Deux ans après « Zapateo Suite », le guitariste, chanteur et percussionniste Joel Hierrezuelo revient avec « Así de simple ». A la tête d’un quartet d’exception qui réunit Pierre de Bethman, Felipe Cabrera et Lukmil Perez, il dessine les contours d’un univers élaboré et très personnel. Entre mélopées envoutantes et chant spirituel mélancolique, le projet embarque l’oreille dans des suites musicales colorées. A l’en croire…. C’est aussi simple que ça !
« Hà Nội Duo » par Nguyên Lê et Ngô Hồng Quang
La grâce et le chant des oiseaux entre nuages et rizières…
Le nouvel album du guitariste Nguyên Lê, « Hà Nội Duo », est annoncé pour le 13 janvier 2017. Réalisé avec le multi instrumentiste vietnamien Ngô Hồng Quang, l’opus réjouit autant qu’il fascine. Les deux artistes modernisent la musique vietnamienne et dessinent des espaces sonores dépaysants.
« Hà Nội Duo » est le seizième album du guitariste Nguyên Lê. Né de la rencontre avec le musicien traditionnel Ngo Hong Quang, cet opus se veut « le messager des racines et du futur de la musique Vietnamienne ».
Sur « Hà Nội Duo » (ACT/PIAS), Nguyên Lê et Ngô Hồng Quang s’immergent dans les racines de la musique vietnamienne. Ngô Hồng Quang chante et s’exprime sur de nombreux instruments traditionnels vietnamiens. Entourés du trompettiste sarde Paolo Fresu, de la Japonaise Mieko Miyasaki au koto, d’Alex Tran au cajon et du percussionniste indien Prabhu Edouard, les deux musiciens explorent la tradition vietnamienne qui en ressort modernisée.
Les inspirations de l’album « Hà Nội Duo » plongent autant dans le jazz que dans la musique vietnamienne, le blues, les musiques africaines et les accents de l’Inde. Toutes ces influences fusionnent pour esquisser des paysages musicaux éthérés ou vigoureux aux couleurs douces ou tranchées. Le temps hésite entre hier et aujourd’hui et la musique navigue avec grâce entre nuages et rizières.
« Hà Nội Duo ». Dix paysages sonores. Trois compositions de Ngô Hồng Quang et trois autres de Nguyên Lê. Le guitariste a par ailleurs conçu les arrangements de six des titres de l’album.
Malgré leurs différences, de sérieux points communs existent entre Ngô Hồng Quang, musicien traditionnel du Vietnam d’aujourd’hui et Nguyên Lê, guitariste de jazz moderne, inventif et toujours ancré dans sa culture d’origine, celle du Vietnam. L’album qu’ils ont réalisé ensemble montre la diversité de la musique vietnamienne d’aujourd’hui qui demeure malgré tout au plus près de l’âme du pays et de sa tradition.
Après l’écoute de l’album « Hà Nội Duo » on se souvient des premiers opus de Nguyên Lê déjà enregistrés chez ACT, « Tales From Viet-Nam » (1996), Moon & Wind » (1999), « Dragonfly » (2001), « Mangustao » (2004) ou « Fragile Beauty » (2007). On réalise que le propos était autre. Le guitariste collaborait alors avec la chanteuse Huong Thanh et les chants traditionnels étaient en quelque sorte réécrits pour les oreilles des occidentaux. A contrario aujourd’hui, le guitariste et son nouveau compagnon créent « des compositions originales, personnelle, écrites d’une manière qui prolonge (leur) héritage musical » (dixit Nguyên Lê).
Malgré cet ancrage dans la tradition, les deux musiciens demeurent perméables aux influences des autres mondes musicaux qu’ils côtoient. En témoignent les arrangements que Nguyên Lê propose sur les musiques traditionnelles comme A Night With You, Gone auquels Paolo Fresu et Mieko Miyasaki apportent une contribution inspirée ou Beggar’s Love Song que le guitariste et Ngô Hồng Quang interprètent en duo. Ce morceau du XIVème siècle évoque l’errance des mendiants aveugles et sonne aujourd’hui sonne comme un blues nord-américain.
On a été surpris et envoûtés par l’orchestration rythmique indienne de Chiec Khan Piêu écrit par Doãn Nho dans les années 70. Le morceau est arrangé sur un rythme à 5 temps alors que la musique vietnamienne est en général jouée sur des rythmes à 2 ou 4 temps. Prabhu Edouard a conçu les arrangements rythmiques indiens qui ponctuent ce morceau. La guitare de Nguyên Lê donne là toute sa verve. La trompette brode une mélodie aérienne et la voix de Ngô Hồng Quang inscrit sa trace avec une aisance toute naturelle.
