Label ECM-Focus3-Janvier 2017 – La voix de Theo Bleckmann

Label ECM-Focus3-Janvier 2017 – La voix de Theo Bleckmann

Theo Bleckman enregistre « Elegy » en leader chez ECM

Avec « Label ECM-Focus3 » se poursuit l’exploration de l’identité ECM. Sur l’album « Elegy » sorti le 27 janvier 2017, le chanteur Theo Bleckmann fait ses débuts comme leader chez ECM. Un album sublime où le chanteur évoque la mort sous un éclairage lumineux.

Après être apparu sur les deux albums ECM de Meredith Monk, « Impermanance » (2007) et « Mercy » (2002), Theo Blackmann a tenu un rôle important sur « A clear Midnight », l’album que la pianiste Julia Hülsmann a consacré en 2015 aux chansons de Kurt Weill. 

« Elegy » est le premier album de Theo Bleckmann comme leader chez ECM. Chanteur à la voix d’une pureté rare, il pratique son art avec audace comme le ferait un peintre. Sa voix pose des traits de lumière sur la toile musicale déroulée par le groupe. Le chanteur propulse librement ses vocalises sur les parois d’une bulle sonore dont il semble qu’elle réverbère les échos de sa voix.

Sur « Elegy » Theo Bleckmann est accompagné de son compagnon de longue date, le guitariste Ben Monder, du pianiste Shai Maestro et de la subtile section rythmique constituée de Chris Tordini et John Hollenbeck. Certes l’album met en vedette Theo Bleckmann comme chanteur mais aussi en tant que compositeur.

Porté par la performance collective de l’orchestre, le chant de Theo Bleckmann s’étire sur les accords du piano et sa voix de ténor Prend toute sa mesure dans l’univers singulier que tisse le guitariste Ben Monder avec qui le chanteur a déjà travaillé en duo. Si Bleckmann a aussi joué avec le batteur John Hollenbeck, c’est par contre une nouvelle collaboration qu’il entreprend avec le contrebassiste ChrisTordini et Shai Maestro dont le toucher léger presque minimaliste convient tout à fait au contexte de l’album. Le pianiste joue d’ailleurs un rôle majeur dans l’album dont il assume en grande partie le contexte harmonique sur lequel évolue le chanteur. Le pianiste est tout aussi impliqué dans la dimension rythmique assurée en grande partie par la guitare et la batterie.

Le titre de l’album, « Elegy », réfère « à la mort ou évoque… la transcendance existentielle » que Theo Bleckmann a souhaité convovoquer. Malgré la gravité du contexte, le chanteur offre une musique lumineuse. Les climats changeants et contrastés nimbent la mortalité d’une aura d’espoir dénué de tristesse.

Les onze titres tressent les fils du silence avec les lignes de l’élégance. Des textes sur quatre des onze titres. De petites pièces instrumentales comme des respirations, comme des îles posées sur le fil de la vie. Sur les autres morceaux, Théo Bleckmann improvise et crée des ambiances qui empruntent la légèreté aux plumes des anges célestes.

On découvre avec intérêt la sublime interprétation de chanson de Sondheim Comedy Tonight  dont le chanteur donne une version assez éloignée de l’originale la dotant d’une tonalité mélancolique. Les arrangements planants restituent le souvenir de l’humour et du regard toujours amusé que sa mère récemment décédée portait encore à 91 ans sur les choses de la vie.

Toujours en référence à la thématique de l’album, les paroles To Be Shown to Monks at a Certain Temple sont celles d’un poème Zen sur lequel Theo Bleckmann a mis de la musique. « Il s’agit de ne pas abandonner, de ne pas penser à la mort, juste continuer à bouger, ne pas être morose, continuer à vivre » précise le chanteur.

Theo Bleckmann a écrit Take my life en pensant à Bach et à ses cantates et plus précisément Ich habe genug. Sur un rythme soutenu, la voix évoque un départ presque joyeux vers l’au-delà. Le chanteur imagine « ce que serait de mourir, de perdre peu à peu ses facultés : perdre la  voix, son pouls, son souffle ». L’orchestre porte la voix jusqu’au silence. Nul pathos, la vie/la mort, l’énergie avant la fin.

On vibre à l’écoute de la mélodieuse Elegy et on est touché par l’ambiance quasi fantomatique du morceau « Fields » où le toucher impressionniste du batteur évoque les mouvements des herbes qui ploient sous le souffle du vent changeant.

