Paolo Fresu explore les musiques d’hier et d’aujourd’hui

Paolo Fresu explore les musiques d’hier et d’aujourd’hui

Entre chant sacré et effets électroniques

Du 04 au 06 mai 2017, le musée des Confluences accueille Paolo Fresu pour une Carte Blanche. Le trompettiste de jazz propose trois concerts. Entre trompette, bugle et effets électroniques, Paolo Fresu explore musiques de Sardaigne, chants sacrés et jazz.

Pour cette Carte Blanche, Paolo Fresu endosse en quelque sorte le rôle d’un directeur artistique ayant en charge de rapprocher les musiques polyphoniques sardes, les chants sacrés et le jazz. Il dit avec enthousiasme combien il apprécie de pouvoir voyager au sein des univers qu’il aime et qu’il souhaite partager avec le public de Lyon.

Faute d’avoir vu et écouté le concert du 05 mai, on évoque ici seulement les soirées des 04 et 06 mai. Au cours de ces deux spectacles le trompettiste tente de rapprocher, comme le ferait un couturier pour un patchwork, les différents idiomes qu’il connaît et affectionne, le jazz, les chants polyphoniques sacrés et profanes sardes, la musique chambriste et les effets électroniques, les musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Le jeudi 04 mai, Paolo Fresu se produit avec son complice de longue date, le pianiste Diederik Wissels. Le répertoire de la soirée permet au public d’apprécier les talents des deux musiciens qui présentent une alternance d’anciens morceaux et de nouvelles propositions que découvre le pianiste à cette occasion. Si le concert débute par deux thèmes plutôt teintés jazz, il se poursuit avec Ave donna sanctissima et Laude novella, deux titres proposés par le trompettiste et tirés du répertoire que chantaient les pèlerins d’Italie aux alentours des années 1200 sur le chemin de Compostelle.

Le public est prévenu, c’est une première pour le pianiste qui s’en tire plutôt bien, même si l’on perçoit chez lui une concentration extrême. Pourtant, malgré cela le dialogue entre les deux musiciens est convainquant. Entre trompette bouchée, bugle et effets électroniques délicats, Paolo Fresu fait le choix de la sobriété.

Les deux musiciens retrouvent sans hésitation leur complicité musicale autour des compositions du pianiste. Une grande connivence les unit et du bugle de Paolo Fresu s’élèvent d’élégantes mélodies que le clavier met en valeur. Leur dialogue fructueux se poursuit avec une ballade bretonne qui termine le concert et soulève l’enthousiasme du public. Avec générosité le duo revient pour trois rappels.

D’abord Fellini, un thème de 16 mesures composé dans le train de Bologne à Florence par Paolo Fresu en l’hommage au grand cinéaste. Il en profite pour faire l’éloge de « la lentesse », de cette époque (années 90) où le trajet entre les deux villes durait 1h25 et non 25 minutes comme aujourd’hui. Il loue les bienfaits de cette lenteur qui permet réflexion et création. A la toute fin du morceau, le micro de la trompette posée dans le corps du piano réverbère les harmoniques des cordes durant le superbe chorus du pianiste. Le troisième rappel reprend une chanson italienne de 1962 que chantait Mina, Le tue mani. Accompagné par un pianiste très sobre, le trompettiste gratifie la salle d’une interprétation acoustique très appréciée. Entre jazz, humour et musique sacrée la soirée a tenu toutes ses promesses.

La soirée du 06 mai propose « Il Rito e la Memoria ». Ce rite de la mémoire réunit trois entités, le duo Fresu/Wissels, le quatuor Albodora et le chœur de polyphonies sardes Cuncordu e Tenore de Orosei. Paolo Fresu annonce qu’ils vont jouer « ce qu’ils vivent, ce qu’ils aiment, ce qu’ils connaissent », une musique qui venue du passé peut « mener vers le monde de demain ».

Après quelques effets scénographiques, le trompettiste et les chanteurs entrent en scène après avoir descendu les escaliers de l’auditorium pour gagner la scène tout en jouant et en chantant un miserere. Le concert débute avec le quatuor et le duo. Clavier électrique pour le pianiste et nappes de son du bugle, le son des cordes enfle. Après le premier morceau, les chanteurs vêtus de costumes de velours noir quittent leurs chaises et se rejoignent en rond autour du micro, le bugle souffle et donne le départ au chant des cinq hommes. L’effet de ces cinq voix qui n’ont font qu’une est saisissant. Fragilité et simplicité d’un miserere qui restitue pourtant la puissance et la cohésion du chœur.

La soirée se poursuit et l’on entend de nouveau les deux chants de 1200, Ave donna sanctissima et Laude novella. Les interventions des chanteurs apportent des respirations qui tranchent avec l’énergie presque désordonnée que dégagent les sons appuyés des cordes mêlés aux effets électroniques que le trompettiste utilise avec moins de parcimonie que de coutume. Le contraste est vraiment saisissant entre ces voix issues de la tradition et l’ensemble musical aux sonorités qui hésitent entre modernité et divertissement italien.

De facto on demeure un peu réservé quant à la prestation de cet ensemble qui ne restitue pas vraiment une musique groupale mais met plutôt en évidence la distance qui demeure, malgré les tentatives du trompettiste, entre la musique du passé et celle d’aujourd’hui. Les interventions des cordes auraient gagné à être moins appuyées et l’on aurait volontiers privé Paolo Fresu durant quelques moments de son jouet électronique pour qu’il offre au public ce qu’il fait avec tant de brio et de sensibilité… laisser son souffle chanter la mélodie avec sensibilité et sobriété.

La Carte Blanche offerte par le Musée des Confluences à Paolo Fresu a permis au public de découvrir ou de retrouver ce trompettiste de jazz lyrique et créatif. Les concerts ont mis en évidence l’intérêt qu’il porte à la musique, le souci qu’il a de relier les époques et sa volonté de participer à l’écriture de la musique de demain.

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