Les nuages musicaux de « Rahona »

Les nuages musicaux de « Rahona »

Ambiances musicales aux couleurs pastel

Le quartet Rahona résulte de la rencontre de deux guitaristes, Joël Rabesolo et Julien Marga. En quartet, les deux musiciens proposent un album dont le titre emprunte son nom au groupe. « Rahona » cultive lyrisme et poésie. Sa musique emprunte au jazz et intègre des éléments de musique africaine, de rock et de musique contemporaine. De belles sensations musicales aux couleurs pastels et aux ambiances nuageuses.

Quartet au profil peu courant, Rahona réunit deux guitares, une contrebasse et une batterie. couverture de l'album Rahona avec Joel Rebesolo et Julien MargaEn effet, le quartet Rahona est né de deux guitaristes aux racines aussi différentes que complémentaires et d’une section rythmique infaillible. Constitué du guitariste malgache gaucher Joël Rabesolo, du guitariste français Julien Marga, du contrebassiste Nicolas Puma et du batteur Lucas Vanderputten, le quartet développe un son de groupe et une identité singulière.

Dans la musique du quartet, se mêlent des accents de jazz, de musique africaine, malgache et contemporaine. Après plusieurs résidences, le groupe invite le saxophoniste Manuel Hermia et entre en studio en février 2020 pour enregistrer l’album « Rahona » (HomeRecords.be/L’Autre Distribution) sorti le 04 septembre 2020.

Rahona signifie nuage en malgache et l’album du même nom propose de nuageuses ambiances aux couleurs pastel sur lesquels souffle un vent inspiré.

Le répertoire

Hormis Kothbiro à porter au crédit de Ayub Ogada (1956-2019), musicien et compositeur kenyan, les neuf autres titres du répertoire restituent les influences des trois compositeurs du quartet. Réminiscences de musique africaine pour Faratazana et Maintsoahitra de Joël Rabesolo, essence d’un jazz contemporain pour Nané, Ellie and Jakob de Julien Marga, esthétique empruntée aux musiques de film pour Zokybe Haja du même Julien Marga et atmosphères élégantes de Duke Waltz Blossom, Scoliose, Léo et Jim’s Dream de Nicolas Puma.

Les dix morceaux de « Rahona » déclinent les couleurs des nuages de l’aube, ceux des chaleurs d’été ou encore ceux de l’orage. Soutenues par la solide section rythmique, les mélodies des guitares et du saxophone sculptent des nuages qui s’étirent et se parent d’accents aux dynamiques changeantes. La batterie se fait délicate ou gronde avec les cordes de la contrebasse pour déclencher des pluies de notes bienfaisantes que l’oreille recueille avec bonheur.

Voyage au fil des nuages

En ouverture, Faratazana résonne comme une mélopée africaine qui berce l’oreille de bout en bout. Le morceau peint des nuages de chaleurs d’été qui se déplacent dans le ciel sous l’effet d’une légère bourrasque de vent que souffle le saxophone ténor invité. Plus loin, Ellie et Jakob déroule sa poésie comme un nuage musical crépusculaire. Ténor et guitare s’expriment avec sérénité et le morceau semble flotter comme en apesanteur dans un ciel imprégné de douceur.

Après le riff de contrebasse de l’introduction de Kothbiro, les deux guitares dialoguent et invitent à se laisser porter pour voyager au rythme des cumulus annonciateurs d’une aube sereine. Sur Maintsoahitra, les deux guitares communient en étroite symbiose alors que les rythmiciens posent des couleurs d’inspiration africaine. Le climat sonore de Zokybe Haja évoque ensuite l’ouverture de la bande son d’un film où le jeu évanescent des guitares annonce la survenue d’une pluie apaisante et bienfaisante.

Sur le tempo médium de Nané, le ciel se couvre de nuages. L’improvisation de la contrebasse tellurique et la rythmique tonique impulsée par la batterie se font annonciatrices d’un orage estival. Invité sur la superbe composition Duke Waltz Blossom, le saxophone ténor se charge de grâce. Ses envolées lyriques dessinent alors des arabesques dans les stratocumulus qui s’accumulent dans un ciel aux accents ellingtonniens.

Avec Scoliose, règne une atmosphère qui rapelle les distorsions d’un miroir déformant. Portées par une section rythmique énergique, les improvisations des deux guitaristes fusionnent avec allégresse. Le répertoire se poursuit avec Léo ouvert par la contrebasse solitaire. Il s’ensuit une mélodie lumineuse que jouent les deux guitares aux styles contrastés mais complémentaires. Un régal à écouter sans jamais se lasser.

L’album se termine avec Jim’s Dreams sur lequel la contrebasse entonne une ritournelle toute simple que l’on pourrait fredonner pour bercer un petit enfant.

« Rahona, » une musique aux accents lyriques et poétiques dont les atmosphères évoquent les couleurs d’un ciel parcouru de nuages aux couleurs changeantes. Un album à partager largement.

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Clin d’œil à Nils Wülker & « Go »

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Voyage serein en terres électroniques

Pour l’homme toujours en mouvement qu’est Nils Wülker, rien d’étonnant à ce que son dernier album sorti le 04 septembre 2020 s’intitule « Go ». Le compositeur et trompettiste hambourgeois opère une plongée réussie dans la musique électronique. Dix titres pour découvrir des atmosphères énergiques ou planantes, cinétiques ou oniriques. Un voyage serein qui conjugue joie de vivre et espoir en devenir.

