Pour cette rubrique « Jazz Confiné #4 », voix et instruments sont de la partie. Guitare et saxophone se donnent à écouter en solo puis la voix s’invite au sein d’un duo et de formations instrumentales élargies. Des versions musicales confinées qui donnent de plus en plus envie de retrouver les artistes sur scène mais il va falloir patienter encore en peu. En attendant, les albums enregistrés en studio avant la crise sanitaire et à sortir bientôt sont les bienvenus.
Thomas de Pourquery et Supersonic sortent « Sons of Love »
La communion sidérale et sidérante des Fils de l’Amour
Le tome deux de l’aventure de Thomas de Pourquery et de « Supersonic » est sorti. Avec l’album « Sons of Love », on décolle pour l’univers galactique qui alimente les rêves de ces enfants de l’amour. La nouvelle est bonne et vaut d’être clamée, « Sons of Love » c’est un trip garanti à consommer sans modération.
« Supersonic », un sextet tellurique venu des terres du rock et d’un jazz où l’électronique a droit de cité. « Supersonic », un mini big band de choc qui chevauche des galaxies interstellaires. Thomas De Pourquery, Arnaud Roulin, Fabrice Martinez, Laurent Bardainne, Edward Perraud et Frederick Galiay.
Sur leur nouvel album, « Sons of Love » (Label Bleu/L’Autre Distribution) sorti le 03 mars 2017, les chevaliers supersoniques content l’héroïque histoire de Titan qui rencontre des Sirènes. Une Fantasy où ensemble ils voyagent dans les Spaces Ways et dans une explosion d’amour de planète en planète jusqu’à l’extase, se posent enfin pour retenir le temps. Ils prennent alors conscience qu’ils sont les fils de l’amour, tissés et transcendés par les Simples Forces, et partent à la reconquête du butin pour faire la Révolution, la seule, la grande, la vraie : autour du soleil. Et tout recommencer.
Dès la première écoute de « Sons of Love » on est emballé par les chansons et on grimpe sans plus attendre dans le vaisseau spatial de ces fils de l’amour. On écoute en boucle les onze titres qui ronflent et font planer. Pas de doute c’est bien l’amour de la musique qui alimente l’inspiration de « Supersonic ». L’album équivaut à la dose d’énergie qui permet de faire face à tous les aléas du quotidien. Pour sûr, « Sons of Love » ressource et stimule. On se prend à croire que Thomas de Pourquery a absorbé des particules cosmiques chargées de l’ADN des messies du jazz que furent Sun Ra ou Coltrane.
Pour rappel, « Supersonic » est né en 2011 à l’occasion d’une résidence à la Dynamo de Banlieues Bleues. Le saxophoniste, chanteur et compositeur Thomas de Pourquery a élaboré un projet pour le sextet « Supersonic » autour de la musique de Sun Ra à la suite de quoi a été enregistré l’album « Play Sun Ra ».
Sun Ra c’était ce visionnaire dont le jazz cosmique carburait au swing et au free. Ce compositeur, pianiste et joueur de synthé, poète et philosophe a élaboré une « philosophie cosmique ». Sun Ra se prétendait de la « race des Anges » et assurait venir de Saturne. Ses performances scéniques ont animé la scène jazz “avant-gardiste” des années 60. On a été fasciné et on a vibré dans les salles au spectacle musico-théâtral du « Sun Ra Arkestra », de ses mélopées transiques et de ses sons expérimentaux.
Avec « Play Sun Ra », Thomas de Pourquery et « Supersonic » ont rencontré un franc succès auprès du public et des critiques. Le disque a même été désigné « Album de l’année » aux Victoires du jazz 2014. Les concerts qui ont suivi la sortie de l’opus ont eux-aussi déclenché l’enthousiasme des publics. On se rappelle encore leur superbe prestation pour la soirée de clôture de la 28ème édition du festival « A Vaulx Jazz » le 21 mars 2015 en ouverture de la soirée consacrée à Sun Ra avec le saxophoniste Thomas de Pourquery et son « Supersonic plays Sun Ra » suivi du « Sun Ra Arkestra » sous la direction du saxophoniste alto Marshall Allen.
