Europa Oslo, dernier album de l’ONJ dirigé par Olivier Benoit

Europa Oslo, dernier album de l’ONJ dirigé par Olivier Benoit

Passionnant et magnétique

Olivier Benoit et l’ONJ terminent leur tour d’Europe. Après Paris, Berlin et Rome, le projet Europa gagne Oslo. « Europa Oslo » dresse le portrait musical de la Norvège. La musique se renouvelle et fait alterner les climats. Une partition opératique passionnante.

Sur ce quatrième et ultime opus « Europa Oslo » (ONJ/L’Autre Distribution) sorti le 28 avril 2017, le directeur musical de l’ONJ, Olivier Benoit propose son nouveau programme créé en résidence à l’Académie norvégienne de musique d’Oslo, en décembre 2016. Pour ce faire il a associé deux artistes pour offrir un autre répertoire à la magnifique machine qu’est devenu l’ONJ. Le poète osloïte Hans Petter Blad auteur des textes de l’album et la comédienne Maria Laura Baccarini

Hans Petter Blad a traduit lui-même en anglais certains de ses textes réalistes qui résonnent avec les musiques d’Olivier Benoit. Connue dans le monde du jazz pour son travail auprès de Régis Huby  la comédienne Maria Laura Baccarini se fait chanteuse ou récitante avec l’ONJ et sa voix fascinante est un élément majeur sur cet album qu’elle habite littéralement.

Sur « Europa Oslo », l’ONJ d’Olivier Benoit donne à entendre son unité, sa cohérence sur soixante neuf minutes d’une musique singulière dont les richesses se dévoilent à chaque nouvelle mesure. Si la photo de couverture pourrait laisser augurer d’une musique plutôt froide, il n’en est rien, loin de là. Il s’agit d’une suite orchestrale qui prend les couleurs d’une forêt musicale bruissant de mille sonorités et de tout autant de nuances. Rythmique souple ou pulsatile, frottements gracieux ou grincements féroces des cordes, turbulences ou grâce des soufflants, voix qui passe du murmure au cri, sonorités fiévreuses et énergiques ou bruitisme inquiétant.

Avant de continuer plus avant à évoquer la musique de ce onzième Orchestre National de Jazz, il est bon de rappeler sa composition et de signaler que le directeur, Olivier Benoit, les a choisis après un appel à candidatures. Lui-même tient la guitare. Il est entouré de Maria Laura Baccarini (voix), Jean Dousteyssier (clarinettes), Alexandra Grimal (saxophone ténor), Hugues Mayot (saxophone alto), Fidel Fourneyron (trombone), Fabrice Martinez (trompette, bugle), Théo Ceccaldi (violon), Sophie Agnel (piano), Paul Brousseau (Fender Rhodes, synthétiseur basse), Sylvain Daniel (basse électrique) et Eric Echampard (batterie, électronique).

Le nuancier de la musique de l‘ONJ « Europa Oslo » est d’une richesse inouïe. La musique explose ou murmure. Elle porte à la rêverie ou évoque la révolte. On est surpris autant qu’enchanté. On apprécie les moments suspendus portés par la voix limpide et souple de Maria Laura Baccarini, les notes perlées de Sophie Agnel, les tumultueux emballements menés par la basse rugueuse de Sylvain Daniel et la batterie énergique d’Eric Echampard. L’orchestre tout entier rejoint les rythmiciens pour faire pulser un groove tellurique et fascinant.

Même s’il s’agit de la musique d’un orchestre devenu une véritable entité, les solistes ne sont pas en reste. Le saxophone d’Alexandra Grimal psalmodie sur Sense That You BreathePaul Brousseau fait exploser ses claviers électriques sur Ear Against The Wall porté par l’énergie pulsatile d’un Eric Echampard inépuisable. Sur Intimacy, la guitare d’Olivier Benoit se fait lyrique et il se déchaîne tel un rocker infatiguable comme pour s’élever au niveau du chant. Le saxophone alto de Hugues Mayot éclabousse A Sculpture Out Of Tune de ses spirales ascensionnelles qui rivalisent avec la voix de Marie-Laura Baccarini. Le trombone de Fidel Fourneyron donne le tempo et des couleurs à la fête sur An Immoveable Feast. La trompette de Fabrice Martinez prend son envol avec insolence sur Det Har Ingenting Å Gjøre soutenu par la guitare et l’orchestre tout entier.

Si la musique de cet album s’abreuve aux sources du jazz, du rock progressif et de la musique répétitive, elle résulte surtout du travail d’un directeur qui a su offrir l’espace nécessaire aux musiciens pour que l’ONJ devienne vraiment un groupe et sonne comme jamais encore l’ONJ ne l’avait fait et pourtant on a connu de beaux moments sous la conduite des précédents directeurs depuis 1986 qui a vu la naissance de cet Orchestre National de Jazz. 

Écouter « Europa Oslo » constitue une expérience qui dépasse largement la notion du simple plaisir. On ressent des moments d’intenses vibrations. On se laisse envahir par des émotions très fortes. On frissonne et on se sent transporté sur les cinq dernières minutes de « Pleasures Unknown », le titre bonus de l’album. C’est absolument bouleversant. On regrette vraiment que l’ONJ ne soit pas plus largement accueilli sur les scènes françaises. On envie les veinards qui pourront écouter ce répertoire avant juin 2018 et pourront ainsi vivre live des moments de bonheur musical intense.

« Europa Oslo ». La musique pulse et respire, vibre et s’envole, surprend et se réinvente de plage en plage. Chaque morceau permet à l’orchestre de faire résonner son propre vocabulaire pour écrire un langage qui n’a cesse de se renouveler. Avec l’énergie inventive d’un collectif innovant, l’ONJ explore tous les univers. Il élabore des instants poétiques mais génère des moments énergiques à la rythmique entêtante et tellurique.

Le Deal présente « Jazz Traficantes »

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Saison 2020/21 pour l’Auditorium de Lyon & Jazz à Vienne

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Opéra Underground – RV d’octobre à décembre 2020

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Saison 2017/18 à l’Auditorium de Lyon

Saison 2017/18 à l’Auditorium de Lyon

Entre Jazz, Rock & Chanson Française

La Saison 2017/18 à l’Auditorium de Lyon propose cinq concerts de jazz et élargit le paysage en direction du rock et de la chanson française. La nouvelle a de quoi ravir tous les amateurs de jazz et de musique en général car la teneur du programme est de haute volée.

Avec l’arrivée de la nouvelle directrice, Aline Sam-Gio, se poursuit le partenariat engagé avec succès par Jean-Marc Bador avec l’équipe de « Jazz à Vienne ». On se réjouit que le dialogue artistique continue entre l’AOL (Auditorium Orchestre National de Lyon) et « Jazz à Vienne ».

En effet, l’année 2016/17 a été riche en spectacles de jazz et de musiques du monde qui ont rallié des publics variés et enthousiastes, y compris le jeune public avec l’Amazing Keystone Big Band. Au regard de la proposition récemment dévoilée par l’Auditorium, la Saison 2017/18 à l’Auditorium de Lyon se profile comme un grand cru « Jazz, Rock & Chanson Française ».

