Coup de cœur pour Didier Ithursarry Trio & « Atea »

Coup de cœur pour Didier Ithursarry Trio & « Atea »

Une porte ouverte sur un univers vibrant

Sur « Atea » l’accordéoniste Didier Ithursarry ouvre la porte de l’univers qu’il a créé avec Pierre Durand à la guitare et Joce Mienniel aux flûtes. Loin des formats habituels, le trio invite à pénétrer dans un espace vibrant qui puise son inspiration dans le monde, ses paysages et ses traditions musicales. Inspirés, les musiciens fondent un monde imaginaire qui transporte l’oreille dans des ailleurs dépaysants, vibrants et passionnants.

Annoncé pour le 31 janvier 2020, l’album « Atea » (LagunArte Productions/L’autre distribution) fait partie des bonnes surprises de ce début d’année. Entouré du guitariste Pierre Durand et du flûtiste Joce Menniel, l’accordéoniste aux origines basques, Didier Ithursarry, chemine loin des chemins battus, aux antipodes du déjà (trop) vu, connu, entendu.

Le Cuareim Quartet rejoint le trio sur la Forró Suite arrangée par Geoffroy Tamisier. Ce quatuor à cordes né au Mexique de la rencontre de Rodrigo Bauza (violon), Federico Nathan (violon), Olivier Samouillan (alto) et Guillaume Latil (violoncelle) contribue à enrichir le propos des six mouvements de la suite.

Didier Ithursarry place sa musique sous le signe des « Illuminations » (Départ/Illuminations) d’Arthur Rimbaud….

Assez vu. La vision s’est rencontrée à tous les airs.
Assez eu. Rumeurs des villes, le soir, et au soleil, et toujours.
Assez connu. Les arrêts de la vie. – Ô Rumeurs et Visions !
Départ dans l’affection et le bruit neufs !

« Atea », la porte

Le titre de l’album résonne comme une clé. En langue basque, Atea signifie la porte, celle qu’on ouvre ou ferme, celle qui rassure, qui claque, qui invite ou intrigue. Témoin, gardienne d’histoires de vies, d’humeur et de sueur. Protectrice de secrets.

Entrer ou sortir. S’arrêter. S’abriter. Traverser. Passer d’un monde à un autre, de l’ici vers l’ailleurs, du souvenir à la destination rêvée, du réel à l’imaginaire, jusqu’à l’inconscient. Accueillir l’autre et ses traditions puis échanger.

De fait, sur « Atea », le trio de Didier Ithursarry ouvre grand sa porte à des influences venues d’ailleurs. Enrichis de ces apports, les musiciens inspirés s’aventurent sur des sentiers non balisés. Ils captent l’air, la lumière, le vent, les poussières, les effluves, les sons et de ces ailleurs musicaux dont ils s’abreuvent. Ils invitent ensuite l’oreille à franchir le seuil de leur univers musical et l’accueillent dans l’intimité de leur musique.

Via les impressions transmises par la musique, on accède à des paysages, des sensations, on franchit la porte du 221B Baker Street à Londres, on s’aventure dans une habitation du Pays Dogon au Mali, on suit le chemin laborieux des forçats de Guyane, on s’abrite sous une tente dans le désert de Gobi entre Chine et Mongolie, on passe le seuil d’une maison du quartier Lapa de Rio, on fait escale au Mexique, on pénètre dans une ferme basque… et partout, on se sent chez soi.

Au fil des douze titres… entre danse et rêverie

Avec l’accordéon, la guitare et les flûtes, on embarque dans un voyage sensible, captivant et envoûtant ponctué par des mouvements virevoltants, vigoureux, légers, poétiques, langoureux ou mélancoliques.

En parfaite symbiose les trois musiciens ouvrent une première porte sur l’univers de Forçats. A l’unisson, l’accordéon, la guitare et la flûte mêlant souffle et effets de voix entament une mélodie intrigante. Avec eux on entre dans la danse virevoltante et harassante de la marche et des travaux des forçats. La caravan’trio donne ensuite à entendre sa marche laborieuse qui parcourt tour à tour la steppe, le désert et les oasis du très expressif Gobi. Une sorte de blues où l’on ressent tour à tour le soleil ardent et le froid nocturne. Le vent piquant tourbillonne à travers les notes enivrantes de la flûte virtuose.

couverture de l'album Atea de Didier Ithursarry TrioDans un développement quasi cinématographique, le trio étoffé du « Cuareim Quartet » développe les six mouvements de la Forró Suite et emporte la musique dans le Nordeste du brésil. D’entrée, l’accordéon à la sonorité lunaire caresse une mélodie mélancolique sur un écrin de cordes. Sur le deuxième mouvement, les sept musiciens jouent ensemble jusqu’à donner le tournis. Les envolées bondissantes de la flûte, le phrasé sensuel de l’accordéon et le rythme lascif de la guitare donnent le tournis et l’envie de danser le baião avec eux. Sur le troisième mouvement, le quartet à cordes ouvre un espace musical onirique puis, accordéon et guitare dessinent des lignes musicales sensibles chargées d’un tendre spleen. La guitare insuffle ensuite un climat plus folk au quatrième mouvement où les nappes sonores des cordes et la flûte au timbre coloré content une histoire musicale mystérieuse. Les notes tendres et lyriques de l’accordéon flottent plus tard sur le tapis sonore romantique que tisse le quartet à cordes. La suite s’achève par une farandole qui reprend le thème du deuxième mouvement et incite à danser jusqu’à l’ivresse.

