Dès ses origines, le jazz s’est inscrit dans une dynamique de libération, de résistance à l’injustice. A l’occasion du centenaire de la création de Zorro, le saxophoniste et clarinettiste italien Francesco Bearzatti à la tête de son Tinissima Quartet célèbre ce justicier légendaire. Les quatre trublions avant-gardistes signent chez Cam Jazz un opus divertissant. Un jazz libéré aux ambiances joyeuses.
« Nearness » réunit Joshua Redman et Brad Mehldau
« Nearness », le dialogue intime de J.Redman et B. Mehldau
Le saxophoniste Joshua Redman et le pianiste Brad Mehldau conversent en duo sur « Nearness ». Cet album sorti le 09 septembre chez Nonesuch présente six titres captés « live » en 2016 lors de leur tournée européenne en duo. Pureté de l’expression et beauté d’un dialogue intime.
Ces deux musiciens aujourd’hui quarantenaires ont mené leur carrière de leader sans jamais se perdre de vue. Le début de leur collaboration remonte aux années 90, lorsque Brad Mehldau était membre du quartet de Joshua Redman et participait en 1994 au disque « Moodswing » du saxophoniste. Ils ont ensuite mené séparément leur carrière de leader mais en 2010, Joshua Redman participe à l’enregistrement du double album du pianiste « Highway Rider ». En 2013 ils se retrouvent encore mais cette fois, Brad Mehldau n’est pas seulement derrière le clavier, il produit et arrange l’album « Walking Shadows » que le saxophoniste enregistre avec des cordes.
On les a écoutés avec délice en duo un certain 16 juillet 2011 sur la scène du grand Théâtre de Fourvière où ils ont déjà télescopé leur art avec brio. Ils se sont ensuite retrouvés le 31 juillet à Marciac où leur duo a aussi créé le choc.
L’album « Nearness » comble donc d’aise celles et ceux qui ont déjà savouré l’expression scénique du duo Redman/Mehldau. Il est l’occasion pour les autres de découvrir la proximité qui rapproche les deux musiciens.
« Nearness » cultive la musicalité. La construction des phrases confine à la pureté mais l’émotion affleure avec pudeur au détour des harmonies. On est captivé par la conversation complice de Joshua Redman et Brad Mehldau. On se laisse griser par leur maîtrise du tempo.
Que les amateurs de standards se réjouissent, trois thèmes du « Real Book » figurent sur l’album. Ornithology de Benny Harris et Charlie Parker pris sur un tempo d’enfer comme pour prouver d’emblée que les deux solistes maîtrisent le rythme. In Walked Bud de Thelonious Monk où Brad Mehldau laisse entrevoir toute l’étendue de sa virtuosité. The Nearness Of You de Hoagy Carmichael et Ned Washington où durant seize minutes l’émotion habite l’album.
Le silence est palpable et la sobriété sensible des deux interprètes renouvelle ce titre tant de fois interprété.
L’autre moitié de l’album est constituée par des compositions originales. Mehlsancholy Mode de Joshua Redman sonne comme une déclaration d’amitié du saxophoniste au pianiste et se déroule au rythme d’un échange tempéré. La composition de Brad Mehldau, Always August résonne d’une musicalité équilibrée. Empreint de sérénité, ce titre se dessine comme un des meilleurs moments de l’album où saxophone soprano et piano dialoguent dans une parfaite symbiose. La musique s’écoule avec fluidité et respire. Avec Old West, écrit par Brad Mehldau, le duo explore librement les territoires de l’improvisation.
Sur « Nearness » les deux virtuoses produisent une musique peaufinée et raffinée non dénuée d’énergie et de créativité. En faisant alterner trois standards et trois compositions originales, Joshua Redman et Brad Mehldau incarnent de manière évidente les valeurs sûres d’un jazz qui ne renie pas ses racines mais sait se renouveler.
Après avoir écouté avec délice la conversation intime enregistrée par Joshua Redman et Brad Mehldau sur l’album « Nearness », on aura le plaisir de vivre en direct leur complicité musicale sur les scènes françaises. Le 13 novembre à 16h sur la scène de l’Auditorium de Lyon et le 14 novembre à 20h30 dans la Grande Salle Pierre Boulez de la Philarmonie de Paris.