Avec « Go » (Warner Music), le tonique Nils Wülker finalise la trilogie commencée en 2015 avec « Up » et continuée avec « On » en 2017. Après la pop sophistiquée du premier opus et le hip-hop du second, le trompettiste s’immerge dans l’univers de la musique électronique.

Sur un titre, le leader invite le trompettiste américain Theo Crocker pour un « corona-duo-à distance ».

« Go », un album studio dynamique où trompette (s), guitares, batterie, synthétiseurs analogiques, beats et boucles organiques se côtoient pour le meilleur.

Nils Wülker

Le compositeur et trompettiste Nils Wülker figure parmi les musiciens les plus actifs de la scène européenne. Depuis 2002, il compte à son actif dix albums studio et deux productions live.

Nils Wülker©David Königsmann

Après avoir commencé par le piano, c’est vers l’âge de 10 ans qu’il se tourne vers la trompette. A seize ans il découvre le jazz aux USA. A son retour en Allemagne, il joue dès 1996 dans le Jugend Jazz Orchester NRW puis entreprend des études de jazz à Berlin (Hochschule für Musik « Hanns Eisler »). Très dynamique il joue dans différents orchestres (BuJazzO de Peter Herbolzheimer, RIAS Bigband et Thärichens Tentett) et publie son premier album avant même d’obtenir son diplôme en 2002.

Entre 2005 et 2012, Nils Wülker publie cinq albums sur son propre label EAR Treat Music, tourne avec son propre groupe mais aussi en tant qu’invité chez Ute Lemper, Omara Portuondo, avec le quatuor du Sting-Kompagnon Dominic Miller et aussi avec Lee Ritenour, Dave et Don Grusin. Il est récompensé d’un Jazz Gold Award pour son album « Safely Falling », sorti en 2007.

En 2013, il est récompensé d’un Echo Jazz comme « instrumentiste de l’année » dans la catégorie des instruments à vent. Avec « Up » (Warner Music) sorti en 2015, Nils Wülker est nommé « musicien de l’année » et est à nouveau récompensé par un German Jazz Award d’Or. Son album « On » (Warner Music) inspiré par le Hip Hop et produit en collaboration avec The Krauts (producteur Marteria, Peter Fox) et Ralf Mayer (Clueso, Quatre Fantastiques) paru en 2017, est récompensé en 2018 par un German Jazz Award d’Or.

Outre de longues tournées en Europe, le trompettiste a joué en tant que soliste invité avec Gregory Porter, E.S.T. Symphony, Max Mutzke et Klaus Doldinger,

« Go »

L’album « Go » marque l’arrivée de Nils Wülker dans l’univers de la musique électronique. Il clôt une trilogie qui a évolué sur près de cinq années et au cours de laquelle le compositeur et trompettiste a plongé dans la pop sophistiquée de « Up » et le hip-hop de « On ». Son dixième album studio propose de superbes mélodies accompagnées d’un jeu de trompette extrêmement direct et dynamique qui confirme, si cela demeurait encore à prouver, son talent de fin mélodiste.couverture de l'album Go de Nils Wülker

L’album est produit par Ralf Christian Mayer (connu pour son travail auprès de stars allemandes comme Clueso ou Die Fantastischen 4) et ne compte que des compositions originales de Nils Wülker. Le son est dirigé par un expert, l’artiste Sohn.

Les 10 titres mettent en valeur l’énergie incroyable du musicien multi-récompensé qui se produit avec les fidèles Albin Janoska (synthétiseurs synthe-bass et vocoder), Maik Schott (synthétiseurs modulaires), Arne Jansen (guitares), Simon Gattringer (batterie) et Oli Rubow qui le relaie sur un titre.

Sur une plage, Nils Wülker invite le trompettiste américain Theo Croker pour un « corona-duo à distance » de belle tenue. En effet, enregistrée pendant la période de la covid, la piste Highline, propose un duo inspiré entre Nils Wülker et Théo Crocker. En fait, chacun a joué dans son studio, « seul, mais pas solitaire ». Présents dans leurs studios respectifs, les deux trompettistes étaient créatifs et en interaction à distance.

Un autre morceau témoigne quant à lui d’une action totalement « isolée » de la trompette électronique. Créé uniquement dans le Home Studio du leader, Blow Up utilise toutes les possibilités techniques de la trompette, dans l’isolement du studio et ce, de la manière la plus créative possible. Tout dans Blow Up est trompette et seulement trompette, y compris un kick drum fabriqué à partir de ploucs et un backbeat de soupapes.

Au fil des titres

Dès les premières notes de Distorting Time, on est transporté dans un paysage musical onirique aux dimensions cinématographiques. La sonorité claire et somptueuse de la trompette et les synthétiseurs contribuent à installer un climat musical spatial et planant. Tout au long de Hidden Intentions, le groove installé par la batterie ne se dément pas et la trompette dessine une charmante mélopée sur un motif du synthé-bass et au-dessus des volutes du synthétiseur et de la guitare.

The You of Now restitue une atmosphère musicale sombre. Les boucles organiques du synthé-bass et la ligne de basse tracée par le piano instaurent un climat dramatique alors que la trompette chante une mélancolie à laquelle le vocoder fait écho.

Plus loin, la mélodie du titre Hybrid est lancinante. Jouée au bugle et soutenue par la pulsation de la batterie, elle incite à la rêverie. Avec Seat 47, l’ambiance évolue de nouveau. Au-dessus du beat du synthé-bass, la trompette déroule une simple mélodie qu’elle installe très vite dans une ambiance funk que George Duke n’aurait pas reniée.