Avec Mali le voyage change de continent. Sur une rythmique réitérative de l’accordéon, guitare et flûte attisent le feu de la mélodie jusqu’à l’hypnose. Avec Sherlok, on franchit la porte d’un monde étrange chargé d’une langueur mélancolique où la musique éthérée flotte comme en apesanteur.

C’est ensuite un hommage tendre et sensible à l’âme basque que rend l’accordéon en solo sur Gizian Argi Hastian, une très belle mélodie que le poète musicien Etxahun Iruri, a composé en travaillant dans les champs et en soignant ses bêtes. l’album se termine par un feu d’artifice d’allégresse avec Mariachi for Aita que l’accordéoniste adresse au père, aita en basque, le sien sans doute mais pourquoi pas à tous les pères.

Pour s’immerger dans l’univers lumineux et vibrant de « Atea » et retrouver Didier Ithursarry (accordéon); Pierre Durand (guitare) et Joce Mienniel (flûtes),  RV à Paris le 18 mars 2020 lors du concert de lancement de l’album au Studio de l’Ermitage.

Clin d’œil à Rosario Giuliani & « Love In Translation »

Clin d’œil à Rosario Giuliani & « Love In Translation »

Le saxophoniste italien Rosario Giuliani présente « Love In Translation », un album qui scelle son retour sous le label Jando Music/Via Veneto Jazz. Il retrouve pour l’occasion le vibraphoniste américain Joe Locke avec lequel il a engagé une collaboration débutée il y a 20 ans à Umbria Jazz. Servi par une rythmique subtile et efficace, le duo célèbre l’amour avec chaleur et lyrisme. L’opus à l’esthétique soignée navigue entre tendresse et mélancolie. Gorgée de sensibilité et d’émotion, la musique enchante.

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Robin McKelle revient en force avec « Alterations »

Robin McKelle revient en force avec « Alterations »

Robin McKelle présente « Alterations », un huitième album consacré à la reprise de chansons popularisées par des artistes féminines. Sa démarche s’inscrit dans l’histoire du jazz où les standards réinterprétés à l’envi n’en finissent pas d’être recréés. Dans cette dynamique, la chanteuse modifie le cadre originel des morceaux, son chant revisite le contexte musical et les titres prennent de nouvelles couleurs. Avec musicalité et sensibilité, elle fusionne de nombreux genres dans sa musique. Une belle réussite !

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Clin d’œil à « Toku In Paris »

Clin d’œil à « Toku In Paris »

Avec « Toku In Paris, », le trompettiste et chanteur japonais Toku présente son nouveau projet enregistré en Europe. Entouré de six musiciens chevronnés, il invite la chanteuse, parolière et compositrice Sarah Lancman. L’oreille se laisse entraîner avec bonheur à leur suite dans une promenade poétique sur des routes où se croisent amour et jazz. Un opus soigné dont l’élégance sereine se double de charme et de sensibilité.

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Clin d’œil à « Prévert Parade », Minvielle & Papanosh

Clin d’œil à « Prévert Parade », Minvielle & Papanosh

Quand Liberté rime avec Poésie, Humour & Musique

Le vocalchimiste André Minvielle et le quintet normand Papanosh ont mis en musique textes et poèmes de Jacques Prévert. Sur « Prévert Parade », les six complices font swinguer la poésie de Prévert. Animées par un même esprit libertaire, poésie et musique dialoguent en fanfare. Mots et tempo battent des mains, les vers valsent et entrent en transe. Une fête enlevée où liberté rime avec Poésie, Humour et Musique.

« Prévert Parade » (La C.A.D./Label Vibrant/L’Autre Distribution) scelle sur disque la rencontre entre la poésie de Jacques Prévert et la musique du chanteur André Minvielle et de Papanosh, le quintet du collectif rouennais « Les Vibrants Défricheurs ». Le chanteur gascon s’est associé aux cinq trublions de Papanosh pour composer des musiques sur des textes de Jacques Prévert.

Une même liberté habite les vers et la musique. Présent au fil des rimes, l’humour résonne et rebondit aussi au long des portées musicales. Au final, ça valse, ça grogne, ça éructe, ça groove en fanfare. Une ode joyeuse où notes et mots dansent en chœur. Pour les oreilles curieuses en quête de surprise, « Prévert Parade » est une aubaine inouïe.

Le projet « Prévert Parade »

C’est lors d’une des fameuses Hestejadas de las arts d’Uzeste Musical qu’André Minvielle croise la route du collectif normand Papanosh. La première rencontre se poursuit par d’autres collaborations entre les allumés inspirés toujours avides d’inventer et de renouveler leur art et le vocalchimiste gascon collecteur d’accent, scatteur devant l’éternel et jongleur de syllabe.

Pour ce qui concerne Prévert, l’histoire commence lorsque Fellag confie à André Minvielle le poème « Étranges étrangers » de Prévert que le chanteur interprète à sa manière et enregistre en 2016 sur son album « 1Time ». Lors d’une soirée hommage au Théâtre des Bouffes du Nord à Paris, la petite-fille de Prévert, Eugénie Bachelot-Prévert, propose au chanteur de continuer un travail de relecture des poèmes de Prévert.

