Shahin Novrasli présente Emanation

Shahin Novrasli présente Emanation

A la croisée de l’Orient et de l’Occident

Shahin Novrasli présente Emanation, un album singulier. Originaire d’Azerbaïdjan, le pianiste puise son inspiration dans les musiques du Caucase, le jazz et la musique classique. Un jazz épicé, savant et élégant qui repousse les frontières musicales.

Après le disque « Bayati » gravé en 2014 avec Ari Hoenig et Nathan Peck, Shahin Novrasli présente à quarante ans son deuxième album, « Emanation » (Jazz Village/[Pias]), sorti le 07 avril 2017. On découvre une musique riche et inspirée, imprégnée de la rigueur du classique tout autant que de la tradition azérie et ponctuée d’improvisations étourdissantes.

Après avoir suivi un cursus typique de pianiste classique en Azerbaïdjan, il maîtrise les partitions de Bach, Mozart et  Rachmaninoff et se produit dès ses onze ans avec l’orchestre philharmonique d’Azerbaïdjan. Shahin Novrasli s’initie ensuite au jazz sous l’influence de Vagif Mustafa Zadeh, le père de la merveilleuse pianiste Aziza Mustafah Zadeh, plus guère présente sur les scènes jazz actuelles. Avec lui il apprend l’art qui consiste à mêler le jazz au mugham, cette musique azérie de forme modale où l’improvisation tient une place majeure.

A sa sortie du conservatoire national en 2000, Shahin Novrasli se tourne vers le jazz et les œuvres de Bill Evans et Keith Jarrett. Il commence à écrire ses premières compositions et se produit ensuite dans de nombreux festivals internationaux de jazz  comme Montreux en 2007. Installé à New-York, il rencontre un de ses héros, Ahmad Jamal qui lui apporte son soutien, ses conseils et coproduit aussi son album.

C’est d’ailleurs avec le contrebassiste James Cammack qui a longtemps joué avec Ahmad Jamal que Shahin Novrasli entre en studio à Paris en avril 2016 pour enregistrer « Emanation ». La batterie est tenue par l’incontournable André Ceccarelli. Sur quelques plages, intervient le percussionniste Erekle Kolava qui collabore régulièrement avec le pianiste. On note aussi la participation du violoniste Didier Lockwood sur Ancient Parallel où il soutient les psalmodies vocales du pianiste et sur le superbe Saga.

Sur les neuf plages de l’album « Emanation », Shahin Novrasli donne libre cours à son inspiration. Dans son univers musical se mélangent avec élégance, la musique classique, le mugham azerbaïdjanais et le jazz. Le pianiste fait dialoguer orient et occident. Il brode des mélodies dépaysantes sur des rythmes orientaux et utilise des harmonies puissantes portées par une énergie puisée dans les racines du jazz. Étourdissant et lyrique.

Sans doute le titre Tittle Tattle laisse augurer de l’esthétique rythmique qui pourrait présager de l’évolution musicale de Shahin Novrasli de même que le morceau Ancient Parallel où les origines orientales de la musique du pianiste dominent mais on demeure sous le charme du titre Emanation empreint de liberté, d’élégance et d’un lyrisme maîtrisé. De cette composition qui ouvre l’album émane une impression de fragilité et de nostalgie inspirée.

Pour Shahin Novrasli, « le plus important c’est la musique. Quand je joue ou que j’écris, je ne pense pas au jazz ou au mugham, je ne pense à aucun style en particulier. La musique doit être beauté, amour. »  Construit sur le principe de la spontanéité maximale, l’album laisse une grande part à l’improvisation chère au pianiste.

 

Pour s’immerger dans la musique étourdissante et lyrique de Shahin Novrasli, rendez-vous le le samedi 20 mai 2017 à 20h30 à la Maison des Océans, dans le cadre du festival Jazz à Saint-Germain-des-Prés à Paris.
Le pianiste de produit aussi en première partie des concerts des 05 et 06 juillet 2017 à 20h à l’Odéon–Théâtre de l’Europe à Paris dans le cadre de « The Week Celebration of Ahmad Jamal ».
Retour de Sébastien Texier & Christophe Marguet 4tet

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Clin d’œil à Isfar Sarabski & « Planet »

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« Think Bach Op.2 », Édouard Ferlet renoue avec Bach

Ferlet re-pense Bach

Après « Think Bach » paru il y a cinq ans, Édouard Ferlet renoue avec Bach sur « Think Bach Op.2 ». Une récidive de bon aloi où Ferlet, en piano solo, compose et improvise autour des œuvres de Jean-Sébastien Bach. Entre hommage introspectif et conversation passionnée.

La musique de Jean-Sébastien Bach constitue un réservoir infini d’inspiration pour le pianiste Édouard Ferlet qui entretient une relation suivie et plus qu’intime avec sa musique. En effet, après « Think Bach » paru en 2011 puis « Bach Plucked Unplucked » enregistré en 2015 avec la claveciniste Violaine Cochard, le pianiste de jazz récidive et renoue avec Bach. Il continue son exploration des partitions de Bach sur « Think Bach Op.2 » (Mélisse/Outhere) sorti le 28 avril 2017. Sur l’album, neuf compositions du pianiste et une interprétation du largo du Concerto pour clavecin n°5 en Fa mineur BWV 1056.

