Riche de cinquante années d’existence, le label ECM continue sa saga et annonce pour le 14 février 2020 la sortie de « Life Goes On », le nouvel album de Carla Bley en trio. A ses côtés, le bassiste Steve Swallow et le saxophoniste Andy Sheppard. Comme le titre l’indique, l’opus se fait l’écho de la « renaissance » de la pianiste et compositrice. Entre ombre et lumière, entre silence et grâce, l’album restitue la musique de la vie, une fantaisie minimaliste pleine d’humour et de légèreté.
Nels Cline publie « Lovers » sous le Label Blue Note
« Lovers », une musique à savourer sans modération
Entouré d’un écrin orchestral, le guitariste Nels Cline livre une création peaufinée avec un double album de jazz instrumental intitulé « Lovers ». Cet opus mélodique et raffiné au romantisme émouvant est à partager avec tous les amoureux de musique.
On a portant craint le pire en voyant la couverture de l’album qui émarge aux frontières d’un monde féérique où sévirait un cupidon de pacotille. On a dépassé le packaging, écouté le contenu musical choisi par Nels Cline et découvert une réalisation originale dont la qualité s’est imposée d’emblée. Le guitariste donne à son album un tempo bien éloigné de celui que nous impose le « vivre vite » quotidien. C’est un bonheur sans pareil de savourer la musique de « Lovers », comme on le fait avec un carreau de chocolat qu’on laisse fondre doucement pour mieux en apprécier la saveur.
Même s’il dispose des atouts pour être accessible à un large public, « Lovers » n’en demeure pas moins un vrai disque de jazz (si tant est qu’il y en ait des faux !?) et ne peut en aucun cas être étiqueté musique d’ambiance. En effet Nels Cline n’a pas joué la facilité et d’ailleurs, après plusieurs écoutes attentives on découvre encore de nouvelles nuances et on capte des détails passés inaperçus.
« Lovers ». Une musique subtile et sensuelle. Un cocktail dont la dominante orchestrale apparentée à un jazz presque « cool » serait relevé d’un trait pétillant et acidulé de subtiles dissonances électriques. « Lovers » se déguste en long drink sans modération !
Avec de nombreux enregistrements à son actif, le guitariste et compositeur Nels Cline a exploré une panoplie de nombreux styles musicaux, musique alternative et expérimentale, musique punk et jazz. Aujourd’hui on le connaît surtout pour sa participation au groupe de rock « Wilco » mené par Jeff Tweedy. Le guitariste conduit par ailleurs de nombreux autres projets personnels dont cet album fait partie. En effet Nels Cline avoue que « Cela fait bien 25 ans que je rêve de ce disque … qui devait depuis toujours s’appeler « Lovers ».
Au sein du groupe « Wilco » Nels Cline adopte jeu plutôt dissonant et affectionne les larsens. C’est donc d’autant plus surprenant de l’écouter caresser les cordes de ses guitares entouré d’un écrin orchestral de vingt-trois musiciens dirigés par Michael Leonhart, un autre multi-instrumentiste de talent.
Instruments à cordes, vents, harpe, vibraphone, instruments de jazz et de rock comme la guitare tenue par l’excellent Julian Lage, célesta et synthétiseurs joués par Yuka C. Honda, compagne du leader et signée chez Tzadik (label de John Zorn). La sonorité cristalline de la guitare est servie et mise en évidence par une remarquable réalisation qui propulse en avant le chant limpide des cordes de la guitare et conserve les arrangements de l’orchestre en arrière-plan.
Tout concourt à valoriser les interventions du guitariste, dont le chant concis s’apparente à celui d’un chanteur servi par la matière orchestrale.
