Écouter « Anda », c’est comme visionner dix scènes d’un ciné-tango sonore peu conventionnel. C’est comme entrer dans un cabaret baroque où Melingo convoque Serge Gainsbourg, Erik Satie et d’autres fantômes felliniens qui peuplent le nouvel univers du chanteur.
Avec Anda » (World Village/Harmonia Mundi), le poète et clarinettiste argentin Daniel Melingo, inscrit définitivement le tango dans les musiques du XXIème siècle. L’album est conçu comme une bobine de ciné-tango, comme un road-movie sonore peuplé de voyous pittoresques et déjantés.
Avec Melingo, point question de tango conventionnel. Certes il nous avait déjà habitués à des univers singuliers avec « Corazón & Hueso » en 2011 puis avec « Linyera » en 2014. En 2016, Melingo poursuit son vagabondage musical avec dix titres d’une aventure picaresque qui régénère le tango. Au gré de ses inspirations, l’Argentin creuse ainsi le sillon d’un tango renouvelé. Un tango noir ambiancé à la Gardel teinté d’un surréalisme un peu sombre.
Tel un crooner bluesy le chanteur nous entraîne dans son nouvel univers. C’est avec plaisir qu’on retrouve la voix éraillée et rocailleuse de Melingo et de son opéra surréaliste en « tango-majeur ».
Se Vienne el Dos Mil, ouvre avec un son d’archive avec le pianiste et chef d’orchestre Osvaldo Pugliese (1905-1995), cet « ouvrier du tango » qui dialogue brièvement en 1987 avec Luis Alposta, le poète, dessinateur, peintre, essayiste, auteur de nombre des textes de Melingo. Ce court moment est suivi d’un long prologue instrumental au rythme étiré et à la mélodie lancinante qui flotte en totale liberté. Le ton est donné.
Les textes des deux titres suivants sont signés de LuisAlposta. D’abord A Lo Megataécrit en hommage au Japonais Tsunayoshi Megata qui diffusa le tango au Japon à partir de 1926 puis Igualito Que El Tango.
C’est ensuite un autre monde qui se profile. On découvre le soleil tropical en volant à travers les nuages pour finalement parvenir dans une forêt de Chine où tout explose. D’abord Sol tropical, un tango alangui puisVolando Entre Las Nubes, titre instrumental inquiétant à l’ambiance western rocky. Enfin, le titre En Un Bosque De La China déjà évoqué dans l’article « Anda, le tango halluciné de Melingo ».
Melingo poursuit en parfait Intoxicated man qui dialogue avec le Gainsbourg de l’album « Du Jazz dans le ravin ». En musique on participe aux cauchemars du chanteur qui voit des « éléphants roses, des araignées sur le plastron d’un smoking, des chauves-souris au plafond du living-room ». Melingo se tourne ensuite vers Satie pour une Gnossienneinstrumentale avant Espiralnostalgique en diable et enfin Anda qui termine l’album avec des ambiances aigres-douces.
Le tangueroMelingo travestit son personnage habituel mais que l’on ne s’y trompe pas, le tango demeure son cheval de bataille et est toujours le grand triomphateur. Un tango hors norme, un tango revigoré, un tango illuminé. Anda !
Dans ce « Jazz Confiné #2 », cinq vidéos proposées par des jazzmen confinés de part et d’autre de l’Atlantique. Stars reconnues ou musiciens confirmés de la jeune scène internationale et européenne, tous improvisent en toute spontanéité sans jamais manquer d’inspiration.
Faute de pouvoir vivre le jazz en concert en cette période de confinement, pourquoi ne pas profiter de quelques vidéos enregistrées par des musiciens d’ici et d’ailleurs. Dans cette rubrique « Jazz Confiné #1 », place à des solos, des duos et un trio.
Rien de mieux en ces temps « confinés » que d’écouter « Happy Hours », un opus réjouissant dont le titre tient toutes ses promesses. Ce sont en effet de « joyeuses heures » musicales que célèbre en quartet, le batteur et compositeur Christophe Marguet. Autour de lui, sont réunis le trompettiste Yoann Loustalot, le pianiste Julien Touéry et la contrebassiste Hélène Labarrière. Un jazz festif où explosent les couleurs de la vie.
Le pianiste anglais Neil Cowley revient avec « Spacebound Apes », un album-concept réalisé en studio sur son propre label. La bande son originale de l’histoire magique de Lincoln. Une promenade spatiale dans des atmosphères émotionnelles surprenantes.
depuis longtemps Neil Cowley a fait sa place dans le monde de la musique. S’il a commencé par la musique classique, il a tôt fait de l’abandonner pour se tourner vers le rock puis le jazz. Ses talents de claviériste et de producteur sont appréciés de groupes avec lesquels il travaille (« The Brand New Heavies », « Zero 7 »). Après un essai en duo, il monte un groupe en trio avec le contrebassiste Richard Sadler et le batteur Evan Jenkins Ainsi est né le Neil Cowley Trio qui flirte avec le jazz et le rock sans pour cela faire du jazz-rock. Le trio sort deux albums en trio, « Displaced » en 2007 puis « Loud…Louder…Stop » en 2008. « Radio Silence » paraît en 2010. En 2012, Rex Horan remplace Richard Sadler et la même année le nouveau Neil Cowley trio sort « The Face of Mount Molehill » puis « Touch and Flee » en 2014.
Le jazz du trio est un jazz singulier qui n’est pas sans évoquer l’énergie du groupe « Bad Plus ». Le trio de Neil Cowley construit une musique dynamique qui émerge vraiment du collectif et ne doit rien à la virtuosité. Le trio crée des ambiances et des textures aux allures changeantes. Il utilise des riffs répétitifs pour créer des tensions et des atmosphères qui ne cessent d’évoluer. Des rythmiques complexes sous-tendent des mélodies très simples habilement répétées. Sur l’album « Spacebound Apes », la musique du trio conserve ses caractéristiques singulières mais cette fois Neil Cowley, Rex Horan et Evan Jenkins mettent en scène la bande originale de l’histoire de Lincoln dont on peut lire le « journal ».
Au gré des plages de « Spacebound Apes » on ressent des accélérations et des décélérations. On vogue de planète en planète au gré de rythmes entêtants. On plane en apesanteur dans des galaxies inconnues dont le magnétisme bouleverse nos repères. Un voyage intergalactique qui décoiffe.
L’écoute du disque est en effet sidérante, on ne peut décrocher. On se laisse porter au fil de l’aventure musicale pour découvrir les couleurs des planètes sonores de l’album. Après le premier titre Weightless, on flotte quasiment en apesanteur comme suspendu en attente du titre suivant, Hubris Major au climat presque pop. L’atmosphère se tend jusqu’à devenir martiale dans Governance qui nous conduit aux portes deThe City And The Stars où se déchaîne un rock pulsatile.
