Nuits de Fourvière 2017 – Focus sur Titi Robin

Nuits de Fourvière 2017 – Focus sur Titi Robin

« Rebel Diwana », un tournant mais pas une rupture

Le 05 juillet 2017, le festival des Nuits de Fourvière propose « Rebel Diwana », le nouveau projet de Titi Robin. Un manifeste qui conserve la langue modale, mélodique et rythmique que l’artiste a forgée au fil du temps même si elle prend une forme de radicalité dans le son qui devient électrique.

Comme on a déjà eu  l’occasion de l’écrire dans la présentation de la programmation des Nuits de Fourvière 2017, Titi Robin est un artiste auquel le festival est attaché. Il a déjà été reçu deux fois par les Nuits de Fourvière. En 2014 avec Michael Lonsdale pour le projet « L’ombre d’une source » à partir des textes poétiques du musicien et en 2016 avec Erik Marchand, un très ancien compagnon musical dans une soirée aux teintes bretonnes.

En 2017, « Rebel Diwana » est le troisième projet que les Nuits de Fourvière présentent en coproduction avec l’Épicerie Moderne de Feyzin, qui a accueilli en résidence Titi Robin et ses musiciens en janvier 2017. Ils seront de nouveau accueillis pour quelques jours à Feyzin avant le concert du 05 juillet à l’Odéon qui sera suivi de l’enregistrement d’un album.

Le 02 mai 2017, les Nuits de Fourvière organisent une rencontre et un showcase de Titi Robin à la librairie Musicalame spécialisée dans les ouvrages musicaux. Richard Robert, conseiller artistique et assistant à la programmation musical du festival engage l’artiste à retracer rapidement son parcours musical avant d’aborder la création proprement dite. A l’issue de l’échange l’artiste gratifie le public d’une prestation solo à la guitare électrique qui restitue l’esprit du projet « Rebel Diwana ».

Enflammé, Titi Robin rappelle qu’il a musicalement pris « des chemins qui ne sont pas ceux de la culture dominante en occident ». Il a toujours été « …très intéressé par les musiques populaires, celles qui viennent du peuple, les musiques traditionnelles ». Issu « d’un milieu populaire, de l’ouest de la France du côté d’Angers » il est « fier de ses racines » et a appris la musique de manière autodidacte à partir des rencontres humaines qui ont jalonné sa vie et qui ont été « (s)on université ». D’abord aux côtés des jeunes Marocains, « des berbères du Moyen Atlas » et des Gitans de son quartier puis a continué avec d’autres musiciens de proximité géographique comme le breton Erik Marchand. Avec eux, il se sentait « comme à la maison » avant de jouer, entre autres, avec des musiciens de l’Inde, de la Turquie, du Maroc.

Loin des musiques « dominantes anglo-saxonnes » (commercialement parlant) que sont le blues, le rock et le jazz et bien avant que n’existe le courant de la World Music et de ses aléas commerciaux, Titi Robin a forgé son propre langage auprès des communautés gitanes et orientales, mêlées à son environnement. Son approche musicale s’inspire de ces musiques traditionnelles orientales. Il joue « avec eux sans les imiter ». Titi Robin déclare que « les musique orientales, celle qui partent du sud de l’Europe, englobent la méditerranée et vont jusqu’au nord de l’Inde ont des lignes de force liées à l’histoire, avec des échanges au niveau de la musique mais aussi de la poésie, de la philosophie. Même si cela ne correspond pas aujourd’hui à une réalité géopolitique, pour moi le bassin méditerranéen, les Balkans et à travers l’Asie centrale jusqu’au Nord de l’Inde, aujourd’hui je trouve toujours des musiciens qui comprennent ma façon de jouer dans ces lieux-là. Même si les musiques sont différentes, on a une même logique de langage, ce qui n’est pas le cas avec le courant anglo-saxon, ce pour des raisons musicologiques. En effet, ma musique est plus modale alors que le jazz et le rock sont des musiques harmoniques ». Pour lui « un langage n’est jamais séparé d’une certaine philosophie, d’une manière de voir le monde et celle de ces musiques, me correspondent ».

Ainsi toute sa carrière, Titi Robin dit avoir « creusé de manière hyper pointue le même sillon » sans s’éparpiller. Pour éclairer son propos, Titi Robin précise : « Que je joue avec un Gitan, un Indien, un Arabe ou un Turc, dans la réalité, ce sont en fait eux qui jouent ma musique. Ils peuvent la jouer car mon style est proche de leur style, il y a terrain commun. Ce sont eux qui s’adaptent…. Jusqu’à aujourd’hui quand je fais un nouveau projet, je prends parfois des thèmes que j’ai composés il y a 30 ans. Mon style a évolué dans la forme mais le caractère, l’identité, ma manière de fonctionner, rythmiquement, mélodiquement, n’a pas bougé du tout. ».

