Dmitry Baevsky présente « Soundtrack »

Dmitry Baevsky présente « Soundtrack »

Album photo musical

Le saxophoniste Dmitry Baevsky présente son 9ème album, « Soundtrack ». En treize tableaux, l’altiste brosse l’album photo musical de son parcours de vie. Avec éclat et lyrisme, il parcourt l’histoire du jazz et délivre une musique au pouvoir narratif puissant.

A la tête d’un quartet à la cohésion inébranlable, le saxophoniste Dmitry Baevsky offre avec « Soundtrack », un album saisissant d’énergie et de lyrisme. Sorti le 21 mai 2021, ce neuvième album du leader a été enregistré à New York pour le label Fresh Sound New Talent. Autour de l’altiste sont réunis le pianiste Jeb Patton, le contrebassiste David Wong et le batteur Pete Van Nostrand.visuel de l'album Soundtrack de Dmitry Baevsky

L’album évoque Saint-Pétersbourg, les rives gelées de la Neva, les grandes avenues new-yorkaises, la difficulté d’être un étranger dans une grande ville, les clubs bondés de Greenwich Village, la nostalgie, la beauté de Paris, l’excitation des nouveaux départs. On passe d’une chanson populaire russe à un thème d’Ornette Coleman, de Sonny Rollins, d’une mélodie classique tirée de l’opéra « Le Prince Igor » d’Alexandre Borodine à une chanson de Michel Legrand écrite pour « Les Demoiselles de Rochefort », de compositions de sa plume à un standard qui narre l’automne à New York.

« Soundtrack » met en évidence éclectisme et le talent insolent de cet altiste au son unique. Avec élégance, Dmitry Baevsky inscrit son propos musical dans l’histoire du jazz. Sans forcer son art, il impressionne par son jeu technique exemplaire autant qu’il émeut par sa verve mélodique et son lyrisme inspiré.

Saint-Pétersbourg… New York… Paris

Saint-Pétersbourg

Fils unique d’un écrivain et d’une traductrice, Dmitry Baevsky grandit à Saint-Pétersbourg où il est né (la ville s’appelait alors Léningrad).

« Mon premier saxophone venait de Tchécoslovaquie. Je suis entré dans une école de musique à 14 ans et me suis inscrit pour faire partie du big band. Mon intention initiale était de jouer de la guitare, mais ils manquaient de saxophonistes dans la section des cuivres et je me suis retrouvé avec un alto… » Il se découvre alors une véritable passion pour la musique. En 1991, le jeune musicien intègre le Mussorgsky College of Music à Saint-Pétersbourg et étudie avec le brillant saxophoniste russe Gennady Goldstein.

Au Jazz Philharmonic Hall de Saint-Pétersbourg (l’un des principaux clubs de jazz de la ville), il rencontre Ann et Bob Hamilton, un couple américain qui assiste à son concert et lui propose de l’aider à se rendre à New York pour un stage de jazz de 2 semaines.

« J’ai manifesté mon intérêt et un an plus tard, ils avaient obtenu un visa pour moi et proposaient de me loger pendant mon séjour ».

New York

Dmitry Baevsky débarque à New York et « Le court voyage prévu s’est prolongé en un séjour de six mois chez les Hamilton. »

Il auditionne pour intégrer le département Jazz de la prestigieuse New School University de New York. Il obtient une bourse pour sa scolarité complète à la suite de quoi il quitte la Russie qu’il ne reverra que quinze ans plus tard. A la fin de ses études, il est un membre à part entière de la scène jazz locale et décide alors de s’installer à New York.

Avec son timbre sombre et chaleureux, sa technique redoutable et un sens évident du drive, Dmitry Baevsky est devenu l’un des saxophonistes incontournables de la scène jazz new-yorkaise. Parmi les musiciens avec lesquels il a joué ou enregistré, on peut citer Benny Green, Peter Washington, Willie Jones III, David Hazeltine, “Killer” Ray Appleton, David Williams, Peter Bernstein, Cedar Walton, Dennis Irwin, Jeremy Pelt, Joe Cohn, Steve Williams, Joe Magnarelli, Jesse Davis, Ryan Kisor, Gregory Hutchinson, Roger Kellaway, Leon Parker, Dena De Rose et bien d’autres encore.

« New York est une ville si contrastée ; accueillante et gratifiante un jour, cruelle et solitaire le lendemain. J’ai passé la plus longue partie de ma vie là-bas et je me considère toujours comme un New-yorkais. »

Paris

Dmitry Baevsky a découvert la capitale française au fil de ses tournées régulières en Europe. En 2016, il s’installe à Paris avec sa famille tout en maintenant une forte connexion professionnelle avec New York.