Après un paroxysme d’énergie adviennent les vibrations salvatrices deGrace …
A l’écoute du titre Echo Nebula on accède alors au monde des nébuleuses et on se sent de nouveau flotter. On plane dans une atmosphère aux couleurs irisées mais voilà qu’approchent de nouvelles planètes dont les dangers menacent. Regain d’énergie rock avec le titre The Sharks of Competition. Pour Lincoln le temps s’écoule mais il reste encore beaucoup à faire, Duty to The Last, pour accéder à l’amour dans un lieu privilégié et prometteur, Garden of Love. L’album touche à sa fin et le titre The return of Lincoln annonce le retour dans une galaxie plus apaisée. Le voyage intersidéral est terminé.
On dit d’un astéroïde qu’il peut bouleverser la vie d’une planète.Il n’est pas exclu que « Spacebound Apes », le nouvel album concept de Neil Cowley soit l’astéroïde qui explose le paysage du jazz en 2016.
« Spacebound Apes », un bon moyen pour changer de galaxie. Avec cet album magnétique et envoûtant on décolle et on découvre les confins d’un jazz décomplexé et débarrassé de ses discours habituels.
Dans ce « Jazz Confiné #2 », cinq vidéos proposées par des jazzmen confinés de part et d’autre de l’Atlantique. Stars reconnues ou musiciens confirmés de la jeune scène internationale et européenne, tous improvisent en toute spontanéité sans jamais manquer d’inspiration.
Faute de pouvoir vivre le jazz en concert en cette période de confinement, pourquoi ne pas profiter de quelques vidéos enregistrées par des musiciens d’ici et d’ailleurs. Dans cette rubrique « Jazz Confiné #1 », place à des solos, des duos et un trio.
Rien de mieux en ces temps « confinés » que d’écouter « Happy Hours », un opus réjouissant dont le titre tient toutes ses promesses. Ce sont en effet de « joyeuses heures » musicales que célèbre en quartet, le batteur et compositeur Christophe Marguet. Autour de lui, sont réunis le trompettiste Yoann Loustalot, le pianiste Julien Touéry et la contrebassiste Hélène Labarrière. Un jazz festif où explosent les couleurs de la vie.
Les deux pianistes Ray Lema et Laurent de Wilde, imaginent de jouer sur 2 pianos « le moins de notes possible et juste les bonnes ». Leur projet prend la forme d’un album, »Riddles », à paraître le 21 octobre.
En fait, en envisageant de « jouer le moins de notes possibles et juste les bonnes » sur deux fois 88 touches de piano, les deux musiciens se sont vraiment attaqués à une énigme (riddles en anglais). En effet il est toujours tentant pour un pianiste de bavarder sur un clavier et cela s’aggrave lorsque deux pianistes se retrouvent face à face. Forts de leurs expériences passées, Ray Lema et Laurent de Wilde ont résolu l’équation et leur credo a pris la forme de l’album « Riddles »(Gazebo-One Drop/L’Autre Distribution). Dix pièces qui reflètent leur joie de jouer ensemble, une seule musique élaborée et jouée à deux pianos.
« Riddles ». Des rythmes et des mélodies tricotées de mille couleurs imprévues. Un tour du monde qui fait se rencontrer les musiques des cinq continents.
A 70 ans, Ray Lema a derrière lui une carrière éclatante et a ouvert sa culture congolaise aux musiques du monde et au jazz. Preuve en est son dernier album « Headbug » au groove incandescent. Laurent de Wilde est quant à lui un pianiste touche-à-tout, un pied dans le jazz et l’autre sur les chemins de traverse. Il compose, écrit des livres et ne craint pas de se frotter au monde de l’électronique, du slam, du reggae et du théâtre. Ils ont en commun l’énergie et la capacité de transformer en succès tout ce qu’ils touchent.
Même s’ils se connaissent depuis 25 ans, les deux artistes ont dû pourtant beaucoup échanger pour créer un répertoire qui sous-tende leur projet. Pour y parvenir, les deux compositeurs se sont écoutés, se sont armés de patience et ont appris l’un de l’autre.
On les écoute parler du travail qui a présidé à l’élaboration de l’album « Riddles ».
L’enregistrement et le mixage parviennent à faire sonner deux pianos comme un seul et à raconter un voyage qui traverse le monde de la musique. Rythmes et chants se mêlent. Ils évoquent la forêt congolaise dans Too Many Keys, la Jamaïque dans The Wizard, les pays tropicaux et leurs arbres aux lianes magiques dans Liane et Banian. Quand le blues rencontre une mélodie du Sahel se dessine la musique de Cookie qu’on déguste avec délice comme le gâteau du même nom. Les deux idiomes se fondent en un nouveau langage.
La rythmique qui sous-tend le titreRiddlesse réfère au dicton américain, « it takes two to tango ». Fondamentalement, en musique comme en danse, il convient de faire corps et de rester unis. Les deux pianistes y parviennent magistralement. Une comptine congolaise que chantait Ray Lema croise un rythme de la Nouvelle Orléans rapporté par Laurent de Wilde pour enfanter Congo Ragà la pulsion sautillante. Une invitation à la danse.
On a particulièrement aimé le titre Fantani joué en souvenir de la chanteuse malienne Fantani Touré disparue en 2014. Les couleurs mandingues sont chantés par le piano de Laurent de Wilde …qui a déposé de la Patafix® sur les cordes. L’effet est saisissant, une kora résonne.
L’album « Riddles » s’achève avec un clin d’oeil à Prince disparu la semaine précédant l’enregistrement. Les deux pianistes ont enfourché Around The World in a Day pour un hommage de 4’36. Le titre s’inscrit d’ailleurs très bien dans la philosophie de leur projet qui embrasse toutes les cultures du monde.
Dans ce « Jazz Confiné #2 », cinq vidéos proposées par des jazzmen confinés de part et d’autre de l’Atlantique. Stars reconnues ou musiciens confirmés de la jeune scène internationale et européenne, tous improvisent en toute spontanéité sans jamais manquer d’inspiration.
Faute de pouvoir vivre le jazz en concert en cette période de confinement, pourquoi ne pas profiter de quelques vidéos enregistrées par des musiciens d’ici et d’ailleurs. Dans cette rubrique « Jazz Confiné #1 », place à des solos, des duos et un trio.
Rien de mieux en ces temps « confinés » que d’écouter « Happy Hours », un opus réjouissant dont le titre tient toutes ses promesses. Ce sont en effet de « joyeuses heures » musicales que célèbre en quartet, le batteur et compositeur Christophe Marguet. Autour de lui, sont réunis le trompettiste Yoann Loustalot, le pianiste Julien Touéry et la contrebassiste Hélène Labarrière. Un jazz festif où explosent les couleurs de la vie.
Les cantiques profanes et élégants de Madeleine Peyroux
Madeleine Peyroux revient avec l’album « Secular Hymns » où se fondent blues, gospel et jazz. Enregistrées dans les conditions du live, toutes les chansons traitent à leur manière de spiritualité. Dix titres où s’entrelacent sensibilité et sensualité.