Pour ce faire, André Minvielle travaille avec Papanosh composé de Raphaël Quenehen (saxophones, chant), Quentin Ghomari (trompette, trompette à coulisse), Sébastien Palis (piano, orgue, chant), Thibault Cellier (contrebasse, chant), Jérémy Piazza (batterie, percussions, chant), dans la perspective d’une création autour des poèmes de Jacques Prévert dont les contenus demeurent (tristement) d’actualité dans le monde actuel.

Le pari est de taille car il s’agit de mettre en musique les mots du poète sans omettre de conserver son esprit libertaire mais il est vrai que tant Minvielle que Papanosh émergent largement sur ce territoire. Ainsi, co-produite par l’association Les Chaudrons d’André Minvielle et La Fraternelle de Saint Claude (39), la création « Prévert Parade » voit le jour en 2018 après une résidence du 10 au 15 septembre 2018 à La frat’.

L’album « Prévert Parade »

De fait la versification poétique de Prévert possède un rythme intrinsèque et génère une tension rythmique qui fait fi des règles de la métrique musicale. Pourtant Prévert a peu écrit pour la chanson, ce sont les musiciens qui ont mis ses textes en musique, musiciens parmi lesquels on peut certes citer Kosma mais aussi Sebastian Maroto, Henri Crolla, Christiane Verger, Hanns Eisler, Louis Bessières, et plus récemment Vanina Michel.Couverture de l'album Prevert Parade de Minvielle et Papanosh

Il a fallu la liberté inventive parée d’un brin de folie des compositions d’André Minvielle, Quentin Ghomari, Thibault Cellier, Sébastien Palis et Raphaël Quenehen pour insuffler une vie musicale au douze poèmes de Jacques Prévert gravés sur l’album « Prévert Parade » (La C.A.D./Label Vibrant/L’Autre Distribution) à paraître le 31 janvier 2020. Si les poèmes choisis pour figurer sur « Prévert Parade », mettent l’humour et l’absurde au cœur de leur propos, il n’empêche que la dimension politique n’en est pas absente loin de là. L’armée n’y a pas bonne presse, pas plus que les tenants du pouvoir. 

On peut dire que les six complices ont mis Les petits plats dans les grands pour faire Cortège aux poèmes de Jacques Prévert. Si La guerre est évoquée c’est pour lui préférer la paix, Les belles familles convoquent L’Amiral auquel elles donnent Quartier libre à Alicante. Ensuite les musiciens convoquent La brouette ou les grandes inventions qu’ils poussent Un matin rue de la Colombe. C’est alors que d’Étranges étrangers chantent pour que n’advienne pas Le combat avec l’Ange. Destiné se présente avant que ne retentisse le bluesy Chant Song. Le répertoire se termine avec Séganagramme, paroles de Minvielle et musique de Raphaël Quenehen.

Loin de toutes les conventions, « Prévert Parade » propose une musique populaire imprégnée de liberté, d’humour et d’un grain de folie qui éclairent la poésie de Prévert de vibrations actuelles. Fanfare insolente, marche martiale, groove cuivré, murmures feutrés, rythmiques cubaines, java-valse, blues poignant, fulgurances free, et syncopes énergiques entrent en résonance avec les mots du poète.

Pour découvrir et vivre live « Prévert Parade », quelques RV se profilent, le 11 février 2020 au Théâtre de Gascogne à Mont-de-Marsan, le 12 février 2020 à Cenon au Rocher de Palmer, le 14 février 2020 au Théâtre d’Orléans à Orléans et le 24 mars 2020 à La Dynamo de Banlieues Bleues à Pantin dans le cadre du 37ème festival Banlieues Bleues.

Clin d’œil à Rosario Giuliani & « Love In Translation »

Clin d’œil à Rosario Giuliani & « Love In Translation »

Le saxophoniste italien Rosario Giuliani présente « Love In Translation », un album qui scelle son retour sous le label Jando Music/Via Veneto Jazz. Il retrouve pour l’occasion le vibraphoniste américain Joe Locke avec lequel il a engagé une collaboration débutée il y a 20 ans à Umbria Jazz. Servi par une rythmique subtile et efficace, le duo célèbre l’amour avec chaleur et lyrisme. L’opus à l’esthétique soignée navigue entre tendresse et mélancolie. Gorgée de sensibilité et d’émotion, la musique enchante.

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Robin McKelle revient en force avec « Alterations »

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Robin McKelle présente « Alterations », un huitième album consacré à la reprise de chansons popularisées par des artistes féminines. Sa démarche s’inscrit dans l’histoire du jazz où les standards réinterprétés à l’envi n’en finissent pas d’être recréés. Dans cette dynamique, la chanteuse modifie le cadre originel des morceaux, son chant revisite le contexte musical et les titres prennent de nouvelles couleurs. Avec musicalité et sensibilité, elle fusionne de nombreux genres dans sa musique. Une belle réussite !

