Six années depuis le dernier disque du groupe suisse. Dans l’intervalle, Nik Bärtsch’s Ronin s’est métamorphosé. Il accueille un nouveau bassiste et devient quartet. Pour l’occasion, Nik Bärtsch et Ronin revisitent le répertoire originel et proposent de nouveaux inédits sur « Awase », un album à paraître le 04 mai 2018.
« Music is my mistress », Duke Ellington
« Music is my Mistress » pour lire à la rencontre de Duke Ellington
« Music is my Mistress », une lecture estivale à la rencontre de Duke Ellington. L’ouvrage a été publié aux Editions Slatkine sous le contrôle de « La Maison du Duke » et de Christian Bonnet, son président.
Duke Ellington avait livré ses mémoires un an avant sa mort (1974) et le livre avaient été publié en 1973. Il a donc fallu attendre 43 ans pour lire la traduction française des mémoires de d’Edward Kennedy « Duke » Ellington, pianiste, compositeur, arrangeur et chef d’orchestre. C’est grâce aux traducteurs Clément Bosqué et Françoise Jackson que nous pouvons accéder aux écrits de Duke Ellington.
La préface de Claude Carrière aide à comprendre la forme de ces mémoires. En effet, Duke Ellington a conçu la forme de son livre comme il composait ses musiques. Il a griffonné des notes sur des papiers libres (nappes de restaurant, factures, etc) au fil des lieux et du temps à propos de sa vie et de sa musique. Il les a confiées au journaliste Stanley Dance qui les a retranscrits puis rassemblés en neuf chapitres appelés « actes »… comme si la vie de Duke était une pièce de théâtre avec des actes et un épilogue.
Dans ce livre on n’apprend heureusement pas grand-chose de la vie personnelle de Duke Ellington. On découvre par contre avec plaisir l’homme via son regard sur la vie et la musique, ses réflexions, ses souvenirs, ses impressions. Un livre-récit distrayant et facile à parcourir en cette période estivale.
« Music is my Mistress » se présente comme une suite chronologique de souvenirs évoquant des lieux et des évènements marquants, des portraits de musiciens et personnages qui ont compté dans la vie de Duke Ellington. De Sinatra à Orson Wells sans oublier la plupart de solistes de son orchestre. C’est dans des « Dramatis Felidae » que sont décrites ces figures chères à l’auteur. Le saxophoniste Johnny Hodges, le trompettiste Cootie Williams, le contrebassiste Jimmy Blanton, son alter ego Billy Stayhorn et quelques autres. Il ne tarit pas d’éloges à propos de grandes figures du jazz qu’il a côtoyées comme par exemple Charlie Mingus, Max Roach, Miles Davis et John Coltrane.
De ces différentes narrations il apparaît que le chef d’orchestre a été entouré toute sa vie par des personnes qui l’ont aimé et choyé. Le musicien a aussi beaucoup voyagé et si New-York fut son port d’attache, Duke a parcouru son pays et le monde entier. Il raconte ses impressions face aux différents éléments de ses voyages en Europe, Asie, Océanie, Amérique du Sud, Moyen-Orient, Afrique (réceptions, accueils, hébergements, rencontres).
On note avec intérêt une table chronologique des compositions de Duke Ellington. 29 pages qui listent l’intégralité des ouvres de 1923 à 1973. On apprécie aussi la forme de l’épilogue. Un long interview écrit sous la forme « question-réponse » qu’on aurait aimé pouvoir écouter pour retrouver la voix de l’homme. Faute de cela, rien n’empêche de lire le bouquin en écoutant les enregistrements des musiques de Duke Ellington. Un vrai délice !
Le titre de l’ouvrage, « Music is my Mistress », est un peu trompeur car si la musique a pris la maîtrise de la vie du musicien, il n’en demeure pas moins que c’est l’homme qui s’est donné les moyens de diriger sa propre vie, y compris et surtout sur le versant musical.
« Awase » le retour de Nik Bärtsch et Ronin
Jazz Day 2018 à Lyon et sur le territoire métropolitain
Chaque année depuis 2011, le 30 avril célèbre la « Journée internationale du Jazz ». Pour la sixième année, « Jazz à Vienne » coordonne le « Jazz Day » sur Lyon et son territoire, avec le soutien du Pôle Métropolitain. En avant pour le Jazz Day 2018 !