C’est en 1996 qu’on découvre Madeleine Peyroux avec « Dreamland », son premier album aux accents bluesy. On aime le timbre de sa voix qui évoque celle de Billie Holiday. Il faut attendre 2004 pour l’écouter de nouveau dans « Careless love ». C’est ensuite en 2006 qu’elle sort « Half The Perfect World » puis en 2009 elle grave onze compositions originales sur « Bare Bones ». Avec le disque « Standing on The Roof Top » sorti en 2011, elle s’éloigne du format voix-guitare pour explorer de nouvelles sonorités et élargir sa palette musicale en compagnie de Marc Ribot et Meshell Ndegeocello. En 2013, on retrouve sa voix voilée sur « The Blue Room », un album très serein aux teintes à la fois jazz, country, blues et pop. En 2014, la chanteuse propose un album de compilations qui retrace ses vingt ans de carrière.
Vingt ans après son premier opus, Madeleine Peyroux poursuit son cheminement musical et revient le 16 septembre 2016 sur le prestigieux label Impulse! avec « Secular Hymns ». Accompagnée des deux musiciens qui sont à ses côtés en tournée depuis deux ans, le guitariste Jon Herington et le contrebassiste Barak Mori, la chanteuse a choisi d’enregistrer une sélection de chansons qu’elle envisage « comme des cantiques, des cantiques profanes, des chansons qui ont toutes une dimension très individuelle, personnelle et intime ».
Un concert donné dans la vielle église St Mary The Virgin, dans la campagne anglaise près d’Oxford, est le début de l’aventure. Sous le plafond de bois, la voix de la chanteuse sonne comme jamais. C’est donc après avoir rodé durant quelques mois leur répertoire que les musiciens et la chanteuse retournent trois jours dans l’église afin d’enregistrer ces « cantiques profanes ». Le résultat est une réussite.
« Secular Hymns », un album élégant où la voix de Madeleine Peyroux célèbre un blues sensible qui se promène entre folk, soul et gospel. Intimes et sensibles, les chansons sont empreintes d’une douce énergie où affleurent tendresse et mélancolie.
Madeleine Peyroux promène sa voix dans le répertoire américain populaire. Avec grande tendresse elle se frotte au blues avec If the sea was whiskey de Willie Dixon et Hello Babe de Lilian « Lil » Green. Elle interprète avec une douce mélancolie le spiritual traditionnel Trampin et s’aventure avec bonheur sur les rives du folk de Townes Van Zandt et donne une version sensible du titreThe Highway Kind.
Elle interprète le gospel Shout Sister Shoutde la célèbre chanteuse Sister Rosette Tharpe sur un rythme très jazz. Les Alleluias souriants de la chanteuse ponctuent le tempo ralenti.
On aime la manière dont elle investit le Tango Till they’re Sore de Tom Waits. Son interprétation conserve la tonalité dramatique du titre original mais l’archer de la contrebasse et le guilele (ukulélé acoustique) apportent une tonalité un peu acidulée comme une teinte de légèreté.
La version que Madeleine Peyroux donne du titre More Time est fort éloignée de l’ambiance reggae que le chanteur poète Linton Kwesi Johnson insuffle dans la version d’origine mais on y gagne en sensualité. La chanteuse interprète Hard Time Come Again No Moreavec beaucoup de recueillement et une grande sensibilité. Ce titre écrit en 1864, un peu avant la guerre de sécession par Stephen Foster, premier grand songwriter américain, est considéré comme un des grands classiques des folksongs.
On craque pour la version du titre d’Allen Toussaint Everything I Do Gonna Be Funky. Le tempo ralenti très soul sied à ce morceau popularisé par Lee Dorsey et James Brown. Tel un hymne, le morceau respire et s’élève, les pieds battent le rythme, les corps se balancent…
On ne se lasse pas d’écouter les dix chansons que Madeleine Peyroux a enregistrées sur ce huitième album. Dix hymnes délicats et sensibles à la puissance spirituelle certaine.
Dans ce « Jazz Confiné #2 », cinq vidéos proposées par des jazzmen confinés de part et d’autre de l’Atlantique. Stars reconnues ou musiciens confirmés de la jeune scène internationale et européenne, tous improvisent en toute spontanéité sans jamais manquer d’inspiration.
Faute de pouvoir vivre le jazz en concert en cette période de confinement, pourquoi ne pas profiter de quelques vidéos enregistrées par des musiciens d’ici et d’ailleurs. Dans cette rubrique « Jazz Confiné #1 », place à des solos, des duos et un trio.
Rien de mieux en ces temps « confinés » que d’écouter « Happy Hours », un opus réjouissant dont le titre tient toutes ses promesses. Ce sont en effet de « joyeuses heures » musicales que célèbre en quartet, le batteur et compositeur Christophe Marguet. Autour de lui, sont réunis le trompettiste Yoann Loustalot, le pianiste Julien Touéry et la contrebassiste Hélène Labarrière. Un jazz festif où explosent les couleurs de la vie.
Trois Album ECM, « Atmospheres », « Ida Lupino », « Rumi Songs »
Pour explorer l’identité ECM, « Label ECM-Focus1 » présente trois albums ECM parus le 02 septembre 2016. « Atmospheres », « Ida Lupino » et « Rumi Songs ». Magie. Interaction. Voyage.
Premier album de ce « Label ECM-Focus1 », le double CD « Atmosphères » réunit Tigran Hamasyan (piano), Arve Henriksen (trompette), Eivind Aarset (guitare) et Jan Bang (samples live et samples). L’idée de ce disque remonte à 2013 lorsque Manfred Eicher a entendu à la radio un extrait d’un duo qui réunissait Tigran Hamasyan et le musicien électro Jan Bang. Le potentiel de cette association l’a conduit à proposer aux deux musiciens de se réunir avec Eivind Aarset et Arve Henriksen.
Un enregistrement d’une grande intensité créatrice s’est déroulé en juin 2014 dans l’Auditorio Stelio Molo RSI de Lugano. Enregistrement et mixage du double album se sont déroulés en trois jours, dans un seul et même mouvement, dans la tradition des enregistrements ECM dédiés à l’improvisation.
Tous les musiciens impliqués dans « Atmospheres » ont déjà enregistré chez ECM dans des configurations variées. La présence du pianiste entraîne les musiciens norvégiens vers d’autres territoires que les leurs. A l’époque de l’enregistrement Tigran Hamasyan travaillait sur « Lyis i Luso » ce qui explique que l’on retrouve sur le disque du quartet des thèmes du compositeur arménien Komitas Vardapet (1968-1935). Ils émergent comme des îlots dans les vagues musicales d’improvisation de l’album.
Ainsi les orientations mélodiques de Tsirani tsar, Garun a, Hoy Nazan se réfèrent à l’univers arménien. Le trompettiste Arve Henriksen transforme ces ambiances en les incorporant dans son propre univers. Sa sonorité dont la douceur est proche de celle du duduk crée des territoires brumeux et flottants. Dès le titre d’ouverture, Traces I, le guitariste Eivind Aarset choisit ses notes avec soin et met en place des environnements musicaux subtils et oniriques.
Jan Bang traite le son en temps réel et capte des boucle de sons qu’il traite en les réinjectant dans le son d’ensemble qui épaissit. Les samples donnent un reflet déformant aux sonorités émises par les musiciens et cela concourt à créer une atmosphère mystérieuse. C’est troublant, un peu comme si le son retournait chaque fois à son origine. La pochette de l’album évoque avec justesse les ambiances atmosphériques nuageuses de l’album.