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Clin d’œil à « Toku In Paris »

Clin d’œil à « Toku In Paris »

Avec « Toku In Paris, », le trompettiste et chanteur japonais Toku présente son nouveau projet enregistré en Europe. Entouré de six musiciens chevronnés, il invite la chanteuse, parolière et compositrice Sarah Lancman. L’oreille se laisse entraîner avec bonheur à leur suite dans une promenade poétique sur des routes où se croisent amour et jazz. Un opus soigné dont l’élégance sereine se double de charme et de sensibilité.

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Clin d’œil à RP3 & « In Odd We Trust »

Clin d’œil à RP3 & « In Odd We Trust »

Étrange rêve groovy

En 2020, Rémi Panossian Trio fête ses dix années d’existence et saisit l’occasion pour sortir un cinquième opus. Le titre, « In Odd We Trust », et la pochette annoncent la couleur. Étrange, vous avez dit étrange ?… en fait, pas si étrange que cela de la part de ce trio RP3 inventif et espiègle. Cet album anniversaire aurait tout aussi bien pu s’intituler « Dream & Groove ».

Depuis 10 ans, Rémi Panossian Trio, ou plus simplement RP3, n’a eu cesse de se démarquer dans le très dense univers des trios jazz piano-(contre)basse-batterie. De « Add Fiction » (2011) à « Morning Smile » (2017), en passant par « RP3 » (2015) puis « Bbang » (2016), le pianiste Rémi Panossian, le contrebassiste Maxime Delporte et le batteur Frédéric Petitprez ont élaboré leur musique. Elle évolue dans un périmètre dont les limites semblent extensibles et dont les codes sont en prise avec le monde actuel.

RP3 a construit sa musique en référence à une recette savamment dosée dont le trio préserve le secret. En effet, dans leur shaker les trois bartenders mixent en toute liberté impros jazz et riffs pop, rythmique rock et mélodies lyriques, le tout pimenté d’un zeste de folie et d’un soupçon d’étrangeté. « In Odd We Trust » (Add Fiction/L’Autre distribution), le cinquième album du trio annoncé pour le 31 janvier 2020 ne déroge pas à sa cuisine savante et son écoute ne laisse pas indemne.

Étrange, vous avez dit étrange ?

couverture de l'album In Odd We Trust de RP3A dire vrai, la pochette de l’album affiche plus d’étrangeté que la musique. Au recto comme au verso coexistent absurde, fantaisie, imaginaire et surréalisme.

Sur le recto on trouve des rappels de titres de l’album, un clou et une panthère, des collines avec le Christ d’Ipanema et la statue de la Liberté, un auto portrait de Van Gogh qui aurait avalé une pieuvre, des animaux farceurs. Dans le ciel, des oiseaux en vol, une soucoupe volante, des dirigeables, des ballons en baudruche et un astronaute fou. Sur un banc trois vieillards grimés assis sur un banc avec à leurs pieds un téléphone rouge (!), une bouteille (vide?) après une partie de bowling et en arrière-plan, trois silhouettes dans le sable occupées à jouer ou à plonger dans une baignoire (vide sans doute)… quant au verso, on y devine des champignons (hallucinogènes), Autant dire que ça plane!

On l’aura compris, pour le trio tout est possible, rien n’est inimaginable.

« In Odd We Trust »

Sur les dix plages de l’album le trio en communion propose un jazz contemporain contrasté. La musique navigue entre énergie et poésie, légèreté et facétie, fluidité et groove. On est frappé par la mise en place rythmique, les riffs mélodiques entêtants et la liberté des improvisations.

En ouverture, la rythmique binaire rock de Seven Hills devient organique et le piano fait tourner en boucle la mélodie métronomique qui n’en finit pas de groover. Le trio continue avec Vengeance tardive, une mélodie élastique et sautillante qui se densifie sans pour autant perdre sa bonne humeur que le piano espiègle insuffle.

Plus loin, le piano déambule paisiblement sur After Van Gogh, une ballade mélancolique qui inspire à la contrebasse un solo poétique et au piano un jeu sensible. Advient ensuite Dr Vincent, une composition au climat funky que n’aurait pas renié Horace Silver. Riche en contrastes, le thème donne à entendre des ruptures fort maîtrisées dans les cadences rythmiques et les développements mélodiques. Ce morceau porte en lui l’essence même de l’art de ce trio acoustique.

Habile à distiller les contrastes, RP3 continue avec Bye Bye Tristesse qui se métamorphose en bain de jouvence après un court solo ensoleillé de contrebasse et une méditation pianistique. Après une telle plénitude, le climat de Junkie Babies assombrit le paysage musical. Les arpèges répétitifs du piano instillent d’abord une dose d’étrangeté puis la tension monte sur le clavier jusqu’à atteindre une transe radieuse.

Songe éveillé, Walking Trees évoque une randonnée musicale au-dessus de laquelle plane le fantôme d’un trio mythique, celui d’E.S.T. La promenade continue avec Wind Memories où la tristesse rêveuse du piano ruisselle tout au long du motif continu de contrebasse que soutiennent les balais mousseux de la batterie. RP3 excelle de complicité sur Think One Thing and Sing dont la ligne mélodique réitérative permet au piano virtuose de groover en totale symbiose avec la rythmique tendue.