Antonio Sanchez présente « Channels of Energy »
Après six disques en leader, Antonio Sanchez sort « Channels of Energy », un double album qui réunit trois entités. Deux étoiles du jazz, le batteur Antonio Sanchez et le chef d’orchestre-arrangeur Vince Mendoza s’associent au prestigieux WDR Big Band. Dans le parfait respect de l’écriture du batteur, l’album propose une musique à la modernité sidérante.
Sur Anda, la voix de Melingo nous revient telle qu’on l’aime, éraillée et obscure. Anda promet des dépaysements. Avec Anda, Melingo frappe plus fort et nous ensorcelle. Avec Anda, le tango est comme bousculé, comme revigoré.
Le tango des origines s’y régénère, un peu comme si Carlos Gardel était au centre d’une fiction néo-rock arty, avec une galerie de personnages où Erik Satie et Serge Gainsbourg sont quelques-uns des fantômes convoqués par l’acteur- poète argentin.
« Jazz Campus en Clunisois » Des musiciens créatifs au long cours et de nouveaux venus qui sont les enchanteurs de demain font vivre une programmation attractive où alternent concerts pique-nique gratuits et soirées en salle. Sans oublier en fin de festival la restitution du travail réalisé par les stages durant les 6 ateliers proposés cette année.
Le samedi 13 août à 21h, c’est dans le parc de la Maison des Patrimoines de Matour qu’on a rendez-vous avec le duo de Raphaël Schwab (contrebasse) & Julien Soro (/saxophone alto). Les deux complices proposent un jazz tout en poésie, humour, lyrisme. Concert gratuit.
Hélène Labarrière et le guitariste Hasse Poulsen. Leur nouvelle aventure explore « la chanson sans les mots ». La chanson, souvenir d’enfance au pays des rêves, des perles de la variété française, des trésors du mythe américain. Les cordes de ces deux explorateurs se frottent et s’emmêlent, pour encore plus d’intimité, de partage, avec jubilation et profondeur. Tout un programme à découvrir pour les oreilles curieuses.
La seconde partie de soirée appartient à Mohamed Abozekry & Heejaz extended avec le oudiste Mohamed Abozekry, Anne-Laure Bourget (percussions), Hugo Reydet (contrebasse), Ludovic Yapoudjian (piano) et Benoit Baud (saxophone). Une « musique univers » qui emprunte l’énergie du rock, l’improvisation du jazz et chevauche les mélodies du monde à la sensibilité orientale. A découvrir de tout urgence si ce n’est pas encore fait ou à réécouter pour apprécier de nouveau cette musique singulière et énergique.
Le mercredi 17 août on prend la direction de Cluny pour le Théâtre Les Arts à 21h où l’on retrouve Eve Risser et son White Desert Orchestra. La pianiste et compositrice Eve Risser dirige un ensemble de dix musiciens, composé de représentants de sa génération, celle qui marie technicité à toute épreuve, ouverture artistique tous azimuts et sens de la prise de risque. Elle nous fait parcourir les canyons américains sur les ailes d’une musique qui allie jazz, la musique classique et contemporaine. Une rêverie un peu savante et sérieuse qui surprend quelquefois. Un voyage dépaysant.
La soirée du 18 août se déroule à Cluny. A partir de 21h, la scène du Théâtre Les Arts appartient au guitariste Marc Ducret. Pour sa première venue au Festival Jazz Campus en Clunisois, le guitariste annonce la couleur… Métatonal. Marc Ducret a su marier les éléments constitutifs du rock et ceux du jazz. Son idiome est devenu une référence. En trio avec ses habituels compagnons Eric Echampard (batterie) et Bruno Chevillon (contrebasse) il invite trois vents, et pas n’importe lesquels. Rien moins que le saxophoniste Christophe Monniot, le trompettiste Fabrice Martinez et le tromboniste Samuel Blaser. La soirée promet son pesant de son.