« Atmosphere » est un peu comme une œuvre expérimentale à l’esthétique fluctuante et magique. Tous les détails sonores ont leur importance et participent à l’ambiance quasi flottante de la musique.
Deuxième album de ce « Label ECM-Focus1 », le CD « Ida Lupino » où se retrouvent Giovani Guidi (piano), Gianluca Petrella (trombone), Louis Sclavis (clarinette) et Gerald Cleaver (batterie). Pour cet enregistrement Manfred Eicher a associé le batteur américain et l clarinettiste français au duo déjà constitué par le pianiste et le tromboniste italiens. Les deux derniers avaient déjà joué avec Cleaver mais Sclavis n’avaient jamais croisé la route de ces trois artistes.
Enregistré et mixé en trois jours en février 2015 dans l’Auditorio Stelio Molo RSI de Lugano, l’album est encore réalisé dans la pure tradition ECM. Le CD « est une photographie exacte de l’endroit où nos quatre voyages individuels nous ont mené et ce que nous avons été capables de faire ensemble. Ceci n’aurait pas pu se réaliser de la sorte sans Manfred qui d’une certaine manière est le cinquième musicien du groupe, à l’écoute de chaque note, de chaque son, de chaque détail… » affirme Giovanni Guidi.
Au centre de l’album on retrouve la complicité des deux grands improvisateurs italiens que sont Giovani Guidi et Gianluca Petrella. Leur l’entente remonte à l’époque où tous deux jouaient dans l’orchestre du trompettiste Enrico Rava. Depuis, leur relation musicale n’a fait que s’étoffer. La musique de l’album « Ida Lupino » est donc fondée sur le duo que les deux autres musiciens surprennent et stimulent.
L’accent est mis dans ce disque sur l’improvisation collective mais aussi sur l’émergence d’airs résolument lyriques créés en temps réel ou précédemment écrits. Pourtant dans l’opus il y a deux exceptions à ce principe du « tout improvisé ». Ida Lupino, le célèbre thème de Carla Bley qui donne son titre à l’album. C’est un peu comme un hommage rendu à cette pianiste qui fête ses 80 ans en 2016 et avec qui le tromboniste a eu l’occasion de jouer. On peut aussi y voir un clin d’oeil à Paul Bley qui a popularisé cette mélodie et inspire beaucoup le jeu de Guidi. Per i morti di reggio Emilio est par ailleurs une sorte de « protest song » écrit par Fausto Amodei.
Sur « Ida Lupino », les interactions entre les musiciens, la finesse du batteur, les qualités d’improvisateur mélodique et véloce du clarinettiste jointes à la complicité et la capacité d’adaptation du duo piano-trombone influent sur l’ambiance de cet album plein de créativité et de fraîcheur.
Dernier album de ce « Label ECM-Focus1 », l’opus « Rumi Songs » qui réunit le saxophoniste norvégien Trygve Sein, la chanteuse mezzo-soprano Tora Augestad, l’accordéoniste Frode Haltli et le violoncelliste Svante Henryson. Si les trois instrumentistes ont déjà enregistré chez ECM, c’est par contre la première apparition de la chanteuse sur un disque ECM.
L’enregistrement a été réalisé après que le saxophoniste ait affiné sur scène le répertoire des Rumi Songs, entre 2013 et 2015. Hormis une piste, le disque a été enregistré en trois jours en février 2015 au Rainbox Studio d’Oslo et produit par Manfred Eicher. Sacha Kleis a réalisé la pochette de « Rumi Songs » à partir d’une photo de Knut Bry.
C’est la poésie du persan Jelaluddin Rumi (1207-1273) qui inspire le cycle de chansons des Rumi Songs de Trygve Sein. Le poète né dans l’actuel Afghanistan a vécu au Tadjikistan et a fini sa vie en Anatolie comme maître soufi et poète. Trygve Seim décrit son œuvre comme « de la poésie très humaine, transcendant les religions, les pays et les races ». Les textes de Jelaluddin Rumi sont traduits en anglais par Coleman Barks ainsi que Kabir et Camille Helminsky pour le titre Seing Double.
Trygve Seim a commencé à écrire la musique de ses premiers Rumi songs en 2003 sur l’impulsion de la regrettée chanteuse Anne-Lise Berstsen. Après avoir essayé de multiples orchestrations, le saxophoniste s’est arrêté à la formule instrumentale actuelle saxophone/voix/accordéon/violoncelle qui valorise les textes. Les dix titres font alterner écriture et séquences d’improvisations. Le saxophoniste est entré chez ECM en 2001 avec « Different Rivers » qui a obtenu un immense succès. Il a depuis participé à une vingtaine d’enregistrements chez ECM invité par d’autres interprètes. « Rumi Songs » est son second album en tant que leader. Pour mettre la poésie arabe en musique, le saxophoniste s’est imprégné de musique arabe en étudiant au Caire. Il a aussi travaillé avec le musicien égyptien Fathy Salama. Ainsi, cet improvisateur reconnu qu’est Trygve Seim a élargi sa palette qu’il a mise au service de la poésie.
Chanteuse et actrice, Tora Augestadt s’est d’abord spécialisé dans le répertoire allemand de la première moitié du 20ème siècle (Brecht, Weill) et a participé à la création de nombreuses œuvres théâtrales (Cage, Schoenberg). Elle dirige son propre orchestre « Music for a While » qui mêle jazz et musique ancienne.
Très créatif, l’accordéoniste Frode Haltli inscrit son travail dans la musique nouvelle, la musique folk et l’improvisation. Le violoncelliste Svante Henryson travaille dans le contexte de la musique de chambre et se produit aussi en solo.
When I see your face est coloré d’ambiances orientales ainsi que le titre Whirling Rhythms qui reflète le voyage du saxophoniste parti honorer la tombe du poète lors de la célébration annuelle qui lui est consacrée. On s’immerge dans l’atmosphère sereine et lumineuse du chant There is something Kiss we want qui termine l’album.
« Rumi Songs » reflète la lumière et la sérénité du silence. Il en résulte un paysage sonore riche en couleurs et en sensations. Un voyage contemplatif irradiant de la force de la vie et de la foi.
On explore prochainement d’autres enregistrements du Label ECM dans un futur billet « Label ECM-Focus2 ».
Dans ce « Jazz Confiné #2 », cinq vidéos proposées par des jazzmen confinés de part et d’autre de l’Atlantique. Stars reconnues ou musiciens confirmés de la jeune scène internationale et européenne, tous improvisent en toute spontanéité sans jamais manquer d’inspiration.
Faute de pouvoir vivre le jazz en concert en cette période de confinement, pourquoi ne pas profiter de quelques vidéos enregistrées par des musiciens d’ici et d’ailleurs. Dans cette rubrique « Jazz Confiné #1 », place à des solos, des duos et un trio.
Rien de mieux en ces temps « confinés » que d’écouter « Happy Hours », un opus réjouissant dont le titre tient toutes ses promesses. Ce sont en effet de « joyeuses heures » musicales que célèbre en quartet, le batteur et compositeur Christophe Marguet. Autour de lui, sont réunis le trompettiste Yoann Loustalot, le pianiste Julien Touéry et la contrebassiste Hélène Labarrière. Un jazz festif où explosent les couleurs de la vie.
