Péristyle de Lyon 2017 – Jazz Estival

Péristyle de Lyon 2017 – Jazz Estival

15ème édition du Jazz (F)estival au Péristyle

Du 08 juin au 02 septembre 2017 le jazz réinvestit le Péristyle de l’Opéra de Lyon. Versant estival de l’AmphiJazz de l’Opéra, il est devenu en 15 ans un rendez-vous incontournable.

Ainsi, la presqu’île lyonnaise et plus précisément le quartier des Terreaux résonneNT tout l’été des échos de ce club de jazz en terrasse. Les amateurs de jazz lyonnais voient avec plaisir arriver le Jazz (f)Estival du Péristyle de Lyon 2017 qui va fêter sa quinzième édition. Durant l’été sous les arcades du Péristyle de l’Opéra de Lyon il s’agit d’un vrai festival de jazz même s’il n’ose afficher lui-même cette appellation.

Durant soixante-quatorze des soirées estivales de 2017, dimanches exclus, le Péristyle devient la vitrine du jazz régional et se permet même d’inviter des musiciens de renommée nationale. François Postaire organise une programmation qui présente de nombreux courants du jazz. Du style Nouvelle-Orléans au jazz le plus contemporain, en passant par le swing, le be-bop, le hard-bop, différents idiomes de world-jazz venu des Balkans, de l’Orient ou de bien ailleurs encore, des formes instrumentales et d’autres vocales. D’année en année on découvre de nouveaux groupes, on suit l’évolution de formations plus anciennes, on observe de nouvelles associations de musiciens.

Les concerts du Péristyle sont en accès libre et l’on peut simplement écouter la musique ou faire le choix de profiter de la carte de cette quasi-brasserie estivale éphémère. Dans les faits, on peut parler de « café-jazz » ou de « jazz en terrasse ». Trois sets s’échelonnent dans la soirée, à 19h, 20h15 et 22h. Certes il n’est pas toujours aisé de pouvoir accéder au premier set qui est très fréquenté et trouver un siège pour cette séance relève presque de l’impossible. Mais les groupes jouent en général trois jours et il reste donc huit sets pour réaliser l’exploit de s’asseoir pour mieux écouter.

De nombreux curieux découvrent la musique sous les arcades au cours de leurs déambulations citadines et se saisissent de l’occasion pour une écoute occasionnelle. D’autres spectateurs sont des habitués qui reviennent régulièrement au fil des saisons et des soirées. Quoi qu’il en soit, au Péristyle, le jazz vit et s’écoute dans d’excellentes conditions. Il serait vraiment dommage de ne pas en profiter

Même si tous les rendez-vous du Péristyle de Lyon 2017 valent le déplacement, on a repéré trois moments essentiels de la programmation. Les concerts d’ouverture, ceux de la semaine du 14 juillet et ceux du feu d’artifice final.

Du 08 au 10 juin 2017, c’est le Wilhelm Coppey Quartet qui ouvre la saison du Péristyle de Lyon 2017.

Constitué de deux solistes de choix avec le pianiste Wilhelm Coppey et le trompettiste Christophe Metra et d’une paire rythmique incontournable avec le contrebassiste Patrick Maradan et le batteur Cédric Perrot, ce groupe a développé depuis de nombreuses années une esthétique très personnelle. Ils pratiquent le bop et le hard-bop avec lyrisme et efficacité et on attend avec impatience de découvrir leurs dernières compositions qu’ils viennent d’enregistrer.

Du 10 au 15 juillet, place à la Freedom Jazz Suite que propose le saxophoniste Lionel Martin.

On peut faire confiance à ce musicien dont le talent et la notoriété ne cessent de croître, pour célébrer la musique à l’occasion de la fête nationale du 14 juillet, des jours qui précèdent et de celui qui suit. Les 10 et 11 juillet, Lionel Martin se produit en trio avec le violoniste et chanteur Medhi Kruger et le pianiste Raphaël Chambouvet dont le retour est attendu. Surprise, surprise ! Projet à découvrir. Les 12 et 13 juillet, place au duo qui interprète le répertoire de leur album « Jazz before Jazz ». On ne s’en lasse pas. C’est l’occasion où jamais de savourer la musique de Louis Moreau Gottschalk interprétée par Lionel Martin et Mario Stanchev (piano). Les 14 et 15 juillet, Lionel Martin choisit de s’exprimer en quartet avec à ses côtés son compère saxophoniste Nassim Brahimi qui ne cesse de surprendre, Olivier Truchot qui est cette fois à l’orgue (et l’on ne s’en plaint pas) et Sangoma Everett dont les baguettes savent toujours faire des miracles rythmiques.

Le Péristyle de Lyon 2017 se termine en feu d’artifice avec La Compagnie Impérial qui anime la dernière semaine de la saison du 28 août au 02 septembre.

Cette compagnie regroupe des musiciens créateurs et improvisateurs parmi les plus actifs de la scène française. C’est l’énergique Imperial Quartet qui débute les 28 et 29 août avec les saxophonistes Gérald Chevillon et Damien Sabatier, le basssiste Joachim Florent et le batteur Antoine Leymarie. Les 30 et 31 août, place à l’Imperial Orpheon avec l’accordéoniste et chanteur Rémy Poulakis qui rejoint les saxophonistes et le batteur. Ça va dépoter. Le 01 et 02 septembre, l’Imperial Quartet augmenté de Ibrahima Diabaté (dundun/tamani/goni) et Oumarou Bambara (djemb,/tamani/balafon) vont faire pulser la musique avec Imperial Pulsar. Musique festive en perspective !

Outre ces trois focus, balises essentielles de la saison, la programmation tout entière vaut le détour. Pour mieux organiser les agendas de l’été et prévoir d’y aller seul ou entre amis, rien de mieux qu’une visite sur le site du Péristyle de Lyon 2017.

Keith Jarrett sort « Live in Budapest »

Keith Jarrett sort « Live in Budapest »

A 75 ans, le pianiste Keith Jarrett sort un opus inédit intitulé « Live in Budapest ». Publié chez ECM, ce double album restitue la teneur d’un récital capté en 2016 au Béla Bartók National Concert Hall lors d’un récital donné dans la capitale hongroise. Une plongée dans le monde unique de Keith Jarrett devenu le maître absolu de l’improvisation en piano solo.

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« Kissed by the mist » par Giorgio Alessani

« Kissed by the mist » par Giorgio Alessani

La voix embrumée de Giorgio Alessani swingue avec aisance sur les dix pistes de « Kissed by the Mist ». Une section rythmique et une section de cuivres issues de la scène jazz française actuelle, un orchestre symphonique… et le tour est joué, un nouveau crooner est né. Sans s’aventurer ni dans les aigus ni dans les graves, le chanteur façonne le registre médium avec souplesse et sans jamais forcer. Textes, mélodies et arrangements tissent la trame d’un délicieux album où vibrent les émotions.

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Dexter Gordon – « Montmartre 1964 » (Storyville Records)

Dexter Gordon – « Montmartre 1964 » (Storyville Records)

Le 06 novembre 2020, le Label Storyville Records propose « Montmartre 1964 », un album inédit de Dexter Gordon capté en direct en juillet 1964 au Jazzhus Montmartre. Le saxophoniste joue avec le trio composé du contrebassiste Niels-Henning Ørsted Pedersen, du batteur Alex Riel et du pianiste Tete Montoliu. Ce merveilleux opus témoigne de la maîtrise du jeu de ce géant du ténor au lyrisme confondant et à l’expression audacieuse. Un souffle de félicité venu de de l’âge d’or du jazz danois

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« Let’s BasH! » de Jowee Omicil

« Let’s BasH! » de Jowee Omicil

Une invitation à la joie universelle

Avec « Let’s BasH! », le canadien Jowee Omicil, propose un album audacieux et coloré. Le souffleur multi-instrumentiste croise mélodies et rythmes tout au long d’un voyage sans frontière. Un jazz arc-en-ciel, groovy, joyeux et décomplexé.

A travers le titre de l’album, « Let’s BasH! » (Jazz Village/Pias) sorti le 14 avril 2017, Jowee Omicil, fait référence à la joie et à l’amour qui baignent les douze titres de l’album. Amour pour les musiques, amour pour les figures de son panthéon, amour dédié au monde entier et aux pays dont il capte l’âme et les rythmes.

Ce fils de pasteur né à Montréal a grandi entre les communautés haïtienne et québécoise. Imprégné de gospel, des sonorités des chorales et des fanfares, il étudie le saxophone. Outre les musiques des combos de compas et les cadences des fêtes de sa communauté, Jowee Omicil écoute les saxophonistes altistes, Steve Coleman, Kenny Garrett puis rencontre Ornette Coleman avec qui il établit une relation de proximité pleine de déférence. Installé à New-York, il continue son apprentissage dans les clubs, la rue et le métro puis s’installe à Paris mais il continue toujours de naviguer entre ses ports d’attache.

Après trois disques (« Let’s do it », « Roots & Grow » et « Naked ») « Let’s BasH! » est en quelque sorte son premier album « international » où il entreprend de raconter des histoires. La mélodie y tient une place de choix. Sur cet opus, Jowee Omicil brasse avec une certaine audace toutes sortes de musiques. Musique créole, musique indienne, musique touareg, musique capverdienne, sans oublier jazz, gospel, soul et blues. On l’entend à la clarinette, aux saxophones soprano et alto, au cornet, au piano Rhodes et aussi au chant.

Autour de lui, une équipe élargie et énergique comme une famille musicale chaleureuse et dynamique. Trois bassistes, le Libérien Kona Kahsu, le Camerounais Jendah Manga, le Martiniquais Michel Alibo et un contrebassiste Justwody Cereyon. Deux pianistes/claviéristes, le Guadeloupéen Jonathan Jurion et le Guyanais Jean-Philippe Dary. Un guitariste, le serbe Nenad Gajin. Deux batteurs, le Martiniquais Laurent-Emmanuel Tilo Berthollo et le Camerounais Conti Bilong. Le percussionniste tabliste canadien Jeffrey Deen.

On aurait attendu du seul soliste de l’album, le leader, qu’il développe plus ses interventions pourtant inspirées et fulgurantes ou nostalgiques et pensives mais sans doute a-t-il concentré son énergie créative pour architecturer, organiser et mettre en forme un album cohérent et porteur d’énergie positive.

