Sur son nouvel album « Elegant People », Biréli Lagrène se montre en recherche d’essentiel. Grande maîtrise instrumentale mais aucune acrobatie démonstrative. En quartet, il revisite des classiques du jazz américain et se saisit d’autres mélodies ancrées dans sa mémoire. Le blues est la fondation principale de toutes ces variations musicales parées d’élégance et de fraîcheur.
2025… Ultimes « Coups de cœur »
Jazz d’aujourd’hui & d’hier
Riche en surprises, 2025 a permis de découvrir de nouveaux talents et de se régaler de la musique d’artistes confirmés aux projets renouvelés. Pour terminer l’année, quoi de mieux que ces « Ultimes Coups de cœur » pour apprécier des pépites de jazz d’aujourd’hui et d’hier.
Le moment d’écouter « Song for Abbey » de Marion Rampal, de découvrir « Refuge » du Alex Stuart 5tet, de succomber à « Shiraz » de Dhafer Youssef et de savourer « Strasbourg 82 » par Art Blakey & The Jazz Messengers.
« Song for Abbey »
Sur « Song for Abbey » (Les rivières souterraines/L’autre distribution) sorti le 14 novembre 2025, la chanteuse Marion Rampal rend hommage à l’immense chanteuse, compositrice, poétesse, activiste et actrice Abbey Lincoln, qui a marqué l’histoire du Jazz de sa voix unique.
Learning how to Listen, Caged Bird, The Music is the Magic… des compositions d’Abbey Lincoln que Marion Rampal, célèbre aux côtés de ses musiciens, Matthis Pascaud (guitare), Raphaël Chassin (batterie), Simon Tailleu (contrebasse) et Thibault Gomez (piano). Aux compositions phares ou plus confidentielles d’Abbey Lincoln, le répertoire mêle des reprises éclairant ses ancrages, ses amours musicales (Dylan, Oscar Brown Jr…), dont Skylark, avec en invité le guitariste Bill Frisell, et un morceau original, Remember The People, cosigné et chanté avec Archie Shepp qui fut un compagnon de route d’Abbey.
Un hymne d’une immense douceur.
« Refuge »
Enregistré en fin d’année 2024 et sorti le 25 avril 2025, « Refuge » (Jazz Family) est le cinquième opus du guitariste Alex Stuart.
Avec Irving Acao (saxophone, piano et claviers), Arno de Casanove (trompette, voix, piano et claviers), Benoît Lugué (basse) et Antoine Banville (batterie), le guitariste australien grave œuvre éclectique et ambitieuse où se mêlent jazz, post-rock, minimalisme et musiques du monde. Un son de groupe, un voyage sonore, une véritable ode à la beauté du monde. Les nuances des derniers rayons du soleil, la caresse d’un vent d’ouest dissipant les nuages, un oiseau se posant délicatement sur une branche, une houle scintillante…
Le monde est beau et la vie précieuse.
« Shiraz »
Premier album du oudiste Dhafer Youssef en tant que leader sur le label ACT, « Shiraz » est dédié Shiraz Fradi, son épouse. Sorti le 14 novembre 2025, l’opus évoque leur relation fusionnelle et les différents événements qu’ils partagent depuis qu’ils sont ensemble.
Enregistrés avec un groupe de jeunes musiciens, le pianiste Daniel García, le trompettiste Mario Rom, le bassiste Swaéli Mbappé, le batteur Tao Ehrlich et avec le guitariste Nguyên Lê, les neuf morceaux de l’album retracent les émotions vécues par Dhafer Youssef. De véritables films pour les oreilles plutôt que pour les yeux. L’oud acquiert l’intimité de la musique de chambre et la voix du leader gagne en importance, hymnique dans Shajan, tendre dans Rose Fragrance, explosive dans Eyebling And Eternity.
La musique de « Shiraz » incarne le dialogue entre héritage et modernité et célèbre autant la multiplicité que l’unité.
« Strasbourg 82 »
Sorti en CD le 11 octobre 2025, jour anniversaire d’Art Blakey, « Strasbourg 82 » (Gearbox Records) présente un concert explosif enregistré le 1er avril 1982 à Strasbourg, en France, au sommet de la renaissance du hard-bop. Entouré d’une nouvelle génération de prodiges, Terence Blanchard (trompette), Donald Harrison (saxophone alto), Johnny O’Neal (piano), Billy Pierce (saxophone ténor) et avec Charles Fambrough (contrebasse), le batteur Art Blakey propulse les Jazz Messengers dans une nouvelle ère, entre tradition et réinvention.
Un double album vibrant qui capture l’énergie brute d’une université du jazz en pleine mutation. Après une sortie en CD et LP chez Gearbox Store et via Bandcamp le 11 octobre 2025, une sortie globale est prévue via Believe, début février 2026.
Un enregistrement authentique, en haute fidélité, et d’une intensité musicale rare.
« Elegant People » de Biréli Lagrène
Cecil Brocas, Cecil L. Recchia & Ana Carla Maza
Le premier trimestre 2026 est marqué par la sortie de trois albums remarquables crédités à des artistes féminines, Cecil Brocas, Cecil L. Recchia & Ana Carla Maza. Toutes trois chantent et la dernière est aussi violoncelliste et compositrice. Trois opus dont les propos empreints d’élégance ne manquent pas d’interpeler les oreilles friandes de musicalité et d’originalité. A savourer et à partager largement.
Youn Sun Nah revient avec « Lost Pieces »
La chanteuse, autrice, compositrice coréenne Youn Sun Nah revient avec un projet inédit, « Lost Pieces ». Ce treizième album marque vingt-cinq ans de carrière discographique. Cet opus reflète son intérêt pour un large éventail de styles musicaux. Son chant évolue entre quiétude et expressivité puissante. Un voyage musical captivant vers la découverte et l’acceptation de soi.
Après quinze années d’existence, cinq répertoires et cinq disques dont le célèbre « Love of Life » enregistré en Californie, une tournée aux États-Unis, des dizaines de concerts dans toute l’Europe et toujours le même enthousiasme à se retrouver, le trio formé de Vincent Courtois (violoncelle), Daniel Erdmann (saxophone ténor) et Robin Fincker (clarinette, saxophone ténor) a confronté son expérience commune, son évidente complicité et surtout un son unique, à ses naturelles réminiscences de jazz West Coast. Il en résulte « Lines For lions » (La Buissonne/PIAS), un superbe album sorti le 07 novembre 2025.
C’est en quintet qu’Henri Texier a enregistré son nouveau projet « Healing Songs ». En effet, sur cet opus, Emmanuel Borghi (piano, fender-rhodes) et Hermon Mehari (trompette) ont rejoint le trio constitué par Henri Texier (contrebasse), Sébastien Texier (clarinette, clarinette basse, saxophone alto) et Gautier Garrigue (batterie). Par ailleurs, le batteur Manu Katché est invité et participe à l’enregistrement de trois morceaux.

