Pour son nouvel album, « Fragments », le contrebassiste Yves Rousseau réunit autour de lui un groupe transgénérationnel de musiciens talentueux. Ancrée dans les souvenirs de son écoute des groupes pop rock entre 1976 et 1979, la musique laisse une grande place aux solistes. L’écriture inventive et exaltante du leader inspire aux instrumentistes des improvisations décapantes.
Bernard Lubat en résidence à l’AmphiJazz de Lyon
Un jazz libre, questionné et sans cesse réinventé
Du 13 au 15 avril 2017, l’AmphiJazz de l’Opéra de Lyon accueille en résidence « l’im-poly-instrumentiste » Bernard Lubat. A la fois poète, chanteur, batteur, pianiste, accordéoniste, vibraphoniste et compositeur, ce fils prodige du jazz est surtout le tenant d’un jazz inclassable et insolent. Au menu, improvisation et liberté.
Après la résidence exceptionnelle du saxophoniste Christophe Monniot qui a captivité, surpris et enthousiasmé le public tout au long des cinq concerts donnés à l’AmphiJazz en mars 2017, François Postaire invite Bernard Lubat. C’est un plaisir de retrouver l’agitateur gasconnais présent à la batterie dans le trio de Martial Solal, le 14 octobre 2016 dans la Grande Salle de l’Opéra de Lyon.
A la tête la Compagnie Lubat, cette compagnie transartistique de divagation, le musicien a créé dans sa ville natale, le fameux festival « Uzeste musical visages villages des arts à l’œuvre », véritable Mine d’Art à Ciel Ouvert.
Né le 12 mai 1945 à Uzeste, en lisière des Landes et de la Gascogne, au premier étage du café Estaminet d’Alban et Marie Lubat, Bernard Lubat grandit, écoute et apprend l’accordéon. Il prend des cours de piano classique dans un village voisin et entre ensuite au Conservatoire de Bordeaux où il découvre les percussions. Il poursuit son cursus au Conservatoire de Paris à 16 ans où il obtient ses diplômes.
Dans le même temps il fréquente les caveaux de jazz de Paris et sa vie bascule dans cette musique. Il « apprend le jazz en le jouant » avec les plus grands, Stan Getz, Martial Solal, Eddy Louiss… Il participe au groupe vocal « les Double-Six » et prend part à l’émergence du free-jazz en France auprès de Michel Portal, Jean-François Jenny-Clark et Jean Pierre Drouet. Dans le même temps il contribue à la création d’œuvres contemporaines avec entre autres Luciano Berio tout en côtoyant des musiciens de la chanson française comme Jacques Brel, Yves Montand et Claude Nougaro.
Au début des années 80 il fait le choix radical de quitter les scènes et les studios parisiens et rentre à Uzeste où il monte avec son ami Patrick Auzier la Compagnie Lubat, véritable laboratoire voué au décloisonnement des arts. L’improvisation constitue la pierre essentielle du jazz de la Cie, un jazz ouvert qui lutte pour renouveler ses formes, qui questionne le(s) sens. Il crée un festival d’été nommé « Hestejada de las artas » où il accueille Jaques Di Donato, André Minvielle, François Corneloup, Michel Portal, Beñat Achary, Sylvain Luc, Jean-Louis Chautemps, … mais les musiciens ne sont pas les seuls à fréquenter le festival. On y trouve aussi des poètes et des écrivains comme Bernard Manciet, Edouard Glissant, des plasticiens comme Ernest Pignon, des sociologues et même des syndicalistes.
Sans cesse en recherche, Bernard Lubat se dit « œuvrier créateur » et « chercheur d’art ». Il est en fait un musicien en liberté qui résiste contre le système et questionne sans cesse la musique et le monde. Inventer, bricoler, croiser, questionner, douter. Pour lui, « le jazz est une colère, un rire, un humour, une insolence, du corps, de la pensée »… « de la composition permanente, instantanée multi-immédiate ».
Pour mieux profiter de cette résidence de Bernard Lubat à l’AmphiJazz, on conseille la lecture d’un petit bouquin savoureux où le musicien livre sa vision de l’artiste et expose l’intérêt de l’improvisation comme outil de création. Il s’agit de l’ouvrage sorti en juillet 2016 aux Éditions Court Circuit et intitulé « Lubat Incendiaire », entretien dodécaphonique avec Jean-Marie Faure. Un livre où l’on apprend qu’on ne s’improvise pas improvisateur.