Encore une fois, le miracle du son est advenu grâce à la qualité du travail réalisé par Gérard de Haro, Nicolas Baillard et Clément Gallice, du studio de la Buissonne à Pernes les Fontaines. Après cinq jours d’enregistrement en octobre 2015 et les étapes de mixage et mastérisation, la musique du bouillonnant Jowee Omicil propage le message de son auteur, « Let’s BasH! ».

« Let’s BasH! ». Douze titres, douze ambiances, douze clins d’oeil. Jowee Omicil rend hommage à ses figures tutélaires ou à des lieux géographiques porteurs de fortes traditions musicales. Des mélodies simples aux tonalités lascives ou entêtantes. Une fête rythmique dont les teintes oscillent entre joie et nostalgie.

En ouverture de l’album Jowee Omicil adresse un Let’s Just BasH! hip-hop et groovy au monde entier. Il dédie une biguine aux allures néo-orléannaises à la Martinique et monte sur Le Pont d’Avignon qu’il démonte et reconstruit en dédicace à la France. Il adresse une dédicace à Tinariwen et deux titres aux musiques du Cap-Vert dont un hommage au clarinettiste Luis Morais.

Sur Chaplin Bash!, la clarinette et les tablas projettent avec un certain humour affectueux, la démarche burlesque et émouvante de Charlie Chaplin. Something Clear dédié à Sade impulse une rythmique lancinante sur laquelle le leader pose des riffs réitératifs au Rhodes alors que Jean-Philippe Darry prête sa voix sur ce morceau lascif. 

Avec Love & Honesty, une promenade métronomique, Jowee Omicil rend hommage à Ornette Coleman. Sur Ballad for Roy Hargrove le leader embouche le sax soprano. Le climat se fait d’abord tendre puis adviennent des variations rythmiques servies avec brio par le trio Alibo/Jurion/Bertholo. Le leader lâche son énergie et les cinq musiciens joignent leurs voix à l’hommage au trompettiste avant que le tempo ne ralentisse de nouveau pour laisser place à la complainte du cornet de Jowee Omicil.

One Note for Miles. Onze minutes d’une musique habitée de l’esprit du légendaire Miles Davis à qui est elle est adressée La rythmique obsédante et le chant pensif et nostalgique de Jowee Omicil restituent tout à fait les ambiances davisiennes.

« Let’s BasH! ».  Avec une relative audace, Jowee Omicil élabore une musique comme on confectionne un rhum arrangé ou un plat goûteux. Dans un bain rythmique multiculturel avec un brin de créolité, un zeste de soul, un soupçon d’humour et des mélodies simples qui se retiennent. Une musique universelle et populaire. Une musique qui prétend amener le monde à la liberté et qui ne se prend pas la tête.

Keith Jarrett sort « Live in Budapest »

Keith Jarrett sort « Live in Budapest »

A 75 ans, le pianiste Keith Jarrett sort un opus inédit intitulé « Live in Budapest ». Publié chez ECM, ce double album restitue la teneur d’un récital capté en 2016 au Béla Bartók National Concert Hall lors d’un récital donné dans la capitale hongroise. Une plongée dans le monde unique de Keith Jarrett devenu le maître absolu de l’improvisation en piano solo.

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« Kissed by the mist » par Giorgio Alessani

« Kissed by the mist » par Giorgio Alessani

La voix embrumée de Giorgio Alessani swingue avec aisance sur les dix pistes de « Kissed by the Mist ». Une section rythmique et une section de cuivres issues de la scène jazz française actuelle, un orchestre symphonique… et le tour est joué, un nouveau crooner est né. Sans s’aventurer ni dans les aigus ni dans les graves, le chanteur façonne le registre médium avec souplesse et sans jamais forcer. Textes, mélodies et arrangements tissent la trame d’un délicieux album où vibrent les émotions.

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Dexter Gordon – « Montmartre 1964 » (Storyville Records)

Dexter Gordon – « Montmartre 1964 » (Storyville Records)

Le 06 novembre 2020, le Label Storyville Records propose « Montmartre 1964 », un album inédit de Dexter Gordon capté en direct en juillet 1964 au Jazzhus Montmartre. Le saxophoniste joue avec le trio composé du contrebassiste Niels-Henning Ørsted Pedersen, du batteur Alex Riel et du pianiste Tete Montoliu. Ce merveilleux opus témoigne de la maîtrise du jeu de ce géant du ténor au lyrisme confondant et à l’expression audacieuse. Un souffle de félicité venu de de l’âge d’or du jazz danois

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Nuits de Fourvière 2017 – Focus sur Orchestra di Piazza Vittorio

Nuits de Fourvière 2017 – Focus sur Orchestra di Piazza Vittorio

Avec Mario Tronco, un « Don Giovanni » au-delà des genres

En 2017 le festival des Nuits de Fourvière invite de nouveau Mario Tronco et l’Orchestra di Piazza Vittorio Un nouvel opéra de Mozart avec cette fois la création d’un « Don Giovanni » androgyne incarné par Petra Magoni.

Comme on a déjà eu  l’occasion de l’écrire dans la présentation de la programmation des Nuits de Fourvière 2017, le festival est attaché à Mario Tronco et à l’Orchestra di Piazza Vittorio. La rencontre du chef d’orchestre avec Les Nuits de Fourvière a lieu en 2009 autour de Mozart avec une relecture originale et toute personnelle de « La Flûte enchantée » qui a triomphé en ouverture. Petra Magoni y campait une Reine de la Nuit sublime, tonique et inspirée. Forts et fiers de ce succès (le spectacle a fait le tour du monde) et fidèle à cette équipe (où l’on retrouve Leandro Piccioni qui n’est autre que l’arrangeur d’Ennio Morricone) le festival produit « Carmen », en 2013.

Après le succès des deux précédentes réalisations, Mario Tronco et l’Orchestra di Piazza Vittorio reviennent du 13 au 15 juin 2017 sur la scène du Grand Théâtre de Fourvière avec la création internationale d’un « Don Giovanni », d’après Wolfgang Amadeus Mozart.

En prélude à la création de « Don Giovanni » du 13 au 15 juin 2017 en première mondiale dans le Grand Théâtre de Fourvière, Dominique Delorme, directeur des Nuits de Fourvière a organisé le 22 mai 2017, une rencontre avec Mario Tronco au cinéma Pathé Bellecour de Lyon.

La projection du documentaire « L’Orchestra di Piazza Vittorio » (réalisé en 2006 par Agostino Ferrente) présente les origines de l’orchestre.

Cet Orchestra di Piazza Vittorio résulte d’une aventure humaine, sociale et politique dont Mario Tronco a fait battre le cœur. La naissance de l’orchestre découle du sauvetage des locaux du Cinéma Apollo de la Piazza Vittorio qu’entreprennent avec une extrême détermination Mario Tronco et son « Associazione Apollo 11 ». Dans les années 2000 la paupérisation gagne le quartier de l’Esquilin, près de la gare de Termini où la vie socio-économique se dégrade. Devant l’afflux d’immigrés, les Romains fuient le quartier où le dernier lieu culturel, le cinéma Apollo est fermé par la mairie.

En 2001, alors que le gouvernement Berlusconni est revenu au pouvoir, Mario Tronco entreprend un vrai combat pour réintroduire la vie culturelle dans le quartier via la réhabilitation du Cinéma Appolo. Il conçoit de le transformer en Théâtre et rêve d’ouvrir l’établissement par le concert d’un orchestre « international » et donc multiculturel. Le film narre cette aventure qui va s’échelonner de l’automne 2001 au 24 novembre 2002, jour où l’Orchestra di Piazza Vittorio donne son premier concert sur la scène du Théâtre dans le cadre de l’ouverture du Romaeuropa Festival.

On voit Mario Tronco et ses amis du Comité de l’Esquilin chercher des musiciens au sein des différentes communautés immigrées, les trouver, les auditionner, les aider, les stimuler. On découvre les difficultés auxquelles ils sont confrontés pour mener à bien leur projet (réfection des locaux, recherche de financements, organisation de la logistique, …) mais on perçoit les découragements et les efforts des hommes et femmes qui projettent espoir et volonté pour devenir membres de cet orchestre dont Mario Tronco a fait naître le désir chez eux.

De beaux moments de partage humain se déroulent sur l’écran entre Peppe l’Italien, Raul l’Argentin, Carlos l’Équatorien, Leandro l’Italien, Omar le Cubain, Houcine et Ziad les Tunisiens, Bilal l’Indien, et bien d’autres encore. Petit à petit l’orchestre cosmopolite se met en place. C’est pourtant seulement durant la semaine qui précède la date du concert que tout va se jouer au cours de répétitions laborieuses, anarchiques et épiques. Pour finir, la cohésion se fait. L’Orchestra di Piazza Vittorio est né le 22 novembre 2002, en ouverture du Romaeuropa Festival devant un public nombreux et participatif … « même si le concert ressemble plutôt à une répétition générale » d’après Mario Tronco.

Mario Tronco a transformé, une utopie en une réalité merveilleuse. Depuis l’orchestre a fait ses preuves, des musiciens sont restés, d’autres sont partis et d’autres encore arrivent ou reviennent.

Après la projection du film, Mario Tronco apporte aussi quelques éclairages à propos de l’orchestre qui travaille actuellement pour finaliser la préparation de la tant attendue création de « Don Giovanni ». Depuis 2008 où Dominique Delorme a découvert l’orchestre, après qu’il ait fait un tout du monde, Mario Tronco, l’Orchestra di Piazza Vittorio et les Nuits de Fourvière ont travaillé ensemble. On se souvient des magnifiques créations que furent « La Flûte enchantée » et « Carmen » et on attend avec impatience, celle de « Don Giovanni ».

Réalisé par le festival des Nuits de Fourvière en partenariat avec Groupama, l’Institut Culturel Italien et Filarmonica Romana, « Don Giovanni » sera dirigé par Mario Tronco, ce chef d’orchestre iconoclaste à l’imaginaire sans pareil. Il propose un spectacle où les frontières des genres sont abolies et les limites de l’éros repoussées. Comme de coutume l’Orchestra di Piazza Vittorio a une approche ludique de la musique classique et son style va au-delà de la conception traditionnelle des genres musicaux.