La première écoute de l’album suscite d’abord un moment d’incrédulité, « …comment, il approche de nouveau la musique de Bach ! » mais sitôt après survient l’étonnement, « surprenant, il est vraiment parvenu à renouveler son propos » et enfin, avec l’immersion totale, advient le plaisir inconditionnel que procure cet opus absolument addictif.

Avec « Think Bach Op.2 », Édouard Ferlet, déjà imprégné de l’œuvre de Bach, pénètre encore plus avant au cœur de l’écriture du Maître de Chapelle. Il se glisse dans la trame des partitions qu’il explore comme un chercheur en quête de compréhension. Pour cet album le pianiste dissèque les lignes musicales, pose, dépose et repose autrement les notes, dérange et change les rythmes, bouscule la structure de la musique de Bach. On se demande s’il s’agit d’une communion ou d’un jeu espiègle entre Ferlet et l’âme de la musique de Bach. Peut-être les deux à la fois d’aileurs.

La lettre introductive que le pianiste adresse à J.S. Bach dans le livret dit beaucoup de son rapport avec le compositeur baroque. Il le tutoie, c’est dire sa familiarité avec lui. A travers les termes de la missive on perçoit  la relation passionnée voire même physique entretenue avec la musique de celui qu’il admire. « … je te joue et joue avec toi. Mes doigts en folie courent et s’essoufflent dans l’ivresse et la rigueur de tes lignes, mes muscles se figent et se relâchent pour exprimer ma rage et ma passion ». Si Édouard Ferlet fait état de ses « anciennes blessures » ce n’est point pour s’en plaindre mais pour les évoquer comme un point de départ de sa renaissance.

Sur « Think Bach Op.2 », Édouard Ferlet communie avec la musique de Bach, ausculte sa respiration profonde et entre en relation intime avec les partitions dont il s’abreuve. Il communique avec le compositeur dont il explore l’écriture. Il la comprend et déjoue les difficultés. Il joue à déplacer les phrases, à modifier les intervalles, à décaler les rythmes et les cadences, à bousculer les lignes de construction. On ne parle pas de transgression mais plutôt d’une exploration de la substance musicale. Cette recherche en quête de compréhension nourrit son inspiration. En effet de cette démarche naît une nouvelle musique comme une filiation innovante et respectueuse.

A partir de techniques compositionnelles variées évoquées dans le livret, le pianiste apporte des touches contemporaines et se réapproprie la musique de Bach. Ferlet se projette dans le monde de Bach. Il pénètre dans le rythme, le son, la charpente de la musique et les accueille dans l’univers du jazz. Il explore même les mélodies comme sur les quatre minutes de la seule piste de l’album qu’il n’a pas composée. C’est en effet uniquement la mélodie qu’il restitue du largo du Concerto pour clavecin n°5 en fa mineur BWV 1056.  Moment surprenant et émouvant.

Crazy B est sans doute la pièce où l’on perçoit le plus la manière dont le pianiste compose un morceau à partir d’une phrase citée puis cernée contournée, reprise autrement, remise sur le métier, travaillée encore et encore, transformée jusqu’à devenir un leitmotiv rythmique étourdissant où une mélodie trouve place. Le pianiste propose ainsi à l’auditeur « plusieurs sas de décompression » comme des paliers qui familiarisent l’oreille à l’évolution progressive de la phrase originale.

Encore une fois Édouard Ferlet inscrit Bach dans l’espace de sa propre musique et lui ouvre la porte du jazz via ses compositions et ses improvisations. On est  touché par la sensibilité qui se dégage de Miss Magdalena (inspiré du prélude en ut majeur BWV 846) où le pianiste siffle à l’unisson un thème écrit dans la tessiture de son sifflet.

On se laisse emporter par la rythmique et les oasis mélodiques dépaysants de Es ist Vollbracht fort distancié de l’air de la Passion selon saint Jean BWV 245. On écoute Oves, pièce façonnée « autour de l’intervalle de seconde et de l’ostinato rythmique empruntés au Prélude en sol dièse majeur BWV 884 ». Édouard Ferlet la présente comme une « ouverture… généreuse, qui a le sourire solaire, comme la musique de Bach »

 

Édouard Ferlet sera en concert pour la sortie de son album au Café de la Danse à Paris le samedi 13 mai 2017 à 20h. Avec en invités Naïssam Jalal et Sonny Troupé.
Retour de Sébastien Texier & Christophe Marguet 4tet

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Jean-Philippe Viret revient avec « Les idées heureuses »

Jean-Philippe Viret revient avec « Les idées heureuses »

Élégance poétique autour de François Couperin

Jean-Philippe Viret revient avec l’album « Les idées heureuses » cinq ans après le premier opus « Supplément d’âme » où il avait enregistré « Les barricades mystérieuses » de Couperin. Une élégante promenade musicale entre poésie et introspection.

Sur ce nouvel album « Les idées heureuses » (Mélisse/Outhere Music France) sorti le 14 avril 2017, le contrebassiste Jean-Philippe Viret poursuit sa quête autour de François Couperin. Le disque emprunte d’ailleurs son titre à une pièce de l’auteur, issue du premier livre de pièces de clavecin paru en 1713.

