Disparition de Toots Thielemans

Hommage à Toots Thielemans

Le 22 août Jean « Toots » Thielemans s’en est définitivement allé. Il laisse orphelins tous les amoureux de la mélodie. Depuis 2014 il avait quitté les scènes qui pleuraient déjà son absence. Aujourd’hui, il laisse un grande vide dans le monde du jazz où il avait imposé avec talent l’harmonica chromatique.

On a été bercé et même ému par celui qui se sentait bien « entre un sourire et une larme ». C’est en effet la petite phrase qui figure sur son site et par laquelle il se définissait lui-même : « I feel best in that little space between a smile and a tear ». C’est par le talent de ses prestations, sa virtuosité et ses improvisations brillantes et sensibles que Toots Thielemans a sorti l’harmonica de la catégorie des instruments hétéroclites, « miscellaneous instruments » comme disent les américains, pour le hisser au rang des instruments respectables. C’est d’ailleurs Clifford Brown lui-même qui lui avait fait ce compliment.

Avec « Toots » la musique respire, sourit et pleure tour à tour. On est enchanté par les mille nuances de son expression qui balaye tous les spectres des émotions, de la joie à la tristesse sans oublier l’espoir et la tendresse. « Toots » on aime ton harmonica gros comme un cœur ! 

Décédé à 94 ans, l’harmoniciste belge avait d’abord adopté l’accordéon avant de se pencher vers la guitare puis de choisir enfin l’harmonica chromatique. C’est sur cet instrument que Toots Thielemans a acquis le respect des plus grands musiciens de la sphère du jazz dans laquelle il a évolué depuis les années 50. Il a aussi été honoré par de nombreuses récompenses. Le roi Albert II de Belgique l’a nommé « Baron » en 2001. La même année, il est honoré du titre de « Professeur Honoris Causa » par les 2 universités de Bruxelles. En 2009 il reçoit le Jazz Master Award de la NEA (National Endowment for the Arts), une des plus hautes distinctions remise aux musiciens américains Le titre de « Commandeur des ordres de Rio Branco » lui est remis par Gilberto Gil en 2006.

Installé très tôt aux États-Unis, il joue dans le Charlie Parker’s All Stars. Il est appelé par Benny Goodman puis est engagé par George Shearing avec lequel il tourne comme guitariste pendant 6 années. Dans les années 60 il vit quelques temps en Suède où il  côtoie Svend Asmussen et Niels Henning Orsted-Pedersen (NHOP) et commence à siffler en s’accompagnant à la guitare. C’est d’ailleurs avec cette instrumentation (guitare/sifflet) qu’il grave en 1962 une de ses compositions, Bluesette, sorte de valse-blues devenue depuis un standard. On peut l’écouter sur le disque « The Whistler & His Guitar » où « Toots » tient la guitare et double les lignes de thème et de chorus en sifflant.

Il a bien sûr aussi interprété Bluesette à l’harmonica tout au long de ses concerts, en se renouvelant sans cesse tant il savait nuancer son expression et varier les climats de ses improvisations. La version enregistrée en 2009 à Rotterdam restitue à merveille la délicatesse de l’interprétation de cet harmoniciste poète.

Bluesette sonne encore autrement lorsque « Toots » croise Stevie Wonder qui joute avec le Belge  à l’harmonica. Le duo est saisissant … même si l’image laisse à désirer.

De retour aux États-Unis « Toots » rencontre Quincy Jones (1965) avec lequel il collabore comme soliste. C’est aussi à cette époque qu’il commence à composer des musiques de films (Midnight Cowboy en 1969 puis suivront Salut l’Artiste, Jean de Florette), ..). Sa vie musicale va ensuite naviguer en les États-Unis, la Belgique et l’Europe. Tout au long de ses longues années il a joué avec quelques-uns des plus grands musiciens du jazz, Ella Fitzgerald, Dizzy Gillespie, Oscar Peterson, Quincy Jones, Bill  Evans, Jaco Pastorius, Natalie Cole, Pat Metheny … et bien d’autres.

Parmi les nombreux enregistrements de « Toots » Thielemans, on peut retenir une sélection de quelques albums qu’on ne se lasse pas d’écouter.

  • C’est en 1979 qu’est enregistré « Affinity » (Columbia/Warner Bross). Sur ce joyau musical « Toots » a rejoint le pianiste Bill Evans, le saxophoniste Larry Schneider, le contrebassiste Marc Johnson et le batteur Eliot Zigmund. On écoute Body and Soul joué en trio (« Toots », Bill Evans et Marc Johnson).

