Trois ans après son premier album « Dream Jobim », la saxophoniste Virginie Daïdé poursuit son voyage musical avec « Moods ». Malgré sa pochette en noir et blanc, l’album ne manque de couleurs, celles des émotions qu’elle célèbre en quartet. Neuf tableaux, neuf ambiances, neuf humeurs, la vie en quelque sorte.
Coup de cœur… pour Magic Malik & Jazz Association
Retour aux sources en libr’impro
A la tête d’un quintet virtuose, le flûtiste Malik Mezzadri enregistre pour la première fois un répertoire de grands standards de jazz. Avec humour et panache, Magic Malik & Jazz Association reviennent aux sources avec une grande liberté et rendent hommage à de grandes figures du jazz, toutes époques confondues. Fantaisie et rigueur font bon ménage avec l’improvisation, valeur fondamentale du jazz.
Avec Jazz Association, Magic Malik propose des reprises de standards sur un album dont la sortie est annoncée en CD, Digital et Vinyle le 24 mai 2019 sous le label jazz&people. Le quintet aligne aux côtés du flutiste, le trompettiste Olivier Laisney, le pianiste Maxime Sanchez, le contrebassiste Damien Varaillon et le batteur Stefano Luccini.
Malik Mezzadri rend ainsi hommage pour la première fois à quelques standards du jazz sur lesquels il pose sa syntaxe si personnelle. Sans redite, il revitalise ces magnifiques morceaux.
Certes l’identité originelle des titres demeure mais la libr’improvisation de Magic Malik et de ses compagnons habillent ces morceaux d’une nouvelle énergie. Les standards deviennent un espace de jeu où les musiciens de Jazz Association s’amusent comme des fous, mais n’est pas cela « jouer jazz » ? On en ressort les oreilles ragaillardies, le visage illuminé et la joie dans l’âme.
Jazz et standards
En leur temps, les auteurs des compositions de jazz que Magic Malik a choisi d’interpréter ont dû lutter dans un monde adverse pour exister, jouer, créer, souvent à contre-courant de la culture dominante, comme ce fut le cas pour Monk, Coltrane, Wayne Shorter et Clifford Brown.
Plusieurs années après, ces compositeurs sont considérés comme des héros, des créateurs sans qui le jazz actuel ne serait pas ce qu’il est devenu. L’étude de leurs œuvres est devenue incontournable dans les lieux d’enseignement officiel.
Objets d’étude, les standards courent le risque de devenir des totems sacralisés, des références quasi intouchables. Cela serait contraire avec le jazz qui, par essence, a pour objet de remettre l’existant sur le métier pour le transformer, le renouveler, le revivifier voire le recréer et donc, pas question pour Magic Malik et ses compagnons de Jazz Association de rejouer les standards en l’état sans n’y rien changer.
Malik Mezzadri aka Magic Malik
Depuis ses débuts, le fltiste Magic Malik, a mené une carrière d’explorateur « nomade dans l’âme », jamais tenté de se sédentariser dans un idiome ou un autre, toujours intéressé par les rencontres souvent porteuses de métissage. Après le groupe « Human Spirit », il a joué aux côtés de Julien Loureau dans le « Groove Gang » puis avec les différentes formules du Magic Malik Orchestra (créé pour la première fois en 1992), ses XP, il a élaboré son propre langage sous-tendu par une approche personnelle de l’improvisation et du langage harmonique, mélodique et rythmique. Dans ce cadre, il a invité Steve Coleman sur un de ses albums et a ensuite rejoint le saxophoniste sur un titre de son album « Five Elements » (Blue Note).
Plus récemment il a mis ses talents d’instrumentiste virtuose formé au classique au service d’une écriture inventive développée au sein de son projet Magic Malik Fanfare XP, une formation créée après avoir rencontré avec Pascal Mabit et Olivier Laisney. Ainsi, avec une quinzaine de musiciens, il élabore une charte de composition musicale permettant d’explorer la composition et l’improvisation.
Par ailleurs le flutiste a aussi fait des escapades hors des frontières du jazz, a collaboré avec M, Camille, Laurent Garnier, Hocus Pocus, Air, a bénéficié d’une résidence d’un an à la Villa Médicis de Rome, a travaillé pour le théâtre, le cinéma et a même composé en 2011 pour le Festival d’art lyrique d’Aix- en-Provence.
Aujourd’hui, Magic Malik regarde dans le rétro en direction de ces standards du jazz dont il s’est nourri à ses débuts. Avec Jazz Association, il opère un retour aux sources, mais il s’agit d’un retour distancié.
