L’édition des Nuits de Fourvière 2020 propose un programme ambitieux. 60 jours, 6 créations, 4 coproductions, 6 premières françaises. Ainsi du 02 juin au 31 juillet 2020, le festival fait encore une fois vibrer la culture au cœur de la Métropole lyonnaise avec 59 spectacles de théâtre, danse, musique, opéra, cirque et 149 représentations. De quoi combler tous les publics !
Ibrahim Maalouf Jazz à Vienne
L’ouverture triomphale d’Ibrahim Maalouf à Vienne
28 juin, ouverture de Jazz à Vienne. Ibrahim Maalouf est le maitre d’œuvre. Célébration triomphale de la musique de Maalouf. Pour son cinquième passage consécutif à Vienne, le trompettiste développe un triptyque musical pour 6000 enfants le matin et des gradins complets avec un double plateau en soirée.
En matinée, la Création jeune Public. En soirée, sur la scène du Théâtre Antique, deux hommages faits aux femmes par Ibrahim Maalouf et ses musiciens, en référence à ses deux albums, « Kalthoum » en première partie puis « Red & Black Light » en second set.
Depuis maintenant 12 ans, Jazz à Vienne ouvre le festival avec un spectacle à destination des enfants du pays viennois pour sensibiliser le jeune public à la musique jazz. Cette année la commande a été passée à Ibrahim Maalouf.
6000 enfants des classes primaires sur les gradins du Théâtre Antique, avec cette année le soleil en prime. Si le spectacle des gradins est impressionnant, celui de la scène ne l’est pas moins. Introduction musicale avec Ibrahim Maalouf, Eric Légnini au keyboards, François Delporte à la guitare et Stéphane Galland à la batterie, la Maîtrise de Radio France dirigée par Sofi Jeannin et des enfants des écoles viennoises.
Après cela, le trompettiste explique aux enfant ce qu’est l’improvisation : « jouer ce qui n’est pas prévu… la première fois qu’on écrit un thème, c’est toujours de l’improvisation ». Il propose aux enfants de « faire ensemble un morceau de musique ». Chose rare, le silence se fait sur les gradins. Ibrahim Maalouf interpelle successivement Tamara, Sarah, Lucas et Yasmine pour leur demander de fredonner quelques notes. Le « chef d’orchestre » fait reprendre alternativement ces thèmes » aux enfants des gradins. Les notes devenues refrain et couplet sont reprises avec les musiciens, la Maîtrise de Radio et les 6000 enfants. Ibrahim Maalouf propose ensuite aux musiciens en herbe de « donner du sens au morceau en créant une introduction …et une fin ». Une petite répétition avec Ibrahim Maalouf au piano et les enfants.
Après une dernière mise en place avec le trompettiste, l’orchestre, la maîtrise et les enfants. Ça marche à la perfection. Les enfants chantent, agitent les bras et sourient. La démarche pédagogique d’Ibrahim Maalouf a fonctionné. Avec l’aide du trompettiste ils ont composé et chanté du jazz.
Chaque enfant a ainsi compris qu’il est capable d’accéder à la musique. Il reste aux éducateurs et aux parents à prendre la suite pour que la musique fasse partie de la vie de tous ces enfants.
La soirée du 28 juin consacrée tout entière à la musique d’Ibrahim Maalouf est divisée en deux parties. Première partie consacrée à la musique de son projet Kalthoum qui célèbre la figure emblématique d’Oum Kalthoum. Seconde partie conçue comme une ode à la femme d’aujourd’hui
En première partie de soirée, le projet « Kalthoum » réunit sur scène autour d’Ibrahim Maalouf, le pianiste Franck Woeste, le saxophoniste Mark Turner, le contrebassiste Scott Colley et le batteur Clarence Penn.
Toujours très pédagogue, Ibrahim Maalouf explique au public en quoi consiste le projet. Le trompettiste et le pianiste ont traduit en écriture jazz l’un des plus grands succès de la diva égyptienne Alf Leila Wa Leila (les mille et une nuits) conçu à l’origine comme une symphonie. Une succession de tableaux balisent une « suite » d’environ une heure avec une introduction, une ouverture découpée en deux couplets et quatre mouvements.
Pour ouvrir le concert, Ibrahim Maalouf propose au oudiste syrien Samir Homsi d’interpréter le refrain dans la pure tradition musicale arabe. Suivent les deux parties d’introduction avec le trompettiste au sein de la « section ». A partir du premier mouvement, Ibrahim Maalouf joue en solo, reprenant textuellement à la trompette le chant d’Oum Kalthoum. Sur des arrangements peaufinés, les douces mélopées s’élèvent comme des plaintes portées par l’orchestre qui, comme une chambre d’écho, magnifie le chant de la trompette. Du début à la fin du set, une mise en place précise laisse grande place aux improvisations des solistes et aux interactions entre les musiciens
Avec humour, le trompettiste propose en rappel … un morceau rajouté, un morceau « qui n’en finit pas, comme… les fins des symphonies ». Il s’agit pourtant d’une fausse fin puisque le trompettiste conclut le premier set au tambourin (la batterie de la musique arabe) avec Samir Homsi à l’oud. Un clin d’oeil au chant de Fairouz, la chanteuse libanaise.