Highline, un duo de trompettes, Théo Crocker accompagnant Nils Wülker, qui utilise un Harmon Mute sur un groove électro soutenu par des samples et des boucles de trompettes. Plus que jamais, la trompette assume bien d’autres fonctions que son seul rôle d’instrument mélodique solo.

La trompette à la sonorité bucolique fait ensuite de The Frame une ballade dynamique et développe une ambiance effervescente riche en bruissements synthétiques.

Avec ses 29 pistes de trompette, Blow Up déborde d’énergie. On se surprend plus tard, à danser sur Perlage, une plage rythmée sur laquelle la trompette chante avec allégresse. L’album se termine avec Faced with a choice, Do Both où la trompette insuffle à la mélodie une énergie musicale optimiste comme une note d’espérance, à partir du motif répétitif du synthé modulaire. Le soleil brille de nouveau, c’est le moment d’en profiter… « Go » !

« Go »… la tête dans les étoiles, on se laisse porter dans l’univers planant et serein de Nils Wülker et sa trompette.

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Harold López-Nussa revient avec « Te Lo Dije »

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Fougueuses vibrations entre jazz et pop cubaine

Deux ans après « Un Día Cualquiera », Harold López-Nussa revient avec « Te Lo Dije ». Sur son troisième album chez Mark Avenue Records, le pianiste cubain propose un voyage musical coloré et festif. Reggaeton, songo et mozambique irriguent les propos du quartet et de ses invités. Une musique énergique et très actuelle dont les accents vibrants mêlent jazz et pop cubaine.

Harold López-Nussa revient avec Te Lo DijeSorti le 28 août 2020 sur le label Mack Avenue Records, l’album « Te Lo Dije » invite à s’immerger dans l’univers actuel du pianiste cubain Harold López-Nussa. Il propose un panorama musical varié et divertissant. Le jazz côtoie le songo du groupe iconique Los Van Van en même temps que des effluves de son, d’autres rythmes caribéens et de funk-rock croisent le vigoureux mozambique de Pello el Afrokan, le funk « a lo cubano » de Cimafunk et le reggaeton en vogue depuis la fin des années 90.

En intitulant son album « Te Lo Dije », que l’on pourrait traduire par « je te l’avais dit », le pianiste et compositeur Harold López-Nussa semble se féliciter de son nouvel enregistrement et l’écoute des onze titres lui donne vraiment raison… l’album est réussi !

« Te lo dije », un concentré musical vigoureux et vibrant qui mêle jazz et musiques cubaines populaires.

« Te Lo Dije »

Harold Lopez-Nussa en quartet

Harold Lopez-Nussa quartet©Gabriel Bianchini

Après avoir enregistré chez Mack Avenue Records « El Viaje » (2016) et « Un Día Cualquiera » (2018) en trio, Harold López-Nussa revient à la tête d’un quartet sur un troisième opus sorti sous le même label. Le nouveau groupe du pianiste réunit à ses côtés son jeune frère Ruy Adrián López-Nussa, déjà présent à la batterie et aux percussions sur les deux albums précédents, le bassiste Julio César González et le trompettiste Mayquel González.

Si le leader grave sept titres en quartet, sur les quatre autres morceaux, il renforce son groupe par la présence de plusieurs invités de marque. La superstar afro-cubaine du funk « a lo cubano », Cimafunk, le célèbre chanteur de reggaeton Randy Malcom Martinez, membre du très populaire groupe Gente de Zona, le chanteur Kelvis Ochoa et l’accordéoniste français Vincent Peirani.

« Te Lo Dije » propose cinq compositions du pianiste auxquelles s’ajoutent Van Van Meets New Orleans coécrit par le leader et le trompettiste Mayquel González et deux autres titres que les deux frères López-Nussa ont composés avec les invités qui les interprètent, en l’occurrence, Jocosa Guajir avec Kelvis Ochoa et JazzTón avec Randy Malcolm. Par ailleurs, Harold López-Nussa revisite Un dia de Noviembre, du compositeur, guitariste et chef d’orchestre cubain Leo Brouwer, fondateur de l’Orquesta Cordoba, il réinterprète El Buey Cansao du bassiste et compositeur Juan Formell (1942-2014), créateur de Los Van Van et reprend aussi le fameux The Windmills of Your Mind de Michel Legrand (1932-2019).

Au fil des titres

Le répertoire fait alterner morceaux interprétés en quartet et thèmes joués avec des invités.

Harold López-Nussa Quartet

Avec la plage d’ouverture, Habana Sin Sábanas, le quartet d’Harold López-Nussa transporte l’oreille dans les rues de La Havane et restitue l’agitation de la vie quotidienne. Énergie et danzón sont au rendez-vous tout au long des improvisations des quatre musiciens. Le morceau titre Te Lo Dije exprime aussi les vibrations de l’âme de Cuba. Le pianiste donne lui-même de la voix pour annoncer que sa composition fait référence au style mozambique inventé par le percussionniste Pello El Afrokan. Même si l’esprit de la fête règne en maître de bout en bout, le quartet allie maitrise technique et grande sensibilité.

Harold López-Nussa dédie ensuite un mambo de son cru à sa plus jeune fille dont on entend d’ailleurs la voix. Le climat de Lila’s Mambo fait alterner frénésie rythmique et mélodique avec des nappes sonores et des notes qui voltigent au-dessus du clavier électrique et du piano.