On a vibré à l’écoute du titre Monkey Queen écrit par Nguyên Lê. Sa guitare converse avec les instruments traditionnels de Ngô Hồng Quang dont la voix s’élève ensuite et phrase comme s’il s’agissait d’un air traditionnel.
On se réjouit vraiment de la sortie du nouvel album de Nguyên Lê qui continue à développer son concept d’une « Asie sans frontières » avec beaucoup de réussite.
Une belle perspective se dessine pour vivre en concert la musique de Nguyen Lê et Ngô Hồng Quang. Les deux musiciens vont se produire en concert le 6 mars 2017 au New Morning à Paris, avec en invités Paolo Fresu à la trompette, Prabhu Edouard aux tablas, Mieko Miyazaki au koto, Alex Tran aux percussions et Hao Nhien Pham à la flûte, au luth et au chant. Une occasion rêvée pour s’immerger dans les paysages sonores évocateurs d’un Vietnam aux couleurs nouvelles.
En attendant d’écouter l’album ou le concert, un détour sur le site de Nguyen Lê permet de mieux connaître ce compositeur, guitariste, arrangeur et producteur aux talents multiples.
Joel Hierrezuelo revient avec « Así de simple »
On se mobilise autour des albums à sortir…
Dans les circonstances exceptionnelles actuelles et au regard des décisions sanitaires prises par le gouvernement en raison de la pandémie du Covid-19… confinement obligé. Toutes les activités du spectacle vivant sont donc suspendues pour un délai dont on ignore encore la (réelle) durée.
Pas question d’en discuter la nécessité mais impossible de ne pas se poser des questions quant au devenir des artistes et de ceux qui les entourent et contribuent à soutenir leur travail. On se mobilise donc autour de ces projets discographiques dont la sortie coïncide avec cette période. Sur « Latins de Jazz », on en parle, on les écoute pour les rendre visibles et audibles en attendant de retrouver les artistes live sur scène après la tempête Covid-19.
Nuits de Fourvière 2020 – La programmation
L’édition des Nuits de Fourvière 2020 propose un programme ambitieux. 60 jours, 6 créations, 4 coproductions, 6 premières françaises. Ainsi du 02 juin au 31 juillet 2020, le festival fait encore une fois vibrer la culture au cœur de la Métropole lyonnaise avec 59 spectacles de théâtre, danse, musique, opéra, cirque et 149 représentations. De quoi combler tous les publics !
Il s’agit d’une nouvelle étape dans l’histoire de l’orchestre Lousadzak mené par le contrebassiste Claude Tchamitchian sur le label Émouvance. Les textes d’Agota Kristof sont adaptés par Christine Roillet qui signe un livret original élaboré postérieurement à la composition musicale. Ce quatrième orchestre de l’aventure Lousadzak, l’Acoustic Lousadzak, interprète neuf mouvements organisés en trois suites écrites par le contrebassiste Claude Tchamitchian.
La jeune chanteuse Camille Bertaud s’est fait connaître sur les réseaux sociaux et a beaucoup fait parler d’elle sur la toile en reprenant les solis des grands maîtres du jazz. Elle a autoproduit et enregistré l’album en 2015 avec le pianiste Olivier Hutman, le contrebassiste Gildas Bosclé et le batteur Antoine Paganotti. Elle a composé et écrit des textes en français sur ses propres thèmes et quelques standards. Le label new-yorkais Sunnyside a distribué l’album le 29 avril 2016 dans le monde entier.
Sorti le 14 octobre, il s’agit du deuxième disque de la chanteuse, pianiste, auteure, compositrice et interprète. Avec un style inclassable elle installe sa musique entre jazz oriental, jazz néoclassique et pop psychédélique. Avec audace elle sculpte des thèmes envoûtants aux couleurs subtiles. Elle s’est entourée de musiciens talentueux, le batteur Dre Pallemaerts, le guitariste David Potaux-Razel, Tosha Vukmirovic à la clarinette, au saxophone et kaval, le tromboniste Matthias Mahler, le contrebassiste Théo Girard et le batteur Fabrice Moreau.
On a depuis longtemps compris que même si elle se tient derrière les fûts de sa batterie, Anne Paceo fait plus qu’en jouer. Sur « Circles » sorti le 22 janvier, le propos est mélodique et élégant. Autour d’elle le cercle de ses compagnons musicaux. Émile Parisien au saxophone soprano, Leila Martial au chant, Tony Paeleman aux claviers et sur quelques plages le saxophoniste ténor Adrien Daoud. Leader efficace et discrète, Anne Paceo élabore une musique rayonnante et pleine de grâce où l’énergie et le silence coexistent
Lors d’un voyage aux États-Unis, sous le ciel de la Nouvelle-Orléans, la chanteuse Marion Rampal a façonné des chansons qui s’alimentent dans le bleu des bayous. Entourée d’Anne Paceo à la batterie et Pierre-François Blanchard au Rhodes, la chanteuse célèbre le blues et s’exprime entre tradition et invention. Sorti le 09 décembre, le disque impressionne. Éprise de liberté, la chanteuse flirte avec le silence pour mieux ensuite pleurer sa peine. Ses improvisations sont quelquefois saisissantes.
