En cette fin d’année 2025, quelques albums de jazz interpellent tant par la qualité de leur propos que par leur identité singulière. Impossible de passer sous silence ces musiques à écouter sans tarder pour découvrir de superbes paysages musicaux qui interpellent et charment l’oreille. Des CD à ne pas rater pour bien terminer l’année.
« Lines For lions »… par le trio Courtois/Erdmann/Fincker
Jazz chambriste, lumineux et élégant
Avec sa nouvelle création « Lines for lions », le trio Courtois/Erdmann/Fincker continue à creuser le sillon d’un langage qui lui est propre, nourri de ses multiples influences. Les trois musiciens proposent un voyage musical enthousiasmant. Un jazz chambriste lumineux et élégant, inspiré par la musique West Coast.
Après quinze années d’existence, cinq répertoires et cinq disques dont le célèbre « Love of Life » enregistré en Californie, une tournée aux États-Unis, des dizaines de concerts dans toute l’Europe et toujours le même enthousiasme à se retrouver, le trio formé de Vincent Courtois (violoncelle), Daniel Erdmann (saxophone ténor) et Robin Fincker (clarinette, saxophone ténor) a confronté son expérience commune, son évidente complicité et surtout un son unique, à ses naturelles réminiscences de jazz West Coast. Il en résulte « Lines For lions » (La Buissonne/PIAS), un superbe album sorti le 07 novembre 2025.
« Lines For lions », un projet à la fois cool et tonique, délicat et sophistiqué, lyrique et organique.
« Line for lions »
« Il s’agit d’un jazz chambriste où des instruments classiques comme la clarinette et le violoncelle ont une place privilégiée ce qui n’est pas si courant dans nos musiques. Je repense notamment à un de mes premiers émois : le quintette de Chico Hamilton avec Fred Katz au violoncelle et Buddy Colette à la clarinette » … c’est ainsi que Vincent Courtois évoque la musique de l’album « Line for lions » (La Buissonne/PIAS).