Le contrebassiste revient avec son quatuor « Supplément d’âme ». Ce quartet à cordes est dissident dans la forme du quatuor classique dont la composition requiert deux violons, un alto et un violoncelle, En effet dans le quartet à cordes tel que l’a voulu Jean-Philippe Viret, la contrebasse remplace le second violon du quatuor. Ainsi dans son quatuor à cordes, le contrebassiste de jazz réunit autour de lui l’altiste David Gaillard, le violoniste Sébastien Surel et le violoncelliste Eric-Maria Couturier.

Avec élégance, liberté et poésie, Jean-Philippe Viret célèbre la musique de François Couperin dont le quatuor « Supplément d’âme » reprend d’ailleurs une pièce, « La muse plantine ». Les autres morceaux du répertoire sont tous des compositions originales du contrebassiste. Trois thèmes s’inspirent librement de trois pièces de Couperin. L’Idée qu’on s’en fait d’après « Les idées heureuses » de Couperin, L’an tendre, d’après « Le dodo ou l’amour au berceau » de Couperin, Tocs et tics et chocs d’après le « Le tic-toc-choc ou Les maillotins » de Couperin.

Musicien et compositeur, Jean-Philippe Viret prouve par son parcours musical son art à gérer l’éclectisme et à y réussir. On le connait pour avoir joué depuis plus de 30 ans dans l’Orchestre de contrebasses. Jean-Philippe Viret travaille aussi la matière musicale avec le groupe « 60% de matière grave » où il réunit trois instruments « graves » de 3 familles différentes, un saxophone basse avec Eric Seva, un tuba avec Michel Godard et lui-même à la contrebasse. On sait qu’il a aussi travaillé comme sideman aux côtés d’autres musiciens de jazz comme Marc Ducret, Simon Goubert ou Emmanuel Bex et bien d’autres solistes internationaux comme Dave Liebmann.

Après avoir été membre du trio de Stéphane Grappelli de 1989 à 1997, Jean-Philippe Viret a créé en 1998 son propre son trio avec lequel il a depuis enregistré des albums tous aussi passionnants les uns que les autres. Dans ce trio il se produit avec Fabrice Moreau à la batterie et Edouard Ferlet au piano. C’est d’ailleurs ce dernier qui a assuré la direction artistique de l’album « Les idées heureuses » enregistré à la Courroie à Entraigues-sur-la-Sorgue en octobre 2016.

Sur « Les idées heureuses », Jean-Philippe Viret livre en toute liberté sa propre vision du monde musical de François Couperin. La musique dessine un univers poétique qui accueille dans son intimité toute oreille qui veut bien écouter avec attention et sans a priori de genre.

La liberté que donne l’improvisation appartient à toutes les musiques et à tous les musiciens qui souhaitent la mettre au cœur de leur pratique. C’est pourquoi on ne s’inscrit pas ici dans un débat qui souhaiterait déterminer si ce disque inscrit ou non son propos dans le monde du jazz, ou une autre controverse qui prétendrait que l’album ne respecte pas à la lettre l’univers de la musique baroque de François Couperin.

En fait, considérant que l’improvisation, indissociable de la pratique du jazz, était aussi inscrite en son temps d’une autre manière dans la pratique de la musique baroque, on en conclut que cette écriture instantanée qu’est l’improvisation relie le jazz et la musique baroque. Les neuf plages de l’album « Les idées heureuses » se donnent à écouter avec limpidité pour quiconque accepte de lâcher ses repères pour rencontrer ceux qui balisent le monde de Jean-Philippe Viret.

On est touché par la dimension onirique de l’album « Les idées heureuses » qui sonne comme une musique de film. Une bande-son qui accompagnerait la rêverie d’un promeneur confronté à un monde qui l’étonne et le comble à la fois. Empreint de nostalgie et d’introspection, le propos explore la carte des sentiments de ce rêveur qui évolue entre étonnement, ravissement, questionnement et incertitude. Les quatre musiciens du quatuor à cordes réuni par Jean-Philippe Viret mettent leur maîtrise technique au service de la sensibilité et déclenchent des émotions sensibles chez l’auditeur.

Pour écouter sur scène le quatuor « Supplément d’âme » dans le répertoire de l’album « Les idées heureuses », rendez-vous le 2 mai à Jazz à Eaubonne (95600), le 30 juillet au Parc Floral de Paris dans le cadre du Paris Jazz Festival ou le 02 août à Jazz in Marciac… et pour en savoir plus sur tous les concerts à venir du contrebassiste, il suffit de consulter le site de Jean-Philippe Viret.
Retour de Sébastien Texier & Christophe Marguet 4tet

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Sonny Troupé Quartet Add2 présentent « Reflets denses »

Sonny Troupé Quartet Add2 présentent « Reflets denses »

Une double réalité, tantôt jazz, tantôt créole

Sur son nouvel album « Reflets Denses », Sonny Troupé explore des mélodies gwo ka qu’il arrange. La matière première prend des reflets différents, tantôt jazz, tantôt créole. Un quartet, un trio, deux saxophones pour diffracter le même sujet musical. Une musique chaleureuse loin des formats standards.

Héritier de la tradition gwo ka, le batteur et percussionniste guadeloupéen Sonny Troupé fait partie de cette nouvelle scène jazz dynamique et créative venue des Antilles. Son univers gravite aux frontières de plusieurs mondes. Après « Voyages et Rêves » (2013) puis « Luminescence » (2015) en duo avec Grégory Privat, Sonny Troupé récidive avec un nouvel album « Reflets denses » sorti le 05 avril 2017. 