Nourrie de son expérience à l’ONJ durant 5 ans, la pianiste Eve Risser dirige les neuf musiciens de son White Desert Orchestra comme un piano sur cet album sorti le 11 novembre. Fascinée par la nature et les grands espaces, elle en restitue la puissance. Avec fougue l’orchestre bouillonne et saisit les moments d’improvisation pour construire la bande-son d’un film dont les images restent à imaginer. On se prend à parcourir les canyons et à guetter le souffle du vent. Les orchestrations sont très libres et la musique organique.
Cet album est le second chapitre d’un projet que le pianiste Yonathan Avishai a nommé « Modern Times ». Avec « The Parade », c’est toute la musique de la Caraïbe, de la Nouvelle-Orléans qui résonne. Le jazz des origines prend du relief, de la profondeur même. Quelquefois théâtralisée la musique invite le silence dans son histoire. Le blues et le swing sont de la partie et le pianiste excelle à créer une musique poétique et très personnelle. Autour du pianiste, l’album sorti le 18 novembre réunit César Poirier (saxophone alto et clarinette), Yoni Zelnik (contrebasse), Donald Kontomanou (batterie) et Inor Sotolongo aux percussions.
En quartet, le clarinettiste Marc Boutillot propose une musique sensible et raffinée sur cet album sorti le 21 octobre. Autour de lui sont réunis Léonida Fava à la guitare, Philippe Monge à la contrebasse et Julien Augier à la batterie. Les atmosphères nuancées ne manquent pas de swing et savent surprendre. Le propos parfois minimaliste est toujours très soigné. La musique invite à un voyage initiatique sur les voiles d’une nuit qu’elle éclaire.
Le pianiste n’en est pas à son premier essai dans l’univers du jazz où il officie depuis de nombreuses années. Dans cet opus il célèbre Woody Allen à qui il voue une grande admiration. Dans cet album sorti le 23 septembre il interprète les musiques des films « Manhattan » et « Everyone Says ‘I Love You » où figurent principalement des pièces de Gershwin. Le pianiste brille par ses talents d’arrangeur aidé en cela par les orchestrations peaufinées de Jon Boutellier. On retrouve à ses côtés Fabien Mary à la trompette, Bastien Ballaz au trombone, Clovis Nicolas à la contrebasse, Pete van Nostrand à la batterie et aux saxophones Dimitry Baevsky, David Sauzay et Xavier Richardeau.
Le 01 décembre est sorti le troisième album de ce groupe qui agite la scène du jazz depuis 2010. Imperial Quartet invente de nouvelles colorations orchestrales. Les saxophonistes Gérald Chevillon et Damien Sabatier mêlent leurs souffles à la rythmique échevelée portée par Joachim Florent (basse électrique) et Antonin Laymarie (batterie et percussions). La prise de risque est grande mais maîtrisée. Richesse harmonique, mélodies aériennes et envolées lyriques se combinent à une énergie époustouflante qui confine parfois à la transe. La puissance du rock et la folie du free jazz affleurent. La créativité existe à chaque instant. L’esprit de carnaval résulte des croisements que les musiciens opèrent entre éthiojazz, afrobeat, fanfares militaires, musique classique et accents balkaniques.
Cet album fait partie du « Soriana Project », un ensemble d’œuvres musicales que le compositeur et saxophoniste Basel Rajoub a conçu en hommage à sa Syrie natale, « Soriana ». Sorti le 13 mai, cet album est le troisième de cet artiste qui illumine son jazz avec la lumière de l’Orient. Le saxophoniste joue aussi du duclar, un instrument en bois qui ne possède qu’une octave. Le titre de l’album est la traduction littérale du nom de sa femme, Maika Fairouz. Basel Rajoub s’est entouré de Kenan Adnawi (oud), Andrea Piccioni (percussions), Feras Charestan (qanum) et Lynn Adib (chant). On se laisse envoûter par les notes hypnotiques qui savent convoquer le silence pour mieux le rompre.


Ainsi sur le disque on peut écouter quatre titres enregistrés le 25 juin 1958 avec un onztet où l’on retrouve entre autres musiciens aux côtés de Miles Davis, l’altiste Phil Woods, le pianiste Bill Evans et le contrebassiste Paul Chambers. Du beau monde qui interprète Jitterburg Waltz, Round Midnight, Wild Man Blues et Django sur des arrangement et sous la direction de Michel Legrand.
