Wadada Leo Smith explore l’univers de Monk

Wadada Leo Smith explore l’univers de Monk

Lumineuse et chaleureuse méditation

« Solo : Reflections and Meditations on Monk » sorti par le trompettiste Wadada Leo Smith le 20 octobre 2017 chez TUM Records compte parmi les albums essentiels de 2017.

A 76 ans, ce penseur musical qu’est Wadada Leo Smith associe encore une intense activité discographique et scénique. En cinquante ans de carrière il a expérimenté toutes les formations possibles, du solo au grand orchestre. Son dernier album solo est publié en même temps que « Najwa » où il se produit en octet avec quatre guitares et  une section rythmique, basse, batterie, percussions.

Couverture de l'album "Solo Reflections and Meditations on Monk" du trompettiste Wadada Leo SmithD’après le trompettiste, Monk constitue son influence principale, celle qui l’a conduit à être musicien. Wadada Leo Smith estime que l’essence de Monk se situe dans ses enregistrements en solo et il lui rend hommage  sur le même mode. Quoi de plus logique !

« Solo : Reflections and Meditations on Monk » (TUM Records), huit plages où Wadada Leo Smith embouche la trompette a capella. Ce parti pris osé et rare se solde par une réussite absolue.

Libéré des contraintes imposées par la collaboration avec d’autres interprètes, le trompettiste questionne les limites entre l’interprète et le compositeur et parvient à convaincre du bien fondé de sa démarche.

Toujours avant-gardiste, le trompettiste Wadada Leo Smith puise son inspiration aux sources de la tradition. De sa sonorité claire et ronde, chaleureuse et captivante émerge une musique empreinte de silence et de rêverie. Des phrases elliptiques poignantes, des circonvolutions éthérées, quelques bouffées expressives qui surgissent comme pour questionner plus avant la méditation du trompettiste sur la musique de Monk.

Parmi l’ensemble des nombreuses compositions de Monk, Wadada Leo Smith retient quatre standards du pianiste compositeur. Il en conserve les contours mélodiques qu’il caresse avec subtilité et laisse deviner les structures harmoniques. Seul avec sa trompette bouchée ou ouverte, il interprète Ruby, My Dear, Reflections, Crepuscule with Nellie, Monk, the Composer in Sepia - A Second Vision et ´Round Midnight.

En ouverture, Ruby, My Dear restitue une douce tranquillité. Reflections sonne dans un registre plus mélancolique et plus complexe. Round Midnight est sans aucun doute un des standards le plus interprété par les musiciens de jazz. L’interprétation de Wadada Leo Smith pare le thème de mystère et de silence. Le trompettiste dilate l’espace et suspend le temps presqu’à l’infini. La version de Crepuscule with Nellie est porteuse d’ondes lumineuses imprégnées de grâce et d’amour.

Les thèmes signés du trompettiste alternent avec les œuvres de Monk. On ignore si les de compositions du trompettiste sont écrites ou de pures improvisation, à moins que les deux ne s’entremêlent. Le mystère demeure à ce propos.

Adagio: Monkishness - A Cinematic Vision of Monk Playing Solo Piano s’inspire des ballades de Monk. La pensée du trompettiste se teinte de mystère sur Monk and Bud Powell at Shea Stadium -A Mystery.

Monk and His Five Point Ring at the Five Spot Café puise son inspiration dans le documentaire où l’on voit Monk quitter son piano et y revenir, ce que le trompettiste simule par un motif réitératif qu’il souffle en bouffées expressives comme des interrogations sans réponses.

On est sensible au discours empreint de silence et de mystère que propose Wadada Leo Smith. Il renouvelle ainsi le propos de l’improvisation. Libre et élaboré, le chant du trompettiste surprend par sa simplicité et sa chaleur. Art subtil de création réalisé par un artiste qui maîtrise les codes stylistique et technique sans abuser d’effets. Cet album solo constitue une performance et une belle surprise qui emprunte une voie originale et engage une réflexion profonde et respectueuse sur la musique de Monk.

