L’ARFI présente « inDOLPHYlités »

L’ARFI présente « inDOLPHYlités »

Effervescence ARFIdèle

Avec « inDOLPHYlités », cinq membres de l’ARFI honorent la musique de l’album « Out to lunch! » gravé par Eric Dolphy en 1964. Par leur démarche, entre hommage et appropriation, Mélissa Acchiardi, Christophe Gauvert, Clément Gibert, Guillaume Grenard et Christian Rollet prolongent la musique du disque original. En conservant la même instrumentation, ils revisitent le répertoire auxquels ils ajoutent trois compositions de leur cru. Il en résulte une musique ludique et effervescente qui réinvente celle de Dolphy. Le bouturage musical de ces « inDOLPHYlités » s’inscrit dans l’ADN du collectif… plus ARFIdèle que ça, impossible !

couverture de l'album InDOLPHYlités de l'ARFIAbreuvés aux fondamentaux de l’Association à la Recherche d’un Folklore Imaginaire fondée en 1977 et toujours vivace en 2020, Mélissa Acchiardi (vibraphone), Christophe Gauvert (contrebasse), Clément Gibert (clarinette, clarinette basse, saxophone alto), Guillaume Grenard (trompette, bugle, flûte) et Christian Rollet (batterie) proposent « inDOLPHYlités », un album savoureux à écouter dès le 13 novembre 2020 sur le label ARFI.

Imprégnés par la liberté qui irrigue l’ARFI depuis sa création et inspirés par celle qui imprègne la musique du disque « Out of lunch! », ces cinq doux fêlés du collectif lyonnais se sont immergés dans le répertoire du mythique album gravé le 25 février 1964 chez Blue Note Records par Eric Dolphy (saxophone alto, flûte, clarinette basse), Freddie Hubbard (trompette), Bobby Hutcherson (vibraphone), Richard Davis (contrebasse) et Tony Williams (batterie) dont « inDOLPHYlités » apparaît comme le prolongement.

Sorti le vendredi 13 novembre 2020, « inDOLPHYlités » (ARFI/L’Autre Distribution et les Allumés du Jazz) est à découvrir sans retenue !

« inDOLPHYlités », entre Fidélité et Infidélité

Par son titre, « inDOLPHYlités » engage de prime lecture à envisager une part d’infidélité vis à vis de « Out of lunch! » qui l’inspire. Après écoute, on serait à vrai dire plutôt tenté d’évoquer une fidélité nuancée à moins qu’il ne s’agisse d’infidélités respectueuses.

L’instrumentation

Sur « inDOLPHYlités » on retrouve clarinette basse, saxophone alto, flûte, trompette, vibraphone, contrebasse et batterie par contre, un instrument s’ajoute. En effet, Clément Gibert enrichit sa panoplie instrumentale (clarinette basse et saxophone alto) d’une clarinette. Par contre, à la différence de « Out To Lunch! » où la flûte est tenue par l’instrumentiste qui embouche aussi saxophone alto et clarinette basse, en l’occurrence Eric Dolphy, sur « inDOLPHYlités », c’est le trompettiste/bugliste, Guillaume Grenard qui est aussi flûtiste.

Le répertoire

Les deux disques ouvrent avec Hat and Beard et se terminent avec l’enchainement des titres Out to Lunch et Straight Up and Down. Sur les deux opus figurent Something Sweet, Something Tender et Gazzelloni à la nuance près que l’ordre s’inverse.

Aux cinq titres de Dolphy, présents sur les deux opus, les arfiens ont greffé trois morceaux. Composé par Guillaume Grenard, le tonique Out to Punch fait le pendant à Out to Lunch. Clément Gibert apporte sa contribution au répertoire en ajoutant deux morceaux, le jubilatoire Damné soit le Premier et le lumineux Quelque chose de Doux, Quelque Chose de Tendre qui apporte un rien de délicatesse supplémentaire et fait écho au titre original dont il restitue le titre mot pour mot.

Cinq compositions originales d’Eric Dolphy et 42′ de musique sur « Out to Lunch ». Huit plages sur « inDOLPHYlités » pour 41′ d’écoute.

