Ahmad Jamal revient avec « Marseille », son nouvel album

Ahmad Jamal revient avec « Marseille », son nouvel album

Ode hypnotique à la cité phocéenne

Le 09 juin 2017, Ahmad Jamal revient avec « Marseille », son nouvel album. Un nouvel opus du talentueux pianiste et compositeur constitue toujours un évènement très attendu. Il offre une partition ensoleillée et une interprétation inspirée comme une lettre d’amour musicale dédiée à Marseille, la ville intemporelle.

Ahmad Jamal revient avec « Marseille » (Jazz Village/Pias), son tout nouvel album dédié à la cité phocéenne vivante et animée. Ce géant qui figure au panthéon de la « musique classique américaine » ou « la musique afro-américaine » comme il aime à nommer le jazz, fait son retour discographique après « Blue Moon » (2012) et « Saturday Morning » (2013) déjà enregistrés sous le label Jazz Village.

Le titre Marseille qui donne son nom à l’album est repris sous trois versions. Une instrumentale en ouverture et deux autres vocales. Abd Al Malik et Mina Agossi en sont les interprètes. On note avec intérêt cette initiative dont le pianiste fait preuve à quatre-vingt-six ans en introduisant un texte sur sa musique et en collaborant avec deux « voix » atypiques et deux personnalités fortes de la scène française. Cette relative audace artistique apparaît comme le symbole d’un d’esprit ouvert et témoigne d’une jeunesse certaine.

C’est en août 2016 au festival Jazz in Marciac que le pianiste a interprété le titre Marseille en avant-première mondiale. En invitant la chanteuse Mina Agossi et le slameur Abd Al Malik, Ahmad Jamal a alors offert deux versions de cette composition dont il a écrit la musique et les paroles que la chanteuse a ensuite traduites.

« Marseille, ta voix ne cesse de m’appeler, … ville d’éternité, …. ma vie est remplie de toi, Marseille… je ne peux t’oublier tellement je t’aime, ville lumière, Marseille… »

Sur l’album on retrouve la version du slameur portée par son flow intense et captivant. Ce rappeur cinéaste et poète est, comme le pianiste, un ardent défenseur d’un islam tolérant et réfléchi  et la scansion de son chant donne encore plus de force à son discours. Empreinte d’une nonchalance presque sereine, la version de la chanteuse qui ferme l’album, tranche avec la force de celle du rappeur. L’accompagnement tout en suspension d’Ahmad Jamal prodigue la légèreté qui convient pour rendre le chant des deux artistes plus lumineux encore, comme ensoleillé par les rayons d’un soleil estival.

Sur l’album « Marseille », le pianiste est accompagnée par le contrebassiste James Cammack déjà présent à ses côtés dans les années 80/90, du percussionniste Manolo Badrena, ancien membre du groupe Weather Report et du batteur Herlin Riley, souvent écouté aux côtés de Wynton Marsalis. Le quartet tourne comme une machine bien huilée. Comme Ahmad Jamal l’a toujours pratiqué, il s’agit bien d’un jeu interactif où la parole circule entre les quatre partenaires.

Comme à son habitude le maître du clavier n’en dit jamais plus qu’il n’en faut mais capte l’attention de l’auditeur du début à la fin des huit titres de « Marseille ». L‘esthétique musicale du pianiste recèle toujours autant de subtilité, dans son approche rythmique certes mais aussi dans la relation qu’il entretient avec la mélodie et le silence. Soutenu par une section rythmique souple et solide, Ahmad Jamal construit une musique habitée d’une pulsation hypnotique et propose une promenade musicale lumineuse sur son les 88 touches de son clavier.

Outre les trois versions de Marseille, l’album propose des standards aux versions revivifiées et allégées et des compositions dont les interprétations bénéficient toutes d’une pulsation rythmique continue aux variations subtiles. Bien qu’on apprécie depuis longtemps l’inventivité et la maîtrise d’Ahmad Jamal, on se laisse encore surprendre et charmer par son phrasé rythmique unique et la grande part qu’il accorde au silence dans son expression.

Sur I came to see you/you were not there, on est séduit par sa manière d’improviser. Il demeure au plus près du thème et esquisse une ligne de chant aérienne grâce à l’inventivité harmonique prodiguée par sa main gauche qui laisse ainsi toute latitude à sa main droite pour ajouter des perles de silence à sa légère broderie musicale.

On est renversé par la relecture sans aucun cliché du grand standard Autum Leaves. Sur les presque neuf minutes que dure le morceau, le pianiste transfigure la mélodie qu’il accompagne d’harmonies sans cesse renouvelées, il la décompose et la recompose à l’envi. Sur le morceau Pots en verre, c’est la précision de la section rythmique qui permet à un groove nonchalant de s’installer. Le luxuriant accompagnement du percussionniste contribue à doter le morceau d’un climat coloré mais subtil.

On est interpellé par la transformation que le quartet fait de Sometimes I Feel like A Motherless Child. Le chant gospel prend l’allure d’une chanson minimaliste sautillante et légère dont on ne doute pas qu’il s’élève efficacement vers celui à qui il s’adresse à l’origine. A contrario on est frappé par la puissance qui se dégage de Baalbeck où le pianiste explore plus qu’à l’habitude le registre grave du clavier et ponctue son discours de frappantes interrogations percussives.

Tel un innovateur perpétuel, Ahmad Jamal persiste à pratiquer cet art du piano tout en suspension dynamique. En 1958, Miles Davis déclarait : « Toute mon inspiration vient d’Ahmad Jamal ». Avant tous les autres, il avait apprécié et vanté l’aptitude unique du pianiste à occuper l’espace sonore et à concevoir une architecture aérée et dynamique pour sa musique. C’est bien cette caractéristique autant que la longévité créative du pianiste qui ont participé à faire d’Ahmad Jamal une véritable légende.

