Nommé d’après le quartier notoire de la Nouvelle-Orléans où le jazz est né, Storyville Records est un label de jazz européen indépendant créé en 1952 à Copenhague. Le label développe une dynamique éditoriale qui préserve son identité. Dans cette perspective sont publiés des inédits de grands jazzmen du XXème siècle et des enregistrements d’artistes contemporains. Ainsi, sont annoncées les sorties des albums « Montmartre 1964 » de Dexter Gordon et « Standards » de Fonnesbæk & Kauflin. Se souvenir du jazz d’hier et s’immerger dans le jazz d’aujourd’hui, une belle manière de relier tradition et actualité.
Anat Cohen publie « Rosa dos Ventos » et « Outra Coisa »
La clarinette enchanteuse d’Anat Cohen
Le 28 avril 2017, la clarinettiste Anat Cohen a sorti deux albums qui célèbrent la musique du Brésil. « Outra Coisa » en duo avec le guitariste Marcello Gonçalves et « Rosa dos Ventos » avec le Trio Brasileiro. Deux facettes de la musique brésilienne servies par le talent unique de cette virtuose de la clarinette.
Tous deux réalisés chez Anzik Records et publiés le 28 avril 2017, les albums « Rosa Dos Ventos » et « Outra Coisa » saluent le Brésil et renforcent le lien de la clarinettiste Anat Cohen avec sa musique. Si les deux opus célèbrent des idiomes différents, ils sont irradiés par la lumineuse clarinette de cette artiste virtuose et sensible.
Sur « Rosa Dos Ventos », Anat Cohen s’associe avec l’ensemble brésilien « Trio Brasileiro » pour explorer la musique traditionnelle du choro brésilien et ses reflets modernes. C’est la deuxième collaboration enregistrée entre Anat Cohen et le trio après « Alegria Da Casa » gravé en 2015. Sur « Outra Coisa », Anat Cohen joue en duo avec le guitariste brésilien Marcello Gonçalves.
L’Israélienne de New York, Anat Cohen, sœur du trompettiste Avishai Cohen a grandi dans une famille de musiciens à Tel Aviv en Israël et vit à New-York depuis 1999. La clarinettiste virtuose et créative a tissé des liens très forts avec le Brésil dont elle s’est approprié la culture jusqu’à presque la faire sienne. Elle s’intéresse à la musique du Brésil en général et au choro en particulier.
Avec Anat Cohen et sa clarinette on visite le Brésil, ses fleurs, ses saisons, ses paysages et on saisit l’esprit de ses musiques. Elle se promène dans le choro avec une grande aisance tout autant que dans les thèmes de Moacir Santos. Avec une grande vitalité mais beaucoup de nuances, elle sait se faire exubérante et lyrique ou plus sophistiquée et tendre. Son invention mélodique couplée à un sens très développé du rythme lui permet de s’adapter aux climats de toutes les compositions Ses phrasés véloces évoquent le souffle des vents furieux ou la caresse des alizés, sa maîtrise du son lui permettent de se promener avec une aisance extrême du registre aigu à celui des graves. Alternativement lumineuse, douce, chatoyante ou légère, Anat Cohen enchante littéralement la musique des deux albums.
Après une première collaboration avec le Trio Brasileiro sur le disque « Alegria Casa » enregistré en 2015, qui présentait la combinaison de choros traditionnels et de pièces originales, Anat Cohen sort « Rosa Dos Ventos ». Cet opus est une nouvelle étape fascinante dans l’évolution de l’association entre le trio et la clarinettiste. L’album propose uniquement des compositions originales écrites par les membres du Trio Brasileiro et par Anat Cohen.
Trio Brasileiro s’est formé en 2011 et se consacre à l’exécution du choro, musique traditionnelle brésilienne, ainsi qu’à leurs propres compositions contemporaines, inspirées par le choro. Le trio est composé de Douglas Lora, un célèbre guitariste membre du Brasil Guitar Duo, de Dudu Maia, un des meilleurs virtuoses de mandoline du Brésil et du batteur/percussionniste Alexandre Lora.
Le choro est musique qui a pris naissance au milieu du XIX siècle à Rio de Janeiro. Comme quelques autres styles contemporains comme le Dixieland et le jazz de la Nouvelle-Orléans des origines, il a été créé par la combinaison des danses européennes traditionnelles, polka, valse et mazurka avec des rythmes africains et sud-américains. C’est un style qui convient tout à fait aux improvisateurs virtuoses.
Sur « Rosa Dos Ventos », l’instrumentation reproduit celle de l’orchestre traditionnel du choro avec la caractéristique guitare à 7 cordes, la clarinette et le pandeiro. Le traditionnel bandolim, version brésilienne de la mandoline, est remplacé dans le Trio Brasileiro par un inhabituel bandolim à 10 cordes alors que le bandolim traditionnel possède 4 séries de 2 cordes pour un total de 8. Outre le pandeiro, le percussionniste utilise par ailleurs d’autres instruments de percussion dont le Hand Pan, un instrument à percussion aux couleurs sonores intrigantes.