La programmation à venir stimule les envies et fait naître la curiosité. Des valeurs sûres avec la venue de la chanteuse Dianne Reeves et le duo des complices Chick Corea et Steve Gadd. L’engagement des musiciens de l’ONL auprès des grandes stars du jazz que sont les frères Belmondo et Jacky Terrasson et le pianiste cubain Roberto Fonseca. L’offre audacieuse de faire groover l’orgue de l’Auditorium avec le Trio Rock The Organ. La proposition d’un concert participatif de Gospel. La mise en lumière de la musique de Barbara, 20 ans après sa disparition.

  • En 2017, quatre spectacles.

Le 28 septembre 2017 à 20h, une coproduction avec Jazz à Vienne réunit l’ONL conduit par Christophe Larrieu et Lionel Belmondo (saxophone, composition et arrangements), Stéphane Belmondo (trompette bugle), Jacky Terrasson (piano) accompagnés de Thomas Bramerie (contrebasse) et Simon Goubert (batterie). Ils honorent « Ravel et le Jazz ». Lionel Belmondo a arrangé un répertoire comportant des œuvres de Satie, Debussy et Ravel. Cette soirée met en évidence la modernité de Ravel.

Le 24 octobre 2017 à 20h, une coproduction avec Jazz à Vienne et Rhino Jazz(s) Festival présente la divine chanteuse, Dianne Reeves. Celle qui a conquis depuis 1987 tous les publics devant lesquels elle s’est exprimée, celle qui a été récompensée de cinq Grammys se présente avec le guitariste brésilien Romero Lubambo avec qui elle a engagé une collaboration fructueuse depuis déjà longtemps. A leurs côtés se produisent  Reginald Veal (contrebasse), Peter Martin (claviers) et Terreon Gully (batterie). La promesse d’une soirée où riment élégance et performance.

Le 27 octobre 2017 à 20h, hommage est rendu à la musique de Barbara, la grande chanteuse, auteure et compositrice disparue en 1997. Pour cette occasion le pianiste classique Alexandre Tharaud, à la carrière internationale, retrouve la comédienne Juliette Binoche pour mettre en lumière à la fois les mots et la musique de la Dame en noir à laquelle les deux artistes sont très attachés. Un propos minimaliste mais sans doute beaucoup d’émotion.

Le 19 novembre 2017 à 16h une coproduction avec Jazz à Vienne réunit sur scène deux monstres de la scène jazz, le pianiste Chick Corea et le batteur Steve Gadd. Les deux musiciens se sont retrouvés en 2016 à New-York après s’être croisés en 1969, 1977 et 1981. Ils présentent sur les scènes internationales un spectacle prometteur qui réunit autour d’eux des artistes dont les prestations ne cessent de faire l’unanimité : le guitariste Lionel Loueke, le saxophoniste et flutiste Steve Wilson, le bassiste Carlitos Del Puerto et le percussionniste Luisito Quintero. Pas de doute, la soirée sera tonique et festive.

  • En 2018, trois spectacles.

Le 26 mars 2018 à 20h, une nouvelle coproduction avec Jazz à Vienne présente Roberto Fonseca. Étoile incontestable du jazz cubain le pianiste vient en quartet sur la scène de l’Auditorium. Accompagné d’un trio 100% latino composé de Ramsès « Dynamite » Rodriguez (batterie), Adel González (percussions), Yandy Martinez Rodriguez (basse), le musicien va aussi se produire sur quelques morceaux accompagné par les cordes de l’ONL. La soirée promet de belles couleurs rythmiques et des envolées lyriques.

Le 12 avril 2018 à 20h et le 14 avril à 18h, en partenariat avec Jazz à Vienne, place à de dynamiques Concerts Participatifs autour d’œuvres célèbres de Gospel. Ces deux concerts prolongent le succès incroyable de Sweet Witness à l’Auditorium en janvier 2017. Les chanteurs reviennent donc avec l’ONL et des choristes de la région lyonnaise sous la direction de Pascal Horecka. Deux soirées magiques entre fête et exaltation.

Le 17 avril 2018 à 20h, le rock progressif investit l’orgue de l’Auditorium avec des musiques de Pink Floyd, Zappa, Metheny, Emerson Lake & Palmer et King Crimson. L’organiste Yves Rechsteiner est fasciné par la musique de Zappa et constitue le Trio Rock The Organ avec un percussionniste, Henri-Charles Caget et un guitariste électrique, Fred Maurin tous deux issus du monde du jazz. Ensemble ils ont élargi leur exploration du rock de Zappa aux univers d’autres groupes et musiciens fameux. L’assurance d’une soirée insolite.

Certes la rentrée de septembre 2017 peut paraître lointaine en ce mois de mai mais le temps passe vite. Pour anticiper et caler les agendas, une consultation du site de l’Auditorium de Lyon permet d’avoir plus de détails sur l’ensemble de cette « Programmation Jazz, Rock & Chanson Française ».

On gage que les spectateurs se mobiliseront nombreux sur les spectacles de la saison jazz 2017/18 et donneront encore une fois raison à l’AOL qui manifeste au fil des ans un réel souci de diversification des offres musicales et d’ouverture en direction de publics variés.

Le Deal présente « Jazz Traficantes »

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« On a Monday Evening », concert inédit de Bill Evans

« On a Monday Evening », concert inédit de Bill Evans

L’univers evansien retrouvé

Le label Concord propose un concert inédit du pianiste américain Bill Evans, enregistré le lundi 15 novembre1976 au Madison Union Theater de l’Université du Wisconsin, en trio avec le bassiste Eddie Gomez et le batteur Eliot Zigmund. « On a Monday Evening », un album précieux.

C’est le 15 novembre 1976 un lundi soir au Théâtre de l’Union de l’Université de Madison du Wisconsin. Bill Evans est au piano, Eddie Gomez tient la contrebasse et Elliot Zigmund la batterie. Le concert est brillant … en tout cas c’est ce que l’on ressent quarante et unes années plus tard à l’écoute de cet album inédit, « On a Monday Evening » (Concord/Universal).

Certes depuis le décès de Bill Evans en 1980, sa discographie impressionnante ne cesse de s’épaissir s’enrichissant d’inédits en provenance des Etats-Unis, du Japon ou d’Europe mais tous les albums ne présentent pas un intérêt essentiel. Récemment on a eu l’occasion d’écouter « The Bill Evans Album » (Columbia/Sony) une réédition d’une session enregistrée en 1971 avec le même Eddie Gomez à la contrebasse et Marty Morell à la batterie. Le propos n’est pas enthousiasmant même si tous les titres enregistrés sont très bien interprétés (uniquement des compositions du pianiste). Pas de réelle magie. Ce n’est pas le cas pour ce qui concerne « On a Monday Evening » jamais publié, ni même piraté et enregistré live avec l’un des meilleurs trios de la fin de carrière de Bill Evans.

Après avoir interviewé Bill Evans pour la station de radio du College, Larry Goldberg et James Fraber parviennent à utiliser l’appareil de contrôle de la station et enregistrent le concert qu’ils conservent précieusement pour la postérité. Remastérisé à partir des bandes analogiques originales via l’utilisation des techniques les plus récentes de restauration, les enregistrements proposés sur « On A Monday Evening » présentent un excellent concert de jazz donné un certain 15 novembre 1976 par un Bill Evans au sommet de son art.

