Le contrebassiste Pierre Marcus poursuit son chemin et présente son troisième album, « Following the right way ». Non content de jouer avec Baptiste Herbin, Irving Acao, Simon Chivallon et Thomas Delor, figures marquantes de la scène jazz française actuelle, il leur adjoint des invités. L’album propose une promenade dont les jalons font écho à l’itinéraire personnel du leader. Le propos solide et fort actuel demeure enraciné dans la tradition. L’oreille ne s’y trompe pas et suit avec bonheur le contrebassiste sur la voie qu’il continue à tracer.
Yaron Herman signe « Y », son nouvel album
« Y », marqueur d’identité et symbole d’unité
Yaron Herman signe « Y », son deuxième album chez Blue Note, à paraître le 17 mars 2017. A travers la première lettre de son prénom il affiche son identité. Un opus où il livre son goût pour la recherche sonore, le mouvement et le format « chanson ». Un disque ouvert sur le XXIème siècle.
Sur « Everyday », son premier album pour le prestigieux label Blue Note, le pianiste avait fait le choix du duo avec son alter égo, le batteur Ziv Ravitz. Déjà un morceau chanté (avec Helgi Jonsson) laissait déjà présager le tournant musical adopté par Yaron Herman sur son nouvel album « Y » (Blue Note/Universal). Il revient cette fois au trio, toujours avec son « frère musical », le batteur Ziv Ravitz rejoint par Bastien Burger, bassiste du groupe The Dø. Tous trois manifestent un intérêt certain pour la programmation.
Cet album « Y » confirme l’attachement du pianiste Yaron Herman à plusieurs cultures musicales, le classique, le jazz, mais aussi les musiques traditionnelles liées à son héritage culturel, le post-rock, l’électro et son goût pour la pop et les chansons. S‘il confirme son intérêt pour la recherche sonore sur le piano, il tente des échappées du côté de l’électronique tout en conservant son souci permanent de maîtrise du toucher et des nuances. Il manifeste aussi son attachement à une musique dynamique porteuse de mouvement.
Aujourd’hui avec son deuxième album chez Blue Note, Yaron Herman signe son nouveau projet de la lettre Y comme un sceau identitaire. Yaron Herman ne cache pas avoir « toujours été fasciné par le pouvoir des lettres. Au-delà de leur assemblage en mot, leur propre forme me semblait véhiculer une histoire »
Certes le titre de l’album « Y » est un marqueur autobiographique mais Y est aussi le Yod en kabbale, « étincelle ». On est alors tenté de penser que l’album augure d’un processus de création et de voir dans cette mise en avant du Y la volonté du pianiste d’afficher son entrée dans un nouvel univers au croisement de toutes ses influences.
Enfin, Yaron Herman « trouve que cette lettre ressemble à un arbre ». On peut donc aussi percevoir l’album comme l’alliage de trois segments soudés, trois musiciens associés, trois racines unies pour former un tronc solide. Un tronc qui ne demande qu’à générer des boutures, des bourgeons, des expansions vers une musique projetée vers l’avenir à partir du terreau des origines. On perçoit alors Y comme un symbole porteur d’unité et de devenir.
« Y » cultive le format chanson des morceaux. Pas toujours du chant proprement parler, ni des voix, mais des titres au format court et aisément mémorisable. Yaron Herman propose un répertoire de 12 morceaux dont il signe sept titres et cosigne deux autres avec Bastien Burger et un avec Ziv Ravitz.
Trois titres captivent par leurs climats dynamiques et étranges, par l’énergie qui les traversent, par le mouvement omniprésent qu’ils suggèrent, par les échappées lyriques qui fusent de leur trame répétitive et rythmique. First Dance, Legs to run et Side jump. Énergie, rythme, riffs mélodiques réitératifs créent des climats dynamiques et étranges.