La pochette

couverture de l'album Out to lunch d'Eric Dolphy_inDOLPHYlitéscouverture de l'album InDOLPHYlités de l'ARFILe visuel du disque de l’ARFI conserve les tonalités bleues de la pochette de « Out to Lunch! ». Elle schématise les aiguilles des panneaux horaires affichés sur les portes des magasins pour annoncer l’heure du retour après la pause repas, comme le montrait la superbe photo de Reid Miles… Out to lunch… will be back !

S’y ajoutent des figuratifs de couleur rose suggérant instruments et instrumentistes.

Au fil des titres

Comme un clin d’œil à l’univers de Monk, Hat and Beard permet au quintet de l’ARFI de s’en donner à cœur joie sur les tempi impairs et de réinventer sans plagiat et de manière fort singulière l’atmosphère du titre original. Sur l’acidulé Gazzelloni écrit par Dolphy en hommage au flûtiste classique Severino Gazzelloni, Guillaume Grenard délaisse la trompette pour la flûte. Hachures, ruptures et délires aériens zèbrent librement la construction du morceau.

C’est plus loin une atmosphère tout en suspension que le quintet livre sur Something Sweet, Something Tender où calme et volupté font bon ménage. La contrebasse mélodieuse et le vibraphone angélique rivalisent de douceur. Découlant de la même inspiration, la composition de Clément Gibert, Quelque chose de Doux, Quelque chose de Tendre développe plus encore cette dimension de douceur apaisée qui tranche avec les déflagrations des thèmes à venir. Bugle, clarinette basse et vibraphone devisent sereinement alors que contrebasse et batterie ponctuent le dialogue avec tendresse.

Le percutant Out to Punch revitalise l’ambiance. Improvisations étourdissantes, gazouillis à tous crins. La ligne mélodique n’en finit pas d’être brisée par la trompette et la clarinette basse qui s’évertuent ensuite à la reconstruire. Phrases anguleuses, zigzags, rebondissements, digressions, distorsions du vibraphone, délire de haut vol tous azimuts. Total ARFI !

Dans la longue introduction de Damné soit le Premier, la clarinette basse explore l’entièreté de son registre et éructe à qui mieux mieux. Les autres protagonistes la rejoignent ensuite et entament avec elle une danse jubilatoire et incandescente d’où émergent des sons fulgurants jusqu’à ce que, pour finir, le paysage sonore se calme.

Sur un rythme en 5/4, Out to Lunch ouvre un boulevard à l’alto qui explose et s’époumone jusqu’au paroxysme, porté par la batterie en délire.

L’album se termine avec le très intense et singulier Straight Up and Down qui décape les tympans. Sur un motif continu de la contrebasse, les soufflants rivalisent, grognements et borborygmes de la trompette, explosion de l’alto, le vibraphone se fait allusif et la batterie pointilliste. Un moment dont les hauts et les bas ne sont pas sans évoquer les échanges peu maîtrisés des buveurs impénitents à l’acmé de leurs excès. La musique titube et l’oreille frémit.

Si les conditions sanitaires le permettent, RV avec « InDOLPHYlités » le 30 Janvier 2021 à La Fraternelle, Saint Claude (39) pour écouter live Clément Gibert (clarinette, clarinette basse, saxophone alto), Guillaume Grenard (trompette, bugle, flûte), Mélissa Acchiardi (vibraphone), Christophe Gauvert (contrebasse) et Christian Rollet (batterie).

Èlia Bastida meets Scott Hamilton & Joan Chamorro Trio

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« Tissé », le nouvel album de Marion Rampal

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« French Colors » de Christophe Lampidecchia

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The Royal Bopsters présentent « Party of Four »

The Royal Bopsters présentent « Party of Four »

Jazz vocal de haute voltige

Le quartet de jazz vocal américain, « The Royal Bopsters », dévoile « Party of Four » chez Motema Records. Composé d’Amy London, de la regrettée Holli Ross, de Pete McGuinness et de Dylan Pramuk, le groupe cisèle un joyau de l’art vocalese. Dans la lignée des fameux Lambert, Hendricks & Ross, des Manhattan Transfer et des Double Six, The Royal Bopsters présentent un album éblouissant. Accompagné d’un brillant trio piano-contrebasse-batterie, le quartet a invité Sheila Jordan, Bob Dorough et Christian McBride. Au cœur d’arrangements somptueux, les prouesses de ces quatre voix de haute voltige débordent de swing et de précision.