Les compositions varient de la forme traditionnelle du choro à d’autres beaucoup plus audacieuses et modernes. Sur O Ocidente Que Se Oriente les sons du Hand Pan évoquent des influences d’indie-rock contemporains mais bien sûr on perçoit surtout le climat doux-amer du traditionnel choro. On note aussi une influence sous-jacente du blues et du flamenco sur Flamenco où le Hand Pan aux sonorités relaxantes soutient l’expressif chant de la clarinette qui explore le registre aigu de son instrument alors que la guitare esquisse des rappels de flamenco.
On est surpris par Ijexá où la clarinette sautille d’aise sur un rythme issu de la tradition du candomblé. On craque à l’écoute de Sambalelê écrit par Anat Cohen qu’elle interprète en duo avec le pandeiro, l’exercice est absolument décoiffant de virtuosité. On rêve de danser sur Valsa Do Sul composé par la clarinettiste. Une valse légère où le chant de la clarinette évoque les rayons de soleil qui jouent à cache-cache avec les vents légers que tressent les deux instruments à cordes soutenus par le pandeiro exubérant.
Tout en se promenant dans ces différents styles et traditions, Anat Cohen et les trois musiciens du Trio Brasileiro, tous virtuoses, excellent dans l’improvisation et contribuent à bouleverser quelque peu les références du choro traditionnel qu’ils réinventent.
L’album « Outra Coisa » réunit la clarinettiste Anat Cohen & le guitariste Marcello Gonçalves autour d’un répertoire exclusivement composé des titres du grand compositeur et arrangeur brésilien Moacir Santos (1923-2006). Cet album est vraiment une toute autre chose que « Rosa Dos Ventos » évoqué précédemment. Tout diffère, les sonorités, les rythmes mais on retrouve bien sûr la virtuosité et la sonorité profonde et lumineuse de la clarinettiste qui imprègnee mélancolie la texture musicale de l’album.
L’album restitue la teneur d’une délicate conversation qu’entretiennent la guitare à sept cordes de Marcello Gonçalves et la clarinette d’Anat Cohen. Les discours des deux instruments sont très complémentaires. Le guitariste endosse tour à tour le rôle d’un délicat bassiste quand il accompagne le chant de la clarinette et celui d’un mélodiste brillant quand il répond sur les 7 cordes de sa guitare aux expressifs chorus de la clarinette.
Le titre de l’album du duo, « Outra Coisa », fait écho à celui de « Coisa », disque enregistré en 1965 par Moacir Santos avec grand orchestre qui interprète un répertoire dont tous les titres portent le nom de coisa (chose) et sont tous numérotés à partir de 1. Multi-instrumentiste (saxophoniste, clarinettiste et trompettiste), le compositeur et arrangeur a été très influencé dans son écriture par les musiques africaines et américaines.
Depuis longtemps, le guitariste Marcello Gonçalves était habité par la musique de Moacir Santos que Baden Powell avait interprété sur l’album « Baden Powell swings with Jimmy Pratt ». Il n’imaginait pas alors pouvoir reproduire les riches sons orchestraux des compositions de Moacir Santos. Pourtant en lisant les partitions de Moacir Santos directement à partir de son répertoire de chansons, il a constaté que la musique s’adaptait parfaitement à la guitare à 7 cordes, dans la clé d’origine, comme si la musique avait été composée pour l’instrument qu’il pratique.
Marcello Gonçalves a passé une année à travailler sur ce répertoire. La clarinette était le premier instrument de Moacir Santos et le guitariste imaginait que ces compositions si belles à la guitare seraient magnifiées par la clarinette d’Anat Cohen qu’il connaissait depuis longtemps. Aussi quand Anat Cohen a visité le Brésil, il lui a proposé de prendre connaissance des arrangements sur lesquels il travaillait dans la perspective d’un travail conjoint. La clarinettiste a accepté et lui a proposé de se rencontrer directement dans un studio d’enregistrement et … l’album est né.
Coproduit par les deux interprètes, l’enregistrement studio de « Outra Coisa » s’est déroulé en deux jours en janvier 2016 à Rio de Janeiro puis a été mixé en juillet 2016 aux Battery Studios par Mark Wilder. Les arrangements de Marcello Gonçalves écrits pour leur duo apportent une grande fraîcheur aux compositions de Moacir Santos.
Sur l’album « Outra Coisa » le duo reprend les coisa 01, 05, 06, 09 et 10 du disque de 1965, « Coisa » de Moacir Santos. On a particulièrement apprécié le titre Coisa No. 1.