Le Label ECM ou l’exigence comme garant d’esthétique
Le label allemand « Edition of Contemporary Music », identifié sous le sigle ECM est connu pour son exigence et la qualité apportée à la réalisation de ses albums. Incontournable dans le paysage discographique du jazz, ECM possède une esthétique unique.
Manfred Eicher
Fondé par le contrebassiste Manfred Eicher en 1969 à Munich, le label ECMa publié plus de 1500 albums qui explorent des idiomes très différents. En effet le catalogue ECM propose à la fois du jazz, de la musique classique, de la musique contemporaine et des musiques du monde. Il est reconnu pour la qualité de son travail et son exigence à tous les niveaux de la chaîne. Cela concerne tant les musiciens invités, que la prise de son et la production toutes deux minutieuses ainsi que les choix graphiques.
Les qualificatifs associés à ECM sont nombreux. Label exigeant, label original, label d’avant-garde. Il s’agit surtout d’un label qui a su conserver son indépendance éditoriale.
La réputation du label ECM n’est plus à faire dans le domaine du Jazz. Le premier album du label paru le 1er janvier 1970 a été « Free at Last » avec le trio du pianiste américain Mal Waldron. De nombreux artistes du monde du jazz ont contribué à sa renommée comme KeithJarrett (avec plus de 50 références), Jan Garbareck,Charles Lloyd, John Abercrombie, Terje Rypdal, Paul Bley, Marilyn Crispell, Carla Bley, Michael Mantler et Egberto Gismonti pour n’en citer que quelques-uns. Pat Metheny a commencé chez ECM avant d’être connu. En fait, la réputation du label s’est imposée après l’enregistrement le 24 janvier 1975 d’un solo de Keith Jarrett qui est devenu un double album, le « Köln Concert ». Quasiment incontournable. Ont ensuite suivi le premier « Return to Forever de Corea et le « Offramp » de Pat Metheny puis les albums de nombreux artistes européens ou américains incontournables dont (pour en citer quelques uns) Lee Konitz, Charlie Haden, John Surman, EberhardWeber, Miroslav Vitous, Eivind Aarset, Nik Bärtsch, Mark Turner, Andy Sheppard, Enrico Rava, Paolo Fresu, Anouar Brahem, Susan Abuehl, Louis Sclavis, François Couturier… pour plus d’exhaustivité, le site du label propose la liste des artistes de son catalogue.
Les musiciens apprécient l’attention que Manfred Eicher porte aux enregistrements mais aussi le fait que chez ECM les artistes signent pour un album sans contrat d’exclusivité. Les séances d’enregistrement en studio sont courtes et le mixage de la même veine.
Dans le domaine de la musique « classique contemporaine », la collection « New Series » a immortalisé quelques enregistrements de Steve Reich, John Adams et Meredith Monk dans le champ de la musique minimaliste. Depuis 1984, la collection explore le chant médiéval et la musique contemporaine. Ainsi on retrouve la musique du compositeur Arvo Pärt, celles d’Andras Schiff, du Hilliard Ensemble, du Trio Mediaeval avec des œuvres de Pérotin et Guillaume de Machautet. La liste est loin d’être exhaustive.
Dans les années 90, ECM a proposé l’écoute de films de Jean-Luc Godard avec l’album « Nouvelle Vague » qui présente musique, dialogues et sons du long métrage éponyme présenté en 1990 à Cannes. A la fin des années 90, ECM se lance dans « Histoire(s) du cinéma » avec cinq CD et cinq livres de textes, accompagnant la série télé réalisée par Godard.
Avant tout, ECM soigne son identité sonore. Ne parle t’on pas de « son ECM » ? En effet dans les années 70 un journaliste avait qualifié le « son ECM » comme « le plus beau son après le silence ». On retrouve souvent de la réverbération dans les sons, qui évoquent ainsi les grands espaces vierges et minimalistes de pays nordiques, d’où sont issus de nombreux musiciens qui enregistrent pour ECM. En fait, Eicher veille à ce que chaque musique conserve un son pur qui soit le sien propre. Rien n’est rajouté par la technique à ce que les musiciens produisent.
On doit aussi considérer le soin apporté par ECM aux pochettes des albums. Là encore il s’agit d’une réelle identité. Le graphisme des pochettes est rigoureux, épuré, austère parfois, esthétique toujours. Des traces, des photographies floues, des aplats de couleurs pastel, vifs ou sombres.
Enfin il convient aussi de noter l’implication constante de Manfred Eicher dans le soin qu’il apporte au choix des musiciens contactés pour les enregistrements. Il suscite même quelquefois les rencontres entre musiciens et quelques formations demeurent historiques comme le « duo Chick Corea - Gary Burton », le quartet « Belonging » avec Keith Jarrett, Jan Garbarek, Palle Danielsson et Jon Christensen, ou encore le trio « Magico » de Charlie Haden avec Jan Garbarek et Egberto Gismonti. Manfred Eicher se mobilise lors des séances d’enregistrements.
Manfred Eicher et ECM ont beaucoup contribué à la diffusion des musiques Improvisées, de ce que d’aucun nomment le « Jazz européen ».
Pour explorer ce label et son esthétique, on se propose de consacrer régulièrement des « Focus ECM » autour de quelques albums écoutés et appréciés.
Dans ce « Jazz Confiné #2 », cinq vidéos proposées par des jazzmen confinés de part et d’autre de l’Atlantique. Stars reconnues ou musiciens confirmés de la jeune scène internationale et européenne, tous improvisent en toute spontanéité sans jamais manquer d’inspiration.
Faute de pouvoir vivre le jazz en concert en cette période de confinement, pourquoi ne pas profiter de quelques vidéos enregistrées par des musiciens d’ici et d’ailleurs. Dans cette rubrique « Jazz Confiné #1 », place à des solos, des duos et un trio.
Rien de mieux en ces temps « confinés » que d’écouter « Happy Hours », un opus réjouissant dont le titre tient toutes ses promesses. Ce sont en effet de « joyeuses heures » musicales que célèbre en quartet, le batteur et compositeur Christophe Marguet. Autour de lui, sont réunis le trompettiste Yoann Loustalot, le pianiste Julien Touéry et la contrebassiste Hélène Labarrière. Un jazz festif où explosent les couleurs de la vie.
« Lovers », une musique à savourer sans modération
Entouré d’un écrin orchestral, le guitariste Nels Cline livre une création peaufinée avec un double album de jazz instrumental intitulé « Lovers ». Cet opus mélodique et raffiné au romantisme émouvant est à partager avec tous les amoureux de musique.
On a portant craint le pire en voyant la couverture de l’album qui émarge aux frontières d’un monde féérique où sévirait un cupidon de pacotille. On a dépassé le packaging, écouté le contenu musical choisi par Nels Cline et découvert une réalisation originale dont la qualité s’est imposée d’emblée. Le guitariste donne à son album un tempo bien éloigné de celui que nous impose le « vivre vite » quotidien. C’est un bonheur sans pareil de savourer la musique de « Lovers », comme on le fait avec un carreau de chocolat qu’on laisse fondre doucement pour mieux en apprécier la saveur.