Sonny Troupé a travaillé durant trois ans pour préparer cet album. Il a étudié, écouté, analysé la musique gwo ka, sa tradition et sa modernité. Le disque restitue l’authenticité de cette musique. Il s’est amusé à exploiter de manière différente une même base de mélodie pour qu’à la fin les musiques restituent des reflets différents, tantôt plus axé sur le gwo ka moderne, tantôt plus orienté vers le jazz. Bien sûr à cela, Sonny Troupe rajoute des métriques issues du métal qu’il a aussi étudié sans oublier quelques pincées d’électro pour pimenter le tout.

Le tambour ka, la percussion traditionnelle de la Guadeloupe, demeure au cœur de la musique de Sonny Troupé mais son ouverture aux mondes musicaux le conduit à confronter ses racines caribéennes avec les autres influences. Sur l’album  « Reflets Denses », il interroge l’identité créole de sa musique au travers du prisme de ses autres influences, jazz, fusion, metal. Il navigue entre passé et présent pour envisager l’avenir. Il reconfigure la tradition pour transfigurer le présent et nous invite en quelque sorte à un voyage à travers le temps. L’expérience est très plaisante.

Pour « Reflets Denses », Sonny Troupé ne lésine pas sur les moyens et réunit plusieurs formations et musiciens. Bien sûr le Sonny Troupé Quartet avec le pianiste Grégory Privat, le bassiste Mike Armoogum, le tambouyé Olivier Juste, et lui-même, à la batterie et au tambour maké.

Le groupe Reflets Denses avec le pianiste Jonathan Jurion, le bassiste Michel Alibo et le tambouyé Arnaud Dolmen. L’entité « Add 2 » composée de Thomas Koenig au saxophone ténor et à la flûte et Raphaël Philibert au saxophone alto. Sans oublie des invités. Christian Laviso qui intervient à la guitare sur Twa Jou San Manjé. Lucie Kancel et Patrice Hulman pour les chœurs, le jeune Djokaèl Méri au tambour maké sur l’introduction du thème Equation.

Un maître de musique derrière ses tambours. Trois binômes où chaque instrumentiste est le reflet de l’autre, piano, basse et gwo ka. Un duo de saxophones pluriels, avec le ténor qui penche vers le jazz et la fusion alors que l’alto est plus baigné dans le gwo ka et la musique antillaise. Un guitariste expert des rythmiques et harmoniques ka. Le résultat est à la mesure de l’effectif. Outre les prestations des musiciens, l’album intègre au fil des plages des samples sous des formes variées. Chant du coq qui ouvre le disque et évoque le début du jour, ambiances de rue, vie de marché et aussi chanteurs traditionnels et musiciens (Lin Canfrin, Kristen Aigle, Sergius Geoffroy, Robert Oumaou…).

Titre après titre, d’un reflet à un autre, les ambiances alternent. Pianistes et bassistes se croisent. Jonathan Junion se rapproche de Mike Armoogum sur la ballade intitulée Une fin ? D’une facture plus contemplative que les autres morceaux du disque, ce thème pourrait autant annoncer un début qu’une fin mais avec le temps, qui sait ?

Sur Evocation, flûte, saxophone et piano fusionnent très contenus par une section rythmique plutôt ronde. Grégory Privat chemine avec Michel Alibo. Ça sonne très jazz au niveau des expositions de thèmes et des improvisations.

Sur Twa Jou San Manjié du compositeur Guy Kontèt la contribution du guitariste Christian Laviso accentue le climat tendu du morceau. Rythmiques complexes des percussions que les saxophones poussent dans leurs retranchements. La basse se joint à la mêlée musicale jusqu’à la résolution finale éclatée et salvatrice.

L’écoute du quatrième titre, Le Temps, est un régal. Les percussions scandent avec violence l’infinie force du temps, la basse ronfle, le piano évoque la ronde des heures qui filent, les saxophones crient jusqu’au paroxysme l’avancée inexorable du temps qui passe alors qu’on demeure suspendu à la voix du « diseur de texte » (dixit Sony Troupé) Toma Roche qui a mis en mot la fuite du temps et le rapport que l’homme entretient avec lui… « Le temps nous aime comme des enfants, nous berce à sa pendule, nous fait devenir grand, nous fait devenir grand, nous donne du recul, nous pousse vers l’avant…  pour nous les enfants de peur le temps est relatif… avant que l’on renonce pour ne pas avoir peur de l’avenir en attendant la réponse, on passe son temps à regarder son heure venir… comprendre que tout y passera… le temps nous serre entre ses bras de pierre… se joue de nous et nous laisse infinis, infinis… dans la tempête du temps je tente d’attraper le temps par les deux bouts… « 

« Reflets Denses ». Onze titres à la fois différents et ressemblants. Une matière sonore chaude et flamboyante à la fois. On embarque avec le coq mais impossible de débarquer. On laisse l’album tourner en boucle pour mieux s’immerger dans le caraïb’jazz de Sonny Troupé et ses amis musiciens.