On est aussi tombé sous le charme du titre Amphibious présent sur le disque « Saudade » gravé en 1974 par Moacir Santos. Il ouvre l’album et laisse augurer du climat de l’opus. La clarinette teinte d’une tendre mélancolie la samba Maracatucute que le compositeur avait gravé en 2011 sur l’album « Ouro Negro ». C’est sur ce même album que figurait Mãe Iracema dont la mélodie est ici servie par le talent inouï des deux artistes. Le titre Coisa n°10 restitue comme la coisa d’ouverture l’extrême entente musicale des deux instrumentistes à l’inspiration inépuisable.
Anat Cohen et Marcello Gonçalves ont gravé un album où règnent de bout en bout virtuosité, sensibilité et légèreté. Les deux musiciens accueillent avec générosité l’auditeur dans un monde enchanteur qu’il est difficile de quitter sans conserver le sourire et le souvenir d’un moment qui frise l’absolue perfection musicale et esthétique.
Nominée aux JJA Jazz Awards 2017 dans la catégorie « Clarinetist of the Year » & « Multi-reeds Player of the Year », la clarinettiste Anat Cohen participe avec ces deux albums à redonner une fois encore ses lettres de noblesses à la musique brésilienne à travers une pratique totalement maîtrisée de la clarinette jazz. Pour en savoir plus encore sur la clarinettiste, une visite s’impose sur le site d’Anat Cohen
Anat Cohen sera en concert à 21h30 le 03 juillet 2017 au New Morning dans le cadre du Festival « All Stars » et d’une soirée plus précisément intitulée « Woman to Woman » où les Superwomen du Jazz prennent le pouvoir.
Ce soir-là un orchestre 100% féminin sera sur scène réunissant Renee Rosnes (direction, piano), Cécile Mclorin Salvant (voix), Anat Cohen (clarinette), Melissa Aldana (saxophone), Ingrid Jensen (trompette), Noriko Ueda (contrebasse), Sylvia Cuenca (batterie).
Storyville Records
Stracho Temelkovski signe « The Sound Braka »
Le multi-instrumentiste, improvisateur et beatboxer, Stracho Temelkovski signe son premier album « The Sound Braka ». Aux confluences du jazz, des musiques improvisées et des musiques du monde, l’album réunit autour du leader ses « frères de son ». Des formations à géométrie variable proposent des musiques issues des cultures populaires orales et des musiques savantes. Entre ambiances festives et hypnotiques se crée une alchimie naturelle. Un univers musical aux accents universels où les rythmes frénétiques des Balkans croisent des poésies jazzy. Un album singulier chargé d’humanité.
Le Deal présente « Jazz Traficantes »
Quatre musiciens en séjour à New York se regroupent sous le vocable Le Deal. Dans le mythique studio de Rudy Van Gelder, Florian Pellissier, Yoann Loustalot, Théo Girard et Malick Koly enregistrent les sept plages de « Jazz Traficantes ». Du trafic musical des quatre contrebandiers émerge une musique au climat nocturne où poésie et énergie croisent le fer. Attention… musique addictive !
Comme on a déjà eu l’occasion de l’écrire dans la présentation de la
Le 02 mai 2017, les Nuits de Fourvière organisent une rencontre et un showcase de Titi Robin à la librairie
Loin des musiques « dominantes anglo-saxonnes » (commercialement parlant) que sont le blues, le rock et le jazz et bien avant que n’existe le courant de la World Music et de ses aléas commerciaux, Titi Robin a forgé son propre langage auprès des communautés gitanes et orientales, mêlées à son environnement. Son approche musicale s’inspire de ces musiques traditionnelles orientales. Il joue « avec eux sans les imiter ». Titi Robin déclare que « les musique orientales, celle qui partent du sud de l’Europe, englobent la méditerranée et vont jusqu’au nord de l’Inde ont des lignes de force liées à l’histoire, avec des échanges au niveau de la musique mais aussi de la poésie, de la philosophie. Même si cela ne correspond pas aujourd’hui à une réalité géopolitique, pour moi le bassin méditerranéen, les Balkans et à travers l’Asie centrale jusqu’au Nord de l’Inde, aujourd’hui je trouve toujours des musiciens qui comprennent ma façon de jouer dans ces lieux-là. Même si les musiques sont différentes, on a une même logique de langage, ce qui n’est pas le cas avec le courant anglo-saxon, ce pour des raisons musicologiques. En effet, ma musique est plus modale alors que le jazz et le rock sont des musiques harmoniques ». Pour lui « un langage n’est jamais séparé d’une certaine philosophie, d’une manière de voir le monde et celle de ces musiques, me correspondent ».