De bout en bout des 18 titres, l’album présente une grande cohérence. En effet, Nels Cline a très bien organisé les thèmes de son double album où cohabitent cinq compositions originales et treize reprises dont certaines très connues et d’autres plus obscures. Quelques titres sont redevables au monde du jazz : Jimmy Giuffre, Anette Peacock, Arto Lindsay, Gabor Szabo et Michel Portal. D’autres thèmes émergent du grand répertoire de la chanson américaine : The search for Cat d’Henry Mancini, Why was I born ? de Jerome Kern, et Glad to be unhappy de Richard Rodgers. On écoute I have dreamed de ce même Richard Rodgers.
Parmi tous les morceaux, on apprécie l’habillage décalé de Lady Gabor et les intermèdes bruitistes voire dissonants qui émaillent le titre The Nighy Porter de Daniele Paris juxtaposé à Max Mon amour de Michel Portal. Une atmosphère de fin du monde dont on aime à croire que l’amour nous protège. On se délecte aussi de l’habillage bluesy donné à Cry Want, titre écrit par le saxophoniste et clarinettiste Jimmy Giuffre. On tangue comme dans un rêve à la sensualité exotique et torride à l’écoute de Snare, Girls de Sony Youth.
Nels Cline reprend It Only Has to happen once d’Arto Lindsay. Il se démarque un peu de l’ambiance bossa-post funk que le créateur avait choisi lors de l’enregistrement de l’album « Greed » en 1988 avec « Ambitious lovers » (Airto Lindsay, Peter Scherer et Paulinho da Viola). Pourtant la version du titre enregistré par Nels Cline n’en demeure pas moins en étroite filiation avec la version d’origine à travers les bidouillages saturés des cordes de guitares.
On reste suspendu à l’écoute de Glad to be unhappy dont les arrangements évoquent ceux de Gil Evans. Drumming allégé des balais d’Alex Cline (le frère de Nels), cordes qui valorisent la délicate ligne mélodique de la guitare et s’enroulent autour des sons de la trompette bouchée. Parmi les compositions originales du guitariste de Nels Cline on a aussi aimé l’élégance de ses deux titres Hairpin & Hatbox, The Bond et The bed we made
Certes les 90 minutes de l’album peuvent paraître longues à ceux qui sont consomment plus la musique qu’ils ne l’écoutent. En effet une telle durée de musique requiert de l’auditeur une réelle disponibilité mais la récompense est à l’aulne de la durée d’enregistrement. Et on peut partager ce temps en bonne compagnie, ce qui ne peut qu’augmenter le plaisir !
ECM publie « Life Goes On » de Carla Bley
Coup de cœur pour Didier Ithursarry Trio & « Atea »
Sur « Atea » l’accordéoniste Didier Ithursarry ouvre la porte de l’univers qu’il a créé avec Pierre Durand à la guitare et Joce Mienniel aux flûtes. Loin des formats habituels, le trio invite à pénétrer dans un espace vibrant qui puise son inspiration dans le monde, ses paysages et ses traditions musicales. Inspirés, les musiciens fondent un monde imaginaire qui transporte l’oreille dans des ailleurs dépaysants, vibrants et passionnants.
Clin d’œil à « Prévert Parade », Minvielle & Papanosh
Le vocalchimiste André Minvielle et le quintet normand Papanosh ont mis en musique textes et poèmes de Jacques Prévert. Sur « Prévert Parade », les six complices font swinguer la poésie de Prévert. Animées par un même esprit libertaire, poésie et musique dialoguent en fanfare. Mots et tempo battent des mains, les vers valsent et entrent en transe. Une fête enlevée où liberté rime avec Poésie, Humour et Musique.
son nouvel album « Country For Old Men » (Impulse!/Universal) qui sortira le 30 septembre 2016.
La collaboration de Jacky Terrasson et de Stéphane Belmondo remonte à leurs débuts dans le monde du jazz, il y a près de trente ans. Une époque où ils entretenaient déjà une relation musicale privilégiée. Ils se sont retrouvés il y a six ans pour un concert donné en duo dans le sud-ouest de la France au Festival de Saint-Emilion. Depuis ils ont eu l’occasion de cultiver leur complicité et de donner naissance à un univers qui leur appartient en propre. « Mother » (Impulse!/Universal) dont la sortie est annoncée pour le 02 septembre, est l’aboutissement logique de leurs retrouvailles.
