Sur l’album « CLAXXX », le trio du guitariste Claudio Miotti présente une musique singulière. La guitare baryton du leader s’unit aux clarinettes lyriques de Matteo Pastorino et au solide groove de la batterie de Jean-Baptiste Pinet. Entre rock rageur et jazz nuageux la musique hésite et privilégie les contrastes.
Ahmad Jamal revient avec « Marseille », son nouvel album
Ode hypnotique à la cité phocéenne
Le 09 juin 2017, Ahmad Jamal revient avec « Marseille », son nouvel album. Un nouvel opus du talentueux pianiste et compositeur constitue toujours un évènement très attendu. Il offre une partition ensoleillée et une interprétation inspirée comme une lettre d’amour musicale dédiée à Marseille, la ville intemporelle.
Ahmad Jamal revient avec « Marseille » (Jazz Village/Pias), son tout nouvel album dédié à la cité phocéenne vivante et animée. Ce géant qui figure au panthéon de la « musique classique américaine » ou « la musique afro-américaine » comme il aime à nommer le jazz, fait son retour discographique après « Blue Moon » (2012) et « Saturday Morning » (2013) déjà enregistrés sous le label Jazz Village.
Le titre Marseille qui donne son nom à l’album est repris sous trois versions. Une instrumentale en ouverture
et deux autres vocales. Abd Al Malik et Mina Agossi en sont les interprètes. On note avec intérêt cette initiative dont le pianiste fait preuve à quatre-vingt-six ans en introduisant un texte sur sa musique et en collaborant avec deux « voix » atypiques et deux personnalités fortes de la scène française. Cette relative audace artistique apparaît comme le symbole d’un d’esprit ouvert et témoigne d’une jeunesse certaine.
C’est en août 2016 au festival Jazz in Marciac que le pianiste a interprété le titre Marseille en avant-première mondiale. En invitant la chanteuse Mina Agossi et le slameur Abd Al Malik, Ahmad Jamal a alors offert deux versions de cette composition dont il a écrit la musique et les paroles que la chanteuse a ensuite traduites.
« Marseille, ta voix ne cesse de m’appeler, … ville d’éternité, …. ma vie est remplie de toi, Marseille… je ne peux t’oublier tellement je t’aime, ville lumière, Marseille… »
Sur l’album on retrouve la version du slameur portée par son flow intense et captivant. Ce rappeur cinéaste et poète est, comme le pianiste, un ardent défenseur d’un islam tolérant et réfléchi et la scansion de son chant donne encore plus de force à son discours. Empreinte d’une nonchalance presque sereine, la version de la chanteuse qui ferme l’album, tranche avec la force de celle du rappeur. L’accompagnement tout en suspension d’Ahmad Jamal prodigue la légèreté qui convient pour rendre le chant des deux artistes plus lumineux encore, comme ensoleillé par les rayons d’un soleil estival.
Sur l’album « Marseille », le pianiste est accompagnée par le contrebassiste James Cammack déjà présent à ses côtés dans les années 80/90, du percussionniste Manolo Badrena, ancien membre du groupe Weather Report et du batteur Herlin Riley, souvent écouté aux côtés de Wynton Marsalis. Le quartet tourne comme une machine bien huilée. Comme Ahmad Jamal l’a toujours pratiqué, il s’agit bien d’un jeu interactif où la parole circule entre les quatre partenaires.
Comme à son habitude le maître du clavier n’en dit jamais plus qu’il n’en faut mais capte l’attention de l’auditeur du début à la fin des huit titres de « Marseille ». L‘esthétique musicale du pianiste recèle toujours autant de subtilité, dans son approche rythmique certes mais aussi dans la relation qu’il entretient avec la mélodie et le silence. Soutenu par une section rythmique souple et solide, Ahmad Jamal construit une musique habitée d’une pulsation hypnotique et propose une promenade musicale lumineuse sur son les 88 touches de son clavier.