Après « The Royal Bopsters Project » sorti en 2015, The Royal Bopsters sont de retour avec « Party of Four », un deuxième album fort réussi dont la sortie est annoncée chez Motema Records. Sur leur premier album, The Royal Bopsters ont invité cinq légendes qui les ont inspirés : Mark Murphy (1932-2015), Bob Dorough (1923- 2018), Jon Hendricks (1921-2017), Annie Ross (1930-2020) et Sheila Jordan née en 1928 et toujours vaillante.couverture de l'album Party of Four par The Royal Bopsters

Pour leur deuxième album enregistré en juin 2017 et juin 2019, le quartet a de nouveau convié Sheila Jordan et invité Bob Dorough et Christian McBride.

« Party of Four » sort le 13 novembre 2020, trois jours avant la date qui aurait été celle du 64ème anniversaire de la chanteuse du groupe, Holli Ross et 5 jours avant celui de Sheila Jordan.

The Royal Bopsters

Le quartet vocal rassemble Amy London (soprano), Holli Ross (alto), Peter McGuinness (ténor) et Dylan Pramuk (basse). Tous les membres du groupe ont enseigné le jazz dans la région de New York et transmis ainsi leur connaissance et leur pratique du jazz vocal.

Les vocalistes de « The Royal Bopsters » mettent à mal la logique mathématique car leurs quatre voix additionnées n’en font qu’une, celle d’un groupe vocal qui contribue par son approche à rafraîchir le style vocalese. Utilisé pour la première fois par Leonard Feather en 1953, dans la revue Down Beat pour qualifier le style de la chanteuse Annie Ross, le terme vocalese désigne un genre de jazz vocal dont la tradition s’inscrit dans l’histoire du jazz. Il consiste à transcrire des solos d’instrumentistes pour la voix. Aux États-Unis, ce sont le chanteur Eddie Jefferson (1918-1979) puis les groupes de Lambert, Hendricks & Ross (1958-1962) et Manhattan Transfer (fin années 70, début années 80) qui ont popularisé l’art vocalese. En France, Mimi Perrin et les Double-Six (1959-1966) ont représenté avec brio ce style de jazz vocal.

L’écoute de « Party of Four » prouve dès les premières mesures de la première piste combien The Royal Bopsters maîtrisent le jazz vocal de style vocalese. Leurs voix de haute voltige développent des prouesses de swing valorisées par des arrangements éclatants.

Groupe instrumental et invités

Sur l’album « Party of Four », dédié à Holli Ross décédée en juillet 2020, le quartet vocal The Royal Bopsters est accompagné par un trio instrumental composé du pianiste Steve Schmidt piano, du batteur Steve Williams et du contrebassiste Cameron Brown qui cède l’instrument à Christian McBride sur deux titres. Le percussionniste Steven Kroon intervient lui aussi à leurs côtés sur deux morceaux.

Sur Lucky To Be Me, la toujours jeune Sheila Jordan qui a chanté le bop avec Charlie Parker rejoint The Royal Bopsters et retrouve Cameron Brown avec qui elle a souvent partagé la scène et même gravé des albums. Le regretté Bob Dorough (1923-2018) a chanté avec The Royal Bopsters sa composition Baby, You Should Know It, sur ce qui compte sans doute parmi un de ses derniers enregistrements.

Les brillants arrangements sont à porter au crédit de Dylan Pramuk, Peter McGuinness et Steve Schmidt.

Au fil des plages

L’album ouvre avec l’entraînant But not For Me, ce thème de Gershwin qu’affectionnait Chet Baker. Avec agilité et précision, les voix reprennent d’ailleurs un solo scat de Chet Baker harmonisé pour l’ensemble par McGuinness. Le morceau permet aussi d’apprécier un solo swinguant et savoureux du pianiste Steve Schmidt. Le répertoire se poursuit avec le medley On A Misty Night/The Gipsy. Amy London chante la mélodie avec passion et le contrebassiste invité, Christian McBride, offre un solo aussi lumineux que puissant. Sur des arrangements de Dylan Pramuk, les voix des Royal Bopsters sonnent comme les instruments d’un big band qui ponctueraient le rythme derrière la basse. On demeure confondu par la précision de l’orchestration.

