Nuits de Fourvière 2017 – Echo#4

Nuits de Fourvière 2017 – Echo#4

Nuit Italienne - 2. Musica Nuda & Vinicio Capossela

Pour la troisième année consécutive, les Nuits de Fourvière accueillent le chanteur italien Vinicio Capossela qui partage cette seconde Nuit Italienne 2017 avec le duo italien « Musica Nuda ». La scène intime de l’Odéon se prête tout à fait à ce double plateau transalpin.

Dans cet Echo#4 on revient sur la seconde Nuit Italienne 2017.

C’est la troisième venue de « Musica Nuda » aux Nuits de Fourvière. La chanteuse Petra Magoni et le contrebassiste Ferruccio Spinetti se sont en effet produits avec succès deux fois au Musée des Confluences. Avant leur prestation 2017, on se questionnait quant au répertoire que le duo allait présenter. En effet, Musica Nuda a sorti « Leggera » (Warner) en janvier 2017, un dixième album dont le répertoire compte uniquement des chansons italiennes.

En fait, sur le proscénium, en très grande proximité avec le public, tout de noir vêtu, le duo commence le set avec une splendide version de Speak Low de Kurt Weil. Et de nouveau advient le miracle Musica Nuda. Ils enchainent ensuite avec deux chansons italiennes de « Leggera » puis arrive le très bien rodé Ain’t no sunshine, Tout à tour, la chanteuse scatte dans les suraigus, s’exprime avec puissance et marque le tempo du talon ou susurre de tendres notes. Le jeu de rôle entre les deux artistes et le dialogue contrebasse/voix fonctionnent toujours aussi bien.

Petra Magoni évoque ensuite sa venue à Lyon il y a quinze ans au « Cotton Club » (!)… en fait il s’agit du Hot Club de Lyon où médusés, on a vu et écouté se produire le duo pour la première fois. Depuis, leur proposition scénique a évolué certes mais demeure envers et contre tout, ce dialogue fructueux entre les quatre cordes de la contrebasse de Ferruccio Spinetti et les deux cordes vocales de Petra Magoni.

Il est vrai que Petra Magoni ne se contente pas d’explorer avec talent l’étonnante étendue de sa tessiture. Elle incarne aussi le personnage d’une chanteuse élégante et séduisante qui déploie tous ses charmes face à un Ferruccio Spinetti impassible et ancré dans le sol mais bougrement efficace sur son instrument.

L’humour et le sens de l’à-propos sont aussi des qualités que le duo met en avant. Le public craque lorsque la chanteuse improvise en réponse au corbeau qui croasse en volant au-dessus de la scène. Par contre s’il est impossible au contrebassiste d’imiter l’aboiement hargneux d’un rottweiler lorsque la chanteuse lui tend le micro à la fin de Z’avez pas vu Mirza ? il sait user avec force de son archet pour lancer un Paint it black révolté.

Il faut aussi compter avec l’aide de l’ingénieur du son qui permet à la chanteuse de jouer autrement encore de sa voix. Elle sait user et doser avec talent et sans abus des échos et boucles lancés pour magnifier son chant. Elle sait aussi très vite revenir à un chant mesuré et maîtrisé pour interpréter Dimane, une composition du contrebassiste sur un registre plus romantique et conventionnel. Et voilà que sa voix s’envole de nouveau sur une version de Black Bird où la chanteuse sollicite de nouveau le public qui répond sans vraiment se faire prier.

Le set tire à sa fin lorsque Ferruccio Spinetti sort comme par magie une guitare de derrière son ampli et s’assied sur la même chaise que la chanteuse. Il l’accompagne sur Come si canta una domanda, une des compositions de son cru tiré de leur dernier album « Leggera ». Sur un doux rythme de bossa, la voix de la chanteuse se fait légère et enjôleuse.

Retour à la contrebasse et au chant de feu-follet pour une version tonique de Nature Boy. A genoux, la chanteuse passe du cri puissant au murmure qu’elle entonne dans les ouïes de la contrebasse. Les pieds plantés dans le sol, le contrebassiste incarne plus que jamais la force tranquille et arrache des sons puissants et graves qui contrastent avec l’énergie vive de la chanteuse. En rappel, le duo offre une version très courte mais néanmoins puissante des Vieux Amants.