L’album ouvre avec First Song, le morceau poignant de Charlie Haden dont les deux musiciens font ressortir la beauté mélancolique. Il se referme avec une interprétation splendide du célèbre Que reste-t-il de nos amours ? de Chauliac et Trenet sorti en 1943.
des musiques de Debussy, Poulenc, Ravel et Fauré.
Fort d’un quartet à l’énergie infinie, soudé par une forte amitié, après six albums et dix années de jeu collectif intense et aventureux, le saxophoniste et flutiste Samy Thiébault présente le 30 septembre prochain sa nouvelle aventure musicale et son nouvel opus, « Rebirth ».
Le quartet s’étoffe avec la venue du saxophoniste Jean-Philippe Scali et le percussionniste Meta. L’intervention du trompettiste Avishai Cohen en « Guest Star » fait plus que prêter son nom. En effet il inscrit pleinement son discours dans les couleurs de l’album et dans la direction musicale de Samy Thiébault.
Dans son 7ème album en solo, elle revient à ses racines et au piano. Sur « Day Breaks » (Blue Note/Universal), Norah Jones entremêle avec une rare subtilité country, folk, rock, soul et jazz. Elle est cette fois accompagnée par de véritables légendes du jazz comme le saxophoniste Wayne Shorter, l’organiste Dr Lonnie Smith et le batteur Brian Blade déjà présent sur son premier disque et dont le jeu constitue l’épine dorsale de ce nouvel album.
et des reprises d’Horace Silver (Peace), Duke Ellington (Fleurette Africaine) et Neil Young (Don’t be denied).
« El Viaje » (Mark Avenue/Harmonia Mundi) présente le trio d’Harold López-Nussa avec son jeune frère Adrián Ruy López-Nussa (batterie, percussions) et le Sénégalais Alune Wade (basse, chant). Sur certains titres, le trio est augmenté avec des invités dont le père d’Harold López-Nussa, Francisco Ruy López-Nussa (batterie), Mayquel González (trompette, buggle), Dreiser Durruthy (percussions, chant) et Adel González (percussions).
S’il a étudié la musique classique puis la musique populaire de Cuba et le jazz, ses fondamentaux restent ancrés dans la culture de son pays. Malgré cela Harold Lopez-Nussa demeure toujours avide de voyages musicaux pour découvrir d’autres rivages et étoffer son inspiration. C’est ainsi qu’il se projette dans le monde à partir de Cuba avec ses propres bagages mais y revient toujours enrichi de nouvelles influences issues de ses confrontations avec d’autres cultures.
L’ambiance du morceau d’ouverture Feria évoque une soirée festive où des invités cubains, africains et new-yorkais confronteraient leurs souvenirs musicaux. On aurait aimé être autour de cette piste de danse animée par des musiciens qui invitent « Evidence » comme un clin d’oeil à Thelonious Monk. On a aussi particulièrement apprécié Bacalao Con Pan, un classique que Chucho Valdes avait joué avec Irakere. De la tradition, Harold Lopez-Nussa et ses compagnons conservent une rythmique soutenue et des alternances entre salsa, rumba et danzon mais ils rafraîchissent les racines originelles par des accents de modernité.
On parcourt l’Afrique avec Africa où la voix de Dreiser Duruthy alliée aux percussions fait le lien entre les racines communes de l’Afrique et de Cuba. Sur Una Fábula, la voix et la basse d’Alune Wade, le piano et la trompette content une fable pendant que le batteur et ses balais dessinent des contre-jours pour nous ramener en souplesse à Cuba avec le morceau Me Voy Pa’ Cuba. La voix du chanteur et sa basse chaloupent sur la trame jouée délicatement par le pianiste. Mais Cuba c’est aussi et surtout la patrie du rythme et le morceau s’accélère dès que le port approche pour finir dans une danse-transe.