Le groupe enchaîne avec la tendre ballade How I Love You (Let me count the reasons) dont les paroles et arrangements ont été à l’origine écrits par Dylan Pramuk à l’occasion de son mariage. C’est d’ailleurs lui dont la voix est mise en valeur sur ce titre. La chanson est basée sur une improvisation de Dexter Gordon. Plus loin, Lucky To Be Me met en avant Sheila Jordan. Après le couplet introductif des Royal Bopsters, Sheila Jordan et Cameron Brown exposent la mélodie puis la chanteuse entame un scat sublime de douceur et de retenue.

Sur Why’d You Do Me the Way You Did ? Amy London a ajouté des paroles à celles de Mark Murphy. La chanteuse clame son blues avec véhémence pour narrer une histoire d’amour ratée et les notes bleues voltigent au-dessus du clavier du pianiste, arrangeur du morceau. La ballade de Billy Strayhorn, Day Dream, ménage ensuite un intermède en suspension que le quartet chante a capella. Ce titre, interprété par les voix sans aucun accompagnement, brille par sa mélancolie un peu décalée par rapport au reste du répertoire. Un joyau vocal absolu !

Le contraste est grand avec le morceau suivant, Cuando Te Vea (When I see you), un mambo de Tito Puente, arrangé par Dylan Pramuk. Sur un rythme de salsa, Holly Ross chante les paroles qu’elle a écrites. Outre l’efficace intervention de la contrebasse de Christian McBride et la présence du percussionniste Steve Kroon, McGuinness offre un remarquable solo de « trombone à la bouche ». Le répertoire se poursuit avec un morceau de Bob Dorough, Baby, You Should Know It, sur lequel le chanteur rejoint le quartet. L’atmosphère se fait bluesy et restitue le rire et la voix pétillante et expressive de Bob Dorough.

Place ensuite à Our Spring Song, une composition de Pete McGuinness qu’il a arrangée pour le groupe sur des paroles d’Amy London. Le morceau se distingue par un swing chaleureux et les prouesses des voix qui développent un solo de groupe chatoyant. Le défi est grand pour les Bopsters sur Rusty Dusty Blues de Mayo Williams, basé sur l’improvisation du groupe de Count Basie. En effet, ce titre fut interprété entre autres chanteurs par Jon Hendricks avec Dave Lambert et Annie Ross. Dylan Pramuk qui a conçu les arrangements, pose avec détermination son chant bluesy sur les paroles de Jon Hendricks.

Une force mystérieuse et une émotion sensible caractérisent l’interprétation que donnent The Royal Bopsters de la composition de Wayne Shorter, Infant Eyes. Sur des arrangements de Pete McGuinnes et des paroles de Doug Carn, c’est un chorus du saxophoniste Wayne Shorter issu de l’enregistrement original qui est repris par le groupe. Le solo solaire et inspiré du pianiste ajoute au mystère et à la douceur du morceau. L’album se termine avec My Shining Hour arrangé par Peter McGuinness. Le scat qu’il développe est remarquable de souplesse, d’inventivité et de clarté sur le tempo rapide du morceau. On est proche de la jubilation !

Èlia Bastida meets Scott Hamilton & Joan Chamorro Trio

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« French Colors » de Christophe Lampidecchia

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Roberto Negro présente « Papier Ciseau »

Roberto Negro présente « Papier Ciseau »

Couleurs sonores contrastées

Trois ans après l’éblouissant « Saison 3 », Roberto Negro revient avec « Papier Ciseau » à sortir le 13 novembre 2020. Toujours en quête de renouvellement, le pianiste et compositeur Roberto Negro revient avec le trio Dadada devenu quartet avec la venue de Valentin Ceccaldi. Les sensations se succèdent, les univers se croisent, les couleurs sonores contrastent et la musique explose.

Roberto Negro©Jean-Pascal Retel

Roberto Negro©Jean-Pascal Retel

Élu aux Victoires du Jazz 2018 dans la catégorie Album sensation de l’année pour l’album « Saison 3 » avec son trio Dadada, le pianiste et compositeur Roberto Negro présente « Papier Ciseau » (Label Bleu/L’Autre Distribution) dont la sortie est attendue pour le 13 novembre 2020.