A l’écoute de « Marseille » il apparaît clairement que le pianiste est à l’apogée de son art et que sa créativité ne tarit point. On retient la performance vocale du chanteur Abd Al Malik sur Marseille dont la vidéo restitue la force …

Ahmad Jamal offre deux concerts à Marseille pour la sortie de l’album les 12 et 13 juin 2017 à 20h30 à l’Opéra dans le cadre du festival « Marseille Jazz des Cinq Continents ». Il est aussi sur la scène du Théâtre Antique de Vienne le 30 juin à 20h30 dans le cadre du festival Jazz à Vienne. Il se produit aussi du 3 au 6 juillet 2017 à 20h au Théâtre de l’Odéon à Paris.

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Anat Cohen publie « Rosa dos Ventos » et « Outra Coisa »

Anat Cohen publie « Rosa dos Ventos » et « Outra Coisa »

La clarinette enchanteuse d’Anat Cohen

Le 28 avril 2017, la clarinettiste Anat Cohen a sorti deux albums qui célèbrent la musique du Brésil. « Outra Coisa » en duo avec le guitariste Marcello Gonçalves et « Rosa dos Ventos » avec le Trio Brasileiro. Deux facettes de la musique brésilienne servies par le talent unique de cette virtuose de la clarinette.

Tous deux réalisés chez Anzik Records et publiés le 28 avril 2017, les albums « Rosa Dos Ventos » et « Outra Coisa » saluent le Brésil et renforcent le lien de la clarinettiste Anat Cohen avec sa musique. Si les deux opus célèbrent des idiomes différents, ils sont irradiés par la lumineuse clarinette de cette artiste virtuose et sensible.

Sur « Rosa Dos Ventos », Anat Cohen s’associe avec l’ensemble brésilien « Trio Brasileiro »  pour explorer la musique traditionnelle du choro brésilien et ses reflets modernes. C’est la deuxième collaboration enregistrée entre Anat Cohen et le trio après « Alegria Da Casa » gravé en 2015. Sur « Outra Coisa », Anat Cohen joue en duo avec le guitariste brésilien Marcello Gonçalves.

L’Israélienne de New York, Anat Cohen, sœur du trompettiste Avishai Cohen a grandi dans une famille de musiciens à Tel Aviv en Israël et vit à New-York depuis 1999. La clarinettiste virtuose et créative a tissé des liens très forts avec le Brésil dont elle s’est approprié la culture jusqu’à presque la faire sienne. Elle s’intéresse à la musique du Brésil en général et au choro en particulier.

Avec Anat Cohen et sa clarinette on visite le Brésil, ses fleurs, ses saisons, ses paysages et on saisit l’esprit de ses musiques. Elle se promène dans le choro avec une grande aisance tout autant que dans les thèmes de Moacir Santos. Avec une grande vitalité mais beaucoup de nuances, elle sait se faire exubérante et lyrique ou plus sophistiquée et tendre. Son invention mélodique couplée à un sens très développé du rythme lui permet de s’adapter aux climats de toutes les compositions Ses phrasés véloces évoquent le souffle des vents furieux ou la caresse des alizés, sa maîtrise du son lui permettent de se promener avec une aisance extrême du registre aigu à celui des graves. Alternativement lumineuse, douce, chatoyante ou légère, Anat Cohen enchante littéralement la musique des deux albums.

Après une première collaboration avec le Trio Brasileiro sur le disque « Alegria Casa » enregistré en 2015, qui présentait la combinaison de choros traditionnels et de pièces originales, Anat Cohen sort « Rosa Dos Ventos ». Cet opus est une nouvelle étape fascinante dans l’évolution de l’association entre le trio et la clarinettiste. L’album propose uniquement des compositions originales écrites par les membres du Trio Brasileiro et par Anat Cohen.

Trio Brasileiro s’est formé en 2011 et se consacre à l’exécution du choro, musique traditionnelle brésilienne, ainsi qu’à leurs propres compositions contemporaines, inspirées par le choro. Le trio est composé de Douglas Lora, un célèbre guitariste membre du Brasil Guitar Duo, de Dudu Maia, un des meilleurs virtuoses de mandoline du Brésil et du batteur/percussionniste Alexandre Lora.

Le choro est musique qui a pris naissance au milieu du XIX siècle à Rio de Janeiro. Comme quelques autres styles contemporains comme le Dixieland et le jazz de la Nouvelle-Orléans des origines, il a été créé par la combinaison des danses européennes traditionnelles, polka,  valse et mazurka avec des rythmes africains et sud-américains. C’est un style qui convient tout à fait aux improvisateurs virtuoses.

Sur « Rosa Dos Ventos », l’instrumentation reproduit celle de l’orchestre traditionnel du choro avec la caractéristique guitare à 7 cordes, la clarinette et le pandeiro. Le traditionnel bandolim, version brésilienne de la mandoline, est remplacé dans le Trio Brasileiro par un inhabituel bandolim à 10 cordes alors que le bandolim traditionnel possède 4 séries de 2 cordes pour un total de 8. Outre le pandeiro, le percussionniste utilise par ailleurs d’autres instruments de percussion dont le Hand Pan, un instrument à percussion aux couleurs sonores intrigantes.

Les compositions varient de la forme traditionnelle du choro à d’autres beaucoup plus audacieuses et modernes. Sur O Ocidente Que Se Oriente les sons du Hand Pan évoquent des influences d’indie-rock contemporains mais bien sûr on perçoit surtout le climat doux-amer du traditionnel choro. On note aussi une influence sous-jacente du blues et du flamenco sur Flamenco où le Hand Pan aux sonorités relaxantes soutient l’expressif chant de la clarinette qui explore le registre aigu de son instrument alors que la guitare esquisse des rappels de flamenco.