On comprend d’emblée que la résidence de Bernard Lubat ne ressemblera à aucune autre et sera l’occasion pour les spectateurs de découvrir un jazz qui refuse de se laisser formater, un jazz loin des sentiers battus qui se laisse saisir par qui veut bien l’approcher sans a priori et être disponible pour le recevoir.
Le jeudi 13 avril à 20h30, la soirée sera Intranquille. Le Gascon Bernard Lubat (piano/batterie/voix) convie son compère basque le guitariste Sylvain Luc. De la musique sans papiers, 100% improvisée, groove inclus, énergie intacte, joie de jouer sans borne.
Le vendredi 14 avril à 20h30, l’UZ Quartet invite Louis Sclavis. Pour Bernard Lubat, Louis Sclavis est un « artistisan » de la musique improvisée, un vrai improvisateur. Bernard Lubat tient les claviers, son fils Louis Lubat est la batterie, Fabrice Vieira assure le chant et la guitare et Louis Sclavis est annoncé à la clarinette basse. Une soirée comme une promesse d’invention pour découvrir une musique que l’on ne trouve pas dans les bacs du commerce, une musique non formatée, une musique à vivre en direct.
Le samedi 15 avril à 20h30 est l’occasion pour Bernard Lubat d’inviter Jacques Di-Donato, ancien camarade de promotion, ancien professeur du CNSMD de Lyon et présent dans la première Cie Lubat. On retrouve Bernard Lubat au piano et au chant, Fabrice Vieira à la guitare et au chant, Jules Rousseau à la guitare basse, Thomas Boudé à la guitare et Jacques Di Donato à la clarinette basse. Une rencontre à travers les âges, les générations, les genres, l’énergie au cœur et l’imaginaire à l’abordage. De la musique à vivre qui n’en finit pas de commencer.
Il convient aussi de repérer les deux séances d’Amphi-Midi proposés à 12h30 le mercredi 12 et le vendredi 14 avril. Lors du premier rendez-vous Bernard Lubat (voix, piano, textes) en solo propose des « Improvisions d’oreilles ». Avec lui « laissons aller… improviser… respirer… la pensée ». Lors du second moment, Bernard Lubat promet des « Mosicans solis solos ». des solos de Bernard Lubat, accordéon/mots, Louis Lubat, batterie/mots, Fabrice Vieira, guitare/mots. L’occasion de saisir comment entre culture et artistique, oral et écrit, improvisé et interprété, s’élabore et se cultive la personnalité d’un artiste œuvrier musicien contemporain.
Pour Bernard Lubat, l’art doit faire réfléchir et divertir, avertir et éduquer, faire vivre ensemble et autonomiser mais aussi troubler, exciter et provoquer. Pour vibrer en ce sens, rendez-vous du 13 au 15 avril à l’AmphiJazz de l’Opéra de Lyon.
Un avant-goût du duo Lubat/Luc…
Clin d’œil à Yves Rousseau Septet & « Fragments »
David Linx signe « Skin in The Game »
Avec « Skin In The Game », le chanteur, auteur, compositeur et producteur David Linx signe un album à la fois énergique et sensible. Celui qui est devenu une référence en matière de jazz vocal, propose un opus poétique où il se met à nu. Autour de lui, il réunit une équipe de premier plan avec Gregory Privat au piano, Chris Jennings à la contrebasse, Arnaud Dolmen à la batterie et en invités, le guitariste Manu Codjia et le slameur Marlon Moore. Entre force et délicatesse, un opus à fleur de peau qui témoigne de ses convictions, de son implication dans le monde actuel et rend hommage à des figures qui lui sont chères. Au sommet de son art, David Linx performe plus que jamais au-dessus de la mêlée.
Les nuages musicaux de « Rahona »
Le quartet Rahona résulte de la rencontre de deux guitaristes, Joël Rabesolo et Julien Marga. En quartet, les deux musiciens proposent un album dont le titre emprunte son nom au groupe. « Rahona » cultive lyrisme et poésie. Sa musique emprunte au jazz et intègre des éléments de musique africaine, de rock et de musique contemporaine. De belles sensations musicales aux couleurs pastels et aux ambiances nuageuses.