Vincent Courtois©Christophe Charpenel
Si le titre de l’opus fait référence à une composition de Gerry Mulligan, les huit morceaux du répertoire ont été composés par les membres du trio. Trois compositions sont créditées au violoncelliste Vincent Courtois, trois au saxophoniste ténor et clarinettiste Robin Fincker et deux au saxophoniste ténor Daniel Erdmann. Outre le fait qu’il s’agisse d’un répertoire original, l’instrumentation participe aussi pour beaucoup à l’esthétique de la musique. Le trio a déjà enregistré trois albums tous récompensés par la presse et les institutions. A n’en pas douter, ce nouvel album peut lui aussi prétendre à une récompense officielle.
On peut se questionner quant à savoir si le trio explore l’esthétique du jazz californien des années 1950 ou si les musiciens rendent hommage au style West Coast. En tout cas quelle que soit l’option, le résultat est irrésistible.
L’oreille se délecte des nuances et de la richesse du propos musical. Mélodies et improvisations coexistent et captent l’attention de bout en bout. La teneur expressive contemporaine des instrumentistes dépayse de belle manière l’esprit et l’esthétique West Coast qu’elle dynamise et actualise.
Mené par l’ingénieur du son Gérard de Haro (Chevalier des Arts et Lettres, lauréat de deux « Victoires », celle du Meilleur ingénieur du son en 2017 et celle du Meilleur label jazz français en 2018 ), le label La Buissonne a intégré l’œuvre de Vincent Courtois à son catalogue depuis 2010. En effet, le musicien enregistre la plupart de ces projets discographiques aux Studios La Buissonne de Pernes-les-Fontaines, dans le Vaucluse, en France. Il en va ainsi pour « Line for lions » enregistré les 25 et 26 novembre 2024 et mixé en décembre 2024 par Gérard de Haro. L’ingénieur du son Nicolas Baillard en a assuré la mastérisation dans les Studios La Buissonne.
Au fil des titres
« Line for lions » … huit titres et quarante-deux minutes d’une musique ancrée dans l’esthétique du jazz californien West Coast. Les musiciens tissent les sons, les timbres se mélangent, les climats évoluent, les couleurs se renouvellent, la musique étonne et enchante.
L’album débute par Alone in fast lane, une composition de Vincent Courtois dont le violoncelle soutient le tempo alors que les deux soufflants exposent le thème tout en se répondant. Au croisement du free et de la grande tradition du ténor, la sonorité de Daniel Erdmann interpelle par sa puissance. Robin Fincker fait preuve d’une grande liberté de style et son jeu est saisissant de virtuosité.
Changement d’ambiance avec l’atmosphère sonore étrange et intimiste de Mulholland coffee break. Composée par Daniel Erdmann cette pièce met en valeur le jeu d’archet brillant du violoncelliste et la pureté de sa sonorité sans aucun vibrato. En contrepoint les soufflants exposent un motif fluide puis, à la clarinette, Robin Fincker s’exprime avec une nonchalance rêveuse et dialogue avec le saxophone de Daniel Erdmann.
Le répertoire se poursuit avec There and then de Robin Fincker. En ouverture, l’oreille est charmée par la pureté et la transparence du son de la clarinette, la musique respire. Plus loin, le violoncelle étire des lignes mélodiques puis se fait à la fois lyrique et grinçant. Tout au long de la pièce, le trio invite à le suivre dans son monde onirique qui n’est pas sans évoquer des paysages bucoliques.
Sur la composition de Robin Fincker, Finally Giovanni, l’échange musical entre les trois complices circule avec fluidité dans leur imaginaire empreint de sérénité… de la musique cool, ô combien ! Les saxophonistes jouent en écho au-dessus des pizzicati du violoncelliste.
Vincent Courtois introduit sa pièce Seven lines for old mediums par un jeu délicat de pizzicato puis il reprend l’archet alors que les soufflants installent une atmosphère obsédante mais apaisée où les trois voix instrumentales s’interrogent, se combinent, se complètent et s’harmonisent. Avec Lion’s den, Robin Fincker propose ensuite une composition de jazz cool qui aurait quelque peu flirté avec le bop. Forme orchestrale avec des lignes mélodiques sinueuses jouées par les deux ténors au-dessus de la ligne de basse sans faille que déroule le violoncelle. On est saisi par le travail que réalisent les deux saxophonistes sur le son, le souffle et la matière sonore. Le solo de Vincent Courtois étonne par sa liberté d’expression sans limites.
Le qualificatif chambriste définit tout à fait le climat de la composition Adios body (Hello soul) de Vincent Courtois. Le trio conjugue élégance et rudesse, passe du dépouillement aux élans les plus véhéments… notes détachées sur le manche du violoncelle, registre étendu exploré par les saxophones, expression tendue et tourmentée des vents entre cris rauques et chuintements qui se superposent.
L’album se conclut avec une composition de Robin Fincker, Hobo clown qu’introduit le violoncelle. Vincent Courtois explore tous les possibles, outre les phrases à l’archet dans la grande tradition classique, il gratte les cordes, les pince, les frotte et en tire les meilleurs effets. Sa liberté de ton stimule les deux soufflants qui manient avec brio l’art de l’imprévu. La transe n’est pas loin.
« Line for lions », une réussite absolue. Un album marquant qui dépayse l’art du trio. Avec le trio Courtois/Erdmann/Fincker. Huit titres et quarante-deux minutes d’une musique ancrée dans l’esthétique du jazz californien West Coast que les trois artistes revisitent avec talent.
Pour écouter le projet « Lines for Lions » du Trio Courtois/Redmann/Fincker, rendez-vous les 27 et 28 janvier 2026 à 20h à l’Opéra Underground de Lyon. Pour l’occasion, le trio invite Louis Sclavis. Un grand moment de jazz en perspective pour commencer l’année 2026.
2025… CD à ne pas rater !
2025… Ultimes « Coups de cœur »
Riche en surprises, 2025 a permis de découvrir de nouveaux talents et de se régaler de la musique d’artistes confirmés aux projets renouvelés. Pour terminer l’année, quoi de mieux que ces « Ultimes Coups de cœur » pour apprécier des pépites de jazz d’aujourd’hui et d’hier.
« Lines For lions »… par le trio Courtois/Erdmann/Fincker
Avec sa nouvelle création « Lines for lions », le trio Courtois/Erdmann/Fincker continue à creuser le sillon d’un langage qui lui est propre, nourri de ses multiples influences. Les trois musiciens proposent un voyage musical enthousiasmant. Un jazz chambriste lumineux et élégant, inspiré par la musique West Coast.
C’est en quintet qu’Henri Texier a enregistré son nouveau projet « Healing Songs ». En effet, sur cet opus, Emmanuel Borghi (piano, fender-rhodes) et Hermon Mehari (trompette) ont rejoint le trio constitué par Henri Texier (contrebasse), Sébastien Texier (clarinette, clarinette basse, saxophone alto) et Gautier Garrigue (batterie). Par ailleurs, le batteur Manu Katché est invité et participe à l’enregistrement de trois morceaux.

Sept ans après
Leïla Olivesi a goûté aux joies de la scène au sein de la troupe des « P’tits Loups du jazz » dès l’âge de treize ans. Corse par son père et mauritanienne par sa mère, Leïla Olivesi est née au Moulin d’Andé en Normandie et a grandi dans l’effervescence artistique et cosmopolite de son milieu familial, entre le bandonéon d’Astor Piazzola, Nina Simone et la musique de Miles Davis et John Coltrane.
A ses côtés, Leïla Olivesi a réuni Baptiste Herbin (saxophone alto), Adrien Sanchez (saxophone ténor), Jean-Charles Richard (saxophones baryton & soprano), Quentin Ghomari (trompette, bugle), Manu Codjia (guitare), Yoni Zelnik (contrebasse) et Donald Kontomanou (batterie). Sur un titre, la partition de saxophone alto est confiée à Olga Amelchenko.

La clarinette basse introduit ensuite le thème A Night in Kali Temple au-dessus des lignes de contrebasse que sculpte Sarah Murcia sur le manche de son instrument. S’installe alors une atmosphère nostalgique. Aucun effet, juste la sonorité très pure de la clarinette et les notes boisées de la contrebasse. Ils sont rejoint par la trompette et le piano dont le chorus inspiré est brodé d’accents poétiques. Pour finir, la mélodie est reprise par le quintet sur un mode empreint de sérénité.