On est surpris par Ijexá où la clarinette sautille d’aise sur un rythme issu de la tradition du candomblé. On craque à l’écoute de Sambalelê écrit par Anat Cohen qu’elle interprète en duo avec le pandeiro, l’exercice est absolument décoiffant de virtuosité. On rêve de danser sur Valsa Do Sul composé par la clarinettiste. Une valse légère où le chant de la clarinette évoque les rayons de soleil qui jouent à cache-cache avec les vents légers que tressent les deux instruments à cordes soutenus par le pandeiro exubérant.

Tout en se promenant dans ces différents styles et traditions, Anat Cohen et les trois musiciens du Trio Brasileiro, tous virtuoses, excellent dans l’improvisation et contribuent à bouleverser quelque peu les références du choro traditionnel qu’ils réinventent.

L’album « Outra Coisa » réunit la clarinettiste Anat Cohen & le guitariste Marcello Gonçalves autour d’un répertoire exclusivement composé des titres du grand compositeur et arrangeur brésilien Moacir Santos (1923-2006). Cet album est vraiment une toute autre chose que « Rosa Dos Ventos » évoqué précédemment. Tout diffère, les sonorités, les rythmes mais on retrouve bien sûr la virtuosité et la sonorité profonde et lumineuse de la clarinettiste qui imprègnee mélancolie la texture musicale de l’album.

L’album restitue la teneur d’une délicate conversation qu’entretiennent la guitare à sept cordes de Marcello Gonçalves et la clarinette d’Anat Cohen. Les discours des deux instruments sont très complémentaires. Le guitariste endosse tour à tour le rôle d’un délicat bassiste quand il accompagne le chant de la clarinette et celui d’un mélodiste brillant quand il répond sur les 7 cordes de sa guitare aux expressifs chorus de la clarinette.

Le titre de l’album du duo, « Outra Coisa », fait écho à celui de « Coisa », disque enregistré en 1965 par Moacir Santos avec grand orchestre qui interprète un répertoire dont tous les titres portent le nom de coisa (chose) et sont tous numérotés à partir de 1. Multi-instrumentiste (saxophoniste, clarinettiste et trompettiste), le compositeur et arrangeur a été très influencé dans son écriture par les musiques africaines et américaines.

Depuis longtemps, le guitariste Marcello Gonçalves était habité  par la musique de Moacir Santos que Baden Powell avait interprété sur l’album « Baden Powell swings with Jimmy Pratt ». Il n’imaginait pas alors pouvoir reproduire les riches sons orchestraux des compositions de Moacir Santos. Pourtant en lisant les partitions de Moacir Santos directement à partir de son répertoire de chansons, il a constaté que la musique s’adaptait parfaitement à la guitare à 7 cordes, dans la clé d’origine, comme si la musique avait été composée pour l’instrument qu’il pratique.

Marcello Gonçalves a passé une année à travailler sur ce répertoire. La clarinette était le premier instrument de Moacir Santos et le guitariste imaginait que ces compositions si belles à la guitare seraient magnifiées par la clarinette d’Anat Cohen qu’il connaissait depuis longtemps. Aussi quand Anat Cohen a visité le Brésil, il lui a proposé de prendre connaissance des arrangements sur lesquels il travaillait dans la perspective d’un travail conjoint. La clarinettiste a accepté et lui a proposé de se rencontrer directement dans un studio d’enregistrement et … l’album est né.

Coproduit par les deux interprètes, l’enregistrement studio de « Outra Coisa » s’est déroulé en deux jours en janvier 2016 à Rio de Janeiro puis a été mixé en juillet 2016 aux Battery Studios par Mark Wilder. Les arrangements de Marcello Gonçalves écrits pour leur duo apportent une grande fraîcheur aux compositions de Moacir Santos.

Sur l’album « Outra Coisa » le duo reprend les coisa 01, 05, 06, 09 et 10 du disque de 1965, « Coisa » de Moacir Santos. On a particulièrement apprécié le titre Coisa No. 1.

On est aussi tombé sous le charme du titre Amphibious présent sur le disque « Saudade » gravé en 1974 par Moacir Santos. Il ouvre l’album et  laisse augurer du climat de l’opus. La clarinette teinte d’une tendre mélancolie la samba Maracatucute que le compositeur avait gravé en 2011 sur l’album « Ouro Negro ». C’est sur ce même album que figurait Mãe Iracema dont la mélodie est ici servie par le talent inouï des deux artistes. Le titre Coisa n°10 restitue comme la coisa d’ouverture l’extrême entente musicale des deux instrumentistes à l’inspiration inépuisable.

Anat Cohen et Marcello Gonçalves ont gravé un album où règnent de bout en bout virtuosité, sensibilité et légèreté. Les deux musiciens accueillent avec générosité l’auditeur dans un monde enchanteur qu’il est difficile de quitter sans conserver le sourire et le souvenir d’un moment qui frise l’absolue perfection musicale et esthétique. 

