Zoom sur Jazz à Vienne 2017 avec Benjamin Tanguy

Zoom sur Jazz à Vienne 2017 avec Benjamin Tanguy

 Partir du passé pour construire l’avenir du jazz

Du 29 juin au 13 juillet, Jazz à Vienne propose 14 soirées au Théâtre Antique. Benjamin Tanguy, coordinateur artistique du festival, met en évidence les liens qui se tissent au cœur des soirées et révèle les lignes de cohérence de cette édition 2017.

Après avoir présenté la programmation du festival jazz à Vienne 2017 avec ses stars, ses hommages et ses soirées thématiques on a souhaité s’entretenir avec Benjamin Tanguy, le coordinateur artistique du festival pour en savoir plus. On le remercie d’avoir accepté de faire un zoom explicite sur les liens qui sous-tendent la trame de l’organisation et donnent du sens à cette programmation.

Nicole Videmann : pouvez-vous préciser ce qui caractérise cette édition 2017 du festival Jazz à Vienne ?

Benjamin Tanguy : cette édition 2017 se déroule du 29 juin au13 juillet avec de nombreux hommages à des artistes qui ont marqué l’histoire du jazz et de la musique au sens large du terme. A vrai dire, l’idée n’est pas de rendre des hommages dans un contexte nostalgique en prétendant que « la musique c’était mieux avant ». En fait, il s’agit plutôt d’avancer avec le passé pour construire l’avenir. Il convient de se rendre compte de tout ce que ces artistes (à qui l’on rend hommage) ont apporté et en même temps de se dire que la nouvelle génération de musiciens possède cela en héritage et qu’elle l’assume. Autrement dit, les musiciens d’aujourd’hui se sont construits avec cette musique-là et donc ce qu’ils vont produire dans le présent et dans l’avenir sera influencé par ces artistes disparus.

C’est bien le cas avec John Coltrane qui est un des musiciens qui a le plus révolutionné le jazz, lui qui était à l’aise sur de nombreux registres (be-bop, hard-bop, free jazz) et qui était autant attiré par des musiques indiennes que par des musiques africaines. Un tel artiste continue d’influencer les musiciens. Ceux qui apprennent le jazz dans les écoles de musique, dans les conservatoires et même de manière autodidacte sont influencés par Coltrane.

Un projet comme la rencontre entre Jeff Mills et Émile Parisien, le 03 juillet lors de la Soirée Hommage à John Coltrane, s’inscrit dans cet axe et correspond à ce que le festival aime présenter. En l’occurrence, avant d’avoir connaissance de leur projet à l’automne dernier, on savait que Coltrane faisait partie des influences du saxophoniste Émile Parisien mais on ignorait que Jeff Mills était un passionné de Coltrane. Leur rencontre prouve que des musiciens actuels a priori fort différents arrivent à communiquer musicalement autour de l’œuvre de musiciens disparus qui les ont influencés. Nous souhaitons faire connaître au public la musique de ceux qui influencent encore aujourd’hui les artistes d’aujourd’hui.

Pour Prince il s’agit de la même chose. Jeanne Added qui a débuté dans le jazz est capable de chanter pendant 4 heures d’affilée la musique de Prince avec beaucoup d’émotion. Ce qu’on veut présenter le le 08 juillet, c’est une soirée consacrée à la musique de Prince et non pas faire défiler des artistes qui ont joué avec lui. Bien sûr Larry Graham a été un de ses bassistes mais il n’a joué avec Prince que durant une période. En guise d’Hommage à Prince, on initie donc une création avec deux artistes qui représentent Prince et le funk à la française, Jeanne Added et Marco Prince, et Juan Rozoff qui fut un des ambassadeurs de la funk dans les années 90 aux côtés de FFF (Fédération Française de Funk) même s’il a depuis un peu quitté la scène funk. Il y aura aussi Trombone Shorty qui a joué avec Prince et qui se produit très souvent avec Lenny Kravitz, lui-même très influencé par Prince.

Dans toute la programmation de Jazz à Vienne il y a un fil. Par exemple Keziah Jones vient sur scène le 13 juillet dans la All Night Jazz avec un nouvel EP qui précède un album à venir à la rentrée. Or, sur cet album et donc dans le répertoire qu’il va présenter il y a des reprises de Coltrane et de Fela Kuti (auquel est consacrée la journée du 02 juillet) et l’on sait aussi combien Keziah Jones est influencé par Prince. Il existe donc des liens entre tous ces artistes présentés et ceux du passé.

L’idée est de mettre en évidence tout ce que le passé nous a appris, de ne pas lui tourner le dos et en même temps de ne pas adopter un côté nostalgique, d’être fier de ce que ces musiciens disparus ont apporté à la musique et de continuer à avancer avec leur musique.

NV : qu’en est-il en ce qui concerne David Bowie ?