A Fourvière le 05 juillet, « Rebel Diwana » est un jalon important dans le parcours de Titi Robin qui déclare : « Tazeri », mon dernier disque est le vingtième. Vingt albums, cela constitue une œuvre cohérente et je pense avoir exprimé ce que j’ai voulu dire. Il y a sans doute encore des malentendus mais aujourd’hui je peux aller plus loin. Sans faire de concession par rapport à mon langage je peux utiliser des instruments qui font partie de la musique dominante. Ainsi je prends une guitare électrique, je profite à plein du volume, de sa rugosité, des effets de distorsion, de l’épaisseur, du grain mais j’utilise les mêmes modes pour mes impros. »

Ainsi, même s’il se saisit d’un instrument emblème de la culture dominante anglo-saxonne et passe à la guitare électrique Fender, il demeure dans la continuité de sa démarche. Le projet « Rebel Diwana », « est une musique d’improvisation avec un gros volume sonore ».

Pour ce nouveau projet seront à ses côtés, ceux qu’il nomme « ses familiers ». Murad Ali Khan, un compagnon de longue date, joueur de sarangi, une vielle à archet. Shuheb Hasan, « jeune chanteur qui sait improviser ». Il chante la mélodie sur les textes écrits par Titi Robin et traduits en hindi. Titi Robin précise : « Il y a la voix qui chante la  mélodie et la poésie puis celle qui improvise. Pour qu’on comprenne ce que dit le chanteur, j’assume la lecture de texte en français sur fond musical et Shuheb Hasan prolonge avec le chant et ensuite il prend en charge l’improvisation ».

Pour ce projet « Rebel Diwana » le guitariste utilise les instruments de la musique occidentale comme des outils qu’il met au service de sa propre musique. C’est ainsi que Titi Robin invite ceux qu’il appelle « les exotiques ». Arthur Alard à la batterie, Nicholas Vella aux claviers et Natallino Netto à la basse. Au lieu de l’accordéon, sont utilisés les claviers, « le timbre change, c’est un autre habillage ». Au tandem batterie/basse, le leader demande de réinventer un jeu rythmique qui naisse de son style musical et ne se cale pas sur une logique anglo-saxonne. Pour ce faire il supprime la cymbale charley et demande à la basse de s’inspirer du jeu du « gembri des musiciens gnaoui »… et ça fonctionne, les musiciens sont entrés dans sa logique musicale après leur résidence de janvier 2017 à l’Épicerie Moderne et la création « Rebel Diwana » s’inscrit tout à fait dans le langage intime et personnel de Titi Robin;

A l’attention de ses fidèles, Titi Robin précise : « si « Rebel Diwana » est un nouveau projet, je ne laisse pas tomber ma guitare. C’est une Di-Mauro que j’ai achetée en 80 et avec laquelle j’ai fait toute ma carrière et je ne vais pas l’abandonner. J’ai besoin de proposer ce nouveau projet et j’ai envie de réussir ce pari. Si je réussis il faut que cela soit compris par ceux qui me suivent et ceux qui me découvrent ».

Ce nouveau projet ne l’empêche donc pas de poursuivre les autres. Il continue de tourner avec le super orchestre de ses trois disques « Les Rives », en trio avec Chris Jennings et Habib Meftah mais aussi avec Mehdi Nassouli sur le répertoire de « Tazeri », son projet précédent.

« Rebel Diwana », la nouvelle création de Titi Robin, constitue un événement essentiel de l’été à voir absolument le 05 juillet 2017 sur la scène magique de l’Odéon, dans le cadre du festival des Nuits de Fourvière.

Dans la carrière de Titi Robin, « Rebel Diwana » représente certes un tournant mais ne constitue nullement une rupture. Même en utilisant les instruments de la culture occidentale, Titi Robin, loin de la fusion demeure fidèle à son propre langage mélodique, rythmique et modal qu’il a forgé au fil des années, à travers les échanges humains et musicaux auxquels il est tant attaché. Fidèle et engagé dans une dynamique artistique et esthétique très personnelle, il continue à tendre des ponts entre les hommes par le biais de sa musique unique.

Pour plus de détails sur la création « Rebel Diwana » on conseille de consulter le site des Nuits de Fourvière et le site de Titi Robin pour découvrir plus avant l’artiste et ses projets.

Clin d’œil à Isfar Sarabski & « Planet »

Clin d’œil à Isfar Sarabski & « Planet »

Le pianiste, compositeur et arrangeur, Isfar Sarabski présente son album « Planet ». A la tête d’un trio piano-basse-batterie, le musicien virtuose s’entoure aussi sur certains titres d’un orchestre à cordes. Il propose une musique qui crée des ponts entre jazz, mugham et musique classique. Quelques moments chargés d’émotion parsèment cet album détonnant d’énergie.

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« Bigre ! » & Célia Kameni… Nos Fontaines de Trevi

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Avishai Cohen dévoile « Two Roses »

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Saison 2017/18 à l’Auditorium de Lyon

Saison 2017/18 à l’Auditorium de Lyon

Entre Jazz, Rock & Chanson Française

La Saison 2017/18 à l’Auditorium de Lyon propose cinq concerts de jazz et élargit le paysage en direction du rock et de la chanson française. La nouvelle a de quoi ravir tous les amateurs de jazz et de musique en général car la teneur du programme est de haute volée.

Avec l’arrivée de la nouvelle directrice, Aline Sam-Gio, se poursuit le partenariat engagé avec succès par Jean-Marc Bador avec l’équipe de « Jazz à Vienne ». On se réjouit que le dialogue artistique continue entre l’AOL (Auditorium Orchestre National de Lyon) et « Jazz à Vienne ».