En concert, le duo a su présenter un répertoire qui marie avec bonheur et équilibre leurs grands succès avec le nouveau répertoire de « Leggera ». Le public a visiblement apprécié la prestation toujours aussi bien réglée du duo Musica Nuda que l’on ne se lasse pas d’écouter.

Dominique Delorme vient lui-même présenter le spectacle proposé en 2017 par Vinicio Capossela. Après avoir évoqué en 2016 la poussière des champs moissonnés, le répertoire proposé en 2017 est celui des Canzoni della Cupa. Un sur titrage évoqué mais absent aurait permis de comprendre les textes mais … point de surtitre. Cela a sans doute manqué pour saisir tout le sens et comprendre l’essence même des Chansons de la Cupa et autres effrois. On s’est contenté de voir et d’entendre et on a aussi tenté de comprendre

Les Canzoni della Cupa font vivre les arbustes, les fantômes, les monstres de l’ombre qui prennent vie sous la lumière de la lune. Le chanteur, guitariste et pianiste Vinicio Capossela et ses musiciens donnent vie à un bestiaire imaginaire éloigné de toute classification zoologique rationnelle.

A travers les chants et la musique des cordes et des percussions, le répertoire présente des créatures de la nuit issues de l’inconscient collectif comme le corbeau, le loup-garou, et tout un tas d’autres apparitions suggérées par les ombres, mille créatures de l’ombre construites par l’imaginaire venu du plus profond du folklore, rural et mythologique de l’Italie profonde.

Ces chansons du monde de la nuit mises en ombres donnent vie aux légendes d’un monde où règne la peur, la puissance des forces de la nuit, celle de la nature sombre et cruelle avec ses racines, ses branches et ses ronces qui entravent l’homme perdu dans la nature sous la lumière de la face lunaire malveillante. Les chants somnambules convoquent la douleur, le désir, la peur, à travers des ombres sombres et mouvantes qui donnent vie à d’effrayants paysages et visages de monstres projetés par les techniciens associés au spectacle.

Avec le soleil et le chant du coq, Vinicio Capossela termine le spectacle. De folles tarentelles réveillent le public enchanté de venir enfin danser devant l’orchestre. Issue joyeuse de cette second Nuit Italienne 2017.

Clin d’œil à « Eu Te Amo – The Music of Tom Jobim »

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Sur « Eu Te Amo – The Music of Tom Jobim », Daniele di Bonaventura et Giovanni Ceccarelli revisitent des compositions peu connues de Tom Jobim. Avec une sensibilité infinie, le duo bandonéon-piano et ses invités, Ivan Lins, Jaques Morelenbaum et Camille Bertault, livrent un opus élégant et subtil. Un hommage plein de grâce rendu au compositeur brésilien.

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Opera Underground – Les RV de février 2019

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A peine terminées les épopées musicales roumaines que déjà les RV de février 2019 déchainent l’Opera Underground. Après le raï énergique de Saidi et Mazalda se profilent encore trois soirées, comme des promesses de dépaysement. Le barde gréco-australien Jim Yamouridis, le rock polymorphe d’Aquaserge et un double plateau singulier avec « Cyril Cyril » et « Begayer ». Des facettes musicales variées à découvrir !

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« Mare Nostrum III » du trio Fresu-Galliano-Lundgren

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« Mare Nostrum III » constitue le dernier volet de la trilogie du trio constitué de Paolo Fresu, Richard Galliano et Jan Lundgren. Le répertoire se distingue par la délicatesse des interprétations et l’apaisement que procure leur écoute. Une mer poétique sur laquelle il fait bon naviguer et rêver !

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Pierrick Pedron revient avec « Unknown »

Pierrick Pedron revient avec « Unknown »

La neuvième planète du saxophoniste

Le 15 septembre 2017, le saxophoniste Pierrick Pédron revient avec un neuvième album. Ce nouveau projet, « Unknown », voit son retour au quartet acoustique. Le propos musical de l’altiste demeure passionnant et stimulant.

Depuis « Cherokee » en 2001, le saxophoniste alto Pierrick Pédron n’a cessé de questionner sa musique et de la remettre sur le métier. Avec « Omry » en 2009, « Cheerleaders » en 2011, puis « Kubic’s Monk » en 2012 et « Kubic’s Cure » en 2014, il y a eu « AnD the » en 2016. Les esthétiques se suivent et ne se ressemblent pas, comme si le musicien cultivait le goût des contrastes et des ruptures. Du Monk sans piano, du jazz qui flirte avec la pop, le rock et le funk les plus débridés.

