Echo#3-Jazz à Vienne 2019

Echo#3-Jazz à Vienne 2019

« Bagatelles Marathon », un évènement d’exception

Echo#3-Jazz à Vienne 2019 propose un retour sur la soirée du 10 juillet 2019 sur la scène du Théâtre Antique du festival Jazz à Vienne. Loin des formats habituels, « Bagatelles Marathon » a  permis au public de découvrir la conception que son créateur John Zorn a du jazz. L’occasion de pénétrer dans un univers musical ouvert sur de nombreux idiomes sans discrimination de genres. Une proposition hors norme, un évènement d’exception.

Si le terme bagatelle est devenu dans l’acception courante synonyme de futilité, d’anecdote, de petit rien, après l’écoute des « Bagatelles Marathon » de John Zorn, le mot est associé à rareté, à exception.

En effet, la soirée a permis au public de découvrir la conception que le compositeur a de la musique, un éventail de genres qui va du jazz le plus libre au punk le plus dur avec des escapades du côté du classique, de la musique répétitive, du bruitisme, du rock, de l’électronique sans omettre des emprunts aux musiques du monde et à d’autres d’ailleurs qui n’appartiennent qu’à lui.

« Bagatelles Marathon » de John Zorn

Le compositeur, saxophoniste alto, clarinettiste, organiste et producteur new-yorkais John Zorn vient présenter ses « Bagatelles Marathon » sur la scène du Théâtre Antique de Vienne. Si en musique classique, une bagatelle est une courte composition sans prétention conçue dans un style léger, les Bagatelles de John Zorn se présentent comme un cycle de compositions atonales dont John Zorn confie l’interprétation à une trentaine de musiciens, parmi lesquels nombre de ses fidèles collaborateurs pour la plupart new-yorkais.

Ainsi 14 groupes vont se succéder le 10 juillet 2019 en 2 sets sur la scène du Théâtre Antique pour interpréter quelques 50 compositions de « The Bagatelles » composées par John Zorn depuis 2015.

De bout en bout du concert, le maître de soirée, John Zorn, demeure sur scène pour jouer, présenter ou diriger sur le plateau ou hors scène pour veiller, soutenir, écouter. Vêtu de son habituel pantalon de treillis, il ouvre la soirée en tee-shirt rouge avec son alto à la tête de son quartet Masada et terminera encapuchonné dans un sweat noir pour diriger la prestation d’Asmodeu, le dernier groupe de la soirée. Dans l’intervalle on le verra applaudir, sourire, se lever, approuver, encourager, vibrer et présenter chaque groupe lors des changements de plateau. A ce propos, il convient de saluer la performance de l’équipe technique qui a assuré des enchainements parfaits et une restitution sonore idéale.

Le déroulement de la soirée

Pour cet Echo#3-Jazz à Vienne 2019, on fait le choix d’associer chaque prestation à des qualificatifs. Certes, ces termes sont porteurs de subjectivité mais ils restituent les impressions d’une écoute instantanée et attentive.

L’entrée en matière est combative et volcanique avec Masada qui ouvre la soirée. John Zorn (saxophone alto), Dave Douglas (trompette), Greg Cohen (contrebasse) et Joey Baron (batterie) rivalisent d’énergie et font gronder la musique. On perçoit des échos venus d’Eric Dolphy. Après 3 morceaux, place au duo Sylvie Courvoisier & Mark Feldman. La pianiste et le violoniste proposent une fantaisie moderne très fusionnelle. Aux confins de la musique répétitive, avec quelques évocations du monde de Bartok, les deux morceaux présentés possèdent une intense dimension dramatique et interrogative.

Avec Mary Halvorson Quartet, on pénètre dans un monde plus éruptif. Les quatre surdoués tricotent une musique dense. En effet Mary Halvorson (guitare), Miles Okazaki (guitare), Drew Gress (contrebasse) et Tomas Fujiwara (batterie) font alterner des vagues puissantes qui donnent l’impression d’être immergé dans des coulées de lave qui aurait traversé des contrées rock. Place ensuite au duo Erik Friedlander-Mike Nicolas. Leurs violoncelles dessinent une évocation poétique où coexistent introspection et furie. Entre méditation et rythme, les deux schizo-cellos jouent à l’unisson ou assurent tour à tour mélodie et accompagnement.

Avec la venue du trio Trigger, le contraste est intense. Will Greene (guitare), Simon Hanes (basse) et Aaron Edgcomb (batterie) exécutent une musique punk-rock, décapante et explosive, organique et physique. Tempo infernal, puissance maximale (qui justifie l’usage de protections auditives) et exubérance scénique. On redoute presque un tremblement de terre. C’est alors au tour du pianiste Criag Taborn de se produire en solo. Ses mains zombies très indépendantes pratiquent des explorations percussives du clavier. Grands écarts et impulsions rythmiques. Elles incarnent le concept de rupture, conversent, combattent et délirent jusqu’au paroxysme.

On quitte cet univers évocateur des ambiances de Cecil Taylor ou de la musique contemporaine pour retrouver John Medeski Trio. John Medeski (orgue), Dave Fuczynski (guitare) et Calvin Weston (batterie) produisent de l’énergie pure. Une musique tellurique et charpentée où orgue et guitare dialoguent sur le flot grondant que déverse la batterie. Entre jazz et rock, les impulsions exacerbées de la guitare stimulent l’orgue dont le fluide vital alimente l’énergie de la batterie.

Après une courte pause, le concert reprend avec Nova Quartet qui réunit John Medeski, cette fois au piano, Kenny Wollesen (vibraphone), Trevor Dunn (contrebasse) et Joey Baron (batterie). Retour aux fondamentaux avec un soul groovy à moins que ce ne soit du groove fusionnel. Sans atermoiement les quatre complices malmènent pourtant les repères habituels (mélodie, harmonie, rythmique) et pratiquent un combat pulsatile qui libère un jazz solide. Arès trois morceaux, le quartet cède la place au duo de guitaristes Gyan Rilzy & Julian Lage. En très grande proximité, presque les yeux dans les yeux les deux virtuoses au service de la poésie entreprennent un dialogue encordé entre guitare folk et guitare classique et proposent une bagatelle flamenco (c’est ainsi que la présente John Zorn).

Le set continue avec Brian Marsella Trio. Contrebasse solide, piano très libre avec une main gauche pulsatile et une main droite véloce, batterie métronomique. Brian Marsella (piano), Trevor Dunn (contrebasse) et Kenny Wollesen (batterie) enchaînent les breaks et font monter la tension lors du premier morceau. Ils pratiquent ensuite une poésie triangulaire où les lignes ravelisantes du piano libèrent des couleurs irisées et orientales sur le tempo ralenti mené par les mailloches du batteur. Le dernier moment révèle de nouveaux contrastes. Rythme et tension reviennent, les humeurs des instruments s’affrontent, dans les coulisses John Zorn se lève, interpelé sans doute par ce moment phénoménal. Il vient d’ailleurs saluer avec le trio avant de présenter Ikue Mori. Seule sur scène avec son ordinateur et ses dispositifs électroniques programmés, elle fait dialoguer ses computers avec les étoiles. Une libre escapade aux frontières de l’étrange.

La formation menée par Kris Davis poursuit la soirée. Entourée de Mary Halvorson (guitare), Drew Gress (contrebasse) et Kenny Wollesen (batterie), la pianiste explore librement la partition et l’espace. S’ensuivent des schémas répétitifs pulsatifs aux multiples contrastes rythmiques. Une musique singulière où les instruments dialoguent au gré des rythmes. Advient ensuite le solo peu banal du trompettiste Peter Evans. Il tutoie le toit du monde, le soutient ou le fait s’effondrer, comme s’il déclenchait les éléments naturels sur scène. La phénoménale trompette déclenche la tornade et rend possible l’impossible (dixit John Zorn). Étonné et/ou séduit, le public applaudit à tout rompre.

« Bagatelles Marathon » se termine avec Asmodeux. John Zorn quitte les coulisses et rejoint Marc Ribot (guitare), Trevor Dunn (basse) et Kenny Grohowski (batterie) pour le dernier mais non le moindre des sets de la soirée. C’est le maître qui dirige la tempête paroxistique que délivre le trio. C’est foudroyant, la guitare saturée se déchaîne, la basse exaspérée délire, la batterie fait trembler la scène. Un sommet qui comble l’ensemble du public et clôt la soirée en beauté.

Après ce dernier moment extatique, les 29 musiciens reviennent sur scène autour de John Zorn et saluent en ligne le public qui leur réserve une ovation plus que méritée. Le public quitte doucement le Théâtre Antique le sourire aux lèvres, comblé par cette soirée unique dont le souvenir restera longtemps dans la mémoire collective des amateurs de jazz. La soirée a tenu ses promesses.

Le 10 juillet 2019, sur la scène du Théâtre Antique, les musiciens ont transformé les propositions musicales écrites conçues par John Zorn en des moments musicaux qui ont déjoué et combiné autrement les fondamentales mélodies, harmonies et rythmiques constitutives de cette musique dénommée jazz. « Bagatelles Marathon » a été l’occasion pour le public de découvrir avec étonnement, plaisir ou grincement de dents, une autre vison du jazz. Un format bien éloigné des marketings habituels trop souvent vendus pour plaire ou pire, complaire. Une bouffée musicale essentielle et nourrissante. On ne peut que remercier Benjamin Tanguy et les organisateurs de Jazz à Vienne pour cette soirée qui s’inscrit tout à fait dans cet idiome dont le festival se prévaut.

Echo#3-Jazz à Vienne 2019

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Echo#2-Jazz à Vienne 2019

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Echo#1-Jazz à Vienne 2019

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Echo#2-Jazz à Vienne 2019

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« Ghosts Songs » - Diana Krall invite Joe Lovano

Echo#2-Jazz à Vienne 2019 revient sur les musiques écoutées le 09 juillet 2019 au festival Jazz à Vienne. Cette soirée propose deux sets aux styles contrastés. Après avoir réservé un bon accueil à la musique innovante de « Ghosts Songs » proposée par Paul Jarret & Jim Black, le public a ovationné avec chaleur le set de Diana Krall venue en trio avec Joe Lovano en invité spécial.