Nominée aux JJA Jazz Awards 2017 dans la catégorie « Clarinetist of the Year » & « Multi-reeds Player of the Year », la clarinettiste Anat Cohen participe avec ces deux albums à redonner une fois encore ses lettres de noblesses à la musique brésilienne à travers une pratique totalement maîtrisée de la clarinette jazz. Pour en savoir plus encore sur la clarinettiste, une visite s’impose sur le site d’Anat Cohen

Anat Cohen sera en concert à 21h30 le 03 juillet 2017 au New Morning dans le cadre du Festival « All Stars » et d’une soirée plus précisément intitulée « Woman to Woman » où les Superwomen du Jazz prennent le pouvoir.
Ce soir-là un orchestre 100% féminin sera sur scène réunissant Renee Rosnes (direction, piano), Cécile Mclorin Salvant (voix), Anat Cohen (clarinette), Melissa Aldana (saxophone), Ingrid Jensen (trompette), Noriko Ueda (contrebasse), Sylvia Cuenca (batterie).
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Nuits de Fourvière 2017 – Focus sur Titi Robin

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« Rebel Diwana », un tournant mais pas une rupture

Le 05 juillet 2017, le festival des Nuits de Fourvière propose « Rebel Diwana », le nouveau projet de Titi Robin. Un manifeste qui conserve la langue modale, mélodique et rythmique que l’artiste a forgée au fil du temps même si elle prend une forme de radicalité dans le son qui devient électrique.

Comme on a déjà eu  l’occasion de l’écrire dans la présentation de la programmation des Nuits de Fourvière 2017, Titi Robin est un artiste auquel le festival est attaché. Il a déjà été reçu deux fois par les Nuits de Fourvière. En 2014 avec Michael Lonsdale pour le projet « L’ombre d’une source » à partir des textes poétiques du musicien et en 2016 avec Erik Marchand, un très ancien compagnon musical dans une soirée aux teintes bretonnes.

En 2017, « Rebel Diwana » est le troisième projet que les Nuits de Fourvière présentent en coproduction avec l’Épicerie Moderne de Feyzin, qui a accueilli en résidence Titi Robin et ses musiciens en janvier 2017. Ils seront de nouveau accueillis pour quelques jours à Feyzin avant le concert du 05 juillet à l’Odéon qui sera suivi de l’enregistrement d’un album.

Le 02 mai 2017, les Nuits de Fourvière organisent une rencontre et un showcase de Titi Robin à la librairie Musicalame spécialisée dans les ouvrages musicaux. Richard Robert, conseiller artistique et assistant à la programmation musical du festival engage l’artiste à retracer rapidement son parcours musical avant d’aborder la création proprement dite. A l’issue de l’échange l’artiste gratifie le public d’une prestation solo à la guitare électrique qui restitue l’esprit du projet « Rebel Diwana ».

Enflammé, Titi Robin rappelle qu’il a musicalement pris « des chemins qui ne sont pas ceux de la culture dominante en occident ». Il a toujours été « …très intéressé par les musiques populaires, celles qui viennent du peuple, les musiques traditionnelles ». Issu « d’un milieu populaire, de l’ouest de la France du côté d’Angers » il est « fier de ses racines » et a appris la musique de manière autodidacte à partir des rencontres humaines qui ont jalonné sa vie et qui ont été « (s)on université ». D’abord aux côtés des jeunes Marocains, « des berbères du Moyen Atlas » et des Gitans de son quartier puis a continué avec d’autres musiciens de proximité géographique comme le breton Erik Marchand. Avec eux, il se sentait « comme à la maison » avant de jouer, entre autres, avec des musiciens de l’Inde, de la Turquie, du Maroc.

Loin des musiques « dominantes anglo-saxonnes » (commercialement parlant) que sont le blues, le rock et le jazz et bien avant que n’existe le courant de la World Music et de ses aléas commerciaux, Titi Robin a forgé son propre langage auprès des communautés gitanes et orientales, mêlées à son environnement. Son approche musicale s’inspire de ces musiques traditionnelles orientales. Il joue « avec eux sans les imiter ». Titi Robin déclare que « les musique orientales, celle qui partent du sud de l’Europe, englobent la méditerranée et vont jusqu’au nord de l’Inde ont des lignes de force liées à l’histoire, avec des échanges au niveau de la musique mais aussi de la poésie, de la philosophie. Même si cela ne correspond pas aujourd’hui à une réalité géopolitique, pour moi le bassin méditerranéen, les Balkans et à travers l’Asie centrale jusqu’au Nord de l’Inde, aujourd’hui je trouve toujours des musiciens qui comprennent ma façon de jouer dans ces lieux-là. Même si les musiques sont différentes, on a une même logique de langage, ce qui n’est pas le cas avec le courant anglo-saxon, ce pour des raisons musicologiques. En effet, ma musique est plus modale alors que le jazz et le rock sont des musiques harmoniques ». Pour lui « un langage n’est jamais séparé d’une certaine philosophie, d’une manière de voir le monde et celle de ces musiques, me correspondent ».

Ainsi toute sa carrière, Titi Robin dit avoir « creusé de manière hyper pointue le même sillon » sans s’éparpiller. Pour éclairer son propos, Titi Robin précise : « Que je joue avec un Gitan, un Indien, un Arabe ou un Turc, dans la réalité, ce sont en fait eux qui jouent ma musique. Ils peuvent la jouer car mon style est proche de leur style, il y a terrain commun. Ce sont eux qui s’adaptent…. Jusqu’à aujourd’hui quand je fais un nouveau projet, je prends parfois des thèmes que j’ai composés il y a 30 ans. Mon style a évolué dans la forme mais le caractère, l’identité, ma manière de fonctionner, rythmiquement, mélodiquement, n’a pas bougé du tout. ».