  • L’album « Live in the Netherlands » (Pablo/Carrère) enregistré en 1982 avec Joe Pass (guitare) et NHOP (contrebasse) où l’harmoniciste siffle aussi.
  • On apprécie aussi l’écoute de « Footprints » (Emarcy/Universal) enregistré en 1989 avec le regretté Mulgrew Miller au piano, Rufus Reid à la basse et Louis Nash à la batterie. D’entrée de jeu, c’est à la guitare et en sifflant que « Toots » expose le thème de Wayne Shorter. Il répond ensuite au pianiste par un chorus à l’harmonica. Absolument renversant ! L’interprétation de la Gymnopédie N°1 de Satie vaut aussi son pesant d’or. Les autres titres sont à l’avenant.
  • A recommander aux amateurs de Musique et Jazz brésiliens, les 2 volumes « The Brazil project » enregistrés en 1992 et 1993 chez Private Music avec une flopée de musiciens brésiliens. Autour de « Toots » sont réunis Luiz Bonfá, Lee Ritenour, Gilberto Gil, Oscar Castro-Neves, Milton Nascimento, Dori Caymmi, Djavan, Chico Buarque, João Bosco, Luis Bonfá, Edu Lobo, Paulinho Da Costa, Ivan Lins, Eliane Elias, Dave Grusin, Mark Isham, Brian Bromberg, Marc Johnson et d’autres encore. Obrigado, « Toots » !

  • En 2001, l’album « Toots Thielemans - Kenny Werner » (Emarcy/Universal) réunit l’harmoniciste et le trompettiste pour 71’31 ».  Même si de facto l’album est un régal de bout en bout, on aime particulièrement les versions de Smile et de What a wonderful world.

On espère qu’Olivier Ker Ourio et Grégoire Maret, devenus aujourd’hui les dignes filleuls de « Toot » sauront perpétuer la mémoire et l’art de ce grand harmoniciste dont ils déjà intégré une partie de l’héritage musical.

Il y aura sans doute aussi un grand moment d’émotion lors de la deuxième édition du Festival Toots Jazz La Hulpe parrainé par Toots Thielemans. Du 09 au 11 septembre, à la Hulpe (à quelques kms de Bruxelles), trois jours de jazz en l’honneur de Toots Thielemans. On retrouve entre autres Philip Katerine, Richard Galliano et Didier Lockwood, dans le répertoire qu’ils ont présenté à « Jazz à Vienne » en 2015 et Michel Jonasz accompagné par Jérôme Regard, Manu Katché et Jean-Yves D’Angelo.

Pour terminer ce clin d’oeil en hommage à Toots Thielemans, une vidéo « coup de cœur » où l’on retrouve « Toots » avec le bassiste Jaco Pastorius dont il a été très proche. Dans cette vidéo, Jaco est …au piano. Les deux musiciens interprètent un thème cher au bassiste, Three Views of a secret.

Sclavis-Pifarély-Courtois au Périscope

Sclavis-Pifarély-Courtois au Périscope

Le 09 mai 2018 à 21h le trio Sclavis-Pifarely-Courtois est programmé à Lyon, au Périscope. Un rendez-vous à saisir pour vivre « live » la musique de l’album « Asian Fields Variations » sorti chez ECM en 2017.

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ONJ… à l’aube d’une nouvelle mandature

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2018, dernière année du mandat d’Olivier Benoit à la tête de l’ONJ. Outre son ambitieux projet Europa, il a œuvré pour le Label ONJ Records et soutenu les projets de musiciens via l’ONJ Fabric. En attendant le nom de la première/du prochain chef(fe) d’orchestre, on se réjouit de l’actualité chargée de l’ONJ.

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Concert de sortie de l’album « Theorem of Joy »

Concert de sortie de l’album « Theorem of Joy »

Au croisement de nombreuses esthétiques musicales la musique de « Theorem of Joy » parvient à façonner un univers qui surprend et charme à la fois. Le 02 mai 2018 à Paris au Studio de l’Ermitagees musiciens fêtent la sortie de leur album. C’est l’occasion de s’immerger dans leur monde singulier.

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Jazz Campus en Clunisois fidèle à ses valeurs

Jazz Campus en Clunisois fidèle à ses valeurs

  A la clef de Jazz Campus en Clunisois : Liberté & Création

La quarantième édition de Jazz Campus en Clunisois est restée fidèle à sa ligne directrice. Grâce à la ténacité remarquable de Didier Levallet, le festival a proposé un jazz créatif et évolutif. Pour lui donner raison, le public n’a pas boudé son plaisir et les musiciens généreux se sont éclatés.