L’album se termine avec le très singulier Le Clou et la Panthère. Après un début pseudo laborieux se développe une ligne de basse continue puis un chorus étincelant du piano, un solo ardent de la batterie et après une tension extrême, le trio facétieux fait se dégonfler la (panthère) musique.

« In Odd We Trust », un album/cocktail savamment dosé et addictif en diable. Après une première gorgée du mélange on est tenté par une deuxième puis on en redemande une troisième avant de se jeter sur la piste suivante et d’écluser les dix titres jusqu’à plus soif !

Pour retrouver RP3 et les ambiances contrastées de l’album « In Odd We Trust », plusieurs RV se profilent. Le 05 février 2020 au Metronum de Toulouse, le 21 février 2020 à La Maison du Savoir de Tarbes et le 10 mars 2020 à Paris au New Morning. ICI, pour plus de détails sur la tournée de RP3

Clin d’œil à Rosario Giuliani & « Love In Translation »

Clin d’œil à Rosario Giuliani & « Love In Translation »

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Robin McKelle revient en force avec « Alterations »

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Clin d’œil à « Toku In Paris »

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Jazz à Vienne 2020 – Swing XXL le 09 juillet

Jazz à Vienne 2020 – Swing XXL le 09 juillet

Wynton Marsalis & Jazz At Lincoln Center-Count Basie Orchestra

Le festival « Jazz à Vienne » lève le voile sur la programmation de la soirée du 09 juillet 2020. Elle s’annonce « Swing » avec Wynton Marsalis & Jazz at Lincoln Center et The Legendary Count Basie Orchestra avec Patti Austin pour un hommage à Ella Fitzgerald. Du Swing XXL avec deux big bands sur la scène du Théâtre Antique !

Après avoir dévoilé son affiche et annoncé les quatre premiers noms de la programmation de sa 40ème édition en décembre 2019, le festival Jazz à Vienne met l’eau à la bouche aux amateurs de big bands en révélant l’intitulé et la teneur de la soirée du 09 juillet 2020.

Cette « Soirée Swing » XXL va rassembler deux big bands mythiques du jazz, Jazz at Lincoln Center avec Wynton Marsalis et The Legendary Count Basie Orchestra avec Patti Austin.

Jazz At Lincoln Center avec Wynton Marsalis

Wynton Marsalis Soirée Swing XXL l 09 juillet 2020 à Jazz à Vienne

Wynton-Marsalis©Frank Stewart

Natif de la Nouvelle Orléans et membre illustre de la famille Marsalis du pianiste Ellis Marsalis, le trompettiste Wynton Marsalis a été révélé dans les années 80 alors qu’il tournait avec les Jazz Messengers d’Art Blakey.

Aujourd’hui il inscrit son travail dans la tradition du jazz originel et dans ce cadre assure la direction musicale du Lincoln Center Jazz Orchestra, big band. Cet orchestre figure au sommet de la hiérarchie mondiale des plus célèbres big bands.

La dernière venue du Lincoln Center Jazz Orchestra dont Wynton Marsalis remonte à 2009 et son retour sur la scène du Théâtre Antique de Vienne est un évènement réjouissant.

Count Basie Orchestra dirigé par S. Barnhart avec Patti Austin

 Dirigé par le trompettiste Scotty Barnhart, le légendaire Count Basie Orchestra renoue lui-aussi avec le Théâtre Antique de Vienne.

Count Basie Orchestra Soirée Swing XXL le 09 juillet 2020 à Jazz à ViennePatti Austin avec Count Basie Orchestra Soirée Swing XXL le 09 juillet 2020 à Jazz à VienneSa dernière prestation à Vienne remonte en effet à 1997 et nul ne se plaindra du retour de ses 18 musiciens. Pour l’occasion le mythique big band va interpréter des morceaux de son tout dernier album « Ella 100 », annoncé pour le 02 août 2020 sur le label Concord Jazz. L’orchestre accueille la chanteuse Patti Austin qui interprète d’ailleurs plusieurs morceaux sur l’opus que le big band a enregistré en hommage à Ellla Fitzgerald.

Avec la chanteuse, le Count Basie Orchestra fera la part belle à l’album phare « Ella and Basie », sorti en 1963 et à n’en pas douter, interprètera Baby Come to Me, How Do You Keep the Music Playing, Satin Doll, Honeysuckle Rose ou encore Ain’t Misbehavin et aussi quelques pièces du trio de Patti Austin

RV avec « Jazz à Vienne » le 09 juillet 2020 pour vivre une Soirée Swing XXL avec deux des plus prestigieux Big Bands sur la Scène du Théâtre Antique de Vienne

Clin d’œil à Rosario Giuliani & « Love In Translation »

Clin d’œil à Rosario Giuliani & « Love In Translation »

Le saxophoniste italien Rosario Giuliani présente « Love In Translation », un album qui scelle son retour sous le label Jando Music/Via Veneto Jazz. Il retrouve pour l’occasion le vibraphoniste américain Joe Locke avec lequel il a engagé une collaboration débutée il y a 20 ans à Umbria Jazz. Servi par une rythmique subtile et efficace, le duo célèbre l’amour avec chaleur et lyrisme. L’opus à l’esthétique soignée navigue entre tendresse et mélancolie. Gorgée de sensibilité et d’émotion, la musique enchante.