Chaque nouvel opus de ce musicien en perpétuelle recherche constitue en soi une surprise. Pourtant, au-delà des formes qui varient, sa musique possède un ancrage, sa poésie qui réside soit dans l’écriture des thèmes soit dans les ambiances proposées sans cesse renouvelées. Comme la poésie, sa musique libère l’oreille des frontières formelles et ouvre de nouveaux territoires. Chaque album, chaque titre dépayse l’oreille et stimule l’écoute

Il en va de même pour ce nouvel opus, « Unknown » (Crescendo/Caroline) annoncé pour le 15 septembre 2017. Pour ce neuvième album, le saxophoniste alto Pierrick Pedron propose un tout nouveau répertoire avec huit compositions et une reprise, Val André gravé sur « Omry ».

A ses côtés on retrouve son vieux compagnon le contrebassiste Thomas Bramerie, le célèbre batteur New–Yorkais Greg Hutchinson et un jeune pianiste français de 25 ans, Carl-Henri Morisset brillamment diplômé du CNSM.

Il convient enfin de préciser que le quartet compte un cinquième membre en la personne de Laurent de Wilde qui assure la direction artistique de l’album.

Dans une chronique prochaine, on se propose de sauter dans l’inconnu pour découvrir « Unknown » qui va très vite se faire connaître et être reconnu. Des mélodies, de la générosité, de l’énergie, de l’émotion… l’empreinte unique de Pierrick Pedron.

Clin d’œil à « Eu Te Amo – The Music of Tom Jobim »

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Opera Underground – Les RV de février 2019

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« Mare Nostrum III » du trio Fresu-Galliano-Lundgren

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Sortie de l’album « African Salsa Orchestra »

Sortie de l’album « African Salsa Orchestra »

L’Afro-Salsa, un pont entre l’Afrique et Cuba

Pour fêter ses trois ans, l’African Salsa Orchestra sort son premier album éponyme avec une formation élargie. Cuivres, cordes, percussions et voix animent un voyage musical et dansant parmi les tambours de l’Afrique de l’Ouest et la salsa de Cuba.

« African Salsa Orchestra » (L’Oreille en Friche/Inouïe Distribution) est annoncé pour le 01 septembre 2017. Dix plages rutilantes pour prolonger les ambiances estivales bien au-delà de la fin de l’été. Le répertoire de l’album a été créé à l’occasion des concerts de l’été 2016 que l’African Salsa Orchestra a donnés durant l’été 2016  lors du festival « Tempo Latino » et du « Paris Jazz Festival ».

C’est en 2014 que le disciple du grand Mamadou Doumbia et ex-chef d’orchestre du rasta ivoirien Tiken Jah Fakoly, le tromboniste, chanteur et compositeur béninois Michel Pinheiro crée l’African Salsa Orchestra avec le trompettiste et arrangeur français Florent Briqué.

Cet orchestre singulier établit un pont entre les musiques d’Afrique et celles de Cuba. Les deux musiciens à l’origine de l’orchestre ont déjà travaillé ensemble au sein des « Mercenaires de l’Ambiance », l’orchestre survolté du bal de l’Afrique enchantée (version scénique de l’émission de France Inter).

L’African Salsa Orchestra réunit huit musiciens d’origines béninoise, camerounaise, congolaise et française. Les fondateurs de l’orchestre, Michel Pinheiro (voix, trombone) et Florent Briqué (trompette) avec autour d’eux Elvis Ponce Ramos (voix, percussions), Kelly Ketto (contrebasse), Patrick Bebey (piano), Jean-Richard Codjia (percussions), Florent Cardon (trompette) et Stéphane Montigny (trombone). Pourtant, l’album « African Salsa Orchestra » est enregistré avec une formation élargie à quinze musiciens.

Widad Abdessemed (violon), Luce Goffi (violon), Anne Berry (alto)  et Chloé Girodon (violoncelle), membres du « Well Quartet » rejoignent l’African Salsa Orchestra. Le pianiste Christophe Renard est invité sur Agoh, Benjamin Leherissey intervient au très sur Si Pudiera et le Grand Chœur African Salsa joint sa voix sur le chant traditionnel Iba Agbo.