Clin d’œil à Tristan Mélia & « No Problem »

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Annoncé pour le 03 mai 2019, l’album « No problem » du pianiste Tristan Mélia porte un titre qui lui sied tout à fait. Sa musique s’écoule avec fluidité et enthousiasme. Le jeune musicien inscrit son propos dans la tradition du jazz… et ça coule de source !

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John Greaves signe « Life Size »

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Opera Underground – Les RV de mai 2019 & juin 2019

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Dans le même esprit d’ouverture que le début de saison, les RV de mai 2019 … et juin 2019 de l’Opera Underground continuent à creuser le sillon de la diversité. La Grande Salle accueille António Zambujo et BCUC avec Femi Kuti. L’Amphi reçoit Master Musicians of Jajouka, le Quatuor Wassily, Casuarina, Endangered Blood et Jazz Before Jazz, Pamelia Stickney et Lemma et Fanfaraï Big Band. Sans frontières de genres, des musiques à profusion !

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« La Vida Es Sueño » par Barre Phillips & EMIR

« La Vida Es Sueño » par Barre Phillips & EMIR

Opéra sans parole, entre écriture et improvisation.

Sorti le 31 mars 2017 chez Nato l’album « La Vida Es Sueño », (La Vie est Songe), est un opéra improvisé crée le 19 mai 2015 par Barre Phillips & EMIR dans le cadre du festival Musique Action 31 à Vandoeuvre-lès-Nancy sur la scène du Centre Culturel André Malraux.

Couverture de l'album "La Vida Es Sueno" par Barre Phillips & EMIRBarre Phillips, ce géant de la contrebasse, a choisi et adapté « La Vida Es Sueño » (La vie est un songe), une pièce de théâtre écrite au XVIIème siècle en Espagne par Pedro Calderon de la Barca.

La musique est composée et interprétée par le collectif EMIR formé en 2001 par Barre Phillips. EMIR réunit autour de Barre Phillips, Laurent Charles, Emmanuel Cremer, Charles Fichaux, Lionel Garcin, Emilie Lesbros, Anna Pietsch, François Rossi et Patrice Soletti.

Pour Barre Phillips il était acquis « que la musique instrumentale puisse exprimer des sentiments, des émotions, des états d’âme, même des histoires… ». Il s’est ensuite demandé s’il était  « … possible de faire une œuvre, un opéra, qui soit l’abstraction de tout ce que l’on aime de l’opéra classique, mais sans paroles, uniquement avec son histoire et du son instrumental ? »

Dans la perspective de ce challenge il a d’abord choisi la pièce de théâtre, « La Vida Es Sueño » de Pedro Calderón de la Barca (1635). Puis d’après l’analyse du texte, il a trouvé une correspondance musicale et a réalisé une partition et agencé les interventions conformément à leur enchaînement dans la pièce. Chaque intervention est chronométrée mais l’expression musicale demeure improvisée.

Place ensuite au jeu des personnages qui alternent les répliques en duo, trio, etc … L’écriture sonore accompagne l’action de la pièce et des personnages et tient aussi lieu de décor. Pour finir l’opéra improvisé est créé le 19 mai 2015 par Barre Phillips & EMIR dans le cadre du festival Musique Action 31 à Vandoeuvre-lès-Nancy sur la scène du Centre Culturel André Malraux et gravé sur l’album « La Vida Es Sueño » (Nato).

« La Vida Es Sueño », un album étonnant. On se laisse porter par la force d’un flot musical confondant de liberté. On flotte entre expressivité et atonalité. La théâtralisation très cadrée des improvisations reproduit la dramaturgie de la pièce et son déroulement. Il reste juste à imaginer costumes et mouvements.

Trois journées et deux intrigues. Une réflexion sur l’illusion et la réalité, sur le jeu et le songe. L’action se déroule dans une Pologne fictive. Le texte est mis de côté, les intrigues de la pièce sont évoquées instrumentalement par les personnages, rois, reines, nobles et valets qui vivent leurs histoires de guerre, d’amours, contrariés puis ressoudés.

« Chaque acteur/musicien a développé un langage propre à son rôle et il improvise librement à partir de ces éléments. »

Deux voix, une guitare électrique, deux sets de percussion, deux saxophones, un violoncelle et une contrebasse. Les musiciens adoptent chacun un des rôles. Leurs instruments parlent leur langage d’instrument et dialoguent avec les voix qui chantent dans une langue imaginaire.