Et pour vivre en concert la musique de « Reflets Denses », rendez-vous le le 10 mai 2017 à 20h au Centre culturel Barbara, 1 rue Fleury à Paris.
Retour de Sébastien Texier & Christophe Marguet 4tet

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Jazz à Vienne 2017, les suggestions de Benjamin Tanguy

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 Pour bien choisir ses soirées

Chaque année la question se pose aux festivaliers quand il s’agit de choisir parmi les soirées programmées par Jazz à Vienne. Benjamin Tanguy, le coordinateur artistique du festival, accepte de jouer le rôle de guide pour éclairer d’éventuels indécis. On ne pouvait pas espérer meilleur conseiller.

On remercie Benjamin Tanguy d’avoir joué le jeu qui consiste à suggérer quelques orientations pour guider des spectateurs encore hésitants face aux 14 soirées proposées au Théâtre Antique par le festival Jazz à Vienne, du 29 juin au 13 juillet 2017. Il s’agit bien sûr de plusieurs « profils spectateur » imaginés à dessein pour cet interview… et même si l’on ne se reconnaît que partiellement dans ces portraits de festivaliers, les suggestions de Benjamin Tanguy s’avèrent pertinentes.

Nicole Videmann : on sollicite votre aide pour conseiller des spectateurs qui souhaiteraient organiser l’agenda de leurs soirées durant le festival Jazz à Vienne. En effet ces personnes aimeraient ne pas se tromper dans leurs choix et assister à 3, 4 ou 5 soirées qui répondent à leurs goûts musicaux ou à leurs aspirations personnelles. Le premier groupe rassemble des ‘jeunes’ pas familiers de jazz mais amateurs de musique « qui groove ». Ils souhaitent « s’éclater ensemble » durant quelques soirées.

Benjamin Tanguy : puisqu’ils aiment le groove on peut d’emblée leur conseiller la soirée du 01 juillet avec la venue du groupe De La Soul qui revient, après 11 ans d’absence, avec un nouvel album plébiscité par la presse et très ouvert musicalement. Ce groupe très atypique a été crée dans les années 82 à New-York. Très influencé par le jazz et la soul, De La Soul puise ses racines dans le jazz des années 70 et même s’il a choisi de s’exprimer via les textes, il demeure très instrumental et joue en live. Cet été il ne fait que quelques dates et le festival est très heureux de les avoir. Durant cette même soirée est proposé le projet « Hip-Hop symphonique », reprise  d’une création donnée en en 2016 à Radio France avec un orchestre symphonique. A Vienne c’est l’ONL (Orchestre national de Lyon) qui intervient avec la venue exceptionnelle de MC Solaar, avec les Sages Poètes de la Rue de retour après 14 ans d’absence et aussi avec Ärsenik et Bigflo & Oli.

Ensuite on peut sans risque leur proposer d’assister à la Soirée Funk du 08 juillet avec Larry Graham, Trombone Shorty et Juan Rozoff et aussi à la Soirée Soul du 10 juillet avec Mary J. Blige et en ouverture la prestation solo de Lianne La Havas, la petite protégée de Prince. S’il aiment le groove un peu ‘nouvelle génération’, on peut aussi leur proposer la soirée du 11 juillet avec Deluxe (qui a collaboré avec I Am et -M-) et  Postmodern Jukebox qui assure d’ailleurs la première partie de soirée. On  peut enfin les engager à vivre la All Night Jazz du 13 juillet puisqu’il y a au moins deux groupes très festifs qui bougent et correspondent à leur envies, Con Brio et Bixiga 70.

NV : il y a ensuite un groupe de collègues de travail qui souhaitent avant tout vivre et partager ensemble une soirée conviviale et se distraire sans se « prendre la tête » avec des musiques complexes. Ces jeunes quarantenaires aspirent avant tout à se distraire et à profiter de soirées festives.

BT : on pourrait leur conseiller de commencer avec la soirée du 29 juin qui présente le projet plutôt ouvert de Zucchero. Le chanteur est très influencé par le blues du delta du Mississippi où il a d’ailleurs enregistré son album. Je conseillerais aussi peut-être la soirée du 05 juillet avec le pianiste-chanteur Jamie Cullum et la chanteuse Stacey Kent en première partie ainsi que la Soirée Blues du 06 juillet. Il s’agit d’une soirée très ouverte avec Vintage Trouble, groupe au chanteur très charismatique qui se produit certes dans les grands festivals de blues mais aussi de rock et de Metal et qui a assuré les premières parties des Who et ACDC.

Ensuite on peut les engager à vivre la Soirée Cuba du 07 juillet avec la création réalisée par le pianiste cubain Roberto Fonseca qui invite Eliades Ochoa et Daymé Arocena. Cette soirée permet aussi de percevoir l’influence de l’Afrique sur la musique cubaine avec la venue de la diva béninoise Angelique Kidjo qui rend hommage à la chanteuse salsa Célia Cruz. On pourrait aussi leur proposer la Soirée Funk du 08 juillet qui devrait convenir car elle demeure dans une dynamique festive.

NV : que conseiller par contre à des néophytes d’un âge médian qui souhaiteraient assister à des soirées un peu « prestigieuses » et pouvoir ainsi échanger ultérieurement avec des amateurs du jazz ? Il importe aussi de préciser qu’il s’agit de leur première venue au festival Jazz à Vienne.