300_affiche-festival-jazz-campus-clunisois-2016Centrée sur un jazz en mouvement, la programmation de Didier Levallet a fait se côtoyer des musiciens de renommée internationale et de nouveaux venus inventifs. Du 13 au 20 août, lors du festival Jazz Campus en Clunisois, un jazz ouvert et inventif s’est exprimé sur les différentes scènes du festival et a proposé un très large éventail d’expressions et d’orchestres (du big-bang au duo).

On a apprécié la diversité des styles et des groupes écoutés les 18 et 19 août. Trois concerts très différents, trois moments de plaisir partagé avec un public conquis et des musiciens heureux de jouer.

La soirée du 18 août au Théâtre les Arts de Cluny présente le trio du guitariste 300_Marc-Ducret_JCeC_18082016_NVMarc Ducret associé au trio « Métatonal ». Virtuose de la guitare, Marc Ducret  est associé depuis vingt ans avec le batteur Eric Echampard et le contrebassiste Bruno Chevillon. Avec eux il pratique un jazz créatif et sans cesse renouvelé. « Métatonal » regroupe le saxophoniste alto Christophe Monniot, le trompettiste Fabrice Martinez et le tromboniste Samuel Blaser.

Le sextet installe une atmosphère détonante et énergique. Le toucher nerveux, précis et claquant de Ducret stimule le groupe. Entre rock et blues, il déchire le son et mène le bal. Les solistes croisent le fer et au fil d’un même morceau l’ambiance se tend, s’épaissit  et se déchire sans omettre de ménager des trouées éthérées.

Au trombone, Samuel Blaser alterne entre puissance cuivrée et fluidité. De la trompette de Fabrice-Martinez_JCeC_18082016_NVFabrice Martinez jaillissent de lumineux chorus. Christophe Monniot construit avec puissance et  précision des improvisations qui sont de réels moments de grâce. La frappe orageuse d’Eric Echampard se transforme en un toucher coloriste aux dégradés raffinés lorsque ses balais caressent les cymbales. Bruno Chevillon chemine de bout en bout avec précision et justesse, attentif et réactif aux climats.

Dans cette foisonnante forêt de sons, les musiciens habitent l’espace de liberté que prodigue la musique et génèrent des climats rageurs électriques voire même sulfureux sans omettre de ménager des espaces de poésie salvatrice. Les titres se succèdent, Influence, Dialecte, Kumiho. On retient son souffle pour mieux savourer la musique intense puissante mais chaleureuseMarc-Ducret-harmonica_JCeC_18082016_NV. Le plaisir que prennent les musiciens à jouer exsude de leurs instruments et transparait sur leurs visages.

MarcDucretTrio-et-Metatonal_JCeC_18082016_NVEn fin de concert, Marc Ducret dédie le morceau 64 au saxophoniste Guillaume Orti présent dans la salle (il anime les ateliers d’orchestre des stages). Le thème rend hommage à Bob Dylan, celui qui a déclenché chez Ducret l’envie de jouer. 64 reprend deux titres de Dylan, The Time they are a changin’ et Wigwam reliés par une courte boucle musicale écrite par Ducret. Entre guitare et harmonica, Marc Ducret fait  monter la pression avec souplesse et puissance. Félin et reptilien à la fois, le guitariste déroule l’étendue de son savoir-faire et fait montre d’un plaisir extrême à partager ce concert avec ses comparses.

On garde du concert de Marc Ducret trio + « Métatonal », le souvenir d’un concert jubilatoire et incandescent dont on aurait aimé qu’il n’ait pas de fin. Un plaidoyer pour la musique vivante.

tilleul-haras-pique-nique_JCeC_19082016_NVLe 19 août, un pique-nique est proposé à midi dans la cour du haras national de Cluny. En guise de menu musical, un concert du « Possible(S) Quartet ». Assis dans l’herbe, le public a répondu présent pour écouter les quatre musiciens installés sous l’ombre bienveillante des branches d’un majestueux tilleul centenaire. Possibles(S)quartet_JCeC_19082016_NVDeux trompettistes, Rémi Gaudillat et Fred Roudet, un tromboniste Loïc Bachevillier et un clarinettiste, Laurent Vichard réunis pour livrer un jazz de tous les possible(S).