Ainsi l’on écoute Patrice Soletti (guitare électrique) et Charles Fichaux (percussions) dans le rôle du Roi Basilio, Laurent Charles (saxophones baryton et ténor) dans le rôle de Séguismundo, fils du Roi, François Rossi (percussion) dans le rôle de Clotaldo, noble et confident du Roi, Emilie Lesbros (voix) dans le rôle de Rosaura, dame de la cour, Lionel Garcin (saxophones alto et soprano) dans le rôle de Clairon, valet bouffon, Emmanuel Cremer (violoncelle) dans le rôle d’Astolfo, Duc de Moscovie, Anna Pietsch (voix) dans le rôle d’Estrella, Infante, Barre Phillips (contrebasse) et Anna Pietsch (voix) incarnant Soldats, Gardes, Musiciens, Cortèges.

« La Vida Es Sueño », la pièce originelle questionne quant à la place de la réalité. Se situe-t-elle dans la vie ou dans les rêves ? A l’écoute de l’album on se  demande quelle est la réalité de l’opéra ? Barre Phillips a rêvé un opéra sans parole avec des partitions improvisées. Il a transformé son rêve en réalité. On adhère…. ou pas mais on vit une expérience musicale unique à laquelle on s’abandonne bien volontiers après peut-être une première sensation d’inconfort qui disparaît fort vite.

Clin d’œil à Tristan Mélia & « No Problem »

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Opera Underground – Les RV de mai 2019 & juin 2019

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Crossover#3… Immatériel – Olivier Calmel-Double Celli

Crossover#3… Immatériel – Olivier Calmel-Double Celli

Impalpables frontières entre deux cultures

Avec « Double Celli » c’est du jazz de chambre que propose Olivier Calmel. De fait, sur l’album « Immatériel » les frontières entre jazz et musique de chambre sont impalpables. L’orchestre à l’instrumentation insolite crée des atmosphères singulières. Un opus à découvrir.

L’album « Immatériel » (Klarthe/Harmonia Mundi) sorti le 17 novembre 2017 présente la musique d’Olivier Calmel et de la formation Double Celli qui annonce la couleur… deux violoncelles au cœur de la musique.Couverture de l'album "Immatériel" d'Olivier Calmel - Double Celli

Dans « Double Celli », le leader réunit quatre instruments à cordes, deux violoncelles, un violon et un alto. D’emblée, l’on saisit qu’une telle instrumentation inverse en quelque sorte la forme du quatuor de chambre en priorisant les voix graves de deux violoncelles à celles des deux violons auxquels la musique de chambre a recours. Augmenté du piano du leader et d’une batterie, le quartet devient donc sextet.

Ainsi Olivier Calmel tient le piano et partage ses compositions avec le violoniste Johan Renard, le violoniste alto Frédéric Eymard, les violoncellistes Xavier Phillips et Clément Petit et le batteur Antoine Banville.

A l’écoute des quinze plages de l’album « Immatériel » on perçoit combien sont rendues impalpables les frontières entre jazz et musique de chambre, entre écriture et improvisation. Cela tient sans doute autant aux compositions de factures variées qu’au talent des musiciens qui déjouent les frontières musicales mais jouent avec générosité. Musique d’un collectif où les individualités convergent mais conservent leur singularité propre. Riches échanges tendus ou plus intimes mais toujours inventifs. 

L’oreille se laisse séduire par la douce matière musicale du titre d’ouverture, Au lever, mais apprécie tout autant le tumulte maîtrisé du second titre, Le hongrois qui déraille. On se laisse aussi porter par le très incantatoire Epistrophe (sans aucun lien d’ailleurs avec le monkien Epistrophy).

L’omniprésence des cordes n’en masque pas moins la prestation subtile et essentielle du rythmicien tout autant batteur que percussionniste. Avec finesse et efficacité il ajuste son propos aux couleurs si variées des morceaux de l’album. Il soutient ou entraîne et son chorus devient mélodie sur le superbe Pour El Ho.

