Une aventure musicale onirique
Figure emblématique de la musique improvisée française et européenne, le clarinettiste, saxophoniste et compositeur Louis Sclavis présente « India », son troisième album chez YOLK. Enregistré en quintet, cet opus embarque l’oreille dans un voyage enchanteur. Une aventure musicale onirique et lyrique… l’évocation d’une Inde rêvée à partir de souvenirs de voyages.
Déjà présent sur deux albums du catalogue, LPT3 “Vents Divers” en 2017 et ”Langues et Lueurs” en 2024 (récompensé par un Grand Prix de l’académie Charles Cros), Louis Sclavis poursuit son histoire avec YOLK, non seulement comme leader, compositeur mais aussi cette fois comme producteur, avec « India » (YOLK records/L’Autre Distribution/Believe) dont la sortie est annoncée pour le 17 octobre 2025. Par son titre, cet opus fait écho à son album « Chine » sorti en 1987.
« Après le projet « Characters on a wall », j’ai eu envie de créer un nouveau programme avec les mêmes musiciens en y ajoutant le trompettiste Olivier Laisney. Le son de cet orchestre m’a permis d’aller chercher les thèmes aussi bien du coté du jazz que du monde des fanfares ou des ensembles de rue. J’ai appelé ce nouvel opus INDIA, en référence au titre de l’album enregistré avec mon premier groupe en tant que leader, CHINE. Cette musique est faite de mélodies, de danses et d’improvisations soutenues par des pulsations et des rythmes obstinés. J’ai de lointains souvenirs d’un théâtre sur les docks de Calcutta, d’un long train dans la campagne, d’une nuit a Kali temple, d’une fanfare pendant les fêtes de Ganesh… Je souhaite faire entendre les sons d’un lieu lointain qui serait plus un songe qu’une réalité. «
… c’est ainsi que Louis Sclavis évoque son nouveau projet.
Depuis 2015, Louis Sclavis joue avec Sarah Murcia (contrebasse), Benjamin Moussay (piano) et Christophe Lavergne (batterie). Avec eux il a enregistré « Loin dans les terres » paru en 2017 et « Characters on a Wall » sorti en 2019 chez ECM records. Pour leur troisième opus, « India » (YOLK records/L’Autre Distribution/Believe) attendu pour le 17 octobre 2025, le quartet est rejoint par le trompettiste Olivier Laisney.
C’est avec cette formation que Louis Sclavis avait présenté son projet « India » sur la scène du Théâtre les Arts, le 24 août 2024, pour la dernière soirée de l’édition 2024 du festival Jazz Campus en Clunisois. Le concert s’était terminé en apothéose sous les applaudissements d’un public enthousiaste et conquis.
« India »
Les neuf titres de l’album « India » ont été enregistrés et mixés par Julien Reyboz assisté de Tristan Barège en novembre 2024 au studio Sextan A. L’enregistrement met en valeur l’esprit collectif qui habite le groupe. Douceur boisée de la clarinette, couleurs cuivrées de la trompette, piano à la fois dynamique et sensible, complicité de la contrebasse et de la batterie.
Sur « India », les atmosphères varient d’un thème à l’autre, passages véhéments, propos délicats, vibrations telluriques, nappes sonores éthérées, syncopes, pulsations orageuses.
Au fil des titres
Toutes les compositions de l’album « India » sont de Louis Sclavis sauf Short Train, de Louis Sclavis/Dominique Pifarély.
L’album ouvre avec Phoolan Devi que les soufflants présentent à l’unisson. L’atmosphère musicale évoque un songe, sonorité ronde, jeu apaisé. Plus loin, la clarinette devient fougueuse et délivre une improvisation lumineuse. Le quintet reprend ensuite le thème avec sérénité.
Le répertoire se poursuit avec Un théâtre sur les docks (de Calcutta) introduit par le piano solo rejoint plus loin par la contrebasse puis par les soufflants et la section rythmique. Plus loin Benjamin Moussay dessine un motif qui est repris d’une façon très enlevée par la clarinette et la trompette, dans un climat aux sonorités orientales. La contrebasse de Sarah Murcia s’exprime avec verve, soutenue par la batterie et le piano qui propose ensuite un chorus émaillé d’incartades très libres. Le morceau résonne comme un rituel envoûtant
C’est en duo et sur un rythme très lent que clarinette et piano débutent Mousson. Contrebasse, batterie et trompette les rejoignent en toute quiétude. La clarinette s’envole très vite dans un chorus au climat onirique puis Olivier Laisney le rejoint et entame un solo de trompette à la sonorité tranchante. La trame musicale sculpte un climat très cinématographique.
La clarinette basse introduit ensuite le thème A Night in Kali Temple au-dessus des lignes de contrebasse que sculpte Sarah Murcia sur le manche de son instrument. S’installe alors une atmosphère nostalgique. Aucun effet, juste la sonorité très pure de la clarinette et les notes boisées de la contrebasse. Ils sont rejoint par la trompette et le piano dont le chorus inspiré est brodé d’accents poétiques. Pour finir, la mélodie est reprise par le quintet sur un mode empreint de sérénité.
Le climat s’assombrit avec Madras Song sur lequel la clarinette audacieuse et très libre cultive l’étrange et l’insolite. Elle dialogue avec la trompette à la sonorité ronde alors que la section rythmique impulse un climat percussif. L’improvisation de piano met en évidence la profondeur de sa sonorité et la solide technique de Benjamin Moussay qui, sur son clavier, combine romantisme et transe hypnotique.
Gange… le piano seul distille des notes clairsemées sur lesquelles se greffe le phrasé tellurique de la contrebasse. Tous deux modèlent des images dont la profondeur s’accentue avec l’intervention des vents à l’unisson. La musique stimule l’imagination de l’audit.eu.rice.
Changement d’atmosphère avec Long Train. Le groupe entame une ligne mélodique évoquant un train filant à grande vitesse puis la clarinette basse énergique intervient et fait alterner tension et fluidité, soubresauts et caresses. Après un retour en quintet, le piano improvise et se profile tel un sorcier des touches. La trompette lui répond et son chorus permet de saisir la plénitude et les variations de son jeu. Le climat se fait dense. Avant la conclusion en quintet, Christophe Lavergne offre un solo de batterie maîtrisé et éblouissant.
Sur Short Train on note la présence du violoniste Dominique Pifarelly, co-auteur avec Louis Sclavis de ce court morceau. Archet de contrebasse, clarinette basse et trompette s’expriment dans un style aux accents baroques.
L’album se termine avec Montée au K2 dont le thème est exposé à l’unisson par la clarinette basse et la trompette soutenues par la section rythmique. Le morceau évoque une procession musicale dont les couleurs empruntent à l’univers de Mingus. Tout au long de son solo, la contrebasse chante avec vigueur. Pour finir, le groupe reprend son propos martial et stimulé par le martèlement de la batterie, le cortège musical termine son ascension.
Pour écouter live le répertoire de l’album « India » et retrouver Louis Sclavis quintet en concert, rendez-vous le 15 octobre 2025, à la Maison-Galerie 19Paul Fort, 19 rue Paul Fort à Paris (75014).
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