En effet, la musique du trio de Bill Evans entouré du bassiste Eddie Gomez et du batteur Eliot Zigmund témoigne de la force de l’art evansien à un moment charnière de sa carrière. Il s’agit d’un concert tonique un peu différent de ces moments introspectifs que le pianiste avait coutume d’offrir aux spectateurs. Comme à son habitude, le pianiste interprète des morceaux qui lui sont familiers. Huit titres dont trois de ses compositions personnelles, Sugar Plum, T.T.T. (Twelve Tone Tune), Time Remembered et des standards qu’il ré-interprète inlassablement tout au long de sa carrière comme, All of You ou  Someday My Prince Will Come.

« On a Monday Evening ». La qualité sonore est remarquable et sans les applaudissements, on oublierait presque qu’il s’agit d’une prise live.  La performance musicale du trio est éclatante de bout en bout. On constate combien chacun des musiciens s’exprime librement au sein de ce trio. On retrouve les subtilités mélodiques, le discours harmonique très développé du pianiste et son jeu quasiment polyphonique. Il ne s’agit pas du Bill Evans méditatif et introspectif qu’il nous est souvent donné d’écouter mais d’un Bill Evans au jeu intense, lyrique, souple mais toujours subtil et raffiné.

Un titre du répertoire allège la dimension tonique de l’album. Il s’agit du magnifique morceau Minha (All Mine) que Bill Evans interprète avec une grâce rare, comme en apesanteur. La contrebasse et la batterie servent avec délicatesse et légèreté le propos du pianiste. Bill Evans joue rubato comme les pianistes romantiques le font. Le climat devient impressionniste. Un délicieux moment de rêverie.

A l’écoute de l’album « On a Monday Evening » on perçoit aussi une des caractéristiques introduites par Bill Evans dans le jeu du trio. Celui qui consiste à favoriser l’expression de chacun des musiciens, ce qu’on nomme l’interplay ou jeu interactif. Si la profondeur harmonique de l’accompagnement d’Eddie Gomez est indéniablement perceptible on apprécie surtout de pouvoir écouter ses brillants chorus à l’archet sur All of You par exemple et ses improvisations volubiles, rapides et très déliées sur le manche de la contrebasse lors de ses échanges soutenus avec le pianiste comme sur T.T.T. Le batteur Zigmund Eliot vient tout juste d’intégrer le trio de Bill Evans et restera avec lui jusqu’en 1979. Son accompagnement subtil cède le pas à des frappes pêchues et inspirées dès qu’il lui est donné d’intervenir lors des échanges 4/4 ou des improvisations.

Cet album « On a Monday Evening » (Concord/Universal) vient enrichir l’héritage discographique de Bill Evans, ce pianiste devenu une référence, un modèle pour des générations de pianistes, celui qui possède l’art de sublimer la mélodie, celui qui a « créé » une esthétique particulière et a renouvelé l’art du trio. Bill Evans a en effet sorti la batterie et la contrebasse de leur rôle d’accompagnateur et a ainsi renouvelé la formule du trio jazz moderne piano/contrebasse/batterie.

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Bill Evans – « Mini Mémo »

Intense et subtil, lyrique et raffiné, méditatif et poignant

Williams, John, Bill Evans

16/08/1929 à Plainfield, New Jersey-USA - 15/09/1980 à New-York-USA

Pianiste et compositeur de jazz, Bill Evans représente toujours une référence majeure dans l’art du piano qu’il a transformé. Créateur d’une esthétique singulière qui sublime la mélodie, il pratique un discours harmonique très développé et emploie dans son jeu des subtilités rythmiques inouïes. Il a aussi bouleversé l’art du trio piano-contrebasse-batterie. Après lui, la contrebasse et la batterie sont élevées en place de solistes et ont toute latitude à dialoguer avec le piano.

Né dans une famille mélomane, le jeune Bill Evans commence l’apprentissage du piano à l’âge de 6 ans après s’être essayé au violon et la flûte. Il s’intéresse au jazz à travers les musiques de Nat King Cole puis Bud Powell et Lenny Tristano. Après avoir obtenu en 1950 son diplôme de fin d’études au Southern Louisiana College d’Hammond, il est engagé dans l’orchestre du saxophoniste Herbie Fields avant d’être mobilisé durant trois ans dans l’armée. Après sa démobilisation en 1954, il poursuit sa carrière de jazzman et travaille au sein de divers orchestres de danse et de petits clubs de New-York jusqu’en 1955 où il est repéré et engagé par George Russell avec qui il enregistre. Il travaille aussi avec Tony Scott.

En 1956 il constitue son premier trio avec Teddy Kotick (contrebasse) et Paul Motian (batterie) et réalise son premier disque en tant que leader, « New Jazz Conceptions » (Riverside) où apparaît déjà son identité harmonique. Il commence à être sollicité par les jazzmen et travaille avec Tony Scott, Helen Merrill ou Charles Mingus où le trompettiste et compositeur Miles Davis le remarque et fait appel à lui.

En 1958 il fait partie du sextet régulier de Miles Davis, entre avec lui en studio et participe à l’enregistrement de « Basic Miles » puis du fameux album « Kind df Blue » en 1959. Il continue de travailler en sideman jusqu’en 1963 auprès de nombreux leaders comme le saxophoniste Cannonball Adderley, le batteur Philly Joe Jones, le trompettiste Chet Baker, le saxophoniste Lee Konitz et même avec Michel Legrand.

En 1959, c’est la naissance du trio mythique avec Paul Motian et le jeune contrebassiste Scott LaFaro. Dans ce trio il commence aussi à forger son esthétique. C’est aussi au sein de ce trio que se développe ce qui va caractériser la nouvelle dynamique du trio piano-contrebasse-batterie induite par Bill Evans et qui se nomme l’interplay. Cela authentifie un nouveau statut à la batterie et à la contrebasse qui quittent leur statut d’accompagnateurs et deviennent des solistes à part entière. Ainsi les trois instruments, piano, contrebasse, batterie, échangent de façon « démocratique » et les morceaux donnent lieu à des échanges stimulants. Des enregistrements fameux témoignent de l’entente qui règne entre ces trois musiciens.

En 1961, Scott LaFaro décède dans un accident de la route ce qui va affecter Bill Evans. Aux côtés du pianiste vont se succéder plusieurs contrebassistes mais il parvient à retrouver une belle entente avec Chuck Israels et Paul Motian toujours présent. ce dernier le quitte en 1964 à la suite de quoi plusieurs batteurs se succéderont auprès de Bill Evans dont Larry Bunker, Arnold Wise, Philly Lee Jones et Jack DeJohnette.C’est la période durant laquelle le pianiste questionne la formule du trio jusqu’au départ de Chuck Israels en 1966.

Il faut attendre que les routes du pianiste croisent celles du contrebassiste Eddie Gomez (en 1966) et du batteur Marty Morell (1968) pour que Bill Evans reconstitue un autre trio avec lequel il va tourner de 1968 à 1974. De 1975 à 1979 c’est Eliot Zigmund qui prend place derrière les fûts. En 1979, Bill Evans constitue son dernier trio régulier avec le contrebassiste Marc Johnson et le batteur Joe Labarbera. Avec eux point d’enregistrement en studio mais des live fabuleux dont beaucoup sortiront après sa mort qui survient en le 15 septembre 1980.

Toujours en quête de perfection, Bill Evans a exploré les même thèmes tout au long de sa vie jusqu’à sublimer littéralement les mélodies de ses propres compositions ou des standards choisis. Bill Evans a particulièrement apprécié les rythmes à trois temps (comme en témoigne sa fameuse Waltz for Debbie) qui convient tout à fait à son phrasé où alternent retenue et dynamique.