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Robin McKelle revient en force avec « Alterations »

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Clin d’œil à « Toku In Paris »

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Xavier Desandre Navarre signe « In-Pulse 2 »

Xavier Desandre Navarre signe « In-Pulse 2 »

Groove subtil et pulsation vitale

Six ans après l’album « In-Pulse », le percussionniste-batteur Xavier Desandre Navarre signe « In-Pulse-2 ». Sur ce deuxième opus, il grave avec In Pulse Quartet, une musique où une pulsation vitale abreuve mélodies et improvisations. Une musique ouverte et lumineuse pourvoyeuse d’images et de sensations

Couverture de l'album In-Pulse 2 de Xavier Desandre NavarreSurnommé « Le Sorcier » par ses pairs, Xavier Desandre Navarre donne une suite à l’album « In-Pulse » sorti en 2014. A l’image de la pochette joyeuse et colorée, la musique de l’album « In-Pulse 2 » (Cristal Records/Sony Music Entertainment) se pare de contrastes.

Annoncé pour le 31 janvier 2020, l’opus réunit autour du batteur-percussionniste l’équipe déjà présente sur le disque précédent, Stéphane Guillaume (saxophones ténor & soprano, clarinette basse), Emil Spanyi (piano) et Stéphane Kerecki (contrebasse).

« In-Pulse 2 » délivre une musique généreuse dont les couleurs et les climats ne manquent ni d’énergie ni de nuances. Les pulsations rythmiques font circuler une force vitale qui irrigue les mélodies et stimule les improvisateurs. Lumineuse, souple et nuancée, la musique génère images et sensations dont la teneur évolue au fil du répertoire.

Xavier Desandre Navarre

Percussionniste et batteur français, Xavier Desandre Navarre associe instruments traditionnels et effets électroniques. Il utilise une multitude de sonorités différentes qui colorent son langage musical et nourrissent son inventivité. Pour lui, « Le jazz est un creuset où toutes les influences musicales et impressions peuvent se donner rendez-vous ».

Imprégné de jazz et de musiques du monde, ce rythmicien émérite a collaboré avec des artistes issus de courants différents, musiques actuelles avec les Rita Mitsouko, world music avec Manu Dibango, électro avec Laurent Garnier, jazz aux côtés de Michel Portal, de Laurent Cugny, de l’ONJ de Denis Badault, Youn Sun Nah (sur les albums « Lento », « Voyage » et « Same Girl »). Très apprécié des musiciens nordiques, Xavier Desandre Navarre a l’occasion de se produire et d’enregistrer avec Lars Danielsson, Ulf Wakenius, Caecilie Norby et Nils Peter Molvaer.

Sideman apprécié, il est aussi compositeur et leader. Ainsi il joue ses propres compositions en solo (Beat Body Soul solo concert) ou avec In Pulse Quartet, le quartet de jazz acoustique avec lequel il a enregistré « In-Pulse » (2014) et « In-Pulse-2 » à sortir le 31 janvier 2020 chez Cristal Records.

« In-Pulse 2 »

Le répertoire de quinze titres compte un morceau de Don Cherry, Guinea, neuf compositions de Xavier Desandre Navarre et autres cinq plages signées des quatre musiciens.

Pourvoyeur d’images et de sensations, l’album coloré propose une alternance de morceaux aux climats oniriques et d’autres plus exultants. Ce contraste se retrouve même quelquefois au sein d’un même morceau comme Grass Valley qui débute par un climat pastoral qu’enflamme ensuite le solo lumineux du piano et le chorus flamboyant du saxophone ténor.

Dialogue entre la contrebasse chantante et le steel drum, What a Cool Day prolonge son atmosphère chimérique dans Cool B où le soprano dessine des arabesques shortériennes. Les couleurs rythmiques de Mandingo dépaysent la musique du côté de l’Afrique et inspirent le ténor impétueux et la contrebasse organique. La même africanité rythmique parcourt Guinea qui met en lumière la clarinette basse et évoque l’univers d’Henri Texier.

Plus loin, Raoul entraîne la musique au-delà des genres et des frontières musicales en créant une tension collective qui donne à percevoir l’entente du quartet. Au jeu enthousiaste du piano se rallient palmas, castagnettes, chants et batterie bouillonnante. Entre souples phrasés et fulgurances, le ténor chante le blues sur Coquelicot puis devient coloriste, volubile et flamboyant pour déployer avec allégresse une tempête de notes In The Garden. Sur l’éloquent Belly Button et le musclé Smoking Tree, le quartet s’aventure sur les sentiers d’un jazz véhément et moderne où la trame rythmique confine à la transe.

Co-signées par les quatre musiciens, cinq autres plages réservent de beaux moments d’improvisation. Seeds of Memories, courte déambulation onirique à l’atmosphère nébuleuse, le méditatif In a Water Drop, le bucolique Clear Lake, le délicat Talking in the Moon illuminé par le jeu rayonnant du piano et la marche mystérieuse de Procession in The Mist où la caravan’quartet s’achemine sur un rythme lancinant.

Porté par la pulsation vitale et le groove subtil de Xavier Desandre Navarre, « In-Pulse-2 » invite à un voyage onirique et coloré.