BT : d’emblée, on peut leur conseiller d’assister à la soirée du 30 juin où se produit l’un des maîtres du jazz, le pianiste Ahmad Jamal qui revient en quartet avec un magnifique album autour de la ville de Marseille. Il est avec des invités prestigieux, Abd Al Malik et Mina Agossi. Ce même soir ils pourront écouter en première partie le trompettiste de la Nouvelle-Orléans Christian Scott qui vient pour la première fois à Vienne. Il a joué avec des grands du jazz comme Marcus Miller et produit une musique engagée et puissante émotionnellement et va sortir prochainement un triple album. La soirée devrait être plutôt acoustique même si peu d’électricité peut teinter le groupe du trompettiste.

On les engage aussi à assister à la soirée du 05 juillet avec le pianiste-chanteur Jamie Cullum qui vient en trio et partage le plateau avec la chanteuse Stacey Kent et ensuite à la soirée du 09 juillet avec Youn Sun Nah, et le trio Ponty/Lagrène/Eastwood. Cette formation constitue un véritable évènement car elle réunit trois générations d’artistes qui ont trois visions différentes de la musique, trois cultures musicales. Une réunion d’artistes prestigieux.

On leur propose ensuite la soirée du 12 juillet où se produit le pianiste quasiment légendaire Herbie Hancok. On note que la première partie de la soirée propose le projet très exigeant du saxophoniste Donny McCaslin qui a remporté récemment deux Awards. Pour précision, il a participé au dernier album de David Bowie, « Black Star » (paru deux jours avant sa mort) où il a joué avec le guitariste Ben Monder, le claviériste Jason Lindner,, le bassiste Tim Lefebvre et le batteur Mark Guiliana. On devrait écouter des morceaux de style fusion.

On peut enfin les engager à assister à la Soirée Hommage à Coltrane, le 03 juillet qui propose des mélanges de générations avec des réinterprétations différentes de la musique du Maître. Cette soirée produit le projet de Jeff Mills et Emile Parisien qui ne sonne pas free mais très contemporain. En effet, les deux artistes font ensemble une relecture de l’album « A Love Supreme ». Il s’agit d’un concept très particulier où Jeff Mills utilise sa machine. Durant une heure, les morceaux sont lus en direct et Mills retravaille en direct sur les machines le son du saxophoniste Parisien avec des reprises en boucle. C’est la seule date en France de ce projet durant l’été. Le plateau du 03 juillet constitue un évènement. Il présente deux jeunes artistes d’aujourd’hui qui revisitent l’œuvre de Coltrane à leur façon et deux autres grands musiciens qui eux, ont joué avec Coltrane. La venue du mythique saxophoniste Pharoah Sanders à elle-seule constitue un véritable évènement même s’il n’a plus la verve d’antan. On fait confiance au saxophoniste Archie Shepp pour honorer l’héritage de Coltrane avec des musiciens d’aujourd’hui réunis à ses côtés tels que le saxophoniste Shabaka Hutchings, le pianiste Jason Moran, le batteur Nasheet Waits et la chanteuse Marion Rampal.

NV : à quel public pourrait convenir la soirée du 04 juillet qui n’a pas été évoquée ?

BT : on peut conseiller la soirée du 04 juillet à des néophytes qui viendraient pour la première fois au festival car s’y produit Anne Sila qui est connue pour avoir participé à « The Voice ». Du coup, elle possède la double culture jazz/pop qu’elle revendique. Elle conçoit d’ailleurs comme une fierté de passer sur la scène de Jazz à Vienne où elle se produit avec le Magnetic Orchestra. La venue du pianiste Yaron Herman avec son nouveau projet peut aussi plaire à un public novice car il présente de fort beaux morceaux de jazz vocal. Enfin la soirée présente aussi Émile Parisien et l’accordéoniste Vincent Peirani qui rendent hommage à Joe Zawinul disparu il y a 10 ans. Le duo est entouré d’un all-stars de musiciens dont certains ont joué avec le maître des claviers, comme le batteur Paco Sery, le bassiste Lindley Marthe et le percussionniste Aziz Samahoui. A leurs côtés on retrouve aussi le guitariste Manu Codjia et le claviériste Tony Paeleman. Cette soirée du 04 juillet pourrait tout autant convenir à des inconditionnels de jazz à l’esprit ouvert.

Dans cette chronique sont uniquement évoquées les soirées programmées au Théâtre Antique. Par contre tous les festivaliers trouveront musiques à leur goût soit sur la scène de Cybèle soit durant les afters de fin de soirée au « Club de Minuit » ou au « Jazz Mix » dans la salle du Théâtre Vienne, en accès libre. Pour une information exhaustive sur tous les concerts et évènements proposés par le festival, il est bien sûr conseillé de se connecter sur le site de Jazz à Vienne.

Propos recueillis le 18 avril 2017 auprès de Benjamin Tanguy, coordinateur artistique de Jazz à Vienne
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Trois ans après « For Travellers Only », Sébastien Texier & Christophe Marguet reviennent leur deuxième album, « We Celebrate Freedom Fighters ! ». Avec Manu Codjia et François Thuillier, ils célèbrent des combattants qui ont lutté pour la liberté. Un hommage musical rendu à ces femmes et hommes engagés contre toute forme d’obscurantisme, de discrimination, d’exclusion et d’injustice. En cette période perturbée, cet hymne à la liberté résonne avec une grande force.

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Le pianiste, compositeur et arrangeur, Isfar Sarabski présente son album « Planet ». A la tête d’un trio piano-basse-batterie, le musicien virtuose s’entoure aussi sur certains titres d’un orchestre à cordes. Il propose une musique qui crée des ponts entre jazz, mugham et musique classique. Quelques moments chargés d’émotion parsèment cet album détonnant d’énergie.