Enregistré aux Studios Avatar de New York, « Elegy » a bénéficié de toute l’attention du producteur Manfred Eicher qui a assuré la Direction artistique de l’album. C’est par exemple lui qui a suggéré d’utiliser des matériaux écrits par le chanteur comme des bases d’improvisations libres et de les insérer des respirations instrumentales, comme des îlots de sérénité entre les chansons. Ainsi l’album ouvre avec Semblance et se termine avec Alate alors qu’au milieu du répertoire Cortège résonne comme une marche funèbre.

« Elegy ». Une réussite absolue. Les atmosphères flottantes de l’album évoquent avec grâce les émotions liées au cycle immuable de la vie. Flexible et contrôlée la voix du chanteur évolue toute en retenue.

Très bientôt un billet « Label ECM-Focus4 » pour explorer d’autres enregistrements du Label ECM.

Omer Avital revient avec « Qantar »

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Deux ans après « Abutbul Music », le contrebassiste Omer Avital revient avec son nouvel album « Qantar » (Zamzama Records) enregistré à Brooklyn avec le quintet formé en 2016. La musique n’a rien perdu de sa singularité. Rayonnante d’énergie elle résonne d’un jazz solide traversé d’influences orientales.

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Clin d’œil à Joel Hierrezuelo & « Zapateo Suite »

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« Zapateo Suite », premier album du chanteur, guitariste et percussionniste Joel Hierrezuelo constitue une des belles surprises de l’automne 2018. A la tête de son quintet, le natif de La Havane invite à un voyage lumineux au pays des musiques qui irriguent sa vie. Avec bonheur, le jazz croise les musiques cubaines, africaines et orientales.

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Jericho Sinfonia, le dernier opus de Christophe Monniot

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Avec « Jericho Sinfonia », le compositeur et saxophoniste Christophe Monniot propose une œuvre artistique remarquable. En soixante-six minutes l’album interpelle par la richesse de son propos. A partir du récit biblique de l’effondrement des murailles de Jericho se tisse un récit captivant. Une création musicale vibrante de spiritualité.

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Décès du pianiste Maurice Vander

Le 16 février, Maurice Vander a rejoint le firmament du jazz

Le pianiste et compositeur de jazz Maurice Vander s’est éteint à Paris le 16 février à l’âge de 87 ans. Son swing incomparable l’avait fait connaître et apprécié dans les milieux du jazz parisien de l’après-guerre et aussi à l’international. Durant 40 ans il a été le pianiste de Claude Nougaro.

Après avoir étudié le piano et l’accordéon le petit Maurice Vandershuer qui prendra plus tard le nom de Maurice Vander choisit le piano après avoir découvert, grâce à son frère, la musique de jazz via la musique américaine que diffusait Hugues Panassié à la radio. On peut dire qu’il tombe ainsi dans le bop.

Dans les années 1950, il fréquente les clubs parisiens et s’impose rapidement comme l’un des grands pianistes de jazz de son époque. Il accompagne au piano des chanteurs comme Boris Vian, Sacha Distel, Henri Salvador, et aussi de grands musiciens de jazz comme le saxophoniste ténor américain Don Byas, Le pianiste et compositeur Michel Legrand, le violoniste Stéphane Grappelli et le guitariste Django Reinhardt.

En 1959 à Paris il enregistre « Jazz At The Blue Note » avec le contrebassiste Pierre Michelot et le célèbre batteur be-bop Kenny Clarke

Il croise la route de Chet Baker, de Stan Getz, de Quincy Jones et son nom s’impose dans le milieu du jazz international.

Au début des années 1960 sa rencontre avec le chanteur Claude Nougaro donne une autre orientation à sa carrière .Il devient son pianiste attitré et commence avec lui une aventure de plus de 40 ans. Il l’accompagne sur scène et arrange plusieurs de ses  grands succès comme Le coq et la pendule, La pluie fait des claquettes et Armstrong.

Durant les dernières années de sa vie il a sillonné les routes de France et rendu hommage à Nougaro avec le spectacle  » Ils se la jouent Nougaro »

Maurice Vander a aussi collaboré à de nombreuses musiques de films comme « Les Valseuses » de Bertrand Blier, « Nous irons tous au paradis » d’Yves Robert,  « Mille milliards de dollars » d’Henri Verneuil, « Milou en mai » de Louis Malle, « Tenue correcte exigée » de Philippe Lioret.