Dans cette soirée du 17 mars 2017 il devient instrument de lutte et tente de mobiliser contre l’indifférence, sensibiliser aux injustices, mettre en garde et engager au combat. En effet, A Vaulx Jazz donne la parole à deux musiciens issus de cultures différentes. Naissam Jalal-Marc Ribot. Deux musiques quasiment aux antipodes.
rythmique soutient l’expression remarquable des solistes.
contre les violences policières.
Le second set revient à Marc Ribot et son projet Ceramic Dog. A ses côtés, Shahzad Ismally à la guitare, basse, percussions et Moog et le batteur Ches Smith. Si le nombre de musiciens diminue, l’intensité sonore augmente. L’ambiance se profile comme enragée voire nucléaire. Le guitariste présente un brûlot enflammé contre le capitalisme et le consumérisme crié sur une musique libérée de toute frontière. Une esthétique vigoureuse qui hésite entre rock post punk et jazz avant-gardiste underground.
Le groupe se présente comme un triangle à géométrie mouvante. Deux guitares, une batterie et trois voix. Une voix, une guitare, une basse et des percussions. Deux voix, deux batteries, une guitare. Le guitariste virtuose sait tout faire et ne bride à aucun moment l’expression de son orchestre qui apparaît comme une extension de lui-même. Si la musique affiche la rage et la violence, elle n’en est pas moins construite avec une précision surprenante. Le guitariste pilote la machine à musique et les morceaux se succèdent sans interruption sous sa férule attentive.
Marc Ribot n’est pas content et il le fait savoir. Il se partage entre guitare et voix pour exprimer sa rage contre la société de consommation et ses dérives dont le téléchargement illégal des musiques. Il dénonce les méfaits du capitalisme qui abandonne ses enfants et perpétue la ségrégation à tous les niveaux de la société. Sur des rythmes effrénés, les improvisations de la guitare crient la désespérance et la colère. Sa voix hurle la révolte et appelle à la résistance et au combat.
l’enthousiasme des spectateurs. Le groupe présente le répertoire de son nouvel album ce qui explique sans doute le manque de délire et de spontanéité de la prestation très réglée.
Véritable institution de la Nouvelle-Orléans, le Dirty Dozen Brass Band (DDBB) fête sur les routes du monde le quarantième anniversaire de sa création avec à sa tête ses deux membres fondateurs le trompettiste Gregory Davis et le saxophoniste baryton Roger Lewis.
Attaché au courant des musiques populaires le DDBB renouvelle les fondations de la tradition mais colle à la réalité de la musique d’aujourd’hui. Avec simplicité et cordialité le groupe invite le Zozophonic Orchestra qu’il entraîne dans son délire furieux. Le plaisir de Sylvain Felix et de Jean Crozat est palpable lorsqu’ils mêlent leurs souffles à ceux des cuivres du Dirty Dozen Brass Band. Peut-être le charisme des américains sera-t-il une source d’inspiration pour « Manouche » plutôt en retrait face à ces bêtes de scène.
Face au public tous les musiciens exultent. Sous des dehors plutôt calmes, Kevin Harris joint son chant et celui de son saxophone ténor à la liesse. Au sousaphone, Kirk Joseph assure les basses avec une vigueur impressionnante.
Dommage que le son de cet instrument ait été quelque peu amputé de toutes ses harmoniques que l’on ne percevait que devant la scène en son direct. Malgré son frêle gabarit le guitariste Takeshi Shimmura fait merveille aux côtés de Julian Addison, batteur charismatique et infatigable.
Le
« Gershwin » est en effet un album incontournable à conseiller à tout amateur de Musique.
2017 marque le grand retour sur disque du pianiste Eric Legnini en leader. « Waxx Up » (Anteprima/Musicast) est annoncé pour le 17 mars 2017.