Outre les trois versions de Marseille, l’album propose des standards aux versions revivifiées et allégées et des compositions dont les interprétations bénéficient toutes d’une pulsation rythmique continue aux variations subtiles. Bien qu’on apprécie depuis longtemps l’inventivité et la maîtrise d’Ahmad Jamal, on se laisse encore surprendre et charmer par son phrasé rythmique unique et la grande part qu’il accorde au silence dans son expression.
Sur I came to see you/you were not there, on est séduit par sa manière d’improviser. Il demeure au plus près du thème et esquisse une ligne de chant aérienne grâce à l’inventivité harmonique prodiguée par sa main gauche qui laisse ainsi toute latitude à sa main droite pour ajouter des perles de silence à sa légère broderie musicale.
On est renversé par la relecture sans aucun cliché du grand standard Autum Leaves. Sur les presque neuf minutes que dure le morceau, le pianiste transfigure la mélodie qu’il accompagne d’harmonies sans cesse renouvelées, il la décompose et la recompose à l’envi. Sur le morceau Pots en verre, c’est la précision de la section rythmique qui permet à un groove nonchalant de s’installer. Le luxuriant accompagnement du percussionniste contribue à doter le morceau d’un climat coloré mais subtil.
On est interpellé par la transformation que le quartet fait de Sometimes I Feel like A Motherless Child. Le chant gospel prend l’allure d’une chanson minimaliste sautillante et légère dont on ne doute pas qu’il s’élève efficacement vers celui à qui il s’adresse à l’origine. A contrario on est frappé par la puissance qui se dégage de Baalbeck où le pianiste explore plus qu’à l’habitude le registre grave du clavier et ponctue son discours de frappantes interrogations percussives.
Tel un innovateur perpétuel, Ahmad Jamal persiste à pratiquer cet art du piano tout en suspension dynamique. En 1958, Miles Davis déclarait : « Toute mon inspiration vient d’Ahmad Jamal ». Avant tous les autres, il avait apprécié et vanté l’aptitude unique du pianiste à occuper l’espace sonore et à concevoir une architecture aérée et dynamique pour sa musique. C’est bien cette caractéristique autant que la longévité créative du pianiste qui ont participé à faire d’Ahmad Jamal une véritable légende.
A l’écoute de « Marseille » il apparaît clairement que le pianiste est à l’apogée de son art et que sa créativité ne tarit point. On retient la performance vocale du chanteur Abd Al Malik sur Marseille dont la vidéo restitue la force …
Ahmad Jamal offre deux concerts à Marseille pour la sortie de l’album les 12 et 13 juin 2017 à 20h30 à l’Opéra dans le cadre du festival « Marseille Jazz des Cinq Continents ». Il est aussi sur la scène du Théâtre Antique de Vienne le 30 juin à 20h30 dans le cadre du festival Jazz à Vienne. Il se produit aussi du 3 au 6 juillet 2017 à 20h au Théâtre de l’Odéon à Paris.
Clin d’œil à Claudio Miotti et « CLAXXX »
« Hymnes à l’amour » de Christophe Monniot et Didier Ithursarry
Proposé par le saxophoniste Christophe Monniot et l’accordéoniste Didier Ithursarry, l’album « Hymnes à l’amour » enchante les oreilles et réjouit les âmes. Un recueil de huit hymnes qui fleurent bon l’amour et le bonheur de jouer. Le propos musical réjouit par les propositions inventives de ces deux poètes de la musique libre.
Disparition du trompettiste Roy Hargrove
Triste nouvelle ! Le trompettiste Roy Hargrove s’est éteint à New-York, à l’âge de 49 ans, dans la nuit du vendredi 02 au samedi 03 novembre 2018. Sa musique transgénérationnelle a mis d’accord les amateurs de be-bop autant que les fans de hip-hop. A tout jamais merci Roy !
et deux autres vocales. Abd Al Malik et Mina Agossi en sont les interprètes. On note avec intérêt cette initiative dont le pianiste fait preuve à quatre-vingt-six ans en introduisant un texte sur sa musique et en collaborant avec deux « voix » atypiques et deux personnalités fortes de la scène française. Cette relative audace artistique apparaît comme le symbole d’un d’esprit ouvert et témoigne d’une jeunesse certaine.