Il était le père de Christian Vander, le leader du groupe de rock progressif Magma, et de l’organiste de jazz Laurent Vander.

On garde le souvenir de son swing incomparable et on imagine qu’il accompagne ailleurs ses vieux compagnons Claude Nougaro et Eddy Louiss. Il nous reste les disques et les souvenirs

Omer Avital revient avec « Qantar »

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Deux ans après « Abutbul Music », le contrebassiste Omer Avital revient avec son nouvel album « Qantar » (Zamzama Records) enregistré à Brooklyn avec le quintet formé en 2016. La musique n’a rien perdu de sa singularité. Rayonnante d’énergie elle résonne d’un jazz solide traversé d’influences orientales.

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Clin d’œil à Joel Hierrezuelo & « Zapateo Suite »

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Concert de Basel Rajoub au Théâtre de Vienne

Concert de Basel Rajoub au Théâtre de Vienne

 Une musique captivante au climat apaisant

Le 16 février 2017, le concert de Basel Rajoub a instauré un climat de paix et de sérénité dans le Théâtre de Vienne. Forts d’un héritage culturel étoffé et d’une maîtrise des instruments orientaux et occidentaux, Basel Rajoub et les musiciens du « Soriana Project » ont offert à l’auditoire une musique mélodieuse et aérienne.

Organisé dans le cadre de la « Saison 2016/17 Jazz à Vienne », le concert de Basel Rajoub du 16 février 2017 est annoncé comme une musique lumineuse traversée par la tradition moyen-orientale et la liberté du jazz. Bouleversé par le propos musical singulier de l’album « The Queen of Turquoise » sorti chez Jazz Village le 13 mai 2016, on attend  avec grand intérêt de découvrir la dimension scénique de cette musique fascinante.

Le concert de Basel Rajoub débute en trio. A gauche de la scène, le très concentré Feras Sherastan au qanûn, cette cithare en bois en forme de trapèze dont il est soliste virtuose au sein du Qatar Philharmonic Orchestra et du Syrian National Symphony Orchestra. Sur le côté droit lui fait face le souriant percussionniste Andrea Piccionni et ses tambourins. Au centre, Basel Rajoub embouche à tour de rôle le duclar, cet instrument traditionnel en bois qui ne possède qu’une octave, le saxophone soprano et le saxophone ténor. Il manifeste le souci de faire priorité à la musique et prend la parole uniquement pour présenter ses musiciens, en début et fin de concert. Après cinq morceaux le trio invite la chanteuse Lynn Adib qui les rejoint sur trois titres et un rappel.

Attentifs, les artistes développent une écoute de chaque instant qui leur permet de réagir au juste moment et de construire des interactions souples et nuancées. Les instrumentistes virtuoses maîtrisent les instruments, les rythmes et modes moyen-orientaux mais parviennent à dépasser la technique pour proposer au public une musique accessible.

Mise en place précise, énergie maîtrisée, complicité extrême, richesse des timbres. Un voyage magique entre tradition orientale et modernité des improvisations.

Chaque morceau développe un climat particulier. Du qanûn de Feras Sherastan s’élèvent des mélodies aux notes cristallines qui invitent le saxophone à propulser son chant dans les médiums puis à s’épaissir et enfler, soutenu par la percussion. Avec élégance et précision Andrea Piccionni caresse les tambourins plus qu’il ne les frappe. Rythmique autant que mélodique le percussionniste fait pleurer la peau des tambours. A l’issue d’un solo sensible et bouleversant il ouvre tous les possibles à ses deux complices qui croisent leurs chants inspirés. Au-dessus des harmonies développées par le qanûn plane le souffle du saxophone.

Lors d’un autre morceau, qanûn et saxophone ténor exposent le thème à l’unisson puis en fond de scène, loin des micros, le saxophone de Basel Rajoub entonne un chant sourd qui tranche avec la clarté de la sonorité des cordes pincées. Le paysage musical évolue, entre son et souffle s’élève la plainte du saxophone au-dessus de la percussion dont le rythme reproduit l’écoulement du temps. Le souffle s’assombrit mais l’espoir renait et le son redevient lumière. Il flotte comme un parfum de jasmin sur le public qui suspend sa respiration. Le saxophoniste passe du soprano au ténor pour revenir au duclar mais conserve sur tous les instruments un son sensible, boisé et chaud qui rappelle parfois celui du duduk.