Après cette aventure magique, il a fallu deux années à Thomas de Pourquery pour alimenter sa machine à rêve et s’engager dans l’écriture d’un nouveau projet. Certes il n’était pas question pour lui de refaire un Play Sun Ra II pas plus que d’abandonner le « Supersonic ». Et un jour vint l’inspiration….
« Alors que je fais rarement des rêves de musique, une nuit j’ai rêvé de ce nouvel album. J’étais comme un petit oiseau miniature dans un immense hangar désaffecté à ciel ouvert. Je pouvais me balader au plus près des musiciens qui jouaient. Je pouvais toucher les clefs du saxophone, me poser sur une cymbale, et puis tout à coup sauter sur les touches du piano, ou faire du trampoline sur la corde grave de la basse, c’était fou ! Mais ce qui était encore plus fou, c’était le son et l’énergie de ce que j’entendais. Mais c’est quoi ce groupe ? Je réalisais en me réveillant que c’était mon groupe, Supersonic !!! » Thomas de Pourquery
C’est ainsi que Thomas de Pourquery a écrit dix des onze plages de « Sons of Love » et a conservé le superbe We Travel The Space Ways de Sun Ra comme une pépite précieuse issue de l’héritage du père. La fusée des Sons of Love décolle et avec elle « Supersonic » prend vie. Le saxophone alto de Pourquery élève ses spirales incantatoires avec une force bouleversante. A ses côtés, le saxophone ténor de Laurent Bardainne expose ses prières sublimes. Arnaud Roulin fait chanter les synthés sans jamais aucun excès. La trompette virtuose de Fabrice Martinez tisse des fils sonores fragiles autour desquels s’enroulent ses chorus inspirés et cosmiques. La basse incandescente de Frederick Galiay veille au groove auprès de la batterie tempétueuse et volcanique d’Edward Perraud. Les voix de cinq des enfants de l’amour contribuent au climat ascensionnel de la musique.
« Supersonic », un collectif dans la plus plus belle acception du terme. Les musiciens entrent en vibration et offrent leurs dévotions à la mélodie. On se prend d’ailleurs à chanter et même à hurler les thèmes avec eux. Ces navigateurs du spacio-jazz cultivent aussi la transe mais savent la faire alterner avec des climats où l’on plane comme en lévitation. On précise aussi que ces enfants du jazz sont d’ardents pratiquants de l’improvisation qu’ils exécutent avec une créativité hors pair. Ils malaxent des motifs répétitifs sans en abuser et font exploser les frontières des styles.
Héritiers de Sun Ra, Mingus, Coltrane, du gospel et du rock (Give The Money Back), les enfants de l’amour entretiennent aussi un cousinage avec les « Sex Pistols ». Même si on a perçu comme des échos issus de la force cosmique de « Magma » on a vraiment envie de dire que « Supersonic » est unique. On reconnaît le son du groupe dès les premières notes.
Il tarde de revoir sur scène Thomas de Pourquery et « Supersonic » pour ressentir de nouvelles émotions et accéder au sens profond de leur musique imprégnée d’énergie, d’amour et de vie. Il est possible de les voir très vite puisqu’ils sont annoncés à 20h le 25 avril 2017 à Paris à La Gaîté Lyrique.
Jazz Confiné #4
Jazz Confiné #3
C’est du côté des Big Bands que regarde la rubrique « Jazz Confiné #3 ». Malgré le confinement, point de répit pour les grands orchestres de par le monde. Ils ne manquent ni de puissance, ni d’inspiration et encore moins d’inventivité. Du Jazz haut en couleurs sonores !