Mark Turner, virtuose. Franck Woeste lyrique. Clarence Penn spectaculaire. Scott Colley précis. Alternativement incisif, étincelant ou classique, Ibrahim Maalouf termine le set à la trompette. Les spectateurs font une ovation à « Kalthoum ». Une ode à la musique arabe traditionnelle revisitée et catalysée par la trompette étincelante de Maalouf.
Le contraste sonore et visuel est grand avec la seconde partie de la soirée consacrée au projet « Red & Black Light » pour lequel Ibrahim Maalouf est entouré de François Delporte à la guitare, Stéphane Galland à la batterie, Eric Légnini et Franck Woeste aux keyboards, Antoine Guillemette à la guitare basse, Yann Martin, Martin Saccardy et Youenn le Cam à la trompette
Esthétique électro-rock, jeux de lumière sur une scène enfumée, mélopées faciles à chantonner reprises de manière réitérative. Le public très sollicité pour soutenir la musique apprécie aussi cette facette plus extravertie de la musique d’Ibrahim Maalouf. Durant ce set, le leader se met en position d’orchestrateur. Il dirige la musique, veille à la mise en place depuis ses claviers délaissant quelque peu son instrument. Il est vrai que le trompettiste a beaucoup joué, (matin, après-midi pour les balances, premier set) et il donne un peu de répit à ses lèvres très sollicitées.
La seconde partie est menée sur un tempo d’enfer. La frappe puissante de Stéphane Galland stimule le groupe. La tension monte encore avec la reprise de Nomad Slang gravé sur l’album « Illusions ». Riffs de la section de trompettes, claviers à fond, trompette de Maalouf à son acmé. Dans les gradins les mains s’agitent. Le public suit les préconisations de Maalouf : « Chantez et dansez comme des fous ».
Après la tornade, le répit. Red & Black Light, tel l’hymne de l’album éponyme arrive ensuite avec et la Maîtrise de Radio France dirigée par Sofi Jeannin. Un bijou de délicatesse dont la mélodie célèbre les « choses essentielles de la vie ».
Le public debout a succombé à la puissance de cette musique électrique et métisse. Il en redemande. La force de « Red & Black Light » a triomphé.
Électrique ou délicate, puissante ou raffinée, la musique d’Ibrahim Maalouf est la grande gagnante de la soirée. Sous toutes ses formes elle comble le public.
Nuits de Fourvière 2020 – La programmation
Aimée Allen en tournée en France et Suisse
La tournée en France et en Suisse de la chanteuse et auteure-compositrice Aimée Allen constitue une belle occasion pour découvrir cette artiste américaine. Son album « Wings Uncaged » annoncé en France pour le 20 mars 2020 permet d’apprécier sa voix chaleureuse et chargée de groove.
Le retour de « Shabaka & The Ancestors »
« Shabaka & The Ancestors » annoncent la sortie de « We Are Sent Here By History ». Enregistré sur 2 ans, entre Cape Town et Johannesburg, ce deuxième album du groupe réunit le saxophoniste londonien Shabaka Hutchings et ses musiciens de jazz sud-africains. L’opus résonne comme une réflexion musicale sur la condition humaine en pleine agonie. Un poème sonore comme une méditation plutôt sombre sur l’avenir de l’homme. Une mise en garde… sauve qui peut & espère qui veut !
Les thèmes écrits irriguent la pensée des musiciens. S’ensuit un développement de la mélodie qui se développe rebondit, s’amplifie et se cabre. Des échanges naissent entre les instrumentistes qui alimentent une musique instantanée. Les improvisations surgissent. Une ligne musicale émerge du saxophone. A ses côtés, des harmonies et des contrastes naissent sous les doigts ou l’archet de la contrebasse. La batterie soutient l’expression des deux instrumentistes déjà immergés dans l’échange. Baguettes, balais, mailloches ou doigts suivent et stimulent, coupent et relancent, sous-tendent et attendent les lignes musicales des solistes.
Benoit Keller utilise toutes les possibilités de la contrebasse. Chant majestueux à l’archet, graves somptueux, son rond et chaleureux. Fin rythmicien et batteur des nuances, François Merville porte une attention extrême au jeu de ses compagnons avec lesquels il interagit de manière instantanée. Il met son talent de percussionniste au service des expressions délicates des solistes.
Les morceaux se suivent et ne se ressemblent pas. De La grande boucle, celle de la vie, à La petite boucle, celle du quotidien, les musiciens jouent La pression du presseur. La vie de la vie en quelque sorte. Même la mécanique quantique s’invite au programme avec Le principe d’incertitude. On n’ose pas faire un raccourci et conclure q’un lien existe entre le Jazz et la Physique mais pourquoi pas ?