Quatre autres titres accueillent des voix. Fun Groys Dasad, restitue la voix d’une femme enregistrée dans les années 20 par des chercheurs américains. Un chant traditionnel yiddish où le temps est comme suspendu. Le pianiste accompagne la mélopée avec pudeur et sobriété. Yaron Herman conçoit cette voix comme « une trace du passé (qui) est mis dans un contexte d’avenir » mais témoigne de ce que fut la vie dans les vieux shtetls juifs de l’Europe de l’Est et évoque la « douleur face à la mort ».
Quant aux trois autres voix, on peut parler de « participations exceptionnelles », celles de Matthieu Chedid, -M-, » Dream Koala » et Hugh Coltman.
Hugh Coltman intervient sur The Waker dont il a écrit les paroles sur une musique du pianiste. La contribution du chanteur est porteuse d’une émotion pudique. Une ballade sensible où la voix bleue charme et murmure.
Saisons contradictoires convoque la voix de -M- sur un poème d’Andrée Chedid tiré des « Territoires du souffle » avec une musique co-signée par Yaron Herman et Bastien Burger. Le climat répétitif et aquatique de la musique ensorcelle et les paroles envoûtent.
Sur Solaire c’est le jeune producteur électro pop, « Dream Koala », qui chante le titre écrit par Yndi Ferreira et Yaron Herman. Un voyage astral où la batterie obsédante soutient l’expression du chant désincarné et du piano lyrique inspiré qui croise ses sons avec ceux du synthé. Aspiration et projection dans le monde des astres de la musique en direction d’une stratosphère gazeuse et volatile qui veut se détacher de la gravité.
« Y ». Affirmé, audacieux et inventif, l’album émarge dans deux mondes. Celui de l’énergie et du mouvement et celui de la sensibilité et du lyrisme. Entre furie et délicatesse, Yaron Herman élabore un répertoire où affleurent toutes ses influences. « Y » sous-tend la projection du pianiste vers un avenir sonore porteur de son identité. Un monde où acoustique et électronique se croisent en apesanteur pour le meilleur. Un album qui clame son amour du format musical de la chanson avec des clins d’oeil vers la pop. Un disque du XXIème siècle qui rappelle l’influence que Keith Jarrett a pu avoir sur le style du pianiste et son attachement à l’héritage de Steve Reich et ses motifs répétitifs.
Clin d’œil à Pierre Marcus & « Following the right way »
Oboman et Aquarela proposent « A Bela Vida »
A la tête de son trio Aquarela, le hauboïste et joueur de cor anglais Jean-Luc « Oboman » Fillon présente « A Bela Vida », troisième album qu’il consacre aux musiques brésiliennes. Entouré de ses deux compères brésiliens, le mandoliniste Eduardo Miranda et le guitariste Tuniko Goulart, le leader invite le percussionniste brésilien Zé Luis Nascimento à les rejoindre. Avec de tels virtuoses, mélodies et rythmes brésiliens frémissent de lyrisme et d’élégance. Une évasion bienvenue en ces temps bouleversés pour retrouver le goût de la Bela Vida.
Thomas Delor revient avec « Silence the 13th »
Après le somptueux et singulier « The Swaggerer », le batteur et compositeur Thomas Delor récidive avec « Silence the 13th », un deuxième album tout aussi convaincant que le premier. Entouré des compagnons déjà présents sur son premier opus, le leader confirme ses qualités de compositeur et d’instrumentiste. L’album cultive l’art de la nuance et séduit par ses pulsations contrastées, ses couleurs captivantes et ses silences… véritables notes de musique.
Sur leur nouvel album, « Sons of Love » (Label Bleu/L’Autre Distribution) sorti le 03 mars 2017, les chevaliers supersoniques content l’héroïque histoire de Titan qui rencontre des Sirènes. Une Fantasy où ensemble ils voyagent dans les Spaces Ways et dans une explosion d’amour de planète en planète jusqu’à l’extase, se posent enfin pour retenir le temps. Ils prennent alors conscience qu’ils sont les fils de l’amour, tissés et transcendés par les Simples Forces, et partent à la reconquête du butin pour faire la Révolution, la seule, la grande, la vraie : autour du soleil. Et tout recommencer.