Avec l’arrivée de la chanteuse Lynn Adib, le quartet interprète une Prière pour la Vierge Marie. Un chant lumineux comme une offrande au monde qui souffre. Le chant limpide de la voix s’unit aux notes pures du qanûm. Les visages des musiciens s’illuminent. Après cette parenthèse calme et recueillie, le quartet interprète un morceau qui évoque le vol d’un Pigeon chargé de porter le rameau de paix à la Syrie. La voix fragile et les instruments mêlent leurs timbres. Porté par le son boisé du duclar, l’oiseau chevauche le vent en quête de la lumière des cieux. Le frais murmure vocal plane au-dessus du lead léger des cordes pincées soutenu par les percussions délicates. On a vu planer un rameau d’olivier au-dessus de Damas.

Empreinte de gravité la musique du concert de Basel Rajoub, Feras Sherastan, Andrea Piccionni et Lynn Adib captive de bout en bout. Envoûtante et lyrique elle respire, apaise et instaure un climat propice au recueillement. Sensible et mélodieuse elle est comme un pont tendu entre deux mondes musicaux, entre Moyen-Orient et Occident, entre l’idiome de la tradition et la liberté du jazz.

Le temps d’un concert les musiciens sont parvenus à transporter le public dans la musique et l’esthétique du « Soriana Project » dont on attend avec impatience les prochains développements.

Omer Avital revient avec « Qantar »

Omer Avital revient avec « Qantar »

Deux ans après « Abutbul Music », le contrebassiste Omer Avital revient avec son nouvel album « Qantar » (Zamzama Records) enregistré à Brooklyn avec le quintet formé en 2016. La musique n’a rien perdu de sa singularité. Rayonnante d’énergie elle résonne d’un jazz solide traversé d’influences orientales.

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Clin d’œil à Joel Hierrezuelo & « Zapateo Suite »

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« Zapateo Suite », premier album du chanteur, guitariste et percussionniste Joel Hierrezuelo constitue une des belles surprises de l’automne 2018. A la tête de son quintet, le natif de La Havane invite à un voyage lumineux au pays des musiques qui irriguent sa vie. Avec bonheur, le jazz croise les musiques cubaines, africaines et orientales.

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Jericho Sinfonia, le dernier opus de Christophe Monniot

Jericho Sinfonia, le dernier opus de Christophe Monniot

Avec « Jericho Sinfonia », le compositeur et saxophoniste Christophe Monniot propose une œuvre artistique remarquable. En soixante-six minutes l’album interpelle par la richesse de son propos. A partir du récit biblique de l’effondrement des murailles de Jericho se tisse un récit captivant. Une création musicale vibrante de spiritualité.

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L’Ensemble Art Sonic fait valser « Le Bal Perdu »

L’Ensemble Art Sonic fait valser « Le Bal Perdu »

Un souffle élégant ressuscite les valses populaires

Avec « Le Bal Perdu », l’Ensemble Art Sonic redonne leur élégance aux valses musettes. D’un souffle léger l’orchestre chambriste dépoussière l’héritage issu des bals populaires et insuffle une modernité teintée de nostalgie à ces grands standards d’antan. Une prouesse absolue qui fait la part belle à la mélodie et aux arrangements.

« Le Bal Perdu » témoigne d’un subtil travail de mémoire qu’il convient de saluer avec déférence. Entre poésie et swing la palette orchestrale chatoyante de l’Ensemble Art Sonic ravive ces thèmes d’autrefois qu’on croyait oubliés. La nostalgie affleure mais c’est la fête, on sourit et roule musique… 1, 2, 3… 1, 2, 3… les mélodies s’élèvent, la tête tourne, on se prend à avoir envie de se déhancher et de valser sur la piste en bois d’un bal populaire retrouvé.

Certes depuis ses débuts on connaît l’Ensemble Art Sonic pour l’intérêt qu’il manifeste aux musiques populaires. Formé par le flutiste Joce Mienniel et le clarinettiste Sylvain Rifflet, ce quintette à vent développe sa recherche en direction d’une « musique de chambre progressive » avec trois autres soufflants, Sophie Bernardo (basson) Cédric Chatelain (hautbois, cor anglais) et Baptiste Germser (cor). Après leur premier album « Cinque Terre », l’Ensemble Art Sonic invite pour ce nouveau projet « Le Bal Perdu », l’accordéoniste Didier Ithursarry immergé lui aussi dans la culture populaire. L’accordéoniste assume avec brio l’héritage de ses aînés du piano à bretelle, Gus Viseur, Jo Privat, Joss Baselli, Louis Ferrari ou Emile Carrara.