L’orchestre toujours porteur de la même liberté d’expression qu’à ses débuts se réjouit de présenter à travers le spectacle « Don Giovanni », cet icône de la liberté. La création va éclairer d’une manière nouvelle l’opéra-comique de Mozart. Dans cette variante contemporaine du célèbre mythe du dix-huitième siècle, Mario Tronco porte un regard « autre » sur le protagoniste et lit différemment les rapports entre les personnages. Transposé dans un décor de Cotton Club imaginaire en 2050, la voix androgyne du rôle-titre de Don GIovanni est confiée à Petra Magoni.

La mise en scène prévoit de placer les musiciens en hauteur sur des plates-formes à différents niveaux qui délimitent un espace circulaire scindé par une paroi de miroirs. Les musiciens sont conçus comme des personnages dans leurs fugues musicales et existentielles. Le lieu sera chargé d’énergie, de lumière et de vie.

L’aventure est aujourd’hui bien avancée pour exaucer encore une fois le rêve impossible de Mario Tronco et permettre à la musique de « Don Giovanni » de prendre vie sous la forme d’une nouvelle création avec l’Orchestra di Piazza Vottorio du 13 au 15 juin 2017 sur la scène du Grand Théâtre de Fourvière.

Pour en savoir plus encore sur la distribution des artistes qui donneront vie « Don Giovanni », rendez-vous sur le site des Nuits de Fourvière.

Keith Jarrett sort « Live in Budapest »

Keith Jarrett sort « Live in Budapest »

A 75 ans, le pianiste Keith Jarrett sort un opus inédit intitulé « Live in Budapest ». Publié chez ECM, ce double album restitue la teneur d’un récital capté en 2016 au Béla Bartók National Concert Hall lors d’un récital donné dans la capitale hongroise. Une plongée dans le monde unique de Keith Jarrett devenu le maître absolu de l’improvisation en piano solo.

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« Kissed by the mist » par Giorgio Alessani

« Kissed by the mist » par Giorgio Alessani

La voix embrumée de Giorgio Alessani swingue avec aisance sur les dix pistes de « Kissed by the Mist ». Une section rythmique et une section de cuivres issues de la scène jazz française actuelle, un orchestre symphonique… et le tour est joué, un nouveau crooner est né. Sans s’aventurer ni dans les aigus ni dans les graves, le chanteur façonne le registre médium avec souplesse et sans jamais forcer. Textes, mélodies et arrangements tissent la trame d’un délicieux album où vibrent les émotions.

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Dexter Gordon – « Montmartre 1964 » (Storyville Records)

Dexter Gordon – « Montmartre 1964 » (Storyville Records)

Le 06 novembre 2020, le Label Storyville Records propose « Montmartre 1964 », un album inédit de Dexter Gordon capté en direct en juillet 1964 au Jazzhus Montmartre. Le saxophoniste joue avec le trio composé du contrebassiste Niels-Henning Ørsted Pedersen, du batteur Alex Riel et du pianiste Tete Montoliu. Ce merveilleux opus témoigne de la maîtrise du jeu de ce géant du ténor au lyrisme confondant et à l’expression audacieuse. Un souffle de félicité venu de de l’âge d’or du jazz danois

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Ahmad Jamal revient avec « Marseille », son nouvel album

Ahmad Jamal revient avec « Marseille », son nouvel album

Ode hypnotique à la cité phocéenne

Le 09 juin 2017, Ahmad Jamal revient avec « Marseille », son nouvel album. Un nouvel opus du talentueux pianiste et compositeur constitue toujours un évènement très attendu. Il offre une partition ensoleillée et une interprétation inspirée comme une lettre d’amour musicale dédiée à Marseille, la ville intemporelle.

Ahmad Jamal revient avec « Marseille » (Jazz Village/Pias), son tout nouvel album dédié à la cité phocéenne vivante et animée. Ce géant qui figure au panthéon de la « musique classique américaine » ou « la musique afro-américaine » comme il aime à nommer le jazz, fait son retour discographique après « Blue Moon » (2012) et « Saturday Morning » (2013) déjà enregistrés sous le label Jazz Village.

Le titre Marseille qui donne son nom à l’album est repris sous trois versions. Une instrumentale en ouverture et deux autres vocales. Abd Al Malik et Mina Agossi en sont les interprètes. On note avec intérêt cette initiative dont le pianiste fait preuve à quatre-vingt-six ans en introduisant un texte sur sa musique et en collaborant avec deux « voix » atypiques et deux personnalités fortes de la scène française. Cette relative audace artistique apparaît comme le symbole d’un d’esprit ouvert et témoigne d’une jeunesse certaine.

C’est en août 2016 au festival Jazz in Marciac que le pianiste a interprété le titre Marseille en avant-première mondiale. En invitant la chanteuse Mina Agossi et le slameur Abd Al Malik, Ahmad Jamal a alors offert deux versions de cette composition dont il a écrit la musique et les paroles que la chanteuse a ensuite traduites.

« Marseille, ta voix ne cesse de m’appeler, … ville d’éternité, …. ma vie est remplie de toi, Marseille… je ne peux t’oublier tellement je t’aime, ville lumière, Marseille… »

Sur l’album on retrouve la version du slameur portée par son flow intense et captivant. Ce rappeur cinéaste et poète est, comme le pianiste, un ardent défenseur d’un islam tolérant et réfléchi  et la scansion de son chant donne encore plus de force à son discours. Empreinte d’une nonchalance presque sereine, la version de la chanteuse qui ferme l’album, tranche avec la force de celle du rappeur. L’accompagnement tout en suspension d’Ahmad Jamal prodigue la légèreté qui convient pour rendre le chant des deux artistes plus lumineux encore, comme ensoleillé par les rayons d’un soleil estival.

Sur l’album « Marseille », le pianiste est accompagnée par le contrebassiste James Cammack déjà présent à ses côtés dans les années 80/90, du percussionniste Manolo Badrena, ancien membre du groupe Weather Report et du batteur Herlin Riley, souvent écouté aux côtés de Wynton Marsalis. Le quartet tourne comme une machine bien huilée. Comme Ahmad Jamal l’a toujours pratiqué, il s’agit bien d’un jeu interactif où la parole circule entre les quatre partenaires.

Comme à son habitude le maître du clavier n’en dit jamais plus qu’il n’en faut mais capte l’attention de l’auditeur du début à la fin des huit titres de « Marseille ». L‘esthétique musicale du pianiste recèle toujours autant de subtilité, dans son approche rythmique certes mais aussi dans la relation qu’il entretient avec la mélodie et le silence. Soutenu par une section rythmique souple et solide, Ahmad Jamal construit une musique habitée d’une pulsation hypnotique et propose une promenade musicale lumineuse sur son les 88 touches de son clavier.

Outre les trois versions de Marseille, l’album propose des standards aux versions revivifiées et allégées et des compositions dont les interprétations bénéficient toutes d’une pulsation rythmique continue aux variations subtiles. Bien qu’on apprécie depuis longtemps l’inventivité et la maîtrise d’Ahmad Jamal, on se laisse encore surprendre et charmer par son phrasé rythmique unique et la grande part qu’il accorde au silence dans son expression.

Sur I came to see you/you were not there, on est séduit par sa manière d’improviser. Il demeure au plus près du thème et esquisse une ligne de chant aérienne grâce à l’inventivité harmonique prodiguée par sa main gauche qui laisse ainsi toute latitude à sa main droite pour ajouter des perles de silence à sa légère broderie musicale.

On est renversé par la relecture sans aucun cliché du grand standard Autum Leaves. Sur les presque neuf minutes que dure le morceau, le pianiste transfigure la mélodie qu’il accompagne d’harmonies sans cesse renouvelées, il la décompose et la recompose à l’envi. Sur le morceau Pots en verre, c’est la précision de la section rythmique qui permet à un groove nonchalant de s’installer. Le luxuriant accompagnement du percussionniste contribue à doter le morceau d’un climat coloré mais subtil.

On est interpellé par la transformation que le quartet fait de Sometimes I Feel like A Motherless Child. Le chant gospel prend l’allure d’une chanson minimaliste sautillante et légère dont on ne doute pas qu’il s’élève efficacement vers celui à qui il s’adresse à l’origine. A contrario on est frappé par la puissance qui se dégage de Baalbeck où le pianiste explore plus qu’à l’habitude le registre grave du clavier et ponctue son discours de frappantes interrogations percussives.

Tel un innovateur perpétuel, Ahmad Jamal persiste à pratiquer cet art du piano tout en suspension dynamique. En 1958, Miles Davis déclarait : « Toute mon inspiration vient d’Ahmad Jamal ». Avant tous les autres, il avait apprécié et vanté l’aptitude unique du pianiste à occuper l’espace sonore et à concevoir une architecture aérée et dynamique pour sa musique. C’est bien cette caractéristique autant que la longévité créative du pianiste qui ont participé à faire d’Ahmad Jamal une véritable légende.

A l’écoute de « Marseille » il apparaît clairement que le pianiste est à l’apogée de son art et que sa créativité ne tarit point. On retient la performance vocale du chanteur Abd Al Malik sur Marseille dont la vidéo restitue la force …

Ahmad Jamal offre deux concerts à Marseille pour la sortie de l’album les 12 et 13 juin 2017 à 20h30 à l’Opéra dans le cadre du festival « Marseille Jazz des Cinq Continents ». Il est aussi sur la scène du Théâtre Antique de Vienne le 30 juin à 20h30 dans le cadre du festival Jazz à Vienne. Il se produit aussi du 3 au 6 juillet 2017 à 20h au Théâtre de l’Odéon à Paris.

Keith Jarrett sort « Live in Budapest »

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A 75 ans, le pianiste Keith Jarrett sort un opus inédit intitulé « Live in Budapest ». Publié chez ECM, ce double album restitue la teneur d’un récital capté en 2016 au Béla Bartók National Concert Hall lors d’un récital donné dans la capitale hongroise. Une plongée dans le monde unique de Keith Jarrett devenu le maître absolu de l’improvisation en piano solo.