Avec « Play Sun Ra », Thomas de Pourquery et « Supersonic » ont rencontré un franc succès auprès du public et des critiques. Le disque a même été désigné « Album de l’année » aux Victoires du jazz 2014. Les concerts qui ont suivi la sortie de l’opus ont eux-aussi déclenché l’enthousiasme des publics. On se rappelle encore leur superbe prestation pour la soirée de clôture de la 28ème édition du festival « A Vaulx Jazz » le 21 mars 2015 en ouverture de la soirée consacrée à Sun Ra avec le saxophoniste Thomas de Pourquery et son « Supersonic plays Sun Ra » suivi du « Sun Ra Arkestra » sous la direction du saxophoniste alto Marshall Allen.
Paul Lay en trio avec le contrebassiste Clemens van der Feen et le batteur Dré Pallemaerts, C’est aussi un trio que propose l’opus « Alcazar Memories » où Paul Lay se produit avec la chanteuse Isabel Sörling et le contrebassiste Simon Tallieu.
« The Party » & « Alcazar Memories ». Deux albums, deux trios, deux concepts différents mais sur les deux albums demeure un invariable. Le talent de Paul Lay à renouveler son inspiration dans l’écriture et l’interprétation, à fédérer l’énergie de ses partenaires et à générer le rêve et l’émotion chez les auditeurs. Le pianiste développe une expression très personnelle d’où est absente toute reproduction. Virtuose, il prend de la distance avec la technique pour développer une identité singulière mobilisée au service de la création.
Pour l’album « The Party », Paul Lay élabore un nouveau répertoire avec le batteur Dré Pallemaerts et le contrebassiste Clemens Van Der Feen. Comme une illustration sonore de scènes cinématographiques qui se déroulent lors d’une fête. Chaque morceau caractérise un personnage, une situation, ou encore un échange de regards, une danse, et bien d’autres mouvements. Une fête mystérieuse aux frontières du réel où l’on observe à masque caché et où se confrontent les egos.
L’album « Alcazar Memories » fait suite à une rencontre avec Isabel Sörling et au travail qui s’est poursuivi entre le pianiste, la chanteuse et le contrebassiste Simon Tailleu et a donné lieu en 2013 à la création « Alcazar Memories », en hommage au Music-Hall marseillais, au Théâtre de la Criée quand Marseille était « Capitale Européenne de la Culture ».
Le Big Band « Bigre ! » sort un sixième album, « ¡Caramba ! »(Grolektif Productions/L’Autre Distribution) dont la sortie est annoncée pour le 31 mars 2017. Après s’être frotté à l’afrobeat de Lagos et à l’éthio-jazz d’Addis Abbeba, après avoir accordé les mélopées balkaniques aux polyrythmies contemporaines, après avoir enjazzé la dub et le RnB, « Bigre ! » persiste et signe dans ses pérégrinations rythmiques métissées en réunissant aujourd’hui sous une même bannière la riche culture musicale cubaine et le verbe ciselé de la grande chanson française.

C’est après une campagne de financement participatif frutueux sur KissKissBankBank que « jazz&people », premier label de jazz participatif français, annonce pour le 10 mars 2017 la sortie de “Spoonful” en numérique et en double CD avec pochette cartonnée et des textes rédigés par Laurent Cugny. Un bel objet à l’image de la musique.
On se rappelle encore du splendide concert du 06 juillet 2015 où le Gil Evans Paris Workshop et Laurent Cugny jouent sur la scène du Festival « Jazz à Vienne ». L’écoute de l’album a ravivé le souvenir de ce moment éblouissant où l’orchestre a tenu en haleine les spectateurs du Théâtre Antique de Vienne. Une véritable musique à suspense.