BT : Cela procède de la même logique pour ce qui concerne le magnifique hommage qui sera rendu par Seu Jorge lors de la All Night Jazz. Suite à la disparition de David Bowie, le guitariste et chanteur brésilien Seu Jorge a décidé de jouer en live les morceaux de Bowie qu’il interprétait en brésilien dans le film de 2004 « La vie Aquatique » de Wes Anderson. Sur la scène du Théâtre Antique le 13 juillet, Seu Jorge va chanter exclusivement en brésilen, simplement accompagné de sa guitare acoustique dans un décor très marin évoquant le film, avec le bonnet rouge (référence à Cousteau) et des images du film qui seront projetées sur les écrans. Après 22h quand la nuit sera tombée, Seu Jorge sera seul sur scène… ce sera magique. On rêvait depuis 6 ans de faire venir cet artiste au festival. Cette année nous avons su très tardivement que sa venue était confirmée et nous nous en réjouissons.

NV : on peut donc percevoir un délicat fil d’Ariane qui relie tous ces hommages ?

BT : Oui c’est vrai. A vrai dire c’était quasi incontournable pour ceux qui ont disparu comme Coltrane et Fela Kuti (décédés respectivement en 1967 et 1997), mais il ne s’agit pas uniquement de marketing a priori. En fait on essaie de créer des liens, de proposer ces spectacles à un nouveau public.

Par exemple l’hommage à Zawinul n’est pas corrélé avec le fait que 2017 constitue une date anniversaire de sa mort (2007). En fait, à l’origine on envisageait de proposer une éventuelle « Carte Blanche » à Vincent Peirani. L’accordéoniste évoque alors ses après-midis d’adolescence où il relevait les chorus de Joe Zawinul. On ignorait tout à fait que l’accordéoniste Peirani avait pu être influencé par Zawinul. En outre son binôme musical Émile Parisien avait déjà rendu un hommage à Zawinul en juillet 2010 au Parc Floral avec Paco Sery. Du coup ils ont conçu un projet qui sera présenté le le 04 juillet dans le cadre de la Soirée French Touch. Il faut s’attendre à quelque chose d’assez génial puisqu’il y aura aussi à leurs côtés des musiciens qui ont joué avec Joe Zawinul en l’occurrence, Lindley Marthe (basse) Paco Serry (batterie), et aussi Aziz Sahmaoui (percussions).

NV : en quelque sorte il existe un passage de témoin entre les « créateurs disparus » et la nouvelle génération ?

BT : Oui et cela devrait permettre au public de continuer à évoluer en même temps que le jazz comme cela s’est déjà fait depuis les années 20 au fur et à mesure de l’évolution des styles, du swing au be-bop, puis au hard bop, au free jazz ou à la fusion etc… Certes certains publics sont restés fidèles à une chapelle ou à une autre mais l’essentiel pour le festival est d’essayer de faire plaisir à tous ces fans de jazz, d’aller vers d’autres publics et aussi de faire du lien entre les publics et les musiques.

Pour y parvenir, il convient de présenter des projets cohérents, de tenter quand cela est possible de faire du lien entre la première scène et la tête d’affiche, même si cela n’est pas toujours très simple sur 15 jours de festival. Il est vrai que cela est complqué car l’organisation des tournées ne permet pas toujours de travailler les thèmes de manière suivie. Les artistes pressentis en septembre ne sont plus toujours disponibles en février…

NV : au-delà de la programmation qu’est-ce qui différencie  le festival Jazz à Vienne de tous les autres festivals de jazz français ?

BT :après réflexion et avec le sourire… C’est le lieu magique que constitue le Théâtre Antique de Vienne. D’abord il possède une acoustique exceptionnelle et aussi il induit une proximité rare entre les artistes et le public. Ce « mur d’humanité » impressionne les artistes autant de jour que de nuit. De plus, les musiciens voient la Vierge Noire de Pipet qui surplombe le Théâtre. Particulièrement lorsqu’elle est éclairée durant la nuit certains artistes ressentent une sorte de connexion mystique.

Il y a aussi un autre élément propre à Jazz à Vienne. Le public ne vient pas pour être vu, pour se montrer, il vient pour l’échange, pour vivre la musique en direct. De nombreux festivaliers se retrouvent d’année en année, ils se sont approprié le lieu et se placent presque toujours au même endroit. Pour eux, Jazz à Vienne est un rendez-vous annuel vis à vis duquel ils manifestent une sorte d’attachement populaire. Ce festival appartient  finalement à tout le monde et surtout aux musiciens. Il est vrai que créé par des passionnés, le festival Jazz à Vienne a toujours eu le souci de mettre en avant la musique et les musiciens qui sont les stars du festival.

NV : en 2017 au-delà de ces points déjà évoqués, sur quoi souhaitez-vous attirer l’attention des festivaliers ?

 BT : 37 années de festival n’empêchent pas de s’interroger et d’envisager des remises en question pour avancer. Après avoir dématérialisé la billetterie, on fait le choix de passer au paiement sans espèces via l’utilisation d’une carte ou d’un pass. On parle de paiement cashless. Plus besoin de fouiller dans les poches ou les sacs à la recherche de billets, de pièces, des files d’attente moins longues, un système rapide et sécurisé sans blocage à la caisse où il n’y aurait plus de monnaie. Les festivaliers peuvent charger sur la carte ou le pass le montant de leur choix, de chez eux ou sur place et peuvent alors payer de manière rapide et sécurisée…

NV : … et ainsi on peut être encore plus disponible pour profiter de la musique et la partager avec ses voisins en toute convivialité !

Propos recueillis le 18 avril 2017 auprès de Benjamin Tanguy, coordinateur artistique de Jazz à Vienne
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