Chez Bill Evans la main gauche déchargée de son rôle rythmique lui permet de développer un discours harmonique extrême par le biais de renversements d’accords. Il s’exprime en de longues phrases limpides où il pratique l’art de la nuance. Il conserve en effet un jeu tout en pondération quel que soit le tempo et la force de son jeu, son toucher conserve la douceur même dans les forte. Bill Evans est coutumier de subtilités rythmiques qui restituent les effets du fameux rubato des pianistes romantiques chez qui le changement de tempo insuffle tant de sensibilité à la musique.

L’art unique de Bill Evans continue à inspirer les pianistes et on ne se lasse pas d’écouter sa musique qui demeure d’une modernité étonnante.

Une sélection de nos disques préférés

  • « Bill Evans Trio - Portrait In Jazz » (Riverside), 1959, avec Scott LaFaro et Paul Motian
  • « Sunday at the Village Vanguard » (Riverside), 1961, avec Scott LaFaro et Paul Motian
  • « The Bill Evans Trio - Moon Beams » (Riverside), 1962, avec Chuck Israels et Paul Motian
  • « Alone » (Verve), 1968, Bill Evans piano solo
  • « On a Monday Evening » (Concord), 1976, sorti en 2017, avec Eddie Gomez  et Eliot Zigmund
  • « Affinity » (Warner Bross Records), 1978, avec M. Johnson, E. Zigmund, T Thielemans et L. Schneider
  • « His Las Concert in Germany » (West Wind Records), 1980, sorti en 1980, avec M. Johnson et J. La Barbera

Références de lecture

  • Bill Evans, Alain Gerber, Éditions Fayard, 2001, 360p. Préface de Pierre Bouteiller
  • Bill Evans - Portrait de l’artiste au piano, Enrico Pieranunzi, 2014, 157p, Éditions Rouge Profond
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Label ECM-Focus8-Mai 2017 – Avishai Cohen

Label ECM-Focus8-Mai 2017 – Avishai Cohen

« Cross My Palm With Silver », méditation entre silence et gravité

« Label ECM-Focus8 » continue l’exploration du label ECM et de son identité singulière. Le 05 mai 2017 ECM propose « Cross My Palm With Silver » du trompettiste Avishai Cohen. Le quartet magnifie les nouvelles compositions.

« Label ECM-Focus8 » se penche sur « Cross My Palm With Silver », le deuxième opus du trompettiste Avishai Cohen paru le 05 mai 2017 chez ECM après « Into the Silence » paru sous le même label en 2016. Des cinq nouvelles compositions du trompettiste gravées sur cet opus se dégage un climat émotionnel poignant.

L’émotion ressentie à l’écoute de cet album tient autant au propos musical qu’au contexte qui a motivé l’écriture de l’album chez le trompettiste. Si l’album « Into the Silence » faisait suite à un deuil personnel du trompettiste (la perte de son père), cette fois Avishai Cohen se penche sur la situation politique et humaine qui affecte la scène internationale, les guerres qui touchent le Moyen-Orient mais aussi la violence qui affecte le monde.

Impuissant devant le climat politique qui règne au Moyen-Orient, Avishai Cohen, comme l’ont fait d’autres jazzmen avant lui (Mingus, Max Roach), utilise les titres de ses compositions pour pointer les injustices. Sans doute le titre de l’album qui signifie « graisser la patte », constitue-t-il une adresse vis à vis d’un destinataire que l’on n’identifie pas clairement. A travers « Cross My Palm With Silver », le compositeur exprime la volonté de participer à son humble mesure à apaiser le monde. De facto la musique parle pour le compositeur et l’on peut affirmer que les quatre interprètes portent haut sa parole.

De son album précédent, Avishai Cohen a conservé deux de ses partenaires, le batteur Nasheet Waits avec qui il travaille depuis plus de dix ans et le pianiste Yonathan Avishai, « son frère musical » avec qui il a joué la musique d’Ornette Coleman mais aussi les standards de Gershwin et d’Ellington. A la contrebasse, Eric Revis est remplacé par Barak Mori qu’il connaît depuis l’école secondaire et que l’on a récemment écouté aux côtés de Madeleine Peyroux (en 2016 sur « Secular Hymns »). Le trompettiste déclare que « l’association de tous ces musiciens constitue vraiment (s)a dream team ». Il est vrai qu’à l’écoute de l’album, on perçoit chez eux un sens naturel pour l’improvisation et une aptitude pour entrer en synergie avec le trompettiste.

« Cross My Palm With Silver ». La musique frappe par sa fluidité, par sa gravité et par le lyrisme du trompettiste. La dynamique musicale est faite de contrastes et les climats alternent. Moments méditatifs porteurs d’intense gravité où le silence prend sa part à l’expression et la densifie. Instants musicalement plus denses où s’élèvent les spirales ascensionnelles de la trompette. La connivence des interprètes est perceptible à travers la légèreté et la subtilité des échanges. La section rythmique prodigue au trompettiste un soutien dont la texture à la fois souple et fine favorise ses envolées lyriques ou ses réflexions méditatives.

En cinq titres tout est joué, tout est dit. L’album ouvre avec Will I Die, Miss? Will I Die? Le titre de la composition reprend la question posée par un jeune garçon syrien angoissé au personnel qui l’a secouru après une attaque au gaz toxique en Syrie. Sur des accords lancinants et réitératifs posés doucement par le piano, Avishai Cohen embouche la trompette bouchée pendant que le batteur caresse ses cymbales et que le son boisé de la contrebasse les soutient. Le tempo s’accélère, les échanges se densifient. De la trompette s’élève ensuite une improvisation magistrale où Avisahi Cohen se fait plus mélodique et plus lyrique encore.

D’une manière hésitante, le pianiste et le trompettiste ouvrent le Theme for Jimmy Greene. Sur cette ode apaisée, la trompette fait monter le niveau d’intensité dramatique pour terminer en un apaisement réflexif. Ce thème dédiée au saxophoniste Jimmy Greene fait écho au très bel album « Beautiful Life » que le saxophoniste a gravé en 2014 en hommage à sa fille Ana Grace tuée à 6 ans lors de la tuerie perpétrée en 2012 à l’école Sandy Hook.

340 down témoigne de la complicité extrême qui existe entre le trompettiste et le batteur. Des phrases de trompette obsédante soutenue par des frappes discrètes du batteur. Brève intervention du bassiste qui laisse se densifier le dialogue entre le trompettiste et le batteur qui croisent leurs phrases et dessinent un tissu musical à la trame d’une légèreté étonnante.

Shoot Me in The Leg commence par une litanie interrogative du pianiste vite rejoint par le reste du groupe. Les quatre musiciens déroulent un fil musical qui se densifie au fil des douze minutes de sa durée jusqu’à un superbe solo envoutant dont le classicisme surprend. Le silence s’inscrit dans le discours du trompettiste qui étire et pose ses notes comme un poète peaufine ses rimes.

50 Years and Counting  clôt l’album avec un thème plus libéré de la tension dramatique qui règne tout au long des quatre autres compoitions. La forme est plus classique et le pianiste plus présent. L’expression du trompettiste se fait quant à elle encore plus libre comme portée par un optimisme certain.