Le 08 juillet 2019, le public se voit d’abord proposer le projet « Ghosts Songs » de Paul Jarret & Jim Black qui évolue aux confins du jazz et du post-rock avant de pouvoir écouter la musique pour laquelle il s’est mobilisé, celle de Diana Krall, star incontestée du jazz vocal actuel. Malgré le grand écart thématique qui sépare les deux sets de la soirée, les 5000 spectateurs ont manifesté une écoute attentive et bienveillante au premier set avant d’ovationner la diva et son invité Joe Lovano plébiscité avec ferveur par nombre d’amateurs de jazz.

Paul Jarret / Jim Black - « Ghosts Songs »

Sélectionné par le jury des Talents Adami Jazz, le jeune guitariste parisien Paul Jarret a pu réaliser le projet dont il rêvait, jouer avec le batteur Jim Black qui l’inspire depuis toujours et dont le jeu fait référence dans le monde du jazz underground. Le premier est né l’année où le second entre à la Berklee Scool de Boston… Ainsi deux générations sont réunies pour donner vie au projet « Ghosts Songs » auquel le pianiste-claviériste Josef Dumoulin et le saxophoniste Julien Pontvianne sont conviés.

Il s’agit de la grande première de « Ghosts Songs » qui va se produire ensuite sur quatre autres festivals de jazz. L’enjeu est grand pour le guitariste qui a beaucoup investi dans ce projet. Il remerciera d’ailleurs, en fin de concert, le public qu’il a trouvé « drôlement sage et attentif ».

Libéré de toute contrainte de style, le groupe présente une musique très personnelle dont les climats varient. De bout en bout du set, Jim Black fait preuve d’une inventivité sans cesse renouvelée. Tel un vulcain déchaîné, le maître des peaux et cymbales forge à chaque instant un climat propice à libérer l’expressivité des solistes et ménage même des moments de silence qui permettent au public de recentrer son attention.

Ainsi, après un premier morceau à la construction contrapuntique d’une modernité sidérante advient un autre titre plus organique où la frappe du batteur relie les nappes électriques et électroniques au souffle du saxophone pourvoyeur de mélodie. Se succèdent ensuite des moments planants et d’autres plus éthérés où l’expression des musiciens frise le minimalisme. Porté par la frappe colossale de Jim Black, le guitariste Paul Jarret libère enfin son discours et s’envole lors du dernier morceau. Ce premier set n’aurait pas détonné dans le paysage du marathon des bagatelles de John Zorn programmé le 10 juillet 2019 par le festival Jazz à Vienne.

Diane Krall Trio invite Joe Lovano

Après la musique de « Ghosts Songs » située aux confins d’un jazz expérimental et d’un post rock minimaliste, le public va accueillir avec enthousiasme la star pour laquelle ils sont venus. Comble de bonheur, Diane Krall a invité le saxophoniste Joe Lovano, dont la participation a mobilisé la venue de nombreux d’amateurs.

Vêtue d’une tunique assortie à la blondeur de sa chevelure, de bottines et d’un jean, Diana Krall gagne une scène dont les projecteurs rappellent ceux des studios de photographes, mais ce soir-là, aucun cliché de la star n’est autorisé… ce qui n’empêche pas l’ensemble des spectateurs de la fosse de filmer et photographier via leurs smartphones. Les réseaux sociaux seront riches de photos et vidéos de la vedette, mais cette chronique et bien d’autres aussi, en sont privés.

Joe Lovano, Echo2-Jazz à Vienne 2019

Joe Lovano

Par contre, on ne résiste pas à insérer un cliché de Joe Lovano autorisé et capté l’après-midi au Théâtre de Vienne lors d’une conférence publique.

Diana Krall se présente avec le contrebassiste Robert Hurst et le batteur Karriem Riggins rejoints par l’invité de la soirée, le saxophoniste ténor Joe Lovano. Sa présence, son talent, son jeu inventif et facétieux contribuent à apporter un souffle de modernité à la prestation de la chanteuse-pianiste certes toujours élégante voire précieuse mais un brin académique. Cerise sur le gâteau, le saxophoniste intervient sur la totalité des morceaux du set (hormis un solo piano), ce qui comble de bonheur les spectateurs venus l’écouter.

Le set propose nombre de standards du Real Book parmi lesquels, L.O.V.E., I’ve Got You Under My Skin, Devil may care de Bob Dorough, P.S. I Love You, East of the sun (and West of the moon), Cry me a river, Corcovado.

Au fil du répertoire, le chant voilé de Diana Krall déconstruit les mélodies, les étire pour mieux se les approprier. La voix se fait caressante, se teinte d’accents bluesy, devient murmure sur les ballades qu’elle affectionne mais toujours elle demeure habitée par un swing perceptible. C’est sans doute au piano que la star donne le meilleur d’elle-même. Son jeu désinvolte et fluide est truffé de citations. Avec délicatesse et légèreté, il flirte avec le silence et se joue du tempo. De bout en bout du set, les interventions de Diana Krall et de Joe Lovano se font écho, le saxophoniste stimulant la pianiste et l’incitant à se risquer quelquefois hors de sa zone de confort.

Pourtant éloigné de son contexte musical habituel, Joe Lovano contribue pour beaucoup à la qualité du set par son jeu étincelant, inventif et sans cesse renouvelé. Il fait alterner fulgurances saccadées et phrases élégantes, sonorité détimbrée et délicates circonvolutions, jeu libre aux accents écorchés et phrasé suave. Joe Lovano danse littéralement avec son ténor et insuffle une vraie vie à la musique qu’il dynamise.

A la batterie, le jeu de Karriem Riggins alterne entre puissance et finesse alors que les chorus du contrebassiste font l’admiration de la patronne qui n’hésite d’ailleurs pas tourner le dos à son public pour mieux apprécier la précision et la justesse du jeu de Robert Hurst.

On a pu noter une légère charge émotionnelle durant le solo de Diana Krall sur Almost Blue de son époux Elvis Costello et sur le superbe Corcovado que la musicienne a dédié à celui qui fut un des pères de la bossa nova, le mythique João Gilberto disparu le 06 juillet 2019. La chanteuse n’a pourtant pas poussé l’hommage à interpréter le titre en brésilien mais a chanté Quiet Nights and Quiet Stars, la version anglo-saxonne de la composition d’Antonio Carlos Jobim.

Comme cela est le cas lors de la plupart de ses concerts, la chanteuse-pianiste a offert une prestation léchée qui a permis au public d’apprécier son chant souple et tout en retenue et ses solides improvisations pianistiques. Les spectateurs ne semblent pas affectés par le manque de chaleur, de générosité et d’émotion de la star. Ils ont par contre apprécié la présence de Joe Lovano qui a constitué un atout majeur de ce concert.

Echo#3-Jazz à Vienne 2019

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Echo#1-Jazz à Vienne 2019

Echo#1-Jazz à Vienne 2019

Dans cet Echo#1-Jazz à Vienne 2019, Cuba est à l’honneur. La soirée  du 08 juillet 2019 de Jazz à Vienne avec Omar Sosa et Yilian Canizares puis Chucho Valdès Quintet a tenu toutes ses promesses. Le public est reparti comblé par cette soirée qui a fait alterner avec bonheur, poésie et nostalgie avec flamboyance et polyrythmie.

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Echo#1-Jazz à Vienne 2019

Echo#1-Jazz à Vienne 2019

Nostalgie délicate et flamboyante polyrythmie

Dans cet Echo#1-Jazz à Vienne 2019, Cuba est à l’honneur. La soirée  du 08 juillet 2019 de Jazz à Vienne avec Omar Sosa et Yilian Canizares puis Chucho Valdès Quintet a tenu toutes ses promesses. Le public est reparti comblé par cette soirée qui a fait alterner avec bonheur, poésie et nostalgie avec flamboyance et polyrythmie.

Omar Sosa et Yilian Canizares ont ouvert la soirée que Chucho Valdès a cterminée en quintet. Le pianiste a offert un court hommage à Roy Hargrove en invitant le trompettiste louisianais Terence Blanchard.

Omar Sosa et Yilian Canizares

Omar Sosa le 08 juillet 2019, Echo#1-Jazz à Vienne 2019

Omar Sosa

Le pianiste Omar Sosa et la chanteuse/violoniste Yilian Canizares se produisent ensemble pour la première fois sur la scène du Théâtre Antique. Ils sont accompagnés par le percussionniste Gustavo Ovalles. Ils interprètent le répertoire de l’album « Aguas » (MDC/PIAS) sorti en octobre 2018. La musique qu’ils proposent est dédiée à l’eau, ce que rappelle le filet d’eau qui se déverse sur scène dans un seau rouge.

Yilian Canizares le 08 juillet 2019, Echo#1-Jazz à Vienne 2019

Yilian Canizares

Empreinte de poésie et de spiritualité (la chanteuse évoque à plusieurs reprises Oshun, la déesse de l’Amour et Maîtresse des Rivières dans la santería), la prestation du trio n’en oublie pas pour autant la dimension rythmique. En effet, à plusieurs reprises, Omar Sosa et Yilian Canizares partagent de festifs pas de danse sous le regard amusé et bienveillant de Gustavo Ovalles dont les prestations éblouissantes déclenchent des applaudissements fournis de la part du public.

Durant le premier set de la soirée, le piano poétique d’Omar Sosa, le violon et la voix nostalgique d’Yilian Canizares et les percussions magiques de Gustavo Ovalles ont offert une musique sensible située aux confluences du jazz et des musiques afro-cubaines. Un moment ressourçant délicat où les trois musiciens ont évoqué avec nostalgie leur amour pour leur pays. Une musique généreuse dont les atmosphères sereines dégagent de douces émotions et un sentiment de paix et de fraternité.

Chucho Valdès Quintet et Terence Blanchard

Chucho Valdès, Echo#1-Jazz à Vienne 2019

Chucho Valdès

C’est dans une forme éblouissante et en quintet que le pianiste cubain Chucho Valdès est de retour sur la scène du Théâtre Antique. Sa nouvelle venue mobilise toujours un public fort attaché à cette figure essentielle du jazz cubain.