Pour retrouver In pulse Quartet avec Stéphane Guillaume (saxophones, clarinette basse), Stéphane Kerecki (contrebasse) et Emil Spanyi (piano), RV à Paris le 04 mars 2020 à 21h au Studio de l’Ermitage.

Clin d’œil à Rosario Giuliani & « Love In Translation »

Clin d’œil à Rosario Giuliani & « Love In Translation »

Le saxophoniste italien Rosario Giuliani présente « Love In Translation », un album qui scelle son retour sous le label Jando Music/Via Veneto Jazz. Il retrouve pour l’occasion le vibraphoniste américain Joe Locke avec lequel il a engagé une collaboration débutée il y a 20 ans à Umbria Jazz. Servi par une rythmique subtile et efficace, le duo célèbre l’amour avec chaleur et lyrisme. L’opus à l’esthétique soignée navigue entre tendresse et mélancolie. Gorgée de sensibilité et d’émotion, la musique enchante.

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Robin McKelle revient en force avec « Alterations »

Robin McKelle revient en force avec « Alterations »

Robin McKelle présente « Alterations », un huitième album consacré à la reprise de chansons popularisées par des artistes féminines. Sa démarche s’inscrit dans l’histoire du jazz où les standards réinterprétés à l’envi n’en finissent pas d’être recréés. Dans cette dynamique, la chanteuse modifie le cadre originel des morceaux, son chant revisite le contexte musical et les titres prennent de nouvelles couleurs. Avec musicalité et sensibilité, elle fusionne de nombreux genres dans sa musique. Une belle réussite !

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Clin d’œil à « Toku In Paris »

Clin d’œil à « Toku In Paris »

Avec « Toku In Paris, », le trompettiste et chanteur japonais Toku présente son nouveau projet enregistré en Europe. Entouré de six musiciens chevronnés, il invite la chanteuse, parolière et compositrice Sarah Lancman. L’oreille se laisse entraîner avec bonheur à leur suite dans une promenade poétique sur des routes où se croisent amour et jazz. Un opus soigné dont l’élégance sereine se double de charme et de sensibilité.

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Carmen Souza célèbre Horace Silver – « The Silver Messengers »

Carmen Souza célèbre Horace Silver – « The Silver Messengers »

Du jazz pimenté de résonances cap-verdiennes

Dans son neuvième album « The Silver Messengers », Carmen Souza célèbre le pianiste Horace Silver disparu il y a cinq ans. Avec son indéfectible complice, le bassiste Theo Pascal, la chanteuse aux origines cap-verdiennes rend hommage au pionner du hard-bop. Elle reprend des titres du répertoire de son aîné auxquels s’ajoutent deux morceaux originaux. Le jazz pimenté de résonances créoles du Cap-Vert envoûte et séduit. Une belle réussite !

Pianiste emblématique et pionnier du hard bop, Horace Silver (1928-2014), a été une grande influence dans la carrière et le parcours musical de l’auteure-compositrice-interprète Carmen Souza.Carmen Souza célèbre Horace Silver

Tous deux partagent le même héritage capverdien transmis par leurs familles. Aujourd’hui, la chanteuse célèbre la musique du pianiste Horace Silver sur « The Silver Messengers » (Galileo/MDC/Pias) à paraître le 24 janvier 2020.

Entourée de Theo Pascal (basse/basse électrique), Elias Kacomanolis (batterie/Percussions) et Benjamin Burrell (piano), Carmen Souza (chant et guitare) a enregistré les onze plages de l’album, entre Londres et Lisbonne.

« The Silver Messengers »

« En grandissant, j’écoutais beaucoup les disques de mon père, qui étaient principalement de la musique instrumentale du Cap-Vert… Quand j’ai écouté Horace Silver pour la première fois, j’entendais la même vibration, le même swing, la même intention, la même harmonie et mélodie, des mouvements familiers, des cadences, des changements d’accords, je pouvais entendre le son de mon enfance, mais avec une texture et un parfum différents, c’est-à-dire du jazz ». Carmen Souza

Le titre de l’album, « The Silver Messengers », résonne par ailleurs comme un clin d’œil à la vie d’Horace Silver dont il reprend le nom, Silver, auquel est accolé Messengers, en référence au légendaire groupe de « Jazz Messengers », d’Art Blakey auquel le pianiste a participé et où il a élaboré hard-bop et jazz funky.

Indéniablement, « The Silver Messengers » célèbre Horace Silver avec un répertoire de onze titres parmi lesquels figurent neuf compositions du pianiste. La filiation revendiquée par la chanteuse Carmen Souza est donc très explicite. En effet, Carmen Souza et Theo Pascal ont retravaillé six morceaux auxquels ils ont ajouté de nouvelles paroles créoles. Trois autres pièces du pianiste déjà reprises par la chanteuse les côtoient, Song for My Father, Cape Verdean Blues et Pretty Eyes. Lady Musica et Silver Blues, deux chansons originales composées par Carmen Souza et Theo Pascal sont dédiées à Horace Silver, complètent le line-up.

Ainsi, en disciple convaincue, Carmen Souza continue à porter le message de la musique d’Horace Silver à laquelle elle croit et qu’elle honore avec brio. Elle parvient à demeurer fidèle à l’esprit de l’art d’Horace Silver tout en insufflant sa propre singularité dans l’œuvre du pianiste.