Quatre soufflants pour un voyage imaginaire. Entre fanfare et orchestre « chambriste », les compères content des histoires musicales aux éclats cuivrés et aux titres évocateurs. Chassez le naturel, il revient au Tango, La tendresse de la sauterelle, Les poilus, Nuit et Entre-danse, Se faire appeler Arthur, L’armée des poètes. L’imagination des spectateurs vogue de tableau en tableau, au gré des ambiances nuancées. On apprécie l’équilibre qui existe entre l’espace de liberté propice à l’improvisation et les mouvements orchestraux où la mélodie repose sur une rythmique solide assurée par les autres instrumentistes.

Les musiciens du « Possible(s) Quartet » mettent leurs qualités techniques au service de la narration orchestrale. Le cadre bucolique et la musique poétique et élégante ont comblé un auditoire attentif où se côtoyaient toutes les générations.

Brotherhood-cop-Maurice-Salaun-300x300Le soir du 19 août, le Théâtre les Arts de Cluny accueille le « Brotherhood Heritage » qui rend hommage à l’esprit de la musique du « Brotherhood of Breath » (Confrérie du Souffle), big-band issu d’un orchestre Sud-Africain réfugié en Europe pour cause d’apartheid dans les années soixante. Ce « Brotherhood of Breath » a influencé la scène européenne du jazz sous la houlette de Chris McGregor jusque dans les années 90. Le contrebassiste Didier Levallet a fait partie des dernières moutures de cet orchestre historique. Il co-pilote avec le pianiste François Raulin le projet du « Brotherhood Heritage »  qui reprend en partie le répertoire de l’orchestre d’origine et mêle des compositions originales écrites dans le même esprit, comme Hymne to Breath, de François Raulin.Brotherwood-Heritage-SAX6CB6P6DRt_JCeC_19082016_NV

Sur scène sont réunis des musiciens aguerris à la musique improvisée et ouverts aux expériencesBrotherwood-Heritage-tpt-tb_JCeC_19082016_NV. Comme le dit François Raulin tous ces musiciens ont en commun la « capacité de s’exprimer en trois accord et de groover ». On retrouve le saxophoniste et clarinettiste anglais Chris Biscoe qui a lui aussi fait partie des dernières moutures du « Brotherhood of Breath ». Raphaël Imbert (saxophone), François Corneloup (saxophone baryton), Michel Marre et Alain Vankenhove (trompette), Simon Goubert (batterie), Jean-Louis Pommier et Mathias Mahler (trombone). Le spectacle a été créé à Jazz sous les Pommiers où il a reçu un accueil enthousiaste.

Au court du concert vibre l’esprit de la fête. Brotherwood-Heritage-salut_JCeC_19082016_NVLes instrumentistes saisissent tous les espaces de liberté et les mettent à profit pour s’exprimer. La masse sonore rutile. L’orchestre propose une musique ensoleillée et chaleureuse, une sorte de musique du bonheur profondément enracinée dans les rythmes africains. Les corps des musiciens sont habités de cette joie et les visages irradient de lumière. La texture sonore change de couleur au gré des improvisations et des orchestrations. Des arrangements aux échos ellingtonniens succèdent aux extravagances des solistes qui rivalisent de créativité et de fantaisie.

Rutilant, le « Brotherhood Heritage » groove en toute liberté. La musique rayonne et le concert est une réussite incontestable. Dommage qu’il y ait une fin à cette parenthèse d’allégresse.

Il faudra attendre encore douze longs mois pour retrouver Jazz Campus en Clunisois et s’immerger de nouveau dans un jazz libre et créatif.

Sclavis-Pifarély-Courtois au Périscope

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Concert de sortie de l’album « Theorem of Joy »

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Duo Desiderio-Oliveira au Péristyle

Duo Desiderio-Oliveira au Péristyle

Le Jazz brésilien du Duo Desiderio-Oliveira

Après le concert de sortie de l’album « Rencontre » sur la scène de Cybèle du festival de Vienne, le Duo Desiderio-Oliveira revient au Péristyle. Avec 3 sets par soirée, c’est l’occasion rêvée pour écouter et savourer en direct le répertoire du disque. Mélodies chatoyantes et rythmes brésiliens tressent une musique colorée.

300-300_Zaza-Desideiro_CoulOriginaire300-300_Ewerton-Oliveira-coul de Rio de Janeiro, le batteur-percussionniste Zaza Desiderio, a grandi en vrai carioca avec le Choro et la Samba. Dans le Nordeste, à Recife, c’est le Frevo et le Macaratú qui ont bercé le pianiste Ewerton Oliveira. Ces deux Brésiliens ont donc baigné dans la tradition musicale de deux villes différentes et éloignées. De la même génération, les deux artistes ont pourtant en commun d’avoir grandi en écoutant les musiques traditionnelles de leurs régions respectives, les musiques instrumentales brésiliennes, les classiques de la Bossa-Nova, la Música Popular Brasileira (Musique Populaire Brésilienne) et aussi le jazz. Rien ne favorisait la rencontre de Zaza Desideiro et Ewerton Oliveira sur le territoire de ce vaste Brésil.