En effet, l’année 2016/17 a été riche en spectacles de jazz et de musiques du monde qui ont rallié des publics variés et enthousiastes, y compris le jeune public avec l’Amazing Keystone Big Band. Au regard de la proposition récemment dévoilée par l’Auditorium, la Saison 2017/18 à l’Auditorium de Lyon se profile comme un grand cru « Jazz, Rock & Chanson Française ».

La programmation à venir stimule les envies et fait naître la curiosité. Des valeurs sûres avec la venue de la chanteuse Dianne Reeves et le duo des complices Chick Corea et Steve Gadd. L’engagement des musiciens de l’ONL auprès des grandes stars du jazz que sont les frères Belmondo et Jacky Terrasson et le pianiste cubain Roberto Fonseca. L’offre audacieuse de faire groover l’orgue de l’Auditorium avec le Trio Rock The Organ. La proposition d’un concert participatif de Gospel. La mise en lumière de la musique de Barbara, 20 ans après sa disparition.

  • En 2017, quatre spectacles.

Le 28 septembre 2017 à 20h, une coproduction avec Jazz à Vienne réunit l’ONL conduit par Christophe Larrieu et Lionel Belmondo (saxophone, composition et arrangements), Stéphane Belmondo (trompette bugle), Jacky Terrasson (piano) accompagnés de Thomas Bramerie (contrebasse) et Simon Goubert (batterie). Ils honorent « Ravel et le Jazz ». Lionel Belmondo a arrangé un répertoire comportant des œuvres de Satie, Debussy et Ravel. Cette soirée met en évidence la modernité de Ravel.

Le 24 octobre 2017 à 20h, une coproduction avec Jazz à Vienne et Rhino Jazz(s) Festival présente la divine chanteuse, Dianne Reeves. Celle qui a conquis depuis 1987 tous les publics devant lesquels elle s’est exprimée, celle qui a été récompensée de cinq Grammys se présente avec le guitariste brésilien Romero Lubambo avec qui elle a engagé une collaboration fructueuse depuis déjà longtemps. A leurs côtés se produisent  Reginald Veal (contrebasse), Peter Martin (claviers) et Terreon Gully (batterie). La promesse d’une soirée où riment élégance et performance.

Le 27 octobre 2017 à 20h, hommage est rendu à la musique de Barbara, la grande chanteuse, auteure et compositrice disparue en 1997. Pour cette occasion le pianiste classique Alexandre Tharaud, à la carrière internationale, retrouve la comédienne Juliette Binoche pour mettre en lumière à la fois les mots et la musique de la Dame en noir à laquelle les deux artistes sont très attachés. Un propos minimaliste mais sans doute beaucoup d’émotion.

Le 19 novembre 2017 à 16h une coproduction avec Jazz à Vienne réunit sur scène deux monstres de la scène jazz, le pianiste Chick Corea et le batteur Steve Gadd. Les deux musiciens se sont retrouvés en 2016 à New-York après s’être croisés en 1969, 1977 et 1981. Ils présentent sur les scènes internationales un spectacle prometteur qui réunit autour d’eux des artistes dont les prestations ne cessent de faire l’unanimité : le guitariste Lionel Loueke, le saxophoniste et flutiste Steve Wilson, le bassiste Carlitos Del Puerto et le percussionniste Luisito Quintero. Pas de doute, la soirée sera tonique et festive.

  • En 2018, trois spectacles.

Le 26 mars 2018 à 20h, une nouvelle coproduction avec Jazz à Vienne présente Roberto Fonseca. Étoile incontestable du jazz cubain le pianiste vient en quartet sur la scène de l’Auditorium. Accompagné d’un trio 100% latino composé de Ramsès « Dynamite » Rodriguez (batterie), Adel González (percussions), Yandy Martinez Rodriguez (basse), le musicien va aussi se produire sur quelques morceaux accompagné par les cordes de l’ONL. La soirée promet de belles couleurs rythmiques et des envolées lyriques.

Le 12 avril 2018 à 20h et le 14 avril à 18h, en partenariat avec Jazz à Vienne, place à de dynamiques Concerts Participatifs autour d’œuvres célèbres de Gospel. Ces deux concerts prolongent le succès incroyable de Sweet Witness à l’Auditorium en janvier 2017. Les chanteurs reviennent donc avec l’ONL et des choristes de la région lyonnaise sous la direction de Pascal Horecka. Deux soirées magiques entre fête et exaltation.

Le 17 avril 2018 à 20h, le rock progressif investit l’orgue de l’Auditorium avec des musiques de Pink Floyd, Zappa, Metheny, Emerson Lake & Palmer et King Crimson. L’organiste Yves Rechsteiner est fasciné par la musique de Zappa et constitue le Trio Rock The Organ avec un percussionniste, Henri-Charles Caget et un guitariste électrique, Fred Maurin tous deux issus du monde du jazz. Ensemble ils ont élargi leur exploration du rock de Zappa aux univers d’autres groupes et musiciens fameux. L’assurance d’une soirée insolite.

Certes la rentrée de septembre 2017 peut paraître lointaine en ce mois de mai mais le temps passe vite. Pour anticiper et caler les agendas, une consultation du site de l’Auditorium de Lyon permet d’avoir plus de détails sur l’ensemble de cette « Programmation Jazz, Rock & Chanson Française ».