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« Kissed by the mist » par Giorgio Alessani

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Dexter Gordon – « Montmartre 1964 » (Storyville Records)

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Anat Cohen publie « Rosa dos Ventos » et « Outra Coisa »

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La clarinette enchanteuse d’Anat Cohen

Le 28 avril 2017, la clarinettiste Anat Cohen a sorti deux albums qui célèbrent la musique du Brésil. « Outra Coisa » en duo avec le guitariste Marcello Gonçalves et « Rosa dos Ventos » avec le Trio Brasileiro. Deux facettes de la musique brésilienne servies par le talent unique de cette virtuose de la clarinette.

Tous deux réalisés chez Anzik Records et publiés le 28 avril 2017, les albums « Rosa Dos Ventos » et « Outra Coisa » saluent le Brésil et renforcent le lien de la clarinettiste Anat Cohen avec sa musique. Si les deux opus célèbrent des idiomes différents, ils sont irradiés par la lumineuse clarinette de cette artiste virtuose et sensible.

Sur « Rosa Dos Ventos », Anat Cohen s’associe avec l’ensemble brésilien « Trio Brasileiro »  pour explorer la musique traditionnelle du choro brésilien et ses reflets modernes. C’est la deuxième collaboration enregistrée entre Anat Cohen et le trio après « Alegria Da Casa » gravé en 2015. Sur « Outra Coisa », Anat Cohen joue en duo avec le guitariste brésilien Marcello Gonçalves.

L’Israélienne de New York, Anat Cohen, sœur du trompettiste Avishai Cohen a grandi dans une famille de musiciens à Tel Aviv en Israël et vit à New-York depuis 1999. La clarinettiste virtuose et créative a tissé des liens très forts avec le Brésil dont elle s’est approprié la culture jusqu’à presque la faire sienne. Elle s’intéresse à la musique du Brésil en général et au choro en particulier.

Avec Anat Cohen et sa clarinette on visite le Brésil, ses fleurs, ses saisons, ses paysages et on saisit l’esprit de ses musiques. Elle se promène dans le choro avec une grande aisance tout autant que dans les thèmes de Moacir Santos. Avec une grande vitalité mais beaucoup de nuances, elle sait se faire exubérante et lyrique ou plus sophistiquée et tendre. Son invention mélodique couplée à un sens très développé du rythme lui permet de s’adapter aux climats de toutes les compositions Ses phrasés véloces évoquent le souffle des vents furieux ou la caresse des alizés, sa maîtrise du son lui permettent de se promener avec une aisance extrême du registre aigu à celui des graves. Alternativement lumineuse, douce, chatoyante ou légère, Anat Cohen enchante littéralement la musique des deux albums.

Après une première collaboration avec le Trio Brasileiro sur le disque « Alegria Casa » enregistré en 2015, qui présentait la combinaison de choros traditionnels et de pièces originales, Anat Cohen sort « Rosa Dos Ventos ». Cet opus est une nouvelle étape fascinante dans l’évolution de l’association entre le trio et la clarinettiste. L’album propose uniquement des compositions originales écrites par les membres du Trio Brasileiro et par Anat Cohen.

Trio Brasileiro s’est formé en 2011 et se consacre à l’exécution du choro, musique traditionnelle brésilienne, ainsi qu’à leurs propres compositions contemporaines, inspirées par le choro. Le trio est composé de Douglas Lora, un célèbre guitariste membre du Brasil Guitar Duo, de Dudu Maia, un des meilleurs virtuoses de mandoline du Brésil et du batteur/percussionniste Alexandre Lora.

Le choro est musique qui a pris naissance au milieu du XIX siècle à Rio de Janeiro. Comme quelques autres styles contemporains comme le Dixieland et le jazz de la Nouvelle-Orléans des origines, il a été créé par la combinaison des danses européennes traditionnelles, polka,  valse et mazurka avec des rythmes africains et sud-américains. C’est un style qui convient tout à fait aux improvisateurs virtuoses.

Sur « Rosa Dos Ventos », l’instrumentation reproduit celle de l’orchestre traditionnel du choro avec la caractéristique guitare à 7 cordes, la clarinette et le pandeiro. Le traditionnel bandolim, version brésilienne de la mandoline, est remplacé dans le Trio Brasileiro par un inhabituel bandolim à 10 cordes alors que le bandolim traditionnel possède 4 séries de 2 cordes pour un total de 8. Outre le pandeiro, le percussionniste utilise par ailleurs d’autres instruments de percussion dont le Hand Pan, un instrument à percussion aux couleurs sonores intrigantes.

Les compositions varient de la forme traditionnelle du choro à d’autres beaucoup plus audacieuses et modernes. Sur O Ocidente Que Se Oriente les sons du Hand Pan évoquent des influences d’indie-rock contemporains mais bien sûr on perçoit surtout le climat doux-amer du traditionnel choro. On note aussi une influence sous-jacente du blues et du flamenco sur Flamenco où le Hand Pan aux sonorités relaxantes soutient l’expressif chant de la clarinette qui explore le registre aigu de son instrument alors que la guitare esquisse des rappels de flamenco.

On est surpris par Ijexá où la clarinette sautille d’aise sur un rythme issu de la tradition du candomblé. On craque à l’écoute de Sambalelê écrit par Anat Cohen qu’elle interprète en duo avec le pandeiro, l’exercice est absolument décoiffant de virtuosité. On rêve de danser sur Valsa Do Sul composé par la clarinettiste. Une valse légère où le chant de la clarinette évoque les rayons de soleil qui jouent à cache-cache avec les vents légers que tressent les deux instruments à cordes soutenus par le pandeiro exubérant.

Tout en se promenant dans ces différents styles et traditions, Anat Cohen et les trois musiciens du Trio Brasileiro, tous virtuoses, excellent dans l’improvisation et contribuent à bouleverser quelque peu les références du choro traditionnel qu’ils réinventent.

L’album « Outra Coisa » réunit la clarinettiste Anat Cohen & le guitariste Marcello Gonçalves autour d’un répertoire exclusivement composé des titres du grand compositeur et arrangeur brésilien Moacir Santos (1923-2006). Cet album est vraiment une toute autre chose que « Rosa Dos Ventos » évoqué précédemment. Tout diffère, les sonorités, les rythmes mais on retrouve bien sûr la virtuosité et la sonorité profonde et lumineuse de la clarinettiste qui imprègnee mélancolie la texture musicale de l’album.

L’album restitue la teneur d’une délicate conversation qu’entretiennent la guitare à sept cordes de Marcello Gonçalves et la clarinette d’Anat Cohen. Les discours des deux instruments sont très complémentaires. Le guitariste endosse tour à tour le rôle d’un délicat bassiste quand il accompagne le chant de la clarinette et celui d’un mélodiste brillant quand il répond sur les 7 cordes de sa guitare aux expressifs chorus de la clarinette.

Le titre de l’album du duo, « Outra Coisa », fait écho à celui de « Coisa », disque enregistré en 1965 par Moacir Santos avec grand orchestre qui interprète un répertoire dont tous les titres portent le nom de coisa (chose) et sont tous numérotés à partir de 1. Multi-instrumentiste (saxophoniste, clarinettiste et trompettiste), le compositeur et arrangeur a été très influencé dans son écriture par les musiques africaines et américaines.

Depuis longtemps, le guitariste Marcello Gonçalves était habité  par la musique de Moacir Santos que Baden Powell avait interprété sur l’album « Baden Powell swings with Jimmy Pratt ». Il n’imaginait pas alors pouvoir reproduire les riches sons orchestraux des compositions de Moacir Santos. Pourtant en lisant les partitions de Moacir Santos directement à partir de son répertoire de chansons, il a constaté que la musique s’adaptait parfaitement à la guitare à 7 cordes, dans la clé d’origine, comme si la musique avait été composée pour l’instrument qu’il pratique.

Marcello Gonçalves a passé une année à travailler sur ce répertoire. La clarinette était le premier instrument de Moacir Santos et le guitariste imaginait que ces compositions si belles à la guitare seraient magnifiées par la clarinette d’Anat Cohen qu’il connaissait depuis longtemps. Aussi quand Anat Cohen a visité le Brésil, il lui a proposé de prendre connaissance des arrangements sur lesquels il travaillait dans la perspective d’un travail conjoint. La clarinettiste a accepté et lui a proposé de se rencontrer directement dans un studio d’enregistrement et … l’album est né.

Coproduit par les deux interprètes, l’enregistrement studio de « Outra Coisa » s’est déroulé en deux jours en janvier 2016 à Rio de Janeiro puis a été mixé en juillet 2016 aux Battery Studios par Mark Wilder. Les arrangements de Marcello Gonçalves écrits pour leur duo apportent une grande fraîcheur aux compositions de Moacir Santos.

Sur l’album « Outra Coisa » le duo reprend les coisa 01, 05, 06, 09 et 10 du disque de 1965, « Coisa » de Moacir Santos. On a particulièrement apprécié le titre Coisa No. 1.

On est aussi tombé sous le charme du titre Amphibious présent sur le disque « Saudade » gravé en 1974 par Moacir Santos. Il ouvre l’album et  laisse augurer du climat de l’opus. La clarinette teinte d’une tendre mélancolie la samba Maracatucute que le compositeur avait gravé en 2011 sur l’album « Ouro Negro ». C’est sur ce même album que figurait Mãe Iracema dont la mélodie est ici servie par le talent inouï des deux artistes. Le titre Coisa n°10 restitue comme la coisa d’ouverture l’extrême entente musicale des deux instrumentistes à l’inspiration inépuisable.

Anat Cohen et Marcello Gonçalves ont gravé un album où règnent de bout en bout virtuosité, sensibilité et légèreté. Les deux musiciens accueillent avec générosité l’auditeur dans un monde enchanteur qu’il est difficile de quitter sans conserver le sourire et le souvenir d’un moment qui frise l’absolue perfection musicale et esthétique. 

