XXème siècle et des enregistrements d’artistes contemporains. Ainsi, sont annoncées les sorties des albums « Montmartre 1964 » de Dexter Gordon et « Standards » de Fonnesbæk & Kauflin. Se souvenir du jazz d’hier et s’immerger dans le jazz d’aujourd’hui, une belle manière de relier tradition et actualité.

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Stracho Temelkovski signe « The Sound Braka »

Stracho Temelkovski signe « The Sound Braka »

Le multi-instrumentiste, improvisateur et beatboxer, Stracho Temelkovski signe son premier album « The Sound Braka ». Aux confluences du jazz, des musiques improvisées et des musiques du monde, l’album réunit autour du leader ses « frères de son ». Des formations à géométrie variable proposent des musiques issues des cultures populaires orales et des musiques savantes. Entre ambiances festives et hypnotiques se crée une alchimie naturelle. Un univers musical aux accents universels où les rythmes frénétiques des Balkans croisent des poésies jazzy. Un album singulier chargé d’humanité.

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Jazz à Vienne 2017, les suggestions de Benjamin Tanguy

Jazz à Vienne 2017, les suggestions de Benjamin Tanguy

 Pour bien choisir ses soirées

Chaque année la question se pose aux festivaliers quand il s’agit de choisir parmi les soirées programmées par Jazz à Vienne. Benjamin Tanguy, le coordinateur artistique du festival, accepte de jouer le rôle de guide pour éclairer d’éventuels indécis. On ne pouvait pas espérer meilleur conseiller.

On remercie Benjamin Tanguy d’avoir joué le jeu qui consiste à suggérer quelques orientations pour guider des spectateurs encore hésitants face aux 14 soirées proposées au Théâtre Antique par le festival Jazz à Vienne, du 29 juin au 13 juillet 2017. Il s’agit bien sûr de plusieurs « profils spectateur » imaginés à dessein pour cet interview… et même si l’on ne se reconnaît que partiellement dans ces portraits de festivaliers, les suggestions de Benjamin Tanguy s’avèrent pertinentes.

Nicole Videmann : on sollicite votre aide pour conseiller des spectateurs qui souhaiteraient organiser l’agenda de leurs soirées durant le festival Jazz à Vienne. En effet ces personnes aimeraient ne pas se tromper dans leurs choix et assister à 3, 4 ou 5 soirées qui répondent à leurs goûts musicaux ou à leurs aspirations personnelles. Le premier groupe rassemble des ‘jeunes’ pas familiers de jazz mais amateurs de musique « qui groove ». Ils souhaitent « s’éclater ensemble » durant quelques soirées.

Benjamin Tanguy : puisqu’ils aiment le groove on peut d’emblée leur conseiller la soirée du 01 juillet avec la venue du groupe De La Soul qui revient, après 11 ans d’absence, avec un nouvel album plébiscité par la presse et très ouvert musicalement. Ce groupe très atypique a été crée dans les années 82 à New-York. Très influencé par le jazz et la soul, De La Soul puise ses racines dans le jazz des années 70 et même s’il a choisi de s’exprimer via les textes, il demeure très instrumental et joue en live. Cet été il ne fait que quelques dates et le festival est très heureux de les avoir. Durant cette même soirée est proposé le projet « Hip-Hop symphonique », reprise  d’une création donnée en en 2016 à Radio France avec un orchestre symphonique. A Vienne c’est l’ONL (Orchestre national de Lyon) qui intervient avec la venue exceptionnelle de MC Solaar, avec les Sages Poètes de la Rue de retour après 14 ans d’absence et aussi avec Ärsenik et Bigflo & Oli.

Ensuite on peut sans risque leur proposer d’assister à la Soirée Funk du 08 juillet avec Larry Graham, Trombone Shorty et Juan Rozoff et aussi à la Soirée Soul du 10 juillet avec Mary J. Blige et en ouverture la prestation solo de Lianne La Havas, la petite protégée de Prince. S’il aiment le groove un peu ‘nouvelle génération’, on peut aussi leur proposer la soirée du 11 juillet avec Deluxe (qui a collaboré avec I Am et -M-) et  Postmodern Jukebox qui assure d’ailleurs la première partie de soirée. On  peut enfin les engager à vivre la All Night Jazz du 13 juillet puisqu’il y a au moins deux groupes très festifs qui bougent et correspondent à leur envies, Con Brio et Bixiga 70.

NV : il y a ensuite un groupe de collègues de travail qui souhaitent avant tout vivre et partager ensemble une soirée conviviale et se distraire sans se « prendre la tête » avec des musiques complexes. Ces jeunes quarantenaires aspirent avant tout à se distraire et à profiter de soirées festives.

BT : on pourrait leur conseiller de commencer avec la soirée du 29 juin qui présente le projet plutôt ouvert de Zucchero. Le chanteur est très influencé par le blues du delta du Mississippi où il a d’ailleurs enregistré son album. Je conseillerais aussi peut-être la soirée du 05 juillet avec le pianiste-chanteur Jamie Cullum et la chanteuse Stacey Kent en première partie ainsi que la Soirée Blues du 06 juillet. Il s’agit d’une soirée très ouverte avec Vintage Trouble, groupe au chanteur très charismatique qui se produit certes dans les grands festivals de blues mais aussi de rock et de Metal et qui a assuré les premières parties des Who et ACDC.