A 12h30 le vendredi 19 août, invitation à un pique-nique au Haras National de Cluny pour écouter le Possible(S) quartet. Quatre instrumentistes à vent lâchés dans la nature. On retrouve Rémi Gaudillat (trompette, bugle), Fred Roudet trompette), Loïc Bachevillier (tuba) et Laurent Vichard (clarinette). Au programme, compositions originales et improvisations élégantes. Tout est possible.
Issu d’un orchestre sud-africain multiracial, ce big band émigré en 1966 en Europe pour cause d’apartheid, est né dans les années 70 à Londres. Il a laissé une empreinte profonde dans les mémoires. Il enflamme la scène européenne du jazz, opérant une jonction explosive entre les musiques populaires d’Afrique du Sud et l’avant-garde des improvisateurs britanniques, sous la houlette du pianiste Chris Mc Gregor, jusqu’en1990.
La scène appartient ensuite à la chanteuse Robin McKelle. Après 7 ans d’absence au Théâtre Antique, la chanteuse américano-irlandaise revient présenter son nouveau projet via le répertoire de son dernier album « The Looking Glass » teinté de « pop soul ». La chanteuse parle d’un répertoire très personnel auquel elle tient beaucoup. C’est pour elle un nouveau chapitre de sa vie musicale qui se teinte d’un esprit plus frais avec de nouveaux musiciens. Robin McKelle est visiblement à l’aise sur scène où elle bouge avec brio. Elle sait alterner les ambiances et offre un spectacle ovationné par un public très réceptif.
Le saxophoniste Kamasi Washington que l’Europe a découvert en décembre 2015 via son triple album « The Epic » (Brainfeeder). Annoncé comme un fils de Sun Ra et de Pharoah Sanders, un héritier de la famille de Coltrane, le saxophoniste est précédé d’une déjà fameuse réputation. Au regard de la durée du set annoncé il était évident que la frustration serait de la partie pour les auditeurs désireux de découvrir Kamasi Washington. La palette des possibles de l’artiste est si étendue qu’il aurait fallu la nuit entière pour permettre au saxophoniste de déployer toutes les couleurs de ses talents.
(dont le nom est gravé sur la contrebasse), les batteurs Ronald Bruner Jr et Tony Austin, la chanteuse conteuse Patrice Queen. Tous sont attentifs, furieux ou concentrés mais toujours réactifs. Ils contribuent au spectacle, sans se donner en exhibition, sans excès d’ego. Ils semblent dans le plaisir de jouer, d’être ensemble, de jouer leur musique. Un vrai savoir-vivre musical basé sur l’écoute, sans surenchère d’effets.
En habit traditionnel africain, le saxophoniste leader conduit l’orchestre avec une sérénité pacifique qui demeure lorsqu’il embouche l’instrument. C’est fascinant. Les pieds ancrés sur scène, le colosse propulse son souffle avec aisance et une apparente facilité, avec une puissance alliée à une relative félicité. Il se dégage une musique de transe où le son règne en roi. Avec en ouverture Re Run Home, on goûte à l’énergie débridée et au groove absolu. Advient le contraste avec l’interprétation du Clair de Lune de Debussy… le climat devient contemplatif. Les musiciens sont rejoints par le père de Kamasi Washington Rickey Washington,au saxophone soprano.
trouve un peu sonné, comme dépaysé après le passage de Kamasi Washington et de ses aliens. Il reste les souvenirs et l’espoir de l’écouter prochainement après la sortie de son prochain album.
Le 11 juillet, Chick Corea est entouré du valeureux et incontournable Christian McBride (contrebassiste et bassiste), du saxophoniste Kenny Garrett, du trompettiste Wallace Roney et du batteur Marcus Gilmore. Du début à la fin de set le sourire ne quittera pas le visage du pianiste. Pour rester fidèle à lui-même passera alternativement du clavier acoustique à l’électrique. A aucun moment Chick Corea ne fait étalage de sa technique dont on connait pourtant l’étendue. Il déroule les fils de ses improvisations avec légèreté et précision et accompagne ses compagnons talentueux auxquels il est très attentif. Il procède par touches délicates ou par relances efficaces plus appuyées et prend visiblement autant de plaisir à les accompagner qu’à se mettre en avant.