Lyrisme et audace
Le 06 novembre 2020, le Label Storyville Records propose « Montmartre 1964 », un album inédit de Dexter Gordon capté en direct en juillet 1964 au Jazzhus Montmartre. Le saxophoniste joue avec le trio composé du contrebassiste Niels-Henning Ørsted Pedersen, du batteur Alex Riel et du pianiste Tete Montoliu. Ce merveilleux opus témoigne de la maîtrise du jeu de ce géant du ténor au lyrisme confondant et à l’expression audacieuse. Un souffle de félicité venu de l’âge d’or du jazz danois.
Écouter « Montmartre 1964 » (Storyville Records) offre le privilège d’accéder aujourd’hui à la musique savoureuse dispensée par Dexter Gordon (1923-1990) en juillet 1964 au Jazzhus Montmarte de Copenhague. Installé au Danemark de 1962 à 1965, le saxophoniste ténor américain Dexter Gordon, occupait alors une place phare sur la scène jazz danoise de l’époque.
Durant l’été 1964, le saxophoniste faisait salle comble tous les soirs avec le pianiste catalan Tete Montoliu et les Danois Niels-Henning Ørsted Pedersen (NHOP) à la contrebasse et Alex Riel à la batterie. Le 06 novembre 2020, le label Storyville Records propose un album inédit capté en direct 1964 le 20 et 28 juillet 1964 au club Jazzhus Montmartre.
Dexter Gordon
Géant au propre, il mesurait 1m98, comme au figuré, avec une carrière studio et sur les scènes internationales étendue sur plus de 50 ans, ce maître de la ballade fut l’un des premiers saxophonistes ténor à adapter le langage bop de Charlie Parker, Dizzy Gillespie et Bud Powell.
Son lyrisme prodigieux s’abreuve aux sources de la musique de Lester Young mais sa sonorité puissante et son discours audacieux alimentent des improvisations ébouriffantes qui avaient un impact énorme, tant sur les musiciens que sur le public. En 1962, son arrivée sur la scène jazz danoise a fait grande impression. Au cours de l’été 1964, NHOP, Alex Riel et Tete Montoliu jouaient avec Dexter Gordon tous les soirs. « Montmartre 1964 » se compose d’enregistrements inédits captés en direct les 20 et 28 juillet 1964.
Après avoir retrouvé les scènes new-yorkaises, en 1976, Dexter Gordon a campé le rôle principal du film « Autour de Minuit » (1986) de Bertrand Tavernier et a été nommé membre et officier de l’Ordre des arts et des lettres par le ministère de la Culture de France.
Au fil des pistes
Avec le solo virtuose du tout jeune NHOP tout juste âgé de 18 ans sur King Neptune, on est transporté dans la nuit du 28 juillet 1928. L’ambiance effervescente du club est palpable d’emblée et cela s’amplifie encore après une puissante intervention de Dexter Gordon au ténor. En pleine possession de son art, Dexter est bien le Roi Neptune des lieux.
C’est ensuite la voix de Dexter Gordon qui ouvre Big Fat Butterfly de Eddie Barefield et Saunders King. Le leader continue au ténor. De son timbre acéré, il développe son discours musical impérieux empreint de bop dans un style direct qui coule avec limpidité et va en crescendo. Il galvanise le pianiste Tete Montoliu dont le style inspiré de Tatum et Powell possède un toucher percussif et une articulation très nette. Il truffe ses phrases de traits rapides. Après un solo nourri de Niels-Henning Ørsted Pedersen, Dexter Gordon reprend son chant et termine le morceau.
Le répertoire se poursuit avec Manha de Carnival, la superbe bossa nova écrite par Luiz Bonfa pour le film « Orfeo Negro ». La sonorité chaleureuse et virile du ténor fait merveille. Son phrasé se développe avec ses accentuations typiques et de beaux glissandos dans les aigus. Sur le tempo latin, Dexter Gordon toujours en arrière du temps, impulse un swing constant. Le piano truffe son discours de citations et fait des escapades hors champ mais aucun risque de sortie de route car le magistral contrebassiste balise le tempo avec une assurance peu commune.
Dexter Gordon attaque ensuite le thème de Sonny Stitt, Loose Walk. Il empoigne ce morceau de bop avec un phrasé plus tendu, une sonorité plus rude et maintient la tension par un solo crescendo de 3’54. Avec véhémence, il anime son improvisation et la truffe de citations et de growls rugissants. Stimulés, piano et contrebasse s’en donnent à cœur joie et offrent des solos somptueux soutenus par le beat solide qu’assure Alex Riel sans faillir.
Après avoir présenté les musiciens de sa voix grave et nonchalante, Dexter Gordon ouvre la séance du 20 juillet 1964 avec son thème I Want More. Toujours au sommet de son art, le saxophoniste déroule le thème avant de s’investir dans une improvisation de 2’24 où, avec une grande intelligence mélodique et harmonique, il développe son discours hard bop imparable. Il crée une tension palpable et jubilatoire qui imprègne l’inspiration du piano, du contrebassiste et alimente la vigueur des 4/4 échangés avec le batteur.
Le contraste est grand avec le titre suivant, Misty. L’occasion pour le saxophoniste de démontrer son talent d’interprète sur cette ballade voluptueuse. A l’écoute de sa sonorité langoureuse, on se prend à rêver aux volutes de fumée de sa cigarette qui s’enroulaient autour de son ténor, tout au long de son interprétation chargée d’une douce mélancolie et d’une grâce absolue. L’opus se conclut avec Cheese Cake, une composition originale de Dexter Gordon. Sur un rythme tonique, le discours musical du saxophoniste imprégné de hard bop développe avec ardeur une improvisation audacieuse portée par le swing imparable qu’impulsent les talentueux accompagnateurs et improvisateurs inscrits dans la dynamique lumineuse du leader.
« Montmartre 1964 » (Storyville), un album inédit à découvrir pour pénétrer par la grande porte dans le monde de ce géant du jazz que fut le saxophoniste Dexter Gordon.
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