« Cross My Palm With Silver » a été enregistré en trois jours, du 14 au 16 septembre 2016, aux studios La Buissonne de Pernes les Fontaines par Gérard de Haro et Nicolas Baillard et produit par Manfred Eicher. Le son de l’album contribue pour beaucoup à la force de la musique. Chaque note de chaque instrument est mise en valeur. Les graves boisés de la contrebasse accentuent à bon escient le caractère dramatique, les notes du piano se détachent avec précision comme des perles égrenées, les aigus de la trompette se détachent du tissu musical et s’élèvent en spirales ascendantes d’une légèreté précieuse, le son des cymbales est rutilant. Avec quelquefois un soupçon d’écho, mais juste à bon escient.

Cet album s’inscrit tout à fait dans l’esthétique ECM si chère à Manfred Eicher. Encore une fois elle doit autant à la teneur des compositions qu’à l’interprétation des musiciens et au travail d’enregistrement et de mixage des ingénieurs du son.

Le trompettiste Avishai Cohen confirme sur « Cross My Palm With Silver » la force de son discours tressé à la fois d’une virtuosité tout en retenue et d’un lyrisme plein de grâce. Le son pur de la trompette ménage toujours de grands espaces au silence lors de ses improvisations. Son articulation demeure très précise avec ou sans sourdine. Capable de nuances le trompettiste continue à peaufiner son expression tout en conservant cette capacité extrême à maîtriser à la fois la puissance et la légèreté, à exprimer beaucoup en peu de notes.

La sortie de « Cross My Palm With Silver » est suivie d’une tournée européenne avec des concerts donnés en France. Pour écouter Avishai Cohen en quartet sur scène, rendez-vous le 13 mai à la Chapelle du Méjan, à Arles, le 18 mai à la Maison de la Culture d’Amiens, le 19 mai à Paris dans le cadre du festival Jazz à Saint-Germain-des-Prés à la Maison des Océans ou encore le 20 mai à Tours au Petit Faucheux. Plus de dates et de précisions sur le site du trompettiste Avishai Cohen.

A très bientôt dans une future chronique « Label ECM-Focus9 » avec d’autres enregistrements du Label ECM.

Le Deal présente « Jazz Traficantes »

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Saison 2020/21 pour l’Auditorium de Lyon & Jazz à Vienne

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David Enhco présente « Horizons », son 3ème album en quartet

David Enhco présente « Horizons », son 3ème album en quartet

La liberté atout majeur d’un album sans concession

Sur son troisième album, « Horizons », le compositeur et trompettiste David Enhco présente son nouveau projet musical. En quartet il explore des horizons ouverts où la liberté est reine. On est à la fois captivé et étonné par cette alchimie étrange où liberté coexiste avec solennité et spontanéité avec élégance.

On ne rappelle pas ici l’inlassable engagement musical de David Enhco né dans une famille de musiciens, devenu trompettiste et très vite impliqué sur les scènes auprès de Thomas, son frère pianiste. On n’évoque pas non plus sa participation aux aventures de l’Amazing Keystone Big-Band dont il assure la co-direction avec Bastien Ballaz, Jon Boutellier et Fred Nardin, ni même son compagnonnage musical auprès de la chanteuse Cecil McLorin Salvant mais on se penche sur « Horizons » le troisième épisode discographique de l’aventure engagée avec son quartet, un album où les surprises se suivent et ne se ressemblent pas

Après « La Horde » paru en 2013 chez Cristal Records puis « Layers » sorti en 2015 sous le label Nome (fondé par les musiciens du quartet et les frères Maxime et Adrien Sanchez), David Enhco présente « Horizons » (Nome/L’Autre Distribution) enregistré en décembre 2016 aux studios La Buissonne et sorti le 28 avril 2017. Sur cet opus le trompettiste s’exprime en quartet avec ses fidèles amis, le pianiste Roberto Negro, le contrebassiste Florent Nisse et le batteur Gautier Garrigue.

Sur « Horizons », David Enhco et son groupe dessinent plus précisément encore les contours de leur identité musicale qui doit beaucoup à ce continuum fidèle que le trompettiste entretient avec ses partenaires. Cela constitue sans doute un atout essentiel qui participe à l’évolution de la musique du quartet. En effet, s’exprimer librement est d’autant plus aisé que règnent au sein du groupe confiance et respect mutuels. Ainsi les musiciens peuvent mieux dialoguer, avancer, s’aventurer, innover et créer. C’est bien sur ce collectif que se fonde cet album qui intrigue autant qu’il séduit.

Les onze titres de l’album « Horizons » dessinent un monde musical empreint de nuances qui sont autant de surprises. Couleurs et ambiances alternent au gré de l’expression des musiciens qui savent renouveler leur discours. De plage en plage, les atmosphères varient, surprennent et captivent l’attention de l’auditeur. Soutenu par le collectif très soudé, le souffle de la trompette tempête ou murmure, son chant s’élève du groupe, se brise pour mieux s’élancer et tenter une nouvelle envolée. Les horizons ouverts par cet album font vibrer les amateurs de jazz improvisé.

Les deux improvisations collectives intitulées Interludes I et II témoignent vraiment du climat de liberté qui règne sur cet album tourné clairement du côté de ce qu’il est coutumier de nommer la musique improvisée européenne. La sonorité presque davisienne de la trompette sur L’éclat disparu composé par Gauthier Garrigue n’est pas sans rappeler les inflexions d’un certain Miles sur Blue in Green de l’album « Kind of Blue ».

Sur les compositions de Roberto Negro le climat est changeant. Comme suspendu et évanescent sur le nocturne Likasi, il n’est pas sans évoquer les dissonances du monde de Kenny Wheeler ou de celui de Jon Hassel. Sur Félix B. se dessine la trajectoire aventureuse et incertaine d’une trompette funambule qui hésite sur le fil tendu entre deux horizons. Le tempo se précipite sur L’inconnu et le couple d’amoureux. La musique devient alors une toile sur laquelle la trompette projette de fulgurantes interrogations.

La plume de Florent Nisse dessine les contours d’un univers musical que Nino Rota n’aurait pas dénié. Alors qu’Interspiratio déclenche chez David Enhco une profonde mélancolie, Questions come next entraîne le trompettiste dans un monde empreint de lyrisme et l’orchestre dans un tourbillon crescendo et résolutoire qui termine l’album en beauté.

On retrouve une relative continuité formelle entre les trois compositions du trompettiste. Touches délicates des lignes brisées de Sentinelle écrit par David Enhco « en pensant à une sorte de rempart mental contre la morosité. Un rappel pour rester joyeux même dans les moments difficiles ». Rythme ralenti comme étiré sur From the Horizon qui laisse entrevoir la lumière heureuse de Silver Lining.

On regarde avec bonheur vers les « Horizons » matures ouverts par le David Enhco Quartet et on se laisse porter par la musique pleine d’espoir de Sentinelle avec le superbe solo de contrebasse de Florent Nisse…

… et pour finir on conseille la consultation du site de David Enhco.

Le David Enhco Quartet présente le répertoire de l’album « Horizons » sur scène le mercredi 31 mai à 20h au Café de la Danse à Paris. En première partie, « Flux » avec Federico Cassagrande & Florent Nisse.
Le Deal présente « Jazz Traficantes »

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Shahin Novrasli présente Emanation

Shahin Novrasli présente Emanation

A la croisée de l’Orient et de l’Occident

Shahin Novrasli présente Emanation, un album singulier. Originaire d’Azerbaïdjan, le pianiste puise son inspiration dans les musiques du Caucase, le jazz et la musique classique. Un jazz épicé, savant et élégant qui repousse les frontières musicales.

