La tournĂ©e en France et en Suisse de la chanteuse et auteure-compositrice AimĂ©e Allen constitue une belle occasion pour dĂ©couvrir cette artiste amĂ©ricaine. Son album « Wings Uncaged » annoncĂ© en France pour le 20 mars 2020 permet dâapprĂ©cier sa voix chaleureuse et chargĂ©e de groove.
« Sfumato », Emile Parisien Quintet avec Joachim KĂŒhn
L’Ă©lĂ©gance furieuse de « Sfumato »
« Sfumato », le dernier album en quintet du saxophoniste Émile Parisien poursuit une aventure commencée en 2015 à « Jazz in Marciac ». Le pianiste allemand Joachim Kühn apporte son expérience et son talent. Énergie et liberté font bon ménage.
L’album « Sfumato » (ACT/[PIAS]) annoncé pour le 07 octobre résulte d’une aventure musicale initiée en 2015 lors d’une carte blanche proposée au saxophoniste Émile Parisien par le festival « Jazz in Marciac ».
Après avoir joué avec Daniel Humair et Michel Portal, rien d’étonnant à ce qu’Émile Parisien se soit rapproché du légendaire pianiste Joachim Kühn qui, avec les deux premiers cités, a contribué à l’émergence d’un jazz européen. Ainsi le nouveau projet d’Émile Parisien en quintet réunit Joachim Kühn au piano, Manu Codjia à la guitare, Simon Taillieu à la contrebasse et Mario Costa à la batterie. Deux invités prestigieux, le clarinettiste Michel Portal et l’accordéoniste Vincent Peirani, rejoignent le quintet sur trois plages de l’album.
« Sfumato », le jazz libre et créatif d’un quintet intergénérationnel. Les années de différence qui séparent le pianiste de ses jeunes partenaires ne font pas obstacle à leur entente car une même philosophie musicale les unit. Créer une musique instantanée construite en symbiose où improvisation et énergie s’allient pour créer des climats émotionnels variés.
Ouvert sur toute les cultures et les genres musicaux Émile Parisien est un artiste multi-récompensé, désigné « Artiste de l’année » par le Prix Django Rheinhardt en 2012, distingué aux » Victoires du Jazz » à deux occasions, (2009 et 2014), nommé « Artiste Spedidam ». Sa large vision musicale lui a permis de se produire en en quartet, en duo, avec Yaron Herman, Vincent Peirani, Michel Portal et Daniel Humair. Il a aussi prêté ses services à Stéphane Kerecki, Anne Paceo et bien d’autres. Émile Parisien est un des représentants de la jeune scène européenne actuelle du jazz contemporain comme jadis le fut Joachim Kühn.
C’est en effet au sein du trio Kühn/Jenny-Clark/Humair que le pianiste a contribué à dessiner un jazz européen créatif. Dans cette même dynamique de jazz libre, Joachim Kühn a aussi joué avec Ornette Coleman, Archie Shepp ou Pharoah Sanders. C’est donc son talent et sa riche expérience que le pianiste apporte au quartet d’Émile Parisien. Ainsi, Joachim Kühn, par son jeu qui allie classicisme et modernisme vient tempérer la virtuosité étincelante d’Émile Parisien. Dans Duet for Daniel Humair les deux solistes rivalisent de liberté et construisent un discours moderne et nuancé proche de la musique contemporaine.
Émile Parisien vit le jazz tant avec son esprit qu’avec son corps. S’il s’agite sur scène et peut dérouter certains spectateurs par ses mouvements anarchiques, le saxophoniste produit une musique au swing indubitable. Le voir s’agiter et grimacer sur scène fait souvent oublier que sa musique coule avec une fluidité toute naturelle. Cela devient une évidence à l’écoute de « Sfumato ». En effet a contrario de ses postures corporelles ou de ses mimiques faciales, le flow du saxophoniste respire. Même sur les tempi rapides une musique précise coule du saxophone soprano en fusion.
Les musiciens s’amusent et content des histoires. Le Clown Tueur de la fête foraine narré en trois parties et les deux épisodes de Balladibiza. Les invités, Michel Portal et Vincent Peirani, ne sont pas en reste sur les trois titres où ils interviennent. Ils participent à la tonalité alternativement sombre et lumineuse de l’album.
Tous les instrumentistes du groupe jouent à part égale. La virtuosité éblouissante d’Émile Parisien. Le jeu lyrique de Joachim Kühn. La guitare réverbérée et écorchée de Manu Codjia. Le groove tellurique de Mario Costa et Simon Tailleu qui soutiennent avec brio l’expression des solistes. On a particulièrement été sensible aux deux compositions de Joachim Kühn qui mettent en valeur l’alchimie du groupe. Arôme de l’Air tonique et enlevé et Brainmachine plus sombre et torturé.
Des plages de l’album se dégage un flou artistique. Difficile en fait de définir le climat global du disque qui navigue dans des atmosphères aux couleurs changeantes. N’est-ce pas ce qu’annonce le titre de l’album en faisant référence à une technique de peinture, le sfumato qu’employaient les artistes de la Renaissance pour flouter la réalité ?
Comme si la virtuosité des musiciens dissimulait la réalité de la musique pour mieux la révéler. « Sfumato », un album où les artistes suggèrent la musique et la mettent en perspective. Un jazz d’une liberté tout à fait contrôlée et d’une grande vitalité où alternent écriture et séquences d’improvisation.