Sur « Villes invisibles », Toufic Farroukh s’éloigne de Beyrouth, sa cité natale à laquelle il a consacré l’album « Cinéma Beyrouth » en 2012. Déjà présents sur le précédent opus, le pianiste Leandro Aconcha et le batteur Luc Isenmann demeurent aux côtés de saxophoniste rejoints par le contrebassiste Marc Buronfosse. Autour de cette section rythmique on retrouve l’accordéoniste Didier Ithursarry, le joueur de oud Ahmad Al Khatib, le guitariste Frédéric Favarel et le percussionniste Bachar Khalifé.
Aujourd’hui avec son deuxième album chez Blue Note,
Enfin, Yaron Herman « trouve que cette lettre ressemble à un arbre ». On peut donc aussi percevoir l’album comme l’alliage de trois segments soudés, trois musiciens associés, trois racines unies pour former un tronc solide. Un tronc qui ne demande qu’à générer des boutures, des bourgeons, des expansions vers une musique projetée vers l’avenir à partir du terreau des origines. On perçoit alors Y comme un symbole porteur d’unité et de devenir.
Trois titres captivent par leurs climats dynamiques et étranges, par l’énergie qui les traversent, par le mouvement omniprésent qu’ils suggèrent, par les échappées lyriques qui fusent de leur trame répétitive et rythmique. First Dance, Legs to run et Side jump. Énergie, rythme, riffs mélodiques réitératifs créent des climats dynamiques et étranges.
Sur leur nouvel album, « Sons of Love » (Label Bleu/L’Autre Distribution) sorti le 03 mars 2017, les chevaliers supersoniques content l’héroïque histoire de Titan qui rencontre des Sirènes. Une Fantasy où ensemble ils voyagent dans les Spaces Ways et dans une explosion d’amour de planète en planète jusqu’à l’extase, se posent enfin pour retenir le temps. Ils prennent alors conscience qu’ils sont les fils de l’amour, tissés et transcendés par les Simples Forces, et partent à la reconquête du butin pour faire la Révolution, la seule, la grande, la vraie : autour du soleil. Et tout recommencer.
Avec « Play Sun Ra », Thomas de Pourquery et « Supersonic » ont rencontré un franc succès auprès du public et des critiques. Le disque a même été désigné « Album de l’année » aux Victoires du jazz 2014. Les concerts qui ont suivi la sortie de l’opus ont eux-aussi déclenché l’enthousiasme des publics. On se rappelle encore leur superbe prestation pour la soirée de clôture de la 28ème édition du festival « A Vaulx Jazz » le 21 mars 2015 en ouverture de la soirée consacrée à Sun Ra avec le saxophoniste Thomas de Pourquery et son « Supersonic plays Sun Ra » suivi du « Sun Ra Arkestra » sous la direction du saxophoniste alto Marshall Allen.
Paul Lay en trio avec le contrebassiste Clemens van der Feen et le batteur Dré Pallemaerts, C’est aussi un trio que propose l’opus « Alcazar Memories » où Paul Lay se produit avec la chanteuse Isabel Sörling et le contrebassiste Simon Tallieu.
« The Party » & « Alcazar Memories ». Deux albums, deux trios, deux concepts différents mais sur les deux albums demeure un invariable. Le talent de Paul Lay à renouveler son inspiration dans l’écriture et l’interprétation, à fédérer l’énergie de ses partenaires et à générer le rêve et l’émotion chez les auditeurs. Le pianiste développe une expression très personnelle d’où est absente toute reproduction. Virtuose, il prend de la distance avec la technique pour développer une identité singulière mobilisée au service de la création.
Pour l’album « The Party », Paul Lay élabore un nouveau répertoire avec le batteur Dré Pallemaerts et le contrebassiste Clemens Van Der Feen. Comme une illustration sonore de scènes cinématographiques qui se déroulent lors d’une fête. Chaque morceau caractérise un personnage, une situation, ou encore un échange de regards, une danse, et bien d’autres mouvements. Une fête mystérieuse aux frontières du réel où l’on observe à masque caché et où se confrontent les egos.
L’album « Alcazar Memories » fait suite à une rencontre avec Isabel Sörling et au travail qui s’est poursuivi entre le pianiste, la chanteuse et le contrebassiste Simon Tailleu et a donné lieu en 2013 à la création « Alcazar Memories », en hommage au Music-Hall marseillais, au Théâtre de la Criée quand Marseille était « Capitale Européenne de la Culture ».