Un peu plus loin, le quartet reprend Timbeando, une ancienne composition du pianiste, gravée sur l’album « Sobre el Atelier » (Cristal Records/Harmonia Mundi) enregistré en solo en 2006 et sorti en 2007. Au Fender Rhodes, Harold López-Nussa fait preuve d’une technique inouïe et dédie ce titre à Chick Corea dont l’Elektrik Band l’a inspiré. Ce thème lui avait d’ailleurs permis de remporter le concours de piano solo du festival de Montreux en 2005.

Plus loin, le pianiste interprète en quartet Sobre el Atelier. Il dédie ce bolero à la mémoire de son grand-père, peintre dont l’atelier se trouvait en-dessous de la maison familiale. Interprétée avec sobriété et raffinement, cette ballade aux accents romantiques, permet d’apprécier une superbe improvisation du trompettiste Mayquel González.

Le quartet reprend ensuite Un día de Noviembre, ballade composée par Leo Brouwer. Le groupe en donne une version empreinte de sérénité. Van Van meets New Orleans conclut l’opus comme un clin d’œil explicite aux liens qui unissent La Havane, ville natale du pianiste, et New Orleans, la ville américaine toute proche. Composé par le leader et le trompettiste, ce morceau met en résonance le style néo-orléannais avec le songo, né dans les années 1970 au sein du groupe Los Van Van qui mélange tumbao (forme rythmique du son) et rumba.

Quartet et invités

Avec The Windmills of your Mind, le groupe d’Harold López-Nussa rend hommage au compositeur Michel Legrand et invite l’accordéoniste Vincent Peirani. Son jeu élégant et inspiré contribue pour beaucoup à la saveur de ce titre pris sur un tempo plus soutenu que de coutume.

Le quartet invite ensuite la star cubaine, Cimafunk, à donner de la voix sur El Buey Cansao, une chanson de Los Van Van composée par Juan Formell. Le morceau invite à la danse voire même à la transe. Ouvert par des claquements de mains, Jocosa Guajira fait quant à lui alterner mesures à 6/8 et à 3/4. Avec ses 5 temps forts, il reprend la signature rythmique de la guajira qu’il modernise quelque peu. Le chanteur Kelvis Ochoa s’accommode sans problème de ces rythmes complexes et dialogue avec la trompette et le piano dont l’accompagnement se joue des contretemps. Même si chorus de la basse plutôt lyrique apporte un petit brin de nostalgie, le morceau fait résonner la joie.

Sur le festif JazzTón, le quartet invite le très populaire chanteur Randy Malcom Martinez, ancien membre de la « Charanga Habanera » qui a poursuivi l’aventure de Gente de Zona, un groupe de cubaton, ce reggaeton cubain crée en 2000 et traversé d’influences hip hop. Avec l’apport du trombone de Heikel Fabian Trimiño, des claviers additionnels de Jorge Aragon, des timbales tenues par Randy Malcom Martinez et des percussions de José Julián Morejón, ce titre se distingue par son esthétique de l’ensemble du répertoire. Conduits par le piano flamboyant, l’ensemble des musiciens électrisent l’ambiance et invitent à entrer sans plus attendre dans une danse frénétique.

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Le duo Peirani – Parisien signe « Abrazo »

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Complicité, Tango & Improvisation

Six ans après leur premier album « Belle Époque », le duo Peirani - Parisien revient avec « Abrazo ». Le saxophoniste et l’accordéoniste étreignent les mélodies, explorent les rythmes et revisitent à leur manière le tango. Élégant et mélancolique, l’opus fait la part belle à l’improvisation. Un album magistral dont la musique enchante de bout en bout.

Après avoir dévoilé Deus Tango en mai 2020, l’accordéoniste Vincent Peirani et le saxophoniste Émile Parisien présentent leur deuxième album, « Abrazo » à paraître le 28 août 2020 chez ACT. Il s’inscrit dans la continuité de « Belle Époque », le premier opus du duo, sorti en 2014 sur le même label ACT.

Avec une liberté inouïe, le duo Peirani - Parisien réussit un album qui éblouit par une inventivité de chaque instant. Leur parfaite maîtrise technique, leur créativité et leur complicité éprouvée permet aux deux musiciens de se donner corps et âme à la musique qu’ils étreignent sans contrainte.

« Abrazo »

couverture de l'album Abrazo du duo Peirani -ParisienPar son titre, Abrazo (étreinte), le deuxième opus du duo Peirani - Parisien fait écho aux enlacements des danseurs de tango. Les deux musiciens revisitent le tango à leur façon. En effet, l’album s’inspire non pas de l’œuvre d’un compositeur mais d’un art, d’une culture, celle du tango dont il emprunte l’élégance, la mélancolie et la puissance tant rythmique que mélodique. 

Si le répertoire de dix titres compte deux pièces du maître du Tango Nuevo, Astor Piazolla et une de Tomás Gubitsch, il propose par ailleurs une relecture d’un thème de Xavier Cugat, une reprise d’un morceau de Jelly Roll Morton et aussi trois compositions originales de Vincent Peirani, une d’Émile Parisien et une version d’un titre de Kate Bush arrangée par Vincent Peirani dans l’esprit du tango.