A Fourvière le 05 juillet, « Rebel Diwana » est un jalon important dans le parcours de Titi Robin qui déclare : « Tazeri », mon dernier disque est le vingtième. Vingt albums, cela constitue une œuvre cohérente et je pense avoir exprimé ce que j’ai voulu dire. Il y a sans doute encore des malentendus mais aujourd’hui je peux aller plus loin. Sans faire de concession par rapport à mon langage je peux utiliser des instruments qui font partie de la musique dominante. Ainsi je prends une guitare électrique, je profite à plein du volume, de sa rugosité, des effets de distorsion, de l’épaisseur, du grain mais j’utilise les mêmes modes pour mes impros. »

Ainsi, même s’il se saisit d’un instrument emblème de la culture dominante anglo-saxonne et passe à la guitare électrique Fender, il demeure dans la continuité de sa démarche. Le projet « Rebel Diwana », « est une musique d’improvisation avec un gros volume sonore ».

Pour ce nouveau projet seront à ses côtés, ceux qu’il nomme « ses familiers ». Murad Ali Khan, un compagnon de longue date, joueur de sarangi, une vielle à archet. Shuheb Hasan, « jeune chanteur qui sait improviser ». Il chante la mélodie sur les textes écrits par Titi Robin et traduits en hindi. Titi Robin précise : « Il y a la voix qui chante la  mélodie et la poésie puis celle qui improvise. Pour qu’on comprenne ce que dit le chanteur, j’assume la lecture de texte en français sur fond musical et Shuheb Hasan prolonge avec le chant et ensuite il prend en charge l’improvisation ».

Pour ce projet « Rebel Diwana » le guitariste utilise les instruments de la musique occidentale comme des outils qu’il met au service de sa propre musique. C’est ainsi que Titi Robin invite ceux qu’il appelle « les exotiques ». Arthur Alard à la batterie, Nicholas Vella aux claviers et Natallino Netto à la basse. Au lieu de l’accordéon, sont utilisés les claviers, « le timbre change, c’est un autre habillage ». Au tandem batterie/basse, le leader demande de réinventer un jeu rythmique qui naisse de son style musical et ne se cale pas sur une logique anglo-saxonne. Pour ce faire il supprime la cymbale charley et demande à la basse de s’inspirer du jeu du « gembri des musiciens gnaoui »… et ça fonctionne, les musiciens sont entrés dans sa logique musicale après leur résidence de janvier 2017 à l’Épicerie Moderne et la création « Rebel Diwana » s’inscrit tout à fait dans le langage intime et personnel de Titi Robin;

A l’attention de ses fidèles, Titi Robin précise : « si « Rebel Diwana » est un nouveau projet, je ne laisse pas tomber ma guitare. C’est une Di-Mauro que j’ai achetée en 80 et avec laquelle j’ai fait toute ma carrière et je ne vais pas l’abandonner. J’ai besoin de proposer ce nouveau projet et j’ai envie de réussir ce pari. Si je réussis il faut que cela soit compris par ceux qui me suivent et ceux qui me découvrent ».

Ce nouveau projet ne l’empêche donc pas de poursuivre les autres. Il continue de tourner avec le super orchestre de ses trois disques « Les Rives », en trio avec Chris Jennings et Habib Meftah mais aussi avec Mehdi Nassouli sur le répertoire de « Tazeri », son projet précédent.

« Rebel Diwana », la nouvelle création de Titi Robin, constitue un événement essentiel de l’été à voir absolument le 05 juillet 2017 sur la scène magique de l’Odéon, dans le cadre du festival des Nuits de Fourvière.

Dans la carrière de Titi Robin, « Rebel Diwana » représente certes un tournant mais ne constitue nullement une rupture. Même en utilisant les instruments de la culture occidentale, Titi Robin, loin de la fusion demeure fidèle à son propre langage mélodique, rythmique et modal qu’il a forgé au fil des années, à travers les échanges humains et musicaux auxquels il est tant attaché. Fidèle et engagé dans une dynamique artistique et esthétique très personnelle, il continue à tendre des ponts entre les hommes par le biais de sa musique unique.

Pour plus de détails sur la création « Rebel Diwana » on conseille de consulter le site des Nuits de Fourvière et le site de Titi Robin pour découvrir plus avant l’artiste et ses projets.

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Saison 2017/18 à l’Auditorium de Lyon

Saison 2017/18 à l’Auditorium de Lyon

Entre Jazz, Rock & Chanson Française

La Saison 2017/18 à l’Auditorium de Lyon propose cinq concerts de jazz et élargit le paysage en direction du rock et de la chanson française. La nouvelle a de quoi ravir tous les amateurs de jazz et de musique en général car la teneur du programme est de haute volée.

Avec l’arrivée de la nouvelle directrice, Aline Sam-Gio, se poursuit le partenariat engagé avec succès par Jean-Marc Bador avec l’équipe de « Jazz à Vienne ». On se réjouit que le dialogue artistique continue entre l’AOL (Auditorium Orchestre National de Lyon) et « Jazz à Vienne ».

En effet, l’année 2016/17 a été riche en spectacles de jazz et de musiques du monde qui ont rallié des publics variés et enthousiastes, y compris le jeune public avec l’Amazing Keystone Big Band. Au regard de la proposition récemment dévoilée par l’Auditorium, la Saison 2017/18 à l’Auditorium de Lyon se profile comme un grand cru « Jazz, Rock & Chanson Française ».

La programmation à venir stimule les envies et fait naître la curiosité. Des valeurs sûres avec la venue de la chanteuse Dianne Reeves et le duo des complices Chick Corea et Steve Gadd. L’engagement des musiciens de l’ONL auprès des grandes stars du jazz que sont les frères Belmondo et Jacky Terrasson et le pianiste cubain Roberto Fonseca. L’offre audacieuse de faire groover l’orgue de l’Auditorium avec le Trio Rock The Organ. La proposition d’un concert participatif de Gospel. La mise en lumière de la musique de Barbara, 20 ans après sa disparition.