Durant trois jours au Péristyle, le guitariste et percussionniste Stracho Temelkovski a réuni autour de lui l’accordéoniste Jean-François Baez et le clarinettiste Jean-Pierre Sarzier. Les compositions sont en grande partie celle du leader mais on retrouve aussi des morceaux d’ Antonio Placer Les trois musiciens affectionnent et maîtrisent les rythmes impairs dont ils déjouent tous les pièges. Sur les six morceaux d’un set, un seul titre n’utilise pas ces rythmiques. Pas simple de battre la mesure sur un tango à 9 temps ! … et pourtant pour eux cela tient de la promenade de santé.
des improvisations qui réservent de belles surprises. Si la mise en place est rigoureuse, les ambiances changent au sein de chaque morceau les. Jean-Pierre Sarzier sait se monter lyrique sur la clarinette basse sans trop d’étalage technique. Jean-François Baez assure une rythmique implacable et harmonise de belle manière durant les chorus de ses compagnons. Ses improvisations témoignent toujours de son attachement à la mélodie.
jongle entre viola, mandole, basse électro-acoustique et diverses percussions auxquelles il ajoute sa voix. Totalement immergé dans sa musique, il entraîne le public dans son monde. Un univers captivant et quelquefois envoûtant. Une musique en mouvement qui se promène dans des atmosphères variées. Sans reprendre aucun morceau traditionnel de la Macédoine où sont ses origines, ce musicien autodidacte restitue les atmosphères de ce pays et les mêle aux autres univers musicaux qu’il a croisés, jazz oriental, musique orientale, rock, musique de l’Inde et musiques urbaines. Le miel de la vie témoigne tout à fait de ce qu’il nomme la « musique de l’âme ».
On connaît
te.
Le saxophoniste Brandford Marsalis a engagé son quartet dans un projet musical dont le chanteur Kurt Elling est l’invité. Au regard de la qualité des musiciens on pouvait s’attendre à une réussite. En fait il s’agit de bien plus que cela… émotion et surprise de bout en bout de l’album. Les musiciens conversent et improvisent sur des schémas musicaux sans cesse renouvelés. Ils mettent leur virtuosité au service d’une musique sans esbroufe.
Dans un Grand Théâtre qui affiche complet, les musiciens s’installent. Section de cordes dirigée par Nicolas Guiraud. Section rythmique argentine avec Minino Garay aux percussions, Fernando Samalea à la batterie. Bandonéon et charango. La soprano Valérie Gabail et le ténor Jérémy Dufau. Benjamin Biolay entre en scène tout de noir vêtu, jean, polo à manches courtes, gilet de costume.
« Ojos de Novia » (Alama Rec. /Harmonia Mundi) propose treize titres aux influences berbères prononcées. Fidèle à la tradition musicale séfarade, Mor Karbasi y apporte son propre métissage marocain, perse et maure.
la langue ladino emportée par les juifs séfarades d’Andalousie au Moyen-âge, lorsqu’ils furent exilés en 1492 par un décret des rois catholiques. Cette langue inventée par les rabbins espagnols traduit mot à mot l’hébreu en castillan. C’est par son grand-père, juif marocain, que Mor Karbassi s’est ouverte à cette riche culture. Passionnée par toute cette histoire elle y découvre ses racines. Sa voix prend son envol et s’épanouit dans tous les registres qu’elle explore.
D’emblée les protagonistes de la pièce, Sandrine Bergot, Quentin Halloy, Baptiste Isaia, Philippe Lecrenier et Renaud Riga instaurent une relation dynamique avec le public. Pour personnaliser le spectacle, ils se proposent d’enregistrer des boucles qu’ils intégreront dans la bande-son. Des « applaudissements enthousiastes » et des « slogans classiques scandés lors des manifs » sont repris avec conviction par un public pas forcément habitué aux défilés contestataires, bien que… entre les anciens soixante-huitards et les actuels contestataires la plupart ont bien dû crier le fameux « tous ensemble, tous ensemble….ouais ! »
l’album « Eros » (Tuk Music/Bonsaï),
le trompettiste sarde, Paolo Fresu, et le pianiste cubain, Omar Sosa, proposent treize morceaux dont un titre fantôme gravé à la suite du douzième morceau. Les noms des morceaux évoquent les émotions de l’amour.
Ce vibrant hommage rendu à Moondog et
visiblement très émue et concentrée sur son clavier. Le percussionniste Stefan Lakatos dont la tunique noire et la barbe blanche font écho à l’aspect de Moondog immortalisé sur les clichés. Le rythme hypnotique qu’il tient sur le trimba, percussion créée par Moondog et visible sur la photo ci-dessous, impressionne et captive.
Il reprend le rôle que tenait Moondog lors des concerts où il donnait lui-même le tempo.