Même s’il dispose des atouts pour être accessible à un large public, « Lovers » n’en demeure pas moins un vrai disque de jazz (si tant est qu’il y en ait des faux !?) et ne peut en aucun cas être étiqueté musique d’ambiance. En effet Nels Cline n’a pas joué la facilité et d’ailleurs, après plusieurs écoutes attentives on découvre encore de nouvelles nuances et on capte des détails passés inaperçus.
« Lovers ». Une musique subtile et sensuelle. Un cocktail dont la dominante orchestrale apparentée à un jazz presque « cool » serait relevé d’un trait pétillant et acidulé de subtiles dissonances électriques. « Lovers » se déguste en long drink sans modération !
Avec de nombreux enregistrements à son actif, le guitariste et compositeur Nels Cline a exploré une panoplie de nombreux styles musicaux, musique alternative et expérimentale, musique punk et jazz. Aujourd’hui on le connaît surtout pour sa participation au groupe de rock « Wilco » mené par Jeff Tweedy. Le guitariste conduit par ailleurs de nombreux autres projets personnels dont cet album fait partie. En effet Nels Cline avoue que « Cela fait bien 25 ans que je rêve de ce disque … qui devait depuis toujours s’appeler « Lovers ».
Au sein du groupe « Wilco » Nels Cline adopte jeu plutôt dissonant et affectionne les larsens. C’est donc d’autant plus surprenant de l’écouter caresser les cordes de ses guitares entouré d’un écrin orchestral de vingt-trois musiciens dirigés par Michael Leonhart, un autre multi-instrumentiste de talent.
Instruments à cordes, vents, harpe, vibraphone, instruments de jazz et de rock comme la guitare tenue par l’excellent Julian Lage, célesta et synthétiseurs joués par Yuka C. Honda, compagne du leader et signée chez Tzadik (label de John Zorn). La sonorité cristalline de la guitare est servie et mise en évidence par une remarquable réalisation qui propulse en avant le chant limpide des cordes de la guitare et conserve les arrangements de l’orchestre en arrière-plan.
Tout concourt à valoriser les interventions du guitariste, dont le chant concis s’apparente à celui d’un chanteur servi par la matière orchestrale.
De bout en bout des 18 titres, l’album présente une grande cohérence. En effet, Nels Cline a très bien organisé les thèmes de son double album où cohabitent cinq compositions originales et treize reprises dont certaines très connues et d’autres plus obscures. Quelques titres sont redevables au monde du jazz : Jimmy Giuffre, Anette Peacock, Arto Lindsay, Gabor Szabo et Michel Portal. D’autres thèmes émergent du grand répertoire de la chanson américaine : The search for Cat d’Henry Mancini, Why was I born ? de Jerome Kern, et Glad to be unhappy de Richard Rodgers. On écoute I have dreamed de ce même Richard Rodgers.
Parmi tous les morceaux, on apprécie l’habillage décalé de Lady Gabor et les intermèdes bruitistes voire dissonants qui émaillent le titre The Nighy Porterde Daniele Paris juxtaposé à Max Mon amour de Michel Portal. Une atmosphère de fin du monde dont on aime à croire que l’amour nous protège. On se délecte aussi de l’habillage bluesy donné à Cry Want, titre écrit par le saxophoniste et clarinettiste Jimmy Giuffre. On tangue comme dans un rêve à la sensualité exotique et torride à l’écoute de Snare, Girls de Sony Youth.
Nels Cline reprend It Only Has to happen onced’Arto Lindsay. Il se démarque un peu de l’ambiance bossa-post funk que le créateur avait choisi lors de l’enregistrement de l’album « Greed » en 1988 avec « Ambitious lovers » (Airto Lindsay, Peter Scherer et Paulinho da Viola). Pourtant la version du titre enregistré par Nels Cline n’en demeure pas moins en étroite filiation avec la version d’origine à travers les bidouillages saturés des cordes de guitares.
On reste suspendu à l’écoute de Glad to be unhappy dont les arrangements évoquent ceux de Gil Evans. Drumming allégé des balais d’Alex Cline (le frère de Nels), cordes qui valorisent la délicate ligne mélodique de la guitare et s’enroulent autour des sons de la trompette bouchée. Parmi les compositions originales du guitariste de Nels Cline on a aussi aimé l’élégance de ses deux titres Hairpin & Hatbox, The Bond et The bed we made
Certes les 90 minutes de l’album peuvent paraître longues à ceux qui sont consomment plus la musique qu’ils ne l’écoutent. En effet une telle durée de musique requiert de l’auditeur une réelle disponibilité mais la récompense est à l’aulne de la durée d’enregistrement. Et on peut partager ce temps en bonne compagnie, ce qui ne peut qu’augmenter le plaisir !
Dans ce « Jazz Confiné #2 », cinq vidéos proposées par des jazzmen confinés de part et d’autre de l’Atlantique. Stars reconnues ou musiciens confirmés de la jeune scène internationale et européenne, tous improvisent en toute spontanéité sans jamais manquer d’inspiration.
Faute de pouvoir vivre le jazz en concert en cette période de confinement, pourquoi ne pas profiter de quelques vidéos enregistrées par des musiciens d’ici et d’ailleurs. Dans cette rubrique « Jazz Confiné #1 », place à des solos, des duos et un trio.
Rien de mieux en ces temps « confinés » que d’écouter « Happy Hours », un opus réjouissant dont le titre tient toutes ses promesses. Ce sont en effet de « joyeuses heures » musicales que célèbre en quartet, le batteur et compositeur Christophe Marguet. Autour de lui, sont réunis le trompettiste Yoann Loustalot, le pianiste Julien Touéry et la contrebassiste Hélène Labarrière. Un jazz festif où explosent les couleurs de la vie.
L’escapade de John Scofield au royaume de la country
Le 30 septembre 2016, le guitariste John Scofield sort un nouvel album en quartet, « Country for Old Men » (Impulse!/Universal). Il propose une approche très personnelle de la musique country avec l’organiste et pianiste Larry Goldings, le bassiste Steve Swallow et le batteur Bill Stewart. On n’est pas loin de l’univers des frères Cohen.
En 40 ans de carrière, John Scofield s’est imposé comme un guitariste majeur parmi les plus influents dans le domaine du jazz que sont Bill Frisell, John McLaughlin ou Pat Metheny. En 2016 il a reçu le Grammy Award du meilleur album Jazz Instrumental avec « Past Present » (Impulse!/Universal) sorti en septembre 2015. Aujourd’hui il se tourne vers la musique country mais cela n’est pas surprenant pour cet artiste qui n’a cesse d’explorer la musique dans toutes ses dimensions.
John Scofield a en effet imposé sa voix unique dans le jazz moderne en jouant dans les configurations et les styles les plus variés. Blues, bebop, funk, jazz modal post coltranien, jazz swing dans la pure veine de Wes Montgomery, jazz-fusion avec Miles Davis puis sous son nom, jazz soul, jazz moderne et bien d’autres sensibilités musicales. Il incarne donc une synthèse très personnelle de l’étendue des styles qui peuvent être abordés à la guitare.