A Fourvière le 05 juillet, « Rebel Diwana » est un jalon important dans le parcours de Titi Robin qui déclare : « Tazeri », mon dernier disque est le vingtième. Vingt albums, cela constitue une œuvre cohérente et je pense avoir exprimé ce que j’ai voulu dire. Il y a sans doute encore des malentendus mais aujourd’hui je peux aller plus loin. Sans faire de concession par rapport à mon langage je peux utiliser des instruments qui font partie de la musique dominante. Ainsi je prends une guitare électrique, je profite à plein du volume, de sa rugosité, des effets de distorsion, de l’épaisseur, du grain mais j’utilise les mêmes modes pour mes impros. »
Sur ce quatrième et ultime opus « Europa Oslo » (ONJ/L’Autre Distribution) sorti le 28 avril 2017, le directeur musical de l’ONJ, Olivier Benoit propose son nouveau programme créé en résidence à l’Académie norvégienne de musique d’Oslo, en décembre 2016. Pour ce faire il a associé deux artistes pour offrir un autre répertoire à la magnifique machine qu’est devenu l’ONJ. Le poète osloïte Hans Petter Blad auteur des textes de l’album et la comédienne Maria Laura Baccarini.
Avec l’arrivée de la nouvelle directrice, Aline Sam-Gio, se poursuit le partenariat engagé avec succès par Jean-Marc Bador avec l’équipe de « Jazz à Vienne ». On se réjouit que le dialogue artistique continue entre l’AOL (Auditorium Orchestre National de Lyon) et « Jazz à Vienne ».
C’est le 15 novembre 1976 un lundi soir au Théâtre de l’Union de l’Université de Madison du Wisconsin. Bill Evans est au piano, Eddie Gomez tient la contrebasse et Elliot Zigmund la batterie. Le concert est brillant … en tout cas c’est ce que l’on ressent quarante et unes années plus tard à l’écoute de cet album inédit, « On a Monday Evening » (Concord/Universal).
« Label ECM-Focus8 » se penche sur « Cross My Palm With Silver », le deuxième opus du trompettiste Avishai Cohen paru le 05 mai 2017 chez ECM après « Into the Silence » paru sous le même label en 2016. Des cinq nouvelles compositions du trompettiste gravées sur cet opus se dégage un climat émotionnel poignant.
ur « Horizons » le troisième épisode discographique de l’aventure engagée avec son quartet, un album où les surprises se suivent et ne se ressemblent pas
Après le disque « Bayati » gravé en 2014 avec Ari Hoenig et Nathan Peck, Shahin Novrasli présente à quarante ans son deuxième album, « Emanation » (Jazz Village/[Pias]), sorti le 07 avril 2017. On découvre une musique riche et inspirée, imprégnée de la rigueur du classique tout autant que de la tradition azérie et ponctuée d’improvisations étourdissantes.
Paolo Fresu se produit avec son complice de longue date,
le pianiste Diederik Wissels. Le répertoire de la soirée permet au public d’apprécier les talents des deux musiciens qui présentent une alternance d’anciens morceaux et de nouvelles propositions que découvre le pianiste à cette occasion. Si le concert débute par deux thèmes plutôt teintés jazz, il se poursuit avec Ave donna sanctissima et Laude novella, deux titres proposés par le trompettiste et tirés du répertoire que chantaient les pèlerins d’Italie aux alentours des années 1200 sur le chemin de Compostelle.
D’abord Fellini, un thème de 16 mesures composé dans le train de Bologne à Florence par Paolo Fresu en l’hommage au grand cinéaste. Il en profite pour faire l’éloge de « la lentesse », de cette époque (années 90) où le trajet entre les deux villes durait 1h25 et non 25 minutes comme aujourd’hui. Il loue les bienfaits de cette lenteur qui permet réflexion et création. A la toute fin du morceau, le micro de la trompette posée dans le corps du piano réverbère les harmoniques des cordes durant le superbe chorus du pianiste. Le troisième rappel reprend une chanson italienne de 1962 que chantait Mina, Le tue mani. Accompagné par un pianiste très sobre, le trompettiste gratifie la salle d’une interprétation acoustique très appréciée. Entre jazz, humour et musique sacrée la soirée a tenu toutes ses promesses.
e après avoir descendu les escaliers de l’auditorium pour gagner la scène tout en jouant et en chantant un miserere. Le concert débute avec le quatuor et le duo. Clavier électrique pour le pianiste et nappes de son du bugle, le son des cordes enfle. Après le premier morceau, les chanteurs vêtus de costumes de velours noir quittent leurs chaises et se rejoignent en rond autour du micro, le bugle souffle et donne le départ au chant des cinq hommes. L’effet de ces cinq voix qui n’ont font qu’une est saisissant. Fragilité et simplicité d’un miserere qui restitue pourtant la puissance et la cohésion du chœur.