Michel Pinheiro a composé les musiques et les textes de l’album « African Salsa Orchestra » excepté Iba Agbo. Florent Briqué a assuré la direction artistique de l’album et les arrangements des cordes du « Well Quartet ». Sur la pochette dont le design graphique revient à Julien Loizeau, on retrouve le trombone et la trompette mais aussi la silhouette d’un violon, d’une guitare, des touches de piano sans oublier une percussion et des silhouettes de plantes et d’animaux débonnaires.

Sous la chaleur de la musique, les textes des compositions originales de Michel Pinheiro évoquent les problèmes de la vie quotidienne des béninois et plus largement des peuples de l’Afrique. Dommage que l’on ne saisisse pas la teneur des textes chantés pour la plupart en yoruba ou en dioula hormis Femme je t’adore et Bénin interprétés en Français.

Porté par les percussions et les rythmes traditionnels africains qui ont donné naissance aux musiques cubaines, on a vibré à l’écoute de Minsi Gbo au rythme chaloupé et aux précieuses orchestrations. On est aussi tombé sous le charme cuivré du mambo Atchegbe Magnon.

« African Salsa Orchestra ». Un album joyeux et enchanteur d’Afro-Salsa  De la salsa endiablée aux arrangements peaufinés qui fait le pont entre les musiques de l’Afrique et celles de Cuba. A écouter avec délectation. Pour danser sans modération.

 
A Paris, sur la Rive Gauche de la Saine, le Flow accueillera le concert de sortie de l’album le 22 septembre 2017 mais l’été permet d’écouter l’African Salsa Orchestra en concert. Rendez-vous le 23 juillet 2017 à Cajac, le 28 juillet 2017 dans le cadre du Festival de Radio France Occitanie à Montpellier, le 26 août 2017 à Blois durant le Festival des lyres d’été et le 10 novembre 2017 à Chalon-sur-Saône à l’Espace des Arts.
Clin d’œil à « Eu Te Amo – The Music of Tom Jobim »

Clin d’œil à « Eu Te Amo – The Music of Tom Jobim »

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Opera Underground – Les RV de février 2019

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« Mare Nostrum III » du trio Fresu-Galliano-Lundgren

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Nuits de Fourvière 2017 – Echo#4

Nuits de Fourvière 2017 – Echo#3

Nuit Italienne - 1. Stefano Bollani & Richard Galliano

Les soirées thématiques font partie des traditions des Nuits de Fourvière. En 2017, l’Italie n’est pas en reste et le public de la Métropole lyonnaise se voit gratifié de deux Nuits Italiennes dont la première programmée le 18 juillet 2017.

Cet Echo#3 propose un retour sur la Nuit Italienne du 18 juillet 2017.

Avec plus de trente degrés au thermomètre et le vent du Sud, la soirée s’annonce calda à l’Odéon le 18 juillet pour la première Nuit Italienne 2017.

Décontracté, en jean, chemise de lin et claquettes, Stefano Bollani a le privilège d’ouvrir la soirée. Le programme s’annonce donc jazz… mais pas que ! En effet, le pianiste a plus d’un tour dans ses claviers et va assumer le rôle d’un amuseur public bon enfant tout au long d’un set qui restera dans les mémoires des spectateurs.

Le concert ouvre avec trois compositions originales. Une première belle histoire allègre et sautillante que le pianiste brode avec aisance, élégance et légèreté sur le clavier du piano. Alors que les grands arbres proches de la scène bruissent sous les assauts du vent, Stefano Bollani effleure les touches du clavier et continue avec une ballade délicate dont la mélodie se fait plus alerte, plus passionnée et se densifie. S’instaure alors une dramaturgie haletante soutenue par l’infatigable main gauche du pianiste. Le musicien s’écartèle ensuite entre piano et clavier électrique sur un morceau au rythme endiablé.

Advient ensuite une version échevelée du célèbre thème Tico Tico no Fubà. La musique enfle, se fait atonale, revient à la douceur puis s’accélère. La musique tourne comme un manège pris de folie avant de s’arrêter sous une ovation enthousiaste du public. C’est le moment que choisit l’artiste pour préciser qu’en jazz on joue souvent plus de notes que nécessaire… ce que visiblement les spectateurs apprécient. Cabotin en diable, il donne une folle leçon de musique autour de plusieurs thèmes de Beethoven, « Marche Turque », « Lettre à Élise », « Symphonie n°5 ». C’est ensuite en chanteur italien que se transforme le pianiste ce qui l’amuse visiblement. Très vite il redevient pianiste. Virtuose et ludique, alerte et énergique il harmonise les mélodies romantiques et se joue des rythmes qu’il détourne avec allégresse ou contourne avec vélocité.