Sept ans après

Avec « Lili », Tom Bourgeois rend un hommage inspiré à la compositrice Lili Boulanger (1893-1918), sœur cadette de Nadia Boulanger.
Leïla Olivesi a goûté aux joies de la scène au sein de la troupe des « P’tits Loups du jazz » dès l’âge de treize ans. Corse par son père et mauritanienne par sa mère, Leïla Olivesi est née au Moulin d’Andé en Normandie et a grandi dans l’effervescence artistique et cosmopolite de son milieu familial, entre le bandonéon d’Astor Piazzola, Nina Simone et la musique de Miles Davis et John Coltrane.
A ses côtés, Leïla Olivesi a réuni Baptiste Herbin (saxophone alto), Adrien Sanchez (saxophone ténor), Jean-Charles Richard (saxophones baryton & soprano), Quentin Ghomari (trompette, bugle), Manu Codjia (guitare), Yoni Zelnik (contrebasse) et Donald Kontomanou (batterie). Sur un titre, la partition de saxophone alto est confiée à Olga Amelchenko.
« Songbook » annoncé pour le 14 novembre 2025 chez Artwork Records. A la tête de son trio, il se produit avec six chanteuses, Jean Baylor, Ann Hampton Callaway, Cécile McLorin Salvant, Ekep Nkwelle, Catherine Russell et deux chanteurs, Kurt Elling et Tyreek McDole.




La clarinette basse introduit ensuite le thème A Night in Kali Temple au-dessus des lignes de contrebasse que sculpte Sarah Murcia sur le manche de son instrument. S’installe alors une atmosphère nostalgique. Aucun effet, juste la sonorité très pure de la clarinette et les notes boisées de la contrebasse. Ils sont rejoint par la trompette et le piano dont le chorus inspiré est brodé d’accents poétiques. Pour finir, la mélodie est reprise par le quintet sur un mode empreint de sérénité.
Samedi 23 août 2025, la superbe édition du Festival Jazz Campus en Clunisois 2025 se termine avec
Après avoir remercié Didier Levallet grâce à qui le festival Jazz Campus en Clunisois existe depuis 48 ans et permet l’expression des musiques de jazz, chose exceptionnelle par « ces temps qui marchent à reculons…! », Andy Emler avoue avoir passé « 8 jours exceptionnels » avec les stagiaires et annonce au public que le trio va jouer le programme de son projet « There is another day » dont l’album devrait sortir en mai 2026. Un voyage musical pour changer le monde… ! Programme ô combien alléchant.
fait des incursions dans les graves alors qu’Endy Emler plaque des accords dans le registre aigu, soutenu par la frappe vigoureuse d’Éric Échampard sur ses cymbales. La puissance sonore s’accentue. L’archet s’arrête, le piano dessine des arabesques de notes perlées puis invite la section rythmique à le rejoindre. L’archet reprend dans les aigus, la batterie insuffle une pulsation tout en suspension entre toms et cymbales. Un climat orageux fait écho au flot dense des notes du piano qui module Après un court break, le son augmente encore. Comme exaspérée, la musique amorce une marche martiale et le climat devient orageux.
Éric Échampard le rejoignent. La matière sonore se déstructure segmentée par les torrents de notes fulgurantes du piano, les pulsations volcaniques des baguettes sur les cymbales et les graves de la contrebasse protestataire. Après une ultime montée en puissance, le climat se tend à l’extrême, l’exaspération est à son comble puis l’intensité diminue doucement, la musique se calme, contrebasse et batterie s’arrêtent, le piano pose quelques accords sereins dans lequel se faufile le silence… Enough !
Touché par la générosité et l’inventivité des artistes, le public se lève et salue la magnifique prestation du trio ETE par un concert d’applaudissements enthousiastes. Bien que prétextant n’avoir « plus rien à jouer », Andy Emler propose d’interpréter les deux premiers volets de « Useful report », quatrième album du trio sorti en 2022. L’archet percute les cordes, le piano pulse, la pulsation enfle, la batterie entre et explose. Au-dessus des roulement fortissimos de la batterie, piano et contrebasse échangent sans retenue. Cascades de notes, modulations, course effrénée du tempo… mais tout a une fin et les trois musiciens quittent la scène sous une ovation unanime.