On gage que les spectateurs se mobiliseront nombreux sur les spectacles de la saison jazz 2017/18 et donneront encore une fois raison à l’AOL qui manifeste au fil des ans un réel souci de diversification des offres musicales et d’ouverture en direction de publics variés.

Clin d’œil à Isfar Sarabski & « Planet »

Clin d’œil à Isfar Sarabski & « Planet »

Le pianiste, compositeur et arrangeur, Isfar Sarabski présente son album « Planet ». A la tête d’un trio piano-basse-batterie, le musicien virtuose s’entoure aussi sur certains titres d’un orchestre à cordes. Il propose une musique qui crée des ponts entre jazz, mugham et musique classique. Quelques moments chargés d’émotion parsèment cet album détonnant d’énergie.

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« Bigre ! » & Célia Kameni… Nos Fontaines de Trevi

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L’aventure musicale de « Bigre ! » et Célia Kaméni se poursuit avec « Nos Fontaines de Trevi » en direction de l’Italie. Le big band et la chanteuse invitent à une escapade romaine vers le soleil. On fait le plein d’énergie et on se prépare à jeter une pièce dans la fontaine. ça fonctionne… la lumière … c’est la vie !

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Avishai Cohen dévoile « Two Roses »

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Sur « Two Roses », le contrebassiste Avishai Cohen livre un nouvel album. Entouré de son trio jazz et de l’Orchestre Symphonique de Göteborg dirigé par Alexander Hanson, le musicien fusionne jazz et musique symphonique. La puissance orchestrale enrichit la palette de couleurs de ses compositions. Tel un citoyen du monde, le leader réalise avec ce disque le projet d’une vie et célèbre celle qu’il envisage comme sa véritable patrie, la Musique.

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Label ECM-Focus8-Mai 2017 – Avishai Cohen

Label ECM-Focus8-Mai 2017 – Avishai Cohen

« Cross My Palm With Silver », méditation entre silence et gravité

« Label ECM-Focus8 » continue l’exploration du label ECM et de son identité singulière. Le 05 mai 2017 ECM propose « Cross My Palm With Silver » du trompettiste Avishai Cohen. Le quartet magnifie les nouvelles compositions.

« Label ECM-Focus8 » se penche sur « Cross My Palm With Silver », le deuxième opus du trompettiste Avishai Cohen paru le 05 mai 2017 chez ECM après « Into the Silence » paru sous le même label en 2016. Des cinq nouvelles compositions du trompettiste gravées sur cet opus se dégage un climat émotionnel poignant.

L’émotion ressentie à l’écoute de cet album tient autant au propos musical qu’au contexte qui a motivé l’écriture de l’album chez le trompettiste. Si l’album « Into the Silence » faisait suite à un deuil personnel du trompettiste (la perte de son père), cette fois Avishai Cohen se penche sur la situation politique et humaine qui affecte la scène internationale, les guerres qui touchent le Moyen-Orient mais aussi la violence qui affecte le monde.

Impuissant devant le climat politique qui règne au Moyen-Orient, Avishai Cohen, comme l’ont fait d’autres jazzmen avant lui (Mingus, Max Roach), utilise les titres de ses compositions pour pointer les injustices. Sans doute le titre de l’album qui signifie « graisser la patte », constitue-t-il une adresse vis à vis d’un destinataire que l’on n’identifie pas clairement. A travers « Cross My Palm With Silver », le compositeur exprime la volonté de participer à son humble mesure à apaiser le monde. De facto la musique parle pour le compositeur et l’on peut affirmer que les quatre interprètes portent haut sa parole.

De son album précédent, Avishai Cohen a conservé deux de ses partenaires, le batteur Nasheet Waits avec qui il travaille depuis plus de dix ans et le pianiste Yonathan Avishai, « son frère musical » avec qui il a joué la musique d’Ornette Coleman mais aussi les standards de Gershwin et d’Ellington. A la contrebasse, Eric Revis est remplacé par Barak Mori qu’il connaît depuis l’école secondaire et que l’on a récemment écouté aux côtés de Madeleine Peyroux (en 2016 sur « Secular Hymns »). Le trompettiste déclare que « l’association de tous ces musiciens constitue vraiment (s)a dream team ». Il est vrai qu’à l’écoute de l’album, on perçoit chez eux un sens naturel pour l’improvisation et une aptitude pour entrer en synergie avec le trompettiste.

« Cross My Palm With Silver ». La musique frappe par sa fluidité, par sa gravité et par le lyrisme du trompettiste. La dynamique musicale est faite de contrastes et les climats alternent. Moments méditatifs porteurs d’intense gravité où le silence prend sa part à l’expression et la densifie. Instants musicalement plus denses où s’élèvent les spirales ascensionnelles de la trompette. La connivence des interprètes est perceptible à travers la légèreté et la subtilité des échanges. La section rythmique prodigue au trompettiste un soutien dont la texture à la fois souple et fine favorise ses envolées lyriques ou ses réflexions méditatives.

En cinq titres tout est joué, tout est dit. L’album ouvre avec Will I Die, Miss? Will I Die? Le titre de la composition reprend la question posée par un jeune garçon syrien angoissé au personnel qui l’a secouru après une attaque au gaz toxique en Syrie. Sur des accords lancinants et réitératifs posés doucement par le piano, Avishai Cohen embouche la trompette bouchée pendant que le batteur caresse ses cymbales et que le son boisé de la contrebasse les soutient. Le tempo s’accélère, les échanges se densifient. De la trompette s’élève ensuite une improvisation magistrale où Avisahi Cohen se fait plus mélodique et plus lyrique encore.