Stefano Bollani annnonce un invité surprise… Richard Galliano. Ensemble ils vont interpréter deux compositions de l’accordéoniste, Waltz for Nicky puis Tango pour Claude. Valse débridée, tango concertant… les deux virtuoses dialoguent avec bonheur et rivalisent d’inventivité. Le public chaviré en redemande et va être comblé car en guise d’au-revoir, le comédien-pianiste va interpréter un medley explosif de dix titres suggérés par le public, Purple Rain, Night and Day, Bella Ciao… et une version paolo-contienne plus vraie que nature de sa composition Copacabana.

Stefano Bollani quitte la scène de l’Odéon. On garde en tête le souvenir de ce set exubérant proposé par l’artiste transalpin à un public conquis. Le pianiste dose avec un égal bonheur énergie et lyrisme et propose un cocktail musical qui balance entre extravagance et charme romantique.

Après la valse du « Parrain » interprétée en solo, l’accordéoniste Richard Galliano invite ses musiciens à le rejoindre sur la scène de l’Odéon. Gabriele Mirabassi à la clarinette, Nicolas Folmer à la trompette, Mattia Barbieri à la batterie et Sylvain Le Provost à la contrebasse.

Le quintet franco-italien emporte le public dans un répertoire tout entier consacré à la musique du célèbre compositeur italien Nino Rota. Richard Galliano lui a rendu hommage en 2011 dans le splendide album « Galliano Plays Nino Rota » (Universal-Deutsche Grammophon Records).

Le groupe enchaîne les morceaux et fait varier les ambiances. Swing et mélancolie alternent. Les couleurs cuivrées que confère la trompette de Nicolas Folmer à certaines orchestrations succèdent à des ambiances plus nostalgiques et plus boisées. Sur la colline de Fourvière, ce n’est pourtant pas le Cirque Plume qui s’est installé mais bien celui de « La Strada » dont Nino Rota a composé la musique.

La mise en place est précise. La musique étincelle de mille nuances qui varient entre puissance tonitruante et délicatesse exquise. Les thèmes de « La Strada », de la « Dolce Vita », du « Parrain » se succèdent sans répit.

Comme un équilibriste fougueux mais précis, le prodigieux clarinettiste Gabriele Mirabassi double les mélodies de l’accordéon à moins qu’il ne dialogue avec lui dans un climat de douce intimité. On a vibré sur le duo poétique de Richard Galliano à l’accordina et du contrebassiste Sylvain Le Provost à l’archet sur un thème de la BO du « Parrain ».

Lyrique, Richard Galliano ne cède pas à la virtuosité mais cultive les mélodies de Rota qu’il harmonise avec sensibilité. Le quintet de l’accordéoniste rend un hommage poétique au compositeur italien Tout à tour joyeuse ou mélancolique la musique valse, explose ou murmure. Élégante elle n’en demeure pas moins populaire et enchanteresse.

Clin d’œil à « Eu Te Amo – The Music of Tom Jobim »

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Opera Underground – Les RV de février 2019

Opera Underground – Les RV de février 2019

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« Mare Nostrum III » du trio Fresu-Galliano-Lundgren

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Nuits de Fourvière 2017 – Echo#4

Nuits de Fourvière 2017 – Echo#2

Guitare flamenca & manouche, Nuit du Tango

Le Festival des Nuits de Fourvière porte un regard pluriel sur les arts. Sur les scènes de la colline de Fourvière résonnent à tour de rôle des musiques très médiatisées qui rallient un large public et d’autres styles musicaux plus minoritaires prisés par des amateurs initiés.

Cet Echo#2 pour se souvenir de deux soirées consacrées l’une à la Guitare flamenca et manouche et l’autre au Tango.

Le 13 juillet 2017 la scène de l’Odéon accueille des virtuoses des cordes. Les cordes des guitares émargent du côté du flamenco avec Pedro Solers puis Tomatito, ou du monde manouche avec Stochelo, Nous’che, Mozes et Johnny Rosenberg mais sont aussi invités les cordes du violoncelle de Gaspar Claus, celles du piano de Michel Camilo et  les cordes vocales de Johnny Rosenberg. Une soirée poétique et sereine, joyeuse et musicale s’il en fut.