Certes John Scofield aurait pu aller à Nashville pour enregistrer avec les professionnels patentés de ce style musical mais il a préféré adopter une approche plus jazz. Soutenu par ces grandes pointures du jazz que sont Larry Goldings, Steve Swallow et Bill Stewart, il a tenté l’aventure. Il a en effet déjà collaboré avec les uns et les autres et a pu apprécier leurs qualités et leurs talents. Sa première association en quartet avec Steve Swallow remonte à 1979. Par ailleurs c’est dans les années 90 qu’il a enregistré en trio avec Bill Stewart. Leur complicité les a conduits à tourner ensemble en trio et à enregistrer l’album « EnRoute » en 2003. Sa collaboration avec Larry Goldings remonte aux années 80 et 90, période durant laquelle ils pratiquent ensemble du soul jazz. C’est donc aujourd’hui avec ses trois complices que John Scofield propose une vision renouvelée de la musique country sur « Country For Old Men ».
L’album fera l’objet d’une prochaine chronique lors de sa sortie mais savourer un avant-goût du titre Jolene est un plaisir dont il serait dommage de se priver.
Pour mieux connaître John Scofield… rien de mieux qu’une visite sur le site du guitariste.
Dans ce « Jazz Confiné #2 », cinq vidéos proposées par des jazzmen confinés de part et d’autre de l’Atlantique. Stars reconnues ou musiciens confirmés de la jeune scène internationale et européenne, tous improvisent en toute spontanéité sans jamais manquer d’inspiration.
Faute de pouvoir vivre le jazz en concert en cette période de confinement, pourquoi ne pas profiter de quelques vidéos enregistrées par des musiciens d’ici et d’ailleurs. Dans cette rubrique « Jazz Confiné #1 », place à des solos, des duos et un trio.
Rien de mieux en ces temps « confinés » que d’écouter « Happy Hours », un opus réjouissant dont le titre tient toutes ses promesses. Ce sont en effet de « joyeuses heures » musicales que célèbre en quartet, le batteur et compositeur Christophe Marguet. Autour de lui, sont réunis le trompettiste Yoann Loustalot, le pianiste Julien Touéry et la contrebassiste Hélène Labarrière. Un jazz festif où explosent les couleurs de la vie.
« Mother », états d’âme et rêverie intime de deux complices
L’album « Mother » résulte de la collaboration du pianiste Jacky Terrasson et du trompettiste Stéphane Belmondo. Des quatorze titres se dégage une atmosphère intimiste à la musicalité impressionniste. Le dialogue inspiré de ces deux instrumentistes complices apporte une respiration apaisée propice à la quiétude.
La collaboration de Jacky Terrasson et de Stéphane Belmondo remonte à leurs débuts dans le monde du jazz, il y a près de trente ans. Une époque où ils entretenaient déjà une relation musicale privilégiée. Ils se sont retrouvés il y a six ans pour un concert donné en duo dans le sud-ouest de la France au Festival de Saint-Emilion. Depuis ils ont eu l’occasion de cultiver leur complicité et de donner naissance à un univers qui leur appartient en propre. « Mother » (Impulse!/Universal) dont la sortie est annoncée pour le 02 septembre, est l’aboutissement logique de leurs retrouvailles.
A l’origine, Jacky Terrasson et Stéphane Belmondo ont enregistré une trentaine de titres au Recall Studios. Après écoute, ils « se sont rendus compte que les ballades sonnaient superbement » explique le pianiste. Ils ont donc pris le parti de conserver les « morceaux les plus lents » pour « Mother ».
« Mother », un album de ballades comme une rêverie nostalgique reflet des états d’âme des deux artistes. Dans cet opus Jacky Terrasson et Stéphane Belmondo explorent le registre d’une intimité mélancolique. Non dénuée de lyrisme et d’humour, l’atmosphère du disque est teintée d’un romantisme sobre et raffiné.
Le répertoire de « Mother » comprend des compositions originales, Souvenirs de Belmondo et Hand in Handde Terrasson, des standards du jazz américain, des classiques de la chanson française, une reprise de Stevie Wonder et des interludes.
Au moment de l’enregistrement l’album devait s’intituler « Twin Spirit ». De fait, après que la production de l’album ait été achevé et à la suite de la disparation de la mère de Jacky Terrasson, le disque a été rebaptisé « Mother » d’après le titre de la composition du pianiste figurant au cœur du CD. Ainsi, comme le dit le pianiste, l’album devient un hommage à dédié à sa mère mais aussi « plus largement à toutes les mères et les femmes qui ne peuvent l’être ». L’interprétation du titre éponyme est particulièrement sensible et intense.
L’album ouvre avec First Song, le morceau poignant de Charlie Haden dont les deux musiciens font ressortir la beauté mélancolique. Il se referme avec une interprétation splendide du célèbre Que reste-t-il de nos amours ? de Chauliac et Trenet sorti en 1943.
Du côté de la chanson française on aime une version remarquable de La chanson d’Hélènecomposée pour le film de Claude Sautet « Les Choses de la vie ». Le thème exposé très sobrement par les deux instrumentistes est harmonisé de belle manière par le pianiste dont le toucher délicat sied à cette interprétation raffinée.
Par son équilibre, le dialogue entre les instrumentistes contribue à la réussite de l’interprétation de Lover manoù les deux musiciens croisent et entrecroisent leurs lignes musicales. Sobre mais lyrique. Sans esbroufe, juste la musicalité comme cheval de bataille. Le tissage de You don’t know what love is est de la même veine sensible. On écoute avec bonheur les échanges parfaitement maîtrisés. On se plaît à savourer le toucher minimaliste du pianiste qui n’est pas sans rappeler l’influence des musiques de Debussy, Poulenc, Ravel et Fauré.
On apprécie aussi les « interludes » posés comme des virgules sonores décalées parmi les autres titres. La fantaisie de Pic Saint Loup, nom d’un vin de la région où se trouve le studio d’enregistrement Recall. Les propos interrogatifs de Pompignan, en clin d’oeil à la ville qui a accueilli les musiciens pour l’enregistrement. L’atmosphère désuète mais malicieuse du titre de Stéphane Grappelli, Les Valseuses. La rupture rythmique de Fun Keys où l’on retrouve la frappe percussive et explosive du pianiste, ancien lauréat du prix Thelonious Monk (1993).
La reprise du grand succès de Stevie Wonder, You are the sunshine of my lifeest une surprise savoureuse. En effet, le morceau est presque méconnaissable. Déconstruit et malaxé, il est reconstruit avec des modifications harmoniques et un parti-pris rythmique qui transfigurent le morceau. On dira à juste titre que les deux interprètes se sont réellement réapproprié la composition pour la faire leur.
Tout au long des plages de l’album, l’accompagnement subtil du pianiste Jacky Terrasson procure une trame de musicalité propice à l’expression des lignes mélodiques très dépouillées que dessine le trompettiste Stéphane Belmondo. La simplicité et la subtilité de leur expression contribuent à créer l’atmosphère feutrée et raffinée qui caractérise l’album « Mother ».