La voix singulière de Carmen Souza

Au fil des années, Carmen Souza a développé un chant singulier reconnaissable entre tous. Dès les premières notes on identifie sans aucune hésitation sa voix pétillante aux accents malicieux, ses vocalises périlleuses et son timbre tout à tour acidulé ou rugueux mais toujours chaleureux.

Après un premier album « Ess ê nha Cabo Verde » (2005) sans aspérité, la chanteuse développe petit à petit son chant si particulier dont on saisit déjà les accents en 2008 sur « Verdade ». « Protegid » marque une nouvelle étape, en proposant une World Musique originale où le jazz affleure avec une première version de Song for my Father d’Horace Silver.

En 2012, sur « Kachupada », le jazz s’invite de nouveau avec une version espiègle de Donna Lee et une autre de My Favorite Things. En 2015, dès la première écoute de l’album « Epistola », on identifie la voix de Carmen Souza sans aucun risque de se tromper. Sur l’album, elle reprend aussi Cape Verdean Blues d’Horace Silver et offre une version épique de Moonlight Serenade. Sur l’album « Creology » sorti en 2017, la chanteuse lance avec brio un pont entre musique créole capverdienne et jazz. Elle libère sa voix malicieuse et donne libre cours à son chant singulier.

Aujourd’hui, avec un contrôle inouï, le chant de Carmen Souza virevolte entre aigus et graves, caresse les notes avec langueur, crie avec espièglerie, chuchote ou se blottit entre les lacis rythmiques. Elle ponctue ses scats périlleux d’onomatopées pétillantes durant lesquelles la voix acidulée se perche très haut dans les aigus, se lâche et plonge dans les graves rugueux où elle se love avec une sensualité caressante. Au final, au grain unique de sa voix d’alto, la chanteuse allie une virtuosité vocale totalement maîtrisée.

Au fil des pistes

Pièces déjà au répertoire de la chanteuse

Hormis Song for my Father sur lequel on observe le même tempo que le titre original enregistré sur l’album au titre éponyme sorti en 1964 chez Blue Note et une grande proximité entre le chorus vocal de la chanteuse et celui du pianiste, Carmen Souza prend ses distances avec les tempi des versions d’origine qu’elle accélère ou ralentit à l’envi.

Sur Cape Verdean Blues, la chanteuse prend le parti d’insuffler un nouvel éclat à l’univers du pianiste. Sa voix singulière et envoutante impulse la joie de vivre en adoptant un tempo plus rapide que celui la version enregistrée en 1965 par Horace Silver. Par contre, le chant facétieux de la chanteuse ré-enchante un rythme composé, le titre Pretty Eyes enregistré par le pianiste en 1964. Elle en propose une version empreinte de délicatesse.

Nouvelles reprises

Carmen Souza métamorphose avec bonheur le célèbre Señor Blues (1957) dont elle étire la mélodie et… le blues devient psalmodie. Sur un rythme très ralenti par rapport à la version originelle de 1972 et habillée de paroles en créole capverdien, la mélodie de Kathy dégage une saudade où se mêlent joie et tendresse. De sa voix voilée, sensuelle et quelque peu espiègle, la chanteuse imprime un tempo de calypso à Soul Searching une composition de 1971. Avec souplesse, Benjamin Burrell s’envole dans un chorus funky salsa.

Pris sur un tempo moins rapide que l’original de 1966, Nutville propose des cadences rythmiques complexes sur lesquelles la voix mélancolique et sensuelle caresse. Le quartet s’amuse par contre à détricoter The Jody Grind auquel il impulse un tempo beaucoup plus enlevé que l’original de 1966. Le titre laisse percevoir la complicité extrême qui règne entre la chanteuse et le bassiste. En effet, soutenue par la solide ligne de basse et la batterie efficace, la voix agile impulse une énergie funky à la mélodie tout en conservant une incroyable légèreté.

On demeure pantois à l’écoute de la version que Carmen Souza propose de la composition d’Horace Silver, St Vitus Danse (1959). Durant quatre minutes, le morceau sert de tremplin à la voix qui exécute un scat acrobatique dont les écarts et les onomatopées bopisantes débordent d’enthousiasme. La section rythmique s’amuse et jongle avec le rythme sans aucun faux pas.

Compositions originales

Lady Musika permet à la chanteuse d’exprimer avec allégresse et légèreté son identité en créole cap-verdien, sans départir son expression de nostalgiques intonations. Silver Blues termine l’album sur une rythmique subtile qui permet à la voix de gagner en profondeur et en nuances et de poser l’empreinte d’un groove organique mais soyeux.

Dans « The Silver Messengers », Carmen Souza célèbre Horace Silver auquel elle rend un hommage brillant et singulier. Avec allégresse et espièglerie, la chanteuse épice un jazz riche en influences soul,latines et funky. Un album solaire, vibrant et pimenté.

Pour s’immerger dans l’album « The Silver Messengers » et ses superbes ambiances, RV avec Carmen Souza (chant et guitare), Theo Pascal (basse et c.basse), Elias Kacomanolis (batterie) et Ben Burrell (piano) à Paris le 26 février 2020 à 21h30 au Sunside.

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