  • En 2017, quatre spectacles.

Le 28 septembre 2017 à 20h, une coproduction avec Jazz à Vienne réunit l’ONL conduit par Christophe Larrieu et Lionel Belmondo (saxophone, composition et arrangements), Stéphane Belmondo (trompette bugle), Jacky Terrasson (piano) accompagnés de Thomas Bramerie (contrebasse) et Simon Goubert (batterie). Ils honorent « Ravel et le Jazz ». Lionel Belmondo a arrangé un répertoire comportant des œuvres de Satie, Debussy et Ravel. Cette soirée met en évidence la modernité de Ravel.

Le 24 octobre 2017 à 20h, une coproduction avec Jazz à Vienne et Rhino Jazz(s) Festival présente la divine chanteuse, Dianne Reeves. Celle qui a conquis depuis 1987 tous les publics devant lesquels elle s’est exprimée, celle qui a été récompensée de cinq Grammys se présente avec le guitariste brésilien Romero Lubambo avec qui elle a engagé une collaboration fructueuse depuis déjà longtemps. A leurs côtés se produisent  Reginald Veal (contrebasse), Peter Martin (claviers) et Terreon Gully (batterie). La promesse d’une soirée où riment élégance et performance.

Le 27 octobre 2017 à 20h, hommage est rendu à la musique de Barbara, la grande chanteuse, auteure et compositrice disparue en 1997. Pour cette occasion le pianiste classique Alexandre Tharaud, à la carrière internationale, retrouve la comédienne Juliette Binoche pour mettre en lumière à la fois les mots et la musique de la Dame en noir à laquelle les deux artistes sont très attachés. Un propos minimaliste mais sans doute beaucoup d’émotion.

Le 19 novembre 2017 à 16h une coproduction avec Jazz à Vienne réunit sur scène deux monstres de la scène jazz, le pianiste Chick Corea et le batteur Steve Gadd. Les deux musiciens se sont retrouvés en 2016 à New-York après s’être croisés en 1969, 1977 et 1981. Ils présentent sur les scènes internationales un spectacle prometteur qui réunit autour d’eux des artistes dont les prestations ne cessent de faire l’unanimité : le guitariste Lionel Loueke, le saxophoniste et flutiste Steve Wilson, le bassiste Carlitos Del Puerto et le percussionniste Luisito Quintero. Pas de doute, la soirée sera tonique et festive.

  • En 2018, trois spectacles.

Le 26 mars 2018 à 20h, une nouvelle coproduction avec Jazz à Vienne présente Roberto Fonseca. Étoile incontestable du jazz cubain le pianiste vient en quartet sur la scène de l’Auditorium. Accompagné d’un trio 100% latino composé de Ramsès « Dynamite » Rodriguez (batterie), Adel González (percussions), Yandy Martinez Rodriguez (basse), le musicien va aussi se produire sur quelques morceaux accompagné par les cordes de l’ONL. La soirée promet de belles couleurs rythmiques et des envolées lyriques.

Le 12 avril 2018 à 20h et le 14 avril à 18h, en partenariat avec Jazz à Vienne, place à de dynamiques Concerts Participatifs autour d’œuvres célèbres de Gospel. Ces deux concerts prolongent le succès incroyable de Sweet Witness à l’Auditorium en janvier 2017. Les chanteurs reviennent donc avec l’ONL et des choristes de la région lyonnaise sous la direction de Pascal Horecka. Deux soirées magiques entre fête et exaltation.

Le 17 avril 2018 à 20h, le rock progressif investit l’orgue de l’Auditorium avec des musiques de Pink Floyd, Zappa, Metheny, Emerson Lake & Palmer et King Crimson. L’organiste Yves Rechsteiner est fasciné par la musique de Zappa et constitue le Trio Rock The Organ avec un percussionniste, Henri-Charles Caget et un guitariste électrique, Fred Maurin tous deux issus du monde du jazz. Ensemble ils ont élargi leur exploration du rock de Zappa aux univers d’autres groupes et musiciens fameux. L’assurance d’une soirée insolite.

Certes la rentrée de septembre 2017 peut paraître lointaine en ce mois de mai mais le temps passe vite. Pour anticiper et caler les agendas, une consultation du site de l’Auditorium de Lyon permet d’avoir plus de détails sur l’ensemble de cette « Programmation Jazz, Rock & Chanson Française ».

On gage que les spectateurs se mobiliseront nombreux sur les spectacles de la saison jazz 2017/18 et donneront encore une fois raison à l’AOL qui manifeste au fil des ans un réel souci de diversification des offres musicales et d’ouverture en direction de publics variés.

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Label ECM-Focus8-Mai 2017 – Avishai Cohen

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« Cross My Palm With Silver », méditation entre silence et gravité

« Label ECM-Focus8 » continue l’exploration du label ECM et de son identité singulière. Le 05 mai 2017 ECM propose « Cross My Palm With Silver » du trompettiste Avishai Cohen. Le quartet magnifie les nouvelles compositions.

« Label ECM-Focus8 » se penche sur « Cross My Palm With Silver », le deuxième opus du trompettiste Avishai Cohen paru le 05 mai 2017 chez ECM après « Into the Silence » paru sous le même label en 2016. Des cinq nouvelles compositions du trompettiste gravées sur cet opus se dégage un climat émotionnel poignant.

L’émotion ressentie à l’écoute de cet album tient autant au propos musical qu’au contexte qui a motivé l’écriture de l’album chez le trompettiste. Si l’album « Into the Silence » faisait suite à un deuil personnel du trompettiste (la perte de son père), cette fois Avishai Cohen se penche sur la situation politique et humaine qui affecte la scène internationale, les guerres qui touchent le Moyen-Orient mais aussi la violence qui affecte le monde.