La soirée ouvre avec Pedro Soler et Gaspar Claus. Père guitariste flamenco et fils violoncelliste moderne. Les musiciens proposent un voyage intime au cœur d’un flamenco « archaïque » qui ne manque ni de poésie ni de lyrisme. Se succèdent malagueña, airs de Séville, chants des montages. Ces airs de flamenco moyenâgeux ou empreint d’influences baroques hésitent entre plainte et lamentation. Avec La Petenara l’émotion gagne encore en intensité. Écorché et aux frontières de la tonalité le violoncelle apporte un grain de folie à ces rudes mélodies ibériques aux accents enflammés.

Duo plein de grâce ou duel subtil ? La guitare rugueuse et terrienne contraste avec le violoncelle libre et aérien. Venu du fond de l’Espagne ancienne, le chant profond et rugueux de la guitare flamenca de Pedro Soler prend toute sa force aux côtés de la plainte du violoncelle caressant ou éraillé.de Gaspar Claus. La tradition flamenca s’invente une modernité.

Ambassadeurs de Saint-Domingue et de l’Andalousie, le pianiste Michel Camilo et le guitariste Tomatito (José Fernandes Torres) inventent et réinventent l’Espagne musicale depuis longtemps déjà. Après « Spain » (2000) et « Spain Again » (2008), ils ont sorti « Spain Forever » en 2016, leur troisième album en duo. Ainsi le cadre est posé, l’Espagne demeure invitée sur la scène de l’Odéon.

Le set débute par une séance d’accordage qui se renouvellera. Au-delà de l’accord des notes, sans doute celui des hommes, des musiciens qui pénètrent ensemble dans leur musique. En ouverture, Tango for Claude puis « une chanson d’amour ». Les deux partenaires dialoguent avec nuance et légèreté jusqu’à Agua & Vinho du compositeur brésilien Egberto Gismonti (pianiste et guitariste) où le duo fait exploser son talent. Les notes déliées et cristallines de Michel Camilo répondent en cascade au toucher tout en retenu de Tomatito.

Alors que les martinets entament leur vol vespéral au-dessus de la scène, les deux musiciens vibrent à l’unisson. Ils partagent leur musique avec le public tout en restant soudés du regard quel que soit le tempo. Douces notes perlées ou tempo cubain. Le romantisme délicat de la Gnosienne n°1 de Satie scelle la communion nocturne des deux musiciens. Ils entament ensuite leur titre phare, Spain de Chick Corea. Porté par la pulsion torride du pianiste, le guitariste s’envole littéralement. Le jazz cède le pas au flamenco. Le public ravi exulte en redemande. Après deux rappels le duo quitte la scène avec le sourire.

Michel Camilo et Tomatito. Deux virtuoses certes mais surtout deux complices au service de la musique. L’un expansif, l’autre plus hiératique. Un concert magique où alternent des moments d’une évanescente mélancolie et d’autres plus joyeux et toniques.

Sur la scène de l’Odéon, exit les duos. Changement de décor et de musique… Quatre guitares. Une contrebasse. Un chanteur. C’est la Rosenberg Family réunie autour du brillant guitariste Stochelo Rosenberg. On embarque dans le monde du jazz manouche

Le Trio Rosenberg commence avec un thème de Django Rheinhardt, Duke and Dukie. Le contraste est saisissant avec le set précédent. Stochelo (guitare), Nous’che (guitare) et Nonnie (contrebasse) Rosenberg prodiguent une musique puissante et métronomique. Avec Blues en mineur du même Django, la pompe demeure solide mais le propos s’assouplit, les notes perdent en vitesse mais gagnent en sensibilité, la nostalgie se fraie un passage. La venue de Mozes Rosenberg, le plus jeune frère du leader, apporte un brin de modernité à Festival 48. Le public sidéré assiste avec bonheur à un festival de virtuosité qui est la marque habituelle de la musique de Stochelo Rosenberg.

Avec la venue de Johnny Rosenberg, présenté comme le crooner manouche, la musique manouche va quitter la musique de Django pour regarder du côté des standards du jazz américain. Avec une aisance sans pareille les Rosenberg interprètent L.O.V.E., Kiss of Fire, So What, Cry me a river, I’ve Got Rhythm, Whatever Lola wants sans oublier d’inviter Nino Rota et le thème du Parrain. La prestation est renversante. Swing, ballade, tango ou jazz moderne, la rythmique manouche fait mouche sur tous les rythmes. Les solistes s’expriment avec aisance et inventivité. Le crooner convainc. Le public se souviendra de son face à face avec Stochelo Rosenberg et de son scat ébouriffant.