Avec une sortie annoncée pour le 03 mars 2017, l’album « Le Bal Perdu » (Drugstore/L’Autre Distribution) gagne un pari que l’on aurait pu croire risqué, celui d’actualiser les musiques populaires dont les créateurs ont pour beaucoup disparu. On se souvient les récits des anciens. « C’était bien … au petit bal perdu » et on se prend à rêver à ce temps passé qui s’invite dans le temps présent. Fort d’un potentiel innovant l’art d’aujourd’hui relie hier à demain. Bien au-delà des notes inscrites sur les portées, les arrangements et l’instrumentation transmettent plus qu’une musique, les souvenirs et les émotions d’une époque.

Dix-huit valses ou java/valses au répertoire de l’album « Le Bal Perdu ». Celles de l’accordéoniste Jo Privat qui sont à l’origine du projet que propose le flutiste Joce Minniel aux membres de l’Art Sonic Ensemble. Le flutiste élabore des arrangements suffisamment charpentés pour que basson, hautbois, cor, flûte et clarinette tissent la trame d’une orchestration aux fils musicaux inspirés. Sylvain Rifflet et Baptiste Germser proposent aussi quelques arrangements. Les notes du talentueux accordéoniste Didier Ithursarry survolent avec élégance le tissu léger soufflé par les vents. Le miracle opère et la musique virevolte et danse.

Neuf valses musettes créées dans l’entre-deux guerres par les accordéonistes Jo Privat, Gus Viseur, Joss Baselli, Louis Ferrari ou Émile Carrara. Elles ont fait tourner les couples sur le parquet du fameux Balajo dans le quartier de la Bastille. Les Papillons Noirs, Allez, glissez / Allez! Roulez, Avalanche, Valsajo, Flambée Montalbanaise, Coup de Fil, Les bluets, Volubilis sans oublier la fameuse Reine de Musette du pianiste Jean Peyronnin à partir des arrangements de Christophe Monniot dont on connaît le goût et le talent pour la valse musette.

Parmi les neuf autres compositions on retrouve avec émotion de grandes chansons. La fameuse Java des Bombes Atomiques immortalisée par Boris Vian sur une musique d’Alain Goraguer, De dame et d’homme composée par l’accordéoniste Marc Perrone et souvent chantée par André Minvielle, l’inoubliable Javanaise de Serge Gainsbourg, La ballade irlandaise et C’était bien… au petit bal perdu reliées dans la mémoire collective à la voix de Bourvil et repris en 2004 par André Minvielle, Guillaume de Chassy et Daniel Yvinec de belle manière sur l’album « Chansons sous les bombes ».

Enfin des clins à des compositeurs. Le thème Les quatre cents coups composé par Jean Constantin pour le film éponyme de François Truffaut. La tourbillonnante valse manouche Montagne Sainte-Geneviève composée par le guitariste Django Rheinhardt et dont l’orchestre restitue le swing absolu et équilibré. Le mélodique Il Camino écrit par le batteur italien Aldo Romano.

Pendant que « Le Bal Perdu » tourne en boucle, on se prend à rêver d’un bal retrouvé sous un kiosque à musique fleuri de tendres volubilis bleutés où valseraient des couples insouciants et souriants. Image un peu surannée et nostalgique ? Certes, mais quoi de mieux que la tendresse, l’esthétique et la poésie de la musique pour mieux vivre dans un monde au rythme effréné où se perd la mémoire du beau et du simple.