La vie les a conduits séparément en France en 2010 et le hasard a fait se rejoindre leurs routes à Lyon, ville où ils se sont installés et qu’ils ont adoptée. Pratiquer et écouter la musique à Lyon les a conduit à se côtoyer lors de soirées musicales puis à croiser leurs notes. Au fil du temps, les deux musiciens devenus plus proches envisagent de jouer ensemble et de composer quelques thèmes. Au gré des rencontres humaines, de belles personnes les encouragent à persévérer et à aller plus loin.

300-300_Couv_CD-RencontreAinsi, né en France du hasard de leur rencontre et de leur culture respective, le Duo Desiderio-Oliveira murit un projet musical dont l’album « Rencontre »… « encontro » est le résultat.

Les deux compères engagent une démarche de financement participatif et la collecte de fonds leur permet d’enregistrer l’album au TooTee Studio les 03, 04, 05 et 06 mars 2016. Mixage et mastering ont été réalisés par Pierre Baudinat. « Rencontre » sort chez Diapason et est distribué par Socadisc (distributeur de musique indépendant).

« Rencontre », l’album porte bien son nom. Il a pu voir le jour grâce à la force des relations nouées par ces deux musiciens depuis leur arrivée à Lyon. Si les deux complices savent nouer les relations humaines, leur créativité leur permet aussi de tisser une musique alimentée par les nombreuses influences musicales qui ont nourri leur inspiration. Entre joie et nostalgie l’opus palpite au rythme du jazz et des musiques du Brésil. Un disque coloré qui fait écho aux harmonies chatoyantes des chemises des deux complices.

Rythmes variées et mélodies ciselées irriguent un répertoire de 19 titres dont 17 compositions originales écrites à part quasi égale par les deux musiciens ou résultant d’une co-écriture. Les deux Lyonnais d’adoption reprennent aussi avec bonheur le thème Capivara d’Hermeto Pascoal, compositeur si cher à Ewerton et le duo interprète aussi le populaire Eu Vi Mamãe Oxum na Cachoeira um.

Certes réussir un album n’est pas chose aisée et l’avoir fait est déjà un challenge mais parvenir à transformer un répertoire léché en une musique de concert est encore un pari plus risqué. Ce d’autant plus que l’exercice du duo est exigeant et requiert en temps réel une maîtrise technique infaillible sur les instruments mais aussi une connivence sans faille entre les deux protagonistes. 

320-72_ZazaDesiderio-EwertonOliveira_02-16082016_Peristyle_nvLe Duo Desiderio-Oliveira a gagné aussi sur ce tableau de la musique live. En effet, chaque set de la soirée du 16 août au Péristyle apporte sa part de surprises et se teinte d’une couleur différente. Les climats se suivent et les textures ne se ressemblent pas. Un set pugnace et tendu précède un autre plus introverti et ciselé. Pour finir, l’ambiance se fait plus ludique et la prise de confiance aidant, l’espace de liberté augmente et les improvisations s’étoffent avec réussite. De bout en bout la musique vibre de sincérité et de complicité, de précision et de folie à la fois, de maîtrise et de d’imagination. Les regards des deux musiciens ne se quittent pas, les sourires irradient leur visage, leur attention demeure de bout en bout. La salle du Péristyle témoigne d’une écoute attentive et d’une réactivité extrême. Toutes les chaises sont tournées vers la scène.400-72_ZazaDesiderio-1_16082016_Peristyle_NV

Le « batteriste »- percussionniste Zaza Desideiro démultiplie son talent. Son énergie est tout entière consacrée aux rythmes complexes qui se succèdent et balaient quasiment l’entièreté des musiques du Brésil. Sa frappe précise et musicale alterne entre pandeiro, triangle et batterie. Entre les claviers du piano et ceux des synthétiseurs « Korg » et « Yamaha », le pianiste Ewerton Oliveira jongle de belle manière au gré des climats et sait utiliser à bon escient les sonorités du « Moog » aux ambiances un peu cosmiques.EwertonOliveira_16082016_Peristyle_NV