Au programme, sont annoncés, un répertoire qui reprend « Jazz Batá 2 » (Mack Avenue/PIAS), le dernier album du pianiste sorti en novembre 2018 et un hommage au trompettiste Roy Hargrove disparu en novembre 2018 et avec lequel Chucho Valdès avait enregistré l’album « Habana » (1997) dans le cadre du projet Crisol porté par le trompettiste.

Un autre hommage surprise est offert au public de Jazz Vienne. En effet en cours de soirée, Chucho Valdès développe en solo un superbe hommage au pianiste Michel Legrand disparu le 26 janvier 2019. Entre puissance et délicatesse le maître propose un moment de jazz où poésie et nostalgie se côtoient.

Dreiser Durruthy Bombalé, Echo#1-Jazz à Vienne 2019

Dreiser Durruthy Bombalé

Percussif et lyrique, volubile et effervescent, Chucho Valdès dirige avec son habituelle autorité bienveillante le déroulement du set placé sous le signe de la polyrythmie. A ses côtés on retrouve le joueur de tambour batá Dreiser Durruthy Bombalé qui pose sa voix si singulière sur la musique. Avec lui, le contrebassiste Yelsy Heredia et les percussionnistes Yaroldy Abreu Robles (avec qui le leader joue depuis vingt ans) et Abraham Mansfarroll constituent une section rythmique puissante. Tous quatre servent le rythme et permettent au pianiste de mettre en avant plus encore la dimension percussive de son piano.

En effet les trois percussionnistes croisent leurs rythmes au service des mélodies que le pianiste inscrit sur les harmonies soutenues par la contrebasse. Omniprésente, cette dernière s’implique avec ferveur aux climats polyrythmiques effervescents que tissent les percussionnistes. Ces musiciens émérites donnent aux différentes percussions, y compris les plus petites, un réel statut d’instrument et permettent au public de saisir leur importance dans la structure de la musique de Chucho Valdès.

Le public réagit avec chaleur à la musique charpentée et moderne qui s’appuie sur les fondamentaux rythmiques cubains. Sur scène et dans les gradins, la fièvre monte alors que sur le clavier, les doigts du maître virevoltent de touche en touche. Ébouriffant d’énergie et d’inventivité, Chucho Valdès fait décoller le vaisseau Steinway que le maître fait sonner comme jamais. Le groupe réserve même au public une surprise au public avec un tango plus conquérant que nostalgique que le pianiste truffe de citations. Le morceau permet d’apprécier la complicité du leader avec son contrebassiste. Sur Ochum (en hommage à l’orisha Ochún), la contrebasse exécute un chorus renversant de puissance qui transforme ce gospel au climat bluesy en un merengue dansant.

Après le superbe hommage que le maître cubain a rendu à Michel Legrand le groupe rejoint son leader qui engage le quintet dans un morceau complexe et syncopé qui hésite entre habanera, salsa, rumba et son. Le pianiste pilote et stimule ses rythmiciens dans des imbroglios rythmiques exaltés et syncopés où la basse électrique a remplacé la contrebasse. Tous s’en donnent à cœur joie au sein d’une polyrythmie volubile qui comble le public, l’étourdit et l’immerge dans une descarga (jam cubaine) enivrante où tous les musiciens enchaînent leurs improvisations sans discontinuer.

Terence Blanchard, Echo#1-Jazz à Vienne 2019

Terence Blanchard

Le trompettiste louisianais Terence Blanchard rejoint le quintet en fin de set pour rendre hommage à Roy Hargrove qui s’était produit une dernière fois à Jazz à Vienne, le 12 juillet 2018 lors d’un superbe prestation. Après un mambo très lent en guise de mise en lèvres, Terence Blanchard délivre l’essence de son art entre retenue, souplesse et vélocité. Après un très lent cha cha cha il donne toute sa puissance sur un troisième morceau. Le set se termine après ce trop court hommage à Roy Hargrove dont Terence Blanchard a su évoquer la sensibilité.

Le piano de Chucho Valdès et la contrebasse de Yelsy Heredia ont assumé avec force la dimension percussive de leur instrument et participé au climat polyrythmique flamboyant impulsé par les percussionnistes Yaroldy Abreu, Dreiser Durruthy et Abraham Mansfarroll. Encore une fois la musique de Chucho Valdès a conquis les spectateurs enthousiastes de Jazz à Vienne comblés par un rappel généreux du groupe.

Echo#3-Jazz à Vienne 2019

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Vanessa Tagliabue Yorke & « Contradanza »

Vanessa Tagliabue Yorke & « Contradanza »

Voyage onirique aux climats insolites

Conçu avec brio par la chanteuse Vanessa Tagliabue Yorke, l’album « Contradanza » rend hommage à l’artiste néerlandais Bas Jan Ader disparu en mer lors d’une performance intitulée « A la recherche du miracle ». L’opus aux références artistiques très larges se distingue par un format narratif soigné qui mêle les genres musicaux. Et le miracle advient… l’oreille se laisse conquérir par ce voyage onirique insolite qui donne à découvrir un univers d’une richesse peu commune.

La voix très souple de Vanessa Tagliabue Yorke balise les dix étapes de l’album « Contradanza » (Abeat Records/UVM), un projet musical construit comme un pèlerinage en l’honneur de Bas Jan Ader (1942-1975). Photographe et performeur, l’artiste néerlandais émigré en 1963 en Californie disparaît en mer en 1975, sur son petit voilier « Ocean Wave », entre la Côte Est des États-Unis et l’Angleterre, lors d’une dernière performance intitulée « In The Search of The Miraculous ». Le bateau est retrouvé au large des côtes d’Irlande le 18 avril 1976 mais l’artiste a disparu.

Avec une heureuse inspiration, « Contradanza » brasse les genres musicaux. Musiques du XIXème siècle et jazz créatif se télescopent sur des airs de contredanses cubaines. Au fil des dix pistes de ce voyage musical inventif et inspiré, résonnent l’hymne de la Floride, des bribes de bluegrass, des échos de musiques néo orléanaise, des envolées lyriques et des emprunts au rock progressif. L’album ne manque ni de ressource, ni de liberté et encore moins d’inspiration.

Vanessa Tagliabue Yorke

Non seulement Vanessa Tagliabue Yorke est chanteuse et compositrice de jazz diplômée du Conservatoire Lucio Campiani de Mantou, mais elle est aussi sculptrice et peintre issue de la Nouvelle Académie des Beaux-Arts de Milan. Elle possède une connaissance approfondie du jazz des années 1920/1930 ce qui lui vaut d’être invitée à un « Tribute to Bix Beiderbecke » aux USA en 2012 et d’enregistrer ensuite l’album « Racine Connection » publié par le label américain Rivermont Records.

Vanessa Tagliabue Yorke

Vanessa Tagliabue Yorke©Rroberto Cifarelli

En Italie, elle engage ensuite une collaboration avec le tromboniste et tubiste Mauro Ottolini avec lequel elle enregistre en « Musica per una società senza pensieri Vol. 1 » et « Musica per una società senza pensieri Vol.2 » puis « Buster Kluster » en 2016. En 2015, elle sort sous son nom l’album « Contradanza » (Abeat Records) puis en 2016, elle publie « We Like It Hot » (Artesuono) en quartet avec Paolo Birro (piano), Francesco Bearzatti (clarinette) et Mauro Ottolini (trombone).

En 2017, Vanessa Tagliabue Yorke sort l’album « Nocturnes » (Azzurra Music) où elle chante Edith Piaf entourée de Paolo Birro au piano et Andrea Bettini. Durant cette même année 2017, sort « Tra la Via Aurelia e il West » (Ala Bianca Records) dans lequel Vanessa relit des morceaux de Francesco Guccini avec l’orchestre symphonique de San Remo dirigé par Vince Tempera. Dans cet album elle chante avec Carmen Consoli, Roberto Vecchioni, John de Leo, Cristina Donà, Pacifico, Leonardo Pieraccioni. L’année 2017 est faste puisque la chanteuse intervient aussi sur trois titres de l’album « Tenco come ti vedono gli altri » (Azzurra music) avec Gino Paoli, Daniele Silvestri, Alberto Fortis, Petra Magoni, Vincenzo Vasi.

Vanessa Tagliabue Yorke collabore donc avec de nombreux musiciens italiens parmi lesquels Mauro Ottolini, Roy Paci, Enrico Terragnoli, Danilo Gallo, Vincenzo Vasi, Peo Alfonsi, Paolo Birro, Francesco Bearzatti et elle a participé à de prestigieux festivals italiens comme Umbria Jazz, Time in Jazz Berchidda, Ravello Jazz Festival, Torino Jazz festival et beaucoup d’autres.

Sorti en France le 28 mars 2019 chez Abeat Records, l’album « Contradanza » permet de découvrir le travail de cette artiste très créative.

L’album « Contradanza »

Cet opus témoigne d’une conception artistique soignée, d’une recherche approfondie et d’une réalisation technique aboutie qui permet d’apprécier un contenu musical fort riche. On découvre les sonorités d’instruments vintage peu souvent employés comme le thérémine l’armonium Galvan, l’orgue Philicorda auxquels s’ajoutent les sons de conques et de tôles en acier système HN®.

Couverture de l'album Contradanza de Vanessa Tagliabue YorkeLa voix puissante et claire de la chanteuse est accompagnée par des musiciens virtuoses. Aux côtés de Vanessa Tagliabue York , Mauro Ottolini (trombone, trompette à coulisse, sousaphone, flûtes, coquillages), Ethan Uslan (piano à queue), Vincenzo Vasi (thérémine, instruments électroniques, voix, jouets), Paolo Tomelleri (clarinette), Enrico Terragnoli (guitare électrique, banjo), Paolo Garzillo (guitare et basse électriques), Roberto De Nitt (Philicorda, armonium Galvan, piano), Dario Buccino (tôles en acier système HN®), Maurillio Balzanelli (percussions africaines), Mauro Costantini (orgue Hammond), Giovanni Majer (contrebasse) et Gaetano Alfonsi (batterie) sans oublier Miriam Abate qui prête sa voix à une sirène.