Impuissant devant le climat politique qui règne au Moyen-Orient, Avishai Cohen, comme l’ont fait d’autres jazzmen avant lui (Mingus, Max Roach), utilise les titres de ses compositions pour pointer les injustices. Sans doute le titre de l’album qui signifie « graisser la patte », constitue-t-il une adresse vis à vis d’un destinataire que l’on n’identifie pas clairement. A travers « Cross My Palm With Silver », le compositeur exprime la volonté de participer à son humble mesure à apaiser le monde. De facto la musique parle pour le compositeur et l’on peut affirmer que les quatre interprètes portent haut sa parole.

De son album précédent, Avishai Cohen a conservé deux de ses partenaires, le batteur Nasheet Waits avec qui il travaille depuis plus de dix ans et le pianiste Yonathan Avishai, « son frère musical » avec qui il a joué la musique d’Ornette Coleman mais aussi les standards de Gershwin et d’Ellington. A la contrebasse, Eric Revis est remplacé par Barak Mori qu’il connaît depuis l’école secondaire et que l’on a récemment écouté aux côtés de Madeleine Peyroux (en 2016 sur « Secular Hymns »). Le trompettiste déclare que « l’association de tous ces musiciens constitue vraiment (s)a dream team ». Il est vrai qu’à l’écoute de l’album, on perçoit chez eux un sens naturel pour l’improvisation et une aptitude pour entrer en synergie avec le trompettiste.

« Cross My Palm With Silver ». La musique frappe par sa fluidité, par sa gravité et par le lyrisme du trompettiste. La dynamique musicale est faite de contrastes et les climats alternent. Moments méditatifs porteurs d’intense gravité où le silence prend sa part à l’expression et la densifie. Instants musicalement plus denses où s’élèvent les spirales ascensionnelles de la trompette. La connivence des interprètes est perceptible à travers la légèreté et la subtilité des échanges. La section rythmique prodigue au trompettiste un soutien dont la texture à la fois souple et fine favorise ses envolées lyriques ou ses réflexions méditatives.

En cinq titres tout est joué, tout est dit. L’album ouvre avec Will I Die, Miss? Will I Die? Le titre de la composition reprend la question posée par un jeune garçon syrien angoissé au personnel qui l’a secouru après une attaque au gaz toxique en Syrie. Sur des accords lancinants et réitératifs posés doucement par le piano, Avishai Cohen embouche la trompette bouchée pendant que le batteur caresse ses cymbales et que le son boisé de la contrebasse les soutient. Le tempo s’accélère, les échanges se densifient. De la trompette s’élève ensuite une improvisation magistrale où Avisahi Cohen se fait plus mélodique et plus lyrique encore.

D’une manière hésitante, le pianiste et le trompettiste ouvrent le Theme for Jimmy Greene. Sur cette ode apaisée, la trompette fait monter le niveau d’intensité dramatique pour terminer en un apaisement réflexif. Ce thème dédiée au saxophoniste Jimmy Greene fait écho au très bel album « Beautiful Life » que le saxophoniste a gravé en 2014 en hommage à sa fille Ana Grace tuée à 6 ans lors de la tuerie perpétrée en 2012 à l’école Sandy Hook.

340 down témoigne de la complicité extrême qui existe entre le trompettiste et le batteur. Des phrases de trompette obsédante soutenue par des frappes discrètes du batteur. Brève intervention du bassiste qui laisse se densifier le dialogue entre le trompettiste et le batteur qui croisent leurs phrases et dessinent un tissu musical à la trame d’une légèreté étonnante.

Shoot Me in The Leg commence par une litanie interrogative du pianiste vite rejoint par le reste du groupe. Les quatre musiciens déroulent un fil musical qui se densifie au fil des douze minutes de sa durée jusqu’à un superbe solo envoutant dont le classicisme surprend. Le silence s’inscrit dans le discours du trompettiste qui étire et pose ses notes comme un poète peaufine ses rimes.

50 Years and Counting  clôt l’album avec un thème plus libéré de la tension dramatique qui règne tout au long des quatre autres compoitions. La forme est plus classique et le pianiste plus présent. L’expression du trompettiste se fait quant à elle encore plus libre comme portée par un optimisme certain.

« Cross My Palm With Silver » a été enregistré en trois jours, du 14 au 16 septembre 2016, aux studios La Buissonne de Pernes les Fontaines par Gérard de Haro et Nicolas Baillard et produit par Manfred Eicher. Le son de l’album contribue pour beaucoup à la force de la musique. Chaque note de chaque instrument est mise en valeur. Les graves boisés de la contrebasse accentuent à bon escient le caractère dramatique, les notes du piano se détachent avec précision comme des perles égrenées, les aigus de la trompette se détachent du tissu musical et s’élèvent en spirales ascendantes d’une légèreté précieuse, le son des cymbales est rutilant. Avec quelquefois un soupçon d’écho, mais juste à bon escient.

Cet album s’inscrit tout à fait dans l’esthétique ECM si chère à Manfred Eicher. Encore une fois elle doit autant à la teneur des compositions qu’à l’interprétation des musiciens et au travail d’enregistrement et de mixage des ingénieurs du son.

Le trompettiste Avishai Cohen confirme sur « Cross My Palm With Silver » la force de son discours tressé à la fois d’une virtuosité tout en retenue et d’un lyrisme plein de grâce. Le son pur de la trompette ménage toujours de grands espaces au silence lors de ses improvisations. Son articulation demeure très précise avec ou sans sourdine. Capable de nuances le trompettiste continue à peaufiner son expression tout en conservant cette capacité extrême à maîtriser à la fois la puissance et la légèreté, à exprimer beaucoup en peu de notes.