Lors de la soirée du 16 août, on a aimé l’atmosphère des rues avec Passeanda Nas Ruas et l’immersion dans le climat plus tragique de Caminho Mysterioso. La belle se peigne joue d’insolence. Au gré des rythmes variés, les mélodies brodent de nouveaux univers, la pression monte, la belle nous provoque et pour terminer est applaudie à tout rompre. Acorda e Vai fait un clin d’oeil à la génération funky des Brésiliens et les spectateurs balancent en rythme. Raiz de Mandeioca déclenche son lot d’applaudissements et Zaki no Frevo nous transporte dans les rythmes du Nordeste. Rencontre_mainsZazaEwertonAvec délice on découvre la saudade sautillante et bleue de Tereza no blues. Sur Aline si belle, les deux musiciens se partagent le piano pour interpréter ce titre qui est un lando, rythme afro-péruvien pour lequel le percussionniste utilise coquillages et bois du piano pour remplacer le cajon.

On a particulièrement apprécié l’interprétation nuancée du thème Capivara d’Hermeto Pascoal aux ruptures rythmiques foisonnantes et on retient aussi l’interprétation du titre Estrada de São Saru320_EwertonOliveira-OlivierTruchot_16082016_Peristyle_NVê qui évoque un lieu imaginaire, véritable paradis où coule le miel et les fruits à foison. « Moog » et triangle y font monter la tension musicale qui éclate en un feu d’artifice. La suave comptine Linda Flor de Manhã est interprétée en hommage à la fille d’un ami pour laquelle elle a été composée. Les musiciens ont aussi fait un clin d’oeil à Antonio Carlos Jobim à deux reprises. D’abord, Samba da Una Nota So prise sur un rythme rapide et se termine par un 4/4 piano-batterie. Ensuite, O morro não tem vez interprété en rappel du dernier set avec un invité surprise, le pianiste Olivier Truchot qui a partagé les claviers avec Ewerton et s’en est donné à cœur joie.

Les concerts donnés au Péristyle par le Duo Desiderio-Oliveira prouvent l’équilibre symbiotique qui existe entre les deux instrumentistes. Face au public, le répertoire gagne en épaisseur, les morceaux sont densifiées et magnifiés. La mise en place est soignée et rigoureuse. Les dimensions rythmique, mélodique et harmonique sont explorées sous toutes leurs facettes et la grande place laissée à l’expression personnelle via l’improvisation comble d’aise le public venu écouter les deux musiciens.

On reste immergé dans la dynamique colorée des musiques du Duo Desiderio-Oliveira avec une écoutedu titre Estrada De São Saruê  issu de l’album « Rencontre ».

Sclavis-Pifarély-Courtois au Périscope

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Jazz à l’Opéra de Lyon – Martial Solal

Jazz à l’Opéra de Lyon – Martial Solal

Martial Solal en trio dans la Grande Salle de l’Opéra de Lyon

La saison de l’Amphi Jazz débute par un coup d’éclat. Le pianiste Martial Solal se produira en trio le 14 octobre 2016 pour un concert exceptionnel dans la Grande Salle de l’Opéra. On salue avec bonheur la venue de cet improvisateur talentueux.

A peine la programmation du Jazz Estival au Péristyle se termine-t-elle que se profile celle de l’Amphi-Jazz. Avec en ouverture, le 14 octobre à 20h30, un concert de Martial Solal en trio dans la Grande Salle de l’Opéra de Lyon, François Postaire entame donc la saison Amphi-Jazz 2016/17 par un évènement prestigieux à plusieurs titres.

D’abord, il est vrai que les musiques du Mondes et le Jazz ne sont pas légion à pénétrer dans la Grande salle de L’opéra de Lyon, temple de la musique lyrique. On garde en mémoire deux moments magiques. Le 30 janvier 2016, lorsque la voix de la fadiste Kátia Guerreiro a résonné dans la Grande Salle et a comblé de bonheur les spectateurs venus écouter son répertoire « Até ao fim ». Le 31 mai 2008 quand fut accueilli dans cette même salle, le projet jazz « Follow The Song Lines » dirigé par Dirk Brossé avec David Linx & Maria João au chant et Mario Laginha & Diederik Wissels au piano. Ce soir-là les musiciens ont partagé ensemble le bonheur de la création instantanée et celui d’interpréter une écriture peaufinée et inventive que le public avait apprécié. Le Jazz via Martial Solal est donc de nouveau invité dans la Grande Salle le 14 octobre 2016.