Au centre même du répertoire, le sublime Immatériel incarne l’essence même de cet album qui fait coexister le lyrisme des interprètes et la maîtrise des improvisateurs, les caractéristiques de la musique de chambre et celles du jazz. Un condensé de sensibilité convaincant par son dynamisme nuancé.

Olivier Calmel, pianiste et compositeur

Olivier Calmel © Claude Vittiglio

On craque pour la virgule inquiétante de Cordes Tutti et pour Un certain dimanche 23, un thème écrit sur un rythme à 7 temps par Olivier Calmel en souvenir d’un concert tendu comme en vivent tous les musiciens… ou comment immortaliser un moment stressant en une composition magnifique où le piano assure avec brio face aux instruments à cordes toujours brillants.

Le Prélude des Cinq rameaux rend un vibrant hommage à Roger Calmel (1920-1998), père d’Olivier Calmel. Écrit par le père du pianiste à l’occasion de la naissance de son fils, ce prélude est inclus dans une suite pour piano nommé « Les Cinq rameaux d’Olivier ». Olivier Calmel en a fait une adaptation libre et fait vivre la musique de son père par-delà les ans et les styles. Un somptueux moment.

L’album « Immatériel » transporte dans un univers dont la substance musicale ne cesse de varier au fil du répertoire. Elle épouse certains codes du jazz, emprunte d’autres formes à la musique chambriste mais outre la diversité de ces influences, elle génère des images dont la texture onirique repose sur la force de l’écriture d’Olivier Calmel et sur la virtuosité et la complicité des musiciens.

Clin d’œil à Tristan Mélia & « No Problem »

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John Greaves signe « Life Size »

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Opera Underground – Les RV de mai 2019 & juin 2019

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Clin d’œil à Eric Le Lann & « Mossy Ways »

Clin d’œil à Eric Le Lann & « Mossy Ways »

Une complainte entre ouate et lumière

Avec « Mossy Ways », Eric Le Lann propose un opus hypnotique et séduisant. Sa trompette lumineuse trace des lignes mélodiques aériennes qui flottent dans un univers éthéré. La voix du chanteur breton Laurent Join apporte une pincée de mystère à cet album planant.

Couverture de l'album "Mossy Ways" du trompettiste Eric Le LannSorti le 10 novembre 2017, « Mossy Ways » (Musique A Bord/L’Autre Distribution) se distingue des productions habitées par le souci de la performance et de l’urgence. Eric le Lann ne semble guère se soucier des modes et des contraintes qu’impose le système. Il continue à creuser son sillon et persiste avec bonheur à livrer une musique qui porte son empreinte. On l’en remercie.

A porter au crédit de l’artiste Isabelle Grangé, la couverture de l’album résonne tout à fait avec les atmosphères musicales de « Mossy Ways », entre ombre et lumière, sur les chemins où poussent les mousses.

Chaque album du trompettiste Eric Le Lann constitue un évènement. On se souvient du splendide « Life on Mars » sorti en 2015, du non moins réussi « I Remember Chet » en 2013 ou du percutant « Le Lann Top » en 2009. On connait sa longue complicité avec le pianiste Martial Solal. On n’oublie pas ses aventures dans les contrées du jazz fusion ni son travail d’écriture pour les musiques de film ou pour le théâtre. On se rappelle que le trompettiste breton s’est déjà engagé en 2003 dans l’univers de la musique celtique sur le CD « Origins ».

« Mossy Ways » dessine un univers différent des précédents opus mais n’en demeure pas moins ancré dans les fondamentaux du trompettiste. Loin des influences du système et des poncifs musicaux fondés à plaire avant toute chose, Eric Le Lann choisit ses notes et les pose avec soin. Sa musique aérienne lévite dans un univers ouaté déchiré par les lignes électriques d’une guitare inspirée.

Eric  Le Lann s’est entouré du guitariste Patrick Manougian, du bassiste Philippe Bussonnet et du batteur Raphaël Chassin. Avec bonheur,  leurs influences (pop, rock, jazz) croisent celles du trompettiste qui a aussi convié le chanteur breton Laurent « Lors » Jouin sur trois titres.