Nominée aux JJA Jazz Awards 2017 dans la catégorie « Clarinetist of the Year » & « Multi-reeds Player of the Year », la clarinettiste Anat Cohen participe avec ces deux albums à redonner une fois encore ses lettres de noblesses à la musique brésilienne à travers une pratique totalement maîtrisée de la clarinette jazz. Pour en savoir plus encore sur la clarinettiste, une visite s’impose sur le site d’Anat Cohen

Anat Cohen sera en concert à 21h30 le 03 juillet 2017 au New Morning dans le cadre du Festival « All Stars » et d’une soirée plus précisément intitulée « Woman to Woman » où les Superwomen du Jazz prennent le pouvoir.
Ce soir-là un orchestre 100% féminin sera sur scène réunissant Renee Rosnes (direction, piano), Cécile Mclorin Salvant (voix), Anat Cohen (clarinette), Melissa Aldana (saxophone), Ingrid Jensen (trompette), Noriko Ueda (contrebasse), Sylvia Cuenca (batterie).
Keith Jarrett sort « Live in Budapest »

Keith Jarrett sort « Live in Budapest »

A 75 ans, le pianiste Keith Jarrett sort un opus inédit intitulé « Live in Budapest ». Publié chez ECM, ce double album restitue la teneur d’un récital capté en 2016 au Béla Bartók National Concert Hall lors d’un récital donné dans la capitale hongroise. Une plongée dans le monde unique de Keith Jarrett devenu le maître absolu de l’improvisation en piano solo.

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« Kissed by the mist » par Giorgio Alessani

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La voix embrumée de Giorgio Alessani swingue avec aisance sur les dix pistes de « Kissed by the Mist ». Une section rythmique et une section de cuivres issues de la scène jazz française actuelle, un orchestre symphonique… et le tour est joué, un nouveau crooner est né. Sans s’aventurer ni dans les aigus ni dans les graves, le chanteur façonne le registre médium avec souplesse et sans jamais forcer. Textes, mélodies et arrangements tissent la trame d’un délicieux album où vibrent les émotions.

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Dexter Gordon – « Montmartre 1964 » (Storyville Records)

Dexter Gordon – « Montmartre 1964 » (Storyville Records)

Le 06 novembre 2020, le Label Storyville Records propose « Montmartre 1964 », un album inédit de Dexter Gordon capté en direct en juillet 1964 au Jazzhus Montmartre. Le saxophoniste joue avec le trio composé du contrebassiste Niels-Henning Ørsted Pedersen, du batteur Alex Riel et du pianiste Tete Montoliu. Ce merveilleux opus témoigne de la maîtrise du jeu de ce géant du ténor au lyrisme confondant et à l’expression audacieuse. Un souffle de félicité venu de de l’âge d’or du jazz danois

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Nuits de Fourvière 2017 – Focus sur Orchestra di Piazza Vittorio

Nuits de Fourvière 2017 – Focus sur Titi Robin

« Rebel Diwana », un tournant mais pas une rupture

Le 05 juillet 2017, le festival des Nuits de Fourvière propose « Rebel Diwana », le nouveau projet de Titi Robin. Un manifeste qui conserve la langue modale, mélodique et rythmique que l’artiste a forgée au fil du temps même si elle prend une forme de radicalité dans le son qui devient électrique.

Comme on a déjà eu  l’occasion de l’écrire dans la présentation de la programmation des Nuits de Fourvière 2017, Titi Robin est un artiste auquel le festival est attaché. Il a déjà été reçu deux fois par les Nuits de Fourvière. En 2014 avec Michael Lonsdale pour le projet « L’ombre d’une source » à partir des textes poétiques du musicien et en 2016 avec Erik Marchand, un très ancien compagnon musical dans une soirée aux teintes bretonnes.

En 2017, « Rebel Diwana » est le troisième projet que les Nuits de Fourvière présentent en coproduction avec l’Épicerie Moderne de Feyzin, qui a accueilli en résidence Titi Robin et ses musiciens en janvier 2017. Ils seront de nouveau accueillis pour quelques jours à Feyzin avant le concert du 05 juillet à l’Odéon qui sera suivi de l’enregistrement d’un album.

Le 02 mai 2017, les Nuits de Fourvière organisent une rencontre et un showcase de Titi Robin à la librairie Musicalame spécialisée dans les ouvrages musicaux. Richard Robert, conseiller artistique et assistant à la programmation musical du festival engage l’artiste à retracer rapidement son parcours musical avant d’aborder la création proprement dite. A l’issue de l’échange l’artiste gratifie le public d’une prestation solo à la guitare électrique qui restitue l’esprit du projet « Rebel Diwana ».

Enflammé, Titi Robin rappelle qu’il a musicalement pris « des chemins qui ne sont pas ceux de la culture dominante en occident ». Il a toujours été « …très intéressé par les musiques populaires, celles qui viennent du peuple, les musiques traditionnelles ». Issu « d’un milieu populaire, de l’ouest de la France du côté d’Angers » il est « fier de ses racines » et a appris la musique de manière autodidacte à partir des rencontres humaines qui ont jalonné sa vie et qui ont été « (s)on université ». D’abord aux côtés des jeunes Marocains, « des berbères du Moyen Atlas » et des Gitans de son quartier puis a continué avec d’autres musiciens de proximité géographique comme le breton Erik Marchand. Avec eux, il se sentait « comme à la maison » avant de jouer, entre autres, avec des musiciens de l’Inde, de la Turquie, du Maroc.

Loin des musiques « dominantes anglo-saxonnes » (commercialement parlant) que sont le blues, le rock et le jazz et bien avant que n’existe le courant de la World Music et de ses aléas commerciaux, Titi Robin a forgé son propre langage auprès des communautés gitanes et orientales, mêlées à son environnement. Son approche musicale s’inspire de ces musiques traditionnelles orientales. Il joue « avec eux sans les imiter ». Titi Robin déclare que « les musique orientales, celle qui partent du sud de l’Europe, englobent la méditerranée et vont jusqu’au nord de l’Inde ont des lignes de force liées à l’histoire, avec des échanges au niveau de la musique mais aussi de la poésie, de la philosophie. Même si cela ne correspond pas aujourd’hui à une réalité géopolitique, pour moi le bassin méditerranéen, les Balkans et à travers l’Asie centrale jusqu’au Nord de l’Inde, aujourd’hui je trouve toujours des musiciens qui comprennent ma façon de jouer dans ces lieux-là. Même si les musiques sont différentes, on a une même logique de langage, ce qui n’est pas le cas avec le courant anglo-saxon, ce pour des raisons musicologiques. En effet, ma musique est plus modale alors que le jazz et le rock sont des musiques harmoniques ». Pour lui « un langage n’est jamais séparé d’une certaine philosophie, d’une manière de voir le monde et celle de ces musiques, me correspondent ».

Ainsi toute sa carrière, Titi Robin dit avoir « creusé de manière hyper pointue le même sillon » sans s’éparpiller. Pour éclairer son propos, Titi Robin précise : « Que je joue avec un Gitan, un Indien, un Arabe ou un Turc, dans la réalité, ce sont en fait eux qui jouent ma musique. Ils peuvent la jouer car mon style est proche de leur style, il y a terrain commun. Ce sont eux qui s’adaptent…. Jusqu’à aujourd’hui quand je fais un nouveau projet, je prends parfois des thèmes que j’ai composés il y a 30 ans. Mon style a évolué dans la forme mais le caractère, l’identité, ma manière de fonctionner, rythmiquement, mélodiquement, n’a pas bougé du tout. ».

A Fourvière le 05 juillet, « Rebel Diwana » est un jalon important dans le parcours de Titi Robin qui déclare : « Tazeri », mon dernier disque est le vingtième. Vingt albums, cela constitue une œuvre cohérente et je pense avoir exprimé ce que j’ai voulu dire. Il y a sans doute encore des malentendus mais aujourd’hui je peux aller plus loin. Sans faire de concession par rapport à mon langage je peux utiliser des instruments qui font partie de la musique dominante. Ainsi je prends une guitare électrique, je profite à plein du volume, de sa rugosité, des effets de distorsion, de l’épaisseur, du grain mais j’utilise les mêmes modes pour mes impros. »

Ainsi, même s’il se saisit d’un instrument emblème de la culture dominante anglo-saxonne et passe à la guitare électrique Fender, il demeure dans la continuité de sa démarche. Le projet « Rebel Diwana », « est une musique d’improvisation avec un gros volume sonore ».

Pour ce nouveau projet seront à ses côtés, ceux qu’il nomme « ses familiers ». Murad Ali Khan, un compagnon de longue date, joueur de sarangi, une vielle à archet. Shuheb Hasan, « jeune chanteur qui sait improviser ». Il chante la mélodie sur les textes écrits par Titi Robin et traduits en hindi. Titi Robin précise : « Il y a la voix qui chante la  mélodie et la poésie puis celle qui improvise. Pour qu’on comprenne ce que dit le chanteur, j’assume la lecture de texte en français sur fond musical et Shuheb Hasan prolonge avec le chant et ensuite il prend en charge l’improvisation ».

Pour ce projet « Rebel Diwana » le guitariste utilise les instruments de la musique occidentale comme des outils qu’il met au service de sa propre musique. C’est ainsi que Titi Robin invite ceux qu’il appelle « les exotiques ». Arthur Alard à la batterie, Nicholas Vella aux claviers et Natallino Netto à la basse. Au lieu de l’accordéon, sont utilisés les claviers, « le timbre change, c’est un autre habillage ». Au tandem batterie/basse, le leader demande de réinventer un jeu rythmique qui naisse de son style musical et ne se cale pas sur une logique anglo-saxonne. Pour ce faire il supprime la cymbale charley et demande à la basse de s’inspirer du jeu du « gembri des musiciens gnaoui »… et ça fonctionne, les musiciens sont entrés dans sa logique musicale après leur résidence de janvier 2017 à l’Épicerie Moderne et la création « Rebel Diwana » s’inscrit tout à fait dans le langage intime et personnel de Titi Robin;

A l’attention de ses fidèles, Titi Robin précise : « si « Rebel Diwana » est un nouveau projet, je ne laisse pas tomber ma guitare. C’est une Di-Mauro que j’ai achetée en 80 et avec laquelle j’ai fait toute ma carrière et je ne vais pas l’abandonner. J’ai besoin de proposer ce nouveau projet et j’ai envie de réussir ce pari. Si je réussis il faut que cela soit compris par ceux qui me suivent et ceux qui me découvrent ».

