Bernard Lubat en résidence à l’AmphiJazz de Lyon

Bernard Lubat en résidence à l’AmphiJazz de Lyon

Un jazz libre, questionné et sans cesse réinventé

Du 13 au 15 avril 2017, l’AmphiJazz de l’Opéra de Lyon accueille en résidence « l’im-poly-instrumentiste » Bernard Lubat. A la fois poète, chanteur, batteur, pianiste, accordéoniste, vibraphoniste et compositeur, ce fils prodige du jazz est surtout le tenant d’un jazz inclassable et insolent. Au menu, improvisation et liberté.

Après la résidence exceptionnelle du saxophoniste Christophe Monniot qui a captivité, surpris et enthousiasmé le public tout au long des cinq concerts donnés à l’AmphiJazz en mars 2017, François Postaire invite Bernard Lubat. C’est un plaisir de retrouver l’agitateur gasconnais présent à la batterie dans le trio de Martial Solal, le 14 octobre 2016 dans la Grande Salle de l’Opéra de Lyon.

A la tête la Compagnie Lubat, cette compagnie transartistique de divagation,  le musicien a créé dans sa ville natale, le fameux festival « Uzeste musical visages villages des arts à l’œuvre », véritable Mine d’Art à Ciel Ouvert.

Né le 12 mai 1945 à Uzeste, en lisière des Landes et de la Gascogne, au premier étage du café Estaminet d’Alban et Marie Lubat, Bernard Lubat grandit, écoute et apprend l’accordéon. Il prend des cours de piano classique dans un village voisin et entre ensuite au Conservatoire de Bordeaux où il découvre les percussions. Il poursuit son cursus au Conservatoire de Paris à 16 ans où il obtient ses diplômes.

Dans le même temps il fréquente les caveaux de jazz de Paris et sa vie bascule dans cette musique. Il « apprend le jazz en le jouant » avec les plus grands, Stan Getz, Martial Solal, Eddy Louiss… Il participe au groupe vocal « les Double-Six » et prend part à l’émergence du free-jazz en France auprès de Michel Portal, Jean-François Jenny-Clark et Jean Pierre Drouet. Dans le même temps il contribue à la création d’œuvres contemporaines avec entre autres Luciano Berio tout en côtoyant des musiciens de la chanson française comme Jacques Brel, Yves Montand et Claude Nougaro.

Au début des années 80 il fait le choix radical de quitter les scènes et les studios parisiens et rentre à Uzeste où il monte avec son ami Patrick Auzier la Compagnie Lubat, véritable laboratoire voué au décloisonnement des arts. L’improvisation constitue la pierre essentielle du jazz de la Cie, un jazz ouvert qui lutte pour renouveler ses formes, qui questionne le(s) sens. Il crée un festival d’été nommé « Hestejada de las artas » où il accueille Jaques Di Donato, André Minvielle, François Corneloup, Michel Portal, Beñat Achary, Sylvain Luc, Jean-Louis Chautemps, … mais les musiciens ne sont pas les seuls à fréquenter le festival. On y trouve aussi des poètes et des écrivains comme Bernard Manciet, Edouard Glissant, des plasticiens comme Ernest Pignon, des sociologues et même des syndicalistes.

Sans cesse en recherche, Bernard Lubat se dit « œuvrier créateur » et « chercheur d’art ». Il est en fait un musicien en liberté qui résiste contre le système et questionne sans cesse la musique et le monde. Inventer, bricoler, croiser, questionner, douter. Pour lui, « le jazz est une colère, un rire, un humour, une insolence, du corps, de la pensée »… « de la composition permanente, instantanée multi-immédiate ».

Pour mieux profiter de cette résidence de Bernard Lubat à l’AmphiJazz, on conseille la lecture d’un petit bouquin savoureux où le musicien livre sa vision de l’artiste et expose l’intérêt de l’improvisation comme outil de création. Il s’agit de l’ouvrage sorti en juillet 2016 aux Éditions Court Circuit et intitulé « Lubat Incendiaire », entretien dodécaphonique avec Jean-Marie Faure. Un livre où l’on apprend qu’on ne s’improvise pas improvisateur.

On comprend d’emblée que la résidence de Bernard Lubat ne ressemblera à aucune autre et sera l’occasion pour les spectateurs de découvrir un jazz qui refuse de se laisser formater, un jazz loin des sentiers battus qui se laisse saisir par qui veut bien l’approcher sans a priori et être disponible pour le recevoir.

Le jeudi 13 avril à 20h30, la soirée sera Intranquille. Le Gascon Bernard Lubat  (piano/batterie/voix) convie son compère basque le guitariste Sylvain Luc. De la musique sans papiers, 100% improvisée, groove inclus, énergie intacte, joie de jouer sans borne.

Le vendredi 14 avril à 20h30, l’UZ Quartet invite Louis Sclavis. Pour Bernard Lubat, Louis Sclavis est un « artistisan » de la musique improvisée, un vrai improvisateur. Bernard Lubat tient les claviers, son fils Louis Lubat est la batterie, Fabrice Vieira assure le chant et la guitare et Louis Sclavis est annoncé à la clarinette basse. Une soirée comme une promesse d’invention pour découvrir une musique que l’on ne trouve pas dans les bacs du commerce, une musique non formatée, une musique à vivre en direct.

Le samedi 15 avril à 20h30 est l’occasion pour Bernard Lubat d’inviter Jacques Di-Donato, ancien camarade de promotion, ancien professeur du CNSMD de Lyon et présent dans la première Cie Lubat. On retrouve Bernard Lubat au piano et au chant, Fabrice Vieira à la guitare et au chant, Jules Rousseau à la guitare basse, Thomas Boudé à la guitare et Jacques Di Donato à la clarinette basse. Une rencontre à travers les âges, les générations, les genres, l’énergie au cœur et l’imaginaire à l’abordage. De la musique à vivre qui n’en finit pas de commencer.

Il convient aussi de repérer les deux séances d’Amphi-Midi proposés à 12h30 le mercredi 12 et le vendredi 14 avril. Lors du premier rendez-vous Bernard Lubat (voix, piano, textes) en solo propose des « Improvisions d’oreilles ». Avec lui « laissons aller… improviser… respirer… la pensée ». Lors du second moment, Bernard Lubat promet des « Mosicans solis solos ». des solos de Bernard Lubat, accordéon/mots, Louis Lubat, batterie/mots, Fabrice Vieira, guitare/mots. L’occasion de saisir comment entre culture et artistique, oral et écrit, improvisé et interprété, s’élabore et se cultive la personnalité d’un artiste œuvrier musicien contemporain.

Pour Bernard Lubat, l’art doit faire réfléchir et divertir, avertir et éduquer, faire vivre ensemble et autonomiser mais aussi troubler, exciter et provoquer. Pour vibrer en ce sens, rendez-vous du 13 au 15 avril à l’AmphiJazz de l’Opéra de Lyon.

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« L’Océan Sonore » de Catali Antonini

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