Rosenberg Family. Des musiciens virtuoses et généreux. Du swing manouche qui ne manque ni d’efficacité ni de finesse et conserve une puissance de feu incontestable.

Le 16 juillet 2017 sur la scène du Grand Théâtre, la  Nuit du Tango promet de révéler toutes les facettes du tango avec un concert de Melingo suivi de la création « No Exit », pièce pour 3 interprètes et un chœur de danseurs.

Celles et ceux qui ont apprécié la musique du dernier album de Daniel Melingo, « Anda », ont pu profiter au mieux de son concert et de sa musique. pour les autres qui s’attendaient à écouter du tango conventionnel, la surprise était au rendez-vous.

Vêtu de noir comme à son habitude, coiffé de son éternel chapeau, Melingo se met en scène avec théâtralité et accueille le public dans son cabaret néobaroque où il se produit avec un quartet piano/contrebasse/bandonéon/guitare. Après un premier morceau instrumental, il entre en scène et l’on retrouve sa voix éraillée et rocailleuse plus grave encore que de coutume. Il déroule le répertoire de son opus récent … Sol tropical, En Un Bosque De La ChinaA Lo Megata, Anda, … 

Infatigable, le clarinettiste/chanteur Melingo a proposé un spectacle à la mise en place impeccable. De sa voix lascive, bluesy, nostalgique ou tragique il a fait vivre son tango à nul autre pareil. Halluciné, baroque et touchant à la fois.

« No Exit » est une création où se produisent le pianiste et compositeur Gustavo Beytelman, les danseurs Claudia Codega et Estaban Morena et un chœur de 16 danseurs. « L’enfer c’est les autres »… c’est autour du  propos de Sartre  tenu dans « Huis Clos » que le spectacle souhaite résonner.

La dimension musicale proposée par Beytelman constitue l’élément essentiel du spectacle et aurait suffi à prouver à lui seul combien la matière du tango comporte de richesses et de promesses d’avenir, bien au-delà de ses formes anciennes ou déjà renouvelées. Les mouvements laborieux du chœur des danseurs n’apportent guère d’éclairage  et n’entrent pas en résonance avec la vie scénique du couple de danseurs.

Le spectacle surprenant manque de relief. Les deux danseurs émérites et très techniques renvoient une image conventionnelle et compassée d’un tango de salon en décalage absolu avec la modernité de la musique. Il n’est pas certain que le public ait capté la résonance du spectacle avec les propos de Jean-Paul Sartre diffusés pourtant à l’issue de la création.

Clin d’œil à « Eu Te Amo – The Music of Tom Jobim »

Clin d’œil à « Eu Te Amo – The Music of Tom Jobim »

Sur « Eu Te Amo – The Music of Tom Jobim », Daniele di Bonaventura et Giovanni Ceccarelli revisitent des compositions peu connues de Tom Jobim. Avec une sensibilité infinie, le duo bandonéon-piano et ses invités, Ivan Lins, Jaques Morelenbaum et Camille Bertault, livrent un opus élégant et subtil. Un hommage plein de grâce rendu au compositeur brésilien.

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Opera Underground – Les RV de février 2019

Opera Underground – Les RV de février 2019

A peine terminées les épopées musicales roumaines que déjà les RV de février 2019 déchainent l’Opera Underground. Après le raï énergique de Saidi et Mazalda se profilent encore trois soirées, comme des promesses de dépaysement. Le barde gréco-australien Jim Yamouridis, le rock polymorphe d’Aquaserge et un double plateau singulier avec « Cyril Cyril » et « Begayer ». Des facettes musicales variées à découvrir !

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« Mare Nostrum III » du trio Fresu-Galliano-Lundgren

« Mare Nostrum III » du trio Fresu-Galliano-Lundgren

« Mare Nostrum III » constitue le dernier volet de la trilogie du trio constitué de Paolo Fresu, Richard Galliano et Jan Lundgren. Le répertoire se distingue par la délicatesse des interprétations et l’apaisement que procure leur écoute. Une mer poétique sur laquelle il fait bon naviguer et rêver !

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