Pour souligner la poétique inhérente à l’œuvre pourtant moderne du performeur Bas Jan Ade, Vanessa Tagliabue Yorke utilise des musiques du XIXème siècle, comme celles de Stephen Foster (1826-1864) et des contradanzas composées par Manuel Saumell (1818-1970) et Ernesto Lecuona (1895-1963). La contradanza était une version cubaine de la contredanse européenne du 19ème siècle pour piano ou piano et voix lyrique.

Sur « Contradanza », la chanteuse Vanessa Tagliabue Yorke propose une aventure musicale en dix étapes où elle tisse des liens entre la modernité du performeur Bas Jan Ader et des musiques empreintes de romantisme. Dans cette partition qui mélange les genres, elle honore la mémoire de l’artiste et lui offre une lamentation insolite où les envolées lyriques et poétiques contrastent avec les sonorités d’un rock décadent aux flamboyances chargées d’émotion.

Au fil des pistes de « Contradaza »

Le voyage musical débute d’une façon quelque peu solennelle avec Io sono la nostalgia, inspiré de La nina bonita de Manuel Saumell. Mauro Ottolini fait pleurer son trombone, le piano d’Ethan Uslan joue le rythme habanera de la contradanza sous un déluge de bruitisme généré par les tôles d’acier de Dario Buccino qui simule le décollage d’un avion et le thérémine de Vincenzo Vasi qui pleure. La voix de la jeune Miriam Abate incarne le chant de la sirène qui invite Bas Jan Ader à partir.

Inspirée de de La suavecita, contredanse pour piano de Manuel Saumell, Vanessa Tagliabue Yorke chante en Italien et incarne la voix de l’épouse qui laisse partir l’artiste vers In cerca del Miracolo. Au lyrisme du début succède un mouvement baroque et insolite qui hésite entre rock déjanté et free jazz baroque.  Sur Ocean wave qui marque le début du voyage, on ressent les mouvements du petit bateau qui se laisse porter sur la partition d’une contredanse inspirée de La conga se va de Ernesto Lecouna et chantée en Espagnol. La voix de soprano de Vanessa s’épice de malicieuses étrangetés alors que Mauro Ottolini joue des coquillages sur un rythme qui flirte avec l’accompagnement bluegrass du banjo.

La barque se perd ensuite dans l’immensité de l’océan alors que survient le nostalgique The Tempest inspiré de Jeanie with the light brown hair de Stephen Foster. L’émotion affleure alors que, sur un tempo de rock cataclysmique la guitare incarne la tempête sur des sonorités underground que Marc Ribot ne renierait pas. Après les flots déchaînés, le thérémine chante Sea Shanties inspiré d’une chansonnette des années trente de la tradition populaire définie par Ethan Uslan comme un faux chant hawaien que le pianiste joue en duo avec Vincenzo Vasi alors que, sur un tempo de dixieland, la voix de Vanessa évoque le retour sur une île enchantée.

Après ce rêve, advient le kafkaïen La luna non interprété en duo par la voix de la chanteuse et les tôles de Dario Buccino. Après ce cauchemar, place au contemplatif Farewell. Inspiré de Old folks at home de Stephen Foster. Revitalisé par la voix gospellisante et la clarinette de Paolo Tomelleri, le morceau  regarde vers le passé pour un adieu polyphonique néo orléanais mené par banjo, trombone, rythmique et trompette et voix.

C’est ensuite l’atmosphère chargé d’émotions de Franck. Bas Jan Ader parle à Frank Lloyd Wright et pour l’occasion, se trame une atmosphère nébuleuse puis tumultueuse que tressent la guitare, l’orgue, le thérémine, le sousaphone et la batterie. La voix claire émouvante de la chanteuse en surgit comme un ange porteur d’une lumière qui précède la chute, en référence aux performances de Bas Jan Ader (« Fall I, II, III ») et à la maison sur la cascade (Falling Water) de l’architecte Frank Lloyd Wright.

Le chant tragique de Vanessa habite ensuite l’univers rock électro puissant et féerique de Niet chainie-Andy, écrit par la chanteuse sur une berceuse russe adressée à Andy Warhol. D’outre-tombe, le peintre répond sur Andy Ending à travers la voix de Vanessa Tagliabue Yorke qui chante ses célèbres mots « Quand je mourrai, je ne veux pas laisser de restes. Je voudrais disparaître. Les gens ne diraient pas: « Il est mort aujourd’hui ». Ils diraient: « Il a disparu »… comme Bas Jan Ader l’a fait à la recherche du miracle. Du chaos évoqué par la désespérance de la guitare, de l’orgue paroxystique et des tôles émerge le chant qui se charge de force vitale après la rencontre avec les percussions africaines.

Sur les voiles de la nostalgie, on a embarqué avec Vanessa Tagliabue Yorke et ses compagnons à la recherche d’un possible miracle sur les vagues de l’océan mais après le chant des sirènes et la tempête vient le temps de l’adieu, des pleurs et de la disparition. « Contradanza » a porté la lamentation et ravivé le souvenir de Bas Jan Ader.

Echo#3-Jazz à Vienne 2019

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Echo#3-Jazz à Vienne 2019 propose un retour sur la soirée du 10 juillet 2019 sur la scène du Théâtre Antique du festival Jazz à Vienne. Loin des formats habituels, « Bagatelles Marathon » a  permis au public de découvrir la conception que son créateur John Zorn a du jazz. L’occasion de pénétrer dans un univers musical ouvert sur de nombreux idiomes sans discrimination de genres. Une proposition hors norme, un évènement d’exception.

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Echo#2-Jazz à Vienne 2019

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Echo#2-Jazz à Vienne 2019 revient sur les musiques écoutées le 09 juillet 2019 au festival Jazz à Vienne. Cette soirée propose deux sets aux styles contrastés. Après avoir réservé un bon accueil à la musique innovante de « Ghosts Songs » proposée par Paul Jarret & Jim Black, le public a ovationné avec chaleur le set de Diana Krall venue en trio avec Joe Lovano en invité spécial.

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Echo#1-Jazz à Vienne 2019

Echo#1-Jazz à Vienne 2019

Dans cet Echo#1-Jazz à Vienne 2019, Cuba est à l’honneur. La soirée  du 08 juillet 2019 de Jazz à Vienne avec Omar Sosa et Yilian Canizares puis Chucho Valdès Quintet a tenu toutes ses promesses. Le public est reparti comblé par cette soirée qui a fait alterner avec bonheur, poésie et nostalgie avec flamboyance et polyrythmie.

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Echo#3-Nuits de Fourvière 2019

Echo#3-Nuits de Fourvière 2019

Dans le Salon de Musique de Vincent Segal

Ami de longue date des Nuits de Fourvière, le violoncelliste Vincent Segal a rêvé tenir un salon de musique à l’Odéon. Le festival a exaucé ce vœu et intégré un nouveau concept dans sa programmation… « Les Salons de Musique des Nuits ». Ainsi, le 23 juin 2019, au théâtre de l’Odéon, le public a rejoint Vincent Segal et ses invités dans son Salon de Musique. La soirée est aussi l’occasion de célébrer les 15 ans du Label Nø Førmat! Liberté et complicité ont présidé au déroulement de cette soirée à la fois intime et festive.

Cet Echo#3-Nuits de Fourvière 2019 fait un clin d’œil à la soirée inaugurale des « Salons de Musique des Nuits de Fourvière ».

Le violoncelliste Vincent SegalLe violoncelliste Vincent Segal dans Echo#3-Nuits de Fourvière 2019 a tenu son Salon de Musique le 23 juin 2019, dans l’intimité du Théâtre de l’Odéon dont l’acoustique idéale a permis au public de saisir les moindres nuances de l’expression des musiciens invités. Après cette ouverture à l’Odéon, d’autres Salons de Musiques vont se tenir Salle Molière et le cycle 2019 va se terminer dans la Grande Salle de l’Opéra de Lyon avec Vinicio Capossela .

La soirée du 23 juin 2019 célèbre aussi les 15 ans du label Nø Førmat! Son directeur et fondateur Laurent Bizot pratique un travail qui confine à l’artisanat, bien loin de celui des grandes majors. Il cultive le défrichage des talents et prospecte en direction de musiques atypiques et inventives. Vincent Segal fait partie des artistes signés chez Nø Førmat ainsi que plusieurs de ses invités, Ballaké Sissoko, Piers Faccini et Gérald Toto.

Quid du Salon de Musique de Vincent Segal ?

Avant même l’arrivée des artistes sur la scène de l’Odéon, le public découvre le décor du salon de Musique de Vincent Segal. Un ciel dégagé, quelques martinets, une douce atmosphère, des chaises, une sonorisation a minima, un canapé de bois, une table avec une bouteille de vin et quelques verres, un ensemble de percussions en fond de scène et en toile de fond la vue dégagée sur Lyon et le Mont Blanc qui se détache.

Premier invité, le public par l’affiche alléchée manifeste un calme bienveillant et attend avec curiosité le déroulement de cette soirée atypique. Dans l’assistance, des musiciens, des néophytes, des curieux, des inconditionnels de Vincent Segal venus de sa ville natale (Reims) pour l’écouter de nouveau. Sur les gradins et le proscénium, l’ambiance est chaleureuse et conviviale, à l’image d’ailleurs de ce que sera cette soirée.

C’est Richard Robert (conseiller artistique musiques et responsable des productions) lui-même qui vient ouvrir la soirée. Avec son humour habituel, ce fin connaisseur musical reprécise le concept de la soirée. Carte blanche à Vincent Segal qui dans le cadre intime de son salon va convier quelques amis musiciens à échanger en toute liberté et sans limite de temps… peut-être jusqu’au bout de la nuit !Echo#3-Nuits de Fourvière 2019, le salon de musique de Vincent Segal

Le maître de céans arrive ensuite accompagné de ses invités. Côté jardin, ses fidèles complices de scène Ballaké Sissoko (kora) et Piers Faccini (chant, guitare) ainsi que Gérald Toto (voix, guitare), tous signés chez Nø Førmat! Côté cour, les deux complices du label ACT, le saxophoniste Émile Parisien et l’accordéoniste Vincent Peirani avec lesquels Vincent Segal n’a jamais joué. Un peu en arrière la percussionniste Lucie Antunes dont on découvrira qu’elle a fréquenté le Conservatoire National Supérieur de Lyon au même titre que Vincent Segal … mais avec quelques années d’écart, ce qui n’est en rien un obstacle à leur collaboration.