Francesco Bearzatti Tinissima 4tet signe « Zorro »…
Keith Jarrett sort « Live in Budapest »
A 75 ans, le pianiste Keith Jarrett sort un opus inédit intitulé « Live in Budapest ». Publié chez ECM, ce double album restitue la teneur d’un récital capté en 2016 au Béla Bartók National Concert Hall lors d’un récital donné dans la capitale hongroise. Une plongée dans le monde unique de Keith Jarrett devenu le maître absolu de l’improvisation en piano solo.
« Kissed by the mist » par Giorgio Alessani
La voix embrumée de Giorgio Alessani swingue avec aisance sur les dix pistes de « Kissed by the Mist ». Une section rythmique et une section de cuivres issues de la scène jazz française actuelle, un orchestre symphonique… et le tour est joué, un nouveau crooner est né. Sans s’aventurer ni dans les aigus ni dans les graves, le chanteur façonne le registre médium avec souplesse et sans jamais forcer. Textes, mélodies et arrangements tissent la trame d’un délicieux album où vibrent les émotions.
Originaire de São Paulo au Brésil, Fernando DelPapa joue du cavaquinho dès l’âge de 13 ans. Il gagne Paris en 2000 où il s’engage dans des études d’ethnomusicologie. Parallèlement il s’engage dans les aventures musicales de différents groupes :Orquestra do Fubá, Roda do Cavaco et Terça Feira Trio où il se fait connaître sous le nom de Fernando Cavaco.
Pour précision, l’album « Eu Tambèm » (Helico Music/L’autre Distribution) sorti le 23 septembre 2016 a pu être réalisé grâce à un financement participatif.
Le rythme de la samba pagode plane sur tout le disque. O Mar où chante la trompette de Robinho Antunes, résonne comme un clin d’oeil au grand compositeur du genre, Paulinho da Viola. Les lignes de basses insistantes et les saveurs nordestines du titre Olho Magico exercent un attrait infini. On bouge sur les sonorités africaines de Meu Barraco. On voyage du désert du Nordeste à celui du Texas à l’écoute de Couro Cru. La nostalgie de Quebra Cabeça n’est pas sans évoquer l’univers de de Chico Buarque. Palafitas fleure bon le romantisme d’une ancienne modinha où accordéon, guitare et violoncelle aspirent à des escapades mexicaines.


Cette année encore le festival Les Guitares 2016, accueille la planète des cordes. A Villeurbanne et dans douze villes partenaires, une programmation ouverte sur le monde est proposée. Le festival prend ses distances avec la musique mondialisée pré formatée et ses tubes éphémères. « Les Guitares », un festival qui change les codes d’écoute et diversifie les propositions.
Le 18 novembre 2016 à 20h30, au Théâtre de l’Atrium de Tassin la Demi-Lune, c’est Manuel Delgado qui propose en septet un programme de flamenco avec soleas, tarantas et fandangos. L’originalité du projet tient dans le mariage d’instruments peu souvent utilisés dans le flamenco comme le basson et le bandonéon. Un répertoire très personnel où se mêlent flamenco contemporain et traditionnel.
Le 25 novembre 2016 à l’Espace Tonkin de Villeurbanne, Raphael Faÿs se produit en trio à 20h30. Ce virtuose de la guitare classique, héritier de Django et du jazz manouche voue une passion au flamenco depuis sa rencontre avec Paco de Lucia après laquelle il a composé de nombreuses bulerias, alégrias et fandangos. L’album “Circulo de la Noche” (Label Ouest/L’Autre Distribution) sorti en février 2015 donne à entendre sur trois CD la manière si singulière dont il interprète le flamenco avec un médiator ou “poua” en espagnol. Raphael Faÿs élargit ainsi son propos manouche et rend compte, au-delà des frontières de l’Espagne et de l’Europe de l’Est de ce qui est commun aux communautés gitanes, aux manouches européens et aux hispano-andalous. Le guitariste donne ainsi une leçon d’ouverture musicale. Il propose un voyage à travers les styles, de Belleville à l’Espagne andalouse, des valses, du swing, du jazz manouche et du flamenco.