Ce nouveau projet ne l’empêche donc pas de poursuivre les autres. Il continue de tourner avec le super orchestre de ses trois disques « Les Rives », en trio avec Chris Jennings et Habib Meftah mais aussi avec Mehdi Nassouli sur le répertoire de « Tazeri », son projet précédent.

« Rebel Diwana », la nouvelle création de Titi Robin, constitue un événement essentiel de l’été à voir absolument le 05 juillet 2017 sur la scène magique de l’Odéon, dans le cadre du festival des Nuits de Fourvière.

Dans la carrière de Titi Robin, « Rebel Diwana » représente certes un tournant mais ne constitue nullement une rupture. Même en utilisant les instruments de la culture occidentale, Titi Robin, loin de la fusion demeure fidèle à son propre langage mélodique, rythmique et modal qu’il a forgé au fil des années, à travers les échanges humains et musicaux auxquels il est tant attaché. Fidèle et engagé dans une dynamique artistique et esthétique très personnelle, il continue à tendre des ponts entre les hommes par le biais de sa musique unique.

Pour plus de détails sur la création « Rebel Diwana » on conseille de consulter le site des Nuits de Fourvière et le site de Titi Robin pour découvrir plus avant l’artiste et ses projets.

Keith Jarrett sort « Live in Budapest »

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A 75 ans, le pianiste Keith Jarrett sort un opus inédit intitulé « Live in Budapest ». Publié chez ECM, ce double album restitue la teneur d’un récital capté en 2016 au Béla Bartók National Concert Hall lors d’un récital donné dans la capitale hongroise. Une plongée dans le monde unique de Keith Jarrett devenu le maître absolu de l’improvisation en piano solo.

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« Kissed by the mist » par Giorgio Alessani

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Dexter Gordon – « Montmartre 1964 » (Storyville Records)

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Le 06 novembre 2020, le Label Storyville Records propose « Montmartre 1964 », un album inédit de Dexter Gordon capté en direct en juillet 1964 au Jazzhus Montmartre. Le saxophoniste joue avec le trio composé du contrebassiste Niels-Henning Ørsted Pedersen, du batteur Alex Riel et du pianiste Tete Montoliu. Ce merveilleux opus témoigne de la maîtrise du jeu de ce géant du ténor au lyrisme confondant et à l’expression audacieuse. Un souffle de félicité venu de de l’âge d’or du jazz danois

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Europa Oslo, dernier album de l’ONJ dirigé par Olivier Benoit

Europa Oslo, dernier album de l’ONJ dirigé par Olivier Benoit

Passionnant et magnétique

Olivier Benoit et l’ONJ terminent leur tour d’Europe. Après Paris, Berlin et Rome, le projet Europa gagne Oslo. « Europa Oslo » dresse le portrait musical de la Norvège. La musique se renouvelle et fait alterner les climats. Une partition opératique passionnante.

Sur ce quatrième et ultime opus « Europa Oslo » (ONJ/L’Autre Distribution) sorti le 28 avril 2017, le directeur musical de l’ONJ, Olivier Benoit propose son nouveau programme créé en résidence à l’Académie norvégienne de musique d’Oslo, en décembre 2016. Pour ce faire il a associé deux artistes pour offrir un autre répertoire à la magnifique machine qu’est devenu l’ONJ. Le poète osloïte Hans Petter Blad auteur des textes de l’album et la comédienne Maria Laura Baccarini

Hans Petter Blad a traduit lui-même en anglais certains de ses textes réalistes qui résonnent avec les musiques d’Olivier Benoit. Connue dans le monde du jazz pour son travail auprès de Régis Huby  la comédienne Maria Laura Baccarini se fait chanteuse ou récitante avec l’ONJ et sa voix fascinante est un élément majeur sur cet album qu’elle habite littéralement.

Sur « Europa Oslo », l’ONJ d’Olivier Benoit donne à entendre son unité, sa cohérence sur soixante neuf minutes d’une musique singulière dont les richesses se dévoilent à chaque nouvelle mesure. Si la photo de couverture pourrait laisser augurer d’une musique plutôt froide, il n’en est rien, loin de là. Il s’agit d’une suite orchestrale qui prend les couleurs d’une forêt musicale bruissant de mille sonorités et de tout autant de nuances. Rythmique souple ou pulsatile, frottements gracieux ou grincements féroces des cordes, turbulences ou grâce des soufflants, voix qui passe du murmure au cri, sonorités fiévreuses et énergiques ou bruitisme inquiétant.

Avant de continuer plus avant à évoquer la musique de ce onzième Orchestre National de Jazz, il est bon de rappeler sa composition et de signaler que le directeur, Olivier Benoit, les a choisis après un appel à candidatures. Lui-même tient la guitare. Il est entouré de Maria Laura Baccarini (voix), Jean Dousteyssier (clarinettes), Alexandra Grimal (saxophone ténor), Hugues Mayot (saxophone alto), Fidel Fourneyron (trombone), Fabrice Martinez (trompette, bugle), Théo Ceccaldi (violon), Sophie Agnel (piano), Paul Brousseau (Fender Rhodes, synthétiseur basse), Sylvain Daniel (basse électrique) et Eric Echampard (batterie, électronique).

Le nuancier de la musique de l‘ONJ « Europa Oslo » est d’une richesse inouïe. La musique explose ou murmure. Elle porte à la rêverie ou évoque la révolte. On est surpris autant qu’enchanté. On apprécie les moments suspendus portés par la voix limpide et souple de Maria Laura Baccarini, les notes perlées de Sophie Agnel, les tumultueux emballements menés par la basse rugueuse de Sylvain Daniel et la batterie énergique d’Eric Echampard. L’orchestre tout entier rejoint les rythmiciens pour faire pulser un groove tellurique et fascinant.

Même s’il s’agit de la musique d’un orchestre devenu une véritable entité, les solistes ne sont pas en reste. Le saxophone d’Alexandra Grimal psalmodie sur Sense That You BreathePaul Brousseau fait exploser ses claviers électriques sur Ear Against The Wall porté par l’énergie pulsatile d’un Eric Echampard inépuisable. Sur Intimacy, la guitare d’Olivier Benoit se fait lyrique et il se déchaîne tel un rocker infatiguable comme pour s’élever au niveau du chant. Le saxophone alto de Hugues Mayot éclabousse A Sculpture Out Of Tune de ses spirales ascensionnelles qui rivalisent avec la voix de Marie-Laura Baccarini. Le trombone de Fidel Fourneyron donne le tempo et des couleurs à la fête sur An Immoveable Feast. La trompette de Fabrice Martinez prend son envol avec insolence sur Det Har Ingenting Å Gjøre soutenu par la guitare et l’orchestre tout entier.

Si la musique de cet album s’abreuve aux sources du jazz, du rock progressif et de la musique répétitive, elle résulte surtout du travail d’un directeur qui a su offrir l’espace nécessaire aux musiciens pour que l’ONJ devienne vraiment un groupe et sonne comme jamais encore l’ONJ ne l’avait fait et pourtant on a connu de beaux moments sous la conduite des précédents directeurs depuis 1986 qui a vu la naissance de cet Orchestre National de Jazz. 

Écouter « Europa Oslo » constitue une expérience qui dépasse largement la notion du simple plaisir. On ressent des moments d’intenses vibrations. On se laisse envahir par des émotions très fortes. On frissonne et on se sent transporté sur les cinq dernières minutes de « Pleasures Unknown », le titre bonus de l’album. C’est absolument bouleversant. On regrette vraiment que l’ONJ ne soit pas plus largement accueilli sur les scènes françaises. On envie les veinards qui pourront écouter ce répertoire avant juin 2018 et pourront ainsi vivre live des moments de bonheur musical intense.

« Europa Oslo ». La musique pulse et respire, vibre et s’envole, surprend et se réinvente de plage en plage. Chaque morceau permet à l’orchestre de faire résonner son propre vocabulaire pour écrire un langage qui n’a cesse de se renouveler. Avec l’énergie inventive d’un collectif innovant, l’ONJ explore tous les univers. Il élabore des instants poétiques mais génère des moments énergiques à la rythmique entêtante et tellurique.

Keith Jarrett sort « Live in Budapest »

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Dexter Gordon – « Montmartre 1964 » (Storyville Records)

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Saison 2017/18 à l’Auditorium de Lyon

Saison 2017/18 à l’Auditorium de Lyon

Entre Jazz, Rock & Chanson Française

La Saison 2017/18 à l’Auditorium de Lyon propose cinq concerts de jazz et élargit le paysage en direction du rock et de la chanson française. La nouvelle a de quoi ravir tous les amateurs de jazz et de musique en général car la teneur du programme est de haute volée.

Avec l’arrivée de la nouvelle directrice, Aline Sam-Gio, se poursuit le partenariat engagé avec succès par Jean-Marc Bador avec l’équipe de « Jazz à Vienne ». On se réjouit que le dialogue artistique continue entre l’AOL (Auditorium Orchestre National de Lyon) et « Jazz à Vienne ».

En effet, l’année 2016/17 a été riche en spectacles de jazz et de musiques du monde qui ont rallié des publics variés et enthousiastes, y compris le jeune public avec l’Amazing Keystone Big Band. Au regard de la proposition récemment dévoilée par l’Auditorium, la Saison 2017/18 à l’Auditorium de Lyon se profile comme un grand cru « Jazz, Rock & Chanson Française ».

La programmation à venir stimule les envies et fait naître la curiosité. Des valeurs sûres avec la venue de la chanteuse Dianne Reeves et le duo des complices Chick Corea et Steve Gadd. L’engagement des musiciens de l’ONL auprès des grandes stars du jazz que sont les frères Belmondo et Jacky Terrasson et le pianiste cubain Roberto Fonseca. L’offre audacieuse de faire groover l’orgue de l’Auditorium avec le Trio Rock The Organ. La proposition d’un concert participatif de Gospel. La mise en lumière de la musique de Barbara, 20 ans après sa disparition.

  • En 2017, quatre spectacles.

Le 28 septembre 2017 à 20h, une coproduction avec Jazz à Vienne réunit l’ONL conduit par Christophe Larrieu et Lionel Belmondo (saxophone, composition et arrangements), Stéphane Belmondo (trompette bugle), Jacky Terrasson (piano) accompagnés de Thomas Bramerie (contrebasse) et Simon Goubert (batterie). Ils honorent « Ravel et le Jazz ». Lionel Belmondo a arrangé un répertoire comportant des œuvres de Satie, Debussy et Ravel. Cette soirée met en évidence la modernité de Ravel.