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Jazz à Vienne 2017, les suggestions de Benjamin Tanguy

Zoom sur Jazz à Vienne 2017 avec Benjamin Tanguy

 Partir du passé pour construire l’avenir du jazz

Du 29 juin au 13 juillet, Jazz à Vienne propose 14 soirées au Théâtre Antique. Benjamin Tanguy, coordinateur artistique du festival, met en évidence les liens qui se tissent au cœur des soirées et révèle les lignes de cohérence de cette édition 2017.

Après avoir présenté la programmation du festival jazz à Vienne 2017 avec ses stars, ses hommages et ses soirées thématiques on a souhaité s’entretenir avec Benjamin Tanguy, le coordinateur artistique du festival pour en savoir plus. On le remercie d’avoir accepté de faire un zoom explicite sur les liens qui sous-tendent la trame de l’organisation et donnent du sens à cette programmation.

Nicole Videmann : pouvez-vous préciser ce qui caractérise cette édition 2017 du festival Jazz à Vienne ?

Benjamin Tanguy : cette édition 2017 se déroule du 29 juin au13 juillet avec de nombreux hommages à des artistes qui ont marqué l’histoire du jazz et de la musique au sens large du terme. A vrai dire, l’idée n’est pas de rendre des hommages dans un contexte nostalgique en prétendant que « la musique c’était mieux avant ». En fait, il s’agit plutôt d’avancer avec le passé pour construire l’avenir. Il convient de se rendre compte de tout ce que ces artistes (à qui l’on rend hommage) ont apporté et en même temps de se dire que la nouvelle génération de musiciens possède cela en héritage et qu’elle l’assume. Autrement dit, les musiciens d’aujourd’hui se sont construits avec cette musique-là et donc ce qu’ils vont produire dans le présent et dans l’avenir sera influencé par ces artistes disparus.

C’est bien le cas avec John Coltrane qui est un des musiciens qui a le plus révolutionné le jazz, lui qui était à l’aise sur de nombreux registres (be-bop, hard-bop, free jazz) et qui était autant attiré par des musiques indiennes que par des musiques africaines. Un tel artiste continue d’influencer les musiciens. Ceux qui apprennent le jazz dans les écoles de musique, dans les conservatoires et même de manière autodidacte sont influencés par Coltrane.

Un projet comme la rencontre entre Jeff Mills et Émile Parisien, le 03 juillet lors de la Soirée Hommage à John Coltrane, s’inscrit dans cet axe et correspond à ce que le festival aime présenter. En l’occurrence, avant d’avoir connaissance de leur projet à l’automne dernier, on savait que Coltrane faisait partie des influences du saxophoniste Émile Parisien mais on ignorait que Jeff Mills était un passionné de Coltrane. Leur rencontre prouve que des musiciens actuels a priori fort différents arrivent à communiquer musicalement autour de l’œuvre de musiciens disparus qui les ont influencés. Nous souhaitons faire connaître au public la musique de ceux qui influencent encore aujourd’hui les artistes d’aujourd’hui.

Pour Prince il s’agit de la même chose. Jeanne Added qui a débuté dans le jazz est capable de chanter pendant 4 heures d’affilée la musique de Prince avec beaucoup d’émotion. Ce qu’on veut présenter le le 08 juillet, c’est une soirée consacrée à la musique de Prince et non pas faire défiler des artistes qui ont joué avec lui. Bien sûr Larry Graham a été un de ses bassistes mais il n’a joué avec Prince que durant une période. En guise d’Hommage à Prince, on initie donc une création avec deux artistes qui représentent Prince et le funk à la française, Jeanne Added et Marco Prince, et Juan Rozoff qui fut un des ambassadeurs de la funk dans les années 90 aux côtés de FFF (Fédération Française de Funk) même s’il a depuis un peu quitté la scène funk. Il y aura aussi Trombone Shorty qui a joué avec Prince et qui se produit très souvent avec Lenny Kravitz, lui-même très influencé par Prince.

Dans toute la programmation de Jazz à Vienne il y a un fil. Par exemple Keziah Jones vient sur scène le 13 juillet dans la All Night Jazz avec un nouvel EP qui précède un album à venir à la rentrée. Or, sur cet album et donc dans le répertoire qu’il va présenter il y a des reprises de Coltrane et de Fela Kuti (auquel est consacrée la journée du 02 juillet) et l’on sait aussi combien Keziah Jones est influencé par Prince. Il existe donc des liens entre tous ces artistes présentés et ceux du passé.

L’idée est de mettre en évidence tout ce que le passé nous a appris, de ne pas lui tourner le dos et en même temps de ne pas adopter un côté nostalgique, d’être fier de ce que ces musiciens disparus ont apporté à la musique et de continuer à avancer avec leur musique.

NV : qu’en est-il en ce qui concerne David Bowie ?

