Harold Lopez-Nussa sort « Un Día Cualquiera »

Le retour aux sources du pianiste cubain

Le 15 juin 2018, Harold López-Nussa publie « Un Día Cualquiera », son deuxième album chez Mack Avenue Records. Avec son trio original, le pianiste cubain propose un répertoire ancré dans la culture de son île. Un retour aux sources qui combine à la fois musiques populaire, classique et jazz.

Harold Lopez Nussa sort l'album "Un Dia Cualquiera"Avec « Un Día Cualquiera » (Mack Avenue Records/Pias) annoncé pour le 15 juin 2018 et enregistré aux États-Unis au studio de radio WGBH de Boston, le pianiste Harold Lopez-Nussa sort un album enraciné dans la culture et les traditions cubaines.

Ce retour aux sources advient après des escapades musicales que le pianiste a entreprises au-delà de ses racines insulaires. En effet sur les albums « Havana-Paris-Dakar » (2015) et « El Viaje » (2016) enregistrés avec le contrebassiste sénégalais Alune Wade, Harold López-Nussa s’est ouvert à des influences musicales venues d’Afrique et des Caraïbes même si ses fondamentaux demeuraient ancrés dans la culture de son île.

« Une journée ordinaire »

Harold López-Nussa intitule son nouveau projet « Un Día Cualquiera », « une journée ordinaire », car le pianiste a souhaité que l’enregistrement studio restitue ce que serait la musique si elle était jouée « tout simplement, comme on peut le faire n’importe quel jour à la maison, dans le salon ».

Le pianiste grave son nouveau projet avec le trio qu’il a fondé il y a dix ans à Cuba avec son jeune frère Ruy Adrián López-Nussa à la batterie et aux percussions et le contrebassiste Gastón Joya. Il élabore un répertoire de onze titres qui compte de nouvelles compositions originales et revisite des plus anciennes mais explore aussi le legs musical hérité de célèbres Cubains, en l’occurrence le compositeur Ernest Lecuona, le chanteur César Portillo de la Luz.

L’héritage cubain revisité

Avec Danza de Los Ñañigos et Y la Negra Bailaba on plonge dans le répertoire de Ernest Lecuona, le grand compositeur cubain qui a à introduit dans le répertoire classique des formes issues des musiques populaires cubaines.

Danza de Los Ñañigos se réfère aux rituels religieux afro-cubains. En osmose avec la section rythmique, le piano joue le titre avec légèreté et sobriété. Y la Negra Bailaba intègre les influences du son et du danzón cubains. Le trio transfigure le thème d’Ernesto Lecuona et introduit des contrastes rythmiques singuliers. Le jeu du piano fascine par son aisance à passer d’une nuance à une autre.

Le trio reprend aussi un boléro écrit par le chanteur cubain César Portillo de la Luz en 1946, Contigo en la Distancia. Le thème devient une ballade que les musiciens interprètent avec sensualité sur un tempo très lent. Sur ce chant d’amour, la contrebasse langoureuse dialogue avec le piano romantique. Harold López-Nussa restitue l’expérience acquise auprès d’Omara Portuondo avec qui il a tourné durant trois ans. Elle lui a montré « comment mettre toute sa passion, toute son existence dans une seule chanson ». Visiblement la leçon a été profitable au pianiste qui enchante par ses nuances et le raffinement de son expression.

Les compositions originales

L’album ouvre avec Cimarron,  une ancienne composition du pianiste. Le trio la réinvente et propose un voyage rythmique et mélodique à travers un jazz époustouflant. Après avoir exposé la mélodie, le piano part dans une improvisation de haute voltige suivi par la contrebasse qui ne s’en laisse pas conter. De Preludio (to Jose Juan) se dégage une grande une force émotionnelle. Sur cette ode romantique, l’archet fait pleurer la contrebasse que le piano console par son jeu lumineux.

La composition Una Tarde Cualquiera en Paris rend hommage à Bebo Valdés. Le trio adopte un tempo qui donne le vertige. La virtuosité des trois protagonistes est mise en valeur avec une musicalité gorgée de groove qui dégage une joie communicative. Hialeah fait la part belle à la rythmique et transforme ce danzon en une fiesta caliente propice à la danse.

Après un début élégiaque, la composition Elegua déborde très vite d’énergie et de vibrations chaleureuses. Les brisures syncopées restituent les rythmes et les chants offerts par le trio jazz à une divinité Yoruba. Ce titre est sans doute un des plus marquants de l’album.

Tel un concertiste classique le pianiste se fait plaisir en solo sur Ma petite dans la Boulangerie. Certes il démontre sa virtuosité mais était-il vraiment nécessaire de le prouver ainsi ?

L’album se termine avec Mi Son Cerra’o, une autre composition originale d’Harold López-Nussa qui évoque le son et l’esprit des premiers enregistrements de descargas (jam sessions) sur lequel Bebo Valdès a joué.

L’incandescence de Conga Total/El Cumbanchero

En trois minutes et trente-neuf secondes, le trio embrase l’album avec Conga Total/El Cumbanchero où l’on retrouve le thème du portoricain Rafael Hernandez porté à l’incandescence par une conga effrénée. La pulsion énergique de la batterie alliée à la contrebasse entretient la flamme du piano virtuose qui joue sans concession et sans relâche.

Une vidéo enregistrée live au studio WGBH de Boston restitue l’esprit de Conga Total/El Cumbanchero. On plonge sans retenue dans cette performance !

« Un Día Cualquiera » explore la diversité et la richesse de la musique cubaine. En trio Harold López-Nussa transcende la tradition et propose un latin-Jazz où coexistent tonalités romantiques et pulsations énergiques. Entre tradition et innovation, le pianiste démontre l’étendue de ses talents d’improvisateur. Son jeu révèle de nombreuses nuances rythmiques et harmoniques. Ses improvisations mêlent avec bonheur souplesse, vélocité, invention, énergie et raffinement.

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