Le 24 octobre 2017 à 20h, une coproduction avec Jazz à Vienne et Rhino Jazz(s) Festival présente la divine chanteuse, Dianne Reeves. Celle qui a conquis depuis 1987 tous les publics devant lesquels elle s’est exprimée, celle qui a été récompensée de cinq Grammys se présente avec le guitariste brésilien Romero Lubambo avec qui elle a engagé une collaboration fructueuse depuis déjà longtemps. A leurs côtés se produisent  Reginald Veal (contrebasse), Peter Martin (claviers) et Terreon Gully (batterie). La promesse d’une soirée où riment élégance et performance.

Le 27 octobre 2017 à 20h, hommage est rendu à la musique de Barbara, la grande chanteuse, auteure et compositrice disparue en 1997. Pour cette occasion le pianiste classique Alexandre Tharaud, à la carrière internationale, retrouve la comédienne Juliette Binoche pour mettre en lumière à la fois les mots et la musique de la Dame en noir à laquelle les deux artistes sont très attachés. Un propos minimaliste mais sans doute beaucoup d’émotion.

Le 19 novembre 2017 à 16h une coproduction avec Jazz à Vienne réunit sur scène deux monstres de la scène jazz, le pianiste Chick Corea et le batteur Steve Gadd. Les deux musiciens se sont retrouvés en 2016 à New-York après s’être croisés en 1969, 1977 et 1981. Ils présentent sur les scènes internationales un spectacle prometteur qui réunit autour d’eux des artistes dont les prestations ne cessent de faire l’unanimité : le guitariste Lionel Loueke, le saxophoniste et flutiste Steve Wilson, le bassiste Carlitos Del Puerto et le percussionniste Luisito Quintero. Pas de doute, la soirée sera tonique et festive.

  • En 2018, trois spectacles.

Le 26 mars 2018 à 20h, une nouvelle coproduction avec Jazz à Vienne présente Roberto Fonseca. Étoile incontestable du jazz cubain le pianiste vient en quartet sur la scène de l’Auditorium. Accompagné d’un trio 100% latino composé de Ramsès « Dynamite » Rodriguez (batterie), Adel González (percussions), Yandy Martinez Rodriguez (basse), le musicien va aussi se produire sur quelques morceaux accompagné par les cordes de l’ONL. La soirée promet de belles couleurs rythmiques et des envolées lyriques.

Le 12 avril 2018 à 20h et le 14 avril à 18h, en partenariat avec Jazz à Vienne, place à de dynamiques Concerts Participatifs autour d’œuvres célèbres de Gospel. Ces deux concerts prolongent le succès incroyable de Sweet Witness à l’Auditorium en janvier 2017. Les chanteurs reviennent donc avec l’ONL et des choristes de la région lyonnaise sous la direction de Pascal Horecka. Deux soirées magiques entre fête et exaltation.

Le 17 avril 2018 à 20h, le rock progressif investit l’orgue de l’Auditorium avec des musiques de Pink Floyd, Zappa, Metheny, Emerson Lake & Palmer et King Crimson. L’organiste Yves Rechsteiner est fasciné par la musique de Zappa et constitue le Trio Rock The Organ avec un percussionniste, Henri-Charles Caget et un guitariste électrique, Fred Maurin tous deux issus du monde du jazz. Ensemble ils ont élargi leur exploration du rock de Zappa aux univers d’autres groupes et musiciens fameux. L’assurance d’une soirée insolite.

Certes la rentrée de septembre 2017 peut paraître lointaine en ce mois de mai mais le temps passe vite. Pour anticiper et caler les agendas, une consultation du site de l’Auditorium de Lyon permet d’avoir plus de détails sur l’ensemble de cette « Programmation Jazz, Rock & Chanson Française ».

On gage que les spectateurs se mobiliseront nombreux sur les spectacles de la saison jazz 2017/18 et donneront encore une fois raison à l’AOL qui manifeste au fil des ans un réel souci de diversification des offres musicales et d’ouverture en direction de publics variés.

Keith Jarrett sort « Live in Budapest »

Keith Jarrett sort « Live in Budapest »

A 75 ans, le pianiste Keith Jarrett sort un opus inédit intitulé « Live in Budapest ». Publié chez ECM, ce double album restitue la teneur d’un récital capté en 2016 au Béla Bartók National Concert Hall lors d’un récital donné dans la capitale hongroise. Une plongée dans le monde unique de Keith Jarrett devenu le maître absolu de l’improvisation en piano solo.

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« Kissed by the mist » par Giorgio Alessani

« Kissed by the mist » par Giorgio Alessani

La voix embrumée de Giorgio Alessani swingue avec aisance sur les dix pistes de « Kissed by the Mist ». Une section rythmique et une section de cuivres issues de la scène jazz française actuelle, un orchestre symphonique… et le tour est joué, un nouveau crooner est né. Sans s’aventurer ni dans les aigus ni dans les graves, le chanteur façonne le registre médium avec souplesse et sans jamais forcer. Textes, mélodies et arrangements tissent la trame d’un délicieux album où vibrent les émotions.

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Dexter Gordon – « Montmartre 1964 » (Storyville Records)

Dexter Gordon – « Montmartre 1964 » (Storyville Records)

Le 06 novembre 2020, le Label Storyville Records propose « Montmartre 1964 », un album inédit de Dexter Gordon capté en direct en juillet 1964 au Jazzhus Montmartre. Le saxophoniste joue avec le trio composé du contrebassiste Niels-Henning Ørsted Pedersen, du batteur Alex Riel et du pianiste Tete Montoliu. Ce merveilleux opus témoigne de la maîtrise du jeu de ce géant du ténor au lyrisme confondant et à l’expression audacieuse. Un souffle de félicité venu de de l’âge d’or du jazz danois

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« On a Monday Evening », concert inédit de Bill Evans

« On a Monday Evening », concert inédit de Bill Evans

L’univers evansien retrouvé

Le label Concord propose un concert inédit du pianiste américain Bill Evans, enregistré le lundi 15 novembre1976 au Madison Union Theater de l’Université du Wisconsin, en trio avec le bassiste Eddie Gomez et le batteur Eliot Zigmund. « On a Monday Evening », un album précieux.

C’est le 15 novembre 1976 un lundi soir au Théâtre de l’Union de l’Université de Madison du Wisconsin. Bill Evans est au piano, Eddie Gomez tient la contrebasse et Elliot Zigmund la batterie. Le concert est brillant … en tout cas c’est ce que l’on ressent quarante et unes années plus tard à l’écoute de cet album inédit, « On a Monday Evening » (Concord/Universal).

Certes depuis le décès de Bill Evans en 1980, sa discographie impressionnante ne cesse de s’épaissir s’enrichissant d’inédits en provenance des Etats-Unis, du Japon ou d’Europe mais tous les albums ne présentent pas un intérêt essentiel. Récemment on a eu l’occasion d’écouter « The Bill Evans Album » (Columbia/Sony) une réédition d’une session enregistrée en 1971 avec le même Eddie Gomez à la contrebasse et Marty Morell à la batterie. Le propos n’est pas enthousiasmant même si tous les titres enregistrés sont très bien interprétés (uniquement des compositions du pianiste). Pas de réelle magie. Ce n’est pas le cas pour ce qui concerne « On a Monday Evening » jamais publié, ni même piraté et enregistré live avec l’un des meilleurs trios de la fin de carrière de Bill Evans.

Après avoir interviewé Bill Evans pour la station de radio du College, Larry Goldberg et James Fraber parviennent à utiliser l’appareil de contrôle de la station et enregistrent le concert qu’ils conservent précieusement pour la postérité. Remastérisé à partir des bandes analogiques originales via l’utilisation des techniques les plus récentes de restauration, les enregistrements proposés sur « On A Monday Evening » présentent un excellent concert de jazz donné un certain 15 novembre 1976 par un Bill Evans au sommet de son art.

En effet, la musique du trio de Bill Evans entouré du bassiste Eddie Gomez et du batteur Eliot Zigmund témoigne de la force de l’art evansien à un moment charnière de sa carrière. Il s’agit d’un concert tonique un peu différent de ces moments introspectifs que le pianiste avait coutume d’offrir aux spectateurs. Comme à son habitude, le pianiste interprète des morceaux qui lui sont familiers. Huit titres dont trois de ses compositions personnelles, Sugar Plum, T.T.T. (Twelve Tone Tune), Time Remembered et des standards qu’il ré-interprète inlassablement tout au long de sa carrière comme, All of You ou  Someday My Prince Will Come.

« On a Monday Evening ». La qualité sonore est remarquable et sans les applaudissements, on oublierait presque qu’il s’agit d’une prise live.  La performance musicale du trio est éclatante de bout en bout. On constate combien chacun des musiciens s’exprime librement au sein de ce trio. On retrouve les subtilités mélodiques, le discours harmonique très développé du pianiste et son jeu quasiment polyphonique. Il ne s’agit pas du Bill Evans méditatif et introspectif qu’il nous est souvent donné d’écouter mais d’un Bill Evans au jeu intense, lyrique, souple mais toujours subtil et raffiné.

Un titre du répertoire allège la dimension tonique de l’album. Il s’agit du magnifique morceau Minha (All Mine) que Bill Evans interprète avec une grâce rare, comme en apesanteur. La contrebasse et la batterie servent avec délicatesse et légèreté le propos du pianiste. Bill Evans joue rubato comme les pianistes romantiques le font. Le climat devient impressionniste. Un délicieux moment de rêverie.

A l’écoute de l’album « On a Monday Evening » on perçoit aussi une des caractéristiques introduites par Bill Evans dans le jeu du trio. Celui qui consiste à favoriser l’expression de chacun des musiciens, ce qu’on nomme l’interplay ou jeu interactif. Si la profondeur harmonique de l’accompagnement d’Eddie Gomez est indéniablement perceptible on apprécie surtout de pouvoir écouter ses brillants chorus à l’archet sur All of You par exemple et ses improvisations volubiles, rapides et très déliées sur le manche de la contrebasse lors de ses échanges soutenus avec le pianiste comme sur T.T.T. Le batteur Zigmund Eliot vient tout juste d’intégrer le trio de Bill Evans et restera avec lui jusqu’en 1979. Son accompagnement subtil cède le pas à des frappes pêchues et inspirées dès qu’il lui est donné d’intervenir lors des échanges 4/4 ou des improvisations.