Sur ce nouvel opus, on retrouve autour du pianiste, le saxophoniste Émile Parisien et le batteur Michele Rabbia. Cependant, le trio Dadada s’étoffe et devient quartet avec l’arrivée de Valentin Ceccaldi, membre, comme le leader, de la tribu du TriCollectif.

Sans cesse en recherche de timbres, le quartet Dadada navigue entre romantisme et modernisme et projette sa musique dans un espace truffé d’effets et de sonorités étranges. Les quatre compères se gardent bien de fixer des repères et le jeu des instruments se combine à celui des effets de toutes sortes. Les couleurs sonores contrastées de cette musique à l’esthétique déroutante se projette loin des normes habituelles.

« Papier Ciseau »

couverture de l'album Papier Ciseau de Roberto NegroC’est en octobre 2019, au Studio Gil Evans d’Amiens, que l’ingénieur du son Mathieu Pion, chargé aussi du mixage, a enregistré « Papier Ciseau ».

Au piano et aux claviers, Roberto Negro s’exprime entre mélodies naïves et phrasés explosifs. Michele Rabbia partage son inventivité entre batterie/percussions et électronique. Émile Parisien parsème son expression lyrique de fulgurances inouïes et surprenantes. Pour ce projet, le violoncelliste Valentin Ceccaldi a opté pour la basse au jeu contrasté.

Des univers aux couleurs tranchées se télescopent. L’oreille vogue de chimère tumultueuse en réalité apaisée et voyage avec plaisir du tumulte à l’apaisement, d’une ambiance paradisiaque et à une atmosphère cauchemardesque. « Papier Ciseau », des sonorités aux couleurs contrastées, réminiscences d’enfance projetées dans l’avenir.

Au fil des titres

Les mains dans le dos, on compte jusqu’à trois pour jouer à Pierre, Feuille, Ciseau… à l’écoute des neuf plages de « Papier Ciseau ».

L’album débute avec Lime, un titre plein de fraîcheur. D’abord une mélodie presque naïve que développe le piano. Il est ensuite rejoint par le groupe et la musique devient délurée, avec des sons acidulés que le quartet triture tout en entonnant en chœur « Dadada ». Plus loin, sur un simple motif réitératif que la main gauche répète sur le piano, la main droite et le soprano embarquent Odile dans un jeu méditatif puis, porté par le souffle effervescent du soprano et la rythmique torride, le climat étrange se métamorphose. Pour finir, la sérénité revient… à moins qu’il ne s’agisse de nostalgie.

Roberto Negro Quartet Dadada©Jean-Pascal Retel

Porté par la rythmique tellurique, le souffle ténébreux du saxophone ouvre plus tard les portes de l’univers fantastique de l’enfance qu’évoque Toot. Dans la foulée, Apotheke débute par un tumulte sonore et une prescription énoncée comme une pub. La ligne de basse soutient la ligne mélodique que fragmentent claviers et soprano. Parasité par des effets sonores surprenants et cocasses, le solo lyrique du saxophone se termine très vite.

Sur Telex, le duo piano-soprano propose d’abord un motif romantique et lent puis entame une narration dont le climat s’intensifie puis est porté au paroxysme par le quartet. Sans crier gare, advient Neunzehn à la construction déroutante. Le soprano à l’expression fulgurante, la basse dévergondée et les percussions toniques génèrent des moments brûlants auxquels succèdent des espaces sereins. On est submergé et esbroufé par la maîtrise dont le groupe fait preuve pour contrôler le climat musical.

Le répertoire se poursuit avec Missa à l’atmosphère musicale onirique : soprano planant, basse pulsatile, percussions et claviers répétitifs. L’ambiance se fait extravagante puis devient enivrante et l’on se laisse flotter avec bonheur au fil des mesures. Sur Solarels, le monde de l’enfance revient en force avec un superbe travail opéré par les effets électroniques, à partir d’un riff de piano. Sifflets et grondements ponctuent le morceau et invitent à rejoindre la cour de récré où se croisent des sonorités tout en légèreté jusqu’à ce que le piano sonne la fin des réjouissances et rappelle basse, cymbales, claviers.