D’une manière hésitante, le pianiste et le trompettiste ouvrent le Theme for Jimmy Greene. Sur cette ode apaisée, la trompette fait monter le niveau d’intensité dramatique pour terminer en un apaisement réflexif. Ce thème dédiée au saxophoniste Jimmy Greene fait écho au très bel album « Beautiful Life » que le saxophoniste a gravé en 2014 en hommage à sa fille Ana Grace tuée à 6 ans lors de la tuerie perpétrée en 2012 à l’école Sandy Hook.

340 down témoigne de la complicité extrême qui existe entre le trompettiste et le batteur. Des phrases de trompette obsédante soutenue par des frappes discrètes du batteur. Brève intervention du bassiste qui laisse se densifier le dialogue entre le trompettiste et le batteur qui croisent leurs phrases et dessinent un tissu musical à la trame d’une légèreté étonnante.

Shoot Me in The Leg commence par une litanie interrogative du pianiste vite rejoint par le reste du groupe. Les quatre musiciens déroulent un fil musical qui se densifie au fil des douze minutes de sa durée jusqu’à un superbe solo envoutant dont le classicisme surprend. Le silence s’inscrit dans le discours du trompettiste qui étire et pose ses notes comme un poète peaufine ses rimes.

50 Years and Counting  clôt l’album avec un thème plus libéré de la tension dramatique qui règne tout au long des quatre autres compoitions. La forme est plus classique et le pianiste plus présent. L’expression du trompettiste se fait quant à elle encore plus libre comme portée par un optimisme certain.

« Cross My Palm With Silver » a été enregistré en trois jours, du 14 au 16 septembre 2016, aux studios La Buissonne de Pernes les Fontaines par Gérard de Haro et Nicolas Baillard et produit par Manfred Eicher. Le son de l’album contribue pour beaucoup à la force de la musique. Chaque note de chaque instrument est mise en valeur. Les graves boisés de la contrebasse accentuent à bon escient le caractère dramatique, les notes du piano se détachent avec précision comme des perles égrenées, les aigus de la trompette se détachent du tissu musical et s’élèvent en spirales ascendantes d’une légèreté précieuse, le son des cymbales est rutilant. Avec quelquefois un soupçon d’écho, mais juste à bon escient.

Cet album s’inscrit tout à fait dans l’esthétique ECM si chère à Manfred Eicher. Encore une fois elle doit autant à la teneur des compositions qu’à l’interprétation des musiciens et au travail d’enregistrement et de mixage des ingénieurs du son.

Le trompettiste Avishai Cohen confirme sur « Cross My Palm With Silver » la force de son discours tressé à la fois d’une virtuosité tout en retenue et d’un lyrisme plein de grâce. Le son pur de la trompette ménage toujours de grands espaces au silence lors de ses improvisations. Son articulation demeure très précise avec ou sans sourdine. Capable de nuances le trompettiste continue à peaufiner son expression tout en conservant cette capacité extrême à maîtriser à la fois la puissance et la légèreté, à exprimer beaucoup en peu de notes.

La sortie de « Cross My Palm With Silver » est suivie d’une tournée européenne avec des concerts donnés en France. Pour écouter Avishai Cohen en quartet sur scène, rendez-vous le 13 mai à la Chapelle du Méjan, à Arles, le 18 mai à la Maison de la Culture d’Amiens, le 19 mai à Paris dans le cadre du festival Jazz à Saint-Germain-des-Prés à la Maison des Océans ou encore le 20 mai à Tours au Petit Faucheux. Plus de dates et de précisions sur le site du trompettiste Avishai Cohen.

A très bientôt dans une future chronique « Label ECM-Focus9 » avec d’autres enregistrements du Label ECM.

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David Enhco présente « Horizons », son 3ème album en quartet

David Enhco présente « Horizons », son 3ème album en quartet

La liberté atout majeur d’un album sans concession

Sur son troisième album, « Horizons », le compositeur et trompettiste David Enhco présente son nouveau projet musical. En quartet il explore des horizons ouverts où la liberté est reine. On est à la fois captivé et étonné par cette alchimie étrange où liberté coexiste avec solennité et spontanéité avec élégance.

On ne rappelle pas ici l’inlassable engagement musical de David Enhco né dans une famille de musiciens, devenu trompettiste et très vite impliqué sur les scènes auprès de Thomas, son frère pianiste. On n’évoque pas non plus sa participation aux aventures de l’Amazing Keystone Big-Band dont il assure la co-direction avec Bastien Ballaz, Jon Boutellier et Fred Nardin, ni même son compagnonnage musical auprès de la chanteuse Cecil McLorin Salvant mais on se penche sur « Horizons » le troisième épisode discographique de l’aventure engagée avec son quartet, un album où les surprises se suivent et ne se ressemblent pas

Après « La Horde » paru en 2013 chez Cristal Records puis « Layers » sorti en 2015 sous le label Nome (fondé par les musiciens du quartet et les frères Maxime et Adrien Sanchez), David Enhco présente « Horizons » (Nome/L’Autre Distribution) enregistré en décembre 2016 aux studios La Buissonne et sorti le 28 avril 2017. Sur cet opus le trompettiste s’exprime en quartet avec ses fidèles amis, le pianiste Roberto Negro, le contrebassiste Florent Nisse et le batteur Gautier Garrigue.