Cet album « On a Monday Evening » (Concord/Universal) vient enrichir l’héritage discographique de Bill Evans, ce pianiste devenu une référence, un modèle pour des générations de pianistes, celui qui possède l’art de sublimer la mélodie, celui qui a « créé » une esthétique particulière et a renouvelé l’art du trio. Bill Evans a en effet sorti la batterie et la contrebasse de leur rôle d’accompagnateur et a ainsi renouvelé la formule du trio jazz moderne piano/contrebasse/batterie.

Keith Jarrett sort « Live in Budapest »

Keith Jarrett sort « Live in Budapest »

A 75 ans, le pianiste Keith Jarrett sort un opus inédit intitulé « Live in Budapest ». Publié chez ECM, ce double album restitue la teneur d’un récital capté en 2016 au Béla Bartók National Concert Hall lors d’un récital donné dans la capitale hongroise. Une plongée dans le monde unique de Keith Jarrett devenu le maître absolu de l’improvisation en piano solo.

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« Kissed by the mist » par Giorgio Alessani

« Kissed by the mist » par Giorgio Alessani

La voix embrumée de Giorgio Alessani swingue avec aisance sur les dix pistes de « Kissed by the Mist ». Une section rythmique et une section de cuivres issues de la scène jazz française actuelle, un orchestre symphonique… et le tour est joué, un nouveau crooner est né. Sans s’aventurer ni dans les aigus ni dans les graves, le chanteur façonne le registre médium avec souplesse et sans jamais forcer. Textes, mélodies et arrangements tissent la trame d’un délicieux album où vibrent les émotions.

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Dexter Gordon – « Montmartre 1964 » (Storyville Records)

Dexter Gordon – « Montmartre 1964 » (Storyville Records)

Le 06 novembre 2020, le Label Storyville Records propose « Montmartre 1964 », un album inédit de Dexter Gordon capté en direct en juillet 1964 au Jazzhus Montmartre. Le saxophoniste joue avec le trio composé du contrebassiste Niels-Henning Ørsted Pedersen, du batteur Alex Riel et du pianiste Tete Montoliu. Ce merveilleux opus témoigne de la maîtrise du jeu de ce géant du ténor au lyrisme confondant et à l’expression audacieuse. Un souffle de félicité venu de de l’âge d’or du jazz danois

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Bill Evans – « Mini Mémo »

Intense et subtil, lyrique et raffiné, méditatif et poignant

Williams, John, Bill Evans

16/08/1929 à Plainfield, New Jersey-USA - 15/09/1980 à New-York-USA

Pianiste et compositeur de jazz, Bill Evans représente toujours une référence majeure dans l’art du piano qu’il a transformé. Créateur d’une esthétique singulière qui sublime la mélodie, il pratique un discours harmonique très développé et emploie dans son jeu des subtilités rythmiques inouïes. Il a aussi bouleversé l’art du trio piano-contrebasse-batterie. Après lui, la contrebasse et la batterie sont élevées en place de solistes et ont toute latitude à dialoguer avec le piano.

Né dans une famille mélomane, le jeune Bill Evans commence l’apprentissage du piano à l’âge de 6 ans après s’être essayé au violon et la flûte. Il s’intéresse au jazz à travers les musiques de Nat King Cole puis Bud Powell et Lenny Tristano. Après avoir obtenu en 1950 son diplôme de fin d’études au Southern Louisiana College d’Hammond, il est engagé dans l’orchestre du saxophoniste Herbie Fields avant d’être mobilisé durant trois ans dans l’armée. Après sa démobilisation en 1954, il poursuit sa carrière de jazzman et travaille au sein de divers orchestres de danse et de petits clubs de New-York jusqu’en 1955 où il est repéré et engagé par George Russell avec qui il enregistre. Il travaille aussi avec Tony Scott.

En 1956 il constitue son premier trio avec Teddy Kotick (contrebasse) et Paul Motian (batterie) et réalise son premier disque en tant que leader, « New Jazz Conceptions » (Riverside) où apparaît déjà son identité harmonique. Il commence à être sollicité par les jazzmen et travaille avec Tony Scott, Helen Merrill ou Charles Mingus où le trompettiste et compositeur Miles Davis le remarque et fait appel à lui.

En 1958 il fait partie du sextet régulier de Miles Davis, entre avec lui en studio et participe à l’enregistrement de « Basic Miles » puis du fameux album « Kind df Blue » en 1959. Il continue de travailler en sideman jusqu’en 1963 auprès de nombreux leaders comme le saxophoniste Cannonball Adderley, le batteur Philly Joe Jones, le trompettiste Chet Baker, le saxophoniste Lee Konitz et même avec Michel Legrand.

En 1959, c’est la naissance du trio mythique avec Paul Motian et le jeune contrebassiste Scott LaFaro. Dans ce trio il commence aussi à forger son esthétique. C’est aussi au sein de ce trio que se développe ce qui va caractériser la nouvelle dynamique du trio piano-contrebasse-batterie induite par Bill Evans et qui se nomme l’interplay. Cela authentifie un nouveau statut à la batterie et à la contrebasse qui quittent leur statut d’accompagnateurs et deviennent des solistes à part entière. Ainsi les trois instruments, piano, contrebasse, batterie, échangent de façon « démocratique » et les morceaux donnent lieu à des échanges stimulants. Des enregistrements fameux témoignent de l’entente qui règne entre ces trois musiciens.

En 1961, Scott LaFaro décède dans un accident de la route ce qui va affecter Bill Evans. Aux côtés du pianiste vont se succéder plusieurs contrebassistes mais il parvient à retrouver une belle entente avec Chuck Israels et Paul Motian toujours présent. ce dernier le quitte en 1964 à la suite de quoi plusieurs batteurs se succéderont auprès de Bill Evans dont Larry Bunker, Arnold Wise, Philly Lee Jones et Jack DeJohnette.C’est la période durant laquelle le pianiste questionne la formule du trio jusqu’au départ de Chuck Israels en 1966.

Il faut attendre que les routes du pianiste croisent celles du contrebassiste Eddie Gomez (en 1966) et du batteur Marty Morell (1968) pour que Bill Evans reconstitue un autre trio avec lequel il va tourner de 1968 à 1974. De 1975 à 1979 c’est Eliot Zigmund qui prend place derrière les fûts. En 1979, Bill Evans constitue son dernier trio régulier avec le contrebassiste Marc Johnson et le batteur Joe Labarbera. Avec eux point d’enregistrement en studio mais des live fabuleux dont beaucoup sortiront après sa mort qui survient en le 15 septembre 1980.

Toujours en quête de perfection, Bill Evans a exploré les même thèmes tout au long de sa vie jusqu’à sublimer littéralement les mélodies de ses propres compositions ou des standards choisis. Bill Evans a particulièrement apprécié les rythmes à trois temps (comme en témoigne sa fameuse Waltz for Debbie) qui convient tout à fait à son phrasé où alternent retenue et dynamique.

Chez Bill Evans la main gauche déchargée de son rôle rythmique lui permet de développer un discours harmonique extrême par le biais de renversements d’accords. Il s’exprime en de longues phrases limpides où il pratique l’art de la nuance. Il conserve en effet un jeu tout en pondération quel que soit le tempo et la force de son jeu, son toucher conserve la douceur même dans les forte. Bill Evans est coutumier de subtilités rythmiques qui restituent les effets du fameux rubato des pianistes romantiques chez qui le changement de tempo insuffle tant de sensibilité à la musique.

L’art unique de Bill Evans continue à inspirer les pianistes et on ne se lasse pas d’écouter sa musique qui demeure d’une modernité étonnante.

Une sélection de nos disques préférés

  • « Bill Evans Trio - Portrait In Jazz » (Riverside), 1959, avec Scott LaFaro et Paul Motian
  • « Sunday at the Village Vanguard » (Riverside), 1961, avec Scott LaFaro et Paul Motian
  • « The Bill Evans Trio - Moon Beams » (Riverside), 1962, avec Chuck Israels et Paul Motian
  • « Alone » (Verve), 1968, Bill Evans piano solo
  • « On a Monday Evening » (Concord), 1976, sorti en 2017, avec Eddie Gomez  et Eliot Zigmund
  • « Affinity » (Warner Bross Records), 1978, avec M. Johnson, E. Zigmund, T Thielemans et L. Schneider
  • « His Las Concert in Germany » (West Wind Records), 1980, sorti en 1980, avec M. Johnson et J. La Barbera

Références de lecture

  • Bill Evans, Alain Gerber, Éditions Fayard, 2001, 360p. Préface de Pierre Bouteiller
  • Bill Evans - Portrait de l’artiste au piano, Enrico Pieranunzi, 2014, 157p, Éditions Rouge Profond
Keith Jarrett sort « Live in Budapest »

Keith Jarrett sort « Live in Budapest »

A 75 ans, le pianiste Keith Jarrett sort un opus inédit intitulé « Live in Budapest ». Publié chez ECM, ce double album restitue la teneur d’un récital capté en 2016 au Béla Bartók National Concert Hall lors d’un récital donné dans la capitale hongroise. Une plongée dans le monde unique de Keith Jarrett devenu le maître absolu de l’improvisation en piano solo.

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« Kissed by the mist » par Giorgio Alessani

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Dexter Gordon – « Montmartre 1964 » (Storyville Records)

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Le 06 novembre 2020, le Label Storyville Records propose « Montmartre 1964 », un album inédit de Dexter Gordon capté en direct en juillet 1964 au Jazzhus Montmartre. Le saxophoniste joue avec le trio composé du contrebassiste Niels-Henning Ørsted Pedersen, du batteur Alex Riel et du pianiste Tete Montoliu. Ce merveilleux opus témoigne de la maîtrise du jeu de ce géant du ténor au lyrisme confondant et à l’expression audacieuse. Un souffle de félicité venu de de l’âge d’or du jazz danois

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