Après une première collaboration avec le Trio Brasileiro sur le disque « Alegria Casa » enregistré en 2015, qui présentait la combinaison de choros traditionnels et de pièces originales, Anat Cohen sort « Rosa Dos Ventos ». Cet opus est une nouvelle étape fascinante dans l’évolution de l’association entre le trio et la clarinettiste. L’album propose uniquement des compositions originales écrites par les membres du Trio Brasileiro et par Anat Cohen.
L’album « Outra Coisa » réunit la clarinettiste Anat Cohen & le guitariste Marcello Gonçalves autour d’un répertoire exclusivement composé des titres du grand compositeur et arrangeur brésilien Moacir Santos (1923-2006). Cet album est vraiment une toute autre chose que « Rosa Dos Ventos » évoqué précédemment. Tout diffère, les sonorités, les rythmes mais on retrouve bien sûr la virtuosité et la sonorité profonde et lumineuse de la clarinettiste qui imprègnee mélancolie la texture musicale de l’album.
Comme on a déjà eu l’occasion de l’écrire dans la présentation de la
Le 02 mai 2017, les Nuits de Fourvière organisent une rencontre et un showcase de Titi Robin à la librairie
Loin des musiques « dominantes anglo-saxonnes » (commercialement parlant) que sont le blues, le rock et le jazz et bien avant que n’existe le courant de la World Music et de ses aléas commerciaux, Titi Robin a forgé son propre langage auprès des communautés gitanes et orientales, mêlées à son environnement. Son approche musicale s’inspire de ces musiques traditionnelles orientales. Il joue « avec eux sans les imiter ». Titi Robin déclare que « les musique orientales, celle qui partent du sud de l’Europe, englobent la méditerranée et vont jusqu’au nord de l’Inde ont des lignes de force liées à l’histoire, avec des échanges au niveau de la musique mais aussi de la poésie, de la philosophie. Même si cela ne correspond pas aujourd’hui à une réalité géopolitique, pour moi le bassin méditerranéen, les Balkans et à travers l’Asie centrale jusqu’au Nord de l’Inde, aujourd’hui je trouve toujours des musiciens qui comprennent ma façon de jouer dans ces lieux-là. Même si les musiques sont différentes, on a une même logique de langage, ce qui n’est pas le cas avec le courant anglo-saxon, ce pour des raisons musicologiques. En effet, ma musique est plus modale alors que le jazz et le rock sont des musiques harmoniques ». Pour lui « un langage n’est jamais séparé d’une certaine philosophie, d’une manière de voir le monde et celle de ces musiques, me correspondent ».
A Fourvière le 05 juillet, « Rebel Diwana » est un jalon important dans le parcours de Titi Robin qui déclare : « Tazeri », mon dernier disque est le vingtième. Vingt albums, cela constitue une œuvre cohérente et je pense avoir exprimé ce que j’ai voulu dire. Il y a sans doute encore des malentendus mais aujourd’hui je peux aller plus loin. Sans faire de concession par rapport à mon langage je peux utiliser des instruments qui font partie de la musique dominante. Ainsi je prends une guitare électrique, je profite à plein du volume, de sa rugosité, des effets de distorsion, de l’épaisseur, du grain mais j’utilise les mêmes modes pour mes impros. »
Sur ce quatrième et ultime opus « Europa Oslo » (ONJ/L’Autre Distribution) sorti le 28 avril 2017, le directeur musical de l’ONJ, Olivier Benoit propose son nouveau programme créé en résidence à l’Académie norvégienne de musique d’Oslo, en décembre 2016. Pour ce faire il a associé deux artistes pour offrir un autre répertoire à la magnifique machine qu’est devenu l’ONJ. Le poète osloïte Hans Petter Blad auteur des textes de l’album et la comédienne Maria Laura Baccarini.
Avec l’arrivée de la nouvelle directrice, Aline Sam-Gio, se poursuit le partenariat engagé avec succès par Jean-Marc Bador avec l’équipe de « Jazz à Vienne ». On se réjouit que le dialogue artistique continue entre l’AOL (Auditorium Orchestre National de Lyon) et « Jazz à Vienne ».