Par ailleurs la présence de Martial Solal se fait rare sur les scènes françaises, enfin et surtout (!) Martial Solal n’est pas un pianiste lambda. Respecté par ses pairs, il est reconnu bien au-delà de la France (Europe, USA, …) comme une référence parmi les plus prestigieux pianistes de jazz.

Pour tous ces motifs, la venue de Martial Solal est vraiment exceptionnelle. La lecture rapide de « Martial Solal - libr’explorateur du piano » permet de prendre la mesure de l’ampleur de sa carrière. Par son talent prodigieux et sa singularité, cet artiste a marqué l’histoire du jazz européen. Il est sans aucun doute aujourd’hui l’un des plus grands pianistes improvisateurs.

Il convient donc absolument de ne pas rater ce rendez-vous du 14 octobre dans la Grande Salle de l’Opéra de Lyon. Pour l’occasion, Martial Solal est accompagné à la contrebasse par le Danois Mads Vinding avec lequel il avait enregistré entre autre opus, le disque » Contraste » en 1999. La collaboration de Bernard Lubat sera cette fois à la batterie (et non au piano comme en 2014 où lui et Solal dialoguaient sur deux pianos). On retrouve aussi en invitée, la chanteuse et improvisatrice Claudia Solal, fille émérite du pianiste.

Le répertoire du concert n’est pas connu mais on fait confiance au pianiste pour proposer un déluge d’idées et pour dérouler sur son clavier des inventions mélodiques hors pairs, des trouvailles harmoniques étonnantes et des improvisations renversantes, le tout avec le soutien des complices réunis autour de lui.

Sclavis-Pifarély-Courtois au Périscope

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Martial Solal – « Mini Mémo »

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Martial Solal, libr’explorateur du piano

Martial Solal

Né le 23/08/1927 à Alger

Considéré comme une personnalité importante du jazz moderne,  Martial Solal est reconnu bien au-delà du jazz comme un des plus grands pianistes contemporains. Technicien virtuose il s’est imposé comme improvisateur hors pair et possède un style singulier qui demeure ancré dans les racines du jazz.

Né à Alger, il étudie le piano classique puis découvre le jazz à travers les enregistrements que le saxophoniste « Lucky Starway » (Lucien Seror) lui faisait écouter (Benny Goodman, Coleman Hawkins, …). Il devient ensuite musicien professionnel en 1945 et s’installe à Paris en 1950 où il accompagne de nombreux solistes de passage dans les Clubs de jazz de la capitale comme le Club Saint-Germain (Kenny Clarke, Eric Dolphy, Dizzy Gillespie, Django Reinhardt,…). En 1956 il forme son premier bigband avec lequel il enregistre ses propres compositions.

Il compose aussi des bandes originales pour le cinéma comme par exemple celle du film de Godard « A bout de souffle » en 1959 et celle de « Léon Morin prêtre » pour Melville en 1961. Parallèlement Il s’intéresse déjà à la musique orchestrale et enregistre aussi en solo dès 1956. Il se produit aussi en quartet et en trio. En l’occurrence, dans les années 60 il s’associe avec Guy Pedersen et Daniel Humair avant de partir jouer aux Etats-Unis. En effet, dès 1963, il est accueilli et acclamé aux États-Unis (Festival de Newport) où Il se produit ensuite régulièrement en duo avec le saxophoniste alto Lee Konitz.

Au fil des années Martial Solal a éprouvé son art pianistique au sein de différents trios. D’abord avec Gilbert Rovère et Charles Bergonzi puis au sein de son fameux trio « piano - 2 contrebasses » (1969/70) qui fut une réussite musicale mais essuya à l’époque un échec commercial. Il a ensuite joué en trio avec différentes associations contrebasse-batterie des musiciens suivants : les contrebassistes Gary Peacok et Marc Johnson et les batteurs  Max Roach, Peter Erksine et Paul Motian. Son trio avec les frères Moutin a aussi connu une grande gloire.

Le pianiste a aussi beaucoup exploré la musique en duo, exercice qui l’a toujours passionné. Il a confronté son discours musical à de nombreux musiciens : Lee Konitz, NHOP, Eric Watson, Enrico Rava, Stéphane Grapelli, Eric Le Lann, Jean-Louis Chautemps, Toots Thielemans, Didier Lockwood, Daniel Humais, Johnny Griffin et bien d’autres, la liste est loin d’être exhaustive.