Il faudra attendre 2021 pour que la musique de Roberto Negro et de son quartet Dadada redonne des couleurs à la morosité de ces temps confinés. Rendez-vous le à 20h le 17 janvier 2021 à Paris au Café de la Danse et à 21h le 20 janvier 2021 à la Maison de la Culture d’Amiens.

Èlia Bastida meets Scott Hamilton & Joan Chamorro Trio

Èlia Bastida meets Scott Hamilton & Joan Chamorro Trio

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« French Colors » de Christophe Lampidecchia

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Francesco Bearzatti Tinissima 4tet signe « Zorro »…

Francesco Bearzatti Tinissima 4tet signe « Zorro »…

… de la pointe de son JaZZ avant-gardiste

Dès ses origines, le jazz s’est inscrit dans une dynamique de libération, de résistance à l’injustice. A l’occasion du centenaire de la création de Zorro, le saxophoniste et clarinettiste italien Francesco Bearzatti à la tête de son Tinissima Quartet célèbre ce justicier légendaire. Les quatre trublions avant-gardistes signent chez Cam Jazz un opus divertissant. Un jazz libéré aux ambiances joyeuses.

couverture de l'album Zorro de Francesco Bearzatti Tinissima QuartetAprès avoir célébré Woody Guthrie sur le superbe « This Machine Kills Fascists », le saxophoniste et clarinettiste italien Francesco Bearzatti revient à la tête de son Tinissima Quartet. De la pointe de son jazz avant-gardiste, il signe « Zorro » (Cam Jazz) à paraître le 13 novembre 2020.

Avec ses ambiances échevelées, l’album honore Zorro, ce héros masqué de la littérature américaine créé sous le titre « The Curse of Capistrano » par l’Américain Johnston McCulley et popularisé de 1957 à 1961 à travers une série télévisée de Walt Disney dont le générique était connu par les générations d’enfants de cette époque. Au cinéma plus de cinquante films ont glorifié le justicier masqué de 1920 où Zorro était incarné par Douglas Fairbanks dans « Le Signe de Zorro » jusqu’aux films de Martin Campbell, « Le masque de Zorro » (1998) et « La légende de Zorro » (2005) où Antonio Banderas campait le héros.

Avec une pochette qui affiche le sourire du justicier masqué, « Zorro » déborde d’une énergie joyeuse. Comme dans un film projeté en noir, blanc et rouge, le répertoire fait alterner aventures haletantes, épisodes romantiques et chevauchées soutenues. Avec Francesco Bearzatti, le Tinissima Quartet signe la musique de la pointe de ses instruments vigoureux et virtuoses.

Francesco Bearzatti

Entre rock, funk, punk et jazz, Francesco Bearzatti incarne la figure d’un artiste qui a développé un style singulier nourri par ses influences éclectiques. Honoré de nombreuses récompenses en Italie comme en France, le saxophoniste et clarinettiste a su tracer son chemin en dehors des sentiers battus et a collaboré avec nombre de musiciens de la scène jazz européenne.

Après des études musicales en Italie et un détour du côté de New York, le clarinettiste et saxophoniste italien Francesco Bearzatti intègre l’orchestre crée par Aldo Romano pour célébrer Sidney Bechet. Le musicien à la technique impeccable développe une personnalité singulière et monte le Bizart Trio avec Emmanuel Bex. Le saxophoniste explore ensuite des contrées plus rock avec le batteur Dan Weiss et le bassiste japonais Stomu Takeishi avec qui il forme les Sax Pistols. En France, Francesco Bearzatti collabore avec de nombreux musiciens de la scène jazz parmi lesquels figurent entre autres Louis Sclavis, Henri Texier, François Merville, Simon Goubert, Thierry Péala, Bruno Angelini.

Francesco Bearzatti forme un duo avec le guitariste Federico Casagrande avec lequel il a enregistré chez Cam Jazz « Double Circle » (2015) et « Lost Songs — Live at Abbazia di Rosazzo Winery » (2018). Il fait également partie intégrante des groupes d’Enrico Rava « Special Edition » et de Giovanni Guidi.