BT : Cela procède de la même logique pour ce qui concerne le magnifique hommage qui sera rendu par Seu Jorge lors de la All Night Jazz. Suite à la disparition de David Bowie, le guitariste et chanteur brésilien Seu Jorge a décidé de jouer en live les morceaux de Bowie qu’il interprétait en brésilien dans le film de 2004 « La vie Aquatique » de Wes Anderson. Sur la scène du Théâtre Antique le 13 juillet, Seu Jorge va chanter exclusivement en brésilen, simplement accompagné de sa guitare acoustique dans un décor très marin évoquant le film, avec le bonnet rouge (référence à Cousteau) et des images du film qui seront projetées sur les écrans. Après 22h quand la nuit sera tombée, Seu Jorge sera seul sur scène… ce sera magique. On rêvait depuis 6 ans de faire venir cet artiste au festival. Cette année nous avons su très tardivement que sa venue était confirmée et nous nous en réjouissons.

NV : on peut donc percevoir un délicat fil d’Ariane qui relie tous ces hommages ?

BT : Oui c’est vrai. A vrai dire c’était quasi incontournable pour ceux qui ont disparu comme Coltrane et Fela Kuti (décédés respectivement en 1967 et 1997), mais il ne s’agit pas uniquement de marketing a priori. En fait on essaie de créer des liens, de proposer ces spectacles à un nouveau public.

Par exemple l’hommage à Zawinul n’est pas corrélé avec le fait que 2017 constitue une date anniversaire de sa mort (2007). En fait, à l’origine on envisageait de proposer une éventuelle « Carte Blanche » à Vincent Peirani. L’accordéoniste évoque alors ses après-midis d’adolescence où il relevait les chorus de Joe Zawinul. On ignorait tout à fait que l’accordéoniste Peirani avait pu être influencé par Zawinul. En outre son binôme musical Émile Parisien avait déjà rendu un hommage à Zawinul en juillet 2010 au Parc Floral avec Paco Sery. Du coup ils ont conçu un projet qui sera présenté le le 04 juillet dans le cadre de la Soirée French Touch. Il faut s’attendre à quelque chose d’assez génial puisqu’il y aura aussi à leurs côtés des musiciens qui ont joué avec Joe Zawinul en l’occurrence, Lindley Marthe (basse) Paco Serry (batterie), et aussi Aziz Sahmaoui (percussions).

NV : en quelque sorte il existe un passage de témoin entre les « créateurs disparus » et la nouvelle génération ?

BT : Oui et cela devrait permettre au public de continuer à évoluer en même temps que le jazz comme cela s’est déjà fait depuis les années 20 au fur et à mesure de l’évolution des styles, du swing au be-bop, puis au hard bop, au free jazz ou à la fusion etc… Certes certains publics sont restés fidèles à une chapelle ou à une autre mais l’essentiel pour le festival est d’essayer de faire plaisir à tous ces fans de jazz, d’aller vers d’autres publics et aussi de faire du lien entre les publics et les musiques.

Pour y parvenir, il convient de présenter des projets cohérents, de tenter quand cela est possible de faire du lien entre la première scène et la tête d’affiche, même si cela n’est pas toujours très simple sur 15 jours de festival. Il est vrai que cela est complqué car l’organisation des tournées ne permet pas toujours de travailler les thèmes de manière suivie. Les artistes pressentis en septembre ne sont plus toujours disponibles en février…

NV : au-delà de la programmation qu’est-ce qui différencie  le festival Jazz à Vienne de tous les autres festivals de jazz français ?

BT : … après réflexion et avec le sourire… C’est le lieu magique que constitue le Théâtre Antique de Vienne. D’abord il possède une acoustique exceptionnelle et aussi il induit une proximité rare entre les artistes et le public. Ce « mur d’humanité » impressionne les artistes autant de jour que de nuit. De plus, les musiciens voient la Vierge Noire de Pipet qui surplombe le Théâtre. Particulièrement lorsqu’elle est éclairée durant la nuit certains artistes ressentent une sorte de connexion mystique.

Il y a aussi un autre élément propre à Jazz à Vienne. Le public ne vient pas pour être vu, pour se montrer, il vient pour l’échange, pour vivre la musique en direct. De nombreux festivaliers se retrouvent d’année en année, ils se sont approprié le lieu et se placent presque toujours au même endroit. Pour eux, Jazz à Vienne est un rendez-vous annuel vis à vis duquel ils manifestent une sorte d’attachement populaire. Ce festival appartient  finalement à tout le monde et surtout aux musiciens. Il est vrai que créé par des passionnés, le festival Jazz à Vienne a toujours eu le souci de mettre en avant la musique et les musiciens qui sont les stars du festival.

NV : en 2017 au-delà de ces points déjà évoqués, sur quoi souhaitez-vous attirer l’attention des festivaliers ?

 BT : 37 années de festival n’empêchent pas de s’interroger et d’envisager des remises en question pour avancer. Après avoir dématérialisé la billetterie, on fait le choix de passer au paiement sans espèces via l’utilisation d’une carte ou d’un pass. On parle de paiement cashless. Plus besoin de fouiller dans les poches ou les sacs à la recherche de billets, de pièces, des files d’attente moins longues, un système rapide et sécurisé sans blocage à la caisse où il n’y aurait plus de monnaie. Les festivaliers peuvent charger sur la carte ou le pass le montant de leur choix, de chez eux ou sur place et peuvent alors payer de manière rapide et sécurisée…

NV : … et ainsi on peut être encore plus disponible pour profiter de la musique et la partager avec ses voisins en toute convivialité !

Propos recueillis le 18 avril 2017 auprès de Benjamin Tanguy, coordinateur artistique de Jazz à Vienne
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