Après le disque « Bayati » gravé en 2014 avec Ari Hoenig et Nathan Peck, Shahin Novrasli présente à quarante ans son deuxième album, « Emanation » (Jazz Village/[Pias]), sorti le 07 avril 2017. On découvre une musique riche et inspirée, imprégnée de la rigueur du classique tout autant que de la tradition azérie et ponctuée d’improvisations étourdissantes.

Après avoir suivi un cursus typique de pianiste classique en Azerbaïdjan, il maîtrise les partitions de Bach, Mozart et  Rachmaninoff et se produit dès ses onze ans avec l’orchestre philharmonique d’Azerbaïdjan. Shahin Novrasli s’initie ensuite au jazz sous l’influence de Vagif Mustafa Zadeh, le père de la merveilleuse pianiste Aziza Mustafah Zadeh, plus guère présente sur les scènes jazz actuelles. Avec lui il apprend l’art qui consiste à mêler le jazz au mugham, cette musique azérie de forme modale où l’improvisation tient une place majeure.

A sa sortie du conservatoire national en 2000, Shahin Novrasli se tourne vers le jazz et les œuvres de Bill Evans et Keith Jarrett. Il commence à écrire ses premières compositions et se produit ensuite dans de nombreux festivals internationaux de jazz  comme Montreux en 2007. Installé à New-York, il rencontre un de ses héros, Ahmad Jamal qui lui apporte son soutien, ses conseils et coproduit aussi son album.

C’est d’ailleurs avec le contrebassiste James Cammack qui a longtemps joué avec Ahmad Jamal que Shahin Novrasli entre en studio à Paris en avril 2016 pour enregistrer « Emanation ». La batterie est tenue par l’incontournable André Ceccarelli. Sur quelques plages, intervient le percussionniste Erekle Kolava qui collabore régulièrement avec le pianiste. On note aussi la participation du violoniste Didier Lockwood sur Ancient Parallel où il soutient les psalmodies vocales du pianiste et sur le superbe Saga.

Sur les neuf plages de l’album « Emanation », Shahin Novrasli donne libre cours à son inspiration. Dans son univers musical se mélangent avec élégance, la musique classique, le mugham azerbaïdjanais et le jazz. Le pianiste fait dialoguer orient et occident. Il brode des mélodies dépaysantes sur des rythmes orientaux et utilise des harmonies puissantes portées par une énergie puisée dans les racines du jazz. Étourdissant et lyrique.

Sans doute le titre Tittle Tattle laisse augurer de l’esthétique rythmique qui pourrait présager de l’évolution musicale de Shahin Novrasli de même que le morceau Ancient Parallel où les origines orientales de la musique du pianiste dominent mais on demeure sous le charme du titre Emanation empreint de liberté, d’élégance et d’un lyrisme maîtrisé. De cette composition qui ouvre l’album émane une impression de fragilité et de nostalgie inspirée.

Pour Shahin Novrasli, « le plus important c’est la musique. Quand je joue ou que j’écris, je ne pense pas au jazz ou au mugham, je ne pense à aucun style en particulier. La musique doit être beauté, amour. »  Construit sur le principe de la spontanéité maximale, l’album laisse une grande part à l’improvisation chère au pianiste.

 

Pour s’immerger dans la musique étourdissante et lyrique de Shahin Novrasli, rendez-vous le le samedi 20 mai 2017 à 20h30 à la Maison des Océans, dans le cadre du festival Jazz à Saint-Germain-des-Prés à Paris.
Le pianiste de produit aussi en première partie des concerts des 05 et 06 juillet 2017 à 20h à l’OdéonThéâtre de l’Europe à Paris dans le cadre de « The Week Celebration of Ahmad Jamal ».
Le Deal présente « Jazz Traficantes »

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Paolo Fresu explore les musiques d’hier et d’aujourd’hui

Paolo Fresu explore les musiques d’hier et d’aujourd’hui

Entre chant sacré et effets électroniques

Du 04 au 06 mai 2017, le musée des Confluences accueille Paolo Fresu pour une Carte Blanche. Le trompettiste de jazz propose trois concerts. Entre trompette, bugle et effets électroniques, Paolo Fresu explore musiques de Sardaigne, chants sacrés et jazz.

Pour cette Carte Blanche, Paolo Fresu endosse en quelque sorte le rôle d’un directeur artistique ayant en charge de rapprocher les musiques polyphoniques sardes, les chants sacrés et le jazz. Il dit avec enthousiasme combien il apprécie de pouvoir voyager au sein des univers qu’il aime et qu’il souhaite partager avec le public de Lyon.

Faute d’avoir vu et écouté le concert du 05 mai, on évoque ici seulement les soirées des 04 et 06 mai. Au cours de ces deux spectacles le trompettiste tente de rapprocher, comme le ferait un couturier pour un patchwork, les différents idiomes qu’il connaît et affectionne, le jazz, les chants polyphoniques sacrés et profanes sardes, la musique chambriste et les effets électroniques, les musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Le jeudi 04 mai, Paolo Fresu se produit avec son complice de longue date, le pianiste Diederik Wissels. Le répertoire de la soirée permet au public d’apprécier les talents des deux musiciens qui présentent une alternance d’anciens morceaux et de nouvelles propositions que découvre le pianiste à cette occasion. Si le concert débute par deux thèmes plutôt teintés jazz, il se poursuit avec Ave donna sanctissima et Laude novella, deux titres proposés par le trompettiste et tirés du répertoire que chantaient les pèlerins d’Italie aux alentours des années 1200 sur le chemin de Compostelle.

Le public est prévenu, c’est une première pour le pianiste qui s’en tire plutôt bien, même si l’on perçoit chez lui une concentration extrême. Pourtant, malgré cela le dialogue entre les deux musiciens est convainquant. Entre trompette bouchée, bugle et effets électroniques délicats, Paolo Fresu fait le choix de la sobriété.

Les deux musiciens retrouvent sans hésitation leur complicité musicale autour des compositions du pianiste. Une grande connivence les unit et du bugle de Paolo Fresu s’élèvent d’élégantes mélodies que le clavier met en valeur. Leur dialogue fructueux se poursuit avec une ballade bretonne qui termine le concert et soulève l’enthousiasme du public. Avec générosité le duo revient pour trois rappels.

D’abord Fellini, un thème de 16 mesures composé dans le train de Bologne à Florence par Paolo Fresu en l’hommage au grand cinéaste. Il en profite pour faire l’éloge de « la lentesse », de cette époque (années 90) où le trajet entre les deux villes durait 1h25 et non 25 minutes comme aujourd’hui. Il loue les bienfaits de cette lenteur qui permet réflexion et création. A la toute fin du morceau, le micro de la trompette posée dans le corps du piano réverbère les harmoniques des cordes durant le superbe chorus du pianiste. Le troisième rappel reprend une chanson italienne de 1962 que chantait Mina, Le tue mani. Accompagné par un pianiste très sobre, le trompettiste gratifie la salle d’une interprétation acoustique très appréciée. Entre jazz, humour et musique sacrée la soirée a tenu toutes ses promesses.