Le 03 décembre 2016 (19h et 20h30), place au Jaleo de Louis Winsberg à l’Espace Tonkin pour un spectacle intitulé « For Paco ». Le titre donne le ton d’emblée. Cela fleure bon le flamenco. L’album au titre éponyme annoncé pour le 10 novembre chez Label Bleu, sera chroniqué prochainement sur le blog des « Latins de Jazz … & Cie ». Un album dédié à Paco de Lucia. La soirée du 03 décembre est donc prometteuse. Du flamenco mâtiné de jazz comme le guitariste sait si bien le faire. Dans son nouveau répertoire, Louis Winsberg revient à des sonorités plus acoustiques. A la guitare s’associent la voix de Sabrina Romero et les percussions espagnoles avec le cajon tenu par la chanteuse aussi danseuse et les percussions indiennes que Stephane Edouard maîtrise si bien. Sans oublier Alberto Garcia à la guitare et au chant ainsi que Cédric Baud au saz, à la mandoline et à la guitare. Du jazz méditerranéen à n’en pas douter.
Le 26 novembre 2016 l’Espace Tonkin de Villeurbanne ouvre sa scène dès 20h30 au Brésilien Fernando Del Papa. Ce natif de São Paulo est plus connu sous le nom de Fernando Cavaco, pseudo qu’il utilise lors de ses participations aux groupes « Orquestra do Fubá », « Roda do Cavaco » et « Terça Feira Trio ». Ce cavaquinhiste a repris son nom de naissance, Fernando Del Papa, pour présenter un projet très personnel enregistré sur l’album « Eu Tambèm »(Helico Music/L’autre Distribution). C’est ce projet qu’il présente en quintet avec Inor Sotolongo aux percussions. Avec Fernando Del Papa, la samba se teinte d’accents cubains, le forró s’orne de rythmes africains, la modihna s’évade sur les sentiers mexicains et le sertão se colore de dégradés texans. Dépaysement garanti et évasion vers un Brésil aux sonorités nordestines modernes et à la tonalité poétique.
Le tango est honoré par le duo Juanjo Mosalini et Vicente Bögelholz le 27 novembre 2016 à 17h30 sur la scène de l’Espace Tonkin de Villeurbanne. Le bandonéon du premier et la guitare du second dessinent pour le tango de nouveaux horizons sonores qu’on a pu écouter dans leur dernier opus « Delta y Mar » (Aparte/Harmonia Mundi). Le titre de ce répertoire qu’ils présentent, évoque le delta du Paraná et l’océan ce Concepciòn et vogue bien au-delà des influences des musiques de l’Argentine et du Chili. Il en résulte une musique aux résonances sud-américaines mêlées d’influences européennes.
Son amour pour le jazz et l’improvisation, ainsi que son inspiration pour différents sons et couleurs, ont conduit Mika Hary d’Israël à New York à l’âge de 21 ans. Là, elle a reçu une bourse d’études à la célèbre « New School » pour le jazz et la musique contemporaine et a ensuite formé son premier groupe avec lequel elle a joué. C’est durant ces mêmes années que Mika Hary a commencé à créer un son bien à elle, un mélange de simplicité et de complexité. Sa voix expressive sait alternativement monter en intensité ou se faire douce et apaisante.
C’est en 2006 qu’Ibrahim Maalouf monte pour la première fois sur scène en solo au New Morning. 10 ans, un millier de concerts et des dizaines de pays traversés plus tard, il fête cette décennie de carrière scénique. 10 ans de Live, ça se fête !
L’enfant de Beyrouth né sous les bombes, ce prodige de la trompette à 4 pistons inventée par son père, s’est révélé comme une star du jazz au profil d’homme d’affaire. Sous son label « Mi’ster Productions » il commercialise ses huit albums
En septembre 2015, Ibrahim Maalouf fait coup double en sortant deux albums en même temps. Deux hommage à la femme. Deux projets, deux orchestres. « Kalthoum » et « Red & Black Light ». Le premier album célèbre la figure emblématique de la chanteuse que le trompettiste a écoutée durant son enfance, Oum Kalthoum. Son répertoire transcrit en jazz propose une « suite » de tableaux respectueux de l’écriture originelle. Avec une esthétique plis actuelle, plus électro, voire pop, le second opus est une ode à la femme d’aujourd’hui. Constitué de compositions du trompettiste et d’une reprise de Beyonce, il est accessible à un large public. Un album qui incite à danser et à chanter.
Ibrahim Maalouf a sélectionné les concerts les plus marquants et les propose au public sous plusieurs formes évoquées sur