Au fil des plages

Le duo magique ouvre l’album avec un arrangement de The Crave de Jelly Roll Morton. Dès la première écoute, on perçoit l’enlacement musical fusionnel qui unit l’accordéon et le saxophone soprano. L’osmose touche à son comble lors de l’improvisation du soprano. Le duo transcende ensuite le tango sur Temptation de Xavier Cugat. Après une élégante exposition du thème, l’expression se fait mélancolique sans que jamais la puissance rythmique ne s’en trouve diminuée. Après les cascades de notes du soprano dont le timbre évoque celui du doudouk, l’accordéon délivre une douce improvisation qui confine à la confidence.

En superposant leurs lignes mélodiques, les deux instruments semblent ensuite combiner tango et musique baroque sur Fuga Y Mysterioso de Piazzolla dont le duo donne une interprétation sidérante. Le duo enchaîne avec Between T’s, une composition de Vincent Peirani. Sur un rythme soutenu, le soprano virevolte, trépigne et l’on se prend à chavirer, comme entraîné dans la transe d’une danse débridée mais l’on retrouve ses esprits dans les dernières mesures plus sereines.

Le duo Peirani - Parisien

Abrazo©JP Retel

Plus loin, le duo propose une version très singulière de Deus Tango, une autre composition de Piazzolla. On se laisse enivrer par le dialogue vibrant qu’échangent les deux instruments. Le soprano souffle une déclaration poétique grisante au-dessus des temps forts du tango marqués par l’accordéon et pour finir, les deux musiciens libèrent leur expression dans une courte interaction.

Memento invite ensuite au recueillement. Inspiré des milongas, la composition d’Émile Parisien résonne comme une véritable complainte gorgée de poésie et tendresse. Un clip donne corps à cette musique. Le duo Peirani - Parisien a mis en scène Alice Renavand (danseuse étoile à l’Opéra de Paris) et Frédéric Faula (danseur chorégraphe de la scène hip-hop), un duo de danseurs qui rend hommage à la longue tradition de danse de couple du tango. Leur danse fait écho à la perspective musicale du duo Peirani - Parisien.

Ainsi, le clip se profile comme un double contrepied musical et chorégraphique au tango que les deux duos réinterprètent chacun à sa manière. Cette étreinte atypique entre la danse hip-hop et les pas de danse issus de la tradition des ballets projette le tango dans un monde chargé d’un spleen à la mélancolie poignante. Sur le clip de Memento, musique et chorégraphie conjuguent leurs singularités et inventent une version renouvelée du tango où les émotions affleurent. Le saxophone apparait alors comme la danseuse libre et légère soutenue par l’accordéon qui mène la danse tout en l’accompagnant.

C’est sur le mode de la virtuosité que le duo aborde plus tard le thème de Thomas Gubitsch, A Bebernos los Vientos. Les deux instruments se propulsent sur des orbites tourbillonnantes, sans omettre de ménager une parenthèse féérique avant une fin impétueuse.

Le répertoire se teinte ensuite d’échos des musiques des Balkans sur Nouchka, une composition de Vincent Peirani. Peu à peu, les envolées du soprano et les lignes de chant de l’accordéon se teintent de spiritualité et le chant des instruments entraîne l’oreille sur les cimes de la félicité.

Avec F.T ., un autre thème de Vincent Peirani, les deux musiciens ouvrent les portes d’une fantaisie musicale où ils évoluent en osmose télépathique et improvisent à cœur joie ! L’album se conclut avec une version poétique du succès de Kate Bush, Army Dreamer, que les deux instrumentistes parent d’une douce tendresse et de couleurs bucoliques.

Nouvelle aventure musicale du duo Peirani - Parisien, « Abrazo » témoigne de la connivence qui unit Vincent Peirani et Émile Parisien. Leurs interactions complices et leur approche singulière contribuent à faire de cet album, une proposition musicale élégante et mélancolique autour du tango et des rythmes sud-américains.

Promenade dans « Le Jardin des Rêves » du quintet Oni Giri

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L’Orchestre National de Jazz sort deux albums

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« Dancing In Your Head(s) » & « Rituels »

Directeur artistique de l’Orchestre National de Jazz depuis janvier 2019, le compositeur et guitariste Frédéric Maurin démarre la saison 2020-2021 avec une double sortie d’albums attendue le 21 août 2020. « Dancing In Your Head(s) » & « Rituels. Deux répertoires, deux esthétiques, une version live et une autre studio. Immersion dans la galaxie d’Ornette Coleman pour le premier. Promenade chimérique dans un monde acoustique et poétique. Deux projets ambitieux fort réussis.

Orchestre National de Jazz_Dancing In Your Head(s) - RituelsAvec « Dancing In Your Head(s) » et « Rituels », l’actuel Directeur Artistique de l’ONJ, Frédéric Maurin présente les deux répertoires qu’il a créés en 2019, durant sa première année de mandat. La sortie simultanée de ces deux opus aux esthétiques fort différentes permet de découvrir l’Orchestre National de Jazz.

Orchestre à géométrie variable, intergénérationnel et composé de musiciennes et de musiciens français et étrangers, l’ONJ change de forme et de format. Le casting et l’instrumentation de l’orchestre est adapté à chaque répertoire.