Tinissima Quartet

Dans le même temps, le musicien italien poursuit ses projets personnels dont le Tinissima Quartet fait partie. Entouré du trompettiste Giovanni Falzone, du bassiste Danilo Gallo et du batteur Zeno De Rossi, Francesco Bearzatti a consacée un premier opus au parcours de la photographe et révolutionnaire Tina Modotti, « Suite for Tina Modotti » (Parco della Musica) sorti en 2008, puis un projet consacré à Malcolm X, « X Suite for Malcolm » (Parco della Musica) paru en 2010 et ensuite, en 2013, « Monk’n’roll » (CamJazz), en hommage au génie de Thelonious Monk. En 2015, le Tinissima Quartet sort « This Machine Kills Fascists » (Cam Jazz), un hommage à la vie de Woody Guthrie.

« Zorro » (Cam Jazz) est annoncé pour le 13 novembre 2020.

Chevauchée en neuf épisodes

L’album ouvre avec Zorro qui campe avec brio la silhouette du fougueux justicier. Avec Tierra Indios, la caméra se déplace ensuite sur la terre des indiens que chantent la flûte indienne sur un motif répétitif ponctué par la batterie en guise de tambours indiens. Clap de tournage et la scène suivante campe le retour de Zorro avec en guise d’ouverture, un sifflet comme un clin d’œil à la musique des westerns Ennio Moriccone. El Regresso continue avec les soufflants qui entonnent une chansonnette joyeuse et sautillante. La trompette convoque le chevalier masqué qui enfourche le ténor de Francesco Bearzatti et galope au rythme de la batterie.

Plus loin, quelque chose semble se tramer alors que ténor et trompette soufflent la ligne mélodique introductive sobrement d’abord puis avec plus d’emphase. Pas de doute, Algo Mal évoque une mauvaise action suggérée par les éructations très libres du ténor et la tonalité dramatique qui résulte de l’expression éruptive du quartet et des divagations plaintives du ténor. Après une brève intro à la batterie, les deux vents à l’unisson exposent un thème aux allures bop. L’aventure se poursuit avec Bernado sur un rythme haletant que le ténor adopte sur une ligne de basse continue. Mordante, la trompette entre en jeu et donne la réplique au ténor poussé par une batterie énergique. Le dialogue continue jusqu’au retour du thème bop qui boucle la scène.

Place ensuite à un épisode qui met en scène Sargento Garcia campé par le tuba de Danilo Gallo. Sur cette plage fantaisiste au possible, le jeu de Francesco Bearzatti à la clarinette se fait ludique. Avec la trompette de Giovanni Falzone au jeu truculent, elle entreprend un dialogue moqueur et farfelu qui devient conflictuel jusqu’à ce que le tuba intervienne et calme leur jeu endiablé.

Dans la scène suivante, la clarinette de Francesco Bearzatti entonne une douce romance en l’honneur de la tendre Lolita, amie de cœur de Don Diego. Trompette et clarinette improvisent avec lyrisme au décours d’une mélodie séduisante. Le film continue sur un mode plus tonique puisque Zorro enfourche son cheval, le noir Tornado. La rythmique tempétueuse fait résonner des riffs débridés sur lesquels trompette et ténor soufflent à perdre haleine. La musique enivrante suggère la course du destrier à travers des paysages nocturnes qui défilent à perte de vue. Pour finir, El Triunfio Del Zorro reprend le thème d’ouverture sur un rythme plus serein. Le voyage musical effervescent se termine avec une scène où ténor et bugle annoncent le triomphe de Zorro. La chevauchée se termine en beauté.

Èlia Bastida meets Scott Hamilton & Joan Chamorro Trio

Èlia Bastida meets Scott Hamilton & Joan Chamorro Trio

Nouvelle voix du violon jazz, Èlia Bastida vient de sortir « Èlia Bastida meets Scott Hamilton & Joan Chamorro Trio », un nouvel album enregistré avec le saxophoniste Scott Hamilton et le trio de Joan Chamorro. Dialogues lyriques, arrangements splendides. Un opus sensible et inspiré où swing et musicalité flirtent avec élégance.