On peut retrouver Jacky Terrasson et Stéphane Belmondo le 07 septembre 2016 au Festival « Jazz à la Villette » à la Philharmonie de Paris.
Dans ce « Jazz Confiné #2 », cinq vidéos proposées par des jazzmen confinés de part et d’autre de l’Atlantique. Stars reconnues ou musiciens confirmés de la jeune scène internationale et européenne, tous improvisent en toute spontanéité sans jamais manquer d’inspiration.
Faute de pouvoir vivre le jazz en concert en cette période de confinement, pourquoi ne pas profiter de quelques vidéos enregistrées par des musiciens d’ici et d’ailleurs. Dans cette rubrique « Jazz Confiné #1 », place à des solos, des duos et un trio.
Rien de mieux en ces temps « confinés » que d’écouter « Happy Hours », un opus réjouissant dont le titre tient toutes ses promesses. Ce sont en effet de « joyeuses heures » musicales que célèbre en quartet, le batteur et compositeur Christophe Marguet. Autour de lui, sont réunis le trompettiste Yoann Loustalot, le pianiste Julien Touéry et la contrebassiste Hélène Labarrière. Un jazz festif où explosent les couleurs de la vie.
Né le 27/01/1941 à Los Angeles - Décédé le 15/08/2016 à Montara
Virtuose du vibraphone et du marimba, Bobby Hutcherson a concilié la dimension mélodique à celle de la percussion sur ces instruments dont il est devenu un maître incontesté. Il a joué aux côtés des plus grands jazzmen et a enregistré de nombreux albums chez Blue Note.
Né à Los Angeles, il découvre le jazz grâce à son frère Teddy et sa sœur chanteuse dans l’orchestre de Gerald Wilson. Il est formé au piano par Teddy Trotter mais abandonne l’instrument pour le vibraphone après avoir écouté Milt Jackson. Il se met à jouer dans les soirées de son école avec le bassiste Herbie Lewis et travaille d’arrache-pied pour améliorer sa technique. Dans les années 50 il a l’occasion de jouer avec le saxophoniste et flutiste Charles Lloyd.
En 1961 il est appelé à New York par le saxophoniste Jacky McLean avec qui il enregistre en 1963 l’album « One Step Beyond » gravé sous le Label Blue Note. McLean lui présente le clarinettiste, flutiste et saxophoniste Eric Dolphy avec qui il aura l’occasion d’enregistrer le disque « Out To Lunch ». Chauffeur de taxi à mi-temps, il compose pour son fils Barry un titre devenu un de ses morceaux les plus connus Little B’s Poem.
Il enregistre ensuite en leader l’album « Dialogue » en 1965 avec le trompettiste Freddie Hubbard puis « Stick up » en 1966 avec le saxophoniste Joe Henderson et le pianiste McCoy Tiner avec qui il entame une collaboration fructueuse. La même année il grave sous son nom chez Blue Note l’album « Happenings » avec le pianiste Herbie Hancock. De retour en Californie, il s’associe avec le saxophoniste Harold Land avec qui il enregistre en 1970 le titre Ummh sur l’album « San Francisco » qui s’inscrit alors dans une mouvance jazz soul-funk. Après de nombreux enregistrements chez Blue Note il travaille pour Columbia mais renoue en 2014 avec le label mythique pour un dernier album, « Enjoy the View ».
Ainsi tout au long de sa carrière, le vibraphoniste a côtoyé et s’est adapté à la plupart des courants musicaux, du be-bop, hard-bop, free jazz, soul-funk sans oublier les rythmes latins et le jazz-rock avec lesquels il a aussi flirté dans les années 70.
Son jeu brillant développe des phrases très rapides héritées du be-bop alors qu’il pratique des improvisations modales venues en droite ligne de l’épopée post-bop. Son accompagnement aux séquences peu accentuées ont été très appréciées des solistes. Même si on a pu lui reprocher une sonorité un peu froide, il a su gommer cette caractéristique en intégrant à sa manière la chaleur des rythmes africains. Il a inspiré des générations de vibraphonistes et son héritage continuera au-delà de sa disparition.
On ne ne se lasse pas de regarder et écouter la vidéo enregistrée en 2002 au festival Jazz Baltica où McCoy Tyner et Bobby Hutcherson interprètent Moment’s Noticede John Coltrane avec Charnett Moffett à la contrebasse et Eric Harland à la batterie.
Une sélection de nos disques préférés
En leader
« Dialogue » (1965) Blue Note - aux côtés de Bobby Hutcherson : Andrew Hill (piano), Sam Rivers (sax ténor, sax soprane, clarinete basse, flûte), Freddie Hubbard (trompette), Richard Davis (contrebasse) et Joe Chambers (batterie)
« Stick up » (1967) Blue Note - aux côtés de Bobby Hutcherson : McCoy Tiner (piano), Joe Henderson (saxophone ténor), Herbie Lewis (contrebasse) et Billy Higgins (batterie)
En sideman
« Out to lunch ! » (1964) Blue Note - Eric Dolphy (saxophone, flûte, clarinette basse), Freddie Hubbard (trompette), Richard Davis (contrebasse), Bobby Hutcherson (vibraphone) et Tony Williams (batterie)… Disque effervescent
« Reflections » (1989) Contemporary Records - Frank Morgan All Stars : Frank Morgan (sax alto), Joe Henderson (saxophone ténor), Mulgrew Miller (piano), Bobby Hutcherson (vibraphone), Ron Carter (contrebasse) et Al Foster (batterie)… Six grands maîtres réunis
« Wholly Earth » (1998) Verve Records - Abbey Lincoln (chant, arrangements), Marc Cary (piano), James Hurt (piano), Bobby Hutcherson (vibraphone, marimba), Nicolas Payton (trompette, flugelhorn), John Ormond (contrebasse), Michael Bowie (contrebasse), Maggie Brown (chant), Daniel Moreno (percussion), Alvester Garnett (batterie)… Émotion et profondeur
Films
Bobby Hutcherson a fait quelques apparitions au cinéma :
en 1969 dans le film de Sydney Pollack « On achève bien les chevaux »
en 1985 dans le film de Bertrand Tavernier « Autour de Minuit »
Dans ce « Jazz Confiné #2 », cinq vidéos proposées par des jazzmen confinés de part et d’autre de l’Atlantique. Stars reconnues ou musiciens confirmés de la jeune scène internationale et européenne, tous improvisent en toute spontanéité sans jamais manquer d’inspiration.
Faute de pouvoir vivre le jazz en concert en cette période de confinement, pourquoi ne pas profiter de quelques vidéos enregistrées par des musiciens d’ici et d’ailleurs. Dans cette rubrique « Jazz Confiné #1 », place à des solos, des duos et un trio.
Rien de mieux en ces temps « confinés » que d’écouter « Happy Hours », un opus réjouissant dont le titre tient toutes ses promesses. Ce sont en effet de « joyeuses heures » musicales que célèbre en quartet, le batteur et compositeur Christophe Marguet. Autour de lui, sont réunis le trompettiste Yoann Loustalot, le pianiste Julien Touéry et la contrebassiste Hélène Labarrière. Un jazz festif où explosent les couleurs de la vie.