Pour Vincent Segal, un salon de musique ce serait « une fête idéale où les uns et les autres ne se connaissent pas tous »…. Il précise aussi que la soirée n’a été précédée d’aucune répétition, juste des échanges, des propositions, « ils ont travaillé intérieurement ». et la musique va leur permettre de faire connaissance. On a bien compris, Vincent Segal donne le tempo, propose, suggère et ses invités saisissent et croisent librement les notes, le tout dans une ambiance détendue de confiance absolue.

Début de soirée, les musiciens font connaissance

La soirée débute avec un duo kora/violoncelle où Vincent Segal et Ballaké Sissoko reprennent le morceau qu’ils ont joué pour la première fois. Les confidences musicales du duo transportent tout de suite le public dans leur univers intime, quelque part sous un arbre, la nuit. Vincent Segal invite ensuite Vincent Peirani à se joindre au duo que le violoncelliste entame avec le guitariste et chanteur Piers Faccini, son ami depuis de trente ans. Très vite la magie opère et la plainte de l’accordéon résonne avec celle de la voix et du violoncelle.

Kora et violoncelle cheminent ensuite aux côtés de la guitare et de la voix de Gerald Toto qui libère son imaginaire en un chant sensible et fragile. La mélopée inspire le soprano qui mêle son souffle venu d’orient et croise les notes de la kora.

Après trente minutes de musique, Vincent Segal perçoit, tout comme le public, cette proximité qui s’installe entre les musiciens et il en profite pour proposer un exercice périlleux à Émile Parisien. « Avec Lucie on va venir, tu commences libre avec ce que tu veux et tu dois nous emmener à Naples. Quand on est à Naples on va commencer les percussions et là …. ». Le surdoué du saxophone n’en est pas à son premier défi. La petite mélodie du soprano s’étoffe et la musique s’évade dans le sud de l’Italie, les percussions invitent à danser, la voix de Piers Faccini s’élève et avec eux le public déambule dans les rues de la cité napolitaine.

La partie est gagnée, l’esprit de la fête est bien là. Les invités ont fait connaissance, la soirée peut continuer. Captivé par les propos musicaux, le public adhère sans retenue et s’immerge dans l’ambiance conviviale du Salon de Musique de Vincent Segal.

Après la convivialité, les confidences

Les musiciens continuent à converser. Un blues entamé par Piers Faccini rallie tous les musiciens qui le rejoignent sur les chemins de l’Alabama. Vincent Peirani y va d’un chorus inspiré sur son melodica. La spontanéité est de mise et Gerald Toto, prend le relai vite suivi par l’ensemble des musiciens. L’accordéon se fait percussion, la kora et le soprano improvisent, le violoncelle soutient le rythme et vient le temps d’un petit verre de vin alors que l’accordéon entonne le « petit vin blanc ».

Du canapé où il s’est installé, le maître de la soirée donne le top au duo Parisien/Peirani qui ne se fait pas prier et entame un Temptation rag d’anthologie. Suspendu au souffle des deux instruments, le public suit le duo dans ses délires improvisés et ses fausses fins et leur réserve une superbe ovation.

Après avoir soulevé l’enthousiasme du public, les invités du Salon de Musique en viennent aux confidences. Les cordes de la kora et du violoncelle guident la musique dans les rues d’une cité africaine au soleil couchant. Le soprano-muezzin double le chant du violoncelle, la kora égrène son chant interrogatif auquel répond l’accordéon.

Une fin de soirée sérieuse et riche en émotions

Vient alors le moment des « choses sérieuses ». Ballaké Sissoko que Vincent Segal nomme le « Maître de la Nuit », élève sur la kora un solo magique dans la nuit étoilée. Variations rythmiques et envolées lyriques arrêtent la fuite du temps.

Dans le silence de la nuit, la percussionniste Lucie Antunes interprète en solo, Psappha de Iannis Xénakis. Quatre mailloches varient rythmes et timbres sur congas, bongos, cloches, claves, cymbales, grosse caisse, tambour. Entre martèlements métalliques, battements violents sur les peaux, frappes irrégulières ou brèves percussions boisées, s’invite le silence. La musique incantatoire fascine et conquiert tous les invités, sur scènes ou dans les gradins.

Difficile de relancer après une telle prestation. Vincent Segal engage donc un défi aux musiciens, jouer le plus piano possible tous ensemble… un beat a minima s’installe et ouvre l’espace à Piers Faccini et son délicat Black Rose. Violoncelle, kora et accordéon le rejoignent. L’émotion est à son comble mais il échoit à Emile Parisien et Vincent Peirani de continuer. Pour se faire, le soprano entame la composition de Sydney Bechet, Song of the Medina (Casbah), cheval de bataille habituel du duo rejoint par la kora et le violoncelle.

« Une fête ce sont des gens qui partent et des amis qui arrivent à l’improviste« …

Vincent Segal invite donc sur scène un musicien joueur de duduk rencontré récemment sur un festival et qui réside à Lyon. Un duo troublant s’établit entre les chants si proches du duduk et du soprano. Kora et violoncelle enchaînent ensuite un superbe morceau où transparaît une fois de plus la connivence des deux artistes.

« Avant de se retrouver sur les quais (!!!) » pour poursuivre la soirée, Vincent Segal conçoit de donner une fin officielle à la soirée avec « une tarentelle, un drop mandingue et un retour à la tarentelle« . Bien entendu la fièvre gagne le public autant que les musiciens tant et si bien que la musique se continue après cette fin qui n’en est pas vraiment une, car le voyage se poursuit en direction de La Réunion et plus encore…

Vincent Segal a gagné son pari. Dans son Salon de Musique, portée par les artistes durant presque trois heures, la musique de ses invités s’est avéré un sublime outil de communication. Pourvoyeuse d’images et d’émotions, elle a transcendé les différences, incité à la confiance, appelé aux confidences et redonné le goût du partage et l’envie de sourire.

Echo#3-Jazz à Vienne 2019

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Chick Corea – The Spanish Heart Band : « Antidote »

Chick Corea – The Spanish Heart Band : « Antidote »

Un feu d’artifice vibrant de latinité

A la tête d’un octet rutilant qui réunit des musiciens venus de l’Espagne, de Cuba, du Venezuela et des États-Unis, le pianiste Chick Corea plonge de nouveau dans son héritage musical espagnol, latin et flamenco. Chick Corea - The Spanish Heart Band : « Antidote »… une immersion vivifiante dans le jazz latin de Chick Corea.

couverture de l'album Antidote de Chick Corea - The Spanish Heart BandAnnoncé pour le 28 juin 2019, l’album « Antidote » (Concord/Universal) marque une nouvelle étape latine dans la discographie de Chick Corea.

Dans la droite ligne de « Touchstone » and « My Spanish Heart », le pianiste continue à explorer les styles musicaux espagnol et afro-cubain avec à ses côtés, « The Spanish Heart Band » au casting exceptionnel. Des thèmes de Paco de Lucía, Antonio Carlos Jobim et Igor  Stravinsky s’ajoutent à des reprises de ses deux albums fétiches.

« My Spanish Heart »

« Mes racines sont italiennes, mais mon cœur est espagnol. J’ai grandi avec cette musique. Ce nouveau groupe est un mélange de tous les merveilleux et différents aspects de mon amour et de mon expérience vis-à-vis de ces rythmes qui constituent une grande partie de mon patrimoine musical. »  Chick Corea

Tout au long de sa longue carrière, le légendaire compositeur, pianiste et claviériste Chick Corea a exploré la musique bien au-delà des frontières du jazz. De nombreuses fois au fil des décennies, il a approfondi cet héritage des traditions espagnole, latine et flamenco qu’il nomme « My Spanish Heart ».

Depuis pratiquement ses débuts, la musique de Chick Corea a été empreinte de latinité. D’ailleurs il se  plait à évoquer le premier concert qu’il a écouté à son arrivée à New York en 1960, une prestation du percussionniste d’origine cubaine Mongo Santamaría au Birdland. Une grande partie de son « Spanish Heart » provient de cette époque où pendant les pauses de ses concerts, il allait écouter Tito Puente, Machito, Ray Barretto, Eddie Palmieri qui jouaient au Palladium.

Chick Corea ne fait aucun mystère de son amour pour la musique espagnole, latine et pour flamenco. Ça commence en 1972, par une de ses compositions les plus connues, Spain inspiré par le Concierto de Aranjuez de Joaquin Rodrigo. Le morceau a d’ailleurs été enregistré d’innombrables fois depuis, y compris par Paco De Lucía et Tito Puente.

En 1976, le pianiste sort « My Spanish Heart » avec Stanley Clark, Don Alias, Steve Gadd, Jean Luc Ponty et Gayle Moran où figure le thème Armando’s Rhumba dédié à son père. Cet album qui fusionne de manière innovante jazz et musique latine traditionnelle, fait partie des grands classiques de Corea.

Seize ans plus tard, en 1982, le pianiste s’est de nouveau aventuré sur un terrain musical similaire avec l’album « Touchstone » auxquels participaient entres autres, Al di Meola, Stanley Clarke and Lenny White et le légendaire guitariste flamenco Paco De Lucía sur deux titres, Touchstone et Yellow Nimbus.

En 2019, sur « Antidote » Chick Corea explore de nouveau ses influences espagnoles et latines avec le premier album de son nouveau The Spanish Heart Band, un octet multi-culturel auquel se joignent Rubén Blades, Gayle Moran Corea, et Maria Bianca.

The Spanish Heart Band

Pour se lancer dans cette nouvelle exploration dynamique de ses racines de cœur, le virtuose du clavier âgé de 78 ans a réuni autour de lui The Spanish Heart Band, un groupe de huit brillants musiciens.