  • Grand orchestre de quinze musicien.n.es et un invité, puissante section de soufflants et rythmique acérée pour « Dancing in Your Head(s) ». L’album revisite des morceaux empruntés à différentes périodes créatrices du compositeur et saxophoniste américain Ornette Coleman (de son quartet acoustique de 1959 à sa transition électrique des années 1970-1980) qu’il a menées avec son groupe « Prime Time », très influencé par le funk de l’époque. L’ONJ aborde aussi les univers de Julius Hemphill et Eric Dolphy. Frédéric Maurin a confié une grande partie des arrangements à Fred Pallem. Invité sur trois titres, Tim Berne, saxophoniste phare de la scène new-yorkaise, fait entendre sa voix unique.

« Dancing In Your Head(s) », version inédite en grand orchestre d’un répertoire qui a marqué l’histoire du jazz. Une immersion dans la galaxie d’Ornette Coleman où les solistes inspirés émergent d’orchestrations flamboyantes

  • Collectif acoustique où règne une quasi-parité, avec un chœur de quatre voix, Ellinoa, Leïla Martial, Linda Olah et Romain Dayez et treize instrumentistes avec violon, alto, violoncelle, contrebasse pour le double album « Rituels » dont les tableaux sonores évoquent le temps comme un éternel retour. Programme fascinant librement inspirée de textes anciens issus de folklores des différents continents, extraits du recueil « Les Techniciens du Sacré » de Jérôme Rotenberg. Sept pièces créées par cinq compositeur.trice.s, Frédéric Maurin, Camille Durand (alias Ellinoa), Sylvaine Hélary, Leïla Martial et Grégoire Letouvet. Une œuvre aux allures d’oratorio.

« Rituels », un monde musical dynamique et contrasté qui développe une large palette avec des polyphonies et des envolées exaltantes (et exaltées). Un univers poétique et onirique qu’investit l’imaginaire.

« Dancing In Your Head(s) »

couverture de l'album Dancing In Your Head(s) de l'ONJL’album emprunte son titre au fameux disque d’Ornette Coleman, « Dancing In Your Head » (1977). Il s’agit du premier programme qui a marqué la mandature de Frédéric Maurin à la direction artistique de l’Orchestre National de Jazz.

Dans cet enregistrement capté dans l’énergie du live au Festival Jazzdor Strasbourg-Berlin, l’ONJ offre une immersion dans la musique d’Ornette Coleman et les artistes de sa galaxie que sont Julius Hemphill et Eric Dolphy. Électrique et détonante, cette relecture orchestrale ambitieuse d’un répertoire que le créateur jouait en formation plus restreinte, résonne d’accents groovy, festifs, voire quelquefois proches de la transe.

« Dancing in your Head(s) », un jazz à la dynamique jubilatoire porté par une puissante section de saxophones et de cuivres (dix instrumentistes) et une rythmique mordante qui devrait résonner avec familiarité aux oreilles d’un public friand des big bands, même si l’ONJ s’en distingue par sa puissante énergie électrique.

Au fil des titres

Feet Music débute par un doux délire collectif des cuivres, après quoi le saxophone de Fabien Debellefontaine et la section rythmique exposent la ligne mélodique. Soutenu par l’orchestration abrasive de Fred Pallem, le ténor entreprend ensuite une improvisation véhémente que l’on n’hésite pas à taxer de rugissante. Sans crier gare et sur une rythmique acérée, s’enchaînent ensuite Jump Street et City Living. L’ONJ revisite cette suite de deux thèmes d’Ornette Coleman dans l’esprit funk des années 70-80. L’oreille y retrouve comme des réminiscences sonores du « World of Mouth Band de Jaco Pastorius » (1981). Au saxophone soprano, Jean-Michel Couchet se lance dans une improvisation ébouriffante puis, sur City Living,  l’altiste Anna Lena Schnabel offre un tourbillon sonore jubilatoire.

Avec Good Old Days, l’album déploie une autre suite où les mélodies se superposent. Après un prologue musical au climat vaporeux suggéré par l’orchestre et les claviers de Bruno Ruder, le ténor de Julien Soro s’enflamme et  improvise avec une grande liberté, épaulé par la ligne de basse continue de Sylvain Daniel et porté par la puissance de tout l’orchestre. Sur Something Sweet, Something Tender, l’ONJ s’immerge dans l’univers d’Eric Dolphy avec sa composition gravée sur l’album « Out to Lunch » sorti en 1964 chez Blue Note. Le trombone de Daniel Zimmermann chante avec allégresse et se substitue à la clarinette basse de Dolphy. Son chorus enivrant s’inscrit avec sérénité sur un arrangement étincelant de l’ONJ.

Plus loin, l’Orchestre National de Jazz emprunte Dogon A.D, titre que le saxophoniste Julius Hemphill avait sorti en 1977, sur l’album « Dogon » (Freedom Records). Au saxophone alto, Tim Berne fait souffler un sacré vent de liberté suivi par la trompette de Suzana Santos Silva et les claviers de Bruno Ruder. Avec l’orchestre, tous trois insufflent un rythme irrésistible irrigué d’une solide vitalité. Pour rendre hommage à celui qui a libéré le jazz, Frédéric Maurin et le nouvel ONJ font resplendir Lonely Woman, cette composition de 1959 devenue célèbre. Le très inspiré Tim Berne, fait résonner son expression mélodique comme une imploration.

Sur Kathelin Gray, morceau de Ornette Coleman présent sur l’album « Song X » (1986), la sonorité de l’alto de Tim Berne dépose un voile joyeux qui opère sur la ballade comme un réel bain de jouvence. Le répertoire se termine avec Theme From A Symphony, la composition d’Ornette Coleman qui ouvrait « Dancing in your Head », son album de 1976. Sur ce titre, les riches sonorités de l’orchestre rutilant explosent et les solistes successifs libèrent leur l’expressivité jusqu’à atteindre la flamboyance d’un feu d’artifice symphonique.