Ensuite on peut les engager à vivre la Soirée Cuba du 07 juillet avec la création réalisée par le pianiste cubain Roberto Fonseca qui invite Eliades Ochoa et Daymé Arocena. Cette soirée permet aussi de percevoir l’influence de l’Afrique sur la musique cubaine avec la venue de la diva béninoise Angelique Kidjo qui rend hommage à la chanteuse salsa Célia Cruz. On pourrait aussi leur proposer la Soirée Funk du 08 juillet qui devrait convenir car elle demeure dans une dynamique festive.

NV : que conseiller par contre à des néophytes d’un âge médian qui souhaiteraient assister à des soirées un peu « prestigieuses » et pouvoir ainsi échanger ultérieurement avec des amateurs du jazz ? Il importe aussi de préciser qu’il s’agit de leur première venue au festival Jazz à Vienne.

BT : d’emblée, on peut leur conseiller d’assister à la soirée du 30 juin où se produit l’un des maîtres du jazz, le pianiste Ahmad Jamal qui revient en quartet avec un magnifique album autour de la ville de Marseille. Il est avec des invités prestigieux, Abd Al Malik et Mina Agossi. Ce même soir ils pourront écouter en première partie le trompettiste de la Nouvelle-Orléans Christian Scott qui vient pour la première fois à Vienne. Il a joué avec des grands du jazz comme Marcus Miller et produit une musique engagée et puissante émotionnellement et va sortir prochainement un triple album. La soirée devrait être plutôt acoustique même si peu d’électricité peut teinter le groupe du trompettiste.

On les engage aussi à assister à la soirée du 05 juillet avec le pianiste-chanteur Jamie Cullum qui vient en trio et partage le plateau avec la chanteuse Stacey Kent et ensuite à la soirée du 09 juillet avec Youn Sun Nah, et le trio Ponty/Lagrène/Eastwood. Cette formation constitue un véritable évènement car elle réunit trois générations d’artistes qui ont trois visions différentes de la musique, trois cultures musicales. Une réunion d’artistes prestigieux.

On leur propose ensuite la soirée du 12 juillet où se produit le pianiste quasiment légendaire Herbie Hancok. On note que la première partie de la soirée propose le projet très exigeant du saxophoniste Donny McCaslin qui a remporté récemment deux Awards. Pour précision, il a participé au dernier album de David Bowie, « Black Star » (paru deux jours avant sa mort) où il a joué avec le guitariste Ben Monder, le claviériste Jason Lindner,, le bassiste Tim Lefebvre et le batteur Mark Guiliana. On devrait écouter des morceaux de style fusion.

On peut enfin les engager à assister à la Soirée Hommage à Coltrane, le 03 juillet qui propose des mélanges de générations avec des réinterprétations différentes de la musique du Maître. Cette soirée produit le projet de Jeff Mills et Emile Parisien qui ne sonne pas free mais très contemporain. En effet, les deux artistes font ensemble une relecture de l’album « A Love Supreme ». Il s’agit d’un concept très particulier où Jeff Mills utilise sa machine. Durant une heure, les morceaux sont lus en direct et Mills retravaille en direct sur les machines le son du saxophoniste Parisien avec des reprises en boucle. C’est la seule date en France de ce projet durant l’été. Le plateau du 03 juillet constitue un évènement. Il présente deux jeunes artistes d’aujourd’hui qui revisitent l’œuvre de Coltrane à leur façon et deux autres grands musiciens qui eux, ont joué avec Coltrane. La venue du mythique saxophoniste Pharoah Sanders à elle-seule constitue un véritable évènement même s’il n’a plus la verve d’antan. On fait confiance au saxophoniste Archie Shepp pour honorer l’héritage de Coltrane avec des musiciens d’aujourd’hui réunis à ses côtés tels que le saxophoniste Shabaka Hutchings, le pianiste Jason Moran, le batteur Nasheet Waits et la chanteuse Marion Rampal.

NV : à quel public pourrait convenir la soirée du 04 juillet qui n’a pas été évoquée ?

BT : on peut conseiller la soirée du 04 juillet à des néophytes qui viendraient pour la première fois au festival car s’y produit Anne Sila qui est connue pour avoir participé à « The Voice ». Du coup, elle possède la double culture jazz/pop qu’elle revendique. Elle conçoit d’ailleurs comme une fierté de passer sur la scène de Jazz à Vienne où elle se produit avec le Magnetic Orchestra. La venue du pianiste Yaron Herman avec son nouveau projet peut aussi plaire à un public novice car il présente de fort beaux morceaux de jazz vocal. Enfin la soirée présente aussi Émile Parisien et l’accordéoniste Vincent Peirani qui rendent hommage à Joe Zawinul disparu il y a 10 ans. Le duo est entouré d’un all-stars de musiciens dont certains ont joué avec le maître des claviers, comme le batteur Paco Sery, le bassiste Lindley Marthe et le percussionniste Aziz Samahoui. A leurs côtés on retrouve aussi le guitariste Manu Codjia et le claviériste Tony Paeleman. Cette soirée du 04 juillet pourrait tout autant convenir à des inconditionnels de jazz à l’esprit ouvert.

Dans cette chronique sont uniquement évoquées les soirées programmées au Théâtre Antique. Par contre tous les festivaliers trouveront musiques à leur goût soit sur la scène de Cybèle soit durant les afters de fin de soirée au « Club de Minuit » ou au « Jazz Mix » dans la salle du Théâtre Vienne, en accès libre. Pour une information exhaustive sur tous les concerts et évènements proposés par le festival, il est bien sûr conseillé de se connecter sur le site de Jazz à Vienne.

Propos recueillis le 18 avril 2017 auprès de Benjamin Tanguy, coordinateur artistique de Jazz à Vienne
Fonnesbæk & Kauflin – « Standards » (Storyville Records)

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