La soirée du 06 mai propose « Il Rito e la Memoria ». Ce rite de la mémoire réunit trois entités, le duo Fresu/Wissels, le quatuor Albodora et le chœur de polyphonies sardes Cuncordu e Tenore de Orosei. Paolo Fresu annonce qu’ils vont jouer « ce qu’ils vivent, ce qu’ils aiment, ce qu’ils connaissent », une musique qui venue du passé peut « mener vers le monde de demain ».

Après quelques effets scénographiques, le trompettiste et les chanteurs entrent en scène après avoir descendu les escaliers de l’auditorium pour gagner la scène tout en jouant et en chantant un miserere. Le concert débute avec le quatuor et le duo. Clavier électrique pour le pianiste et nappes de son du bugle, le son des cordes enfle. Après le premier morceau, les chanteurs vêtus de costumes de velours noir quittent leurs chaises et se rejoignent en rond autour du micro, le bugle souffle et donne le départ au chant des cinq hommes. L’effet de ces cinq voix qui n’ont font qu’une est saisissant. Fragilité et simplicité d’un miserere qui restitue pourtant la puissance et la cohésion du chœur.

La soirée se poursuit et l’on entend de nouveau les deux chants de 1200, Ave donna sanctissima et Laude novella. Les interventions des chanteurs apportent des respirations qui tranchent avec l’énergie presque désordonnée que dégagent les sons appuyés des cordes mêlés aux effets électroniques que le trompettiste utilise avec moins de parcimonie que de coutume. Le contraste est vraiment saisissant entre ces voix issues de la tradition et l’ensemble musical aux sonorités qui hésitent entre modernité et divertissement italien.

De facto on demeure un peu réservé quant à la prestation de cet ensemble qui ne restitue pas vraiment une musique groupale mais met plutôt en évidence la distance qui demeure, malgré les tentatives du trompettiste, entre la musique du passé et celle d’aujourd’hui. Les interventions des cordes auraient gagné à être moins appuyées et l’on aurait volontiers privé Paolo Fresu durant quelques moments de son jouet électronique pour qu’il offre au public ce qu’il fait avec tant de brio et de sensibilité… laisser son souffle chanter la mélodie avec sensibilité et sobriété.

La Carte Blanche offerte par le Musée des Confluences à Paolo Fresu a permis au public de découvrir ou de retrouver ce trompettiste de jazz lyrique et créatif. Les concerts ont mis en évidence l’intérêt qu’il porte à la musique, le souci qu’il a de relier les époques et sa volonté de participer à l’écriture de la musique de demain.

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« Think Bach Op.2 », Édouard Ferlet renoue avec Bach

Ferlet re-pense Bach

Après « Think Bach » paru il y a cinq ans, Édouard Ferlet renoue avec Bach sur « Think Bach Op.2 ». Une récidive de bon aloi où Ferlet, en piano solo, compose et improvise autour des œuvres de Jean-Sébastien Bach. Entre hommage introspectif et conversation passionnée.

La musique de Jean-Sébastien Bach constitue un réservoir infini d’inspiration pour le pianiste Édouard Ferlet qui entretient une relation suivie et plus qu’intime avec sa musique. En effet, après « Think Bach » paru en 2011 puis « Bach Plucked Unplucked » enregistré en 2015 avec la claveciniste Violaine Cochard, le pianiste de jazz récidive et renoue avec Bach. Il continue son exploration des partitions de Bach sur « Think Bach Op.2 » (Mélisse/Outhere) sorti le 28 avril 2017. Sur l’album, neuf compositions du pianiste et une interprétation du largo du Concerto pour clavecin n°5 en Fa mineur BWV 1056.

La première écoute de l’album suscite d’abord un moment d’incrédulité, « …comment, il approche de nouveau la musique de Bach ! » mais sitôt après survient l’étonnement, « surprenant, il est vraiment parvenu à renouveler son propos » et enfin, avec l’immersion totale, advient le plaisir inconditionnel que procure cet opus absolument addictif.

Avec « Think Bach Op.2 », Édouard Ferlet, déjà imprégné de l’œuvre de Bach, pénètre encore plus avant au cœur de l’écriture du Maître de Chapelle. Il se glisse dans la trame des partitions qu’il explore comme un chercheur en quête de compréhension. Pour cet album le pianiste dissèque les lignes musicales, pose, dépose et repose autrement les notes, dérange et change les rythmes, bouscule la structure de la musique de Bach. On se demande s’il s’agit d’une communion ou d’un jeu espiègle entre Ferlet et l’âme de la musique de Bach. Peut-être les deux à la fois d’aileurs.

La lettre introductive que le pianiste adresse à J.S. Bach dans le livret dit beaucoup de son rapport avec le compositeur baroque. Il le tutoie, c’est dire sa familiarité avec lui. A travers les termes de la missive on perçoit  la relation passionnée voire même physique entretenue avec la musique de celui qu’il admire. « … je te joue et joue avec toi. Mes doigts en folie courent et s’essoufflent dans l’ivresse et la rigueur de tes lignes, mes muscles se figent et se relâchent pour exprimer ma rage et ma passion ». Si Édouard Ferlet fait état de ses « anciennes blessures » ce n’est point pour s’en plaindre mais pour les évoquer comme un point de départ de sa renaissance.

Sur « Think Bach Op.2 », Édouard Ferlet communie avec la musique de Bach, ausculte sa respiration profonde et entre en relation intime avec les partitions dont il s’abreuve. Il communique avec le compositeur dont il explore l’écriture. Il la comprend et déjoue les difficultés. Il joue à déplacer les phrases, à modifier les intervalles, à décaler les rythmes et les cadences, à bousculer les lignes de construction. On ne parle pas de transgression mais plutôt d’une exploration de la substance musicale. Cette recherche en quête de compréhension nourrit son inspiration. En effet de cette démarche naît une nouvelle musique comme une filiation innovante et respectueuse.

A partir de techniques compositionnelles variées évoquées dans le livret, le pianiste apporte des touches contemporaines et se réapproprie la musique de Bach. Ferlet se projette dans le monde de Bach. Il pénètre dans le rythme, le son, la charpente de la musique et les accueille dans l’univers du jazz. Il explore même les mélodies comme sur les quatre minutes de la seule piste de l’album qu’il n’a pas composée. C’est en effet uniquement la mélodie qu’il restitue du largo du Concerto pour clavecin n°5 en fa mineur BWV 1056.  Moment surprenant et émouvant.

Crazy B est sans doute la pièce où l’on perçoit le plus la manière dont le pianiste compose un morceau à partir d’une phrase citée puis cernée contournée, reprise autrement, remise sur le métier, travaillée encore et encore, transformée jusqu’à devenir un leitmotiv rythmique étourdissant où une mélodie trouve place. Le pianiste propose ainsi à l’auditeur « plusieurs sas de décompression » comme des paliers qui familiarisent l’oreille à l’évolution progressive de la phrase originale.

Encore une fois Édouard Ferlet inscrit Bach dans l’espace de sa propre musique et lui ouvre la porte du jazz via ses compositions et ses improvisations. On est  touché par la sensibilité qui se dégage de Miss Magdalena (inspiré du prélude en ut majeur BWV 846) où le pianiste siffle à l’unisson un thème écrit dans la tessiture de son sifflet.