Aimée Allen en tournée en France et Suisse
Le retour de « Shabaka & The Ancestors »
« Shabaka & The Ancestors » annoncent la sortie de « We Are Sent Here By History ». EnregistrĂ© sur 2 ans, entre Cape Town et Johannesburg, ce deuxiĂšme album du groupe rĂ©unit le saxophoniste londonien Shabaka Hutchings et ses musiciens de jazz sud-africains. L’opus rĂ©sonne comme une rĂ©flexion musicale sur la condition humaine en pleine agonie. Un poĂšme sonore comme une mĂ©ditation plutĂŽt sombre sur l’avenir de l’homme. Une mise en garde… sauve qui peut & espĂšre qui veut !
Le pianiste McCoy Tyner est mort
Le pianiste McCoy Tyner est dĂ©cĂ©dĂ© le 06 mars 2020 Ă lâĂąge de 81 ans. Avec lui sâĂ©teint le dernier membre du quartet de Coltrane dans lequel il a jouĂ© de 1960 Ă 1965. Son hĂ©ritage a rĂ©volutionnĂ© lâart du piano jazz moderne. AprĂšs une riche carriĂšre de leader, il laisse le souvenir dâun musicien lumineux et discret dont le jeu unique et reconnaissable demeure une rĂ©fĂ©rence essentielle du jazz moderne.
La venue d’une nouvelle artiste attire d’autant plus l’attention qu’elle revendique l’influence de grandes chanteuse de jazz. En effet, Kandace Springs, pianiste, chanteuse et songwriter de 27 ans installĂ©e Ă Nashville revendique clairement lâinfluence dâartistes de jazz telles que Billie Holiday, Ella Fitzgerald, Nina Simone, Roberta Flack et Norah Jones.

L’album « Les NĂ©buleuses » (jazz&people/Harmonia Mundi) est sorti le 23 septembre sous le label de jazz participatif français jazz&people. Il s’agit du nouveau projet du flutiste, compositeur et arrangeur Christophe Dal Sasso inspirĂ© cette fois par le phĂ©nomĂšne astronomique des nĂ©buleuses. C’est le mĂȘme label participatif qui avait soutenu le prĂ©cĂ©dent projet de Christophe Dal Sasso et Lionel Belmondo « John Coltrane : A Love Supreme » paru en 2014. Dave Liebman avait alors apportĂ© sa participation lors de concerts inoubliables.
« 1time ». Comment Ă©noncer et comprendre le titre de l’album ? « Intime » ou « One time » ? Libre Ă chacun. En tout cas on ne peut l’Ă©couter one time seulement car cet opus est comme un piĂšge. On vient vite Ă l’Ă©couter plus encore pour en dĂ©couvrir tous les sens, pour en explorer tous les rythmes et pĂ©nĂ©trer dans le monde d’AndrĂ© Minvielle.
Dans le morceau Présentation, André Minvielle teste la nouvelle compagne de son intime, la main-vielle à roue fabriquée sur mesure par Jacques Grandchamp pour accompagner son chant. Dans cet album, il choisit de convier une bande de musiciens complices.
Sur Nino, AndrĂ© Minvielle convoque « Journal Intime » et « Ti’bal Tribal » composĂ© de sa fille cadette Juliette Minvielle voix/piano, du saxophoniste Illyes Ferfera et du bassiste Fernand « Nino Ferrer pour un rythm’ & blues funky comme une ode Ă St Cop. La pulsation du morceau n’a rien Ă envier aux meilleurs orchestres de funk.
AprĂšs avoir explosĂ© les conventions du jazz avec « The Electric Epic » qui lui avait valu d’ĂȘtre remarquĂ© par John Zorn et d’enregistrer en 2009 sous le label Tzadic, Guillaume Perret a contribuĂ© Ă rĂ©volutionner les repĂšres du jazz. Son ouverture d’esprit l’a conduit alors Ă explorer d’autres horizons musicaux et Ă pratiquer une musique hors normes, la fusion de tous les styles qui l’ont influencĂ©. De cela tĂ©moigne l’album « Open me » sorti en 2014.


Guillaume Perret pare deux titres de lumiĂšre et les dĂ©die Ă son fils. Susu, une boucle hypnotique qui n’en finit pas de tourner et En Good aux allures d’un calypso enchanteur que n’aurait pas reniĂ© Sonny Rollins.
Les pieds dans la terre de ses ancĂȘtres et la tĂȘte dans la modernitĂ©, Juan Carmona voue son art au flamenco. Son nouvel album « Perla de Oriente » (Nomades Kultur/L’autre Distribution) est Ă son image, insaisissable et intemporel. Le guitariste inscrit sa musique dans les pas de Paco de Lucia Ă qui il rend d’ailleurs hommage avec cet album.
Ce onziĂšme opus teintĂ© de reflets orientaux restitue le langage tout Ă fait personnel de Juan Carmona, celui qu’on avait aimĂ© dans « Alchemya » et « Sinfonia Flamenca ». Dans ces enregistrements rĂ©alisĂ©s en studio dans les conditions du live, on perçoit la vĂ©racitĂ© de la crĂ©ation spontanĂ©e, les accents de sincĂ©ritĂ© de l’instantanĂ©, la complicitĂ© et la connivence qui lient les musiciens. Autour de Juan Carmona sont rĂ©unis Domingo Patricio aux flĂ»te, pad et claviers, Bandolero aux percussions, El Bachi Ă la basse, Paco Carmona Ă la seconde guitare flamenca. El Piculabe assure le cante traditionnel flamenco et les pieds du danseur Sergio Aranda s’associent aux palmas assurĂ©s par Huanares alors que Noemie Humanes qui assure les chĆurs. Le guitariste a invitĂ© de nouveaux venus dans son Ă©quipe. Thomas Bramerie Ă la contrebasse, Alex Ouemba Ă la batterie et Levon Minassian au duduk dont la prĂ©sence constitue un atout indĂ©niable.