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« Tissé », le nouvel album de Marion Rampal

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« French Colors » de Christophe Lampidecchia

« French Colors » de Christophe Lampidecchia

L’accordéoniste Christophe Lampidecchia présente son nouvel album « French Colors » inspiré de différentes cultures musicales. Entouré de ses amis, il offre un véritable tour du monde émotionnel, explore de nouvelles sonorités et fait vibrer son instrument de ses mélodies chantantes. Il invite à le suivre dans un voyage aux riches couleurs où se côtoient musette, jazz, et bien d’autres influences. Neuf titres qui vibrent d’un groove coloré et joyeux.

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Keith Jarrett sort « Live in Budapest »

Keith Jarrett sort « Live in Budapest »

Maître absolu de l’impro piano solo

A 75 ans, le pianiste Keith Jarrett sort un opus inédit intitulé « Live in Budapest ». Publié chez ECM, ce double album restitue la teneur d’un récital capté en 2016 au Béla Bartók National Concert Hall lors d’un récital donné dans la capitale hongroise. Une plongée dans le monde unique de Keith Jarrett devenu le maître absolu de l’improvisation en piano solo.

Sorti le 30 octobre 2020, le double album de Keith Jarrett, « Live in Budapest » (ECM/Universal) amortit par son indicible beauté l’impact de la nouvelle annoncée au New York Times par le pianiste, en l’occurrence, son potentiel retrait de la scène suite à deux accidents vasculaires cérébraux intervenus en février et en mai 2018.

Depuis 45 ans Keith Jarrett a contribué à redéfinir la place du piano dans la musique contemporaine en alliant dans son expression jazz, classique et traditions ethniques. En 2020, son légendaire enregistrement « The Köln Concert » (ECM/Universal) a célébré son 45ème anniversaire et figure au sommet des enregistrements de piano solo vendus dans l’histoire du jazz.

Après avoir annoncé en 1998 qu’il était atteint du « syndrome de fatigue chronique », le pianiste a ensuite repris des forces et enregistré dans son home studio de superbes ballades gravées sur le sublime « The Melody at Night, With You ». Tel un phœnix, en 1998, il a ensuite retrouvé sur scène son légendaire trio avec le batteur Jack DeJohnette et le contrebassiste Gary Peacock, récemment disparu (04 septembre 2020). En mars 2018, le label ECM a sorti le lyrique et sensible « After the Fall » (ECM/Universal) enregistré à Newark (New Jersey) le 14 novembre 1998 au New Jersey Performing Art Center.

« Live in Budapest »

couverture de l'album Budapest Concert de Keith JarrettAvant le concert de 2016 gravé sur « Live in Budapest », Keith Jarrett s’était produit quatre fois au Béla Bartók National Concert Hall de Budapest. La grand-mère maternelle du pianiste était hongroise, il a joué la musique de Bartók dès son plus jeune âge et, comme il l’explique au public, il lui a toujours voué une vive admiration. Les conditions étaient réunies pour que le concert se présente sous les meilleurs auspices.

Sur « Live in Budapest », quelques pièces sont empreintes des atmosphères sombres propres à Bartók et à d’autres compositeurs hongrois. Part VI irradie par la fougue de son toucher alors que Part IX et Part X convoquent un registre plus contemporain aux résonances ombrageuses et interrogatives.

D’autres ballades comme Part V, Part VII et Part XI touchent par leur dimension sensible et lyrique. Après un Part XII blues « bien tempéré » improvisé dans la plus pure tradition de ce style, le pianiste déploie son talent et offre en rappel It’s A Lonesome Old Town et Answer Me, deux titres que Keith Jarrett transfigure en rêveries délicates et poétiques.

Keith Jarrett a confié qu’il considérait « Budapest Concert » comme l’étalon-or de ses performances actuelles, l’œuvre de référence par rapport à laquelle tous ses autres enregistrements en solo devaient être mesurés. De fait, ce double album constitue une réussite absolue à écouter pour s’immerger dans le monde de cet improvisateur unique.

Èlia Bastida meets Scott Hamilton & Joan Chamorro Trio

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Nouvelle voix du violon jazz, Èlia Bastida vient de sortir « Èlia Bastida meets Scott Hamilton & Joan Chamorro Trio », un nouvel album enregistré avec le saxophoniste Scott Hamilton et le trio de Joan Chamorro. Dialogues lyriques, arrangements splendides. Un opus sensible et inspiré où swing et musicalité flirtent avec élégance.

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« Tissé », le nouvel album de Marion Rampal

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