On se laisse emporter par la rythmique et les oasis mélodiques dépaysants de Es ist Vollbracht fort distancié de l’air de la Passion selon saint Jean BWV 245. On écoute Oves, pièce façonnée « autour de l’intervalle de seconde et de l’ostinato rythmique empruntés au Prélude en sol dièse majeur BWV 884 ». Édouard Ferlet la présente comme une « ouverture… généreuse, qui a le sourire solaire, comme la musique de Bach »

 

Édouard Ferlet sera en concert pour la sortie de son album au Café de la Danse à Paris le samedi 13 mai 2017 à 20h. Avec en invités Naïssam Jalal et Sonny Troupé.
Le Deal présente « Jazz Traficantes »

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Opéra Underground – RV d’octobre à décembre 2020

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Jazz Day 2017 par-ci, par-là… Jazz Day au Sirius

Jazz Day 2017 par-ci, par-là… Jazz Day au Sirius

La fougue de Gaël Horellou enflamme le Sirius

Faute de posséder le don d’ubiquité, impossible de profiter de la totalité des évènements du Jazz Day 2017 à Lyon même si tous sont attractifs. Le Jazz Day au Sirius enflamme la péniche et enchante son public. Gaël Horellou porte le message d’un jazz multiculturel et ouvert.

Comme annoncé, le Jazz Day 2017 à Lyon, Saint-Étienne et Vienne, augurait des réjouissances prometteuses pour le 30 avril. 24h de jazz à vivre un dimanche laissait envisager la possible participation de familles à cet évènement. Ce fut le cas et l’on a observé de nombreux jeunes enfants aux côtés de leurs parents durant les évènements diurnes de ce Jazz Day 2017 à Lyon.

Faute de pouvoir se transporter dans l’espace et le temps pour profiter de tous les spectacles proposés pour cette Journée Internationale du Jazz, on choisit d’entreprendre une déambulation le long des fleuves de la métropole des Gaules.

On se dirige du côté du Bémol5, 01 rue de la Baleine sur les quais de Saône, dans ce lieu qui a ouvert ses portes le 21 avril avec la venue de David Linx et de « InLab 4tet ». Ce 30 avril 2017, Yves Dorn et son équipe propose un Brunch au Bémol5 à partir de 13h30 avec la promesse d’une double programmation.

Lorsqu’on arrive, la salle affiche « complet ». Le concert de Magnetic Orchestra a commencé depuis 13h30. Il s’agit en fait du Magnetic Orchestra « augmenté ». En effet, le trio est devenu quartet avec la participation du saxophoniste ténor Stephan Moutot qui a rejoint le contrebassiste François Gallix, le pianiste Benoît Thévenot et le batteur Nicolas Serret. On découvre à l’occasion que l’orchestre présente son nouvel album « June ». Le public applaudit à tout rompre et visiblement le plaisir est de mise tant sur la scène que dans la salle. Après la courte mais énergique prestation du Magnetic Orchestra s’installent les 17 musiciens du Limonest Swing Band dirigés par Stéphane Rivero.

Le Bémol5 ne désemplit pas et la fête du jazz continue mais on le quitte pour se diriger vers le Jazz Club Saint Georges du même côté de la Saône. Dans cette cave sympathique est programmé le Georges V Quintet et là encore la salle affiche « complet »… même les escaliers sont occupés. On écoute les derniers morceaux du groupe sur l’écran situé dans l’entrée alors qu’affluent les nouveaux spectateurs venus pour écouter le Jazz Club Quarte. Décidément, du côté de la Saône, le jazz attire le public. 

On poursuit le parcours du Jazz Day péri-fluvial en direction de la confluence du Rhône pour rejoindre le Musée des Confluences qui consacre le Jazz Day aux Racines du Jazz et on prend le parti de s’y rendre en avance pour pouvoir accéder au grand Auditorium du musée et à sa double programmation, conférence de Florent Mazzoleni puis concert de Lionel Martin & Mario Stanchev autour du répertoire de l’album « Jazz Before Jazz ». mais que nenni !  Impossible d’accéder aux gradins de la salle, là encore le lieu affiche complet pour les deux spectacles.

Déçus, on se réjouit malgré tout du succès que rencontre le Jazz Day tout au long des fleuves lyonnais. On en profite pour deviser avec d’autres spectateurs déçus que l’on engage à se rendre au Sirius.

On remonte le Rhône en direction de la péniche amarrée en face 04 quai Augagneur, le Sirius qui, pour ce jazz Day accueille le saxophoniste Gaël Horellou qui vient présenter son nouveau projet et  son album « Identité ». A 17h, il y a déjà foule pour un concert qui doit commencer à 18h et qui débute à 18h30 son premier set. Les rayons du soleil dardent leur lumière à travers les vitres de la péniche dont la température va très vite monter. Outre l’astre solaire, c’est aussi et surtout la musique de Gaël Horellou et de son groupe qui réchauffe l’ambiance.

C’est en effet la verve habituelle du saxophoniste alto qui déclenche l’enthousiasme du public massé dans tous les recoins du pont. Il y a certes des fidèles qui suivent le saxophoniste mais aussi des spectateurs venus profiter de ce moment festif proposé dans le cadre du Jazz Day. Ils font coup double et découvrent en même temps le lieu et les musiciens. D’emblée, ils adhèrent à cette musique chaleureuse et énergique que le groupe offre avec grande générosité.

 Sur scène le saxophoniste Gaël Horellou est entouré de Florent Gac (orgue) et du guitariste réunionnais Nicolas Beaulieu. Si les percussionnistes de l’album ne sont pas présents, Vincent Alyberil, Fredo Ilata, Zelito et David Dorisa assurent leur partie avec brio et l’on met bien au défi quiconque de faire la différence tant sont grands leur enthousiasme et leur talent.

La musique demeure live ce qu’elle est sur l’album. Elle oscille entre les caractéristiques du Jazz et ceux du Maloya, entre chaleur des percussions et improvisations du jazz. L’altiste navigue très bien entre les deux mondes dont il possède les codes. Avec lui coexistent modernité du jazz et tradition du maloya.

La mise en place de la musique est parfaite, l’altiste possède une présence scénique inouïe. L’orchestre tout entier s’investit et avec Saint Leu et Identité la pression monte à son paroxysme. Le premier set ébouriffant se termine par une romance poétique (dixit Gaël lui-même) issue du répertoire de Broadway, Nature boy gravé sur l’album « Identité ». Le saxophoniste change de registre sans effort et son discours se pare d’accents sensibles presque poétiques.

L’orchestre attaque le second set avec Grand Brillé ou d’emblée Gaël Horellou introduit une dimension quasi mystique au cœur de la musique. Les tambouyé tendent le rythme alors que Nicolas Beaulieu déclenche l’enthousiasme du public. La transe n’est pas loin lorsque l’altiste totalement libéré enflamme presque le pont de ses improvisations hypnotiques. Malgré l’effort, le saxophoniste ne se départ pas de son sourire. La musique coule et sa chaleur se répand dans l’assemblée qui reçoit avec un bonheur palpable cette musique où se marient la culture de la Réunion et celle du jazz. Après l’interprétation de Lonely Woman composition d’Ornette Coleman où l’émotion et la sensibilité sont perceptibles, le concert se termine avec des vibrations tout droit venues de la Réunion.

La Journée Internationale du Jazz prône le dialogue interculturel. On termine ce Jazz Day péri-fluvial 2017 en adéquation avec cette philosophie. En effet, c’est bien ce qu’a offert la chaleureuse et solide musique jouée par Gaël Horellou et les musiciens qui l’accompagnent autour de son projet « Identité », un exemple absolu de musique multiculturelle et ouverte.

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