Martial Solal affectionne aussi la direction d’orchestre. Dans les années 80 il travailla avec un bigband dont la forme évolua au fil des années au profit d’un medium band, orchestre de taille assez réduite. Plus précisément l’orchestre devint le Dodecaband avec lequel il explore entre autre répertoire la matière musicale de Duke Ellington puis le New Decaband avec une instrumentation originale qui compte alors un cor et une voix (celle de sa fille Claudia Solal). En matière d’orchestration, les références de Martial Solal sont diverses, de Duke Ellington et Count Basie à Debussy, Ravel, Stravinsky et Bartók.

C’est enfin en solo que Martial Solal s’est souvent produit. Son art est alors tel qu’il emplit l’espace et comble d’aise ceux qui ont le bonheur de l’écouter.

Martial Solal ne se cantonne pas au jazz. Il a approché la Musique Contemporaine auprès de Marius Constant qui dirigeait l’ensemble Ars Nova. C’est avec lui qu’en 1977 Martial Solal composa Stress pour trio de jazz, piano, quintette de cuivres et percussion. C’est après une rencontre avec Pierre Sancan qu’il étudie dans les années 70 la technique classique du piano  dans la perspective d’une meilleure maîtrise du clavier. En effet, pour lui « la technique conditionne l’imagination … […] … conditionne (le) style »(1) et « le contrôle de l’instrument donne à l’improvisateur des possibilités illimitées »(2). Sa liberté tonale jointe à sa technique pianistique lui a permis de développer son talent pour l’improvisation.

Martial Solal pratique un jazz moderne. Lorsqu’il improvise, il conte des histoires. Sa musique inventive et impalpable s’envole et ménage des moments de suspension qui laissent pantois les auditeurs. Mélodiste hors pair, Martial Solal affectionne les ruptures rythmiques et les digressions harmoniques. Sa virtuosité dépourvue de tout cliché explose les conventions habituelles.

Il n’est pas possible d’oublier de mentionner son humour proverbial qui se manifeste entre autre forme à travers de nombreux titres de ses compositions comme « Jazz Frit », « L’allée Thiers et le poteau laid », « Averty c’est moi ».

C’est en reconnaissance à son talent que la Ville de Paris a créé en  en 1998 le Concours International de Piano Jazz qui porte son nom et consacre de nouveaux talents. Il a influencé toute une génération de pianistes et ses qualités d’instrumentiste, compositeur et orchestrateur sont reconnues bien au-delà des frontières de la France.

Martial Solal a reçu en 1993 le Grand Prix National de Musique qui est attribué en France une fois par an à un musicien (tous styles de musiques confondues). Enfin, il a été récompensé en 1999 par le Jazzpar Prize, véritable « prix Nobel » du jazz attribué pour la première fois à un Français.

 

Une sélection de nos disques préférés

  • En Solo
    • « Solitude » (2007) CamJazz
    • « Live at The Village Vanguard » (2008) CamJazz
  • En Duo
    • « Martial Solal - Didier Lockwood » (1993) JMS avec Didier Lockwood (violon)
    • « Portrait in Black and White » (1999) H&L puis (2000) Nocturne avec Eric Le Lann (trompette)
    • « Rue de Seine » (2005) CamJazz - avec Dave Douglas (trompette)
    • « In and Out » (200) Dreyfus Jazz avec Johnny Griffin (saxophone ténor)
  • En trio
    • « Just Friends » (1997) Dreyfus Jazz avec Gary Peacock (contrebasse) et Paul Motian (batterie)
    • « NY-1 » Live at The Village Vanguard (2003) Blue Note avec François Moutin (contrebasse) et Bill Stewart (batterie)
    • « Longitude » (2008) CamJazz avec François Moutin (contrebasse) et Louis Moutin (batterie)
  • Orchestre
    • « Martial Solal Dodecaband plays Ellington«  (2000) Dreyfus Jazz
    • « Martial Solal New Decaband Exposition sans tableau«  (2006) Nocturne

DVD

  • « In and Out - Martial Solal - Bernard Lubat » (2014), Film documentaire de Thierry Augé, Producteur/Distributeur : La Huit Production - Teaser

Références de lecture

  • « Martial Solal, Compositeur de l’Instant » - Entretien avec Xavier Prévost, Michel de Maule INA, 2005, 264 p.
  • « Ma vie sur un tabouret » - Autobiographie de Martial Solal (en collaboration avec Francl médioni), Actes Sud, 2008, 167 p.
_____________________________________________________
1 - Entretien avec Xavier Prévost, Martial Solal, Compositeur de l'Instant, Michel de Maule INA, 2005, p.129-130

2 - Martial Solal, Ma vie sur un tabouret, Actes Sud, 2008, p.117
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