Jazz Confiné #2
Dans ce « Jazz Confiné #2 », cinq vidéos proposées par des jazzmen confinés de part et d’autre de l’Atlantique. Stars reconnues ou musiciens confirmés de la jeune scène internationale et européenne, tous improvisent en toute spontanéité sans jamais manquer d’inspiration.
Paul Lay en trio avec le contrebassiste Clemens van der Feen et le batteur Dré Pallemaerts, C’est aussi un trio que propose l’opus « Alcazar Memories » où Paul Lay se produit avec la chanteuse Isabel Sörling et le contrebassiste Simon Tallieu.
« The Party » & « Alcazar Memories ». Deux albums, deux trios, deux concepts différents mais sur les deux albums demeure un invariable. Le talent de Paul Lay à renouveler son inspiration dans l’écriture et l’interprétation, à fédérer l’énergie de ses partenaires et à générer le rêve et l’émotion chez les auditeurs. Le pianiste développe une expression très personnelle d’où est absente toute reproduction. Virtuose, il prend de la distance avec la technique pour développer une identité singulière mobilisée au service de la création.
Pour l’album « The Party », Paul Lay élabore un nouveau répertoire avec le batteur Dré Pallemaerts et le contrebassiste Clemens Van Der Feen. Comme une illustration sonore de scènes cinématographiques qui se déroulent lors d’une fête. Chaque morceau caractérise un personnage, une situation, ou encore un échange de regards, une danse, et bien d’autres mouvements. Une fête mystérieuse aux frontières du réel où l’on observe à masque caché et où se confrontent les egos.
L’album « Alcazar Memories » fait suite à une rencontre avec Isabel Sörling et au travail qui s’est poursuivi entre le pianiste, la chanteuse et le contrebassiste Simon Tailleu et a donné lieu en 2013 à la création « Alcazar Memories », en hommage au Music-Hall marseillais, au Théâtre de la Criée quand Marseille était « Capitale Européenne de la Culture ».
Le Big Band « Bigre ! » sort un sixième album, « ¡Caramba ! »(Grolektif Productions/L’Autre Distribution) dont la sortie est annoncée pour le 31 mars 2017. Après s’être frotté à l’afrobeat de Lagos et à l’éthio-jazz d’Addis Abbeba, après avoir accordé les mélopées balkaniques aux polyrythmies contemporaines, après avoir enjazzé la dub et le RnB, « Bigre ! » persiste et signe dans ses pérégrinations rythmiques métissées en réunissant aujourd’hui sous une même bannière la riche culture musicale cubaine et le verbe ciselé de la grande chanson française.

C’est après une campagne de financement participatif frutueux sur KissKissBankBank que « jazz&people », premier label de jazz participatif français, annonce pour le 10 mars 2017 la sortie de “Spoonful” en numérique et en double CD avec pochette cartonnée et des textes rédigés par Laurent Cugny. Un bel objet à l’image de la musique.
On se rappelle encore du splendide concert du 06 juillet 2015 où le Gil Evans Paris Workshop et Laurent Cugny jouent sur la scène du Festival « Jazz à Vienne ». L’écoute de l’album a ravivé le souvenir de ce moment éblouissant où l’orchestre a tenu en haleine les spectateurs du Théâtre Antique de Vienne. Une véritable musique à suspense.
Pour l’enregistrement de « Short Trip » (Fresh Sound Record /Socadisc) au Studio de Meudon en mai 2016, Vincent Bourgeyx a réuni une section rythmique purement américaine. Le contrebassiste Matt Penman qu’il a connu au Berklee College de Boston. Collaborateur habituel du saxophoniste Joshua Redman, le rythmicien est l’un des plus demandés aux États-Unis. Il est aussi membre du SFJAZZ Collective, un all-star constitué de la fine fleur des jazzmen USA auquel participe aussi le batteur Obed Calvaire rencontré récemment par Vincent Bourgeyx. Entouré de cette section rythmique contrebasse/batterie hors pair le pianiste est comme porté et s’autorise toutes les libertés sur son clavier.