« Rituels »

couverture de l'album Rituels de l'ONJLe double album propose le deuxième programme de l’Orchestre National de Jazz présenté en octobre 2019, créé en résidence à la Cité de la Voix de Vézelay, à l’Abbaye de Noirlac et à la Scène nationale d’Orléans et enregistré, mixé et masterisé par Philipp Heck aux Studios Bauer, Ludwigsburg en Allemagne.

Co-écrit par Frédéric Maurin avec Ellinoa, Sylvaine Hélary, Leïla Martial et Grégoire Letouvet, le répertoire original consiste en un parcours musical poétique construit en sept pièces autour de la notion des rituels quotidiens. Enregistré en studio, cette œuvre collective associe quatre voix et treize instrumentistes (section de cuivres et clarinettes et trio à cordes associés au noyau dur du défunt « Ping Machine » qu’a dirigé Frédéric Maurin durant 14 ans).

« Rituels », un jazz singulier aux couleurs orchestrales contrastées dont les dimensions onirique et poétique transportent dans un monde imaginaire. En version acoustique, l’ONJ inscrit la voix humaine comme un instrument à part entière au sein d’un orchestre acoustique où se mêlent cordes, percussions, bois et cuivres.

Au fil des titres

Le premier disque débute par Le Monde Fleur, une composition de Sylvaine Hélary. Un splendide échange musical prend la forme d’une danse entre la clarinette basse de Catherine Delaunay et la trompette de Susana Santos Silva. La musique embarque dans un monde sonore étrange issu du traditionnel des indiens Yaqui. Tels des reflets poétiques, les voix côtoient les crescendos de l’orchestre évoquant le lever du jour et contrastent avec les solos du piano de Bruno Ruder, du trombone de Christiane Bopp et du saxophone alto de Julien Soro.

Dans Rituel 1 et Rituel 2, Frédéric Maurin invite à s’immerger dans une double suite de Rituels dont le texte est issu d’une danse traditionnelle péruvienne des indiens Ayacucho. Les morceaux révèlent un aspect plus organique de l’ONJ et les improvisations périlleuses et aventureuses de la chanteuse Leïla Martial invitent à plonger dans un imaginaire sonore. On se laisse porter par les interventions effervescentes de la trompette de Susana Santos Silva et par les prouesses du violon alto de Guillaume Roy alors que la batterie de Raphael Koerner caracole.

Composée par le pianiste, arrangeur et compositeur de musiques de film Grégoire Letouvet, La Métamorphose termine le premier CD et fait référence au livre des Morts des anciens Egyptiens de Paul Pierret. De sa clarinette, Catherine Delaunay irradie le rituel de la métamorphose alors que les effets polyphoniques et la diction superbe de Romain Dayez teintent la pièce d’accents opératiques.

En ouverture du second disque, Leila Martial lit et chante le texte de sa composition Femme Délit dont l’orchestration est confiée à Grégoire Letouvet. Après avoir apprécié les qualités exceptionnelles de la chanteuse, on se laisse emporter sans résistance par une échappée déchirante du saxophone ténor de Fabien Debellefontaine au-dessus de la riche palette sonore de l’orchestre. Composée par Sylvaine Helary, le titre Loon met ensuite en lumière les voix angéliques d’Ellinoa, de Leïla Martial et de Linda Olah. On est saisi par la profondeur de la contrebasse de Raphaël Schawb, par le marimba espiègle de Stephan Caracci. Au final, on baigne dans un monde sonore paradisiaque.

D’après un poème traditionnel hawaïen, l’écriture de Naissance de la Nuit dessine plus loin un univers musical onirique où les voix, le vibraphone, le piano, les cuivres et la flûte se font ardents avant d’entraîner l’oreille dans un monde chimérique où le temps semble s’écouler sans fin. Pour finir, Fréderic Maurin propose Aiôn, une composition surprenante. Après un prologue intriguant, le piano de Bruno Ruder se fait complice du vibraphone de Stephan Caracci et des quatre voix qui font alterner les idiomes jusqu’à adopter une langue imaginaire. Comme en écho à la musique spectrale, Frédéric Maurin explore les timbres musicaux, la décomposition des sons et se profilent les spectres Ligetti ou Stockhausen.

« Dancing In Your Head(s) » et « Rituels », deux albums à découvrir de toute urgence pour prendre la mesure des deux premiers et ambitieux projets portés par Frédéric Maurin, directeur artistique de l’Orchestre National de Jazz. 

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Le trompettiste Pierre Drevet signe « EchangƎ »

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Swing grand format

Le trompettiste, compositeur et arrangeur Pierre Drevet signe le superbe « EchangƎ ». Enregistré live avec le Brussels Jazz Orchestra et la chanteuse Claire Vaillant, l’album délivre une musique flamboyante où la richesse et la joie du partage sont perceptibles. Compositions originales, arrangements éclatants, splendides envolées des solistes. Du swing grand format dont l’écoute déclenche l’enthousiasme. A partager sans réserve.

couverture de l'album Echange de Pierre Drevet, Claire Vaillant et le Brussels Jazz OrchestraSorti le 19 juin 2020, l’album « EchangE » (Label Lilananda/InOuïe Distribution) fait partie de ces disques addictifs que l’on écoute en boucle et que l’on aime à partager. Tous les arrangements sont à porter au crédit de Pierre Drevet qui a aussi composé la majeure partie du répertoire hormis le titre GK de Gaël Horellou.