Sur « Horizons », David Enhco et son groupe dessinent plus précisément encore les contours de leur identité musicale qui doit beaucoup à ce continuum fidèle que le trompettiste entretient avec ses partenaires. Cela constitue sans doute un atout essentiel qui participe à l’évolution de la musique du quartet. En effet, s’exprimer librement est d’autant plus aisé que règnent au sein du groupe confiance et respect mutuels. Ainsi les musiciens peuvent mieux dialoguer, avancer, s’aventurer, innover et créer. C’est bien sur ce collectif que se fonde cet album qui intrigue autant qu’il séduit.

Les onze titres de l’album « Horizons » dessinent un monde musical empreint de nuances qui sont autant de surprises. Couleurs et ambiances alternent au gré de l’expression des musiciens qui savent renouveler leur discours. De plage en plage, les atmosphères varient, surprennent et captivent l’attention de l’auditeur. Soutenu par le collectif très soudé, le souffle de la trompette tempête ou murmure, son chant s’élève du groupe, se brise pour mieux s’élancer et tenter une nouvelle envolée. Les horizons ouverts par cet album font vibrer les amateurs de jazz improvisé.

Les deux improvisations collectives intitulées Interludes I et II témoignent vraiment du climat de liberté qui règne sur cet album tourné clairement du côté de ce qu’il est coutumier de nommer la musique improvisée européenne. La sonorité presque davisienne de la trompette sur L’éclat disparu composé par Gauthier Garrigue n’est pas sans rappeler les inflexions d’un certain Miles sur Blue in Green de l’album « Kind of Blue ».

Sur les compositions de Roberto Negro le climat est changeant. Comme suspendu et évanescent sur le nocturne Likasi, il n’est pas sans évoquer les dissonances du monde de Kenny Wheeler ou de celui de Jon Hassel. Sur Félix B. se dessine la trajectoire aventureuse et incertaine d’une trompette funambule qui hésite sur le fil tendu entre deux horizons. Le tempo se précipite sur L’inconnu et le couple d’amoureux. La musique devient alors une toile sur laquelle la trompette projette de fulgurantes interrogations.

La plume de Florent Nisse dessine les contours d’un univers musical que Nino Rota n’aurait pas dénié. Alors qu’Interspiratio déclenche chez David Enhco une profonde mélancolie, Questions come next entraîne le trompettiste dans un monde empreint de lyrisme et l’orchestre dans un tourbillon crescendo et résolutoire qui termine l’album en beauté.

On retrouve une relative continuité formelle entre les trois compositions du trompettiste. Touches délicates des lignes brisées de Sentinelle écrit par David Enhco « en pensant à une sorte de rempart mental contre la morosité. Un rappel pour rester joyeux même dans les moments difficiles ». Rythme ralenti comme étiré sur From the Horizon qui laisse entrevoir la lumière heureuse de Silver Lining.

On regarde avec bonheur vers les « Horizons » matures ouverts par le David Enhco Quartet et on se laisse porter par la musique pleine d’espoir de Sentinelle avec le superbe solo de contrebasse de Florent Nisse…

… et pour finir on conseille la consultation du site de David Enhco.

Le David Enhco Quartet présente le répertoire de l’album « Horizons » sur scène le mercredi 31 mai à 20h au Café de la Danse à Paris. En première partie, « Flux » avec Federico Cassagrande & Florent Nisse.
Clin d’œil à Isfar Sarabski & « Planet »

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« Bigre ! » & Célia Kameni… Nos Fontaines de Trevi

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L’aventure musicale de « Bigre ! » et Célia Kaméni se poursuit avec « Nos Fontaines de Trevi » en direction de l’Italie. Le big band et la chanteuse invitent à une escapade romaine vers le soleil. On fait le plein d’énergie et on se prépare à jeter une pièce dans la fontaine. ça fonctionne… la lumière … c’est la vie !

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Avishai Cohen dévoile « Two Roses »

Avishai Cohen dévoile « Two Roses »

Sur « Two Roses », le contrebassiste Avishai Cohen livre un nouvel album. Entouré de son trio jazz et de l’Orchestre Symphonique de Göteborg dirigé par Alexander Hanson, le musicien fusionne jazz et musique symphonique. La puissance orchestrale enrichit la palette de couleurs de ses compositions. Tel un citoyen du monde, le leader réalise avec ce disque le projet d’une vie et célèbre celle qu’il envisage comme sa véritable patrie, la Musique.

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Shahin Novrasli présente Emanation

Shahin Novrasli présente Emanation

A la croisée de l’Orient et de l’Occident

Shahin Novrasli présente Emanation, un album singulier. Originaire d’Azerbaïdjan, le pianiste puise son inspiration dans les musiques du Caucase, le jazz et la musique classique. Un jazz épicé, savant et élégant qui repousse les frontières musicales.