Ainsi, une rythmique imparable entoure Corea avec le maître cubain de la basse Carlitos Del Puerto et le percussionniste vénézuélien Luisito Quintero qui ont joué sur l’album « Chinese Butterfly » (2018) enregistré par Corea en collaboration avec Steve Gadd. La batterie est confiée à Marcus Gilmore qui suit les traces de son grand-père, le grand Roy Haynes, lequel a d’ailleurs lui aussi collaboré avec Corea.

Outre la section rythmique, The Spanish Heart Band compte deux musiciens originaires d’Espagne, le guitariste de flamenco Niño Josele et le saxophoniste/flûtiste Jorge Pardo, qui ont tous deux travaillé avec le maître du flamenco Paco de Lucía. A leurs côtés, un duo de soufflants imparable composé du trompettiste Michael Rodriguez et du tromboniste Steve Davis. Enfin, le groupe accueille le danseur de flamenco Nino de los Reyes.

A cet octet multiculturel expert en flamenco et en rythmes latins s’ajoutent les voix de Rubén Blades, de Gayle Moran Corea et Maria Bianca.

De plage en plage

L’album ouvre avec la chanson titre et la voix de Rubén Blades qui se joint à l’ensemble des musiciens de l’octet. Le morceau se développe jusqu’à la transe à laquelle participe aussi le danseur. Dans la même dynamique on écoute avec un plaisir indicible la nouvelle version du célèbre Armando’s Rhumba déjà présent sur « My Spanish Heart » et dédié par le pianiste à son père. Sur ce nouvel arrangement, on savoure les rutilantes interventions du trombone, de la flûte et de la trompette. La guitare émerveille par son énergie et le piano se réinvente puis laisse place à une fusion rythmique éblouissante qui déclenche un un véritable séisme musical.

Les percussions dialoguent ensuite avec les pas du danseur en ouverture de Nimbus jaune, écrit à l’origine pour le duo Corea/De Lucía. The Yellow Nimbus - Part 1, donne libre expression aux couples guitare/palmas/danseur et flûte/piano qui échangent dans un tourbillon flamenco éblouissant et nuancé. Advient ensuite The Yellow Nimbus - Part 2, une autre facette du thème où l’on se laisse porter par les échanges entre le piano exultant et la guitare virtuose. Une musique enivrante.

Le chœur vocal luxuriant de Prelude To My Spanish Heart résonne comme une offrande religieuse qui précède une version revisitée de My Spanish Heart. Pris sur un rythme un rien danzon, la voix et les cuivres laissent place à un solo fougueux du piano puis à un chorus solaire de la trompette suivi d’un scat inspiré du chanteur. De Duende, le groupe propose une version quasi atmosphérique aux résonances percussives étranges autant que délicates. Flûte, trombone, trompette et piano amorcent le thème, très vite suivis par les huit musiciens qui engagent des échanges habités par la grâce… l’âme du flamenco affleure !

Chick Corea revisite de manière fort originale Zyryab, cette composition de Paco de Lucia qui porte le nom du poète et musicien du persan-africain du IXe siècle espagnol. Le leader a enregistré la version originale du titre avec le guitariste en 1990. La musique de 2019 restitue l’esprit d’un flamenco authentique nimbé d’influences espagnoles et moyen orientales qui sont mis en valeur par des arrangements riches et contrastés.

Chick Corea explore aussi le célèbre Desafinado composé par Antônio Carlos Jobim. Il choisit de poser la voix soul un peu détimbrée de Maria Bianca pour faire écho au titre qui signifie désaccordé. Sur un tempo plus rapide que le titre originel, le clavier conte avec allégresse et fluidité cette triste histoire d’amour. Avec le très court Pas de Deux, Corea introduit un autre genre musical, via un arrangement pour piano-solo d’un morceau du ballet « The Fairy’s Kiss » de Stravinsky. Seul au piano, Corea danse avec son instrument. Un enchantement plein de délicatesse.

L’album se termine avec Admiration sur lequel flûte aérienne et guitare lumineuse rivalisent d’inspiration. Si Corea endosse le rôle de pianiste, on perçoit surtout dans ce titre son implication dans les arrangements et les orchestrations qui élèvent ce morceau au firmament des étoiles. Les pas du danseur concluent le morceau. On flotte loin des contingences terrestres.

« Antidote », un album dynamique d’une grande musicalité. Sur les onze pistes, le jazz de Chick Corea - The Spanish Heart Band vibre d’une latinité qui enchante, il fait rêver et incarne peut-être le rôle de la musique et des artistes: aider à lutter contre le quotidien souvent sombre et peu amène, contribuer à apporter un dose d’espoir et de bonheur… comme un antidote contre la morosité ambiante.

Après l’écoute de l’album « Antidote », il tarde de retrouver live Chick Corea - The Spanish Heart Band. RV le 03 juillet 2019 à Jazz à Vienne, le 04 juillet 201 à Enghien-les-Bains 9, le 30 juillet 2019 à Marciac. ICI, pour connaître l’ensemble des autres dates de la tournée de Chick Corea - The Spanish Heart Band 

Echo#3-Jazz à Vienne 2019

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Clin d’œil à Tabasco Quintet & « The Very Last Blues »

Clin d’œil à Tabasco Quintet & « The Very Last Blues »

Limpide et mordant à la fois

Tabasco Quintet maintient le cap avec son deuxième album, « The Very Last Blues » dont le titre marque la filiation avec celui de son premier opus, « The Last Blues ». Groove mordant et mélodies limpides coexistent avec bonheur au fil des neuf plages qui ménagent de belles surprises.

Après « The Last Blues » paru sur le Petit Label en 2015, Tabasco revient en 2019 avec un deuxième album, « The Very Last Blues » (Clapson/Inouïe Distribution).

Tabasko Quintet

Tabasco©Cristof Echard

L’album propose une musique à la fois limpide et mordante qui fait alterner rêveries mélodiques sensibles et escapades rythmiques dépaysantes.

Pour ce deuxième enregistrement, Tabasco est devenu quintet. Toujours à la barre du groupe fondé en 2014, le saxophoniste Robin Nicaise et les frères Réchard, Loïc à la guitare et Ivan à la contrebasse. Invité sur le premier opus, le pianiste Leonardo Montana a cette fois intégré le groupe. A leurs côtés, c’est Fred Pasqua qui, avec souplesse et dynamisme, pilote tambours, cymbales et baguettes.

« The Very Last Blues »

Couverture de l'album "The Very Last Blues" par Tabasco QuintetAprès avoir rôdé sur scène les nouveaux morceaux de son répertoire, Tabasco Quintet est entré au studio du Prado où l’album a été enregistré et mixé par Pierre Dachery, les 11 et 12 décembre 2018.

Avec une grande fluidité, les ambiances varient au fil du répertoire. Hormis le célèbre When I Grow Too Old to Dream (Sigmund Romberg et Oscar Hammerstein), les huit autres titres sont à porter au crédit de Robin Nicaise, Ivan et Loïc Réchard.

Sur « The Very Last Blues », Tabasco Quintet propose un jazz moderne à la croisée de nombreuses influences. Entre effluves de funk néo-orléanais et pointes de néo-bop, la musique capte des vents venus d’orient, des vapeurs bluesy et des souffles lyriques. Entre groove tendu et souple balancement alternent mélodies caressantes et envolées syncopées.

Ambiances de voyage

Le message est clair d’emblée, nul besoin de réfléchir, il faut y aller, Go Go Go… On se laisse porter par la sonorité ample et feutrée du ténor qui tisse la mélodie puis on navigue au gré des chorus inspirés des solistes qui se succèdent. Le voyage continue avec Mer de nuit, un rêve enivrant que saxophone et guitare développent sur un motif réitératif du piano qui confine à l’obsession. Après ces deux compositions du bassiste, le saxophoniste signe Mountain Journey. L’entente est parfaite entre le style mélodique du ténor et la fluidité expressive de la guitare.

C’est une excursion plus sportive qu’a conçue le guitariste en écrivant Trocadero. A la croisée d’un funk enchanteur et d’un jazz moderne, le morceau se densifie au fur et à mesure des interventions des solistes que la section rythmique propulse avec énergie. Il fait bon ensuite flotter En Apesanteur sur la superbe ballade écrite par le saxophoniste. On a l’impression que le temps se dilate sous le souffle évanescent du ténor. Le jeu mouvant de la guitare et la caresse des balais font s’évaporer les notes.

Le voyage continue sur un tapis volant porté par Scirocco à l’inspiration plus orientale et à la métrique complexe. Cette composition du contrebassiste inspire au piano et à la batterie des interventions animées. Sur Comète (Part II) crédité au saxophoniste, on est propulsé dans une sphère néobop où guitare et ténor s’en donnent à cœur joie sur une rythmique stimulante.

Après l’espace, on explore le temps avec une échappée libre sur les syncopes de Janvier composé par le guitariste. Un moment réjouissant entre lyrisme du ténor, jeu pointilliste du piano et envolées bensonniennes de la guitare. L’album se termine avec le célèbre When I Grow Too Old To Dream composé en 1934 par Sigmund Romberg et tant de fois repris. Sur un tempo très étiré, Tabasco Quintet en donne une version sensible où le ténor élève son chant expressif et velouté entre blues et gospel.

RV à Paris, le 25 juin 2019 au Sunside pour la sortie officielle de l’album « The Very Last Blues » du Tabasco Quintet avec Robin Nicaise (saxophone ténor), Loïc Réchard (guitare), Leo Montana (piano), Ivan Réchard (contrebasse) et Fred Pasqua (batterie).

Echo#3-Jazz à Vienne 2019

Echo#3-Jazz à Vienne 2019

Echo#3-Jazz à Vienne 2019 propose un retour sur la soirée du 10 juillet 2019 sur la scène du Théâtre Antique du festival Jazz à Vienne. Loin des formats habituels, « Bagatelles Marathon » a  permis au public de découvrir la conception que son créateur John Zorn a du jazz. L’occasion de pénétrer dans un univers musical ouvert sur de nombreux idiomes sans discrimination de genres. Une proposition hors norme, un évènement d’exception.