La sortie de « Cross My Palm With Silver » est suivie d’une tournée européenne avec des concerts donnés en France. Pour écouter Avishai Cohen en quartet sur scène, rendez-vous le 13 mai à la Chapelle du Méjan, à Arles, le 18 mai à la Maison de la Culture d’Amiens, le 19 mai à Paris dans le cadre du festival Jazz à Saint-Germain-des-Prés à la Maison des Océans ou encore le 20 mai à Tours au Petit Faucheux. Plus de dates et de précisions sur le site du trompettiste Avishai Cohen.

A très bientôt dans une future chronique « Label ECM-Focus9 » avec d’autres enregistrements du Label ECM.

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David Enhco présente « Horizons », son 3ème album en quartet

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La liberté atout majeur d’un album sans concession

Sur son troisième album, « Horizons », le compositeur et trompettiste David Enhco présente son nouveau projet musical. En quartet il explore des horizons ouverts où la liberté est reine. On est à la fois captivé et étonné par cette alchimie étrange où liberté coexiste avec solennité et spontanéité avec élégance.

On ne rappelle pas ici l’inlassable engagement musical de David Enhco né dans une famille de musiciens, devenu trompettiste et très vite impliqué sur les scènes auprès de Thomas, son frère pianiste. On n’évoque pas non plus sa participation aux aventures de l’Amazing Keystone Big-Band dont il assure la co-direction avec Bastien Ballaz, Jon Boutellier et Fred Nardin, ni même son compagnonnage musical auprès de la chanteuse Cecil McLorin Salvant mais on se penche sur « Horizons » le troisième épisode discographique de l’aventure engagée avec son quartet, un album où les surprises se suivent et ne se ressemblent pas

Après « La Horde » paru en 2013 chez Cristal Records puis « Layers » sorti en 2015 sous le label Nome (fondé par les musiciens du quartet et les frères Maxime et Adrien Sanchez), David Enhco présente « Horizons » (Nome/L’Autre Distribution) enregistré en décembre 2016 aux studios La Buissonne et sorti le 28 avril 2017. Sur cet opus le trompettiste s’exprime en quartet avec ses fidèles amis, le pianiste Roberto Negro, le contrebassiste Florent Nisse et le batteur Gautier Garrigue.

Sur « Horizons », David Enhco et son groupe dessinent plus précisément encore les contours de leur identité musicale qui doit beaucoup à ce continuum fidèle que le trompettiste entretient avec ses partenaires. Cela constitue sans doute un atout essentiel qui participe à l’évolution de la musique du quartet. En effet, s’exprimer librement est d’autant plus aisé que règnent au sein du groupe confiance et respect mutuels. Ainsi les musiciens peuvent mieux dialoguer, avancer, s’aventurer, innover et créer. C’est bien sur ce collectif que se fonde cet album qui intrigue autant qu’il séduit.

Les onze titres de l’album « Horizons » dessinent un monde musical empreint de nuances qui sont autant de surprises. Couleurs et ambiances alternent au gré de l’expression des musiciens qui savent renouveler leur discours. De plage en plage, les atmosphères varient, surprennent et captivent l’attention de l’auditeur. Soutenu par le collectif très soudé, le souffle de la trompette tempête ou murmure, son chant s’élève du groupe, se brise pour mieux s’élancer et tenter une nouvelle envolée. Les horizons ouverts par cet album font vibrer les amateurs de jazz improvisé.

Les deux improvisations collectives intitulées Interludes I et II témoignent vraiment du climat de liberté qui règne sur cet album tourné clairement du côté de ce qu’il est coutumier de nommer la musique improvisée européenne. La sonorité presque davisienne de la trompette sur L’éclat disparu composé par Gauthier Garrigue n’est pas sans rappeler les inflexions d’un certain Miles sur Blue in Green de l’album « Kind of Blue ».

Sur les compositions de Roberto Negro le climat est changeant. Comme suspendu et évanescent sur le nocturne Likasi, il n’est pas sans évoquer les dissonances du monde de Kenny Wheeler ou de celui de Jon Hassel. Sur Félix B. se dessine la trajectoire aventureuse et incertaine d’une trompette funambule qui hésite sur le fil tendu entre deux horizons. Le tempo se précipite sur L’inconnu et le couple d’amoureux. La musique devient alors une toile sur laquelle la trompette projette de fulgurantes interrogations.

La plume de Florent Nisse dessine les contours d’un univers musical que Nino Rota n’aurait pas dénié. Alors qu’Interspiratio déclenche chez David Enhco une profonde mélancolie, Questions come next entraîne le trompettiste dans un monde empreint de lyrisme et l’orchestre dans un tourbillon crescendo et résolutoire qui termine l’album en beauté.

On retrouve une relative continuité formelle entre les trois compositions du trompettiste. Touches délicates des lignes brisées de Sentinelle écrit par David Enhco « en pensant à une sorte de rempart mental contre la morosité. Un rappel pour rester joyeux même dans les moments difficiles ». Rythme ralenti comme étiré sur From the Horizon qui laisse entrevoir la lumière heureuse de Silver Lining.

On regarde avec bonheur vers les « Horizons » matures ouverts par le David Enhco Quartet et on se laisse porter par la musique pleine d’espoir de Sentinelle avec le superbe solo de contrebasse de Florent Nisse…

… et pour finir on conseille la consultation du site de David Enhco.

Le David Enhco Quartet présente le répertoire de l’album « Horizons » sur scène le mercredi 31 mai à 20h au Café de la Danse à Paris. En première partie, « Flux » avec Federico Cassagrande & Florent Nisse.
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