Après le disque « Bayati » gravé en 2014 avec Ari Hoenig et Nathan Peck, Shahin Novrasli présente à quarante ans son deuxième album, « Emanation » (Jazz Village/[Pias]), sorti le 07 avril 2017. On découvre une musique riche et inspirée, imprégnée de la rigueur du classique tout autant que de la tradition azérie et ponctuée d’improvisations étourdissantes.

Après avoir suivi un cursus typique de pianiste classique en Azerbaïdjan, il maîtrise les partitions de Bach, Mozart et  Rachmaninoff et se produit dès ses onze ans avec l’orchestre philharmonique d’Azerbaïdjan. Shahin Novrasli s’initie ensuite au jazz sous l’influence de Vagif Mustafa Zadeh, le père de la merveilleuse pianiste Aziza Mustafah Zadeh, plus guère présente sur les scènes jazz actuelles. Avec lui il apprend l’art qui consiste à mêler le jazz au mugham, cette musique azérie de forme modale où l’improvisation tient une place majeure.

A sa sortie du conservatoire national en 2000, Shahin Novrasli se tourne vers le jazz et les œuvres de Bill Evans et Keith Jarrett. Il commence à écrire ses premières compositions et se produit ensuite dans de nombreux festivals internationaux de jazz  comme Montreux en 2007. Installé à New-York, il rencontre un de ses héros, Ahmad Jamal qui lui apporte son soutien, ses conseils et coproduit aussi son album.

C’est d’ailleurs avec le contrebassiste James Cammack qui a longtemps joué avec Ahmad Jamal que Shahin Novrasli entre en studio à Paris en avril 2016 pour enregistrer « Emanation ». La batterie est tenue par l’incontournable André Ceccarelli. Sur quelques plages, intervient le percussionniste Erekle Kolava qui collabore régulièrement avec le pianiste. On note aussi la participation du violoniste Didier Lockwood sur Ancient Parallel où il soutient les psalmodies vocales du pianiste et sur le superbe Saga.

Sur les neuf plages de l’album « Emanation », Shahin Novrasli donne libre cours à son inspiration. Dans son univers musical se mélangent avec élégance, la musique classique, le mugham azerbaïdjanais et le jazz. Le pianiste fait dialoguer orient et occident. Il brode des mélodies dépaysantes sur des rythmes orientaux et utilise des harmonies puissantes portées par une énergie puisée dans les racines du jazz. Étourdissant et lyrique.

Sans doute le titre Tittle Tattle laisse augurer de l’esthétique rythmique qui pourrait présager de l’évolution musicale de Shahin Novrasli de même que le morceau Ancient Parallel où les origines orientales de la musique du pianiste dominent mais on demeure sous le charme du titre Emanation empreint de liberté, d’élégance et d’un lyrisme maîtrisé. De cette composition qui ouvre l’album émane une impression de fragilité et de nostalgie inspirée.

Pour Shahin Novrasli, « le plus important c’est la musique. Quand je joue ou que j’écris, je ne pense pas au jazz ou au mugham, je ne pense à aucun style en particulier. La musique doit être beauté, amour. »  Construit sur le principe de la spontanéité maximale, l’album laisse une grande part à l’improvisation chère au pianiste.

 

Pour s’immerger dans la musique étourdissante et lyrique de Shahin Novrasli, rendez-vous le le samedi 20 mai 2017 à 20h30 à la Maison des Océans, dans le cadre du festival Jazz à Saint-Germain-des-Prés à Paris.
Le pianiste de produit aussi en première partie des concerts des 05 et 06 juillet 2017 à 20h à l’OdéonThéâtre de l’Europe à Paris dans le cadre de « The Week Celebration of Ahmad Jamal ».
Clin d’œil à Isfar Sarabski & « Planet »

Clin d’œil à Isfar Sarabski & « Planet »

Le pianiste, compositeur et arrangeur, Isfar Sarabski présente son album « Planet ». A la tête d’un trio piano-basse-batterie, le musicien virtuose s’entoure aussi sur certains titres d’un orchestre à cordes. Il propose une musique qui crée des ponts entre jazz, mugham et musique classique. Quelques moments chargés d’émotion parsèment cet album détonnant d’énergie.

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« Bigre ! » & Célia Kameni… Nos Fontaines de Trevi

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L’aventure musicale de « Bigre ! » et Célia Kaméni se poursuit avec « Nos Fontaines de Trevi » en direction de l’Italie. Le big band et la chanteuse invitent à une escapade romaine vers le soleil. On fait le plein d’énergie et on se prépare à jeter une pièce dans la fontaine. ça fonctionne… la lumière … c’est la vie !

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Avishai Cohen dévoile « Two Roses »

Avishai Cohen dévoile « Two Roses »

Sur « Two Roses », le contrebassiste Avishai Cohen livre un nouvel album. Entouré de son trio jazz et de l’Orchestre Symphonique de Göteborg dirigé par Alexander Hanson, le musicien fusionne jazz et musique symphonique. La puissance orchestrale enrichit la palette de couleurs de ses compositions. Tel un citoyen du monde, le leader réalise avec ce disque le projet d’une vie et célèbre celle qu’il envisage comme sa véritable patrie, la Musique.

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« Think Bach Op.2 », Édouard Ferlet renoue avec Bach

Ferlet re-pense Bach

Après « Think Bach » paru il y a cinq ans, Édouard Ferlet renoue avec Bach sur « Think Bach Op.2 ». Une récidive de bon aloi où Ferlet, en piano solo, compose et improvise autour des œuvres de Jean-Sébastien Bach. Entre hommage introspectif et conversation passionnée.