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Echo#2-Jazz à Vienne 2019

Echo#2-Jazz à Vienne 2019

Echo#2-Jazz à Vienne 2019 revient sur les musiques écoutées le 09 juillet 2019 au festival Jazz à Vienne. Cette soirée propose deux sets aux styles contrastés. Après avoir réservé un bon accueil à la musique innovante de « Ghosts Songs » proposée par Paul Jarret & Jim Black, le public a ovationné avec chaleur le set de Diana Krall venue en trio avec Joe Lovano en invité spécial.

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Echo#1-Jazz à Vienne 2019

Echo#1-Jazz à Vienne 2019

Dans cet Echo#1-Jazz à Vienne 2019, Cuba est à l’honneur. La soirée  du 08 juillet 2019 de Jazz à Vienne avec Omar Sosa et Yilian Canizares puis Chucho Valdès Quintet a tenu toutes ses promesses. Le public est reparti comblé par cette soirée qui a fait alterner avec bonheur, poésie et nostalgie avec flamboyance et polyrythmie.

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Le contrebassiste Avishai Cohen revient avec « Arvoles »

Le contrebassiste Avishai Cohen revient avec « Arvoles »

Retour aux sources de son inspiration jazz

Avec « Arvoles », le contrebassiste Avishai Cohen opère un retour aux sources de son inspiration jazz. Sur la moitié des plages de ce superbe opus, il revient au trio acoustique avec le pianiste Elchin Shirinov et le batteur Noam David. Sur les cinq autres titres de l’album, le trio est rejoint par Björn Samuelsson au trombone et Anders Hagberg à la flûte. Un opus vibrant et dynamique.

couverture de l'album Arvoles du contrebassiste Avishai CohenAprès son dernier opus « 1970 », sorti en 2017 et tourné vers la pop, le contrebassiste Avishai Cohen délaisse la voix, la basse électrique et le piano pour revenir à la contrebasse acoustique.

Sur « Arvoles » (Razsdaz Recordz/Warner Music), son dix-septième album studio sorti le 07 juin 2019, le contrebassiste propose un projet qui diffère du précédent, tant au niveau du son que des ambiances. Il retrouve le cœur de l’idiome jazz qui a fondé son identité si singulière.

« Arvoles »

« Pour moi, Arvoles est une musique nouvelle, une sorte de réflexion sur l’univers qui m’a entouré ces dernières années. On pourrait dire que ce nouvel album dévoile une autre partie de ma personnalité. Si vous écoutez les deux albums du début à la fin, vous aurez une bonne idée de l’homme, du mari et du père que je suis. » Avishai Cohen

Sur cet album dont le titre Arvoles signifie « arbres » en ladino (ancienne langue parlée par le peuple séfarade de la diaspora), le compositeur et contrebassiste Avishai Cohen se produit en trio acoustique sur la moitié des dix pistes, avec à ses côtés le pianiste azerbaïdjanais Elchin Shirinov  et le batteur Noam David, originaire de Jérusalem. Sur les cinq autres titres, le tromboniste Björn Samuelsson et le flûtiste Anders Hagberg renforcent le trio piano/contrebasse/batterie.

« Arvoles » rassemble une chanson traditionnelle (Arvoles) et neuf compositions instrumentales originales qu’Avishai Cohen a écrites au cours des dernières années et qui n’étaient pas censées se retrouver sur le même album mais qui coexistent avec bonheur. Le leader en a conçu tous les arrangements et les a enregistrées aux Nilento Studios en Suède entre le 18 Février 2019 et le 15 mars 2019.

La pochette de l’album reproduit un tableau d’Ora Cohen, la mère du contrebassiste. Les couleurs et le graphisme s’accordent tout à fait avec la teneur musicale de l’opus, nostalgique et romantique, délicat mais empreint d’une force vitale.

Sur « Arvoles », les idées se bousculent et foisonnent autour de ce qui constitue l’ADN jazz du contrebassiste Avishai Cohen. Une musique somptueuse et dynamique dont les subtiles harmonies vibrent et éclatent au fil de plages où coexistent envolées lyriques et mélodies nostalgiques.

Au fil des plages

L’album ouvre avec Simonero introduit par la contrebasse vite rejointe par le piano et la batterie puis par la flûte et le trombone. Les chants et contrechants des instruments tissent une superbe texture musicale sur laquelle le piano virevoltant brode un chorus lumineux.

Advient ensuite la délicate mélodie bucolique d’Arvoles qui donne son nom à l’album. Au rythme des caresses des balais, la contrebasse livre un chorus virtuose et poétique qui inspire un solo romantique au piano.

Le trio se retrouve sur Face Me que le piano entame par un riff énergique décliné sur un fond aux couleurs moyen-orientales. L’archet s’amuse sur les cordes de la contrebasse et développe un chorus énergique et virtuose. Le quintet entame ensuite le lyrique Gesture #2 où les deux soufflants rivalisent en contrepoint autour de la mélodie aux allures néoclassiques. La contrebasse aérienne fusionne avec le piano qui joue en décalage.

Plutôt alerte, Elchinov développe plus tard, en trio, un motif en boucle qui inspire une grande euphorie au pianiste. Exécuté en quintet, Childhood for Carmel se pare de teintes baroques. La flûte élégante devise avec le trombone plaintif alors que sur la contrebasse nostalgique alternent archet et pizzicati aux couleurs plaintives.

Le trio continue avec Gesture #1 qui pourrait s’intituler requiem pour une seule note, celle que tient le piano sur un rythme soutenu. Les solides lignes de contrebasse s’enflamment et libèrent l’espace pour un solo tendu du piano. Intitulé à juste titre Nostalgia, le morceau suivant se développe en deux mouvements. Le piano flirte d’abord avec une romantique mélancolie suivie d’un rythme latin subtil qui inspire à la contrebasse une échappée talentueuse et maîtrisée.

Le quintet revient sur New York 90’s, une composition au thème enivrant et à la pulsation rock asymétrique. Sur la mélodie du piano se superpose le souffle énergique du trombone. L’album se termine avec le quintet qui fait swinguer la belle mélodie de Wings. La contrebasse groove avec éloquence suivi d’une envolée majestueuse du piano. Évocateurs d’ambiances West-Coast, les arrangements donnent presque l’impression qu’un big band a rejoint le quintet.

Pour écouter live le contrebassiste Avishai Cohen en concert, RV le 30 juin 2019 dans le cadre de La Défense Jazz Festival puis à Jazz à Junas, dans le Gard, le 19 juillet 2019, à Marciac le 07 août 2019 et à la Cigale, à Paris, le 17 novembre 2019. ICI pour connaître l’ensemble des dates des concerts du contrebassiste Avishai Cohen.

Echo#3-Jazz à Vienne 2019

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Echo#1-Jazz à Vienne 2019

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Clin d’œil à Doctor3 & « Canto Libero »

Clin d’œil à Doctor3 & « Canto Libero »

Du groove dans la mélancolie

Toujours innovateur en matière de jazz, le trio Doctor3 revient avec l’album « Canto Libero », consacré à la musique de Lucio Battisti, figure légendaire de la chanson italienne. Danilo Rea au piano, Enzo Pietropaoli à la contrebasse et Fabrizio Sferra à la batterie réussissent à adapter en jazz de manière innovante la teneur pop des chansons de celui qui fut une idole en Italie. Ils insufflent le groove du jazz dans les mélodies mélancoliques.

couverture de l'album Canto Libero de Dctor3Avec le jazz transalpin, les bonnes surprises vont bon train et la sortie de « Canto Libero » (Jando Music/Via Veneto) sorti le 24 mai 2019 fait partie de ces opus qui surprennent autant qu’ils enchantent.

Il est vrai que Doctor3 n’en est pas à son coup d’essai et une fois encore le talent de mélodistes et d’improvisateurs du pianiste Danilo Rea, du contrebassiste Enzo Pietropaoli et du batteur Fabrizio Sferra leur permet de livrer avec un nouvel opus qui s’avère une réussite incontestable.

Doctor3

Profondément ancré dans le jazz le plus innovateur, Doctor3 affiche depuis ses débuts une très large ouverture d’esprit en direction de toutes les musiques. Il affectionne la reprise de compositions cultes de pop, rock ou de standards de jazz qu’ils se réapproprient et transforment tout en leur conservant leur authenticité et leur originalité.

Diplômé du conservatoire de musique de Santa Cecilia à Rome, le pianiste italien Danilo Rea fait ses débuts avec Roberto Gatto et Enzo Pietrapaoli avec qui il constitue le « Trio di Roma » en 1975. Accompagnateur de grands jazzmen tels Chet Baker, Phil Woods, Steve Grossman, Aldo Romano ou Art Farmer, Danilo Rea joue aussi dans le domaine de la pop italienne pour Pino Daniele, Domenico Modugno et Gianni Morandi. A partir de 1989, il accompagne régulièrement la chanteuse Mina (Mina Anna Mazzini) pour laquelle Lucio Battisti a composé.

En 1997, Danilo Rea forme Doctor3 avec Enzo Pietrapaoli (contrebasse) et Fabrizio Sferra (batterie). Au fil de son aventure, le trio affiche sa marque de fabrique, sortir des sentiers battus, regarder en direction des autres musiques et innover tout en demeurant ancré dans son idiome.

Doctor 3 incarne ce jazz italien qui mêle avec réussite, mélodies sensibles et trésors d’improvisations.

En 2009, Doctor3 s’est séparé mais en 2014, Danilo Rea, Enzo Pietropaoli et Fabrizio Sferra se retrouvent et reprennent leur aventure avec de nouvelles idées et riche de toute l’expérience acquise individuellement. En 2014 sort l’album « Doctor3 » qui reprend entre autres tubes, Let It Be, Life on Mars, Hallelujah, Light My Fire ou How Deep Is Your Love.

« Canto Libero »

En 2019, « Canto Libero » propose un album qui reprend dix compositions de l’auteur-compositeur-interprète italien Lucio Battisti auquel Doctor3 ajoute le souffle inspiré de trois interludes de leur cru. Un voyage suspendu sur un arc en ciel d’émotions.