Nouvelle ville, nouvelle vie, nouvelles scènes. Les années passent et avec « Soundtrack », le saxophoniste livre un album très personnel où il offre des portraits musicaux de sa vie.

« Les treize morceaux de ce disque peuvent s’écouter comme on tourne les pages d’un album photo : la musique que j’ai choisie pourrait être la bande originale de ma vie. J’espère qu’en l’écoutant, vous pourrez entrevoir mon histoire. »

Au fil des pistes

Avec Evening Song, on imagine suivre le saxophoniste à travers les rues de sa ville natale. Dans un style West Coast, l’alto dessine sur la composition de Vasily Solovyov-Sedoi, une ligne mélodique empreinte de mélancolie qui serpente, irriguée de fulgurances. Le registre médium de l’alto évoque le souffle chaud d’un ténor mais le phrasé très vif de son solo ne laisse aucun doute quant à l’instrument. Sur Vamos Nessa de Joao Donato, le jeu saccadé de l’alto évolue en même temps que celui du piano. Haletant voire même convulsif, il n’en demeure pas moins fluide.

Sur sa composition Baltiyskaya, Dmitry Baevsky manifeste une grande affinité pour le blues mineur. Il fait preuve d’une virtuosité maitrisée et déconcertante pimentée de fulgurances qui ne sont pas sans évoquer celles d’Art Pepper. Dans ce style bop, le pianiste s’exprime avec une grande liberté harmonique. C’est avec souplesse que le saxophoniste adapte ensuite la composition de Sonny Rollins, Grand Street. La sonorité de l’alto est profonde et chaleureuse et son jeu explosif. Le solo du pianiste au toucher précis rappelle nombre de ses influences et la courte improvisation chantante du contrebassiste permet d’apprécier le son boisé de son instrument.

Dmitry Baevsky

Dmitry Baevsky©Capucine de Chocqueuse

Plus loin, le quartet restitue à merveille sur The Jody Grind, le style funky d’Horace Silver, compositeur du thème. Tel un acrobate, l’alto balance entre emphase et souplesse. Sans transition, le saxophone adopte ensuite une sonorité plus veloutée et un débit déconcertant de fluidité pour interpréter avec une belle élégance, La Chanson de Maxence, composée par Michel Legrand pour son film « Les Demoiselles de Rochefort ». C’est ensuite Over and out, un titre du leader que le quartet interprète. Sur ce morceau inscrit dans le plus pur style bop, l’alto saisit autant par sa fougue que par la souplesse de son discours articulé avec dextérité sur un tempo ultra rapide.

Avec délicatesse et sur une rythmique originale, le quartet réactualise Le Coiffeur. Sur ce thème de Dexter Gordon, l’alto s’exprime avec lyrisme et prouve combien il maîtrise l’art de l’accentuation tout au long de ses phrases développées avec souplesse et vélocité. Les quatre complices interprètent ensuite avec fidélité une reprise du thème d’Ornette Coleman, Invisible. Après le chorus fluide et agile de l’alto, le piano tranche par un propos plus insurrectionnel.

Le contraste avec la ballade qui suit, est saisissant. En effet, sur Autumn in New York, le saxophone adopte un son rond et moelleux et son jeu manifestement imprégné d’une influence West Coast, livre une autre facette de son expression. On se souvient alors de Benny Carter ou Johnny Hodges. Un pur délice !

Place ensuite à un autre grand standard avec une reprise de Stranger in Paradise sur lequel le saxophoniste balance entre douceur et énergie, avec une aisance rythmique renversante. Sur Tranquility, le quartet restitue tout à fait l’esprit serein de la composition d’Ahmad Jamal. Le piano groove avec un feeling remarquable puis le solo de l’alto ondule avec une vigueur à laquelle ne manque ni grâce ni nuance.

L’album se termine avec Afternoon in Paris. Après une introduction de l’alto à la sonorité cette fois plus tranchante, la contrebasse offre une improvisation chantante puis, saisit de fièvre, le saxophone se lance dans un solo aventureux plein d’agilité et d’inventivité accompagné par le duo rythmique avec qui il échange avec un plaisir palpable. Un superbe hommage à Paris.

Avec « Soundtrack », Dmitry Baevsky prouve qu’il fait partie de ces altistes avec lesquels le jazz doit compter. Brillant, véloce, élégant et émouvant.

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