S’il s’exprime dans la langue bretonne, le chant de Laurent Jouin rappelle autant les mélopées de lointaines tribus indiennes que des chants du Maghreb ou la mélancolie du blues. Ainsi flottent le mystère sur An Diaoul Hag An Aour (Le Diable et l’Or), la tristesse sur Son Mari Vras (Le chant de la « Grande Marie ») et le regret sur Komedianez Ar Blijadur (La Nomade du Plaisir).

On rêve sur les cadences hypnotiques de Mossy Ways, Balladisa et Sierra Volare. Basse et batterie impulsent et soutiennent un groove efficace sur DEL et See You Soon où guitare et trompette joutent en bonne entente sur ces titres à l’énergie tout à fait maîtrisée.

Certes on perçoit des familiarités avec des atmosphères milesiennes ou bakeriennes mais pour finir c’est bien d’un monde lelannien dont il s’agit. Singulier et unique.

Album à la mélancolie éthérée, « Mossy Ways » ouvre des espaces imaginaires où l’on voyage avec bonheur entre ombre et soleil. Mélodies et improvisations génèrent des ambiances sensibles et déclenchent des émotions. Un répit bienvenu hors des sentiers trépidants des musiques de l’urgence vidées de tout sens.

Clin d’œil à Tristan Mélia & « No Problem »

Clin d’œil à Tristan Mélia & « No Problem »

Annoncé pour le 03 mai 2019, l’album « No problem » du pianiste Tristan Mélia porte un titre qui lui sied tout à fait. Sa musique s’écoule avec fluidité et enthousiasme. Le jeune musicien inscrit son propos dans la tradition du jazz… et ça coule de source !

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John Greaves signe « Life Size »

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Le prolifique compositeur John Greaves revient avec « Life Size », son seizième opus. Entouré de trois voix féminines et d’une pléiade de musiciens internationaux, le chanteur interprète de nouvelles compositions et revisite quelques anciennes. Une promenade mélancolique à l’ombre de douze chansons élégantes et raffinées, souvenirs d’une vie grandeur nature.

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Opera Underground – Les RV de mai 2019 & juin 2019

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« The Extravagant Dizzy Gillespie »

« The Extravagant Dizzy Gillespie »

Dizzy Gillespie, géant du jazz inoubliable

En 2017 le label Cristal Records fête le centenaire de la naissance de Dizzy Gillespie avec la sortie du coffret « The Extravagant Mr Gillespie ». Il fallait bien trois albums et cinquante titres pour honorer ce trompettiste ahurissant, ce chef d’orchestre tonique, un co-fondateur du bebop et un des pionniers du jazz afro cubain.

Le trompettiste Dizzy Dillespie en 1983 à la Grande Parade de Nice (Photo Nicole Videmann)Qui ne connait pas les photos montrant le génial Dizzy Gillespie et sa fameuse trompette au pavillon retourné vers le haut, celui dont les joues gonflaient démesurément lorsqu’il embouchait et soufflait ?

Ce géant du jazz du XXème siècle a grandement contribué à l’évolution de cet art. Son charisme scénique, sa technique sur l’instrument, ses compositions devenues des standards ont fait de lui un des favoris du public qui plébiscitait ce trompettiste prodigieusement véloce et amuseur impénitent lors de chacune de ses prestations.

Le 17 novembre 2017, le label Cristal Records a sorti le coffret « The Extravagant Mr Gillespie ». C’est Claude Carrière qui a conçu cet hommage en trois albums, l’un consacré aux petites formations de Dizzy, « Small Groups », l’autre aux « Big Bands » et le dernier intitulé « Latin Dizzy ». Une sélection de 50 titres enregistrés par Dizzy Gillespie entre 1945 et 1962 et réunis sur 3 CD. Un programme réjouissant

John Birks Gillespie dit Dizzy Gillespie est né à Cheraw en Caroline du Sud le 21 octobre 1917. Ce trompettiste, chef d’orchestre et compositeur est devenu un géant du jazz du XXème siècle. Il n’a eu cesse, à sa manière, de lutter pour les droits civiques des afro-américains. La musique lui permis de s’exprimer, d’exister et de faire face ainsi à l’oppression raciste des états du sud de cette Amérique alors ségrégationniste. Il intègre l’orchestre de Teddy Hill puis celui de Cab Calloway en 1939. Sur scène son attitude d’amuseur-blagueur lui vaut le surnom de Dizzy.