Pour ressentir la force de ces chansons et pour apprécier l’orchestration fine et élégante de l’Ensemble Art Sonic et de Didier Ithursarry, un rendez-vous s’impose. Le 16 mars 2017 à 20h30 à la Dynamo dans le cadre du « Festival Banlieues Bleues » pour le concert de sortie de l’album « Le Bal Perdu ». A ne rater sous aucun prétexte !
Omer Avital revient avec « Qantar »

Omer Avital revient avec « Qantar »

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Clin d’œil à Joel Hierrezuelo & « Zapateo Suite »

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Jericho Sinfonia, le dernier opus de Christophe Monniot

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Richard Galliano honore son New Musette avec « New Jazz Musette »

Richard Galliano honore son New Musette avec « New Jazz Musette »

Projet anniversaire en hommage aux 30 ans du New Musette

Devenu une référence incontournable de l’accordéon, Richard Galliano a créé il y a 30 ans le style New Musette. Le 17 février 2017, il sort « New Jazz Musette ». Plus qu’un simple bilan, ce double-album célèbre avec élégance ce style unique qui a marqué le renouveau de l’accordéon et a contribué à faire de lui un maître  incontesté de l’instrument.

Après un peu plus de 30 ans de carrière, Richard Galliano a enregistré plus de cinquante albums et embrassé avec talent de nombreuses esthétiques musicales, la chanson, le tango, la musique brésilienne le jazz sans oublier la musique classique puisqu’il est le seul accordéoniste concertiste à enregistrer Mozart, Bach ou Vivaldi pour le prestigieux label discographique allemand “Deutsche Grammophon”.

Avec ce double-album « New Jazz Musette » (Ponderosa/Pias), Richard Galliano projette un regard rétrospectif sur le style qu’il a créé, le New Musette.

C’est en effet en 1985, avec l’album « Spleen », que Richard Galliano initie une démarche qui fait de lui le fondateur du style New Musette, suivant en cela les conseils du maître Astor Piazzola lui-même fondateur du New Tango. Durant trois décennies, l’accordéoniste virtuose a partagé le répertoire du New Musette avec des guitaristes tels Phillip Catherine, Biréli Lagrène ou Jean-Marie Ecay, des bassistes ou contrebassistes comme Pierre Michelot, Jean-François Jenny-Clark ou Jean-Marc Jafet, des batteurs comme Daniel Humair, Charles Belonzi ou Aldo Romano.

Si Richard Galliano a beaucoup écouté ses grands aînés de l’accordéon-musette, Gus Viseur, Tony Murena, Marcel Azzola, Joss Baselli…, il a aussi intégré les influences issues des grands musiciens de jazz écoutés durant son adolescence comme Bill Evans, Herbie Hancock, Chick Corea, Johne Coltrane, … Trois décennies après sa naissance, le New Musette a atteint l’âge adulte et Richard Galliano peut afficher la satisfaction d’avoir créé mais surtout d’avoir fait triompher un style dorénavant inscrit dans l’histoire de la musique

Ainsi l’accordéoniste virtuose convoque des compagnons de longue date qui connaissent son répertoire et sont comme lui des adeptes de la mélodie. Le guitariste Sylvain Luc, le batteur Philippe Aerts et le batteur André Ceccarelli avec qui il enregistre le double-album « New Jazz Musette » en jouant d’un accordéon dont le registre est un peu éloigné de celui du disque historique « New Musette » de 1991.

Décidément le chiffre 3 et ses multiples président à cet album « New Jazz Musette » de Richard Galliano. Les 3 temps de la valse musette, 3 décennies de carrière, 66 ans et 18 titres gravés en 3 jours à raison de 6 titres par séance.

« New Jazz Musette » rend un hommage élégant qui traverse tout le répertoire de l’accordéoniste. On retrouve des titres de son Quartet New Musette déjà gravés sur des albums comme « New Musette », « Coloriage », « Viaggio » ou « French Touch ».

Sur « New Jazz Musette » figurent aussi des thèmes composés dans d’autres contextes que le New Musette,comme par exemple Tango pour Claude pour le chanteur Claude Nougaro ou Love Day pour sa rencontre avec Gonzalo Rubalcaba et Charlie Haden en 2008. Par contre, on note un seul titre inédit, un blues dédié à Nice, la ville qui lui est si chère, après l’attentat du 14 juillet 2016, Nice Blues.

Richard Galliano a créé un style musical inscrit dans l’histoire de l’accordéon et passé le relai à une nouvelle génération d’accordéonistes susceptibles de créer un nouveau langage pour cet instrument. Bien sûr, il n’a plus rien à prouver mais on attend avec impatience la suite de ses productions discographiques et de ses rencontres sur scène avec de nouvelles surprises à venir.

Omer Avital revient avec « Qantar »

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Clin d’œil à Joel Hierrezuelo & « Zapateo Suite »

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