Le leader a invité la chanteuse Claire Vaillant et le Brussels Jazz Orchestra (BJO), l’un des plus éminents big bands européens, à venir à Vienne en Isère pour une résidence de quatre jours à l’issue de laquelle l’ensemble des protagonistes se sont produits en concert le 27 octobre 2019, dans la salle du Manège, en ouverture du Forum JAZZ(s)RA.

Porté par une énergie et un swing de chaque instant, « EchangE » offre une musique à la dimension orchestrale somptueuse. Les huit titres aux arrangements hauts en couleur permettent d’apprécier les superbes envolées des solistes et les dialogues inspirés entre voix et bugle/trompette.

Pierre Drevet, le BJO et Claire Vaillant

Trompettiste, bugliste, compositeur et arrangeur, Pierre Drevet a été professeur, au Conservatoire de Chambéry où il donnait des cours au sein du Département Jazz. SiPierre Drevet se prévaut de 35 années de pédagogie, le musicien a aussi mené une riche activité sur scène et en studio.

Après un passage dans les orchestres de variété (Michèle Torr années 1984-1985) puis dans le groupe « Horn Stuff » créé avec André Manoukian, le trompettiste et bugliste Pierre Drevet a joué dans l’Orchestre National de Jazz (1994-1995) sous la direction musicale de Laurent Cugny.

En juin 2018, il a sorti « Bossa 2.0 » porté à la fois par le « Lilananda Jazz Quintet » auquel participe Claire Vaillant, et par un quatuor à cordes classique, le Quatuor Varèse. Pour cet album qui revisite la bossa nova, Pierre Drevet a conçu, pour le quintet et le quartet, des arrangements très modernes de thèmes de Jobim, Nascimento, Bosco, Buarque.

En 2001, Pierre Drevet a remplacé le trompettiste titulaire du BJO pour un concert avec Maria Schneider à Dublin en Irlande et depuis 2003 il est membre permanent de la section de trompettes du Brussels Jazz Orchestra, dont Franck Vaganée est le directeur artistique. Ce somptueux orchestre s’inscrit dans la grande tradition des big bands mais sa couleur orchestrale n’en est pas moins des plus modernes.

Sur l’album « EchangƎ », Pierre Drevet est entouré des dix-sept autres musiciens du BJO qui compte une section de 5 saxophones, 4 pupitres de trompettes ou bugles, une section de 5 trombones, un piano ou Rhodes, une guitare, une basse et une batterie.

Autrice des textes de cinq des huit titres de l’album « EchangƎ », Claire Vaillant mêle sa voix aux instruments et complète la palette sonore de l’ensemble orchestral.

Au fil des morceaux

L’album ouvre avec EchangƎ au climat musical singulier et plaisant et à l’orchestration raffinée. Le chant de Claire Vaillant s’harmonise avec souplesse à la ligne mélodique exposée par le big band. Après l’improvisation ciselée et enflammée du saxophone ténor de Kurt Van Herck, la sonorité enthousiasmante du bugle de Pierre Drevet prend le relai.

Work In(n) Holiday irradie ensuite de couleurs chaudes et swinguantes. Si l’intervention du ténor est riche d’une vitalité tout en nuance, la guitare se fait caressante et la sonorité de trompette de Pierre Drevet évoque les raffinements de celle de Kenny Wheeler. Plus loin, l’orchestration du titre Encore K fait écho à la musique contemporaine alors quele chant de Claire Vaillant, pourvoyeur de poésie, tutoie les anges. Après le propos dense du saxophone baryton de Bo Van der Werf, les volutes de la trompette du leader propulsent la musique vers des cimes ensoleillées.

For Kenny rend hommage à la figure tutélaire que fut le trompettiste canadien Kenny Wheeler pour Pierre Drevet. La voix aérienne surfe sur la mélodie et scatte avec allégresse sur un tempo latin puis le solo volubile du bugle de Pierre Drevet et les inflexions groovy du trombone de Ben Fleerakkers enrichissent la ligne mélodique ornée de tuttis orchestraux.

Composition de haut vol de Pierre Drevet, LylPat met en lumière l’orchestre aux accents rutilants et valorise les solos enflammés du tromboniste Dree Peremans, de l’altiste Frank Vaganée, et du bassiste Bart De Nolf à la sonorité ronflante. L’orchestre propose ensuite la ballade GK, une composition de Gaël Horellou. Après l’introduction au piano de Nathalie Loriers très ravellienne, intervient la voix chatoyante et apaisante. Le bugle de Pierre Drevet dessine des arabesques de charme sur le jeu soyeux que tisse le piano.

Sur Aîcha, la voix agile s’insinue dans les intervalles serrés, en symbiose avec l’arrangement riche en couleurs. L’album se termine avec PlasticMusic qui permet de saisir une fois de plus, la parfaite osmose qui règne entre le chant et l’orchestre. Mené sur un tempo soutenu, ce morceau témoigne d’une effervescence orchestrale qui se termine en un véritable feu d’artifice.

« EchangƎ » propose une musique collective riche en échanges. Écriture précise, orchestrations dynamiques et colorées, chant souple et poétique, solistes virtuoses, chorus inspirés. L’oreille se régale de bout en bout et en redemande.

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