D’abord bercé par le piano qui ouvre l’album et chante la douce mélodie mélancolique Pensieri e parole, on se laisse ensuite surprendre par le rythme binaire que le trio impulse sur Il mio canto libero qui resplendit de riches harmonies. On craque plus tard à l’écoute de la ritournelle nostalgique de Perché no jouée sur un battement subtil des balais avant de se laisser captiver par le chorus inspiré de la contrebasse.

Après le punchy et enrocké Doctor 01, on se laisse envahir par le doute qui se dégage de Con il nastro rosa. L’ambiance change ensuite avec le tempo  funky de Il tempo di morire où le piano vagabond improvise à cœur joie. La complicité du trio est particulièrement perceptible dans ce morceau gorgé d’énergie jazz.

Après les harmonies raffinées qui soufflent sur le bucolique Emozioni, l’interlude Doctor 02 advient comme une respiration percussive qui dynamise l’écoute. On est alors prêt à apprécier le chorus énergique du piano qui enflamme la section rythmique sur 29 Settembre.

Soucieux de pourvoir aux nuances et de faire varier les climats, Doctor3 enchaîne avec Mi ritorni in mente, qui se déroule comme un rêve musical évocateur de tendres pensées poursuivies dans Fiori rosa fiori di pesco dont la métrique plus cadencée incite à l’éveil. Les notes cristallines de Doctor 03 engagent à une douce méditation avant que ne se termine la promenade dans le monde de Lucio Battisti avec Umanamente uomo : il sogno qui résonne d’un doux réalisme mais demeure paré d’une tendre poésie

Sur « Canto Libero », le trio Doctor3 réussit le challenge d’adapter en jazz les musiques de Lucio Battisti. Dynamique et sensible la musique s’écoule avec naturel, restitue l’essence des compositions originales et insuffle un souffle de groove impulsé avec une énergie maîtrisée.

Echo#3-Jazz à Vienne 2019

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En trio, Philip Catherine présente « Manoir de mes Rêves »

En trio, Philip Catherine présente « Manoir de mes Rêves »

Des nuages de swing souple et sensible

Les guitares de Philip Catherine et Paulo Morello s’associent à la contrebasse de Sven Faller sur « Manoir de mes Rêves », un album délicieux et élégant. Le trio complice tisse une atmosphère teintée d’une tendre mélancolie. Virtuosité joyeuse et sensibilité lyrique se mêlent en un cocktail musical ressourçant. Limpide, la musique flotte sur de souples nuages de swing.

couverture de l'album Manoir de mes Rêves de Philip Catherine, Paulo Morello etSven FallerLes deux guitaristes Philip Catherine et Paulo Morello se connaissent depuis 2010. En 2017, ils s’associent avec le contrebassiste Sven Faller avec lequel ils s’engagent dans une collaboration complice.

Après le succès de leur tournée de 2018, ils décident de passer en studio et enregistrent un album qui porte le nom d’une de leurs compositions préférées de Django Reinhardt, « Manoir de mes Rêves » (Enja Yellow Bird/l’Autre Distribution) annoncé pour le 21 juin 2019.

Le répertoire de l’album propose des compositions du Paris des années 50 et 60 que Philip Catherine aimait quand il était un jeune mais il compte aussi des standards de jazz qu’il affectionne, deux mélodies associées à la chanteuse belge Maurane sans oublier la superbe bossa nova Recado et une version remarquable de To Philip, une composition du jeune pianiste italien Nicola Andrioli, membre du Philip Catherine quartet.

Le trio

Philip Catherine

Depuis les années 60, Philip Catherine est devenu une référence incontestable du jazz européen d’aujourd’hui. A 18 ans il tournait déjà en Europe avec le trio de Lou Bennett. Au fil des années et des collaborations menées avec Charles Mingus, Chet Baker, Stéphane Grappelli, Dexter Gordon, Larry Coryell, Tom Harrell, NHOP (pour n’en citer que quelques-uns), le guitariste belge a développé un style et une sonorité identifiables et uniques.Il a joué sur les scènes les plus prestigieuses, de la Philharmonique de Berlin au Carnegie Hall de New York, du Concertgebouw d’Amsterdam à l’Olympia et la Salle Pleyel à Paris.

Guitariste virtuose, Philip Catherine est aussi un compositeur talentueux. Il a enregistré plus de 20 albums sous son nom et collaboré avec de grands artistes de tous horizons. Sa carrière est couronnée de succès tant auprès du public que des professionnels ce qui lui a valu de recevoir le prix du « Best International Guitarist » lors des prestigieux Echo Jazz Awards 2016 à Hamburg, pour son album « The String Project – Live in Brussels » (ACT Music) sorti en sept 2015.

Paulo Morello

Très polyvalent, le guitariste allemand et aime le jazz et la musique brésilienne. En 2001, Paulo Morello s’est fait connaître en Europe et Amérique du Sud avec son projet “Bossa Nova Legends” mené avec Kim Barth (saxophone, flutes). On l’a aussi écouté aux côtés de l’organiste Jimmy Smith et de la chanteuse Roberta Gambarini, de Paul Kuhn, Ivan Lins, Airto Moreira, et des guitaristes Larry Coryell et Ulf Wakenius. Depuis de nombreuses années, avec Jermaine Landsberger (orgue, fender rhodes) et Christoph Huber (batterie), il poursuit son Trio “Hammond Eggs” qui  a invité le trompettiste Randy Brecker et les saxophonistes Bob Mintzer, Tony Lakatos et Kim Barth.

Avec son quartet qui réunit Lula Galvao (guitare), Dudu Penz (basse) & Mauro Martins (batterie), il a sorti en 2018 l’album « Sambop » (IN+OUT Records), un superbe mélange de jazz et de musique brésilienne.

Sven Faller

Entre 1994 et 2000, Sven Feller a vécu à New York, où il s’est fait connaître comme instrumentiste mais aussi comme un arrangeur et compositeur. Il a joué aux États-Unis, en Europe, à Singapour, au Mexique et au Brésil avec une variété d’artistes parmi lesquels les saxophonistes Chico Freeman, Scott Hamilton et Bobby Watson et les guitaristes Ulf Wakenius, Larry Coryell, Philip Catherine et Charlie Mariano.

« Manoir de mes rêves »

Le titre de l’album dit beaucoup de l’importance qu’a eue Django Reinhardt pour Philip Catherine mais les douze plages présentent une vision élargie des musiques qu’il affectionne et pratique.

Django, Brassens et Salvador

C’est sur un très souple tempo de bossa nova que le trio caresse tendrement Manoir de mes rêves, composé par Django Reinhardt. Les guitaristes sont complémentaires. Limpide et aérien, Philip Catherine glisse des inflexions bluesy alors que Paulo Morello se fait plus éloquent. Sur les harmonies lumineuses, le morceau distille un charme infini.

L’album ouvre avec les Amoureux des Bancs Publics, une composition de George Brassens. C’est le premier guitariste qu’a écouté Philip Catherine en 1954 et dont il a toujours apprécié les mélodies. Le trio insuffle une douce mélancolie à ce titre.

Sur l’album on retrouve deux morceaux composés par Henri Salvador qui a brièvement joué dans le groupe de Django. Les deux guitaristes s’expriment avec une légèreté sans pareille sur L’ombrelle et le Parapluie. Les phrases ciselées de Paolo Morello et les chorus en accords de Philip Catherine entretiennent un swing tout en retenue. Pas encore résonne d’une sobriété qui met en valeur la musicalité de cette composition qui flotte en souplesse et en légèreté au-dessus des cordes.

Clin d’œil à Maurane

Avec le titre de Michel Berger, Les Uns Contre Les Autres, Philip Catherine reprend sur l’album ce morceau qu’il a joué après la disparition la chanteuse belge en 2018. Tel un hommage, le titre est imprégné d’une émotion délicate et d’une chaleureuse tendresse. L’atmosphère demeure recueillie sur Enfant des Étoiles écrit pour Maurane par l’ami belge de Philip Catherine, Evert Verhees. Une plage empreinte de sobriété et de délicatesse.

To Philip, comme un songe

Composé par le pianiste Nicola Andrioli qui fait partie du quartet de Philip Catherine, To Philip représente sans doute un des points forts de l’album. Le morceau résonne comme un songe porté par la sonorité éthérée de la guitare de Philip Catherine.

Versus Jazz

Le trio adopte un tempo middle apaisant pour interpréter Insensiblement, la composition de Paul Misraki… un rien de tendresse saupoudrée par Philip Catherine et quelques pincées de lyrisme insufflé par Paulo Morello.

C’est une version mélancolique que le trio donne de Jardin d’Hiver, une composition peu connue de l’organiste Eddy Louiss, à ne pas confondre avec le titre d’Henri Salvador. Par contraste, Claudia’s Delight, composée par Paulo Morello et dédiée à sa femme, déclenche une furieuse envie de sautiller et de danser le foxtrot.

L’album se termine par les accords radieux de I’ll See You In My Dreams, cette composition d’Isham Jones que les trois complices revitalisent d’un élastique swing manouche. La mélodie est exposée par Philip Catherine et doublée en block chords par Paulo Morello.

Recado, un message ensoleillé

Avec une douce langueur ensoleillée, le trio reprend Recado, la célèbre composition du brésilien Djalma Ferreira. C’est avec le saxophoniste Barney Wilen que Philip Catherine avait découvert ce thème. Avec une maîtrise parfaite, le trio insuffle au morceau ce balanção si caractéristique qui étire et décale le tempo pour donner au final une impression de balancement élastique tout en souplesse.

Virtuoses sans jamais afficher leur technique, Philip Catherine, Paulo Morello et Sven Faller jouent dans une parfaite complémentarité. La formule de ce trio à cordes leur permet de montrer de nombreuses facettes de leur talent et leur octroie une grande liberté. Derrière une simplicité apparente, la musique de « Manoir de mes Rêves » propose des développements d’une richesse inouïe. La musique respire et procure une sensation de détente et d’apaisement.

Echo#3-Jazz à Vienne 2019

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