Dans les années 40 avec d’autres musiciens dont le saxophoniste Charlie Parker, le pianiste Thelonious Monk et le batteur Kenny Clarke il invente le be-bop, style tonique s’il en est qui s’éloigne très nettement de l’esthétique du swing des années précédentes. En 1947 il se rapproche du percussionniste cubain Chano Pozzo, écrit le fameux Manteca et irradie sa musique des éléments rythmiques colorés dont les racines remontent aux musiques du continent africain.

A ses côtés se sont produits au long des années le pianiste panaméen Danilo Perèz, le trompettiste cubain Arturo Sandoval, le percussionniste Mongo Santamaria, la saxophoniste cubain Paquito d’Rivera, le percussionniste Ray Baretto, le pianiste Chucho Valdes et dans les dernières années le saxophoniste David Sanchèz. Sa musique devient multiculturelle. C’est ainsi qu’il a participé à fonder ce qui est devenu le jazz afro-cubain aussi appelé latin-jazz.

Dans les années 50 la société américaine n’accorde pas aux  musiciens afro-américains la liberté à laquelle ils aspirent et Dizzy Gillespie, comme bien d’autres jazzmen vient jouer en Europe. En 1953, il donne un concert Salle Pleyel à Paris. Le bebop fait fureur et ce succès encourage le trompettiste qui continuera inlassablement jusqu’en 1993 (date de sa mort) à parcourir les scènes internationales soit au sein de petits groupes, de big-bands ou avec des formations de latin-jazz.

Dizzy Gillespie en 1981 à la Grande Parade De Nice (Photo Nicole Videmann)Couverture de l'album "The Extravagant Mr Gillespie" (Cristal Records/Sony Music Entertainment)C’est selon cette classification que Claude Carrière a organisé les titres sur les trois albums qui constituent le coffret « The Extravagant Mr Gillespie » (Cristal Records/Sony Music Entertainment).

« Small Groups » fait entendre Dizzy Gillespie dans le cadre de petites formations. C’est plaisir d’écouter les enregistrements de Groovin’ High et Dizzy Atmosphere en 1945 avec Charlie Parker et Slam Stewart, celui de Lip Frog de 1950 avec Monk, Parker et Buddy Rich. On se régale aussi avec Wee capté en 1953 où Dizzy est en quintet à Toronto avec Charlie Parker, Charlie Mingus, Bud Powell et Max Roach. Du jazz ahurissant et historique.

« Big Bands » est consacré à Dizzy, chef et soliste de grands orchestres. On se délecte de la sonorité cuivrée de Dizzy, de la rondeur des lignes de basse de Ray Brown et de la puissance de frappe de Kenny Clarke en 1946 sur One Bass Hit II. On ne boude pas non plus la très souple version de Perdido dirigée et arrangée par Clare Fisher en 1960 avec Hank Jones, George Duvivier, Charli Pershiip et un Dizzy en pleine forme. 20 titres d’éblouissants orchestres.

« Latin Dizzy » met en évidence le rôle et l’implication de Dizzy Gillespie dans l’avènement du jazz afro cubain. On goûte avec délice Algo Bueno, Cubana Be et Cubana Bop où l’on perçoit la précision de la frappe de Chano Pozzo et les interventions éclatantes et véloces de Dizzy. On ne se lasse pas d’écouter The Manteca Suite enregistrée en 1954 et conduite par Chico O’Farrill avec un solo de Dizzy qu’accompagnent Mongo Santamaria et trois autres percussionnistes. Du latin jazz renversant de puissance et de précision.

Belle initiative que la sortie du coffret « The Extravagant Mr Gillespie » pour célébrer le centenaire de la naissance de ce trompettiste qui ne s’est pas contenté de faire l’amuseur sur les scènes. Il a contribué par son talent à écrire et faire vivre la grande histoire du jazz. A partager largement avec les plus jeunes qui ne connaissent pas encore Dizzy Gillespie et avec ceux qui ont aimé l’écouter de son vivant et bien après.

Clin d’œil à Tristan Mélia & « No Problem »

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