Au fil des onze plages
C’est avec humour et vigueur que Jazz Association revitalise Daahoud, la composition de Clifford Brown. Dans un climat teinté d’une esthétique West Coast, la trompette prend un chorus impétueux. Sur un tempo de hard bop, le groupe célèbre ensuite Strode Rode, le fameux thème que Sonny Rollins a gravé en 1956 sur « Saxophone Colossus » en hommage au trompettiste Freddie Webster mort à l’hôtel Strode de Chicago. Le piano nerveux redouble de virtuosité alors que flûte et trompette ponctuent le solo de riffs très brefs. Ça swingue à la folie et le chorus de batterie fait un clin d’œil à Max Roach.
Après une intro magistrale de la contrebasse, c’est le chant jubilatoire et extravagant de Magic Malik qui expose le thème de Fee-Fi-Fo-Fum composé et joué par Wayne Shorter sur l’album « Speak No Evil » de 1967. Le piano enchaine avec un chorus brillantissime qui s’inscrit dans la grande tradition du jazz. Cinq sublimes minutes de musique.
C’est ensuite sur un tempo sautillant et nonchalant, moins rapide que celui de l’original, que Magic Malik et ses compères interprètent Straight Street de John Coltrane. La trompette flirte avec la dissonance, peut-être inspirée en cela par Woody Shaw, alors que la flûte flexible et virtuose inscrit son chorus dans les pas de Dolphy. Le morceau se termine par trente secondes de libr’expression improvisée qui réunit tous les intervenants.
Magic Malik entonne My Ship simplement accompagné par le jeu ciselé du piano, il poursuit la ballade à la flûte rejoint par la batterie et la contrebasse puis termine dans un registre vocal plus grave Un absolu enchantement que le compositeur Kurt Weil aurait sans doute apprécié. Sur la plage suivante, flûte et trompette s’allient à merveille pour exposer Joy Spring, le thème de Clifford Brown enregistré sur « Clifford Brown and Max Roach » (1954) ainsi d’ailleurs que Daahoud. Très libres et inspirés, les soli de flûte et de trompette opèrent une rupture d’esthétique tonique qui stimule le propos de ce standard tant de fois repris.
Deux minutes et trois secondes suffisent ensuite à Magic Malik et Damien Varaillon pour transformer In walked Bud de Thelonious Monk, en un moment dont la magie réside dans l’originalité de l’expression. Juste avec la sonorité tellurique de la contrebasse, les chantonnements, growls et gémissements de la voix et de la flûte captent l’attention. Sur Lost de Wayne Shorter, on retrouve d’abord le climat du thème enregistré en 1965 par son compositeur sur l’album « The Soothsayer » puis trompette, piano et flûte génèrent une atmosphère évanescente propice à libérer leurs improvisations. Un moment savoureux et créatif.
Après un dialogue ubuesque entre trompette et flûte stimulées par la batterie et les interrogations itératives du piano, il faut attendre les dernières mesures du morceau pour reconnaître le thème Yes or No de Wayne Shorter. Un suspens musical amusant et étonnant.
On se laisse ensuite emporter dans l’univers de Lelola, la seule composition de Magic Malik figurant sur l’album. Après le chant envoutant d’un début étiré, le thème s’envole sur les ailes de la flûte hypnotisante et sur le rythme funambule qu’impulsent contrebasse et batterie. Le piano libère des envolées indisciplinées que la flûte survole avec aplomb et virtuosité avant de retrouver la trompette éloquente qui se confronte à la voix. Un grand moment de libr’impo !
L’album se termine avec You are too Beautiful, la splendide ballade de Rodgers and Hart qui sert d’écrin à la trompette au phrasé audacieux. Après un chorus lumineux du piano, le chant subtil de la flute virevolte avec légèreté.
Avec ses propres codes, Magic Malik apporte un regard très personnel sur quelques standards dont il respecte l’essence traditionnelle mais auxquels des improvisations audacieuses et très libres apportent une fraîcheur revigorante. Point d’académisme chez les musiciens du quintet Jazz Association. A sa manière, Magic Malik croise les fils du passé avec ceux du présent et tisse un jazz porteur de renouvellement. Un opus qui revisite un répertoire issu du Real Book avec maîtrise et liberté, un groove d’enfer et une originalité loin de tout clonage. A écouter sans modération !
Pour retrouver Magic Malik & Jazz Association en concert, plusieurs RV se profilent. Le 31 mai 2019 à 23h et 0h30 dans les Caves des Unelles au festival « Jazz sous les pommiers » à Coutances puis le 17 juillet 2019 au Festival Radio France à Montpellier. Sans oublier le 11 juin 2019 à partir de 20h30 au Studio de l’Ermitage à Paris. A l’occasion de la troisième édition de la soirée MoneyJungle de jazz&people, le label de jazz participatif français propose un double plateau avec le flûtiste Magic Malik & Jazz Association précédés en première partie par le groupe Awake qui présente la musique de son album « Aubes et Crépuscules » sorti en février 2019.
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