La musique de Jean-Sébastien Bach constitue un réservoir infini d’inspiration pour le pianiste Édouard Ferlet qui entretient une relation suivie et plus qu’intime avec sa musique. En effet, après « Think Bach » paru en 2011 puis « Bach Plucked Unplucked » enregistré en 2015 avec la claveciniste Violaine Cochard, le pianiste de jazz récidive et renoue avec Bach. Il continue son exploration des partitions de Bach sur « Think Bach Op.2 » (Mélisse/Outhere) sorti le 28 avril 2017. Sur l’album, neuf compositions du pianiste et une interprétation du largo du Concerto pour clavecin n°5 en Fa mineur BWV 1056.

La première écoute de l’album suscite d’abord un moment d’incrédulité, « …comment, il approche de nouveau la musique de Bach ! » mais sitôt après survient l’étonnement, « surprenant, il est vraiment parvenu à renouveler son propos » et enfin, avec l’immersion totale, advient le plaisir inconditionnel que procure cet opus absolument addictif.

Avec « Think Bach Op.2 », Édouard Ferlet, déjà imprégné de l’œuvre de Bach, pénètre encore plus avant au cœur de l’écriture du Maître de Chapelle. Il se glisse dans la trame des partitions qu’il explore comme un chercheur en quête de compréhension. Pour cet album le pianiste dissèque les lignes musicales, pose, dépose et repose autrement les notes, dérange et change les rythmes, bouscule la structure de la musique de Bach. On se demande s’il s’agit d’une communion ou d’un jeu espiègle entre Ferlet et l’âme de la musique de Bach. Peut-être les deux à la fois d’aileurs.

La lettre introductive que le pianiste adresse à J.S. Bach dans le livret dit beaucoup de son rapport avec le compositeur baroque. Il le tutoie, c’est dire sa familiarité avec lui. A travers les termes de la missive on perçoit  la relation passionnée voire même physique entretenue avec la musique de celui qu’il admire. « … je te joue et joue avec toi. Mes doigts en folie courent et s’essoufflent dans l’ivresse et la rigueur de tes lignes, mes muscles se figent et se relâchent pour exprimer ma rage et ma passion ». Si Édouard Ferlet fait état de ses « anciennes blessures » ce n’est point pour s’en plaindre mais pour les évoquer comme un point de départ de sa renaissance.

Sur « Think Bach Op.2 », Édouard Ferlet communie avec la musique de Bach, ausculte sa respiration profonde et entre en relation intime avec les partitions dont il s’abreuve. Il communique avec le compositeur dont il explore l’écriture. Il la comprend et déjoue les difficultés. Il joue à déplacer les phrases, à modifier les intervalles, à décaler les rythmes et les cadences, à bousculer les lignes de construction. On ne parle pas de transgression mais plutôt d’une exploration de la substance musicale. Cette recherche en quête de compréhension nourrit son inspiration. En effet de cette démarche naît une nouvelle musique comme une filiation innovante et respectueuse.

A partir de techniques compositionnelles variées évoquées dans le livret, le pianiste apporte des touches contemporaines et se réapproprie la musique de Bach. Ferlet se projette dans le monde de Bach. Il pénètre dans le rythme, le son, la charpente de la musique et les accueille dans l’univers du jazz. Il explore même les mélodies comme sur les quatre minutes de la seule piste de l’album qu’il n’a pas composée. C’est en effet uniquement la mélodie qu’il restitue du largo du Concerto pour clavecin n°5 en fa mineur BWV 1056.  Moment surprenant et émouvant.

Crazy B est sans doute la pièce où l’on perçoit le plus la manière dont le pianiste compose un morceau à partir d’une phrase citée puis cernée contournée, reprise autrement, remise sur le métier, travaillée encore et encore, transformée jusqu’à devenir un leitmotiv rythmique étourdissant où une mélodie trouve place. Le pianiste propose ainsi à l’auditeur « plusieurs sas de décompression » comme des paliers qui familiarisent l’oreille à l’évolution progressive de la phrase originale.

Encore une fois Édouard Ferlet inscrit Bach dans l’espace de sa propre musique et lui ouvre la porte du jazz via ses compositions et ses improvisations. On est  touché par la sensibilité qui se dégage de Miss Magdalena (inspiré du prélude en ut majeur BWV 846) où le pianiste siffle à l’unisson un thème écrit dans la tessiture de son sifflet.

On se laisse emporter par la rythmique et les oasis mélodiques dépaysants de Es ist Vollbracht fort distancié de l’air de la Passion selon saint Jean BWV 245. On écoute Oves, pièce façonnée « autour de l’intervalle de seconde et de l’ostinato rythmique empruntés au Prélude en sol dièse majeur BWV 884 ». Édouard Ferlet la présente comme une « ouverture… généreuse, qui a le sourire solaire, comme la musique de Bach »

 

Édouard Ferlet sera en concert pour la sortie de son album au Café de la Danse à Paris le samedi 13 mai 2017 à 20h. Avec en invités Naïssam Jalal et Sonny Troupé.
Clin d’œil à Isfar Sarabski & « Planet »

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